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Archive for the ‘Benchmarking’ Category

Vos chantiers thématiques pour la rentrée

In Benchmarking, Diplomatie économique, Intelligence compétitive, Intelligence sportive, Intelligence économique, Stratégie on 4 septembre 2009 at 8:50

Chers lecteurs,

Depuis janvier 2008, vous êtes plusieurs milliers à nous témoigner votre intérêt en consultant, en imprimant et en recommandant des centaines de pages de ce site. Nous vous en sommes reconnaissants. Car par vos commentaires et suggestions, grâce aux demandes toujours plus pointues des ONG’s et entreprises clientes, vous réussissez chaque jour à nous pousser à la conquête de nouveaux territoires d’investigations au profit de décideurs stressés par l’incertitude et des bouleversements constants. D’où ces chantiers thématiques.

Certains parmi vous le savent : si nous théorisons sur l’intelligence stratégique et la diplomatie économique, c’est davantage pour tenir en alerte nos publics-cibles, au plus pour sensibiliser l’opinion africaine, parfois échanger avec des collègues, éventuellement décoiffer les étudiants d’écoles bien pensantes et tracer des sillons aux générations futures, fût-ce modestement. Car l’intelligence, la vraie, ne se raconte pas. Non. Elle se pratique. C’est la substance de cette practice que nous allons exposer d’une manière plus cohérente.

L’objectif est de laisser les aspects pédagogiques de notre matière aux cabinets conseils, aux établissements supérieurs et autres centres de formation pour nous atteler à résoudre (ou tout au moins contribuer à solutionner) les problèmes d’ordre informationnel qui se posent aux États et aux entreprises ainsi qu’aux organisations de la société civile du Sud. Chaque thème abordé comprendra trois articles d’une page A4. Pas plus. Ce que Siméon Ombiono, notre ancien professeur de droit civil qualifie de « pluie d’idées dans un désert de mots. »

Seuls les articles protégés ou dictés par une actualité brûlante échapperont à la règle des trois billets. Chaque fois que cela sera possible, nous invoquerons le passé pour tenter de sonder le présent et nous projeter dans l’avenir. C’est Christian Harbulot, notre maître en infoguerre qui aime à rappeler que « les gens ont tendance à répéter leurs actes… » Cela est particulièrement vrai dans le cadre d’attaques informationnelles comme nous le verrons ensemble. Même en essayant d’innover, les lignes de forces de nos articles resteront celles-là.

Dans les jours qui viennent, nous aborderons tour à tour les thèmes de l’exception africaine en matière d’intelligence économique (en compagnie d’experts africains tels que Joseph Bayehe, directeur exécutif de l’organisation africaine de l’intelligence économique), la souveraineté des États africains en matière de télécommunications où nous montrerons avec l’aide d’ingénieurs comment l’Afrique est sur écoutes 24h/24. Suivront l’affrontement des compagnies aériennes dans le ciel africain, l’agriculture, le tourisme… etc.

Plus tard, le tirage au sort de la coupe du monde de football 2010 au pays de Nelson Mandela sera l’occasion d’approfondir le thème de l’intelligence sportive. Du coup de tête de Zidane aux soupçons portés sur le sprinter jamaïcain Usain Bolt, triple recordman mondial, en passant par les rumeurs lancées contre la championne sud-Africaine du 800 m Caster Semenia… Nous décrypterons les dernières techniques de déstabilisation en cours dans le sport de haut niveau avec l’espoir que l’Afrique remporte sa première World Cup.

Chers lecteurs, si ces chantiers thématiques devaient manquer leur objectif, merci de nous l’exprimer en pensant comme Montaigne que c’est « du choc des idées (que) jaillit la lumière. »

Bonne rentrée !

Guy Gweth

La competitive intelligence à l’usage des ONG

In Benchmarking, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence économique, Management de l'information, Sécurité on 8 juin 2009 at 5:45

Le 12 avril 2009, le New York Time plaçait « Dead Aid»[1] au 29è rang des best-sellers aux Etats-Unis. L’ouvrage de la Zambienne Dambisa Moyo[2] décrypte avec méthode, chiffres et exemples, comment le business de l’aide au développement accroit la dépendance de l’Afrique et profite à des réseaux d’ONG rompues aux techniques de guerre économique. Dans son éditorial du 29 avril 2009 au Time, Paul Wolfowitz, ancien directeur de la Banque Mondiale, confirme l’analyse de l’économiste africaine de 40 ans (classée parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde[3]) et comprend la tension déclenchée par la parution de l’ouvrage dans les milieux de la solidarité internationale. Désormais dotées de stratèges et de lobbyistes, de business models et de commerciaux, de réseaux et de communicateurs, la plupart des grandes ONG maîtrisent parfaitement les techniques de competitive intelligence et les appliquent sans en parler.

Tous les spécialistes de la charity business savent qu’à chaque début d’exercice,  les responsables financiers d’ONG de développement se posent systématiquement ces trois questions : 1. Quels bailleurs financent tel type de projet ? (In-Out), 2. Quels projets finance tel bailleur de fonds ? (Out-In), 3. Comment rester compétitif en développant des sources de financements autonomes ? (In-In). Les professionnels de la competitive intelligence aident les décideurs à y répondre en activant trois touches :

1. Veille et enquêtes ciblées (sur les bailleurs de fonds, leurs projets, leur langage, leurs enveloppes, leurs exigences, leurs réseaux…) ;

2. Cartographie et profiling des acteurs (décideurs, concurrence, entreprises, relais d’opinions, donateurs publics et privés…) ;

3. Recherche, innovation et sécurité de l’information (Benchmarking, knowledge management, anticipation des tendances, protection du patrimoine informationnel pour éviter des intrusions comme celle d’EDF sur Greenpeace récemment.)

Depuis une décennie, les grandes figures de l’action humanitaire telles que l’Abbé Pierre ou Mère Teresa sont étudiées dans les meilleurs cursus d’intelligence économique et stratégique. Leur décryptage révèle que les techniques utilisées pour attirer les financements dans ces « organisations à but non lucratif » n’ont rien à envier aux opérations de guerre psychologique conçues par des officines ou des agences de marketing. Avec la bénédiction des Nations Unies, la multiplication des acteurs de la société civile a généré une extraordinaire concurrence entre les protagonistes ; et, à l’instar des marchés de Dieu, de la sécurité ou de la beauté, le business de la pauvreté se nourrit des failles décelées dans nos perceptions. Ce sont aussi ces failles que Dambisa Moyo a mis en exergue dans Dead Aid. Son courage et son expertise lui valent aujourd’hui d’être particulièrement écoutée des présidents Khadafi de Libye et Kagamé du Rwanda sur les questions d’aide au développement.

