Un très bel article de Rodrigo Mallea de La Nacion, Buenos Aires, repris dans le dossier « Brésil – Le réveil d’un géant » du Courrier international numéro 991, paru le 29 octobre 2009. Extraits :
Archive for the ‘Coopération internationale’ Category
La diplomatie économique selon Lula
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Soft Power on 31 octobre 2009 at 9:41Les défis de la diplomatie économique africaine (2)
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique on 11 octobre 2009 at 11:00Rappel: bien avant la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2009, la plupart des grandes puissances travaillaient déjà à orienter leur diplomatie dans un sens résolument Business. En France par exemple, les opérateurs économiques sont quasiment de tous les voyages internationaux de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007. Pour gagner des parts de marché à l’extérieur et attirer plus d’investisseurs et de touristes étrangers, la diplomatie africaine doit relever au moins deux défis: élaborer des stratégies nationales d’intelligence économique et activer les leviers d’actions stratégiques correspondants.
Activer les leviers d’actions stratégiques
A ce niveau, trois principaux axes retiennent l’attention des stratèges pour ce qui est notamment de l’influence. Il s’agit d’internet, des normes et du cas spécifique des ONG et associations internationales.
Internet
Il n’est nul besoin d’adhérer aux théories du complot pour constater que le traitement de l’information africaine dans les grands médias internationaux pose un grave problème et constitue un puissant frein aux investissements étrangers. Même si l’actualité n’est pas toujours à la fête, force est d’observer que les atouts du continent noir ne sont que très rarement à la une des journaux et magazines. Devant ce constat, Internet apparaît comme une caisse de résonance low cost capable de servir de contre-pouvoir au rouleau compresseur de grands médias. C’est la plage rêvée pour impacter les perceptions d’investisseurs et de touristes potentiels dans un marché qui comptera 2,2 milliards d’internautes en 2013!
Les normes et classements
A l’heure qu’il est, de nombreux classements et normes existent dans la sphère internationale pour mesurer la performance des États, des entreprises, des individus ou de l’attractivité d’une région. Même s’ils ne font pas l’unanimité, les classements tels que Doing Business attirent l’attention des décideurs politiques, des opérateurs économiques et de l’opinion publique. A défaut d’en créer, la diplomatie économique africaine doit pouvoir infiltrer ces sphères de manière pro-active afin d’en impacter les usages et la finalité. Abandonner ce terrain oblige toujours à la défensive. C’est pour cette raison primordiale que la Chine (à travers l’université Jiao Tong de Shangai) par exemple, a initié le classement des 500 premières universités du monde en 2003, en attendant d’investir le champ des ONG.
Les ONG et associations internationales
Hormis des cas exceptionnels comme celui des autorités d’Abuja qui ont exigé et obtenu les excuses de l’américain Sony le 21 septembre dernier pour atteinte à la réputation du Nigeria dans une publicité, les exécutifs africains sont rivés dans une posture défensive. Pis, ils se défendent mal lorsqu’ils sont pris à partie par des ONG comme Transparency International. Ce type d’affrontement asymétrique est et sera défavorable à l’image du continent tant que l’Afrique n’aura pas généré des ONG capables de faire face à leurs homologues occidentaux. Les dirigeants chinois l’ont appris à leurs dépends lors du passage de la flamme olympique en Europe en août 2008, même s’ils ont su réagir par des opérations d’information ciblées.
La diplomatie économique est avant tout une question d’influence et de stratégie. Produire des connaissances ou des œuvres d’art, créer des normes ou des classements, organiser des visites touristiques ou d’affaires, octroyer des bourses d’étude ou des distinctions honorifiques… sont redoutablement efficaces lorsqu’ils sont pilotés par un État-stratège. Les diplomates ne demandent pas plus pour contribuer à la richesse des nations.
Guy Gweth
Avez-vous lu Les défis de la diplomatie économique africaine (1) ?
Les défis de la diplomatie économique africaine (1)
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Soft Power on 8 octobre 2009 at 6:25Bien avant la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2009, la plupart des grandes puissances travaillaient déjà à réorienter leur diplomatie dans un sens résolument business. En France par exemple, les opérateurs économiques sont pratiquement de tous les voyages internationaux de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007. Du nord au sud du globe, le durcissement de la concurrence et la fébrilité générée par la crise économique et financière ont propulsé la diplomatie économique au devant de la scène. Pour gagner des parts de marché à l’extérieur et attirer plus d’investisseurs et de touristes étrangers, la diplomatie africaine doit relever au moins deux défis principaux: élaborer des stratégies nationales d’intelligence économique et activer les leviers d’actions correspondants.
Élaborer une stratégie nationale d’intelligence économique
Cette étape fondamentale passe par la définition précise d’une doctrine nationale, le choix des secteurs prioritaires de l’Etat concerné et leur déclinaison institutionnelle et opérationnelle.
Définition d’une doctrine
Si l’on considère simplement l’intelligence économique comme un processus de collecte, d’analyse et de mise en circulation sécurisée de l’information économique utile aux décideurs, il faut en conclure qu’elle est l’indispensable point de départ d’une diplomatie économique efficace. Un tel dispositif peut se révéler extrêmement rentable dans un pays comme le Ghana qui a bénéficié de la visite très symbolique du Président Obama du 10 au 11 juillet 2009 après l’élection exemplaire de John Atta Mills à la tête de l’Etat, et où la découverte de nouveaux gisements de gaz et de pétrole devrait attirer plus d’investissements étrangers que jamais. Cela implique de définir des principes de bases, un plan d’action précis et des secteurs prioritaires.
Choix des secteurs prioritaires
La délimitation d’un périmètre de priorités est primordiale dans la définition d’une stratégie nationale d’intelligence économique. Elle permet d’éviter des pertes d’énergies là où on en a le moins besoin pour les concentrer dans les secteurs les plus rentables pour le pays. Cela est vrai aussi bien pour les richesses dont dispose une nation que pour celles qu’elle convoite. En se focalisant par exemple sur le secteur des hydrocarbures, le Nigeria a attiré 20 milliards de dollars d’investissements en 2008, soit 8 milliards de plus qu’en 2007, d’après le rapport 2009 de la CNUCED. Cette approche ne doit cependant pas conduire à délaisser les secteurs vitaux tels que l’agriculture. Il faut l’inscrire de manière opérationnelle au cœur des institutions.
