Infoguerre : 1000 blogueurs pour relooker l’Afrique, Guy J. Gweth

Le terrible drame qui frappe le peuple birman depuis quelques jours est inénarrable; même si l’on s’efforce de le décrire pour informer, mobiliser, apprendre, comprendre, agir et dire notre solidarité à ceux qui restent. Car chaque matin, comme si de rien n’était, un nouveau jour en partance pour l’avenir vient chercher les vivants. Plusieurs leçons en découlent pour les politiques, les journalistes, les experts du droit humanitaire, les économistes… et bien sûr la communauté de l’intelligence économique et stratégique. Parmi les plus frappantes, le fait que les 1ères images du cyclone Nargis nous sont parvenues grâce aux blogueurs, contournant ainsi la chape de plomb imposée par la junte militaire au pouvoir.

Non loin de là, lourdement éprouvée par la nature elle aussi, la Chine a été écorchée quelques jours auparavant, lors du passage de la flamme olympique dans les capitales occidentales. Mais Pékin ne s’est pas laissé faire. A la six-quatre-deux, une stratégie asymétrique d’infoguerre a été déroulée en contre-offensive à la charge des médias occidentaux. D’après la Strategic Planner Carine Senft-Gouin, « Internet et le téléphone mobile ont été les canaux majeurs de diffusion de la propagande […] Un marketing viral bien rodé. Les jeunes Chinois affichaient leur patriotisme en mentionnant l’adresse du site sur leurs MSN […] Une mobilisation qui voit émerger une armée de cyber-citoyens organisés, maîtrisant à la perfection l’animation de communautés virtuelles et les messages politiques simples, directs et fédérateurs.»

A l’autre bout du monde, après le rêve de pauvres que nous fit vivre « él líder máximo de la Revolución Cubana », la jeunesse cubaine a besoin d’un grand bol d’air aujourd’hui.

Et si à Pyinmana, Pékin ou à la Havane, l’autoritarisme règne, c’est encore dans ces trois capitales que brûle le désir le plus ardent de se battre intelligemment pour la Liberté ici et la Fierté nationale là-bas. Via la blogosphère, les jeunes Birmans, Chinois et Cubains on décidé de porter leur bataille sur la plus grande place publique du monde: internet. La plus célèbre de ces e-caballeros, la cubaine Yoani Sanchez, 32 ans, a été classée parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde par Times Magazine et auréolée du prix Ortega et Gasset il y a quelques jours. C’est cette nouvelle génération de combattants de la toile que j’appelle la jeunesse africaine à benchmarker afin de modifier les perceptions du monde sur l’Afrique.

Il n’aura pas échappé aux pèlerins du Berceau de l’Humanité qu’en dépit du dénuement matériel qui asphyxie certaines populations comme ailleurs sur la planète ; la simplicité, la solidarité, le sourire et la joie de vivre l’emportent sur toute autre considération. Bien sûr, vous allez me demander pourquoi nos jeunes quittent le continent par milliers, pourquoi nos leaders préfèrent investir ou thésauriser à l’étranger, pourquoi notre continent ne profite pas encore assez des délocalisations ?… La réponse -au delà des problématiques que nous traitons habituellement sur ce site- réside pour partie dans la perception négative que les Africains se laissent imposer par les appareils de guerre médiatique étrangers, leurs relais en Afrique, et surtout par leur propre passivité. En conséquence, le continent regorge de combattants qui manquent d’esprit de conquête et d’ennemis extérieurs, de magiciens qui jouent au « rien pour tous et tous pour rien », de tacticiens qui manquent de stratégie globale, d’une armée d’internautes qui s’amusent sur la toile sans s’imaginer qu’ils manipulent-là les armes du présent et du futur, celles de la bataille pour l’image, l’image d’un peuple debout, un peuple qui veut et va s’en sortir. Ne vous y trompez guère, la réalité est l’enfant naturel de la perception.

Pendant des générations, on nous a appris à tendre la main, à baisser la tête pour obéir, à lever « les yeux vers la montagne d’où viendra le salut », à demander « un plan Marshall pour l’Afrique »… Aucun discours ne nous a expliqué comme l’ex-ministre Hubert Vedrine que la « communauté internationale » est un effet de style, que la compétition mondiale est une lutte violente et sans merci, qu’il ne faut jamais attirer l’apitoiement sur soi et que le père Noël n’est que le héros d’une merveilleuse storytelling qui fait rêver les enfants une fois par an.

Grâce à la mondialisation de l’information et l’éclatement des vérités, les jeux sont à nouveau ouverts, l’heure est plus que jamais à l’engagement collectif auquel appelait déjà le Rvd Martin Luther King. Et la victoire de l’Afrique nouvelle passe par le regard chaud qu’elle porte sur elle-même, ce minimum d’amour-propre qui force le respect des autres. Avec 1000 blogs patriotes, nous devenons les vrais « enfants soldats » -qui, en benchmarkant les jeunes Birmans, Chinois et Cubains et en y ajoutant notre génie propre- sommes capables de relooker l’image du continent et de faire bouger les lignes de l’histoire d’un clic individuel, prix d’une intelligence collective active. Souvenons-nous des contes héroïques de nos lointains ancêtres et leur morale sous-jacente: une victoire se gagne ou se perd d’abord dans la nuit (du virtuel) avant de s’imprimer au grand jour. Toi qui viens de lire, hâte-toi pendant qu’il fait nuit, de peur qu’au lever du jour l’Afrique ne soit pas debout !

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