Guy Gweth*


[1] Dans Dead Aid (L’aide fatale), l’auteur soutient que la suspension dans un délai de 5 ans de toute aide accordée à l’Afrique, hors aide d’urgence « permettrait de stimuler la croissance » du continent.

[2] Dambisa Moyo est titulaire d’un doctorat en économie de l’université d’Oxford, d’un master de l’université de Harvard et d’un MBA de l’American University of Washington D.C.. Après la Banque Mondiale, elle a travaillé 8 ans chez Goldman Sachs avant de prendre la direction du hedge fund Absolute Return for Children. Dambisa Moyo milite pour des mécanismes innovants d’autofinancement du développement en Afrique à travers la microfinance, l’accès aux marchés de capitaux et le commerce avec la Chine.

[3] Classement 2009 du New York Time

* L’auteur de cet article a été consultant auprès d’Amnesty International, Caritas Internationalis, Catholic Relief Services, Justice & Paix, Friedrich Ebert Stiftung, etc.

Evaluer la performance de l’intelligence économique

In Benchmarking, Débat, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique on 3 mai 2009 at 1:59

L’intelligence économique (IE) aura sa révolution le jour où elle fera scission avec l’idéologie. Pendant quelques années encore, la profession pourra s’appuyer sur l’esprit et la théorie de la défense nationale pour sensibiliser le personnel politique et les dirigeants d’entreprises dites stratégiques. C’est la phase des premiers pas et de la pédiatrie. Mais les vrais professionnels savent que cette posture ne durera pas ad vitam eternam. Arrivée à maturité (les Anglosaxons sont plus avancés) l’IE francophone devra se séparer de sa part affective pour devenir une discipline « mûre » comme le sont aujourd’hui le marketing ou l’audit comptable…, c’est à dire dotée de  règles de métier solides et reconnues, de pratiques éprouvées et d’outils pertinents pour évaluer sa performance individuelle  comme tout autre service de l’entreprise.

A l’heure qu’il est, les responsables d’IE au sein des grands groupes arrivent à peu près à communiquer sur leur métier en interne. Il est évident qu’un cadre dirigeant sensibilisé comme on l’a vu plus haut sera davantage enclin à écouter et à appuyer le responsable de veille ou d’intelligence économique. Des auteurs comme François Jakobiak font d’ailleurs du soutien du Top management la condition sine qua non à la réussite des acteurs d’IE. Mais lorsqu’Alex arrive en commercial pour vendre l’intelligence économique à un dirigeant de PME (à coup d’arguments sur la sécurité informatique, d’exemples de détection de nouvelles tendances ou en vantant l’efficacité des derniers outils de veille automatisée…) on lui prête souvent attention, s’enquiert du coût, calcule mentalement, guettant le moment idéal pour lui demander: combien ça va rapporter?

Thats’s the question ! Quel montant attribuer aux gains générés par l’IE dans une entreprise ? Les responsables des services marketing et communication arrivent déjà à chiffrer les bénéfices d’une campagne publicitaire, fût-ce de manière approximative. Pas nous. Pourtant, en période de crise, comme l’écrit Patrick Jaunant in Obectif Performance, « les entreprises ont tendance à lancer des ‘programmes de transformation’ de leurs fonctions métier et support en vue d’améliorer la performance » ; et les services marketing/communication sont les premiers qui passent à la trappe. Alors au nom de quels arguments l’intelligence économique résisterait-elle, étant entendu que le management ne dispose pas d’outils pour évaluer sa rentabilité financière et sa performance? C’est ici qu’émerge notre idée de benchmarking.

Lorsque dans certains pays, on commence à fixer des objectifs chiffrés à des unités de police, que dans la grande distribution les services de sécurité ont des minima d’arrestations/j à honorer, qu’au sein d’un gouvernement les ministres sont notés… la communauté des professionnels de l’IE est en devoir d’enquêter sur les outils de cette recherche de performance. Détecter de nouveaux entrants sur un segment, intoxiquer un veilleur hostile,  sonder les clients du concurrent, cartographier le réseau d’influence de ceux qui sont en face… C’est bien. Mais si le décideur ne suit pas ? Comment s’inspirer de Robert Kaplan et David Norton pour formaliser un Balanced Scorecard spécifique à l’IE ? Sans doute faudra-t-il une révolution pour poser ces questions dans la sphère francophone. Mais  c’est inéluctable.

Guy Gweth

« Duplicity » : un film pour professionnels de l’IE

In Benchmarking, Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Sécurité on 23 mars 2009 at 12:59

Entre séduction et manipulation, la différence est parfois difficile à distinguer. C’est ce que montrent les personnages interprétés dans le film “Duplicity” sorti le 25/03/09 dans l’Hexagone par Julia Roberts et Clive Owen, tout en charme et double jeu. Un film intéressant pour les professionnels de l’intelligence économique (IE) et  du monde du renseignement en général*.

Claire Stenwick, spécialiste de l’espionnage et du contre-espionnage à la CIA américaine, et Ray Koval, spécialiste de l’espionnage et du contre-espionnage au MI6 britannique, se rencontrent le 4 juillet 2003 dans les jardins de l’ambassade des Etats-Unis à Dubaï, lors de la réception donnée pour la fête nationale américaine. Séduction mutuelle. Nuit dans le même lit. Mais au petit matin, quand il se réveille, elle est déjà partie. Après lui avoir subtilisé des documents importants.

Cinq ans plus tard, chacun a quitté ses services secrets pour un emploi dans le privé. Claire, ex-CIA donc, est désormais au service d’un géant de l’industrie pharmaceutique new-yorkais. Et Ray, ex-MI6 donc, est au service d’un autre géant de l’industrie pharmaceutique new-yorkais. Tous deux plus rivaux que jamais.

Pour les deux firmes, l’espionnage industriel est capital. Et surtout le contre-espionnage. Car l’un des deux géants s’apprête à lancer un produit révolutionnaire, susceptible de générer des milliards de dollars de bénéfices. Autant dire que quand Claire et Ray se retrouvent, c’est à nouveau la guerre. Mais l’attirance mutuelle reste très forte, et manipulation n’empêche pas séduction.

Oui, mais qui manipule qui? Amants, rivaux, complices, ou les trois à la fois? Et jusqu’où? Et qui aura le dernier mot, dans cette histoire d’amour où les mots “confiance”, “sincérité” ou “transparence” n’ont plus aucun sens? Ou encore: comment deux scorpions s’y prennent-ils pour faire l’amour? Réponse: en faisant très, très attention…

Pour le spectateur, il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil de l’histoire de ce “Duplicity”, où les retours en arrière, les rebondissements et les fragmentations d’écran se succèdent à un rythme soutenu. On suit les aventures des deux personnages, de Dubaï à New York en passant par Rome, Londres, les Bahamas, Miami ou Zurich: dépaysement assuré, en attendant de tout comprendre (peut-être) à la fin du film.

