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Archive de la catégorie «Débat»

Business infos: les réseaux sociaux africains à la traine

In Brève, Débat, Intelligence compétitive, Management de l'information, Stratégie, veille on 18 octobre 2009 at 9:07

De toutes les communautés, les Africains sont ceux qui s’appellent le plus spontanément  « mon frère », « ma sœur », ou  « chéri »… Où qu’ils soient, quoi qu’ils fassent, qu’ils se connaissent ou pas, ils se reconnaissent. Ils n’ont quasiment pas besoin de formaliser un réseau. Ils se regroupent naturellement. La plupart de ces regroupements ne sont hélas pas encore  rentables en termes de renseignement et de business pour l’ensemble des participants. Pourquoi?

A la fin d’une enquête réalisée entre septembre 2008 et septembre 2009 sur un échantillon de sept groupes comptant entre 15 et 150 membres (évoluant peu ou prou dans le même secteur d’activités), j’ai constaté que chaque fois qu’un réseau est constitué d’individus originaires d’Afrique, environ 10% sont inactifs. 10% partagent des informations générales déjà publiées dans un journal, un site internet ou une rumeur. 20% partagent spontanément des renseignements précis. 60% sont en attente de gestes et d’informations dont ils ont besoin pour leurs affaires. Parmi ces derniers, seul 1/3 renvoie l’ascenseur dans les 6 mois suivants.

Pas besoin d’être un super analyste et encore moins un spécialiste de la question du don et du contre don pour en déduire que ces réseaux sont en majorité constitués d’individus par trop tournés vers leur seuls intérêts. La principale conséquence qui en découle est que les « frères et sœurs »  qui reçoivent sans donner sont démasqués et blacklistés au bout de 6 à 12 mois d’appartenance au réseau. Pour ceux qui comprennent en revanche que tendre systématiquement la main ou se laisser inviter (sans réelle contrepartie) sont le meilleur moyen de perdre en intérêt et influence, le win-win reste un incroyable accélérateur de business et de réussite.

Pour aller aux sources du malaise, lire :

Gaston Paul Effa, « Nous, enfants de la tradition », éditions Anne Carrière, 2008

Guy Gweth

Evaluer la performance de l’intelligence économique

In Benchmarking, Débat, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique on 3 mai 2009 at 1:59

L’intelligence économique (IE) aura sa révolution le jour où elle fera scission avec l’idéologie. Pendant quelques années encore, la profession pourra s’appuyer sur l’esprit et la théorie de la défense nationale pour sensibiliser le personnel politique et les dirigeants d’entreprises dites stratégiques. C’est la phase des premiers pas et de la pédiatrie. Mais les vrais professionnels savent que cette posture ne durera pas ad vitam eternam. Arrivée à maturité (les Anglosaxons sont plus avancés) l’IE francophone devra se séparer de sa part affective pour devenir une discipline « mûre » comme le sont aujourd’hui le marketing ou l’audit comptable…, c’est à dire dotée de  règles de métier solides et reconnues, de pratiques éprouvées et d’outils pertinents pour évaluer sa performance individuelle  comme tout autre service de l’entreprise.

A l’heure qu’il est, les responsables d’IE au sein des grands groupes arrivent à peu près à communiquer sur leur métier en interne. Il est évident qu’un cadre dirigeant sensibilisé comme on l’a vu plus haut sera davantage enclin à écouter et à appuyer le responsable de veille ou d’intelligence économique. Des auteurs comme François Jakobiak font d’ailleurs du soutien du Top management la condition sine qua non à la réussite des acteurs d’IE. Mais lorsqu’Alex arrive en commercial pour vendre l’intelligence économique à un dirigeant de PME (à coup d’arguments sur la sécurité informatique, d’exemples de détection de nouvelles tendances ou en vantant l’efficacité des derniers outils de veille automatisée…) on lui prête souvent attention, s’enquiert du coût, calcule mentalement, guettant le moment idéal pour lui demander: combien ça va rapporter?

Thats’s the question ! Quel montant attribuer aux gains générés par l’IE dans une entreprise ? Les responsables des services marketing et communication arrivent déjà à chiffrer les bénéfices d’une campagne publicitaire, fût-ce de manière approximative. Pas nous. Pourtant, en période de crise, comme l’écrit Patrick Jaunant in Obectif Performance, « les entreprises ont tendance à lancer des ‘programmes de transformation’ de leurs fonctions métier et support en vue d’améliorer la performance » ; et les services marketing/communication sont les premiers qui passent à la trappe. Alors au nom de quels arguments l’intelligence économique résisterait-elle, étant entendu que le management ne dispose pas d’outils pour évaluer sa rentabilité financière et sa performance? C’est ici qu’émerge notre idée de benchmarking.

