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Coopération: Paris retrouve un peu de sagesse africaine

In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Soft Power, Stratégie, veille on 10 avril 2008 at 9:01

«J’aime l’Afrique et je veux qu’on parle de l’Afrique en bien. [...] L’Afrique n’est pas une, il faut s’en occuper État par État et c’est ce que j’ai l’intention de faire en allant sur le terrain [...] J’ai envie de renouer les fils là où ils ont été distendus [...] Il faut se garder de donner des leçons aux pays africains [...] La rupture c’est intellectuel… Ce n’est pas la brusquerie.» Morceaux choisis de l’inteview exclusive d’Alain Joyandet ce jeudi 10 04 08 à 6 :10 TU, au micro de Christophe Boisbouvier, RFI.

Après la très médiatique campagne de 2007 sur “la rupture” entre France et Afrique (période électorale oblige !);

Après le regrettable discours du 26 07 07 à l’université Cheik Anta Diop de Dakar;

Après l’affaire de l’arche de zoé, le “j’irai les chercher quoi qu’ils aient fait” du président français début novembre 2007, la suite des évènements à Ndjaména et la menace française de revoir ses accords de coopération militaire;

Après la réplique des intellectuels africains “contre le discours de Dakar”, fin février 2008 ;

Après l’extraordinaire rattrapage du Cap au jeudi 28 02 08 devant le Président Thabo Mbeki et le parlement sud-africain;

Après la publication de listings sur les biens immobiliers des chefs d’Etats africains en France le 01 02 08, alors que certains politiques français sont d’importants propriétaires en Afrique centrale à l’insu de l’opinion publique;

Après la décision de Libreville d’expulser tous les Français “sans papier” du Gabon début mars 2008;

Après l’acharnement de Jean-Marie Bockel à rompre avec la «françafrique »;

Et faisant suite à l’éviction de celui-ci sous la pression du président gabonais Omar Bongo Ondimba et de son homologue congolais Sassou Nguesso, notamment;

Considérant la fulgurante percée chinoise en Afrique centrale;

Ayant pris le pouls de la diaspora africaine ainsi que des experts et hommes d’affaires français évoluant en Afrique francophone;

Se rendant à l’évidence du caractère stratégique incontournable de l’Afrique noire à plusieurs égards;

Nicolas Sarkozy a radicalement revu sa copie en nommant le 18 mars 2008 un nouveau secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes, en la personne d’Alain Joyandet.

Homme de communication , le maire UMP de Vesoul apporte avec lui un style – revenez-y de chiraquie-, plus discret et plus posé, le type de tempérament empreint de sagesse, de sympathie et de grande diplomatie qui a si souvent fait la réussite de la France sur la scène internationale. Député et ancien sénateur, marié et père de trois enfants, Alain Joyandet s’est envolé ce jeudi 10 mars 2008 pour Libreville où il va tenter, dit-il, de « rectifier la ligne politique adoptée par le secrétariat d’État à la Coopération depuis l’arrivée de Jean-Marie Bockel à sa tête“.

Alors évidemment tout le monde ne voit pas ce revirement de l’Elysée d’un très bon œil. Ainsi pour Olivier Thimonier de l’association Survie par exemple, la visite d’Alain Joyandet au Gabon “ne donne pas un signe positif sur l’évolution de la politique de la France en Afrique“. Pour ma part, c’est le signe que Paris a compris la nécessité de modifier et même de professionnaliser sa communication vis-à-vis des Africains comme nous l’avions préconisé. Reste le plus difficile: allier l’acte à la parole… Afrique échaudée craint désormais l’eau froide!

Guy Gweth