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Archive for the ‘Communication d'influence’ Category

Exxon et les négationnistes du réchauffement climatique

In Communication d'influence, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective, Stratégie on 4 juillet 2009 at 12:30

C’est un constat: le réchauffement climatique de notre planète ne fait pas l’unanimité. Et pour cause… C’est un vrai business que de militer « pour » ou « contre » la thèse du réchauffement à Bruxelles ou à Washington D.C. tant les enjeux économiques sous-jacents sont colossaux. Dans les sphères où se décide l’avenir de l’humanité, les stratèges du doute au service du dilatoire (les négationnistes) résistent admirablement au rouleau compresseur de la pensée dominante grâce à une communication d’influence intensive et ciblée. Nous reprenons l’article du Monde ci-après parce que l’écologie est avec la lutte contre le tabagisme l’un des terrains de guerre économique les âpres et des plus feutrés tout à la fois, et que cet article en livre un épisode symptomatique du climat qui y prévaut.

« Exxon Mobil Corporation, la première compagnie pétrolière mondiale, a financé en 2008 des recherches remettant en cause le réchauffement climatique. Dans son édition du 1er juillet, le quotidien britannique The Guardian rappelle que les comptes d’Exxon Mobil montrent qu’en 2008, la compagnie a participé à hauteur de 75 000 dollars aux recherches du NCPA – National Center for Policy Analys, situé à Dallas (Texas) –, de 50 000 dollars à celles de l’Heritage Foundation et de 245 000 dollars à celles de l’American Enterprise Institute for Public Policy Research, toute deux situées à Washington. Ces différents lobbies sont connus pour leurs positions très sceptiques vis-à-vis du réchauffement climatique.

« Cité par The Guardian, Bob Ward, directeur de la communication de l’Institut de recherche sur les changements climatiques et l’environnement de la London School of Economics, considère que le NCPA comme l’Heritage Foundation ont publié des informations “inexactes et trompeuses sur les changements climatiques“. Le NCPA déclare notamment sur son site Internet que “si les causes et les conséquences de la tendance au réchauffement climatique sont encore inconnues, le coût des actions visant à réduire sensiblement les émissions de CO2 serait très élevé et entraînerait le déclin économique, l’accélération de la destruction de l’environnement, et n’aurait que peu d’effet sur le réchauffement global, quelle que soit sa cause“.

“L’ANNÉE 2008 EST PLUS FROIDE QUE L’ANNÉE 2007″

« De son côté, l’Heritage Fondation publiait, à l’occasion de la conférence sur le réchauffement climatique de décembre 2008 réunissant 190 pays à Poznan (Pologne), un mémorandum dans lequel elle remettait en cause le principe même du protocole de Kyoto. “Un nombre croissant de preuves scientifiques mettent en doute la menace du réchauffement climatique, notamment le fait que l’année 2008 est plus froide que l’année 2007“, écrivait alors Ben Lieberman, analyste principal des politiques de l’énergie et l’environnement pour l’Heritage Foundation.

« The Guardian rappelle pourtant qu’ Exxon avait admis, dès mai 2008, que son soutien à des groupes de pression qui remettent en question les changements climatiques entravait les actions visant à lutter contre le réchauffement. La compagnie affirmait alors son intention de couper les fonds de plusieurs de ces lobbies pour ne plus détourner l’attention sur les nécessaires recherches en matière d’énergie propre.

« Et malgré tout, selon l’agence AP, Exxon Mobil, comme les autres compagnies pétrolières, a encore augmenté de manière importante ses dépenses en matière de lobbying au cours du premier trimestre 2009. L’agence de presse chiffre à 44,5 millions de dollars les sommes déjà investies à Washington par les différents lobbies pétroliers en seulement trois mois, contre 129 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2008.

« Avec 9,3 millions de dollars investis, Exxon Mobil a déjà multiplié par trois ses dépenses par rapport à 2008. Selon AP, les compagnies pétrolières et les raffineurs cherchent notamment à limiter le coût de l’impact de la politique de Barack Obama sur le réchauffement climatique. »

Guy Gweth

Protégé : Le décryptage exclusif des psyops 2.0 testés en Iran

In Communication d'influence, Gestion de crise, Guerre de l'information, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie on 25 juin 2009 at 12:00

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Protégé : Les cercles d’influence où Biya remplace Bongo

In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Leadership on 24 juin 2009 at 11:13

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Le Ghana ou le rêve africain des Américains

In Communication d'influence, Coopération internationale, Géostratégie, Intelligence territoriale, Soft Power on 2 juin 2009 at 6:20

Du 10 au 11 juillet 2009, Barack Obama sera au Ghana pour sa 1ère visite officielle en Afrique noire en qualité de président des Etats-Unis, 17 mois après son prédécesseur Georges W. Bush. Les analystes sont unanimes: Accra est la fenêtre idoine pour dévoiler la feuille de route de la nouvelle politique africaine de Washington; et Obama, le VRP idéal pour attirer les opérateurs internationaux désireux d’investir en Afrique. Le Ghana est le rêve africain des investisseurs étrangers : système sociopolitique stable et démocratique, appareils administratif et judiciaire fiables, fiscalité attractive, sous-sol riche en or et pétrole, main d’œuvre qualifiée et bon marché [ ... ]

L’idée que Barack Obama n’aurait de toute façon réservé sa première visite en Afrique qu’à un pays anglo-saxon ne suffit pas à justifier le choix du nouveau président des Etats-Unis. Il n’irait certes pas risquer son aura dans une «démocratie d’Afrique francophone », mais ç’aurait pu être le Nigéria ou l’Afrique du Sud. Non seulement Accra jouit d’une solide relation avec Washington depuis 1957, date de son indépendance, mais le Ghana est la première destination des Américains en quête de leurs racines africaines. La figure emblématique du panafricaniste K. Nkrumah dont les Etats-Unis d’Afrique furent le crédo d’une vie est vénérée chez les Africains-Américains. D’après une estimation d’Abou Bakr Moreau, professeur d’études américaines à Dakar, « le Ghana est le pays d’Afrique au Sud du Sahara qui accueille le plus de visiteurs noirs américains, devant l’Afrique du Sud et le Kenya. Un grand nombre de Noirs Américains ont, en effet, choisi de s’y installer au point qu’il y existe une communauté noire américaine bien intégrée, qui s’y sent parfaitement chez elle aujourd’hui. » Et les Américains ne sont pas seuls à faire le déplacement de la Côte d’Or.*

Lors de mon pèlerinage à Accra en juillet 2008, j’ai été émerveillé par l’extraordinaire identité de ce pays. Les Ghanéens sont aussi ouvertement religieux que l’Etat est laïc. Un taxi sur deux porte une croix, un chapelet, ou un verset coranique. La devise des Etats-Unis « In God we trust » est la plus prisée. Pendant mon séjour, les immenses portraits du candidat à la présidentiel, Akufo-Ado, du Nouveau parti patriotique (NPP) au pouvoir, laissent croire qu’il va succéder au président John Kufuor. Avec la bénédiction de ce dernier dont la résidence officielle est en plein centre ville, un seul vigile à l’entrée (!) La victoire d’Atta-Mills du Congrès national démocratique (NDC) en a surpris plus d’un par son éclat, la maturité de l’électorat et le fair-play du candidat du pouvoir. Le Ghana est aussi un des rares pays africains à célébrer officiellement les Pères fondateurs de l’Etat. Que ce soit les billets de banque, les statuts, le mausolée de Kwamé Nkrumah ou les programmes de l’University of Ghana dont Kofi Annan est le chancelier depuis le 11 août 2008… tout concourt à fortifier la nation. Un vouloir-vivre-ensemble relayé à l’extérieur par le ministère du tourisme et des relations avec la Diaspora.

Accompagnée par le très influent Corporate Council on Africa (CAA)[1] la première visite du président Obama au Ghana sera l’occasion de mettre en avant la démocratie ghanéenne tout en renforçant la diplomatie (économique et culturelle) des Etats-Unis en Afrique subsaharienne.

Guy Gweth


*Référence à “Gold Coast”, nom du Ghana à l’époque coloniale. Il fut abandonné le 6 mars 1957, jour de l’indépendance du pays.

[1] Fondé en 1993, le Corporate Council on Africa a été institué pour faciliter les relations commerciales entre les  Etats-Unis et l’Afrique. Il conseille la Maison-Blanche et travaille exclusivement avec les gouvernements, les multinationales et les groupes d’opérateurs économiques en vue d’améliorer le climat des affaires et promouvoir l’image de l’Afrique auprès d’investisseurs américains. Le Board du CCA est notamment composé des représentants de  Boeing, Chevron, Exxon Mobil, General Electric,  Johnson & Johnson Corp, Merck, Motorola, Oracle, Standard Bank Group, World Coca Cola Foundation… Etc.

Passeport diplomatique pour l’intelligence économique

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence économique, Perception Management, Risk Management on 24 mai 2009 at 1:31

La « grippe mexicaine » a été rebaptisée « grippe A (H1N1) » le 29 mai 2009 par l’OMS[1] à la suite d’intenses pressions exercées par les diplomates mexicains à l’ONU. Devant l’hyper-médiatisation de la crise, Felipe Calderon a vite calculé le manque à gagner que risquait de constituer l’adjectif de cette épidémie sur l’image et donc l’économie du pays. Dans un environnement où des médias servent de machines à faire croire et à formater les esprits, la contre-influence exercée sur des cibles stratégiques est indispensable pour minimiser le risque-pays et continuer d’attirer investisseurs, touristes, chercheurs et sportifs. A l’étranger, cette tâche qui échoit traditionnellement aux missions diplomatiques appelle désormais des compétences spécifiques qui ressortissent de l’intelligence économique (IE).

En visite officielle en Australie le 6 mai 2009, le ministre belge des affaires étrangères, Karel de Gucht, n’est pas passé par quatre chemins : « les ambassades doivent être des machines de combat économique » surtout par temps de crise. La France dont la diplomatie économique[2] a atteint des sommets d’agressivité sous la présidence Sarkozy pourrait, avec l’entrée probable de Claude Allègre au gouvernement, opter pour un super ministère de l’industrie, de l’innovation et des nouvelles technologies. Si ce projet de METI[3] à la française venait à se réaliser, nul doute que les missions du successeur d’Alain Juillet (haut responsable à l’intelligence économique) seraient reconfigurées en vue, notamment, d’une meilleure déclinaison top-down au sein des postes diplomatiques français comme le font les Japonais.

Pour résister à la concurrence italienne, égyptienne ou tunisienne, le plan de captage des réserves de devises libyennes mis en place par certains entrepreneurs marocains bénéficient désormais ouvertement du concours de la diplomatie économique chérifienne. Avec 50 milliards de dollars d’investissements extérieurs en 2008, la stratégie de conquête des marchés étrangers voulue par Mohammad Khadafi repose sur deux principaux fonds souverains crées en août 2006. La Libyan Investment Corporation dont les marchés européens sont la cible est gérée par Mohamed Layas et dotée d’une enveloppe variable de plusieurs dizaines de milliards de dollars. A ses côtés, la Libyan African Portfolio pilotée par Bechir Salah est tournée vers l’Afrique. Rabat œuvre à attirer leurs investissements dans le royaume.

En Afrique subsaharienne, on note déjà une timide évolution dans les mentalités en vue d’un joint-venture diplomatique entre opérateurs économiques et dirigeants politiques. Un petit nombre de chefs d’Etat, malgré les clivages partisans, commencent à voyager à l’étranger avec leurs chefs d’entreprises. Certains parmi eux se demandent s’il faut former le personnel diplomatique à l’intelligence économique ou plutôt nommer des professionnels de l’IE au sein des missions diplomatiques pour faire face aux exigences de l’infoguerre économique. Encourageant l’initiative des premiers, nous répondons aux seconds avec le même réalisme opérationnel que les conseillers en communication du président mexicain: « urgence fait droit !»

Guy Gweth


[1] OMS: Organisation Mondiale de la Santé, organe spécialisé du système des Nations Unies.

[2] Entre 2007 et 2009, la diplomatie économique de Nicolas Sarkozy a littéralement pilonné l’Afrique subsaharienne, l’Arabie Saoudite, le Brésil, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Mahgreb et le Mexique,  avec quelques succès comme la signature de l’accord d’exploitation entre Areva et le gouvernement nigérien en janvier 2009.

[3] METI: Ministry of Economy, Trade and Industry, créé en 1949 sous le sigle MITI (Ministry of International Trade and Industry), c’est le  Saint Raphael de l’économie japonaise. Il surveille les échanges intérieurs et extérieurs du pays, informe et conseille les entreprises japonaises sur les marchés extérieurs et les NTIC.

Obama: 100 jours de puissance douce à la Maison Blanche

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 18 avril 2009 at 8:27

Depuis une soixantaine de jours, la musique mexicaine s’est enrichie d’une nouvelle tendance. Le rythme et les sonorités sont restés les mêmes ; mais les textes des artistes qui passent sur les chaînes radio-tv locales racontent plus souvent les drames de l’immigration clandestine. Un storytelling sur mesure, conçu par les gardes-côtes américains et joués par des stars mexicaines sur financement du gouvernement fédéral des Etats-Unis. Partout où George Bush préconisait les forces armées (hard power), Barack Obama emprunte la culture et le dialogue (soft power) depuis bientôt 100 jours. Jamais exécutif américain n’est paru aussi « vulnérable », aussi conciliant et non moins conquérant à la face du monde. Morceaux choisis :

Vendredi 17 avril 2009: la main tendue de Barack Obama au sommet des Amériques : « Je prends devant vous l’engagement d’un partenariat d’égal à égal… un dialogue fondé sur le respect mutuel, les intérêts communs et les valeurs partagées »

Jeudi 16 avril 2009: le  président américain reconnaît la responsabilité des Etats-Unis dans le trafic de drogue au Mexique. Avec Felipe Calderon, il entend s’attaquer aux puissants cartels.

Lundi 13 avril 2009: Barack Obama lève les restrictions sur les voyages et les transferts d’argent des Américano-Cubains vers leur pays d’origine, marquant un premier assouplissement de la politique américaine envers l’île depuis son arrivée au pouvoir.

Vendredi 20 mars 2009: le président des Etats-Unis tend la main à l’Iran «Mon administration est désormais résolue à pratiquer une diplomatie qui traite la totalité des problèmes que nous avons devant nous, et à chercher à établir des relations constructives entre les Etats-Unis, l’Iran et la communauté internationale. Ce processus ne progressera pas par la menace. Nous cherchons au contraire un dialogue honnête et fondé sur le respect mutuel», dit-il dans son message sous-titré en farsi.

Jeudi 19 mars 2009: Barack Obama présente ses excuses après une regrettable allusion aux  jeux paralympiques sur le plateau de NBC. “Il s’est dit déçu de ses propres propos et a présenté ses excuses d’une façon très émouvante. Il a dit qu’il n’avait pas eu l’intention d’humilier cette partie de la population“,  devait déclarer Thim Shriver, parlant du président.

Mercredi 4 février 2009: « J’ai foiré… J’en assume la responsabilité. » Découvrant les ennuis fiscaux de celui qu’il avait choisi comme Secrétaire d’Etat à la santé, Barack Obama fait son mea culpa sur CNN au sujet du Sen. Daschle et promet plus de vigilance à l’avenir.

Jeudi 22 janvier 2009: Barack Obama signe la fermeture des prisons de Guantanamo et des tribunaux spéciaux après avoir suspendu les procès en cours 24 heures auparavant.

Si le consensualisme du président Obama reste dans le sillage de l’attitude constante des démocrates américains, sa diplomatie irrite considérablement la droite chrétienne (bastion républicain) traditionnellement va-t-en guerre. Mais nombre d’analystes du soft power sont intrigués qu’un leader européen ouvertement pro-américain ait récemment repris les thèses de l’extrême droite américaine pour parler de « faiblesse » du président des Etats-Unis. C’est un peu vite oublier que même dans un gant de velours, l’hyperpuissance américaine reste une redoutable main de fer à la conquête du monde. Pour l’instant, la méthode Obama fonctionne et semble hypnotiser y compris Al Qaeda. Reste à savoir ce qu’il en sera pour les 1300 prochains jours.