Déclinaison institutionnelle et opérationnelle
Comme modèle de déclinaison d’une stratégie d’intelligence économique, il n’y a pas mieux que le super ministère japonais de l’économie, du commerce extérieur et de l’industrie, plus connu sous l’abréviation METI (Ministry of Economics, Trade and Industry). Il a été crée en 1949 sous le sigle MITI pour favoriser les technopôles dans le pays, surveiller les échanges du Japon avec l’extérieur, informer et conseiller les entreprises nipponnes à l’international. Ce modèle pourrait d’autant plus inspirer les gouvernements africains qu’il a été institué dans un Japon complètement dévasté par la 2ème guerre mondiale et qu’il a su fédérer les secteurs publics et privés du pays autour de leviers d’action communs, avec les résultats qu’on connaît.
A suivre prochainement: les leviers d’actions stratégiques
Guy Gweth
Enjeux diplomatiques et stratégiques 2009
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Prospective, Risk Management, Sécurité on 4 octobre 2009 at 10:18Certains penseront à juste titre qu’en tant qu’Ancien du CEDS de Paris, je prêche pour ma paroisse. La vérité va au delà : Enjeux diplomatiques et stratégiques est l’ouvrage de référence qu’il faut absolument lire lorsqu’on opère sur la scène internationale aujourd’hui.
Réalisée par « une équipe pluridisciplinaire constituée d’universitaires, de diplomates, de journalistes et d’officiers supérieurs », l’édition 2009 est parue chez Economica sous la direction de Pascal Chaigneau. Y ont collaboré : Viatcheslav Avioustskii, Francis Balle, Dominique Bangoura, Mustapha Benchenane, Raymond Carter, Emmanuel Caulier, Jean-Christophe Dallemagne, Carla di Martino, Patrick Dombrowsky, Yacouba Doumbia, Jean-Louis Dufour, Georges Estievenart, Patrick Ferras, Gilles Gallet, Thierry Garcin, Thérèse Gastaut, Jorge Huerta-Jemio, Fereydoun Khavand, André Lewin, Fouad Nohra, Jean-Bernard Ouvrieu, Henri Paris, et Olivier Rouquan. Voici quelques extraits :
2008-2009 : le nouveau visage des médias
« Philip Meyer, dans son livre The Vanishing Newspaper, annonce par avance l’année où les quotidiens imprimés auront été définitivement remplacés par les sites d’informations du Web : 2040. L’annonce fait écho au célèbre discours prononcé par Rupert Murdoch, le 13 avril 2005, devant les représentants de l’Association américaine des rédacteurs en chef. Au sein du New York Times, en privé, on tient pour révolue l’heureuse époque où la règle d’or consistait, pour le journal, à ‘publier toutes les informations dignes de l’être’. » P. 235
La vie des Nations Unies en 2008
« La date du 2 avril (2009) et la place, Londres, étaient retenues pour le sommet du G-20. On dit qu’il devait être refondateur du système financier mondial et constituer un deuxième Bretton Woods. Mais comment pouvait-il en être ainsi, s’il s’agit pour vingt États de décider de ce qui en concerne 192 ? Certes, on imagine que les ‘locomotives’ du Groupe des 77 qui participent au G-20 telles que l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Inde s’efforceront d’être porteuses des revendications de tous les pays du Sud… » P. 245
Le retour de l’État sur la scène internationale
« Parallèlement à l’économie, l’État opère son retour sur la scène internationale par la guerre, de nouveau ultima ratio regnum. Pour souligner le poids des souverainetés comme détentrices de la violence légale, Louis XIV faisait graver à la bouche de ses canons : ‘Le dernier argument du Roi’. La résurgence de la Russie sur la scène géostratégique et la guerre de Géorgie d’août 2008 ont redonné aux conflits entre États que l’ont croyait oubliés une particulière actualité. » P. 8
La guerre en 2008
Les États continuent de ne pas voir dans la guerre un moyen de résoudre les contradictions qui les opposent. Restent les affrontements entre États et groupes armés et autres guerres par procuration. Il n’est pas dit que ces guerres asymétriques soient complètement inutiles. Elles amènent les armées à reconsidérer leurs méthodes de combat et d’entraînement, à mieux appréhender les formes de la guerre probable que décrit, avec talent et une grande qualité d’analyse, le général Vincent Desportes, et finalement à mieux se préparer à rétablir la paix. » P. 225
Guy Gweth
Pétrole : la Chine vise 6 milliards de barils au Nigeria
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Stratégie, veille on 1 octobre 2009 at 9:28La Chine voudrait conclure l’un de ses plus gros contrats d’énergie à l’étranger dans les prochains jours. Pékin est prêt à débourser entre 30 et 50 milliards de dollars au Nigéria pour y exploiter d’importants champs pétroliers.
La Chine qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en hydrocarbure espère mettre la main sur une partie du pétrole du Nigéria, selon le Financial Times. Les gisements en négociation représentent un sixième des réserves du Nigéria soit 6 milliards de barils. L’offre chinoise est estimée entre 30 et 50 milliards de dollars.
LA CNOOC, l’une des trois majors chinoises de l’énergie, est en négociation avec le Nigéria au même titre que Shell, Chevron, Total et ExxonMobil pour exploiter 16 gisements dont les licences détenues par les sociétés pétrolières occidentales arrivent à la fin de leurs échéances.
Le ministre nigérian du Pétrole Rilwan Lukman a confirmé mercredi que des discussions étaient en cours avec la Chine sur un possible contrat pétrolier, mais qu’aucune décision n’a été prise. “Les Chinois ne sont pas les seuls à chercher à avoir accès au pétrole et au gaz du Nigéria… Nous sommes en discussion continue avec divers groupes et intervenants“, a-t-il précisé.