C’est le deuxième long métrage réalisé par Tony Gilroy, après “Michael Clayton” (avec George Clooney). Auparavant le réalisateur s’était fait remarquer pour ses scénarios plutôt bien ficelés de thrillers plutôt compliqués: la trilogie Jason Bourne avec Matt Damon (“La mémoire dans la peau”, etc.), “Dolores Claiborne” d’après Stephen King, “L’associé du Diable” avec Al Pacino et Charlize Theron, “L’échange” avec Meg Ryan et Russell Crowe.

“Duplicity” fait immanquablement penser aux films du genre, où l’arnaqueur n’est pas toujours celui qu’on croit et où les ressorts de la manipulation ne sont connus du spectateur qu’à la fin de l’histoire: il y a 35 ans de cela, Paul Newman et Robert Redford faisaient déjà la même chose dans “L’Arnaque”, et depuis les “Ocean’s Eleven” et autres “Usual Suspects”, “Braquage à l’italienne”, “Les Associés”, “The Score”, “Sex crimes” ou “Cash” ne diffèrent que dans les détails.

Pour que le film fonctionne, tout au long d’un scénario plus ou moins crédible, les acteurs doivent attirer la sympathie du spectateur. Julia Roberts, plus charmeuse et machiavélique que jamais, et Clive Owen, l’acteur à la mode en ce moment (il est à l’affiche de “L’enquête”, au scénario fort semblable), y parviennent sans peine. Et, en contrepoint de ce couple glamour, dans les seconds rôles antipathiques mais bien typés, Tom Wilkinson et Paul Giamatti, en PDG des firmes pharmaceutiques rivales, sont parfaits.

TempsRéel – NouvelObs.

* Note de GG

Contre-intelligence: l’expertise d’une PME africaine

In Benchmarking, Guerre de l'information, Intelligence compétitive, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 18 novembre 2008 at 6:29

C’est l’une des curiosités de la société de l’information: les esprits les plus brillants sont parfois les moins connus. Ce constat est d’autant plus valable chez les professionnels de l’intelligence économique que les meilleures recettes sont aussi les mieux protégées. Aujourd’hui, je vous convie à la découverte d’une PME africaine dont les pratiques de contre-intelligence économique peu académiques, à peine coûteuses, fort discrètes et très efficaces forcent le respect de concurrents dotés d’énormes budgets de surveillance.

La contre-intelligence économique est un ensemble d’outils, de méthodes et d’activités de défense dont le but est de neutraliser ou détourner de manière légale toute opération d’espionnage ou d’intelligence économique concurrente ou hostile. Qu’elle soit défensive ou offensive, interne ou externe à l’organisation, la contre-intelligence a pour référence le cycle de renseignement. Elle peut  donc viser les questions des décideurs, la collecte des données y afférant, l’analyse de ces dernières, la protection et l’exploitation du renseignement à produire par l’organisation ou la partie adverse. Dans le cas de notre PME africaine, la ruse est au cœur du dispositif de contre-intelligence économique.

Avec ses 83 salariés, l’établissement Aurora* travaille depuis quatre ans sur un créneau innovant extrêmement porteur de l’avis des spécialistes interrogés. En moins d’une demi-dizaine d’années, la start-up a repoussé trois offres d’achats. Ses concurrents directs étant de grandes multinationales, tout ou presque a été tenté pour la faire plier : incitation des cadres à publier dans des revues internationales, invitations à des voyages d’études, benchmarking, elicitation, offres d’emploi fictives, débauchage, chevaux de troie via internet, tentatives de vol, manœuvres de déstabilisation… etc. En vain.

Pour y faire face, deux jeunes femmes de 26 et 29 ans à l’allure d’éternelles étudiantes animent à plein temps l’unité d’intelligence économique (U-IE) à laquelle est stratégiquement rattachée la communication interne et corporate de l’entreprise. C’est à la cadette que revient le pilotage du counter-intelligence unit: «  toutes les deux, on est à la fois les yeux, les oreilles, le nez, l’armure et le glaive de la compagnie », m’a-t-elle confié avant d’ajouter : « nous avons la chance d’avoir un boss et des collègues qui nous font totalement confiance, et pour rien au monde, on ne peut se permettre de faillir. »

Dans leur bunker** comme dans d’autres cellules d’IE, des banques de données  constamment mises à jour révèlent des cartographies détaillées de la concurrence, des ONG partenaires ou hostiles, de plusieurs centres de décisions politiques avec à chaque fois le profile des équipes dirigeantes, leurs postes, leurs réseaux et la typologie des stratégies d’intelligence compétitive qui en découlent… Sur le site internet de la PME, 1/5 des informations publiées vise à leurrer la concurrence (!) Et lorsqu’un veilleur hostile insiste sur un détail, notre duo de choc  lui poste un missile informationnel***.

Dans toute l’entreprise, seuls trois ordinateurs « préparés» sont connectés au réseau internet. Avec un savant mélange de vraies et de fausses informations codées par des mots de passe faciles à casser, l’unité d’intelligence économique nourrit copieusement ceux qui pensent avoir troué son dispositif de sécurité. En interne comme à l’extérieur, l’usage des e-mails, téléphone et fax est extrêmement réduit, les communications à distance sont brèves, cryptées et voilées. Entre collègues ou dans la relation-client, la direction de l’entreprise soutient mordicus que cette « petite restriction » accroit les contacts humains.

En plus des clauses de confidentialité et de non-concurrence (d’usage traditionnel dans ce type de structure), l’U-IE a conçu un manuel ludique de sécurité à l’adresse des employés. A chaque niveau de responsabilité correspond une petite histoire à raconter si une envie irrépressible de parler travail vient à prendre un salarié dans un avion, un taxi, un café, une conférence, en amour ou en famille… Grâce à une communication corporate adaptée à cet objectif stratégique, des liens étroits existent entre salariés qui ont fini par créer comme un cordon de sécurité autour du patrimoine informationnel de l’entreprise.

Depuis trois ans, ce dispositif de contre-intelligence économique (dont j’ai voulu la description  éparse) a causé de tels désagréments aux concurrents que certains ont suspendu la veille autour d’Aurora. Ce retour d’expérience devrait parler aux acteurs de l’IE chez qui la maîtrise des outils de veille électronique constitue l’unique fond de commerce.

Guy Gweth

* Pour des raisons évidentes, l’appellation « Aurora » est fictive dans ce cadre.