Guy Gweth

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Soft power: l’effet Obama devrait doper le business américain en Afrique

Protégé : Les coulisses de la guerre contre la ‘terreur’

In Communication d'influence, Débat, Gestion de crise, Géostratégie, Intelligence stratégique, Stratégie, Sécurité on 1 mars 2009 at 6:55

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Intelligence économique au Cameroun : on sensibilise

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale on 25 janvier 2009 at 12:07

Dès sa création en 2007, GwethMarshall Consulting, leader du conseil en intelligence économique et stratégique en Afrique centrale[1], a développé quatre programmes citoyens. L’objectif : assurer une appropriation rapide et harmonieuse de l’esprit et des techniques d’intelligence compétitive par les groupes cibles. Le programme SIC[2] vise tout particulièrement à sensibiliser les autorités publiques locales et consulaires, les entreprises et chambres de commerce, les collectivités locales et la société civile ainsi que le secteur éducatif de la zone Cemac*. C’est dire si nous nous sommes réjouis de la tenue le 14 janvier dernier de la conférence de l’Acrie sur le thème « l’intelligence économique : une réponse à l’ère de l’information » à l’Institut africain d’informatique (IAI-Cameroun) de Yaoundé.

A l’invitation de Armand-Claude Abanda, représentant résident au Cameroun de l’IAI, Pascal Frion de l’Acrie (« premier réseau européen d’intelligence économique »)  a entretenu les étudiants en informatique sur les enjeux de l’intelligence économique (IE) dans un contexte d’hyperconcurrence mondiale. « L’intelligence économique, a-t-il dit, est une réponse à l’ère de l’information car elle propose des comportements, des méthodes, elle suscite que les individus et les organisations se motivent pour se questionner, chercher, traiter, diffuser et protéger l’information. » Pour le conférencier, l’ère de l’information se distingue de la logique des moyens et de la logique de résultats. Il faut opter pour une logique du choix.

Dans un langage simple, l’orateur a défini l’IE comme  « l’ensemble des actions conjuguées de questionnement stratégique pour identifier des besoins et des demandes, de la recherche d’information de ce qui nous manque, de traitement de l’information utile, de la diffusion de l’information pertinente, sans oublier  la protection de l’information discriminante. » Il a insisté sur l’idée de projet dans une démarche d’intelligence économique car pour lui, « sans projet, nous risquons la boulimie d’information et l’infobésité, ce qui occasionne de la perte de temps, de la frustration, une non performance, etc. L’intelligence économique (ponctuelle, pour décider et agir) se distingue de la veille (pour savoir). »

Parlant des nouveaux rapports de force internationaux, Pascal Frion avertit : «il faut donc être prêt, ponctuellement, à se battre légalement dans une guerre économique parfois délicate à identifier. C’est ce qu’on appelle l’offensive légale. De manière défensive, la veille doit nous tenir informé de manière régulière sur ce qui se passe autour de nous. Pour un Etat, ou pour une région (intelligence économique territoriale) il s’agit également d’aborder la géopolitique, la géoéconomie, etc. » L’orateur aurait pu profiter de ce paragraphe pour souligner l’idée de souveraineté et de patriotisme économiques qui sous-tend tout dispositif national ou régional d’IE mais le temps a sans doute manqué.

Grâce à son programme citoyen SIC, GwethMarshall entend diversifier ce type d’initiative en associant un maximum de théoriciens et de praticiens  venant d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Europe, un appui stratégique à la diplomatie économique des Etats de la Cemac. Avec l’ouverture prochaine d’une antenne sous-régionale de la SCIP[3], l’Afrique centrale entend jouer un rôle de premier plan en matière de stratégies concertées d’intelligence économique à l’échelle continentale. Ici, on a fait le choix stratégique de partir à la conquête des meilleurs pratiques mondiales d’IE (japonaises, étasuniennes, chinoises, britanniques et allemandes) sans oublier l’apport des écoles sud-africaines et françaises.

Ce sont les grand-mères bantu du Cameroun qui enseignent à leurs petits-enfants que « la sagesse c’est de recueillir celle des autres ».

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lisez :

Le novembre de l’intelligence économique en Afrique


[1] Afrique centrale (zone Cemac*) : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad.

[2] SIC : Sensibilisation à l’Intelligence Collective

[3] SCIP : Society of Competitive Intelligence Professionals

Tendance: le sponsoring à l’assaut des First Ladies

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management on 11 janvier 2009 at 8:20

Michelle Obama & Daughters La future Première Dame des Etats-Unis a beau déclaré qu’elle ne s’immiscera pas dans les décisions politiques de Barack Obama, qu’elle passera le plus clair de son temps à veiller sur leurs filles Malia et Sasha, les plus jeunes locataires de la Maison-Blanche depuis les Kennedy, aucun analyste sérieux n’y croit. A l’heure où, partout dans le monde, le débat public confine les First Ladies à l’action humanitaire, nombre de stratèges en entreprise ont fait le choix d’investir dans le cœur et l’aura de celles qui mènent au Président… Surtout dans les pays en développement.

Lorsque Paul Henry* est nommé représentant d’une des filiales de son Groupe* en Afrique fin 2007, il sait que sa mission sera difficile. La concurrence pour le contrôle des ports en Afrique de l’ouest est rendue ardue par de nouveaux entrants aux dents longues. Ces derniers font de bien meilleurs offres aux meilleurs prix et proposent même de multiplier le montant des redevances à payer à l’Etat hôte. Leurs salariés bénéficient de conditions de travail enviables. Ils attirent la presse et alertent l’opinion publique en cas d’entorse aux procédures de passation des marchés au port. Leurs services de veille stratégique et de relations publiques fonctionnent à merveille et les résultats s’en ressentent au niveau des décideurs et de la clientèle. Du lourd.

Paul Henry sait que le temps est révolu où il suffisait d’un coup de file pour qu’une concession de 15 ans soit adjugée à son groupe. Il charge une équipe de jeunes consultants en IES* de réfléchir à la stratégie à adopter en vue de réagir à la nouvelle donne imposée par les concurrents. Les règles du jeu ont assurément changé. Les conseils ont quinze jours et quatorze nuits pour fournir leurs conclusions à la direction qui requiert « une pluie d’idées dans un désert de mots ». Traduction de Paul Henry : « Nous attendons des préconisations claires, précises, concises et immédiatement applicables. Non pas 300 pages de littérature dans un jargon d’experts et des schémas cryptés…» Un bureau sécurisé leur est ouvert 24h/24 près de la direction.

Après dix jours de travaux de collecte, de validation, de hiérarchisation et d’analyse des informations pertinentes, la CI Team* (comme elle se fait appeler) a évalué plusieurs scénarios allant des opérations de déstabilisation par l’information, de guerre judiciaire, d’entrisme clandestin, de piratage informatique ou de débauchage de cadres concurrents… Au final, la principale préconisation -pour aussi inattendue qu’elle soit- a été de financer l’association humanitaire de la Première Dame à grand renfort de publicité. Désormais dans les bonnes grâces de la First Lady, le groupe jouit de son influence, y compris devant la justice, dans un pays où le dés-équilibre des pouvoirs profite à l’exécutif. Les experts ont  même envisagé un don d’ordinateurs « intelligents » à l’association en vue d’anticiper ses besoins… en toute discrétion.

Entre un Président élu par le peuple et une femme élue par le Président, le pouvoir est souvent au premier et l’influence à la seconde. Les businessmen l’ont bien compris. La guerre des grands créateurs (Narciso Rodriguez, Christian Lacroix, Karl Lagerfeld ou Marc Jacobs… etc.) pour habiller Michelle, Malia et Sasha lors de l’investiture de Barack Obama le 20 janvier 2009 montre combien il peut être stratégique d’investir sur une First Lady. Qui plus est s’il s’agit d’une avocate brillante ayant une taille mannequin de 1.82 m. et une élégance à tomber par terre… Car chaque fois qu’elle apparaît en public, Michelle Obama rapporte des millions de dollars de chiffres d’affaires  aux sponsors qui misent sur son aura.

Guy Gweth

*Paul Henry : nom de code utilisé pour les besoins de confidentialité.

*Pour des raisons évidentes, le nom du Groupe est gardé sous anonymat.

*IES : abréviation usitée pour « Intelligence économique et stratégique».

*CI Team : “Competitive Intelligence Team” ou en français l’équipe d’IE.

« Secret Défense »: 1 vecteur, 2 messages, 3 cibles

In Communication d'influence, Contre-Intelligence stratégique, Intelligence culturelle, Perception Management, Stratégie on 14 décembre 2008 at 6:25

Au XXIè siècle, profitant de la dictature du numérique et de la liquidation progressive du papier, l’industrie du cinéma raflera le leadership détenu par le livre dans le contrôle des perceptions populaires. « Secret-défense » doit être inscrit dans cette stratégie de conquête des têtes et des cœurs (par le divertissement) pour être regardé et décrypté par les analystes du soft power.

Du réalisateur Philippe Haïm, « Secret Défense » est une production d’1h40 parue dans les salles hexagonales le 1o décembre 2008 avec -entre autres acteurs- Gérard Lanvin, Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle et Rachida Brakni. Le film, très captivant par certains aspects, nous plonge dans le monde obscur des services extérieurs français en proie à la menace terroriste. Le public peut ainsi vivre intensément les dangers qui guettent la France, l’esprit de sacrifice, de rigueur et de solitude d’agents prêts à risquer leur vie pour la patrie. En contrepartie, il y a au titre de résultats attendus, les sentiments que déclenche cette vision chez les spectateurs (neutres,  alliés ou ennemis de la France).

Certains résultats (Ex: Opération Mockingbird) des recherches faites par les services secrets américains dans les années 50 à 70 sur le contrôle mental dans le cadre du Mk ultra, sous l’impulsion d’Allen Dulles (directeur de la CIA à l’époque des faits), ont très vite convaincu les renseignements anglo-saxons, et plus tard la mafia italo-américaine, que le cinéma était (avec la télévision) le canal idéal pour influencer la sphère des idées sous couvert de divertissement. Cela est encore plus vrai aujourd’hui où le stress quotidien, les soupçons qui pèsent sur les grands médias, la quête du sens de la vie et la solitude profonde qui en découle poussent des millions de personnes dans l’évasion spirituelle et culturelle.

La participation d’Eric Denécé, ex-officier des services français et directeur de CF2R comme consultant dans le tournage de Philippe Haïm ne permet certes pas de mesurer le degré d’implication des stratèges gouvernementaux dans la production de « Secret Défense ». Mais pour en cerner les objectifs, je me suis permis d’insérer ce film dans l’agenda 2008 des grands changements en cours dans les services de renseignement français : publication du Livre blanc de la défense, création d’une direction centrale du renseignement intérieur, nomination d’un coordonnateur national du renseignement directement rattaché à la présidence de la république, exceptionnelle communication de recrutement au sein de la DGSE… etc.

La France qui, quoi qu’on en dise, a l’un des meilleurs services au monde, a toujours eu du mal à l’assumer. « Secret Défense » apparait ainsi comme un choix de soft power à l’américaine visant à la fois à dissuader l’ennemi, à sensibiliser l’opinion publique et à “susciter” des vocations aux métiers du renseignement. Ce film est à voir. Même s’il souffre d’une carence en  intelligence émotionnelle et qu’il appuie un peu trop sur la commande « occulte ». Devant le “Vous êtes à la DGSE, les services secrets français…” de Gérard Lanvin, le colonel JF Bianchi, mon grand-maître en stratégies d’influence aurait certainement sourit. Car  des centaines d’automobilistes de Virginie (Etats-Unis) croisent chaque jour un panneau de signalisation indiquant la direction de la CIA à Langley…

L’influence, c’est aussi l’art du paradoxe.

Guy Gweth

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007 est-il un agent de guerre psychologique?

Guerre économique, nouveau défi des services de renseignement en Afrique centrale

Quand les services équato-guinéens opèrent chez le voisin

In Communication d'influence, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie, Sécurité on 23 octobre 2008 at 5:57

La Guinée équatoriale a-t-elle une stratégie de puissance sous-régionale ? Nous avons  tenté d’y répondre dans une étude rendue publique le 30.06.08. L’actualité des services secrets de Guinée équatoriale, ces derniers jours,  renforce le chapitre assez documenté que nous y avons accordé à “La main invisible” du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, guide absolu de ce petit émirat pétrolier du golfe de Guinée depuis 1979… Malabo veut se faire respecter. A tout prix. Quitte à marcher sur les accords et traités internationaux.

Ce qu’il faut préciser

Nous savons à présent que quelques révélations inédites de l’étude sus-mentionnée (étayées par des documents exclusifs) ont conduit certains analystes à conclure que nous avons non seulement bénéficié de privilèges de la part des renseignements locaux dans la réalisation de cette enquête, mais que nous avons été pré-financés pour réaliser « un travail de légitimation » des pratiques des services équato-guinéens. Mais si la deuxième partie de cette critique est farfelue, la première mérite une réponse : aucun professionnel ne peut mener une enquête rigoureuse sur un sujet d’une telle nature sans un minimum de collaboration de la cible. Ce n’est pas Gordon Thomas ou Roger Faligot qui nous démentiront. Le nouveau rapport de force que tente d’imposer la Guinée équatoriale mérite qu’on s’en approche de très près, au besoin en usant du stratagème de lamproie. Car ici plus qu’ailleurs, les stratégies des Etats sont celles des individus qui incarnent l’exécutif à un moment donné. Comment comprendre la politique équato-guinéenne actuelle dans la zone Cemac, si l’on n’ose pousser l’enquête jusqu’au cœur de l’orgueil, des ambitions, des frustrations et des rancœurs accumulés depuis plus de deux décennies déjà par ceux qui gouvernent à Malabo ?

Ce que révèle l’actualité

Le 7 octobre 2008, Cipriano Nguema Mba, ancien colonel et trésorier de l’armée équato-guinéenne a été exfiltré de Yaoundé et convoyé par les services secrets de son pays où il est actuellement incarcéré à la maison d’arrêt de Black-Beach. Cette opération remarquablement montée en collaboration avec l’ambassade équato-guinéenne dans la capitale camerounaise a bénéficié de la complicité de deux policiers locaux. Ces derniers ont été inculpés d’”intelligence avec un service de renseignement étranger” par les autorités camerounaises qui affirment que l’ancien colonel bénéficie toujours du statut de réfugié politique au Cameroun, d’après la convention de Genève du 28 juillet 1951. Rappel: Cipriano Nguema Mba a été jugé par contumace et condamné à 30 ans de prison pour tentative de coup d’Etat et détournement de fonds en septembre 2005 par un tribunal militaire au terme d’un procès à huis clos. Cette même année,  Florencio Ela Bibang et Juan Abaga, tous deux ex-officiers supérieurs de l’armée nationale, avaient été soustraits et exfiltrés du Nigeria par les mêmes services  spéciaux équato-guinéens et conduits -sans autre forme de procès- dans leur pays, où ils purgent depuis de lourdes peines de prison.

Ce qu’il faut en conclure

Dans l’analyse contemporaine des problématiques de leadership, la taille d’un Etat ne constitue plus un déterminant absolu.  L’exemple du Vatican -Etat lilliputien s’il en est- dont la Sainte Alliance et le Sodalitium Pianum, forment le service de renseignement le plus complet au monde avec le Mossad israélien est là pour le démontrer. Même s’il faut toutes proportions garder en matière de puissance. Les deux opérations d’exfiltration sus-citées, en totale violation des normes internationales, n’ont rencontré que de tièdes réactions au Nigeria comme au Cameroun. Ce qui conforte Malabo dans sa stratégie d’influence: lancer un signal fort à tous les opposants guinéens en exile et persuader les pays voisins que les forces spéciales équato-guinéennes sont capables d’opérer sur le territoire de ceux-ci, en tout temps, si elles jugent que la sécurité de leur pays en dépend. Une attitude qui renforce le nouveau rapport de forces que nous décrivions déjà dans notre étude. Reste à savoir si une telle volonté de puissance peut être soutenue, voire transférée au champ économique  pour donner naissance à une intelligence compétitive et stratégique résolument offensive en Afrique centrale.

