L’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) vient d’exprimer sa préoccupation quant aux perspectives économiques et financières à moyen terme de la sous-région du fait de la crise financière internationale. Dans un communiqué publié mardi 7 octobre 2008 au lendemain d’une session extraordinaire dans la capitale camerounaise, l’Union prévoit un ralentissement de l’activité sur la période triennale 2009-2011. Une note a été commandée à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) et à la Commission bancaire de la zone (COBAC).
Sur le plan macroéconomique, la situation des pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) fait état d’une hausse du produit intérieur brut (PIB) réel de l’ordre de 5,8 % contre 4, 4% en 2007. L’UMAC fait aussi état d’une poussée du niveau général des prix se situant à 4,2 % contre 1,6 % en 2007. S’agissant de la monnaie et du crédit, la CEMAC a enregistré un accroissement des avoirs extérieurs nets du système monétaire de 19,9 % sur 12 mois jusqu’au 31 juillet dernier, mais d’un recul de 31,8 % du crédit intérieur net. Dans le même temps, la sous-région a enregistré une hausse de 21,6 % de sa masse monétaire (M2) avec un raffermissement de 93,99 à 100,29 % du taux de couverture extérieure de la monnaie.
Interrogé sur l’impact attendu de la crise financière internationale sur l’économie de la zone Franc, le président en exercice du Comité ministériel de l’UMAC, le Tchadien Gata Ngoulou, a déclaré que le pouvoir financier -dans certains domaines qu’il s’est gardé de citer- s’est accru en Afrique centrale. Il a indiqué que l’effondrement actuel du système financier américain n’ébranle pas la zone Franc. Toutefois, a-t-il reconnu, des banques de notre zone entretiennent des relations étroites avec leurs homologues aux Etats-Unis d’Amérique et peuvent, d’une manière ou d’une autre, ressentir les effets de la faillite du système financier étatsunien. Il rassure cependant que des mesures sont prises pour juguler d’éventuelles répercussions sur le système financier de la zone franc.
A ce stade, nos ministres des finances concluent donc que « la stabilité financière et monétaire de la Zone reste solide, mais que le ralentissement de la demande mondiale et le niveau actuel des prix du pétrole pourraient impacter négativement sur l’activité et l’emploi ». Ils avertissent par ailleurs que « bien que les pays de la Zone franc soient jusqu’ici relativement épargnés par les effets de la crise financière actuelle, ses évolutions nécessitent une vigilance accrue ». Une fois de plus, les grands argentiers d’Afrique centrale s’engagent à accélérer l’ensemble des réformes permettant de promouvoir et accompagner l’initiative privée en renforçant notamment les infrastructures de base et en améliorant l’environnement des affaires.
Début février 2009, le FMI revoit sa copie sur l’Afrique subsaharienne!
La dernière sortie de la directrice du département Afrique du FMI met un holà aux certitudes affichées depuis le début de la crise financière. Pour Antoinette Monsio Sayeh, la crise aura des «répercussions considérables » sur l’Afrique subsaharienne.
«Même si la région devrait enregistrer une croissance de 3,3%, alors que la production se contractera dans les pays avancés, il s’agit d’un ralentissement prononcé par rapport aux dernières années », indique-t-elle en marge de la conférence tenue mardi 4 février 2009 à Paris sous la houlette du FMI et de CAP Afrique, et en présence de grands acteurs de l’économie africaine dont Lionel Zinsou, président du conseil d’administration de CAP Afrique, Jean Michel Severino, directeur général de l’Agence française de développement et Mandé Sidibé, Président du conseil d’administration du groupe Ecobank. Selon Mme Sayeh, les pays d’Afrique subsaharienne subiront la baisse du ralentissement de la croissance mondiale par de «fortes baisses des cours des produits de base et une réduction des entrées des capitaux ».
Et de lancer un appel à la communauté internationale, afin que celle-ci maintienne inchangée « l‘aide qu’elle respecte les engagements prises à Gleneagles ». Autant dire un prêche dans le désert tant on connaît, bien avant la crise financière elle-même, le bilan mitigé de ces engagements pris en 2005 en marge du sommet du G8. La révision de la prévision de croissance sur l’Afrique (3,3% en 2009, en baisse de 3 points par rapport aux prévisions de l’institution en avril 2008) affectera en particulier les pays exportateurs de pétrole. Lueurs d’espoir cependant, l’Afrique subsaharienne reste toujours à un niveau de croissance élevé par rapport à la moyenne mondiale, avec un système financier épargné par la crise systémique actuelle. Ce qui doit encourager les autorités concernées à multiplier les cellules de veille pour étudier les facteurs de vulnérabilité.
FCEB/AFT/APPA, Xinxua, FMI, Le Messager & Les Afriques: sources croisées par Guy Gweth
A toutes fins utiles, lire:
“Manipulations: les confessions d’un assassin financier”