** Les missiles informationnels permettent d’injecter à l’adversaire des données toxiques  afin d’altérer son  jugement, voire de le compromettre.

*** Le bunker ici est constitué d’ordinateurs sécurisés jamais connectés à internet.

Revivez McCain-Obama in infoguerre pour D.C.

In Benchmarking, Communication d'influence, Guerre de l'information, Management de l'information, Stratégie on 8 octobre 2008 at 7:59

Le benchmarking des techniques de guerre de l’information par les acteurs du monde politique, économique, humanitaire et sportif a bougé les lignes de la communication stratégique. En 2006, les arbitres jugeaient disproportionnée la réponse de Zidane (coup de tête) à l’attaque de Materazzi (injure). D’imaginer aujourd’hui que la Squadra Azzurra avait resserré le profiling des Bleus et que le défenseur italien n’avait eu qu’à presser le point sensible au moment M, change la nature du débat chez les spécialistes et élargit le champ d’application de l’infoguerre. Le durcissement de l’affrontement entre candidats à la Maison-Blanche intéresse la communauté de l’IE car la nature (1), la pertinence (2) et les méthodes (3) des attaques informationnelles ici préfigurent leur transposition aux champs de bataille voisins.

1. La nature des coups portés

Si l’on considère uniquement les 45 derniers jours de la campagne présidentielle américaine, on peut relever trois attaques informationnelles parmi les plus saillantes. Le 17 septembre 2008, les deux boîtes électroniques de la colistière de McCain sur Yahoo! sont piratées. Il n’y a pas longtemps, Sarah Palin utilisait ces adresses non sécurisées pour traiter ses affaires privées et celles de l’Alaska, l’Etat dont elle est gouverneur. La capture d’écran d’un e-mail de la candidate a fait le tour du monde. Dès le 4 Octobre, Palin va faire ses courses dans le passé de l’adversaire et revient avec une relique que tout le monde avait oubliée: dans les années 90, Obama était « ami » avec William Ayers, un ancien militant du Weather Underground (groupuscule radical qui perpétra des attentats aux USA pendant la guerre du Vietnam)… Le camp démocrate réplique aussitôt avec une vidéo sur « les liens » de McCain et Charles Keating, un banquier accusé de fraude à la fin des années 80. Dans ce contexte d’infoguerre exacerbée par la déroute de Wall Street, la déclaration peu avisée de McCain sur la prétendue « solidité des fondamentaux économiques américains » a sonné comme une passe à l’adversaire. Une faille pertinente pour enfermer le candidat républicain dans ses propres contradictions.

2. La pertinence des failles retenues

L’intégrité de la correspondance étant garantie par la constitution des Etats-Unis, l’atteinte portée au courrier électronique de Sarah Palin a été unanimement condamnée dans la forme. Mais au fond, l’insouciance et l’imprudence de la candidate républicaine à traiter de dossiers étatiques sensibles en utilisant un canal privé non sécurisé a mis le tout Washington D.C. en émoi; et interrogé « la capacité du ticket McCain-Palin à diriger l’Amérique d’aujourd’hui». En face, l’attaque visant « l’amitié » de Obama avec un ancien terroriste a été reçue par nombre d’analystes comme un coup porté sous la ceinture. Et il a été bien choisi, même si les sondages n’ont pas bougé. Remuez les souvenirs du 11 septembre aux USA et vous avez un cocktail détonnant. Malheureusement pour les républicains, la crise financière qui frappe la grande majorité de l’électorat braque l’attention sur le porte-monnaie du contribuable appelé à la rescousse des « patrons voyous de Wall Street » et leurs amis, dont McCain. Jouant sur la conjoncture, les stratèges démocrates font glisser le curseur de la sécurité internationale vers la sécurité financière, non sans méthode.

3. Les méthodes appliquées

Si au sommet des dispositifs concurrents, McCain et Obama semblent s’en tenir à une espèce de gentlement agreement, ce sont en revanche leurs états-majors qui déploient les opérations d’infoguerre par médias interposés. Les deux appareils de communication traquent le passé de leurs adversaires, détectent les incohérences, relèvent leurs contradictions, tout en visant des symboles susceptibles de décider les électeurs indécis, car c’est eux qui feront basculer le scrutin le 4 novembre 2008. D’après le FBI, les premières traces du piratage de la boîte électronique de Sarah Palin conduisent à David Kernell, 20 ans, étudiant à l’université Tennessee-Knoxville et fils d’un parlementaire démocrate. En visant cette faille, les démocrates demandent insidieusement aux électeurs : « Voulez-vous élire une insouciante à ce point capable de jouer avec la sécurité des Etats-Unis ?» A l’opposé, en rétablissant une vieille connexion entre le sénateur de l’Illinois  et l’homme qui fit exploser une bombe au Pentagone en 1972, les républicains veulent «démasquer» Barack Hussein pour, disent-ils, «montrer le vrai visage de Obama», «l’ami des terroristes».

Tout bien considéré, il y a d’un côté les attaques portant sur l’intégrité des Etats-Unis et, de l’autre, la psychose générée par la crise financière. Et là, rien de mieux que la sécurité du porte-monnaie pour décider l’électeur américain. C’est face à cet enjeu que McCain et Obama vont devoir se surpasser en méditant ce proverbe de la stratégie chinoise: ” Si tu veux réaliser quelque chose, fais en sorte que tes ennemis le fassent pour toi“.

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lire: Infoguerre à Bretton Woods: objectif Strauss Kahn

IE: le benchmarking des groupes d’autodéfense en Afrique centrale

In Benchmarking, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 23 juillet 2008 at 5:46

La crise économique qui traverse la zone Cemac depuis plusieurs années a considérablement fragilisé l’appareil étatique dans l’accomplissement de certaines de ses missions régaliennes. Une partie de ces dernières est ainsi tombée dans le champ d’activités des promoteurs privés, des bailleurs de fonds, des églises, des Ong… et des associations en bonne place desquelles les groupes d’autodéfense.

Nés de l’insécurité et de la montée du grand banditisme, les groupes d’autodéfense sont l’œuvre des jeunes de quartiers, costauds, solidaires, scolarisés ou non. Leur objectif est de sécuriser leur territoire. En alternance, ils veillent de jour comme de nuit. Ils surveillent les environs, collectent des informations, notent tout mouvement suspect. Ils ont le soutien plein et entier des populations locales. Y compris financièrement. Les criminels les redoutent. Les pouvoirs publics les observent. Un nouveau rapport de forces voit le jour dans les cités. Mais très vite, certains groupes franchissent la ligne jaune. Ils se prennent à arrêter des malfrats, à les juger devant des tribunaux populaires, à exécuter les peines par eux-mêmes. Il arrive qu’un membre du groupe cherche à se venger d’un rival et le dénonce comme « malfaiteur », poussant parfois à commettre l’irréparable. Embarrassé, l’Etat rend justice, tout en reconnaissant implicitement l’aide exceptionnelle de ces entités de facto, non prévues par les lois de la république. Il faut les encadrer.