Guy Gweth

Des mailing lists africaines exploitées pour déstabiliser Coca -Cola

In Communication d'influence, Guerre économique, Perception Management, Sécurité, veille on 10 septembre 2008 at 12:18

Depuis quelques semaines, des réseaux d’internautes d’Afrique centrale sont à leur tour infectés par un texte Anti-Coca-Cola (voir infra) circulant depuis le premier trimestre 2008 en Europe et dans plusieurs forums tels que MySpace. Une opération de déstabilisation par l’information tout à fait classique. Certes un peu artisanale (ce qui lui donne un air citoyen), mais plutôt bien menée. Elle rappelle l’offensive essuyée par Perrier au début des années 90. Elle rassemble les principaux facteurs clés de succès pour susciter une réaction de l’opinion publique (Baumard 2001): 1. Le risque alimentaire (ce qui entre en soi) 2. Le risque d’hygiène (ce qui touche à soi) 3. Le risque physique (ce qui peut faire mal à soi).

A l’analyse, cette opération d’infoguerre vise à miner la  réputation de Coca-Cola. L’effet final recherché (EFR) est de générer une chute brutale de la consommation de ses boissons. L’objectif tactique est, ad minima, de susciter le doute. Il faut créer un mouvement de panique chez les consommateurs. Le champ d’action est jusqu’ici virtuel. Il pourrait évoluer. La cible est l’opinion publique. Bien malgré eux, les réseaux africains servent de caisse de résonance. Quelques responsables médicaux locaux jouent le rôle d’idiots utiles. La caution morale et scientifique est garantie par « l’Institut Pasteur de Paris ». Le storytelling assure la capture émotionnelle.

Dès le titre: « Un verre d’eau ou de Coca ? » le lecteur est face à un choix pas vraiment cornélien: l’eau, source de vie et don du ciel et Coca-Cola, un breuvage fait de mains d’hommes… Pour l’instant, il est encore trop tôt pour évaluer l’impact de cette info-déstabilisation sur les ventes du géant mondial de boissons gazeuses. Une chose est sûre cependant, une infime partie de la cible africaine semble ferrée, en attendant la réaction ou non de la firme américaine. Mais attention à l’effet domino. Les tropiques sont, de par leur matrice culturelle, des cibles à fort potentiel d’info-contagion. Reste à savoir dans quelles  bouteilles d’eau on veut noyer Coca-Cola. 

Guy Gweth

Le texte : « En vous souhaitant bonne lecture, nous vous prions d’éclairer les autres ami(e)s à vous en Diffusant au Maxi  le présent message. Sans publicité.
Etude de l’Institut Pasteur; étude pratique et surprenante. Vous pouvez toujours appeler l’institut Pasteur de Paris pour vérifier la véracité de ce qui suit (le téléphone et le fax de l’institut sont au bas de l’article) – Une fois de plus bonne lecture.

COCA COLA
« Dans beaucoup d’états des USA les patrouilles ferroviaires chargent deux galons (~ 7,5 litres) de Coca Cola dans leur porte-bagages pour nettoyer le sang sur la route après un accident. Si on met un os dans un container avec du Coca Cola, l’os se dissoudra en 2 jours. Pour nettoyer le WC: vous versez une canette de Coca Cola et laissez ‘reposer’, ensuite tirez la chasse d’eau. L’acide citrique du Coca Cola ôte les taches sur la vaisselle.  Pour enlever des taches de rouille du pare-chocs chromé des autos frottez le pare-chocs avec un morceau de feuille d’aluminium détrempée avec du Coca Cola. Pour nettoyer des objets rongés par des pertes de liquide de batteries d’automobiles, versez une canette de Coca Cola sur la corrosion. Pour enlever des taches de gras des vêtements verser une canette de Coca Cola dans la machine à laver avec les tissus tachés et ajouter la lessive. Le Coca cola aidera à enlever les taches de gras.  Le Coca Cola aide même à nettoyer le pare-brise des automobiles. Pour notre information: le principe actif du Coca Cola est l’acide phosphorique.  Son PH est 2.8 et dissout un ongle en 4 jours environ. L’acide phosphorique en outre vole le calcium des os et est la principale cause d’augmentation de l’ostéoporose.  Il y a quelques années une étude fut réalisée en Allemagne pour connaître les raisons d’apparition de l’ostéoporose chez des enfants de 10 ans (pré – adolescents). Résultat : excès de Coca Cola, à cause du manque de contrôle des parents. Les camions qui transportent le Coca Cola sont identifiés avec une étiquette MATÉRIEL DANGEREUX.

“Les distributeurs de Coca Cola l’utilisent pour nettoyer les moteurs de leurs camions de plus de 20 ans. Encore un détail : le Coca light est considéré par les médecins et les chercheurs encore plus comme une bombe à retardement à cause du mélange Coca + Aspartame, suspecté d’être la cause du Lupus et des dégénérations du système nerveux. Et pour finir, il est conseillé de ne jamais se laver les dents après avoir bu du Coca Cola parce qu’il enlève tout l’émail, et il l’enlève pour toujours ! (…)

« N’oublie pas d’envoyer ce message à tes Amis, ils te remercieront et leurs enfants, plus tard, aussi. Ces informations émanent de: INSTITUT PASTEUR – Unité de Génétique Mycobactérienne – 25-28, rue du Dr. Roux  – 75724 Paris Cedex 15 FRANCE – Tel : +33 (0)1 45 68 88 28. »

Le code barre des agents d’influence chinois en Afrique

In Communication d'influence, Géostratégie, Intelligence stratégique, Leadership on 31 août 2008 at 3:31

La ville de Shanghai a plus de 20 millions d’habitants. Et pourtant, il est difficile de s’y balader sans tomber sur une connaissance. Cette fois, c’était Ling Sima*, un de nos contacts sur le 3è plus grand port du monde. Il y avait urgence à nous retrouver à la « Ferme » pour nous débriefer et comparer nos tableaux d’analyse sur la nouvelle stratégie d’influence chinoise en Afrique, à l’ombre des JO de Pékin 2008. Car à Beijing, les experts en communication stratégique travaillent déjà à rentabiliser le capital-estime généré par la réussite incontestable des Jeux. Au final, seuls les faits et points de convergence de cette analyse comparée permettent de dévoiler ici, en exclusivité, quelques informations filtrées du code barre des agents d’influence récemment entrés en activité sur le continent Noir, au profit de l’empire du Milieu.

Comprenons-nous

Je définis l’agent d’influence comme un préposé qui, par son activité, entraine -sans contrainte physique- une ou plusieurs personne(s) à se comporter comme elle(s) ne l’aurai(en)t pas fait, s’il n’avait pas agit. En Afrique, la présence d’agents d’influence chinois s’avère déjà décisive dans un univers propice à la rumeur, laquelle présente quatre caractéristiques principales selon Kapferer (1987): 1- La rumeur contient toujours un élément vrai, même s’il est mineur, 2- La source de la rumeur est toujours non officielle, 3- Celui qui perçoit la rumeur n’a généralement pas le réflexe ou le temps d’en vérifier la source ou la crédibilité,    4-  Lorsqu’elle est diffusée, une rumeur n’est ensuite plus contrôlable. Notons, d’après le Manuel de Dieguez**, qu’ « un bon agent d’influence doit se vêtir en arbitre. Pour cela, il lui faut donner à ses interlocuteurs l’illusion qu’il leur fournit des gages sérieux de l’impartialité de son arbitrage, et d’abord celui de sembler sans autre parti-pris que celui de défendre les valeurs supérieures… contre des adversaires retors et sans scrupules… »

Un virage à 180°

Les Chinois ne sont pas les plus prompts au métissage. Qu’ils soient de l’intérieur ou de la diaspora, la grande majorité d’entre-eux consomme quasi exclusivement chinois. Seule la conquête du savoir, des marchés et des matières premières pousse les phalanges de Mao à sortir de leur cocon. Il y a moins de 10 ans, les entreprises tout comme les services de renseignements chinois rechignaient à recruter dans des tons autres que le jaune. La loi du sang. Un fait apparemment anodin a pourtant été l’un des premiers signaux faibles d’un changement de tactique chez les nouveaux maîtres du monde : des call girls aux yeux bridés tamponnant des cibles Noires dans les rues de Douala au Cameroun. L’empire du Milieu venait de comprendre que sur les chemins de l’influence, il y a une loi qu’aucune puissance moderne ne peut durablement ignorer : prendre l’habit du pays et mêler son sang à celui de la cible pour mieux la pénétrer. Tout en douceur.

Trois objectifs primordiaux :

Les agents d’influence chinois présents sur la toile et en terre africaine visent à:

1. Susciter de l’affection pour la Chine, ses dirigeants et ses intérêts en Afrique, pour  disent-ils, un monde plus juste, moins cher et plus harmonieux.

2. Installer le leadership mondial de la Chine dans la mentalité des dirigeants et des jeunes générations de façon à en faire le nouveau référentiel pour l’Afrique;

3. Séduire les décideurs et l’opinion publique de telle manière qu’ils trouvent dans la Chine, sa culture, ses performances et sa diplomatie, l’unique espoir face à l’impérialisme et la déchéance du modèle occidental.

Trois cibles principales :

1. Les politiques & intellectuels

2. Les journalistes & bloggeurs

3. Les leaders de la société civile

Trois clés d’enrôlement :

1. Règlement des prestations en cash

2. Endoctrinement « gagnant-gagnant »

3. Chantage, en cas d’extrême nécessité

Une méthodologie en arc-en-ciel

Pour être sûrs de mettre toutes les chances de leur côté, les stratèges chinois ont tour à tour étudié les techniques de PsyOps utilisés par Tsahal et le Mossad contre l’ennemi arabe,  benchmarké l’ingénierie du lobby juif aux Etats-Unis, décortiqué le modèle français de recrutement en Afrique occidentale dans les années 60-80 et considérablement approfondi les méthodes de guerre psychologique américaines et soviétiques en Afrique pendant la guerre froide… Tout cela sous la coupole restaurée de l’art de la guerre ou de l’évangile des stratagèmes selon Sun Zi.

Guy Gweth

Voici un cas typique des faits d’armes de ces agents d’influence en activité.

*Ling Sima : personnage fictif crée par l’auteur français Gérard de Villiers et redoutable agent travaille au profit du Guanbu, les puissants services de Renseignements chinois. C’est surtout un nom de code, vous l’aurez compris.

** Conseils et directives du Département d’Etat américain, du Pentagone et de la CIA à leurs agents d’influence en France

Soft power: codes et lignes de force du cinéma nigérian

In Communication d'influence, Géostratégie, Géoéconomie, Perception Management, Soft Power, Sécurité, veille on 27 juillet 2008 at 7:46

La quasi totalité des tableaux de bord existant en matière de prospective macroéconomique indique qu’en 2050, le Nigeria sera la 1ère puissance économique en Afrique. Mais le pétrole (malgré les cours actuels du baril), le gaz (et ses enjeux stratégiques) ou la démographie (avec l’importance du marché intérieur qu’il implique) ne doivent guère voiler les yeux des analystes à Oxford & Harvard. La puissance économique du Nigeria est un tout complexe. D’ailleurs, passée la porte des critères de Bretton Woods, ce géant de 132 millions d’habitants établis sur 923368 Km² découvre une force de frappe inouïe: l’économie souterraine ! La saga de ce microcosme puissant et sulfureux est désormais disponible en dvd, aux bons soins de Nollywood et Kannywood. Le cinéma nigérian nous enseigne autant qu’il renseigne, et fascine autant qu’il façonne les esprits.

Partons d’un postulat qui m’est cher depuis le début : même avec la plus fine manipulation, le cinéma trahit toujours ceux qui l’ont conçu. Autant qu’un code génétique, il révèle les lignes de force qui traversent un microcosme à un moment précis. Il peut donc s’avérer fort intelligent de prendre le pouls d’une cible en regardant un film bien de là-bas. Une analyse comparée du Nigeria de l’intérieur et de sa vitrine cinématographique me conforte dans ce postulat clé. Prenons deux exemples au pif pour décoder les messages que recèle cette double face de Janus.

Le film intitulé Sharon stone par exemple met en scène une jeune femme belle comme la reine de Saba. Avec ses mensurations avantageuses et son visage angélique, l’actrice Geneviève Nnanji -qui l’incarne- est fiancée à trois hommes qu’elle promet tous d’épouser ! Une véritable course à la ruse où se mêlent argent, religion, baraka, sexe, internet, duperie, villas luxueuses et Mercedes à n’en plus finir. De quoi susciter des vocations au sein d’une jeunesse nigériane enflammée par le désir de réussite à tout prix. Dans Italian deal, en revanche, un jeune sanguin opportuniste nommé Franck consent à prêter sa douce et charmante fiancée à un homme d’affaires italien contre US$500.000. Elle accepte par amour. Lui rêve de vite s’enrichir en créant une compagnie de voitures d’occasion. Peu importe le sacrifice !

Contrairement à la plupart des films africains qui traitent généralement de misère, de souffrance ou de sorcellerie, le cinéma nigérian projette des jeunes loups aux dents longues. Très longues. Ils sont brillants. Innovants. Rationnels. Agressifs. Des « entrepreneurs » selon la définition de J. Schumpeter. Ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait que derrière certains studios, plane l’ombre d’une main invisible: la puissante mafia nigériane. Or « Le pouvoir se gagne par les idées » écrivait Gramsci. Et ces néo-capitalistes nigérians ont de qui tenir. On se souviendra volontiers que dès 1971, c’est Cosa Nostra qui supervisa le célèbre Parrain de Francis Ford Coppola ou encore que via Sun Yee On, ce sont en fait les redoutables triades chinoises qui produisaient Bruce Lee… La liste est longue. Mais la place manque ici.

Version tropicale de la jet set russe composée de milliardaires trentenaires, les maffiosi nigérians contrôlent l’essentiel de l’économie souterraine de l’Etat fédéral grâce aux trafics (humains, drogues, matières premières…), machines à sous, contrefaçons, enlèvements ciblés et escroqueries sur internet. Ce sont des winners avides. Cupides. Sans morale ni peur. En fins stratèges, ils portent à l’écran la « destruction créatrice » dont parlait Schumpeter. Désormais, ceux qui s’aventurent en Afrique centrale et de l’ouest doivent compter avec ces nouveaux Yakusa noirs dont le code d’honneur se résume dans la devise de Lord Bering: «Money first! »

Guy Gweth

Le business de Dieu en Afrique subsaharienne

In Communication d'influence, Perception Management, Soft Power, veille on 20 juillet 2008 at 7:51

Compagnons de Salomon, Serviteurs de la Croix, Phalanges sacerdotales,  Faucons de Saint Michel, Arche de Marie, Ambassade du Christ, Les derniers Prophètes, Jésus sauve et guérit, Église du 7è jour, Ministère du Christ-Jésus… Le marché de Dieu est, juste avant les brasseries et la téléphonie mobile, le business le plus florissant et le plus protéiforme d’Afrique Noire. Avec plus de 2000 marques locales répertoriées à ce jour, l’industrie du  ciel-sur-terre se répand à la vitesse de la misère et  puise richesse et puissance dans la foi de millions de fidèles abonnés au denier du culte.

Donnez, et il vous sera donné

Mis ensemble, ces six mots sont plus qu’un slogan marketing. Presqu’un mantra. C’est tout le business model des mouvements religieux qui repose sur ce petit bout de phrase biblique. Le pauvre croyant africain est soucieux d’imiter cette vieille dame du nouveau testament qui jeta son unique pièce de monnaie dans le panier du Seigneur tandis que les autres y déposaient leur superflu. Jésus devait conclure plus tard qu’elle avait donné plus que tout le monde… Un détail de perception sur lequel surfent ceux qui ont eu l’intelligence de comprendre que Dieu est un puits de pétrole off shore dans le cœur des pauvres. En fait de pauvres, ce sont des millions de croyants impuissants à se demander pourquoi, malgré leurs prières et sacrifices, le bon Dieu s’obstine à les garder dans l’indigence, la dépendance et l’espérance[...] A quelques détails près, le tableau rappelle les débuts de la Camorra napolitaine si bien décrits par Jacques de Saint Victor in Mafia, l’industrie de le peur, ouvrage paru début 2008 aux éditions du Rocher.

