Depuis que le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly, est revenu sur l’idée du décrochage d’avec le FCFA, l’émotion de certains perle par-delà les frontières ivoiriennes (…)
Pour ce représentant du peuple, « …on ne peut pas continuer avec un franc CFA surévalué qui nous appauvrit. On a une monnaie digne de l’Allemagne d’aujourd’hui, alors que nous sommes une économie pauvre d’Afrique…. Ca peut être dur mais le Ghana a sa monnaie, le Nigeria a sa monnaie, la Guinée a sa monnaie, le Libéria a sa monnaie, l’Afrique du Sud a sa monnaie, la Tanzanie a sa monnaie. Mais pour nous là, on dit que non la France dit, elle ne veut pas. Il faut qu’on arrête de dire ce que la France veut avant qu’on fasse. Le gouvernement français n’a qu’à gérer la France, c’est son droit et laisser les Africains gérer l’Afrique, c’est tout ». Faut-il dès lors s’étonner de ce déchaînement ?
Ce n’est pas la première fois que cet agrégé d’économie met cette question sur le tapis. Au plus fort de la crise, alors même qu’il n’y avait pas de perspective électorale à l’horizon, il en a parlé comme étant un des passages obligés pour la Côte d’Ivoire de recouvrer sa souveraineté et de mettre son économie au service de l’intérêt national. Il faut reconnaître d’ailleurs qu’il est arrivé de temps en temps au président Laurent Gbagbo lui-même, soit par calcul, soit par conviction, de laisser perler cette éventualité. L’idée du reste est loin d’être aux yeux de nombreux experts du continent et d’ailleurs, assimilable à une incongruité. Nombre d’entre eux en effet estiment que ce franc CFA arrimé à l’euro par le canal du Trésor français avec toutes les prestations et les sujétions qui en découlent pour l’indépendance des pays de la zone CFA, est trop lourd à supporter. L’idée paraît si légitime aux yeux de certains économistes que l’on en voit ces temps-ci qui préconisent un décrochage au profit d’une monnaie africaine qui reposerait sur les matières premières essentielles dont regorge l’Afrique : café, coton, or ou le pétrole.
Le trader vedette Mostafa Belkhayate, dans un entretien au journal « Les Afriques », explique que l’or « va monter avec force ». Pour lui, une once d’or (NDLR : 31.035 grammes d’or, au cours d’environ 900 dollars) va monter à 1450 dollars US en décembre 2008 et même à 2.000 dollars US en 2009. L’or « va quitter sa dimension de matière première pour la dimension devise ». Et ce n’est pas tout puisque, pour le spécialiste, «le pétrole se dirige vers 150 USd le baril sur les 2 prochaines années… ». La conclusion pour lui est simple : « étudier sérieusement la problématique de créer une devise africaine, non pas basée sur une autre devise étrangère, mais sur un panier de matières premières typiquement africaines, comme l’or, le pétrole, le café, le cacao, le coton. Je suis convaincu que la solution du développement africain passe par cette véritable indépendance monétaire ».
En somme, si Mamadou Koulibaly remet cette question en jeu, on s’en étonnera d’autant moins que le contexte s’y prête avec en France un président élu qui, après avoir prôné la rupture, esquisse un glissement vers une Françafrique qu’il semble vouloir servir avec plus de conviction que son devancier, Jacques Chirac (…)
Sources: San Finna
[...] Olivier MENARD – Maître de Conférences en Histoire du Droit CREHUR, Université de Rennes 1 Souveraineté monétaire: le décrochage d’avec le Franc CFA revient en force dans l’actualité … In Débat, Prospective, Stratégie, veille on 20 février 2008 [back] Catégorie : Economie [...]