Du 25 au 27 février 2004, alors que j’assure le pilotage d’Interconsult Cameroon, j’organise avec l’aide de bailleurs de fonds allemands, une session nationale au centre Jean XXIII de Mvolyé, à Yaoundé, afin de sensibiliser ces groupes au respect des droits humains. Pour mener à bien cette mission sans précédent, j’invite des experts de haut niveau dont l’ancien préfet Jean-Marie Ndongo et surtout Bell Luc René, ancien gouverneur et ex-délégué général à la sureté nationale. Ils nous font l’honneur d’accepter. Dans son propos liminaire, l’ancien chef de la police camerounaise tient à préciser que si l’Etat tolère les groupes d’autodéfense, c’est en réalité dans une logique stratégique visant à pénétrer les zones dites sensibles, grâce au soutien informationnel des habitants, dans le but de mieux gérer et garantir la sécurité publique.

La stratégie d’intelligence économique que nous impulsons dans la zone Cemac a tout appris de ce schéma contextuel. Face à l’exacerbation de la concurrence, à la réduction des moyens de l’Etat, nos entreprises se regroupent aussi bien par région que par secteurs d’activités. Moins fragiles et plus audacieuses, elles travaillent ensemble autour d’une plateforme d’information sécurisée avec la collaboration, voire, l’impulsion de l’Etat. Peu à peu, ce dernier diminue ses fonctions opérationnelles pour davantage se consacrer à son rôle d’Etat-stratège. Ces plateformes visent la défense et la compétitivité par la transformation du renseignement économique en outils de création et de protection des richesses. Rien à voir avec un quelconque protectionnisme. La vérité est que  les compagnies se prennent en main pour agir dans le respect bien compris des règles de saine concurrence. Elles n’ignorent pas qu’en définitive, c’est aux pouvoirs publics d’assurer les missions de contrôle, de protection des personnes, des biens, et donc des entreprises implantées sur l’ensemble du territoire national. Mais elles gagnent en assurance. L’Etat devient clairvoyant. La Cemac peut voir venir.

Des jeunes de quartiers qui inspirent une stratégie d’intelligence économique aux entreprises? Il fallait y penser.

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lisez:

Pratiques de contre-intelligence économique: l’expertise d’une PME africaine

Les secrets du segment Afrique de Western Union: transfert de propriété

In Benchmarking, Intelligence économique, Leadership, Perception Management, Stratégie on 6 juin 2008 at 2:06

Le 1er Juin 2008, nous publiions sur ce site: [“C’est un fait dont on parle trop rarement: au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance.” Nous, enfants de la tradition.

Marketing ethnique, Perception Management, Communication stratégique, Conquête des espaces, Relation client… Enquête exclusive au cœur d’une stratégie commerciale qui séduit la diaspora africaine. Comment de pauvres Africains ont enrichi Western Union, Transfert d’argent? C’est à découvrir prochainement. Ici.]

Aujourd’hui, nous regrettons de ne pouvoir publier les résultats de cette enquête aux motifs de cession des droits de propriété à des tiers. Comme vous devez le savoir, les entreprises , les gouvernements et les organisations non-gouvernementales sont prioritaires pour connaître et exploiter les résultats de nos productions à des fins de compétitivité. Aussi prions-nous l’ensemble de nos lecteurs d’excuser ce rendez-vous manqué, dû à la real intelligence.

Guy J. Gweth

Les stratégies d’entreprise peuvent s’inspirer du football

In Benchmarking, Stratégie on 26 mai 2008 at 7:25

Le foot utilise de plus en plus les statistiques pour optimiser l’acquisition et la gestion des actifs mais aussi celle des talents et la performance opérationnelle. Une stratégie dont l’entreprise doit s’inspirer.

(é) Pierre Bosche, Directeur Général de l’activité Conseil Technologique et Intégration de Systèmes pour Accenture en France et Benelux

Les enseignements du sport sont vérifiables dans le monde de l’entreprise: celle-ci doit savoir exploiter ses données internes pour en faire un avantage concurrentiel. Ce, en développant tout d’abord ses capacités d’analyse en mettant l’accent notamment sur la qualité des données qui sont les garantes de la pertinence des décisions. En effet, il me semble que les bases traditionnelles de la concurrence s’érodent rapidement : il devient chaque jour de plus en plus difficile d’innover en matière de produits et services. Le cycle de vie des produits ne cesse de se raccourcir, tandis que les attentes des clients vont toujours croissantes. Les entreprises ont de plus en plus de données à leur disposition, avec une richesse jamais atteinte au préalable. Toute la difficulté réside à exploiter ces données mal structurées.

Utiliser les outils analytiques à des fins stratégiques

Je suis convaincu que les prises de décision doivent donc être plus affûtées et mieux informées, ce qui exige d’analyser plus en profondeur les rouages de l’entreprise. Selon moi, il n’a jamais été aussi facile de collecter et de synthétiser des données. La preuve avec le prix des technologies qui ne cesse de baisser tandis que la capacité des processeurs et des mémoires augmente en permanence et que les logiciels gagnent en standardisation et en fonctions. Des entreprises de pointe telles que Tesco, Barclays ou Honda n’ont pas attendu l’enseignement sportif, elles distancent déjà leurs concurrents grâce à l’utilisation de performants outils d’analyse.

Une nécessité de développer des compétences en analyse de données

D’après nos recherches, les sociétés les plus performantes – c’est-à-dire celles qui surpassent nettement leurs concurrents sur le long terme et par delà les cycles de conjoncture – utilisent deux fois plus les outils analytiques à des fins stratégiques qu’une entreprise moyenne. Et cinq fois plus que leurs homologues enregistrant les moins bons résultats ! Les meilleures entreprises l’ont bien compris : la technologie à elle seule ne peut rendre une organisation compétitive sur le plan analytique. C’est la raison pour laquelle ces dernières consacrent du temps et des efforts à développer des compétences et processus métiers dans le domaine de l’analyse de données. Ces entreprises performantes adressent donc un message fort à leurs concurrents. Presque aussi fort que celui que Zidane a adressé à Materazzi, son adversaire italien en 2006.