Rappel : avec ses 2.356.000 barils par jour, le Nigéria représente 2,9% du pétrole mondial. Le pays a vu sa production entravée par le conflit politique qui l’oppose au groupe séparatiste Mend dans le delta du Niger. Le Nigéria a rejoint l’OPEP en 1971.
TV, AFP & GG
Protégé : Interpol dans la guerre économique
In Coopération internationale, Espionnage économique, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Veille stratégique on 16 septembre 2009 at 12:17Quelle intelligence économique pour le sud du Sahara ?
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Sécurité on 13 septembre 2009 at 1:30Pour la rubrique « Trois questions à » d’un magasine économique, le journaliste Jean Vincent Tchienehom nous demandait récemment si « c’est cher même pour une petite entreprise d’intégrer l’intelligence économique dans sa stratégie ? » Les entreprises ne s’enquièrent du coût de l’ignorance qu’au moment de mettre la clé sous la porte. La perception qu’ont donnée les fabricants de logiciels de veille à l’IE dissuade nombre de PME et PMI des PMA. Pourtant l’intelligence économique (IE) comme elle opère dans les pays en développement (et singulièrement au sud du Sahara) est sans commune mesure avec ce qui a cours dans les pays riches.
Tout au plus les similitudes s’arrêtent-elles à la théorie et à quelques outils. L’opérationnel est tout autre. Dans ce champ, ceux qui tentent de transférer tel quel le savoir-faire du Nord vers le Sud ne visent qu’à perpétuer la suprématie du premier sur le second. Sans –loin s’en faut- aider à résoudre les questions liées au contexte local. C’est pour cette raison que chaque fois que nous parlons d’intelligence économique et stratégique en Afrique noire, nous attachons du prix à consacrer un chapitre entier à la contre-influence. Ceux qui boivent le sang de ce continent n’arrivent pas en chars. Ils empruntent la culture, les idées.
Au delà de l’aptitude des décideurs à se poser les bonnes questions, de la méthodologie à déployer pour produire du renseignement et des capacités pour chercher, trouver et protéger l’information, l’IE est un moyen de partage enrichissant. Ce que l’on nomme « solidarité africaine » trouve donc ici un terrain d’expression supplémentaire. Mais il importe fondamentalement de bien identifier ses concurrents. Le jour où les Africains mettront un nom sur l’ennemi extérieur, tirer dans la même direction se sera plus une question de coût mais de stratégie d’intelligence commune entre forces vives de la nation.
Car en vérité, l’intelligence économique est par dessus tout un état d’esprit et un esprit d’équipe. Aidée par la mondialisation, la guerre économique telle qu’elle se déploie aux quatre coins du monde n’épargnera aucune entité isolée. Les Africains (États, entreprises, ONG et experts) doivent se « battre ensemble comme des frères » ou se préparer à « mourir ensemble comme un troupeau » suivant la sentence imagée et réaliste de Luther King. De l’Etat-stratège aux pôles de compétitivité en passant par une diplomatie économique résolument offensive, c’est un nouvel état d’esprit qui convoque les décideurs.
Il est étonnant d’observer que les secteurs névralgiques tels que le pétrole, le bois, la bauxite, les transports, les aires cultivables, etc… qui sont la convoitise des puissances étrangères ne soient à ce jour l’objet d’une surveillance par des unités spéciales formées aux techniques d’intelligence stratégique. Des informateurs y sont actifs, mais nous avons prouvé qu’au Congo et en RDC par exemple, ils sont dépassés par les réseaux et la vitesse d’exécution de leur vis-à-vis. Sur ce point, comme sur celui de la guerre informatique en particulier, la refonte des services de renseignements africains est une nécessité a-b-s-o-l-u-e.
En résumé, l’intelligence économique pourrait bien profiter à l’Afrique noire à condition de se départir de l’influence étrangère, d’instaurer l’Etat-stratège, de définir les secteurs prioritaires, de mettre en place des plateformes de collecte et de partage d’informations, de révolutionner les services de renseignements, de créer des lieux d’échanges privilégiés entre les secteurs public et privé. En attendant, y a-t-il plus loyal que les acteurs africains de l’IE (point d’intersection entre expertise internationale et maîtrise du contexte local) pour avertir et outiller les pouvoirs publics, les entreprises, les ONG et les médias nationaux?
Guy Gweth
Dans le même ordre d’idées, lire :
Contre-intelligence : l’expertise d’une PME africaine
S’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Risk Management on 20 août 2009 at 3:00Face aux menaces qui pèsent sur le monde actuel (attaques terroristes, guerre informatique, conflits armés, réchauffement climatique, ouragans, pandémies, prolifération nucléaire sauvage… “Foreign Policy a demandé à 21 experts internationaux, chacun dans son domaine, de donner une solution qui aiderait à faire de la planète un monde un peu meilleur et plus agréable à vivre.” Le 12è point : lutter contre le terrorisme signé de John Arquilla, professeur en stratégie de défense à l’Ecole Navale Supérieure, a particulièrement retenu notre attention. Dans les lignes qui suivent, Arquilla propose tout simplement de s’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre… Quelle ingéniosité! GG
« “Réseau” est le mot le plus couramment utilisé pour désigner les organisations terroristes depuis le 11-Septembre 2001. Pourtant, depuis six ans que le premier grand conflit armé a eu lieu entre des Etats et des “réseaux”, les Etats en sont toujours à livrer la “dernière bataille”. On a à peine remarqué que la poursuite d’Al-Qaïda et de ses alliés s’effectue sans qu’aucune réflexion sérieuse n’ait été menée sur les nouveaux types de problèmes que posent des adversaires qui opèrent en petits groupes interconnectés, avec un minimum de contrôle central.