A César ce qui est à César…

Si les affaires de Dieu sont aussi florissantes en Afrique subsaharienne, c’est au moins pour partie grâce à la bienveillance des pouvoirs publics. Le cœur de cible des mouvements religieux étant “les damnés de la vie“, les gouvernements en place sont apaisés de savoir cette poudrière à l’ombre des “ailes de Jéhovah.” Ces “brebis du Seigneur” deviennent ainsi incapables de révolte contre l’autorité, s’abstiennent parfois de voter ou de se soigner dans les hôpitaux de ville, conditionnés qu’ils sont par une sainte parole: «tout pouvoir vient de Dieu». La phase finale de leur contrôle psychique est l’obombrement par l’absolue «vanité des vanités, tout est vanité» de  l’Ecclésiaste qui transforme prématurément ces âmes de bonne foi en citoyens de l’au-delà. Paix sociale ! Car pendant que les représentants de Dieu entrent en politique, roulent en 4X4, assistent aux congrès et se soignent à l’étranger tous frais payés, le contribuable chrétien doit attendre de mourir pour pouvoir accéder à la plénitude éternelle. Et encore… “Si Dieu le veut“!

Et leur chiffre d’affaires…

A la vérité, parce que «les voies de Dieu sont insondables», il est extrêmement difficile de déterminer le chiffre exact des milliards $ générés par “l’opium du peuple” en zone Cemac. Mais notre enquête se poursuit pour  définir, fût-ce approximativement, le montant des devises éternelles dans cette partie du monde. Car plus qu’une multinationale à têtes chercheuses, c’est un véritable capitalisme spirituel qui se meut avec un don inné sur un terrain miné par la colonisation, la magie, la peur et la misère. En effet, politiciens, intellectuels, artistes, hommes d’affaires, femmes au foyer et jeunes au chômage… convoquent Dieu au quotidien devant  la moindre douleur, le moindre effort, la moindre incertitude. Or le ciel a ses impôts que le Syndicat de Dieu réclame inlassablement: “Donnez, et il vous sera…”

Guy Gweth

Influence de luxe: ce que Molière aurait appris de LVMH si…

In Communication d'influence, Guerre économique, Perception Management, Stratégie on 15 juillet 2008 at 6:59

- Un douanier libyen (DL) : where are you going to ?

- Un Français de couleur (FC) : Paris

- DL: ah Paris ! Vous parlez français ?

- FC: bien sûr ! Vous parlez très bien, vous aussi…

- DL: j’adore le chic français… Bon voyage monsieur !

- FC: merci, cher monsieur ! Et bonne journée à vous !

Saviez-vous que le passeport est l’arme d’influence la plus persuasive dans un aéroport international, juste avant votre sourire, vos bagages et vos vêtements ? Difficile d’en douter. D’autant que durant ces vacances, vous êtes des millions à vous rendre dans des aéroports aux quatre coins du monde avec cette certitude banale au premier abord: nos passeports ne sont pas tous égaux devant la police de l’air. Et pour cause… Avant d’ouvrir la bouche, ce titre de voyage parle pour vous. C’est lui qui vous introduit. Il transporte avec lui l’image, la culture, les perceptions et donc l’influence de l’Etat qui l’a délivré. Ainsi de Prague à Accra en passant par Tripoli, le voyageur français peut aisément prendre le pouls de l’influence française dans les pays non francophones.

Il n’est un secret pour personne que les stratèges de la politique étrangère de la France ont toujours considéré les classes dirigeantes de « pays amis » comme cœur de cible de leurs opérations d’influence. « L’immigration choisie » est loin d’être une surprise pour les analystes. Car malgré son discours « droitdelhommiste » et « solidariste », Paris n’a jamais parié que pour l’élite, qu’elle soit intellectuelle, politique, financière, culturelle ou sportive. Un peu comme le leader mondial de l’industrie du luxe, LVMH, table sur les vins & spiritueux, la mode & la maroquinerie, les parfums & la cosmétique… mais la comparaison s’arrête là. Car dans l’hexagone, la nouvelle génération de spin doctors, plus portés à lutter contre les chinoiseries et la dictature  de l’anglais, minorent ce détail si précieux que: parlez français dans un pays non francophone, c’est sortir de lot. Se hisser au dessus de la masse. Appartenir à l’élite. Une élite qui dépense frenchy.

Bien que battu à plate couture par la langue de Shakespeare pour tout ce qui est véritablement international, usuel, technique ou scientifique, le français commence à redevenir un bijou linguistique, une marque de prestige chez tous ces privilégiés qui parlent anglais par nécessité et s’expriment en français par distinction. Il y a  du génie à miser sur un segment aussi rentable, comme le fait LVMH, tout en ne niant pas ses valeurs d’humanisme et de solidarité envers les moins nantis. Et la réputation de Paris pour ce qui est du luxe, du raffinement, bref de l’art de vie à la française plaide pour un tel positionnement stratégique.

Les amateurs du cinéma américain se souviendront longtemps de cet échange éloquent entre Carrie Bradshaw et Louise, son assistante, dans la dernière livraison  de Sex and the city:

- Carrie: tu m’as redonné le goût de vivre, Louise…

- Louise: Toi, tu m’as donné Louis Vuitton !!! 

Guy Gweth

L’effet Obama devrait doper le business américain en Afrique

In Communication d'influence, Leadership, Perception Management, Prospective on 25 juin 2008 at 2:43

Peut-être sera-t-il élu au soir du 4 novembre 2008. Peut-être pas. Le peuple américain est souverain. Mais quel que soit le verdict sorti des urnes, l’ascension spectaculaire du sénateur Barack Obama aura permis aux Etats-Unis d’écrire leur plus belle histoire de marketing politique sur la scène internationale depuis le plan Marshall. Une opération d’influence collective, sans préméditation, qui devrait profiter à l’image de marque et aux intérêts de la première puissance, aux quatre coins du monde, et plus encore en Afrique Noire.

La présidence Bush jr. ou la diplomatie du pompier pyromane

La présidence Bush, avouons-le, fut parmi les plus complexes de la Maison-Blanche. Sitôt réélus, les républicains souvent taxés de « va-t-en guerre » se retrouvèrent en effet à gérer les terribles attentats du 11 septembre 2001 et à devoir restaurer le leadership des Etats-Unis aux yeux des Américains et à la face du monde. Entre désillusions, émotions, real politik et intérêts économiques, les libertés publiques payèrent le prix le plus élevé avec entre autres, de nombreux cas de violation du secret de la correspondance. Ramenée à la guerre d’Irak, aux scandales d’Abu Ghraib et Guantanamo…, l’image des Etats-Unis devint catastrophique partout dans le monde sauf en Afrique, comme le révéla l’étude «Malaise global», réalisée en juin 2007 dans 47 pays par l’institut Pew. Les concurrents de l’Oncle Sam continuent d’ailleurs d’exploiter cette faille auprès de leurs «alliés» africains pour savonner la planche à l’Africom et freiner autant que possible l’expansion économique et militaire des Etats-Unis sur le continent d’origine du sénateur de l’Illinois.

Le « Yes, we can! » du soft power étatsunien

«Les Etats-Unis sont prêts pour un président Noir parce que nous en avons déjà eu plusieurs… à l’écran. Ils ont même été les plus mordants que nous ayons connus : Morgan Freeman dans le film Deep Impact et Dennis Haysbert dans la série 24 Heures chrono», reconnaissait récemment Joel Stein dans le Los Angeles Times avant d’ajouter plus loin : «au fond, tous les présidents sont des personnages de fiction. Si le président produit des effets très concrets sur certaines personnes(…) pour la plupart d’entre nous, son influence est la façon dont nous percevons notre pays ». Ajoutons en l’occurrence, la manière dont les décideurs africains perçoivent les Etats-Unis. A ce jour, Hollywood, CNN, NBA, le prestige des universités et le storytelling à l’américaine ont une influence inégalée en Afrique Noire. En propulsant un Africain-Américain dans la course à la Maison-Banche, le peuple d’Amérique envoie un message : «si une autre Amérique est possible, alors, un autre monde est possible !» La preuve par Obama. C’est une variante du rêve américain qui renaît des cendres d’une puissance meurtrie, essoufflée, décriée, mais fascinante par sa volonté de changement, son réalisme exceptionnel, son désir d’avenir. Si l’Afrique se voit quand elle regarde dans un miroir étatsunien, elle ne peut que lui sourire en retour.

Tout bien considéré…

Les Américains mesurent peu l’extraordinaire influence dont ils jouissent en Afrique Noire. Parmi eux, les diplomates nés autour de 1945 sont ceux qui demeurent les plus rivés aux vieux manuels de procédure qui imposaient d’en référer au Quai d’Orsay avant de s’aventurer dans ce qui jadis était considéré comme le pré-carré français. Un revenez-y du congrès de Berlin 1884-1885 qui consacra «le partage du gâteau africain.» La percée des Chinois et des Indiens, leur pragmatisme sans-gêne et leur appétit pour les matières premières… commencent sérieusement à réveiller des Américains par ailleurs décidés à augmenter leurs importations pétrolières du golfe de Guinée de 15 à 25% d’ici 2015; tout en luttant contre le terrorisme islamiste dont le Nigeria recèle de menues cellules dormantes. D’autres marchés stratégiques tels que l’eau, l’énergie, le bois, les transports, les NTIC… s’ouvrent de plus en plus aux investisseurs américains prompts à surfer sur le capital-perception engrangé en Afrique par l’effet Obama (!)

Guy J. Gweth

Comment de “pauvres” Africains ont enrichi Western Union

In Communication d'influence, Intelligence économique, Perception Management, Stratégie, veille on 1 juin 2008 at 6:47

“C’est un fait dont on parle trop rarement: au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance.” Nous, enfants de la tradition

Marketing ethnique, Perception Management, Communication stratégique, Conquête des espaces, Relation client… Enquête exclusive au cœur d’une stratégie commerciale qui séduit la diaspora africaine. Comment de pauvres Africains ont enrichi Western Union, Transfert d’argent? C’est à découvrir ici, très bientôt!

Agences d’IE : Paris veut faire le ménage

In Communication d'influence, Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 13 mai 2008 at 12:54

Au ministère de l’Intérieur, le message est clair : «T out ce qui ressemble de près ou de loin à une officine ou à de la “ barbouzerie ” va être combattu avec la plus grande fermeté», prévient-on dans l’entourage de Michèle Alliot-Marie. Dans la plus grande discrétion, la Place Beauvau planche sur une opération «mains propres». Une très officielle procédure d’agrément délivré par l’État serait imposée aux sociétés, mais aussi à la nuée de «consultants» gravitant autour d’elles. Cette licence individuelle pourrait être délivrée au terme d’une enquête associant la future direction centrale du renseignement intérieur, englobant l’actuelle DST, et les Renseignements généraux… Lire l’article de Christophe Cornevin et Mathieu Delahousse in le Figaro.fr

La peur et le sous-développement

In Communication d'influence, Débat, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 3 mai 2008 at 12:31

Le Petit Robert définit la peur comme un « phénomène psychologique à caractère affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience d’un danger réel ou imaginé, d’une menace. » La peur, force est de le constater, est l’un des ressors psychologiques communs à tous les animaux normaux. Chez les humains de notre ère, on n’a plus seulement peur pour sa vie, mais aussi pour sa famille, ses biens, son travail, ses idéaux, sa réputation, ses convictions, son honneur, son avenir… Préoccupation séculaire, la sécurité est devenue l’obsession des temps modernes et plus encore dans les pays riches. La peur, cette faille primordiale dans le système immunitaire humain, est la porte d’entrée préférée des hackers psychiques dans le vol de nos identifiants comportementaux. Elle peut être un puissant frein au développement.

Les usines à peur

Si le monde actuel croule sous le poids des religions et autres systèmes de croyances, c’est au moins pour partie à cause de l’inquiétude viscérale des humains pour leur avenir post mortem. A ce titre, l’enfer prévu par la littérature chrétienne reste un aiguillon extrêmement puissant pour les croyants. Dans le monde militaire, les opérations psychologiques puisent une part de leur essence dans le potentiel de peur accumulé par l’ennemi ou les populations cibles. Pour les commerces, le segment sécuritaire connaît une croissance exponentielle jamais démentie. Il n’est que de voir l’envolée des offres de logiciels en protection informatique ou l’omniprésence de Big Brother via ses dizaines de millions de cameras de surveillance sur la place publique européenne. Les analystes estiment par exemple qu’un individu habitant Londres est filmé 300 fois par jour! Mais au final, c’est incontestablement le champ politique qui emporte la palme d’or dans la fabrication des produits de communication à base de peur. Depuis des décennies en Occident, le thème de l’insécurité a porté au pouvoir des capteurs d’émotions, des metteurs en scène, des storytellers, des acteurs d’un public affairs’show dont les équipes de spin doctors se disputent le script avec les grands médias. Au menu: la peur de l’ennemi, des islamistes, des immigrés, des délocalisations, des fonds souverains, du chômage, de la pollution, etc.

“N’ayez pas peur!”

L’Afrique Noire n’est pas en reste dans cette course. Sauf que l’usage abusif de la peur ici, contrairement à certains pays d’Asie, en est venu à plomber le développement humain, économique et social. Et il faut bien le dire, l’autoritarisme politique, la crainte de feu générée par des sectes, l’humidité de la corruption dans les affaires ou la mousson du tribalisme… ne sont que la partie visible de l’iceberg. Au delà de ces phénomènes (certes non négligeables mais) de surface, c’est dans le sous-sol des us, des coutumes et des traditions que résident insidieusement les mécanismes les plus ingénieux d’exploitation par la peur. Une machine à fabriquer des exdividus au mieux, au pire des êtres entravés par les sangles invisibles du passé, et forcément recalés aux concours actuels du décollage économique. Sans donner raison à l’autre…, le cinéaste guinéen Cheick Fantamady Camara in Il va pleuvoir sur Conakry (1) et l’écrivain camerounais Gaston-Paul Effa in Nous, enfants de la tradition (2) donnent à réfléchir à la jeunesse africaine depuis quelques jours. Ils nous apprennent enfin à dire Non! à travers deux œuvres remarquables. Intenses. Puissantes.

1. Il va pleuvoir sur Conakry, de Cheick Fantamady Camara

Drame Psychologique – Fiction – 1h53 – depuis le 30.04.08 à Paris.

Bangali alias BB est un journaliste caricaturiste moderne et progressiste de 20 ans. Son père Karamo ainsi que son frère aîné Amine sont plutôt rompus à la pratique religieuse et au respect des traditions ancestrales. Désigné comme le digne successeur de son père, BB ne peut se résoudre à suivre un destin tout tracé. Il préfère se battre pour exercer librement son métier et vivre pleinement son amour pour la belle informaticienne Kesso. Quand celle -ci apprend qu’elle est enceinte, le père de BB refuse de voir naître un enfant conçu hors mariage… Sur fond de conflit de générations et de déséquilibre familial, le drame est inévitable.

2. Nous, enfants de la tradition, de Gaston-Paul Effa

Roman de 164 pages paru en mars 2008 aux éditions Anne carrière.

« C’est un fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance. Osele, l’aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d’ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n’a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d’une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d’agressivité, qui n’élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d’un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur.

« Extrait : -Ta famille africaine ne te fait miroiter que ton droit d’aînesse et la tradition lorsqu’elle a besoin d’argent pour payer un mariage, un enterrement de plus. Mais qu’est-ce qu’ils croient là-bas, qu’il suffit de ramasser l’argent dans les caniveaux et de l’envoyer par Western Union? Ils savent que tu te tapes des journées de douze heures de travail pour eux? »

Guy Gweth

Etre lobbyiste en Afrique centrale aujourd’hui

In Communication d'influence, Intelligence économique, Lobbying, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 26 avril 2008 at 9:56

En Afrique subsaharienne, peut-être plus qu’ailleurs dans le monde, les intérêts publics et privés pèsent à peu près pareillement sur la balance décisionnelle. Il arrive d’ailleurs fréquemment que les seconds l’emportent sur les premiers. C’est un fait. L’expertise et la profession qui consistent à infléchir la décision publique revêtent ici un caractère et des ressorts bien particuliers qu’il ne serait guère inconvenant d’appeler « lobbying à l’africaine ».