Jeux et opérations d’information: quand l’Afrique s’éveillera…

In Benchmarking, Guerre de l'information, Guerre économique, Stratégie, veille on 10 avril 2008 at 7:27

L’utilisation spectaculaire des valeurs de l’olympisme au discrédit de la Chine est une preuve nouvelle qu’une stratégie d’information (ou de désinformation) bien menée, a en ce début de 21è siècle, un impact démultiplié.

Qui aurait pensé il y a seulement 10 ans, que le simple fait de manifester à côté d’un symbole aussi fort que la flamme olympique, pourrait mettre la Chine, puissance montante, dans une situation aussi délicate sur la scène internationale. Même Alain

Peyrefitte auteur du mémorable “Quand la chine s’éveillera” n’y aurait pas pensé, et le cœur de Pierre de COUBERTIN a bien dû se serrer un peu au vu des événements.

La caisse de résonance générée par le relais des ONG sur les 5 continents, est un outil efficace d’intelligence économique parmi d’autres. La bataille médiatique ne fait que commencer et la Chine va devoir tenir compte des réactions des autres nations. Une nouvelle fois dans l’histoire des jeux, comme Jesse OWENS, Tommie SMITH, John CARLOS, le pouvoir médiatique des jeux impose au monde de voir la réalité d’une population, et de se positionner. Les sponsors devront maintenant réfléchir avant de dépenser des milliards d’euros pour associer leur image à celle de la fraternité sportive. Les Pays Africains dits en Voie de Développement (si tant est que cette catégorisation soit probante*) ne verront pas passer la flamme. Tout comme les pays d’Océanie (Papouasie, Salomon, Fidji, Nouvelle-Guinée, Timor, etc.) qui essaient de se faire une place timide sur le marché économique mondial. Ils découvrent ainsi que la modernité, les médias, et des outils comme l’intelligence économique, peuvent leur servir. Ils peuvent se faire connaître, creuser leur sillon dans les méandres des flux économiques internationaux, et sortir de l’assistanat des institutions mondiales, pour acquérir une indépendance économique. Qu’ils retiennent la leçon. Leurs athlètes pourraient aussi un jour avoir des messages à envoyer au monde.
Souhaitons toutefois que le discrédit temporaire qui entache la Chine à travers l’épisode de la flamme olympique, sera limité et ne gâchera pas les heures de souffrance des sportifs à l’entrainement, le travail des artistes qui ont dessiné flambeau, logos, et autres motifs festifs qui devaient donner un air de fête à l’événement.

Par Marc-Hervé Blanchet, Ingénieur, Ancien de l’Ecole de Guerre Economique

* Développement selon Muhamad YUNUS : “Déterminé par le revenu réel par
habitant de la moitié de la plus pauvre d’une population”

Guerre économique: la bataille pour le contrôle mental

In Benchmarking, Guerre économique, Intelligence économique, Perception Management, Prospective, Soft Power, Stratégie, Sécurité on 5 mars 2008 at 8:29

Il est délicat, le slogan qui accompagne “Le droit de l’intelligence économique” de Thibault du Manoir de Juaye dans l’annuaire 2008 des acteurs de l’intelligence économique en France. On peut en effet lire en présentation de cet excellent ouvrage que “faire de l’intelligence sans barbouzeries, c’est possible!” Au delà des angles légal et règlementaire qu’aborde l’auteur, j’adhère moi aussi à l’aspect éthique qui y est sous-jacent. Cependant, en tant que praticien de sensibilité anglo-saxonne, je suis très sensible au benchmarking des bonnes pratiques issues du monde du renseignement militaire. A la suite des Américains, cette attitude est  aussi partagée depuis 10 ans en France par le Général Pichot-Duclos et Christian Harbulot, fondateurs de l’EGE Paris. Pour ces pionniers, en effet, le transfert du savoir-faire militaire au monde civil est rendu vital au regard du durcissement des affrontements économiques en cours et futurs. La grande bataille stratégique autour du contrôle psychique constitue donc un excellent terrain d’expérimentation.

Un peu d’histoire…

Les plus âgés parmi vous se souviennent des années qui précédèrent et celles qui suivirent immédiatement la deuxième guerre mondiale et la course aux armements biologiques qui fit rage dans les officines nord-coréennes, chinoises, allemandes, russes et américaines notamment. Nombre d’entre vous, j’en suis sûr, se remémorent encore la psychose qui s’empara de Washington au lendemain de la libération de ses prisonniers de guerre fin 1953. Capturés par l’ennemi, des aviateurs et des hommes de l’infanterie américaine de retour aux USA commencèrent à faire l’apologie de la vie sous un régime communiste. Le Président des États-Unis se tourna vers l‘aigle de profil qui allait faire la renommée de Langley, en Virginie, et demanda à la CIA comment des soldats superbement entrainés pouvaient se laisser à devenir des traîtres. Dans les tentatives de reconstitution qui débutèrent, Allen Dulles, alors à la tête des renseignements américains, se rappela le procès du cardinal Josef Mindszenty en 1949. A la page 101 de son enquête sur “Les armes secrètes de la CIA” parue en 2006, Gordon Thomas, relate comment ce chef de l’église catholique hongroise “avoua avoir trahi… en bougeant comme un robot…” devant les juges russes. A partir de cet évènement, le contrôle du psychisme devint la priorité n°1 des scientifiques de l’agence américaine de renseignements. Initiée en février 1954 sous la direction du docteur Sidney Gottlieb, le programme secret MK-Ultra avait clairement pour mission de ” chercher toute méthode permettant de modifier le comportement humain.” Cette époque accoucha de plusieurs essais et théories telles que “l’infantilisation psychologique traumatique” ou encore “la conduite psychique” qui consistait à faire écouter au patient (aujourd’hui consommateur ou électeur) ses propres paroles jusqu’à ce que ses barrières psychologiques s’effondrent et qu’il ouvre son inconscient. La publication en 1984 de “Battel for the mind” par le professeur William Sargant marqua la consécration de plusieurs années de sacrifices et d’efforts, certes inachevés mais aux résultats transférables à d’autres domaines.

