S’il est une chose sur laquelle tous les acteurs de l’intelligence compétitive s’accordent, c’est bien que le vent de mondialisation qui souffle sur la planète entraine avec lui un changement de paradigme sans précédent.
Comme j’aurai à le préciser dans un prochain article concernant l’affrontement économique Chine/France en Afrique centrale, ce changement de paradigme oblige les États à professionnaliser leur communication globale à l’instar d’un grand groupe. Faute de quoi, contradictions et autres divergences constitueront des failles informationnelles graves dans leur dispositif d’intelligence économique, avec des pertes de parts de marché absolument inattendues. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à se rappeler l’impact -sur les exportations françaises aux États-Unis- du mémorable discours de Dominique de Villepin du 14.02.03 devant le conseil de sécurité de l’ONU; ou encore l’affaire des caricatures danoises de Mahomet… Ma thèse est que, les États et leurs entreprises ne doivent certes pas renier leurs valeurs, mais bel et bien définir et assumer l’image d’ensemble qu’ils renvoient au reste du monde à travers leurs législations, leurs pratiques, leurs déclarations… Cette exigence impérieuse de cohérence me semble inéluctable à brève échéance.
Jeudi 24.01.08, un colloque s’est tenu au pôle universitaire Léonard de Vinci à Paris sur le thème “Intelligence économique et Francophonie Vecteur de développement et de coopération internationale” faisant intervenir Africains, Asiatiques, Européens et Canadiens. Sphère d’influence privilégiée de la France dans le monde et particulièrement dans ses ex-colonies, la Francophonie est évidemment un excellent terrain d’expérimentation de sa stratégie d’intelligence économique en cours. L’hexagone pourrait y tabler si au moins deux facteurs lourds ne venaient lui faire barrage:
Primo, une langue française allant decrescendo en tant que vecteur d’intelligence collective ou simple attribut de modernité
Ayant travaillé plusieurs années dans un pays bilingue, le Cameroun, membre de la Francophonie et du Commonwealth, je puis affirmer qu’à Paris, le nombre de cadres s’exprimant couramment en anglais est- à égales proportions- largement supérieur à celui de Yaoundé au Cameroun. Slide, mapping, process, e-learning, reporting, executive summary… Et j’en passe des meilleurs, sont le lot quotidien des professionnels français. “-Do you speak english ? ” “- Yes, but Wall Street english!” vous dira-t-on. Ce n’est plus que dans les pays les moins avancés qu’on ignore encore provisoirement que l’avenir du monde se joue dans la langue de Shakespeare. Dès lors, supposons (simple hypothèse) que la langue française cesse d’être demain le moteur de la Francophonie. Sur quels autres fondements pourrait reposer le maintien de cette communauté d’intérêts ?
Deuxio, le discours français à l’égard de pays francophones en voie de développement: le cas de l’Afrique
Un proverbe cher aux grand-mères bantu stipule qu’ “il ne faut pas t’adresser à la tête en pensant que les pieds ne sont pas au courant“. Pour que la France arrive à faire de l’espace francophone un terrain d’intelligence économique “gagnant-gagnant” (la Chine fait école) il faudra qu’elle se dote d’une plan marketing global homogène et parfaitement décliné par toutes ses composantes (politiques, sociales, culturelles…) dans et en dehors de ses frontières. In concreto, on ne pourra appeler le soir “ami“, un Africain francophone qu’on accusait le matin de n’ ” être jamais entré dans l’histoire“! Il n’est pas question de mêler du romantisme ou de la poésie à cette virile affaire qu’est la guerre économique, sous prétexte, comme disait Senghor, que “l‘émotion est nègre…” Senghor, du nom de ce parfum afrodisiaque que les Français diffusent à l’hôtel Francofunny lorsqu’ils cherchent à faire du charme à l’Afrique.
En somme, le changement de paradigme que j’ai évoqué d’entrée de jeu pourrait coûter cher aux intérêts de la France dans la zone francophone d’Afrique si le pays de Nicolas Sarkosy s’obstine à jouer sur des tableaux contradictoires. A terme, elle pourrait y perdre ses attaches et voir ses amitiés s’effriter. La Francophonie pourrait même offrir le spectacle désolant d’une famille divorcée sans consentement mutuel. Car jamais auparavant, les offres de collaboration intelligente aux niveaux régional et international n’ont été aussi variées pour la nouvelle Afrique.
Guy Gweth
[...] centrale est concernée par cette problématique dont nous avons amorcé le traitement in « Afrique Noire, intelligence économique et francophonie » du 25.01.08. La réponse, pour aussi imagée qu’elle puisse paraître se trouve [...]