Mi-février 2001, François Bien (nom de code) alors âgé de 34 ans est nommé secrétaire d’ambassade dans l’un des six pays d’Afrique centrale qui composent la zone Cemac. Diplômé de science politique et relations internationales, monsieur Bien arrive en Afrique après quatre ans et six jours au poste d’attaché parlementaire, suivis d’un bref passage dans les services de renseignements. Lorsque fin novembre 2004, contre toute attente, notre homme est appelé à d’autres fonctions dans son pays d’origine, il n’hésite pas une seconde. Il démissionne. Sa décision est irrévocable. Il sera « lobbyiste ». M. Bien a appris à aimer son pays d’accueil, le soleil, les femmes, les paysages et… les combines. En trois ans de carrière africaine, M. B. comme l’appellent ses amis africains s’est fait une kyrielle de relations, les unes plus importantes que les autres. Le renseignement étant une seconde nature, Bien a pris le temps de décortiquer la matrice culturelle, les institutions et les personnalités publiques du pays… au point d’accrocher en face de son lit une cartographie (des acteurs qui comptent) qu’il modifie de temps en temps au crayon, à la manière d’un peintre surréaliste. Grâce à ses sources au secrétariat général du parlement, il pratique une veille juridique à faire pâlir d’envie les archivistes du Journal Officiel local. Chaque midi, il déjeune dans un restaurant différent mais toujours attenant à un ministère. Il consomme local et ne lit publiquement que les journaux locaux. Nombre de journalistes sont parmi ses amis. Tous les dimanches, il est présent à la cathédrale où il s’est fait des sympathies auprès de Mgr, les prêtres, les religieuses et d’autres frères et sœurs en Christ importants. Tous reconnaissent « sa grande générosité et sa remarquable simplicité». Lorsqu’il y a 10 mois M. B. obtient pour mission d’agir pour « contribuer à la prise d’une décision ministérielle favorable aux intérêts de la société XXX », là non plus, il n’hésite pas. Il a ses sources auprès de la cible. Dans un hôtel de la capitale, au titre d’avance, il reçoit du liquide en substance (dont 2/3 pour « mouiller la barbe à qui de droit »), « le reste de l’enveloppe ? Une fois que l’objectif sera atteint ». Monsieur B., c’est bien connu, n’a que l’obligation de moyens, mais ceux qui l’ont pratiqué savent qu’il parvient toujours à l’effet final recherché (EFR). Sauf que quelques jours plus tard, le cœur de cible de M. B. dans l’opération XXX est brusquement démis de ses fonctions et mis aux arrêts, sans procès. Motifs : “corruption et détournement de fonds publics”!

Parce qu’il continue d’avoir mauvaise presse en Afrique centrale, le lobbying -de par son côté pour le moins « sibyllin »- s’y exerce en 2008 sous couvert de nombreux statuts et d’une ribambelle de jeux de cartes dont on peut tirer trois as: la carte blanche (I), la carte noire (II) et la carte grise (III)

I-La carte blanche

I-1-Les hommes d’affaires étrangers

Américains, Européens et Asiatiques se livrent une concurrence sans merci sur ce terrain. L’une des opérations les plus inattendues ces 15 derniers mois est à mettre à l’actif du géant industriel Bolloré. Après une élection présidentielle marquée du sceau de la « rupture » entre la France et l’Afrique, le Président Sarkozy accepte l’invitation de Vincent Bolloré qui met gratuitement à sa disposition son avion privé (le Falcon 900 EX) et un yatch de luxe (le Paloma) pour un coût total de près 100 000 euros (65 500 000 fcfa). Un investissement tactique. Car il se trouve que pour le groupe Bolloré, l’Afrique reste une « terre promise et rentable ». Son patron ne voit pas d’un bon œil le rapprochement en cours entre dirigeants africains, hommes d’affaires et gouvernants chinois ou indiens au détriment des intérêts français. Pas besoin, en l’occurrence, d’entrer à l’académie de lobbying pour comprendre que c’est l’eau qui fait glisser le navire. Les chefs d’entreprise n’hésitent plus à mouiller le maillot.

I-2-Les « sorciers blancs »

Ceux qui fréquentent la fine fleur de la diaspora africaine à Paris et Bruxelles ont tous eu l’occasion d’entendre parler de PB, pdg d’une agence de communication parisienne très cotée en Afrique centrale. Véritable gourou des RP pour Hommes d’Etat, PB a ses entrées à l’UMP et donc à l’Elysée, même si pour l’entourage du président, « elle ne compte pas. Elle n’a pas accès au président. Elle n’est pas dans le circuit. » A son actif : avoir œuvré – concomitamment avec d’autres « sorciers blancs »- à faire recevoir les icônes de la « Françafrique » par Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection, contre toute attente. PB symbolise parfaitement cette caste.

I-3-Les ONG et associations

Le lobbying associatif en nette expansion en Occident peine encore à trouver ses marques en Afrique centrale bien que l’on observe de temps à autres des opérations dites de « plaidoyer » aux résultats incertains. C’est ici que les réseaux nord-sud entrent en lice. In concreto, l’Ong X basée en zone Cemac, n’arrivant pas à se faire entendre localement, alerte ses partenaires Y et Z de Londres ou Bruxelles qui font théoriquement pression sur leurs gouvernements respectifs en jouant sur l’éthique des relations entre « un régime démocratique » et des « régimes non démocratiques… » Une approche de communication plus que de pression (aux résultats symboliques au mieux), qui contraste avec celles dites de la carte noire.

II-La carte noire

II-1-Les hommes d’influence

En Afrique centrale, ils constituent un cercle au contenu plus large que l’assiette dessinée en 1989 pour les États-Unis par Carter Douglass in Qui gouverne à Washington ? La 1ère partie d’entre-eux appartient à l’armée, au monde politique, au monde des affaires ou aux deux derniers à la fois. Dans tous les cas, ce sont les « hommes du président » ou du parti majoritaire, c’est à dire celui du chef de l’Etat. La seconde partie est constituée des hommes de la périphérie dirigeante, « des officiers de réserve » comme diraient les Camerounais pour qualifier les anciens hauts fonctionnaires ex- (ministres, administrateurs civils, militaires de hauts rang, commissaires de police… à la retraite) susceptibles à tout moment de revenir aux affaires sur décision du président de la République.

II-2-Les fusibles des seigneurs

Dans un titre resté populaire, le musicien camerounais Claude Moudi lance que « le chien du président est le président des chiens. » Une phrase qui en dit long sur l’influence que revêt l’entourage des décideurs dans une Afrique aux idées de groupe et aux valeurs familiales et solidaires fortes. Les dirigeants en sont conscients qui, pour certains subissent, et pour d’autres, se servent de parents, collègues de travail, d’associations, de tontines, et autres coreligionnaires comme intermédiaires et/ou fusibles dans la conclusion des affaires.

II-3-Les autorités morales

Malgré l’évolution des mœurs, l’Afrique centrale reste un extraordinaire foyer de croyances magico-religieuses, de rites traditionnels et de codes non écrits. Les leaders de ce marché tropical détiennent une capacité immatérielle sans égal à « faire bouger » l’ensemble des décideurs d’autant que, symboles de la sagesse, ils transcendent généralement les barrières partisanes de l’ici-bas pour élever le débat jusqu’aux cimes de la métaphysique. L’influence est ici le royaume terrestre des religieux et des chefs traditionnels, des grands guérisseurs et des marabouts du chef auxquels peuvent exceptionnellement s’ajouter des artistes ou sportifs de réputation internationale de type Yannick Noah. Cependant, la globalisation des pratiques a récemment donné naissance à une sorte de new age du lobbying africain.

III -la carte grise ou le new age du lobbying africain

Le nouvel âge d’un lobbying africain véritablement vécu comme tel provient notamment des initiatives africaines-américaines à l’instar du ” Centre for Culture, the African Poetry Theatre, Inc.” Basé à Jamaica, Queens aux États-Unis. Cette structure déjà vieille de plus de 20 ans est intéressante en termes d’approche stratégique du fait qu’elle englobe des activités multiformes et multisectorielles. Ainsi que confiait son directeur exécutif, John Watusi Branch en avril 2005 au Courrier d’Abidjan, « Nous sommes organisés pour promouvoir l’Afrique et défendre ses intérêts. Nous sommes les ”watchdogs” de l’Afrique (…) Nous mettons à la disposition des Américains et surtout des Africains-Américains la vraie information sur l’Afrique et les conflits qui freinent son développement. Nous agissons ainsi dans plusieurs domaines. Nous travaillons avec des personnalités politiques, des leaders d’opinion et des hommes de médias (…)». Plus loin, la belle croissance de plusieurs économies africaines depuis une dizaine d’années (6,2% prévue cette année) ainsi que l’hypercompétition des puissances sur le continent poussent à une plus grande professionnalisation du métier de lobbyiste. C’est ce qui justifie l’arrivée en Afrique du Nord de Hill and Knowlton en début d’année 2008 ou encore de GwethMarshall consulting en Afrique centrale sur la même période. Détail remarquable s’il en fût, les lobbyistes du new age n’agissent au profit de leurs clients que dans le respect de l’éthique et l’intérêt bien compris de l’Afrique.

François Bien est reparti vers son pays d’origine il y a une semaine, ayant eu vent de poursuites judiciaires imminentes à son encontre, aux motifs de corruption et escroquerie. « Les beaux jours sont à venir » aurait-il lancé à son amie dans l’enceinte de l’aéroport avant de faire tamponner son passeport curieusement resté diplomatique. Avec du recul, on sait à présent que cet homme aux multiples talents ne s’est jamais présenté comme lobbyiste. Sur sa carte de visite, on peut encore lire: « François Bien, Conseil pour les affaires». Une page se tourne.

Guy Gweth

De Nollywood à Kannywood : ébauche des nouveaux défis du cinema africain

In Communication d'influence, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 23 avril 2008 at 8:48

Dans un monde où les arts tendent -autant que la technologie- à se globaliser, le cinéma dispose aujourd’hui d’une confortable influence, aux côtés de la littérature et la musique.

Le nombre de soirs où la famille K. s’est passée de diner parce que Mirabelle, sa fille ainée, avait oublié la marmite au feu, au profit d’une série télévisée à succès ;

De voir cette bande de 3 jeunes africains-américains de Oak Brook, dans la banlieue de Chicago, qui décidèrent de se prendre en main après avoir regardé Will Smith incarnant Chris Gardner en compagnie de son fils de 5 ans in A la recherche du bonheur ;

Et le nombre incalculable de filles et fils d’Afrique Noire que leurs parents ont appelés Brenda, Brandon ou Kelly après la diffusion des séries américaines Melrose Place, Santa Barara ou Beverly Hills, à la télévision nationale de 1995 à 2005;

Rien que l’adjonction du suffixe « Wood » comme expression d’un certain succès… sont quelques exemples mineurs qui montrent de manière symptomatique la porosité culturelle des groupes cibles aux stratégies de l’industrie du cinéma. Or, nous vous le rappelions le 7 février 2008 -in Intelligence stratégique : le Gabon à la pointe du combat culturel en Afrique centrale-, le XXIè siècle sera bel et bien culturel. Et l’Afrique est tout à fait prête à projeter sa propre « dream society ».

Entre Nollywood et Kannywood au Nigéria, vous devinez que la production d’un cinéma discount constitue plus qu’un défi économique. La souveraineté culturelle est vitale pour tout peuple qui entend se projeter dans cet univers rendu implacable par l’exacerbation de la concurrence. Les religieux, politiques et opérateurs économiques auxquels Sana Harb fait allusion dans son article ont grand intérêt à sonder la profondeur stratégique d’une production cinématographique locale à bas coûts. L’Afrique qui n’a pas inventé la poudre à canon pour dompter le monde doit pouvoir exprimer son génie artistique et fructifier un patrimoine culturel empreint d’humanisme et de fraternité… pour ETRE et apprivoiser le monde, à sa manière. Guy J. Gweth

Lire Kannywood et Nollywood …, l’article de Sana Harb in LesAfriques

Le storytelling ou la magie du soft power narratif: ouvrage

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 20 avril 2008 at 11:10

L’article « intelligence économique et bataille pour le contrôle mental » édité sur ce site le 05 mars 08 a été lu plus d’un demi millier de fois à ce jour. A la suite de sa publication, vous êtes quelques uns à avoir écrit pour nous transmettre vos impressions. Ainsi en va-t-il par exemple du gendarme retraité Pierre B., pour qui « le grand public n’a pas nécessairement besoin de savoir tout cela… » ou encore de Léa-Marie, cette pharmacienne grenobloise de 27 ans qui trouve « effrayant que les individus ayant de telles connaissances pour manipuler le public soient laissés en circulation, sans surveillance. » Dans votre grande majorité, vous demandiez grosso modo si l’Afrique Noire allait rester la cage d’escalier d’un monde obligé à la guerre cognitive. Tout en vous remerciant, c’est à toutes et à tous qu’en guise de réponse, nous dédions Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits paru en 2007 aux éditions La Découverte sous la plume bien intelligente de Christian Salmon du CNRS.

Pensées particulières

Evidemment qu’au moment de recommander cet ouvrage, des pensées particulières vont à l’élite africaine, consommatrice boulimique des boîtes de conserves mentales produites par les stratèges du soft power (souvent inspirés par la magie de nos griots), et si savamment distillées à travers l’éducation, la religion, la radio-tv, le cinéma, internet, le roman, la bande dessinée, le théâtre ou le discours politique.

Et pour tout vous dire,

Lorsqu’on tente une analyse prospective -à moyen terme- de l’intelligence économique et stratégique, on ne peut nier que dans les 10-15 ans à venir, des logiciels toujours plus intelligents (réf: sigint) s’empareront des activités de veille quasi in extenso, que la sécurité informatique prendra du galon de manière exponentielle, que le renseignement humain (humint) fera la différence entre les meilleurs, qu’à l’image du Chessmaster pour les jeux d’échecs, la prise de décision dans les grands groupes sera assistée par ordinateur et que l’essor des technologies comportementales tirera inexorablement la discipline vers le haut. Nul doute qu’en 2015 déjà, au moment d’évaluer les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), tandis que l’élite financière juchée au sommet de l’échelle de Maslow déboursera des sommes faramineuses pour un voyage dans l’espace, les spin doctors quant à eux, seront encore prêts à consentir des hypothèques inattendues pour des placements sûrs dans le Wall Street du contrôle mental. Et pour cause, sous peu, la grande guerre économique (dont les cibles stratégiques sont localisées dans la tête et le cœur du consommateur) aura pour principaux champs de bataille l’ego, la fibre et le neurone. Bonne lecture à tous !

Guy Gweth

Extrait de la quatrième…

« Depuis qu’elle existe, l’humanité a su cultiver l’art de raconter des histoires, un art partout au cœur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux Etats-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l’appellation anodine de « storytelling » : celui-ci est devenu une arme aux mains des « gourous » du marketing, du management et de la communication politique, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. Derrière les campagnes publicitaires, mais aussi à l’ombre des campagnes électorales victorieuses (…) se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling… ».

Coopération: Paris retrouve un peu de sagesse africaine

In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Soft Power, Stratégie, veille on 10 avril 2008 at 9:01

«J’aime l’Afrique et je veux qu’on parle de l’Afrique en bien. [...] L’Afrique n’est pas une, il faut s’en occuper État par État et c’est ce que j’ai l’intention de faire en allant sur le terrain [...] J’ai envie de renouer les fils là où ils ont été distendus [...] Il faut se garder de donner des leçons aux pays africains [...] La rupture c’est intellectuel… Ce n’est pas la brusquerie.» Morceaux choisis de l’inteview exclusive d’Alain Joyandet ce jeudi 10 04 08 à 6 :10 TU, au micro de Christophe Boisbouvier, RFI.

Après la très médiatique campagne de 2007 sur “la rupture” entre France et Afrique (période électorale oblige !);

Après le regrettable discours du 26 07 07 à l’université Cheik Anta Diop de Dakar;

Après l’affaire de l’arche de zoé, le “j’irai les chercher quoi qu’ils aient fait” du président français début novembre 2007, la suite des évènements à Ndjaména et la menace française de revoir ses accords de coopération militaire;

Après la réplique des intellectuels africains “contre le discours de Dakar”, fin février 2008 ;

Après l’extraordinaire rattrapage du Cap au jeudi 28 02 08 devant le Président Thabo Mbeki et le parlement sud-africain;

Après la publication de listings sur les biens immobiliers des chefs d’Etats africains en France le 01 02 08, alors que certains politiques français sont d’importants propriétaires en Afrique centrale à l’insu de l’opinion publique;

Après la décision de Libreville d’expulser tous les Français “sans papier” du Gabon début mars 2008;

Après l’acharnement de Jean-Marie Bockel à rompre avec la «françafrique »;

Et faisant suite à l’éviction de celui-ci sous la pression du président gabonais Omar Bongo Ondimba et de son homologue congolais Sassou Nguesso, notamment;

Considérant la fulgurante percée chinoise en Afrique centrale;

Ayant pris le pouls de la diaspora africaine ainsi que des experts et hommes d’affaires français évoluant en Afrique francophone;

Se rendant à l’évidence du caractère stratégique incontournable de l’Afrique noire à plusieurs égards;

Nicolas Sarkozy a radicalement revu sa copie en nommant le 18 mars 2008 un nouveau secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes, en la personne d’Alain Joyandet.