« Les nations continuent de raisonner en termes d’accumulation de forces sur des champs de bataille, de puissance de feu “écrasante”, comme l’armée des Etats-Unis a tenté de le faire en Irak. Mais les “réseaux” là-bas ont su facilement dévier les coups, poursuivant leurs activités insurrectionnelles avec une sauvagerie encore plus grande. Dans ce nouveau type de conflit, – appelons cela “guerre de réseaux” – la dynamique de base est celle de ceux qui se cachent contre ceux qui les cherchent. L’époque est révolue où l’on massait mutuellement des forces pour qu’elles s’affrontent sur une plaine sinistre. Aujourd’hui, si vous ne trouvez pas l’ennemi, vous ne pouvez pas le combattre. Si les nations veulent avoir la moindre chance de défaire le terrorisme, elles doivent comprendre que les réseaux sont une forme d’organisation distincte, et non juste un qualificatif appliqué à la hâte. D’une manière pratique, cela signifie qu’il faut viser les “nœuds stratégiques” du réseau, et non pas seulement se borner à les neutraliser en envahissant ou bombardant les pays soupçonnés de les soutenir.
« Vous ne pouvez pas attaquer un “réseau” avec une armée traditionnelle. Au lieu de cela, il faut avoir la volonté d’organiser ses propres forces en unités souples et organisées en “réseaux”. De façon assez ironique, il faut dire que l’armée des Etats-Unis avait entamé sa guerre contre le terrorisme sous cette forme avec ses onze “A teams” des Forces Spéciales – soit moins de 200 hommes par équipe – qui ont renversé le régime Taliban et mis Al-Qaïda en déroute en Afghanistan. Chaque équipe était connectée aux autres et aux forces aériennes de soutien. Ils se sont révélés impossibles à arrêter. Mais depuis la fin 2001, la vieille garde des généraux américains a renoué avec sa préférence pour les grosses unités, d’abord en Afghanistan, ensuite en Irak. Et aujourd’hui nous sommes deux fois embourbés, en grande partie à cause de notre réticence à “combattre les réseaux par des réseaux”.
« Voici quelque quarante ans au Vietnam, le Pentagone a basculé d’une stratégie à base d’opérations spéciales ciblées et interconnectées en faveur de celle, conventionnelle, des “unités lourdes” conventionnelles, avec les résultats désastreux que l’on connaît. Jusqu’à maintenant, nous avons commis la même erreur dans la guerre contre le terrorisme. La seule différence, c’est qu’il est encore temps d’en inverser le cours. »
Les 21 solutions du Foreign Policy pour sauver le monde.
La Francophonie comme outil de guerre économique
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique on 29 juillet 2009 at 10:12Les pays développés ont fait de l’intelligence économique (IE) le moteur stratégique de leur développement et de leurs succès économiques. Dans le contexte actuel marqué par la globalisation des échanges, les États et entreprises francophones et africains en particulier sont condamnés à se doter d’instruments de surveillance, de prévision et d’anticipation. L’intelligence économique apparaît de ce point de vue comme une modalité de gestion de l’espace. L’information peut devenir une arme redoutable si elle est est ciblée, collectée, traitée, sécurisée et surtout partagée sans rétention. Dans un village planétaire travaillé par la guerre économique, l’espace francophone n’offre-t-il pas un excellent site d’expérimentation des stratégies d’intelligence collective ?
Selon Alain Juillet, ancien Haut responsable français chargé de l’intelligence économique, l’IE est un mode de gouvernance dont l’objet est la maitrise de l’information stratégique et qui a pour finalité la compétitivité et la sécurité de l’économie et des entreprises. L’intelligence économique, c’est-à-dire la capacité de créer des liens entre des informations économiques mais aussi sociales et culturelles, facilite les échanges entre plusieurs acteurs pour résoudre des problématiques de développement complexes. Elle aboutit à une meilleure compréhension des problèmes de marché, de développement des affaires et de coopération culturelle par la connaissance des valeurs, des représentations.
L’intelligence économique apparaît dès lors comme un créneau pour la Francophonie à l’heure où la tendance stratégique est au rapprochement, au partenariat entre pays et entreprises ayant les même valeurs en partage. L’IE est aussi un vecteur de développement et de coopération entre nations, et c’est dans cette perspective qu’il importe d’explorer de nouvelles voies pour renforcer la présence de la Francophonie dans les Etats membres. C’est d’ailleurs l’occasion pour cette communauté, souvent présentée comme un organisme en perte d’influence de réaffirmer sa légitimité et (pourquoi pas?) de poursuivre une stratégie de puissance dans une dynamique de coopétition.
Certains sont sceptiques quant à l’emploi de l’IE comme outil de combat dans de l’espace économique francophone. La plupart des Etats membres ont en effet un énorme retard à rattraper pour répondre aux défis qu’impose la conjoncture économique mondiale. Ils ont intérêt à construire ensemble un patrimoine informationnel qui assure leur compétitivité, leur permettant des actions offensives et défensives face aux opportunités, aux risques et menaces liés à la concurrence. C’est grâce à une telle prise de conscience suivie d’une politique d’IE qu’un pays comme le Maroc (cf. l’affaire des babouches) commence à résister à l’invasion des produits chinois.
Une autre catégorie de sceptiques est constituée d’acteurs pour qui l’intelligence économique est l’affaire des pays industrialisés. Il est vrai que la mise en place d’une politique d’IE reste très coûteuse pour un pays en développement. Mais l’un des objectifs de la communauté économique francophone n’est-il pas fondamentalement de se doter d’une plateforme commune de partage d’informations qui permettra à terme d’atténuer l’effort de guerre économique et de sécuriser le périmètre informationnel des pays membres?
Désormais, il y a une nouvelle grille de lecture de l’économie de marché. La mode est au partenariat et à la coopération. Seule une politique de défense économique francophone commune peut par exemple freiner l’appétit de l’ogre chinois qui ne cesse d’accroitre son influence en Afrique grâce à sa stratégie subversive de contournement et d’encerclement. A défaut d’être ouvertement offensive, la Francophonie peut se doter de moyens de défense.
Diagne Souadou
Consultante en IE
Diplômée de l’Ecole de Guerre économique de Paris
Protégé : Profiling du candidat français à la Présidence du Gabon
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Intelligence stratégique, Leadership, Stratégie on 9 juillet 2009 at 10:29Le new deal économique mondial selon Bilderberg 2009
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Management de l'information, Stratégie on 27 juin 2009 at 1:15Le Groupe de Bilderberg est plus qu’un réseau d’élites. C’est un gouvernement mondial informel organisé en trois cercles concentriques. Il comprend les personnalités les plus influentes du monde des affaires, de la politique, des médias et du renseignement. La Conférence de Bilderberg se tient tous les ans depuis 1954. Dans un article assez détaillé paru dans Mondialisation, mon ami Andrew Gavin Marshall revient sur le plan de Bilderberg 2009 de réforme de l’économie politique mondiale. Un sujet d’importance stratégique pour la planète passé sous silence par les médias francophones.
