Tout au long de son histoire, l’Afrique a adhéré à la quasi totalité des offres de coopération que lui proposait l’étranger, et l’Occident en particulier. Non sans regrets. Il en fut ainsi des grands épisodes tels que l’esclavage et l’évangélisation, les guerres mondiales et la guerre froide, l’humanitaire et la dette, le commerce et la diplomatie; aujourd’hui, l’intelligence économique.
A chacun de ces rendez-vous historiques, les Africains servirent -entre autres- de cobayes, de marionnettes, d’idiots utiles, de chair à canon ou de vache à lait. De cette kyrielle d’épisodes, l’Afrique sortit trahie, exsangue, en retard, dépendante et humiliée. Peu à peu, l’idée que dans sa grande bonté l’Eternel créa une Afrique naïve, suiviste et généreuse pour servir de souffre-douleur à un monde impitoyable cessa d’être un simple trait d’humour blanc.
L’extraordinaire évolution du monde ces 50 dernières années a radicalement changé les paradigmes et creusé de nouveaux champs de bataille. La ruée vers les matières premières africaines, les rivalités entre l’Asie et l’Occident, la globalisation des échanges, la prise de conscience de jeunes africains et le management stratégique de l’information… ouvrent des brèches inespérées pour le continent noir, malgré son retard technologique. Et voici de nouveau, tel un vieux serpent de mer, le passé qui ressurgit: les alliés d’hier nous proposent la coopération en matière d’intelligence économique oubliant que leur ardoise regorge de dettes morales non soldées. Avec les mêmes expédients, on nous caresse dans le sens du poil. Nos futurs cadres sont cueillis dans les universités étrangères et conviés au bal des Judas. Des filles et fils de dirigeants non avisés sont tamponnés dans leurs clubs préférés. Et, signes d’hérédité, des patrons africains de l’ancienne génération en viennent à croire que leurs meilleurs concurrents leur offriront des armes pour se battre librement dans une compétition ouverte, sans précédent, et à l’issue incertaine : la guerre économique.
Comme des griots éternels, nous n’aurons de cesse de sensibiliser et de prévenir la jeune génération de décideurs et d’opérateurs économiques africains. Le patriotisme économique est l’âme de l’intelligence économique et la compétition en est l’esprit. Nos entreprises, nations, sous-régions et région se doivent d’abord d’écrire leur propre partition compétitive et stratégique pour pouvoir ensuite coopérer en bonne intelligence avec l’étranger. Pas avant !
L’Afrique n’a jamais été aussi seule que lorsqu’elle est se sait entourée d’amis. La preuve par l’Histoire.
Guy Gweth