Homme de communication , le maire UMP de Vesoul apporte avec lui un style – revenez-y de chiraquie-, plus discret et plus posé, le type de tempérament empreint de sagesse, de sympathie et de grande diplomatie qui a si souvent fait la réussite de la France sur la scène internationale. Député et ancien sénateur, marié et père de trois enfants, Alain Joyandet s’est envolé ce jeudi 10 mars 2008 pour Libreville où il va tenter, dit-il, de « rectifier la ligne politique adoptée par le secrétariat d’État à la Coopération depuis l’arrivée de Jean-Marie Bockel à sa tête“.

Alors évidemment tout le monde ne voit pas ce revirement de l’Elysée d’un très bon œil. Ainsi pour Olivier Thimonier de l’association Survie par exemple, la visite d’Alain Joyandet au Gabon “ne donne pas un signe positif sur l’évolution de la politique de la France en Afrique“. Pour ma part, c’est le signe que Paris a compris la nécessité de modifier et même de professionnaliser sa communication vis-à-vis des Africains comme nous l’avions préconisé. Reste le plus difficile: allier l’acte à la parole… Afrique échaudée craint désormais l’eau froide!

Guy Gweth

Infoguerre : « l’Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac »

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, veille on 19 mars 2008 at 6:53

L’affaire Clearstream a déjà fait couler beaucoup d’encre. Le livre de Nicolas Beau et Olivier Toscer, «l’Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac» qui sort ce 20.03.08 en librairie, pourrait cependant apporter une lumière décisive sur certains de ses aspects les plus obscurs.

ccjaponais.jpgOn se souvient que «l’affaire japonaise» a surgi dans le débat public il y a moins de deux ans, en marge de l’instruction concernant les listings falsifiés de Clearstream. Elle dérive plus précisément des «blancs» de l’audition du général Philippe Rondot par les juges Jean-Marie d’Huy et Henry Pons le 28 mars 2006, dont le procès-verbal fut publié verbatim par les soins du Monde (daté du 4 mai).

Japan connection
Si l’on connaissait le flirt poussé de la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand avec la secte japonaise Soka Gakkai (via les articles du Monde et de l’Événement du jeudi), on ne savait en revanche pas grand-chose de l’entrisme de la Fondation Sasakawa auprès du personnel politique français. La fondation de cet ancien criminel de guerre japonais cherchait alors à obtenir le statut prestigieux d’association d’utilité publique en reconnaissance de ses actions philanthropiques en faveur des vitraux de la cathédrale de Blois ou du château de Chantilly — avec le soutien d’un Jack Lang ou d’un Maurice Schumann (alors administrateur de Chantilly). Les auteurs démontent alors minutieusement la mécanique des réseaux d’influence qui ont permis à Sasakawa de faire élire un Japonais à la présidence de l’OMS mais également de l’Unesco, bénéficiant en cela de la bienveillance de Chirac… et du retrait de Jack Lang de la course (chapitre 2: «Un criminel de guerre blanchi à Paris», p. 55 à 77).

©D.R.

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Jacques Chirac avec Shoichi Ôsada en 1993

Ce sont néanmoins les rapports de Chirac avec le banquier qui sont privilégiés. Et pour cause! C’est dans la banque de ce dernier, la Tokyo Sowa (TSB), que les services secrets ont, à trois reprises et sous des plumes différentes, mentionné la trace d’un compte au nom de Jacques Chirac: message du 11/11/1996 du chef de poste au Japon de la DGSE à son siège parisien, fiche d’enquête du général Champtiaux sur Gilbert Flam du 28/9/2001 et note du général Rondot du 08/11/2001. Et c’est très probablement pour avoir enquêté au sujet de ce compte que Gilbert Flam, alors magistrat détaché auprès des services secrets, s’est retrouvé placardisé au tribunal de Paris — et toute la hiérarchie de la DGSE reprise en main au lendemain de la réélection de Jacques Chirac à la présidentielle de 2002. AO: Guillaume Paugam – Sources : bibliobs.com

Infoguerre: “L’Afrique répond à Sarkozy contre le discours de Dakar”

In Communication d'influence, Guerre de l'information, veille on 25 février 2008 at 7:12

Cet ouvrage collectif, d’une rare puissance académique, était attendu par tous ceux qui croient en une Afrique nouvelle, forte et offensive au XXIè siècle. Il serait judicieux, à court terme, de l’inscrire dans les programmes d’enseignements secondaires et universitaires africains“. Guy Gweth

Sous la direction de Makhily Gassama
par Zohra Bouchentouf-Siagh, Demba Moussa Dembélé, mamoussa Diagne, Boubacar Boris Diop, Koulsy Lamko, Gourmo Abdoul Lô, Louise-Marie Maes Diop, Kettly Mars, Mwatha Musanji Ngalasso, Patrice Nganang, Djibril Tamsir Niane, Théophile Obenga, Raharimanana, Bamba Sakho, E.H. Ibrahim Sall, Mouhamadou Siribié, Adama Sow Diéye, Odile Tobner, Lye M. Yoka.

Au total 23 intellectuels de renom (historiens, économistes, philosophes, romanciers… de Haïti et des quatre coins d’Afrique (Algérie, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Guinée, Mauritanie, RDC, Sénégal, Tchad…)

L’Afrique répond à Sarkozy contre le discours de Dakar, 479 pages,
éditions Philippe Rey, Février 2008, 19,80 euros. A lire absolument!

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“L’intérêt de ce livre majeur dépasse le cadre d’une simple réponse à Nicolas Sarkozy: il décrit sans concession les véritables défis qui interpellent l’Afrique d’aujourd’hui et de demain, et l’appelle avec confiance à trouver, par elle même, les moyens de se relever.” 4è de couverture

Extraits:

” La traite négrière est un crime contre l’humanité.

“… Il est difficile de laisser passer des accusations, des propos d’une violence inattendue, adressées non aux tyrans d’Afrique, à ceux qui ont réduit l’Afrique à la mendicité, mais à ‘l’homme africain’, à ‘l’homme noir’, à la race. Nous acceptons et exigeons des critiques justes et lucides pour éclairer notre voie, pour nous construire, mais nous combattrons sans appel ceux qui se trompent volontairement de cible pour créer la confusion. Car c’est bien cette confusion que nous dénonçons et condamnons.

“Le poète du Joal a été cité à plusieurs reprises par Nicolas Sarkozy en des termes élogieux. Le plus ironique, c’est que, quoi que l’on puisse penser de Senghor, il n’est pas certain qu’il aurait laissé un invité du Sénégal dire de telles énormités ce jeudi 26 juillet sans lui porter la réplique d’une façon ou d’une autre.

“L’incapacité de l’élite africaine à faire face aux réalités du continent et l’absence de courage qui l’anime ont longtemps retardé le développement de l’Afrique et favorisé le développement de cette forme de discours. De nombreux économistes africains, pourtant bardés de diplômes, occultent volontairement la question fondamentale de l’asservissement monétaire des pays de la zone CFA pour se livrer à des dissertations oiseuses sur un développement économique impossible.

“Et quand ‘l’Afrique s’éveillera, le monde occidental qui a bâti sa richesse, sa puissance et son arrogance sur le sang, la sueur et les larmes de ces peuples harassés, comprendra qu’il est temps, enfin, de se départir de sa suffisance…’”

Stratégie de communication d’influence: comment Pékin défie Paris en Afrique centrale

In Communication d'influence, Géoéconomie, Intelligence économique, Perception Management, Stratégie on 23 février 2008 at 8:28

Le texte qui suit vient répondre aux questions et remarques de plusieurs de nos  lectrices & lecteurs de France à la suite de notre analyse comparée des stratégies d’influence chinoise et française en Afrique centrale. Voici un bref résumé des conclusions de cette étude:

Tout au long de nos recherches, nous avons observé qu’il n’existe plus de frontières étanches entre politiques des Etats, stratégies des entreprises, protection de l’environnement et… attitudes de la société civile. Nous avons trouvé comme Thierry Libaert (1) que « si les stratégies européennes et Clausewitz en particulier, éprouvèrent quelques difficultés à élargir l’impact de leur théorie, c’est au travers des performances économiques du Sud-est asiatique que la stratégie militaire trouva son renouveau.» C’est ainsi que l’empire Chinois dans une « tactique du faible au fort » a su prendre à son compte la devise du concurrent et communiquer en toute « Liberté » -« Egalité » -« Fraternité » avec ses partenaires d’Afrique, défiant ainsi les groupes français sur un terrain qui, hier encore, constituait « le pré carré » de l’Elysée. Par une communication d’influence offensive, voire agressive, Pékin a tablé sur l’information dominance (pour reprendre la formule américaine consacrée), phase finale du Perception Management qui traduit « l’aboutissement du façonnage des perceptions individuelles et collectives » (2) de sa cible.

« Certes, le commerce entre l’hexagone et l’Afrique comme le révèle une étude précédente, dégage un solde positif de plus de 5 milliards d’euros en faveur de la France alors qu’avec la Chine, il est déficitaire de 10 milliards. De nombreux grands groupes français demeurent présents en Afrique, comme TOTAL, Bouygues, Bolloré, Castel , Areva, Air France (qui s’est maintenu à flot à un moment où ses concurrents étaient en difficulté grâce à sa présence en Afrique)… etc. Bien plus, la France dont la Banque Centrale n’est plus qu’une succursale de la Banque centrale européenne depuis l’euro, continue de contrôler à travers un service de son Trésor la politique monétaire de presque toutes ses anciennes colonies à travers le Franc CFA… » En somme, l’hexagone et ses entreprises continuent de disposer de quelques attaches en Afrique centrale. Mais pour combien de temps encore?

Aujourd’hui, le savoir s’impose comme la source et la forme ultime du pouvoir, son expression la plus raffinée (3). Si les entreprises françaises veulent rester compétitives en Afrique, elles doivent réclamer et obtenir de Paris l’élaboration d’une stratégie étatique de communication globale qui prenne en compte les savoirs accumulés sur la cible, la mondialisation de la concurrence… et surtout le plus grand respect des populations et des spécificités locales. L’Américain Harry Overstreet, dans son remarquable ouvrage L’art d’influencer la conduite humaine, déclarait: “l’action humaine naît de nos désirs fondamentaux… Et le meilleur conseil qu’on puisse offrir à ceux qui désirent influencer leurs semblables, aussi bien dans les affaires que dans la politique, c’est avant tout d’éveiller chez eux un ardent désir.” Le discours actuel de Paris est aux antipodes de cette vérité si simple.

Et pourquoi programmer une stratégie de communication globale? « La raison la plus évidente réside dans une nécessaire coordination, pour s’assurer que chacun dans l’organisation tire dans la même direction, ce qui est parfois facilité, spécifiant cette direction de façon aussi précise que possible. Les plans comme ils émergent de la programmation stratégique sous forme de programmes, de plannings, de budgets, etc., peuvent être des moyens primordiaux pour communiquer, non seulement des intentions stratégiques mais aussi ce que chaque individu dans l’organisation doit faire pour les réaliser. » (4) En sus de contribuer concrètement ainsi à la compétitivité des entreprises, la communication d’influence s’en trouvera plus valorisée en tant que ressort stratégique, vecteur d’intelligence collective. C’est plus que ce qu’entrevoyait déjà Fraser Seitle lorsqu’il affirmait en 1998 que « l’établissement d’objectifs, la formulation de stratégies et la planification sont essentiels en communication afin d’être considérés comme équivalents en statut aux autres composantes organisationnelles » (5), une thèse valable pour l’entreprise comme pour l’Etat moderne.

Guy Gweth


[1] Thierry Libaert, Le plan de communication, Dunod, 2006

[2] Eric Delbecque, Individualisme et puissance : psychologie d’un malentendu, chapitre V de l’ouvrage collectif

« Les chemins de la puissance », Tatamis, 2007, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas

[3] Alvin Toffler, Les Nouveaux Pouvoirs : savoir, richesse et violence à la veille du XXIè siècle, Fayard, 1991

[4] Henry Mintzberg, Grandeur et décadence de la planification stratégique, Dunod, 1999

[5] Fraser Seitle, The practice of public relations, Practices Hall, 1998

Stratégie : le français suffit-il à l’influence francophone?

In Communication d'influence, Soft Power, Stratégie on 20 février 2008 at 11:38

L’article de Keit Spicer ci-infra pose une question fondamentale dans la compréhension des choix stratégiques auxquels les leaders politiques actuels doivent faire face pour garantir l’influence de leur pays dans le monde. Largement francophone, l’Afrique centrale est concernée par cette problématique dont nous avons amorcé le traitement in «Afrique Noire, intelligence économique et francophonie » du 25.01.08. La réponse, pour aussi imagée qu’elle puisse paraître se trouve certainement dans cette sentence biblique pleine de réalisme: « on ne met pas du vin neuf dans de vieilles outres ». Car dura lex sed lex, il va être compliqué pour nos pays d’aller à la modernité sans passer par la case Shakespeare afin d’y signer l’indispensable contrat d’intégration à la mondialisation.

G. Gweth

“France 24, télévision mondiale en VF”
Par Keith Spicer, ancien commissaire aux Langues officielles du Canada, ancien président du Conseil canadien de l’audiovisuel et des télécommunications.

La décision de Nicolas Sarkozy de supprimer les services anglais et arabe de France 24 contredit plusieurs objectifs stratégiques proclamés par le président de la République. Elle prive la France d’influence dans le monde ; elle va à l’encontre d’un courant en faveur de canaux de nouvelles multilingues ; elle envoie un signal d’indifférence à deux univers linguistiques où les intérêts de la France sont en jeu ; elle ignore le fait que l’anglais – hélas ! – est la lingua franca du monde ; et au lieu de renforcer l’image voulue d’une France ouverte sur le monde, elle présente ce pays comme aussi borné que son Président est unilingue.

Perte d’influence dans le monde ? Cantonner France 24 au seul français, c’est limiter sa voix, et celle de la France, à l’Hexagone, à la souvent dénigrée Françafrique et à la Belgique, la Suisse, et une partie du Canada. Adieu les Etats-Unis et le Canada anglophone, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Pakistan, l’Australie, l’Afrique anglophone – ainsi que des centaines de millions de «non-anglophones» qui comprennent l’anglais.

Tendance aux canaux multilingues ? L’exemple le plus frappant est l’excellent service anglophone d’Al-Jezira, sans oublier la CCN en espagnol. Plusieurs autres chaînes internationales offrent des bulletins télévisés en différentes langues – Euronews et Deutsche Welle, par exemple. Presque tous offrent des sites web en anglais et parfois d’autres langues.

Indifférence aux mondes arabe et anglophone ? Faut-il dire combien ces deux publics peuvent influer sur la prospérité, la sécurité, la diplomatie et la culture de la France ? Dans le monde, on compte entre 500 et 800 millions de personnes qui parlent ou comprennent l’anglais. En Europe, 38 % des citoyens affirment pouvoir comprendre une simple conversation en anglais. Ailleurs, des centaines de millions d’Indiens et de Chinois dont les économies décollent comprennent l’anglais.

L’arabe est parlé comme langue maternelle par 325 millions de personnes dans 23 pays. Certains de ces pays exportent assez de pétrole pour déstabiliser, s’ils le veulent, l’Occident. D’autres exportent le terrorisme. Ensemble, ils forment un bloc hétéroclite, mais vital pour les exportations françaises : armements, centrales nucléaires, alimentation, avions, voitures, culture. Bientôt une base militaire à Abou Dhabi créera une position stratégique pour la France dans le Golfe. Négliger ce vaste public arabe et ces opportunités paraît insensé.