Extraits:
« Du 14 au 17 mai l’élite mondiale a tenu une réunion secrète en Grèce dans le cadre de la conférence annuelle de Bilderberg sous l’attention éparse et restreinte des médias internationaux. Environ 130 des personnes les plus puissantes au monde se sont réunies afin de discuter des problèmes actuels urgents et de tracer une voie à suivre pour l’an prochain. Cette année, le principal sujet de discussion était la crise financière mondiale, ce qui n’est pas surprenant, si l’on considère que la liste des participants comprend bon nombre des premiers architectes de la crise ainsi que ceux étant sur le point de la ‘régler’.
« À la rencontre secrète dont il est question ‘une douzaine des personnes les plus riches au monde, invitées par Bill Gates et Warren Buffet, se sont rencontrées pour une réunion privée sans précédent pour discuter de dons d’argent’. La conférence se tenait à l’Université Rockefeller et comptait des philanthropes notoires tels Bill Gates, Warren Buffett, le maire de New York Michael Bloomberg, George Soros, Eli Broad, Oprah Winfrey, David Rockefeller Sr. et Ted Turner. Un des participants a déclaré qu’’elle n’était pas secrète [mais plutôt] censée être une réunion entre amis et collègues [et] dont les gens discutaient depuis longtemps. Bill et Warren espèrent le faire occasionnellement. Ils ont lancé une invitation et les gens sont venus’.
« Le journal Times du Royaume-Uni rapportait que ces ‘éminents milliardaires se sont rencontrés en secret pour envisager la façon dont leur richesse pourrait être utilisée pour ralentir la croissance de la population mondiale [et qu’ils] avaient parlé de joindre leurs forces pour surmonter les obstacles politiques et religieux au changement’. Fait intéressant, ‘la séance informelle d’après-midi était si discrète que certains assistants de ces milliardaires se sont fait dire qu’ils assistaient à un “breffage sur la sécurité“’. En outre, ‘on a alloué 15 minutes à chacun des milliardaires afin qu’ils présentent leur cause favorite. Pendant le dîner, ils ont discuté de la manière dont ils pourraient choisir une “cause d’ensemble“ pouvant servir leurs intérêts’. Ils ont par ailleurs ‘convenu que la surpopulation était une priorité’.
« Parmi les membres du Groupe Bilderberg, on trouve divers monarques européens. À la conférence cette année, il y avait la reine Beatrix des Pays-Bas, laquelle est justement l’actionnaire individuelle la plus importante de Royal Dutch Shell, une des plus grandes compagnies au monde. Elle était accompagnée d’un de ses trois fils, le prince Constantijn, qui a travaillé avec le Commissaire européen néerlandais pour l’Union européenne et comme expert-conseil en politiques stratégiques chez Booz Allen & Hamilton de Londres. Ce cabinet de consultants en stratégie et en technologie possède de l’expertise en analyse économique et commerciale, en analyse du renseignement et recherche opérationnelle, ainsi qu’en technologies de l’information, parmi bien d’autres [...]
Lire l’article complet d’Andrew Gavin Marshall in Mondialisation
Guy Gweth
Protégé : Les cercles d’influence où Biya remplace Bongo
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Leadership on 24 juin 2009 at 11:13Protégé : Gabon: les investisseurs face à l’incertitude post-Bongo
In Coopération internationale, Gestion de crise, Géostratégie, Risk Management, Sécurité on 10 juin 2009 at 2:01La competitive intelligence à l’usage des ONG
In Benchmarking, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence économique, Management de l'information, Sécurité on 8 juin 2009 at 5:45Le 12 avril 2009, le New York Time plaçait « Dead Aid»[1] au 29è rang des best-sellers aux Etats-Unis. L’ouvrage de la Zambienne Dambisa Moyo[2] décrypte avec méthode, chiffres et exemples, comment le business de l’aide au développement accroit la dépendance de l’Afrique et profite à des réseaux d’ONG rompues aux techniques de guerre économique. Dans son éditorial du 29 avril 2009 au Time, Paul Wolfowitz, ancien directeur de la Banque Mondiale, confirme l’analyse de l’économiste africaine de 40 ans (classée parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde[3]) et comprend la tension déclenchée par la parution de l’ouvrage dans les milieux de la solidarité internationale. Désormais dotées de stratèges et de lobbyistes, de business models et de commerciaux, de réseaux et de communicateurs, la plupart des grandes ONG maîtrisent parfaitement les techniques de competitive intelligence et les appliquent sans en parler.
Tous les spécialistes de la charity business savent qu’à chaque début d’exercice, les responsables financiers d’ONG de développement se posent systématiquement ces trois questions : 1. Quels bailleurs financent tel type de projet ? (In-Out), 2. Quels projets finance tel bailleur de fonds ? (Out-In), 3. Comment rester compétitif en développant des sources de financements autonomes ? (In-In). Les professionnels de la competitive intelligence aident les décideurs à y répondre en activant trois touches :
1. Veille et enquêtes ciblées (sur les bailleurs de fonds, leurs projets, leur langage, leurs enveloppes, leurs exigences, leurs réseaux…) ;
2. Cartographie et profiling des acteurs (décideurs, concurrence, entreprises, relais d’opinions, donateurs publics et privés…) ;
3. Recherche, innovation et sécurité de l’information (Benchmarking, knowledge management, anticipation des tendances, protection du patrimoine informationnel pour éviter des intrusions comme celle d’EDF sur Greenpeace récemment.)