Le transfert de savoir-faire

Avec la chute du mur de Berlin et l’arrêt de l’affrontement est-ouest, fin 1989, les multinationales américaines furent les premières à benchmarker les méthodes d’influence de la guerre froide et à s’inspirer de la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) aux États-unis pour en adapter le savoir-faire à leur stratégie marketing. Dans les agences de publicité new-yorkaises, le début des années 90 vit jaillir une pépinière de jeunes concepteurs généralement âgés de moins de trente ans et n’ayant qu’une seule obsession: provoquer l’acte d’achat chez des individus “normaux” qui, sans la publicité, n’auraient pas acheté. De nombreuses expériences menées en psychologie sociale et cognitive ne tardent pas à venir à leur secours. Dans leur “Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens” paru une première fois en 1987 et réédité 2002, les Français Joules et Beauvois relatent une kyrielle de techniques (pour la plus part déjà expérimentées aux États-Unis) qui nous influencent au quotidien. Je vous le recommande. Dans l’opérationnel, le leader américain de la grande distribution Wal-Mart Stores, Inc. fut l’une des premières multinationales à exploiter la vidéo surveillance au delà de son objectif initial de sécurité. Dans leurs bureaux du 702 Southwest 8th Street de Bettonville, les marketistes de ce géant mondial n’hésitent pas à visionner de longues heures d’enregistrements-vidéo pour traquer et analyser les comportements de clients dans les rayons de grandes surfaces. Toujours plus loin, dans ses “100 petites expériences en psychologie du consommateur pour mieux comprendre, comment on vous influence” paru en 2006, Nicolas Géguin confirme, à titre d’exemple parmi d’autres, – sur la foi d’expériences menées aux États-Unis et en France- que la diffusion de musique rapide dans votre supermarché aux heures d’affluence comme lors des fêtes de fin d’année “vous incitera à faire votre shopping au pas de course.” (p119) Vous l’aurez compris, cet aspect aussi puissant que soft de la guerre économique opère avec votre consentement, en tous cas, sans vous contraindre le moins du monde, que vous soyez client ou concurrent, allié ou ennemi.

Les perspectives

Les recherches en psychologie cognitive sont un enjeu infiniment stratégique. La bataille pour le contrôle du mental humain est loin de s’achever. Rien que le profiling de dirigeants que nous réalisons au profit de nos clients au sein de GwethMarshall Consulting, par exemple, est déterminant pour la signature de leurs contrats. Evidemment, les entreprises ne sont pas les seules à en profiter. Des mouvements religieux ainsi que les femmes et hommes politiques dont le contrôle des comportements de masses a toujours été le vœu secret sont également à l’affût des progrès à venir. Certains parmi vous auront constaté que la situation est assez proche du tableau que brosse Xavier Couture in “La dictature de l’émotion: où va la télévision” paru en 2005 chez Louis Audibert Editions.

Quoi de plus légal, de plus éthique, de plus écologique et de plus intelligent, en effet, que de servir au consommateur, à l’électeur ou au patient, ce qu’il veut ou croit vouloir ?

Guy Gweth

Développement économique : comment l’Afrique peut benchmarker la Chine

In Benchmarking, veille on 25 février 2008 at 7:00

Le processus de transition économique en Chine est très instructif dans la mesure où il peut fournir un certain nombre d’enseignements intéressants et importants pour d’autres économies en transition, celles d’Afrique notamment, quant à la stratégie de réforme à poursuivre : son rythme, les secteurs à cibler en priorité, son ordonnancement et les ingrédients clés. Voici quatre grandes pistes d’un benchmark possible du modèle chinois par les dispositifs économiques africains.

Premièrement, l’état initial de l’économie à réformer détermine laquelle de l’approche graduelle ou de la thérapie de choc est la stratégie de réforme la plus appropriée. Ainsi, la Chine a commencé son processus de réforme dans une position relativement avantageuse. En effet, même si l’économie ne fonctionnait pas efficacement en raison des distorsions générées par le système de planification, il n’en demeure pas moins qu’elle affichait une croissance positive, une inflation et des déficits faibles, une épargne élevée et un faible endettement extérieur. C’est la raison pour laquelle l’économie chinoise n’avait pas besoin de commencer sa transition avec un programme de stabilisation macroéconomique. Par ailleurs, la Chine a maintenu le contrôle politique centralisé entre les mains du parti communiste, à la différence des autres économies de transition en Europe qui ont vu la fin de leurs Etats communistes. Pour la Chine, la réforme politique n’était pas à l’ordre du jour. Ainsi, le point de départ de la réforme économique en Chine résidait dans une relative stabilité économique et politique.

Deuxièmement, la réforme a été initialement focalisée sur un secteur de l’économie qui offrait les plus fortes chances de réussite. Dans le cas de la Chine, c’était le secteur agricole. Il s’agit d’un secteur clé en termes d’emploi, qui a été sacrifié pendant la période de planification centralisée. Etant donné le potentiel considérable et la probabilité de réussite de sa réforme, il représentait un bon tremplin pour la mise en œuvre de réformes ultérieures. Sa croissance rapide pendant la première période de réforme a amélioré considérablement la productivité à travers la ré-allocation des ressources, la croissance de la production et l’augmentation du revenu des paysans. Cette dernière a généré une épargne rurale considérable et donc des fonds pour l’investissement dans les entreprises des communes et des villages, qui allaient constituer la composante dynamique majeure du secteur non étatique. Suite à ce premier succès, la cible des réformes est devenue le secteur industriel, au milieu des années 1980, où l’accent a été mis sur une plus grande autonomie des entreprises.

Troisièmement, dans le secteur industriel, la Chine possède un ingrédient unique et dynamique : les Entreprises des communes et des villages (ECV). En effet, les ECV contribuent de façon majeure aux exportations, au développement de l’économie de marché, elles ont créé environ 100 millions de nouveaux emplois depuis le début du processus de réforme et favorisé l’industrialisation du monde rural. Bien que les aspects du phénomène TVE soient spécifiques à la Chine, leur expérience fournit des enseignements intéressants pour les autres économies en transition, notamment l’importance de la libéralisation des marchés et de la concurrence, la nécessité de soumettre les entreprises à la sanction de la contrainte financière, et le besoin d’incitations appropriées pour les collectivités locales.

Quatrièmement, les économies en transition devraient s’intégrer, le plus vite possible, à l’économie mondiale. A cet égard et depuis le début de la réforme économique, la Chine s’est progressivement ouverte et intégrée dans l’économie mondiale, ce qui s’est traduit par une augmentation de son commerce extérieur et des flux d’investissements directs étrangers en sa faveur. Il faut souligner ici que le choix par le gouvernement chinois de l’ouverture et de l’intégration économique a été en grande partie inspiré par les expériences de ses voisins régionaux dynamiques. Un choix payant puisque en moins de deux décennies, la part de la Chine dans les exportations mondiales a presque triplé. La politique d’ouverture a permis à la Chine d’accéder à la technologie et aux idées occidentales par le biais des investissements directs étrangers (IDE), lesquels ont joué un rôle clé dans son processus de développement économique. Par ailleurs, la Chine jouit d’une position avantageuse grâce à ses liens culturels, familiaux et historiques avec Hong-Kong et Taïwan. Enfin, avec une main-d’œuvre relativement bon marché, qualifiée et flexible, la Chine restera une destination attractive pour les IDE, notamment ceux portant sur les industries à forte intensité en main-d’œuvre.