La langue française est belle, est culturellement irremplaçable. Elle est toujours un bien précieux du patrimoine mondial qu’il faut mieux protéger – et surtout mieux enseigner. Mais malheureusement, l’histoire, les réalités géopolitiques et maintenant le triomphe de la mondialisation ont fait de l’anglais la seconde langue du monde de notre siècle. Plusieurs autres grandes langues, dont l’arabe, l’espagnol, le portugais, le russe, le chinois, le japonais et l’hindi auront aussi d’importants rôles, surtout régionaux, à l’avenir. Mais pour la France – et France 24 -, l’anglais et l’arabe, comme langues supplémentaires pour parler au monde, étaient les bons choix. Les éliminer aujourd’hui fait passer la France pour un pays myope, voire rétrograde. Comme un pays qui – malgré l’«ouverture» tous azimuts trompetée par M. Nicolas Sarkozy – pleure un passé glorieux mais révolu.

Jacques Chirac, passablement bilingue, avait le grand mérite de créer la «French CNN». Il a vu celle-ci avec de multiples voix pour porter les idées françaises bien au-delà du petit monde de la Francophonie. Car le grand mérite de France 24 est de «vendre» des idées françaises là où on ne les connaît pas. Trouver «inadmissible» que la France s’explique au monde dans d’autres langues que le français, c’est confondre contenu et contenant, valeur des messages et chauvinisme linguistique. Napoléon et de Gaulle, tous deux un peu à cheval sur la langue, auraient-ils fait le choix de Sarkozy avec France 24 : parler à leur chasse gardée… plutôt qu’au monde ?

Dernier détail: fusionner France 24, TV5 et Radio France internationale, comme le souhaite le Président, n’est pas une mauvaise idée. Mais dans l’usine à gaz dont on rêve, il faut préserver le rôle particulier de France 24 comme messager d’idées à des publics autrement inatteignables. Or les idées n’ont pas de langue. Le Président ne voudra sans doute pas dire que, réflexion faite, il écoutera le jugement de son prédécesseur dont on a oublié le nom. Mais -quelle preuve de la sagesse de sa politique d’ouverture!- il pourrait élégamment céder à l’opinion protrilinguisme de son ministre Bernard Kouchner…” Avis à l’Afrique francophone!

RFI-Afrique, la réussite du “soft power” à la française

In Communication d'influence, Soft Power, Stratégie on 29 janvier 2008 at 11:24

rfi_can2008_432x100_b.jpg“- Debout! – Je me lève! – Assis! – Je m’assieds!” Quel écolier d’Afrique centrale n’a souvenir de cet échange quasi militaire entre le maître et ses élèves, un lundi matin à l’école du village. Mutatis mutandis, ce scénario est quasiment identique à celui dans lequel se jouent actuellement les rapports de Radio France International (RFI) avec la plupart des élites d’Afrique francophone (son cœur de cible) . Sauf qu’il s’agit-là d’une douce conquête des esprits, peu perceptible a priori, et de loin plus contraignante, d’après la stratégie bien connue de la colonisation des idées.

Du “Poste colonial” à la “Radio mondiale”

Créee le 06 mai 1931 à destination des ex-colonies françaises, RFI est officiellement née sous le modèle du “poste colonial”. Filiale de Radio France dès le 06 janvier 1975, elle gagne son autonomie le 03 décembre 1986 et spécialise davantage ses programmes sur l’Afrique, tout en s’internationalisant. A ce jour RFI, c’est 19 langues, près d’un millier de collaborateurs, 400 journalistes, 350 reporters disséminés aux quatre coins de la planète, 150 relais, 450 radios partenaires, 45 millions d’auditeurs dans le monde et un budget 2006-2007 estimé à 130 millions d’euros dont plus de 50% versés par le quai d’Orsey .

“RFI, le monde est chez vous!”

De Bangui à Brazzaville, de Malabo à Libreville ou de Ndjaména à Yaoundé, il est couramment admis en Afrique francophone que ce qui vient de RFI a force de chose jugée, de parole sacrée, par essence inviolable. L’Hexagone sait jouer de cette posture stratégique en cas de crise comme au lendemain de scrutins présidentiels dont les résultats font rarement l’unanimité dans les classes politiques locales. Les intérêts français doivent rester saufs. Même la jeune génération d’Africains ayant pourtant connu Africa N°1, BBC, CNN, la Voice of America ou AL JAZIRA… sait que la vérité vient de RFI. C’est l’une des seules radios internationales à employer plusieurs journalistes Africains, à diffuser de la musique africaine et surtout à donner la parole aux auditeurs et aux décideurs Africains. La coupe d’Afrique des nations, la plus prestigieuse des compétitions sportives sur le continent y est retransmise en direct et en intégralité. Personnels politiques comme du monde des affaires, intellectuels ou étudiants Africains “normaux” écoutent donc RFI tous les matins au réveil, soit près de 25 millions d’auditeurs sur le continent Noir. Une réussite inégalée pour cette radio dont le professionnalisme a assez peu souffert de critique et qui émet en ondes FM dans la quasi totalité de la Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique centrale (Cemac).

L’arbre cachera-t-il toujours la forêt?

Mais RFI, c’est aussi de grands journalistes tombés en mission sur le sol africain à l’instar de Jean Hélène lâchement arraché à la vie le 21 Octobre 2003 à Abidjan au plus fort de crise ivoirienne. C’est encore des correspondants locaux emprisonnés à l’instar de Moussa KAKA incarcéré depuis le 20 septembre 2007 au Niger pour “atteinte à la sûreté de l’Etat”… Se serait-on mis à confondre l’arbre et la forêt que cache ce mastodonte de l’information internationale? Il est sans doute prématuré de l’affirmer. Ce qui est certain en revanche, c’est que l’essor de cette radio dépendra grandement de l’attitude des politiques Français vis-à-vis des pays africains. Car sur ce continent comme ailleurs, la jeunesse, cible principale de Radio France Internationale, est désormais prête à tout pour sortir du sous-développement et à goûter aux bienfaits de la mondialisation économique. Prendre conscience de l’influence véhiculée par cette radio est en soi un premier pas important, sinon crucial, bien qu’il ne faille point jeter le bébé avec l’eau du bain…

Guy Gweth

Afrique noire, intelligence économique et francophonie

In Communication d'influence, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 25 janvier 2008 at 1:02

S’il est une chose sur laquelle tous les acteurs de l’intelligence compétitive  s’accordent, c’est bien que le vent de mondialisation qui souffle sur la planète entraine avec lui un changement de paradigme sans précédent.

Comme j’aurai à le préciser dans un prochain article concernant l’affrontement économique Chine/France en Afrique centrale, ce changement de paradigme oblige les États à professionnaliser leur communication globale à l’instar d’un grand groupe. Faute de quoi, contradictions et autres divergences constitueront des failles informationnelles graves dans leur dispositif d’intelligence économique, avec des pertes de parts de marché absolument inattendues. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à se rappeler l’impact -sur les exportations françaises aux États-Unis- du mémorable discours de Dominique de Villepin du 14.02.03 devant le conseil de sécurité de l’ONU; ou encore l’affaire des caricatures danoises de Mahomet… Ma thèse est que, les États et leurs entreprises ne doivent certes pas renier leurs valeurs, mais bel et bien définir et assumer l’image d’ensemble qu’ils renvoient au reste du monde à travers leurs législations, leurs pratiques, leurs déclarations… Cette exigence impérieuse de cohérence me semble inéluctable à brève échéance.

Jeudi 24.01.08, un colloque s’est tenu au pôle universitaire Léonard de Vinci à Paris sur le thème “Intelligence économique et Francophonie Vecteur de développement et de coopération internationale” faisant intervenir Africains, Asiatiques, Européens et Canadiens. Sphère d’influence privilégiée de la France dans le monde et particulièrement dans ses ex-colonies, la Francophonie est évidemment un excellent terrain d’expérimentation de sa stratégie d’intelligence économique en cours. L’hexagone pourrait  y tabler si au moins deux facteurs lourds ne venaient lui faire barrage:

Primo, une langue française allant decrescendo en tant que vecteur d’intelligence collective ou simple attribut de modernité

Ayant travaillé plusieurs années dans un pays bilingue, le Cameroun, membre de la Francophonie et du Commonwealth, je puis affirmer qu’à Paris, le nombre de cadres s’exprimant  couramment en anglais est- à égales proportions- largement supérieur à celui de Yaoundé au Cameroun. Slide, mapping, process, e-learning, reporting, executive summary… Et j’en passe des meilleurs, sont le lot quotidien des professionnels français. “-Do you speak english ? ” “- Yes, but Wall Street english!” vous dira-t-on. Ce n’est plus que dans les pays les moins avancés qu’on ignore encore provisoirement que l’avenir du monde se joue dans la langue de Shakespeare. Dès lors, supposons (simple hypothèse) que la langue française cesse d’être demain le moteur de la Francophonie. Sur quels autres fondements pourrait reposer le maintien de cette communauté d’intérêts ?

Deuxio, le discours français à l’égard de pays francophones en voie de développement: le cas de l’Afrique

Un proverbe cher aux grand-mères bantu stipule qu’ “il ne faut pas t’adresser à la tête en pensant que les pieds ne sont pas au courant“. Pour que la France arrive à faire de l’espace francophone un terrain d’intelligence économique “gagnant-gagnant” (la Chine fait école) il faudra qu’elle se dote d’une plan marketing global homogène et parfaitement décliné par toutes ses composantes (politiques, sociales, culturelles…) dans et en dehors de ses frontières. In concreto, on ne pourra appeler le soir “ami“, un Africain francophone qu’on accusait le matin de n’ ” être jamais entré dans l’histoire“! Il n’est pas question de mêler du romantisme ou de la poésie à cette virile affaire qu’est la guerre économique, sous prétexte, comme disait Senghor, que “l‘émotion est nègre…” Senghor, du nom de ce parfum afrodisiaque que les Français diffusent à l’hôtel Francofunny lorsqu’ils cherchent à faire du charme à l’Afrique.

En somme, le changement de paradigme que j’ai évoqué d’entrée de jeu pourrait coûter cher aux intérêts de la France dans la zone francophone d’Afrique si le pays de Nicolas Sarkosy s’obstine à jouer sur des tableaux contradictoires. A terme, elle pourrait y perdre ses attaches et voir ses amitiés s’effriter. La Francophonie pourrait même offrir le spectacle désolant d’une famille divorcée sans consentement mutuel. Car jamais auparavant, les offres de collaboration intelligente aux niveaux régional et international n’ont été aussi variées pour la nouvelle Afrique.

Guy Gweth

Guerre économique dans le golfe de Guinée: l’artillerie US

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 23 janvier 2008 at 2:16

Le présent extrait s’inscrit dans le sillage de mes travaux sur l’affrontement économique entre Français et Chinois en Afrique centrale. Il vise à montrer la nécessité de prendre en compte des facteurs exogènes dans ce combat et d’y intégrer les manœuvres d’autres grandes puissances à l’instar des États-Unis d’Amérique. Sans prétendre à l’exhaustivité, il contribue à donner quelques clés pour une appréciation réaliste et optimale de toutes les forces en présence.

Une étude intitulée «Malaise global», réalisée en juin 2007 dans 47 pays par l’institut Pew, souligne que «depuis cinq ans, l’image des Etats-Unis s’est ternie auprès de la majeure partie des pays du monde et s’est dégradée considérablement chez les alliés traditionnels des Etats-Unis, dans les Amériques, au Moyen-Orient et ailleurs». Toujours d’après cette étude, seule l’Afrique Noire a globalement une vision positive des Etats-Unis.

Il faut dire que l’Amérique, de par la composition de sa population, a de nombreux liens culturels avec le continent Noir. Elle entend les valoriser et approcher l’Afrique autrement que pendant la Guerre froide, quand l’anticommunisme lui faisait soutenir des régimes comme celui de Mobutu au Zaïre. Une nouvelle attitude américaine envers l’Afrique a déjà pu être observée (1). La population américaine tend à se « tiers-mondiser » de plus en plus : un Américain sur trois, bientôt, sera d’origine africaine, latino-américaine ou asiatique. Cela prédispose les Etats-Unis à mieux comprendre voire à mieux partager certaines aspirations du Tiers Monde. (2) Cette situation pourrait même s’accentuer avec l’accession possible du sénateur Noir Barack Obama à la Maison Blanche. Pour le chercheur français Bruno Colson (3), « l’intérêt des Américains pour l’Afrique pourrait aussi augmenter à mesure que les Européens abandonnent leurs ‘chasses gardées’».

Sur le plan géoéconomique en effet, Washington exerce une diplomatie clairement offensive en Afrique car les Américains sont très concernés par l’accès aux ports et le passage des détroits. C’est d’ailleurs ce qui a fait dire au Lieutenant-colonel Butts (4) que le département américain de la Défense, devait concentrer son attention sur les quelques pays dont le poids se fait ressentir en matière de production de minerais et de pétrole, de bases, de lignes de communications maritimes et de prolifération des armements : l’Afrique du Sud, le Kenya, le Zaïre, le Zimbabwe, le Nigéria et l’Ethiopie.

Sur le terrain des approvisionnements pétroliers en revanche, le département d’Etat entend accroître de 15 à 25% ses importations pétrolières en provenance du golfe de Guinée horizons 2015 au détriment du golfe Persique, étant donné la vulnérabilité de ce dernier. L’Afrique demeure par ailleurs essentielle pour l’approvisionnement des Etats-Unis en minerais (cobalt, chrome, platine, manganèse). Et aux dires de certains spécialistes de la stratégie géoéconomique américaine tels que Bruno Colson susmentionné, ceci doit être placé dans la perspective d’une compétition économique avec l’Europe, le Japon et la Chine, ces deux derniers ayant déjà compris l’importance du continent Noir à cet égard.

L’apport des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’ « American way of life »

Tout bien considéré, la communication globale des Etats-Unis est aussi puissante que diversifiée. Outre l’arrosage par des chaînes internationales CNN (télévision) et la Voice of America, c’est le cinéma hollywoodien qui se charge de véhiculer le modèle américain. L’ « american way of life » parvient aussi aux Africains par le biais de retransmissions via satellites de matchs de la célèbre ligue de basket-ball américaine, NBA, ainsi que des séries cultes télévisées telles que « Deux flics à Miami », « Dallas », « Santa Barbara », « Dynastie », « Les experts Miami », « FBI Portés disparus »… etc. Devant la poussée vertigineuse d’internet et les succès retentissants de certains Africains (5) sortis des universités américaines ou titulaires des prestigieux « American MBA », nul doute que pendant de nombreuses années encore, le « Made in USA » sera la marque préférée des Africains au sud du Sahara.

Au final donc, l’Afrique est plus que jamais perméable à la domination douce américaine théorisée et résumée par cette formule flamboyante : « Shaping the mind » (6). Cette dernière a pour socle une stratégie globale de colonisation de la sphère des idées dont le stratège américain Alvin Toffler trouve la capacité dans la violence, la richesse et le savoir. Et il est bien aisé de constater qu’un seul pays dispose à ce jour de moyens nécessaires à la conduite d’un tel dessein planétaire: les Etats-Unis. A suivre…

Guy Gweth


[1] Philippe Leymarie, “Les Etats-Unis, nouveaux parrains du continent africain”, Le Monde diplomatique, avril 1992, pp. 12-13 et “Anciennes et nouvelles convoitises américaines”, Le Monde diplomatique, juillet 1993, p.17

[2] Ceci préoccupe en particulier l’historien Arthur M. Schlesinger, ancien conseiller de John F. Kennedy. Selon lui, le melting pot cède la place à l’éruption des ethnicités. Celles-ci pourraient bien substituer la fragmentation à l’assimilation, le séparatisme à l’intégration. Schlesinger critique notamment l’orientation de plus en plus “afrocentriste” de l’enseignement de l’histoire aux Etats-Unis (The Disuniting of America, New York, Norton, 1992).

[3] Bruno Colson est docteur en sciences politiques de l’Université catholique de Louvain, a publié une thèse sur « La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini » (éditions Economica-FEDN)

[4] Le lieutenant-colonel Kent H. Butts est spécialiste des questions africaines à l’US Army War College.