Depuis une décennie, les grandes figures de l’action humanitaire telles que l’Abbé Pierre ou Mère Teresa sont étudiées dans les meilleurs cursus d’intelligence économique et stratégique. Leur décryptage révèle que les techniques utilisées pour attirer les financements dans ces « organisations à but non lucratif » n’ont rien à envier aux opérations de guerre psychologique conçues par des officines ou des agences de marketing. Avec la bénédiction des Nations Unies, la multiplication des acteurs de la société civile a généré une extraordinaire concurrence entre les protagonistes ; et, à l’instar des marchés de Dieu, de la sécurité ou de la beauté, le business de la pauvreté se nourrit des failles décelées dans nos perceptions. Ce sont aussi ces failles que Dambisa Moyo a mis en exergue dans Dead Aid. Son courage et son expertise lui valent aujourd’hui d’être particulièrement écoutée des présidents Khadafi de Libye et Kagamé du Rwanda sur les questions d’aide au développement.
Guy Gweth*
[1] Dans Dead Aid (L’aide fatale), l’auteur soutient que la suspension dans un délai de 5 ans de toute aide accordée à l’Afrique, hors aide d’urgence « permettrait de stimuler la croissance » du continent.
[2] Dambisa Moyo est titulaire d’un doctorat en économie de l’université d’Oxford, d’un master de l’université de Harvard et d’un MBA de l’American University of Washington D.C.. Après la Banque Mondiale, elle a travaillé 8 ans chez Goldman Sachs avant de prendre la direction du hedge fund Absolute Return for Children. Dambisa Moyo milite pour des mécanismes innovants d’autofinancement du développement en Afrique à travers la microfinance, l’accès aux marchés de capitaux et le commerce avec la Chine.
[3] Classement 2009 du New York Time
* L’auteur de cet article a été consultant auprès d’Amnesty International, Caritas Internationalis, Catholic Relief Services, Justice & Paix, Friedrich Ebert Stiftung, etc.
Tunisie: 2ème conférence internationale sur les SI et l’IE
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Management de l'information on 13 février 2009 at 7:35L’évènement à Hammamet était, le 12 février 2009, l’ouverture de la deuxième conférence internationale sur les «Systèmes d’information et intelligence économique», SIIE’2009, organisée par l’Ecole Supérieure de Commerce Electronique de La Manouba et l’Université de Nancy.
Présidée par Malek Ghenima, directeur de l’ESCE La Manouba, Aris Ouksel, professeur à l’Université de Chicago et Sahbi Sidhom, professeur à l’Université de Nancy, la session d’ouverture était une occasion pour les intervenants de relever les principaux éléments de la compétitivité des organisations fondée sur la pratique de l’intelligence économique, l’ingénierie du savoir et l’usage des technologies de l’information et de la communication d’autant plus que l’intervention de l’invité d’honneur le Professeur, Ridha Methnani, chef cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique et de la Technologie a insisté sur l’importance de l’intégration d’une culture de veille stratégique, compétitive et technologique afin d’anticiper les phénomènes issus de la mondialisation, menaces et opportunités pour la protection des savoir-faire et des innovations.
« Les thèmes principaux de cette conférence portant essentiellement sur les systèmes d’information et intelligence économique sont opportuns du fait de l’impact de cet intelligence dans l’amélioration de la compétitivité des entreprises tunisiennes dans un environnement changeant», a déclaré M. Ghenima, tout en ajoutant que « dans un monde exacerbé par la globalisation, la maîtrise de l’information est l’un des éléments essentiels de la veille stratégique et économique, permettant aux entreprises d’avoir la capacité d’analyser en temps réel les impératifs de leur environnement ».
« C’est une ère de risque où il est difficile de maîtriser les risques et de les évaluer », a souligné M. Sidhom, professeur à l’Université de Nancy. En effet, dans un contexte de grave crise financière et économique, les Systèmes d’Informations et l’Intelligence Economique deviennent plus que déterminants pour la compétitivité et la pérennité des entreprises. Cela dit, il faut attendre à ce que l’année 2009 soit « une étape charnière qui incombe aux dirigeants des entreprises la charge d’analyser minutieusement la sphère économique en investissant en matière des SI et exploiter a fond les opportunités par l’économie de savoir » a-t-il ajouté.
Invité d’honneur, le professeur Ridha Methnani, Ridha Methnani, chef cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique et de la Technologie, a insisté, lors de la présentation de l’allocution du ministre, Prof. Lazhar Bououni, sur l’importance de s’investir dans cette nouvelle discipline qui joue un rôle essentiel pour la performance, la compétitivité des actions stratégiques et la maîtrise ainsi que la protection de l’information qui sont devenues un enjeu majeur.
«La Tunisie a choisit de bâtir la société de savoir en investissant dans les Systèmes d’Informations et Intelligence Economique, en multipliant les réformes structurels ainsi que qualitatifs de l’enseignement supérieur et en renforçant la coopération internationale en la matière, indispensable pour s’approcher des standards internationaux » a-t-il ajouté. Une telle conférence, dédiée à des thèmes d’actualités, s’inscrit dans ce cadre, puisque « parmi, les aspects de la bonne gouvernance, la gestion adéquate de l’information semble être un atout majeur dans le processus de prise de décision par les entreprises et dans le renforcement de sa capacité à anticiper les mutations technologiques et économiques mondiales et l’amélioration de sa compétitivité », a-t-il déclaré.
La 2ème Conférence internationale SIIE 2009, 12-14 février 2009 à Hammamet en Tunisie est partie de ce constat. Les entreprises, les industries les universités et même les Etats commencent à s’investir dans cette nouvelle approche qui devient de plus en plus un catalyseur de l’économie de savoir, puisqu’elle se base sur la propagation de la culture de la performance, la compétitivité des actions stratégiques et la maîtrise ainsi que la protection de l’information qui sont devenues un enjeu majeur. D’autant plus que, la question de du rapport entre Système d’Information, Intelligence Economique et Processus de prise de décision est plus que jamais posée.