Sources: James Kathuri, enseignant à l’université méthodiste du Kenya

“Histoire secrète du Mossad”, l’enquête de Gordon Thomas

In Benchmarking, Guerre de l'information, Stratégie, Sécurité, veille on 12 février 2008 at 9:09
Spécialiste du monde de l’espionnage, Gordon Thomas a publié à ce jour plus de 37 enquêtes traduites dans le monde entier. Les documents confidentiels auxquels il a accédé lui permettent ici de faire des révélations inédites.
mossad-gt.jpg“Il raconte les choses telles qu’elles ont été – et qu’elles le sont encore.Meir Amit, ancien directeur général du Mossad

Extraits:
“La connaissance est la première ligne de défense d’un pays. Nul part cette vérité n’est mieux confirmée que dans la relation qui unit l’Etat d’Israël au Mossad (…)

“Il y avait quelque chose de quasi messianique dans la façon dont le peuple juif comptait sur la protection de Ben Gourion, comme il avait jadis compté sur celle des rois et des prophètes d’Israël. Le Premier ministre avait beau savoir qu’il n’était pas un prophète – tout au plus un ex-combattant des rues ayant réussi à remporter la guerre d’indépendance contre un ennemi arabe doté de forces vingt fois supérieures- (…) Cependant, l’ennemi était toujours là. Il avait même gagné en intelligence et en férocité. Il frappait chaque nuit, tuant sans merci avant de se fondre dans les ténèbres (…)

“Pour finir, Ben Gourion résuma la situation avec son franc-parler habituel: ‘Vous remettrez au Mossad votre liste de commissions, et il se chargera d’aller faire les courses. Vous n’aurez pas à vous soucier de savoir où il sera fourni et combien il aura payé.

“En mars 1997, ayant reçu des informations du Katsa de Washington, Yatom passa à l’attaque. Il envoya sur place une équipe de Yahalomin afin de confirmer les informations fournies par le Katsa: le président Clinton avait de fréquentes conversations téléphoniques, à très forte connotation sexuelle, avec une ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky. Il l’appelait depuis le bureau Ovale, à son appartement de Watergate. Comme la Maison-Blanche était totalement protégée par son système électronique, les Yahalomin concentrèrent leurs efforts sur le domicile de la jeune femme. Ayant intercepté des propos plus qu’explicites entre le Président et Monica Lewinsky, ils transmirent les enregistrements à Tel Aviv par la valise diplomatique (…)

“Les années 80 représentèrent une époque bénie pour le grand safari africain du Mossad. Tout en dressant les Chinois contre les Russes, les Israéliens réussirent à compliquer la vie à la CIA, au MI-6 et à d’autres services secrets européens opérant sur le continent. Chaque fois que quelqu’un menaçait la position du Mossad, celui-ci dévoilait ses activités occultes. Un agent du MI-6 fut ainsi démasqué au Kenya. Au Zaïre, le réseau français fut démantelé. En Tanzanie, une opération d’espionnage ouest-allemande fut annulée en hâte après avoir été dénoncée par le Mossad grâce à l’indiscrétion d’un journaliste local.

“Depuis la rédaction de cet ouvrage, le Mossad, à l’instar de tous les autres services de renseignements, a été confronté à de nouveaux défis (…) le Mossad a dû lutter contre le trafic de drogue et le terrorisme à une échelle inimaginable jusqu’alors, sans oublier l’espionnage économique.”

L’Afrique francophone gagnée par la délocalisation des services

In Benchmarking, Intelligence économique, Stratégie, veille on 6 février 2008 at 7:55

Grâce à l’amélioration de télécommunications, le continent africain devient une alternative intéressante pour les entreprises européennes qui cherchent à délocaliser des services.

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L’intelligence économique appliquée au sport

In Benchmarking, Intelligence sportive, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 30 janvier 2008 at 7:49

L’intelligence économique appliquée au sport de haut niveau se développe progressivement en France et ailleurs. Dans un univers concurrentiel par nature, où il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur au final, ce concept appliqué au sport trouve toute sa légitimité. En effet, la performance du sportif ne recouvre plus seulement la notion d’entrainement, mais implique de nouveaux aspects et enjeux, du fait d’une médiatisation croissante et de la professionnalisation de nombreuses disciplines, ou en passe de le devenir.

Si la quête de l’exploit et de la victoire occupe le devant de la scène, elle peut à elle seule répondre à l’ensemble des enjeux liés au sport du XXIème siècle. Les impacts économiques, sécuritaires, géopolitiques ou encore sociétaux que le sport moderne engendre doivent retenir plus encore l’attention des décideurs et responsables du mouvement sportifs et des pouvoirs publics. Le sport d’aujourd’hui, à la croisée des chemins, devient complexe et multiforme. L’ensemble des acteurs (pouvoirs publics et mouvements sportifs) doivent pouvoir développer de nouvelles réponses, et mettre en place une véritable culture de la connaissance dans divers domaines stratégiques liés à la performance, qui est actuellement insuffisant.

Le rôle de l’Etat stratège, qui impulse et accompagne, sensibilise (…) est de prendre en compte l’ensemble de ces aspects transversaux. L’intelligence sportive doit permettre à l’Etat et aux organisations sportives non seulement de donner aux sportifs plus de moyens d’ accéder à la performance et de résister à la farouche concurrence internationale, mais également d’identifier ces nouveaux enjeux transversaux, d’anticiper les changements, et de pouvoir apporter une réponse adéquate. Il convient donc dès à présent d’en prendre la mesure, et de se doter d’outils et d’organisations réactives, permettant l’élaboration d’une politique publique de prospective adaptée, à la hauteur des nouveaux défis que le monde sportif devra affronter demain (…)

En conclusion (…) il est indispensable désormais de se doter de véritables outils de prospective, et de développer les actions de lobbying et d’influence en faveur de notre conception du sport. Pour parvenir à mettre en œuvre véritablement une culture publique de l’intelligence sportive, incluant l’ensemble des différents enjeux auxquels elle touche, des disciplines d’excellence pourraient être identifiées, à l’instar de secteurs d’activités sensibles, où l’effort des pouvoirs publics porterait plus particulièrement. Dans ces secteurs, il faudrait encourager la recherche et l’innovation, tout en œuvrant à la lutte contre la contrefaçon. Ce département doit comprendre en son sein un pôle capable de gérer des situations de crises, telles que des actions de déstabilisation ou de débauchage, ainsi que des campagnes médiatiques virulentes (…)

Sources: Marie Brigaud, inspectrice de la Jeunesse et des Sports, ancienne auditrice en Intelligence économique à L’institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN).