Infoguerre : la déstabilisation de Valérie Bègue – Miss France expliquée à ma Grand-Mère, Guy Gweth

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Chère Grand-Mère,

Je viens à nouveau de regarder la vidéo que tu as postée sur Youtube. Te voir courir à cette allure, à 86 ans, après ton dernier mal de genoux, est impressionnant. Bravo ! Je sais que tu as été très déçue par la finale perdue des lions indomptables à la coupe d’Afrique des Nations de football, mais il faut s’y faire. Les Pharaons étaient les plus forts, Mamy. Je te sais aussi soulagée par la fin des hostilités militaires au Tchad. Suivant le proverbe africain qui stipule qu’ « il ne suffit pas d’être fort. Il faut le montrer », la France a donc montré ses muscles au Tchad et à ses voisins, elle dont les forces et les renseignements ont laissé progresser les troupes rebelles jusqu’aux portes du palais présidentiel afin de prouver à Deby que Paris est toujours-là.

La dernière lettre de Papy faisant état des difficultés que tu éprouves encore à comprendre l’intelligence économique me pousse à adopter une nouvelle pédagogie. Car si je ne suis point compris au village, tu t’en doutes, ce n’est pas la peine de continuer. Je vais donc partir d’exemples simples, de sujets qui te sont familiers, pour te passer le message. Me souvenant qu’à 17 ans tu étais la plus belle fille du village, je vais te raconter une histoire de déstabilisation par l’information, celle d’une autre jolie fille, Valérie Bègue (dont voici la photo), Miss France 2008.

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Valérie est venue au monde le 26 septembre 1985 à Saint Pierre à la Réunion d’où sont originaires ses parents. Le 08 décembre 2007, date historique pour sa famille et son territoire, elle est élue 61è Miss France parmi 36 candidates. A cette occasion, elle gagne l’équivalent de 90 000 euros de cadeaux. Elle est alors étudiante en 2è année de commerce internationale. Comme toi, Mamy, elle a le regard limpide, les yeux marron et les cheveux noirs, elle mesure 1.74m. Pareille que toi, la jolie Réunionnaise chausse du 39 et fait 36 en taille de confection. Je la regarde sourire à la télé. Rayonnante. On parle d’un conte de fée? Un rêve de courte durée.

Car le soir de son élection, émue jusqu’aux larmes, Valérie pense que tout le monde est content pour elle. Naïve, elle ignore que l’ennemi est busqué dans l’ombre qui cherche à la déstabiliser. Pendant qu’elle est en déplacement dans sa Réunion natale où elle est accueillie comme une reine, Pan ! Tel un coup de feu. Un magazine tire sur elle à bout portant en publiant des photos de Valérie, comme on en a tous. Sauf qu’elle, c’est désormais Miss France. Sur l’une d’elles on la voit léchant un liquide blanc… Sur une autre, elle est crucifiée à l’instar du Christ ! Le cauchemar.

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Quatre jours avant Noël 2007, la présidente du Comité Miss France –en direct à la radio- demande à Valérie Bègue de rendre son titre, à la suite de la publication des photos ci-contre! Madame de Fontenay, puisqu’il s’agit d’elle, n’en démord pas. Elle est amère. On entend voler des noms d’oiseaux. Dans son escalade verbale, elle va jusqu’à demander à Miss France de rester à La Réunion ! Elle ne souhaite pas se promener « dans les provinces, dans les communes rurales, escortée d’une fille comme ça ». Elle parle de trahison. C’est vrai qu’en apparaissant dénudée dans ce magasine, Valérie Bègue a enfreint les termes du contrat Miss France. A cet instant fatidique, elle est psychologiquement sommée de rétrocéder son écharpe d’ambassadrice de la beauté française. Si elle plie, elle perd sa couronne. Et bien plus encore… Un mauvais vent souffle sur la Réunion. Que faire ?

Du tac au tac, Valérie répond qu’elle ne démissionnera pas, estimant qu’elle a été flouée, qu’elle n’a jamais reçu de rémunération pour ces photographies. Le président du Comité Miss France de la Réunion, Aziz Patel lui rétorque que les Miss signent toutes un contrat qui précise qu’elles n’ont jamais posé nues. Quelques heures plus tard, sans doute mieux conseillée, Valérie Bègue fait son mea culpa devant les médias : « j’ai réagi trop rapidement » confie-t-elle, la voix tremblante, elle présente ses excuses à madame de Fontenay et s’accorde le temps de la réflexion.

Dès le lendemain, les Réunionnais se mobilisent. On crée des blogs. Une pétition circule. Les élus locaux s’engagent. Même Mgr Aubry, évêque de la Réunion -qui juge choquante pour la foi chrétienne la photo de la jeune femme sur le crucifix- prend fait et cause pour elle. Rassurée, la Réunion contre-attaque. Elle parle d’insulte à son égard. Madame de Fontenay écope de la pire accusation qu’on puisse faire à une personne civilisée de race blanche en hexagone: « raciste ! » A l’arrivée, Valérie Bègue conserve son titre et demeure l’ambassadrice de la beauté française lors des galas internationaux. En revanche, c’est sa dauphine qui représentera la France aux concours Miss Monde, Miss Univers et accompagnera madame de Fontenay en tournée à travers la France.

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Ce qui est intéressant dans une démarche d’infoguerre, Mamy, c’est de trouver la faille, la bonne, d’identifier les relais et de frapper là où ça fait le plus mal. Un coup parti ne revient pas de suite. Il sera toujours temps de se demander à qui l’élection de Valérie Bègue causait le plus de soucis. Car ceux qui ont publié ces photos ne se sont pas interrogés pour savoir si Valérie s’en remettrait, si l’Ile de la Réunion serait choquée… Non. Ils avaient une mission. Ils l’ont exécutée. Froidement. « Les mots sont des pistolets chargés » écrivait Sartre, eh bien, les photos aussi, Mamy. Ceci arrivera de plus en plus aux entreprises, aux politiques, à des hommes célèbres… Mon métier consiste aussi à les aider à s’y préparer et à se défendre comme l’a fait Valérie. Mais Dieu que ce fut dur. Aujourd’hui encore, lorsque tu tapes “photo miss France” sur Google, ce sont les nus de Valérie qui arrivent en premier !

Salue tout le monde au village et transmets mes vifs remerciements à Tante Honorine pour le délicieux mets de concombres qu’elle m’a envoyé. J’ai a-d-o-r-é !

Toi, je t’embrasse bien fort,

Ton petit Guy

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