Sources : Webmanager Center
l’Afrique face à la microfinance islamique
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Débat, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie on 9 février 2009 at 7:18Avec des relations plus “solidaires” entre emprunteurs et épargnants, la microfinance islamique pourrait devenir une véritable opportunité pour l’Afrique selon le Sénégalais Mouhamed Diakité, ancien de l’Ecole de Guerre économique de Paris, expert en finance et en intelligence économique. Voici ses arguments:
“L’une des causes de cette débâcle financière mondiale reste l’asymétrie informationnelle entre les banques et les usagers, accentuée par la multiplication des actifs fictifs ou virtuels. S’est ajoutée à ce défaut originel, une recherche « absolue » de l’intérêt, qui a détourné les institutions financières de leurs rôles d’inter-médiation sur les actifs tangibles et l’investissement par la création de richesses. Cette dérive du capitalisme occidental impose d’elle-même d’autres alternatives. C’est ainsi que la finance islamique, politiquement incorrecte il y a seulement deux ans en France, est aujourd’hui remise au goût du jour. C’est une alternative crédible car plus éthique et plus « socialement responsable ». C’est une finance qui favorise l’investissement et encourage la rigueur car le bénéfice et la perte sont partagés. La liquidité actuelle de la finance islamique milite pour une adaptation des cadres africains à cette alternative. Pourquoi, compte tenu du caractère limité du pouvoir d’achat des épargnants, ne pas vulgariser la microfinance islamique pour lutter contre la pauvreté.
800 milliards d’actifs
“La finance islamique représente aujourd’hui entre 500 et 800 milliards de dollars d’actifs gérés selon les principes de la Charia et a enregistré une croissance de plus de 20% depuis les dix dernières années. Cependant, son apport reste faible en Afrique, malgré les 412 millions de musulmans qui constituent près de 50% de la population globale estimée à 850 millions d’habitants. En tout, l’on recense 37 institutions financières en Afrique. Le potentiel du marché de la finance islamique pourrait atteindre 235 milliards de dollars. Pour le moment, l’on est encore loin de ce chiffre et loin du dynamisme observé au Moyen-Orient et en Malaisie, chef de file du pôle de la finance islamique en Asie du Sud-Est. A la fin 2007, l’intermédiation financière conforme à la Charia s’établissait à 18 milliards de dollars, ce qui représentait une part de marché inférieur à 8% de sa taille potentielle. Le développement de la finance islamique sur le continent africain doit pallier au déficit chronique par une approche plus calquée sur les réalités du terrain. L’introduction de la finance islamique améliorerait la contribution du secteur de la microfinance en général dans la mobilisation de l’épargne. Cette contribution n’excède pas aujourd’hui 5%. Pour redynamiser le secteur, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a élaboré en 2003 un programme régional d’appui à la finance décentralisé (PRAFIDE) pour la période 2004-2008. Ce nouveau dispositif, dont les volets essentiels ont fait l’objet d’une large concertation impliquant l’ensemble des acteurs du secteur, vise à maintenir, voire à consolider les fondations existantes et à bâtir un secteur solide et performant capable de répondre durablement à la demande sociale.
Stratégie en quatre axes
“Cette stratégie d’intervention se décline en quatre axes principaux : l’aménagement du cadre juridique, le renforcement des capacités des acteurs et la valorisation de l’expertise locale, l’amélioration de l’information sur le secteur (modernisation des systèmes d’information de gestion) et l’accroissement de l’efficacité des mécanismes de surveillance interne et externe. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, la microfinance est particulièrement développée. Dans ce dernier pays, le secteur reste largement dominé aujourd’hui par la FENACOOPEC (Fédération Nationale des Coopératives d‘Épargne et de Crédit) puisque cette structure, à elle seule, représente 88% de la clientèle, 91% des dépôts et 78% des crédits. Le taux de pénétration s’établirait à 25%, ce qui fait qu’en moyenne une famille sur quatre en Côte d’Ivoire fait régulièrement appel aux services financiers des institutions de microfinance. Avec l’adaptation de la règlementation, la création des Sharias Boards et une bonne vulgarisation par la communication, les instruments de la finance islamique pourraient donner à la microfinance classique en Afrique de l’Ouest le souffle qui lui manque tant pour atteindre le plus grand nombre.”
Quand les services équato-guinéens opèrent chez le voisin
In Communication d'influence, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie, Sécurité on 23 octobre 2008 at 5:57La Guinée équatoriale a-t-elle une stratégie de puissance sous-régionale en zone Cemac*? Nous avons tenté d’y répondre dans une étude rendue publique le 30.06.08 et cédée un mois plus tard. L’actualité des services secrets de Guinée équatoriale, ces derniers jours, renforce le chapitre assez documenté que nous y avons accordé à “La main invisible” du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, guide suprême de ce petit émirat pétrolier du golfe de Guinée depuis 1979… Malabo veut se faire respecter. A tout prix. Quitte à marcher sur les accords et traités internationaux.
Ce qu’il faut préciser
Nous savons à présent que quelques révélations inédites de l’étude sus-mentionnée (étayées par des documents exclusifs) ont conduit certains analystes à conclure que nous avons non seulement bénéficié de privilèges de la part des renseignements locaux dans la réalisation de cette enquête, mais que nous avons été “pré-financés” pour réaliser « un travail de légitimation » des opérations extérieures des services équato-guinéens. Mais si la deuxième partie de cette critique est farfelue, la première mérite une réponse : aucun professionnel ne peut mener une enquête rigoureuse sur un sujet d’une telle nature sans un minimum de collaboration de la cible. Ce n’est pas Gordon Thomas ou Roger Faligot qui nous démentiront. Le nouveau rapport de force que tente d’imposer la Guinée équatoriale mérite qu’on s’en approche de très près, au besoin en usant du stratagème de la lamproie. Car ici plus qu’ailleurs, les stratégies des Etats sont celles des individus qui incarnent l’exécutif à un moment donné. Comment comprendre la politique équato-guinéenne actuelle dans la zone Cemac si l’on n’ose pousser l’enquête jusqu’au cœur de l’orgueil, des ambitions, des frustrations et des rancœurs accumulés depuis près de trois décennies déjà par ceux qui gouvernent à Malabo ?
