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Le pillage technologique est vital pour développer l’Afrique

In Intelligence sportive, Intelligence économique, Stratégie, Veille stratégique on 21 septembre 2008 at 2:00

Si dès janvier 2009, chaque travailleur africain de la Diaspora réussit à transférer par semestre: un logiciel, une machine agricole, un process, une ingénierie ou une bonne pratique vers une entreprise de son pays d’origine comme il transfère mensuellement des fonds avec Western Union; Si toute compagnie étrangère qui exécute un chantier en Afrique centrale est contractuellement astreinte au transfert de savoir-faire aux locaux comme l’exigent les Chinois chez eux*, d’ici 2020, les 6 pays de la Cemac** connaitront un décollage économique approchant celui des 4 dragons de l’Asie du sud-est*** dans les années 70. En attendant l’Etat-stratège, nos entreprises peuvent tout à fait impulser ce mouvement intelligent, citoyen, entrainant l’Etat et la Diaspora dans leur sillage. Quid de l’éthique ? Les gardiens de la loi savent tous qu’on ne tire pas sur l’ambulance. Urgence fait droit.

Lorsque j’avais 10-12 ans, Oscar, un homme d’un âge très avancé qui habitait au dos de notre maison familiale avait coutume de répéter à ses petits-enfants que « celui qui n’apprend pas du passé est condamné dans l’avenir ». L’histoire du monde est pleine de faits académiques qui donnent raison à ce vieux sage bantu. De tout temps en effet, la volonté de puissance, la recherche de l’espace vital ou simplement l’instinct de survie ont conduit des hommes et femmes à partir à la conquête. L’Afrique porte encore les stigmates de l’esclavage et de la colonisation. Ce crime épouvantable a crée un tel écart de développement économique, industriel et technologique entre le Nord et le Sud que seul un saut quantique proprement africain peut permettre de combler ce fossé. Refuser de comprendre cette leçon du passé c’est rejeter le scanner de nos retards actuels et hypothéquer l’avenir de l’Afrique. A contrario, accepter d’en tirer les enseignements, c’est inscrire la révolte constructive au cœur de notre action, c’est nous obliger au  combat, à une guerre autre, sans effusion de sang, faite de patriotisme, d’intelligence, de savoir, de stratégie et de stratagèmes. Le pillage technologique y est une arme primordiale.

« Rien n’est bon ni mauvais en soi. Tout dépend de ce que l’on en pense», écrivait Shakespeare dans Hamlet. Si l’Afrique pense que son bonheur réside dans son développement intégral, elle doit en lever les obstacles. Les Africains du XXIè siècle n’ont ni le temps, ni les moyens, ni la sottise de réinventer le fil à couper le beurre. Il leur est impératif d’ouvrir l’œil et l’oreille en se rappelant la mission prométhéenne que confia la Reine des Diallobé à Samba Diallo dans l’Aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kane : voler le feu au ciel pour le ramener à la terre. Mais attention ! Il ne s’agit pas de vendre son âme -on n’en a qu’une- mais bien de viser, caresser et in fine « rompre l’os et sucer la substantifique moelle», comme disait Rabelais dans le prologue de Gargantua. Les technologies que nous allons transférer dès demain en Afrique doivent être compatibles à nos besoins locaux. Grâce à une adaptation judicieuse, elles devront aider nos entreprises, nos institutions, nos écoles à devenir autonomes et compétitives. En l’occurrence, l’esprit précède et commande l’action.

Concluons en prenant exemple sur les Chinois: lors des JO de Pékin 2008, l’empire du milieu nous a convaincu par la preuve que lorsque les circonstances l’imposent, c’est dans le camp adverse qu’il faut aller piocher son entraineur, ses méthodes, ses techniques, bref le meilleur de son savoir-faire, y adjoindre le nôtre, la discipline et l’amour de la patrie pour gagner. A l’arrivée: 100 médailles dont 51 en or ! Sur ce point, l’absence d’unités d’élite spécialisées dans le Renseignement sportif de haut niveau en zone Cemac est une lacune sans nom ! Comment comprendre que de talentueux Africains évoluant dans les meilleurs clubs du monde ne soient systématiquement débriefés à la maison, voire encouragés à transférer au pays les bonnes pratiques d’entrainement acquises à l’étranger, dans le cadre d’une  stratégie nationale d’intelligence sportive? Se hâter lentement peut être fatal. Allons!

Guy Gweth

* Sans doute parce que la  Chine actuelle est essentiellement dirigée par des ingénieurs de formation. Mais est-ce là l’unique raison de leur stratégie volontariste?

** Les 6 pays de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale: Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad.

*** Les 4 dragons d’Asie du Sud-Est: Corée du Sud, Hong-Kong, Taïwan, Singapour.