[5] En référence notamment à l’ingénieur informaticien camerounais, Jacques Bonjawo, ancien Senior Manager chez Microsoft, auteur de « Mes années Microsoft, un Africain chez Bill Gates » , Cosmos, 2006 et « Internet, une chance pour l’Afrique», Karthala, 2005.

[6] Jean Michel Valantin, « ‘Shaping the mind’ Stratégie globale et colonisation de la sphère des idées », contribution à l’ouvrage collectif « La guerre cognitive », Lavauzelle, 2002, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas.

Protégé : Guerre économique Chine-France en Afrique: déclinaisons tactiques (suite)

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie on 22 janvier 2008 at 5:25

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Protégé : Guerre économique franco-chinoise en Afrique centrale: déclinaisons tactiques

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie on 22 janvier 2008 at 4:31

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Stratégie d’influence: l’affrontement sinofrançais en Afrique centrale

In Communication d'influence on 20 janvier 2008 at 7:54

Il n’est quasiment plus de secteur d’activité professionnelle où le terme « stratégie » n’est utilisé sous des formes et des prétextes divers et variés. Une telle inflation mérite qu’on s’y attarde d’entrée de jeu car à la l’origine, la stratégie est bien un terme du langage militaire. Issue du grec stratos qui signifie « armée », et ageîn qui veut dire « conduire », la stratégie est un art. Elle vise à coordonner l’action de l’ensemble des forces de la nation (militaires, politiques, financières… etc.) en vue de mener une guerre au sens militaire ou économique, voire gérer une crise. Par extension, la stratégie désigne l’élaboration d’une politique définie en fonction de ses forces et de ses faiblesses, compte tenu des menaces et des opportunités dans des domaines autres que celui de la défense. On peut alors parler de stratégie politique, économique ou autre…

Il se trouve que depuis la fin de l’affrontement militaire et idéologique Est-Ouest en 1989, le phénomène de concurrence dans l’ordre international s’est considérablement métamorphosé. Le champ économique est devenu sans conteste la sphère des nouvelles batailles entre puissances étatiques ou économiques. La férocité de cette compétition certes plus « soft »(1) par certains aspects a cependant fort peu de choses à envier au combat militaire. Au contraire, elle s’en inspire. Dans un ouvrage aussi prévisionniste que réaliste, Jacques Attali déclare sans ambigüité que : « Dès 2020, [...] beaucoup d’entreprises commenceront à ne plus avoir de base sédentaire. Elles seront soit des regroupements provisoires d’individus, soit des rassemblements durables de tribus. Dans les deux cas, dit-il, elles seront en compétition féroce les unes les autres pour conquérir clients et investisseurs » (2). Certaines écoles de pensée en sont à parler de « guerre économique » (3) pour décrire et promouvoir la transposition des polémologies et des principes de l’action stratégique d’origine militaire au domaine des logiques de conflits économiques. C’est ainsi que les « PsyOps » (4) remis au goût du jour dans le cadre de la RMA (5) aux Etats-Unis ont été transposés dans les stratégies marketing des grands groupes américains, entrainant avec eux la vulgarisation de la communication d’influence dans la sphère économique.

Bien plus que la communication classique, la communication d’influence se propose de mieux appréhender l’environnement de l’entreprise pour devenir un instrument déterminant de sa compétitivité. Elle se définit comme un ensemble de moyens et d’actions visant à convaincre ou dissuader, de façon individuelle ou collective, les décideurs et leaders d’opinion dont le choix et les prises de positions constituent un enjeu majeur pour la réussite de l’entreprise. Particulièrement indiquée en environnement concurrentiel, elle appréhende l’activité médiatique globale par le biais de trois systèmes interdépendants :

-l’échiquier concurrentiel : concurrents, fournisseurs et groupements professionnels ;

-l’échiquier institutionnel : Etats, pouvoirs publics, institutions, collectivités ;

-l’échiquier de la société civile : consommateurs, syndicats, groupements d’intérêts, ONG et associations.

Les actions d’influence doivent cependant être considérées comme les activités délibérées et éthiques, dont l’objet est de changer l’état des perceptions, des croyances, des attitudes, afin de créer, maintenir ou modifier des comportements d’une personne, d’un groupe ou d’une organisation. La précision vaut d’autant plus la communication d’influence apparaît comme une arme redoutable en matière de guerre économique. La confrontation des groupes chinois et français sur le marché africain constitue en ce début de millénaire un excellent site d’expérimentation marqué par le net recul de l’Hexagone.

Mais « Comment la France, si longtemps à son aise -et même trop !- sur le continent noir, a-t-elle pu se mettre en porte à faux au point que, désormais, tout s’y retourne contre elle » (6) et ses intérêts ? Peut-être parce qu’en 1904, l’auteur du terme « francophonie » Onésime Reclus justifia ainsi son plaidoyé intitulé Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique (7): « En Afrique, nous sommes Rome par la paix française, par la langue, par l’unité des efforts contre la confusion des élans sans but, bref une supériorité prodigieuse ». Peut-être aussi parce qu’aveuglée par son leadership, elle n’a pas vu arriver son plus redoutable concurrent. Et pourtant une citation attribuée à Napoléon fut rendue célèbre dans les années 70 par Alain Peyrefitte dans son essai lumineux : « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera » (8).

Depuis, « la Chine s’est éveillée » (9) . Elle connaît la période de développement la plus rapide de son histoire et les Chinois n’ont jamais été aussi confiants dans l’avenir. En 2007, le ministre des Relations économiques et commerciales avec l’étranger, Shi Guangsheng, prévoit déjà qu’ “en l’an 2010, le PNB de la Chine aura doublé par rapport à maintenant”. Le premier ministre Zhu Rongji va plus loin dans l’analyse des perspectives économiques chinoises : “dans les dix ans à venir, prévoit-il, l’augmentation annuelle du PNB de Chine sera estimée à 7% et celle des capitaux investis à plus de 10% ; le chiffre total des rentrées en devises dépassera 2 000 milliards de dollars US”! Or pour assurer son expansion économique, (10) Pékin a besoin de marchés pour exporter facilement ses produits mais aussi pour importer les matières premières dont-il a besoin. Le continent africain remplit ces critères.

L’un des grands paradoxes de l’Afrique, c’est qu’elle est à la fois riche (de ses ressources naturelles : uranium, bois, pétrole, diamant, or…etc.) et pauvre (insuffisance des infrastructures de santé, d’éducation, de moyens de communication… etc.). Et si l’écologiste français Réné Dumont s’écrie en 1962 « L’Afrique noire est mal partie » (11), les stratèges chinois peuvent à juste titre lui rétorquer que l’Afrique n’est jamais partie. A preuve : tout ou presque y reste à construire (hôpitaux, routes, écoles, points d’eau potable, etc.). D’où la ruée des groupes chinois sur un terrain jadis occupé de manière exclusive par les puissances coloniales occidentales dont une France qui n’entend pas lâcher prise.

Au carrefour du marketing, des relations publiques internationales, de la communication politique et institutionnelle, de la géoéconomie et de la diplomatie, la communication d’influence permet de mettre en lumière les stratégies en présence (première partie). Notre ouvrage s’attèlera, à travers le décryptage de ces dernières, à jauger l’impact qu’ont les communications des gouvernements chinois et français sur leurs intérêts respectifs en Afrique (deuxième partie). Il s’emploiera en outre à démontrer qu’à l’ère de la globalisation, les Etats vont être soumis aux mêmes contraintes de communication que toute organisation (objectif principal) qui veut demeurer compétitive dans un environnement international ultra concurrentiel. A suivre…

Guy Gweth


[1] Le soft power ou « puissance douce » est la capacité d’un État, une firme multinationale, d’un acteur politique, une Ong, une institution internationale voire un réseau de citoyens – d’influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la définition par cet autre acteur de ses propres intérêts à travers des moyens non coercitifs.

[2] Jacques Attali, Une brève histoire de l’avenir, Fayard, 2006

[3] En référence, par exemple, à l’Ecole de Guerre Economique de Paris

[4] « PsyOps » vient de « Psychological opérations » qui signifie « Opérations psychologiques »

[5] RMA, « Revolution on Miltary Affairs », doctrine adoptée par l’US Army dans les années 90 aux Etats-Unis

[6] Antoine Glaser et Stephen Smith, Comment la France a perdu l’Afrique, Hachette Littérature, 2006

[7] Onésime Reclus cité, L’idée coloniale en France de 1871 à 1962, Hachette Littérature, 2007

[8] Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera, Fayard, 1973

[9] Alain Peyrefitte, La Chine s’est éveillée, carnets de route de l’ère Deng Xiaoping, éditions Fayard, 1996

[10] National Intelligence Council, Rapport de la CIA Comment sera le monde en 2020, Sources : www.cia.gov/nic

[11] Réné Dumont, L’Afrique noire est mal partie, Edition revue et corrigée, Seuil, 1966


Communication d’influence: l’affrontement sinofrançais en Afrique centrale

In Communication d'influence, Intelligence économique on 20 janvier 2008 at 7:09

Avant propos

En été 1989, Francis Fukuyama* annonce « la fin de l’histoire* ».  Dans cet article publié dans la revue The National Interest, l’Américain défend l’idée que la progression de l’histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies touche à sa fin avec le consensus sur la démocratie libérale qui se forme après la fin de la Guerre froide. En effet, la fin de cette année-là voit la chute du Mur de Berlin, consacrant ainsi théoriquement la cessation de l’affrontement Est-Ouest. Mais cet événement historique suffisait-il à pacifier la scène internationale ? En réalité, la parution de grandes entreprises aux ramifications planétaires et aux méthodes de compétition guerrières n’a fait que générer un changement de paradigmes.

Pour preuve, cinq ans après la parution de « la fin de l’histoire », un autre Américain Richard d’Aveni (1994) publie « Hypercompetition ». Dans cet ouvrage, l’expert de stratégie concurrentielle établit (exemples à l’appui) que les entreprises dans leur secteurs sont véritablement devenues des systèmes de pouvoir étendant leur emprise sur les marchés du globe pour agir comme de véritables « tours de contrôles ». Elles trouvent là, le moyen d’accentuer et de maintenir la prédominance de leurs intérêts vitaux. Désormais, la stratégie d’un grand groupe ne se conçoit plus seulement en terme de parts de marché, de lignes de produits, de compétition par les prix ou de communication classique. Selon d’Aveni, l’entreprise -à travers son stratège- doit être en mesure d’évaluer son « potentiel de puissance » vis-à-vis des autres acteurs. Dès lors, la « zone d’influence », facteur de compétitivité permet de juguler la zone d’imprévisibilité, d’asseoir et de renforcer sa « suprématie stratégique » pour prétendre à la pérennité dans un espace de concurrence exacerbée. Jadis concept géopolitique, « la sphère d’influence » devient un « arsenal concurrentiel » avec ses divers éléments pour « la défense, l’attaque et l’artillerie des réserves ».

Le milieu de la décennie 90 voit apparaître des crises informationnelles récurrentes qui affectent gravement l’organisation ainsi que la vie générale des entreprises. Des polémiques sont régulièrement lancées qui portent alternativement sur la sécurité alimentaire, la santé financière de l’entreprise, l’opacité des comptes, la concurrence déloyale, le comportement des dirigeants ou le non respect de l’environnement. L’ensemble de ces manœuvres de communication constitue autant de facteurs déstabilisateurs susceptibles de nuire à un pays, de dégrader l’image de ses entreprises, de fragiliser sa réputation voire d’affecter durablement leur fonctionnement en sapant leur légitimité sociale. D’après les analystes, “le dénominateur commun des victimes de ces crises est leur passivité, tant face à l’agression que dans la réflexion en amont destinée à prévenir de tels risques”. Il apparaît dès lors que la dynamique conflictuelle induite par l’hypercompétition et amplifiée par la société de l’information exige des entreprises qu’elles renforcent leur professionnalisme dans les domaines complémentaires à la communication traditionnelle. C’est l’une des raisons d’être de la communication d’influence.

«La communication d’influence* vise à accompagner le processus décisionnel de l’entreprise dans l’élaboration des recommandations et scénarios d’actions ». L’analyse environnementale tient en effet une place centrale dans la conception d’une stratégie d’influence. Dans une première phase, elle permet de cartographier les rapports de forces entre les acteurs et de confirmer la réalité d’un risque ou d’une opportunité révélée par l’activité de veille. Dans la seconde, elle met à disposition des décideurs, les arguments, les scénarios d’actions et les critères de choix nécessaires à  la prise de décision. Par ailleurs, attendu que la publicité place les annonceurs dans une posture naturelle de partialité par rapport à leurs propres produits, l’entreprise éprouve de plus en plus de difficultés pour se faire entendre et se faire valoir auprès des stakeholders. Techniquement, la communication d’influence permet donc, suivant le bon mot de Christian Harbulot, de palier ce déficit informationnel en intégrant la logique des différentes parties prenantes et en mettant en œuvre les actions de communication adaptées pour initier et entretenir le dialogue avec chacune d’elles. Elle intègre de facto la prévention et la gestion des crises.

Pour Kathryn Rudie Harrigan*, ces formes nouvelles de communication, leur flexibilité stratégique et l’usage de tactiques inspirées de la guérilla sont une nécessité absolue pour les entreprises  évoluant dans des secteurs en mutation rapide. «Dans les environnements hautement concurrentiels dit-elle, il n’existe pas d’avantage durable. Et les adversaires se laissent rarement la possibilité de lécher leurs blessures entre deux batailles. L’ère de la concurrence chevaleresque et du “fair play” est révolue. Dans de tels environnements, le timing est clé. Il faut être le premier à frapper. Être prêt à abandonner ses produits existants avant d’en avoir extrait la dernière goutte de profit. Pour remporter la victoire, il faut ainsi être irrationnel et imprévisible. Les entreprises doivent savoir détruire leurs avantages concurrentiels du moment pour affaiblir leurs concurrents. Briser le statu quo pour saisir de nouveaux avantages temporaires plutôt que de maintenir l’équilibre pour préserver leurs avantages traditionnels ». Ce point de vue sera confirmé en 2007 par le conseil en communication Didier Naud* pour qui l’univers économique apparaît tour à tour éclairé et dominé par l’art de la guerre ou de la diplomatie.

Riche de nombreuses matières premières stratégiques (pétrole, uranium, bois, cuivre, diamant, or…etc.) l’Afrique offre un excellent site d’expérimentation des stratégies de communication d’influence. Face à une Chine de plus en plus demandeuse de sources d’énergie, de parts de marché et de partenariats flexibles sur le continent Noir, la France (et ses entreprises) affronte pour la première fois de l’histoire la rude concurrence d’une superpuissance sur un terrain où il y a quarante ans, elle était le seul maître à bord. L’un des principaux intérêts de cette série de travaux réside dans le regard froid d’un analyste originaire d’Afrique centrale soucieux de servir de miroir aux protagonistes, de rendre compte de leurs stratégies de communication d’influence respectives, et d’en évaluer l’impact sur les pays de la zone Cemac.


[1] Francis Fukuyama est un philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain d’origine japonaise. Intellectuel influent, très connu pour ses thèses sur la fin de l’histoire, il est actuellement professeur d’économie politique internationale à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore aux Etats-Unis.

[2] Fukuyama publia un premier article sur le sujet (« The end of History ») au cours de l’été 1989 dans la revue The National Interest (article repris dans la revue française Commentaire n° 47, automne 1989).

[3] Richard d’Aveni est professeur de management stratégique au Darmouth College (NH, Etats-Unis).

[4] Définition donnée par Christian Harbulot, Bruno Gosselin et Nicolas de Rycke, consultants du cabinet Spin Patners in « Nouvelles menaces informationnelles et Communication d’influence ». Inédit.

[5] Les stakeholders désignent l’ensemble des acteurs qui participent à l’activité de l’entreprise ou qui ont un lien avec elle ; aussi ténu soit-il : actionnaires, dirigeants, salariés, clients, distributeurs, fournisseurs, créancier, investisseurs, collectivités, institutions publiques, groupes de pression… etc

[6] Kathryn Rudie Harrigan est professeur au Business Leadership à Columbia Business School aux Etat-Unis, in

Synthèse Manageris 20a d’ octobre 1994

[7] Didier Naud est -entre autres- chercheur au CNRS et auteur de « La Stratégie face à la complexité », Demos 2007