Ce que révèle l’actualité
Le 7 octobre 2008, Cipriano Nguema Mba, ancien colonel et trésorier de l’armée équato-guinéenne a été exfiltré de Yaoundé et convoyé par les services secrets de son pays où il est actuellement incarcéré à la maison d’arrêt de Black-Beach. Cette opération remarquablement montée en collaboration avec l’ambassade équato-guinéenne dans la capitale camerounaise a bénéficié de la complicité de deux policiers locaux. Ces derniers ont été inculpés d’”intelligence avec un service de renseignement étranger” par les autorités camerounaises qui affirment que l’ancien colonel bénéficie toujours du statut de réfugié politique au Cameroun, d’après la convention de Genève du 28 juillet 1951. Rappel: Cipriano Nguema Mba a été jugé par contumace et condamné à 30 ans de prison pour tentative de coup d’Etat et détournement de fonds en septembre 2005 par un tribunal militaire au terme d’un procès à huis clos. Cette même année, Florencio Ela Bibang et Juan Abaga, tous deux ex-officiers supérieurs de l’armée nationale, avaient été soustraits et exfiltrés du Nigeria par les mêmes services spéciaux équato-guinéens et conduits -sans autre forme de procès- dans leur pays où ils purgent depuis de lourdes peines de prison.
Ce qu’il faut en conclure
Dans l’analyse contemporaine des problématiques de leadership, la taille d’un Etat ne constitue plus un déterminant absolu. L’exemple du Vatican -Etat lilliputien s’il en est- dont la Sainte Alliance et le Sodalitium Pianum forment le service de renseignement le plus complet au monde avec le Mossad israélien est là pour le démontrer. Même s’il faut toutes proportions garder en matière de puissance. Les deux opérations d’exfiltration sus-citées, en totale violation des normes internationales, n’ont rencontré que de tièdes réactions au HCR**, au Nigeria comme au Cameroun. Ce qui conforte Malabo dans sa stratégie d’influence: lancer un signal fort à tous les opposants guinéens en exile et persuader les États voisins que les forces spéciales équato-guinéennes sont capables d’opérer sur le territoire de ceux-ci, en tout temps, si elles jugent que la sécurité de leur pays en dépend. Une attitude qui renforce le nouveau rapport de forces que nous décrivions déjà dans notre étude. Reste à savoir si une telle volonté de puissance peut être soutenue, voire transférée au champ économique pour donner naissance à une intelligence compétitive et stratégique résolument offensive en Afrique centrale.
Guy Gweth
Dans le même ordre d’idées, lire:
“Histoire secrète du Mossad”: l’enquête de Gordon Thomas
“Les Services secrets chinois, de Mao aux JO”: l’enquête de Roger Faligot
Guerre économique, nouveau défi des services de renseignement en Afrique centrale
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*CEMAC: Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale
**HCR: Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
Coopération: Paris retrouve un peu de sagesse africaine
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Soft Power, Stratégie, veille on 10 avril 2008 at 9:01
«J’aime l’Afrique et je veux qu’on parle de l’Afrique en bien. [...] L’Afrique n’est pas une, il faut s’en occuper État par État et c’est ce que j’ai l’intention de faire en allant sur le terrain [...] J’ai envie de renouer les fils là où ils ont été distendus [...] Il faut se garder de donner des leçons aux pays africains [...] La rupture c’est intellectuel… Ce n’est pas la brusquerie.» Morceaux choisis de l’inteview exclusive d’Alain Joyandet ce jeudi 10 04 08 à 6 :10 TU, au micro de Christophe Boisbouvier, RFI.
Après la très médiatique campagne de 2007 sur “la rupture” entre France et Afrique (période électorale oblige !);
Après le regrettable discours du 26 07 07 à l’université Cheik Anta Diop de Dakar;
Après l’affaire de l’arche de zoé, le “j’irai les chercher quoi qu’ils aient fait” du président français début novembre 2007, la suite des évènements à Ndjaména et la menace française de revoir ses accords de coopération militaire;
Après la réplique des intellectuels africains “contre le discours de Dakar”, fin février 2008 ;
Après l’extraordinaire rattrapage du Cap au jeudi 28 02 08 devant le Président Thabo Mbeki et le parlement sud-africain;
Après la publication de listings sur les biens immobiliers des chefs d’Etats africains en France le 01 02 08, alors que certains politiques français sont d’importants propriétaires en Afrique centrale à l’insu de l’opinion publique;
Après la décision de Libreville d’expulser tous les Français “sans papier” du Gabon début mars 2008;
Après l’acharnement de Jean-Marie Bockel à rompre avec la «françafrique »;
Et faisant suite à l’éviction de celui-ci sous la pression du président gabonais Omar Bongo Ondimba et de son homologue congolais Sassou Nguesso, notamment;
Considérant la fulgurante percée chinoise en Afrique centrale;
Ayant pris le pouls de la diaspora africaine ainsi que des experts et hommes d’affaires français évoluant en Afrique francophone;
Se rendant à l’évidence du caractère stratégique incontournable de l’Afrique noire à plusieurs égards;
Nicolas Sarkozy a radicalement revu sa copie en nommant le 18 mars 2008 un nouveau secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes, en la personne d’Alain Joyandet.
Homme de communication , le maire UMP de Vesoul apporte avec lui un style – revenez-y de chiraquie-, plus discret et plus posé, le type de tempérament empreint de sagesse, de sympathie et de grande diplomatie qui a si souvent fait la réussite de la France sur la scène internationale. Député et ancien sénateur, marié et père de trois enfants, Alain Joyandet s’est envolé ce jeudi 10 mars 2008 pour Libreville où il va tenter, dit-il, de « rectifier la ligne politique adoptée par le secrétariat d’État à la Coopération depuis l’arrivée de Jean-Marie Bockel à sa tête“.
Alors évidemment tout le monde ne voit pas ce revirement de l’Elysée d’un très bon œil. Ainsi pour Olivier Thimonier de l’association Survie par exemple, la visite d’Alain Joyandet au Gabon “ne donne pas un signe positif sur l’évolution de la politique de la France en Afrique“. Pour ma part, c’est le signe que Paris a compris la nécessité de modifier et même de professionnaliser sa communication vis-à-vis des Africains comme nous l’avions préconisé. Reste le plus difficile: allier l’acte à la parole… Afrique échaudée craint désormais l’eau froide!
Guy Gweth