Lorsque dans certains pays, on commence à fixer des objectifs chiffrés à des unités de police, que dans la grande distribution les services de sécurité ont des minima d’arrestations/j à honorer, qu’au sein d’un gouvernement les ministres sont notés… la communauté des professionnels de l’IE est en devoir d’enquêter sur les outils de cette recherche de performance. Détecter de nouveaux entrants sur un segment, intoxiquer un veilleur hostile,  sonder les clients du concurrent, cartographier le réseau d’influence de ceux qui sont en face… C’est bien. Mais si le décideur ne suit pas ? Comment s’inspirer de Robert Kaplan et David Norton pour formaliser un Balanced Scorecard spécifique à l’IE ? Sans doute faudra-t-il une révolution pour poser ces questions dans la sphère francophone. Mais  c’est inéluctable.

Guy Gweth

Protégé : Les coulisses de la guerre contre la ‘terreur’

In Communication d'influence, Débat, Gestion de crise, Géostratégie, Intelligence stratégique, Stratégie, Sécurité on 1 mars 2009 at 6:55

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l’Afrique face à la microfinance islamique

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Débat, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie on 9 février 2009 at 7:18

Avec des relations plus “solidaires” entre emprunteurs et épargnants, la microfinance islamique pourrait devenir une véritable opportunité pour l’Afrique selon le Sénégalais Mouhamed Diakité,  ancien de l’Ecole de Guerre économique de Paris, expert en finance et en intelligence économique. Voici ses arguments:

“L’une des causes de cette débâcle financière mondiale reste l’asymétrie informationnelle entre les banques et les usagers, accentuée par la multiplication des actifs fictifs ou virtuels. S’est ajoutée à ce défaut originel, une recherche « absolue » de l’intérêt, qui a détourné les institutions financières de leurs rôles d’inter-médiation sur les actifs tangibles et l’investissement par la création de richesses. Cette dérive du capitalisme occidental impose d’elle-même d’autres alternatives. C’est ainsi que la finance islamique, politiquement incorrecte il y a seulement deux ans en France, est aujourd’hui remise au goût du jour. C’est une alternative crédible car plus éthique et plus « socialement responsable ». C’est une finance qui favorise l’investissement et encourage la rigueur car le bénéfice et la perte sont partagés. La liquidité actuelle de la finance islamique milite pour une adaptation des cadres africains à cette alternative. Pourquoi, compte tenu du caractère limité du pouvoir d’achat des épargnants, ne pas vulgariser la microfinance islamique pour lutter contre la pauvreté.

800 milliards d’actifs

“La finance islamique représente aujourd’hui entre 500 et 800 milliards de dollars d’actifs gérés selon les principes de la Charia et a enregistré une croissance de plus de 20% depuis les dix dernières années. Cependant, son apport reste faible en Afrique, malgré les 412 millions de musulmans qui constituent près de 50% de la population globale estimée à 850 millions d’habitants. En tout, l’on recense 37 institutions financières en Afrique. Le potentiel du marché de la finance islamique pourrait atteindre 235 milliards de dollars. Pour le moment, l’on est encore loin de ce chiffre et loin du dynamisme observé au Moyen-Orient et en Malaisie, chef de file du pôle de la finance islamique en Asie du Sud-Est. A la fin 2007, l’intermédiation financière conforme à la Charia s’établissait à 18 milliards de dollars, ce qui représentait une part de marché inférieur à 8% de sa taille potentielle. Le développement de la finance islamique sur le continent africain doit pallier au déficit chronique par une approche plus calquée sur les réalités du terrain. L’introduction de la finance islamique améliorerait la contribution du secteur de la microfinance en général dans la mobilisation de l’épargne. Cette contribution n’excède pas aujourd’hui 5%. Pour redynamiser le secteur, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a élaboré en 2003 un programme régional d’appui à la finance décentralisé (PRAFIDE) pour la période 2004-2008. Ce nouveau dispositif, dont les volets essentiels ont fait l’objet d’une large concertation impliquant l’ensemble des acteurs du secteur, vise à maintenir, voire à consolider les fondations existantes et à bâtir un secteur solide et performant capable de répondre durablement à la demande sociale.

Stratégie en quatre axes

“Cette stratégie d’intervention se décline en quatre axes principaux : l’aménagement du cadre juridique, le renforcement des capacités des acteurs et la valorisation de l’expertise locale, l’amélioration de l’information sur le secteur (modernisation des systèmes d’information de gestion) et l’accroissement de l’efficacité des mécanismes de surveillance interne et externe. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, la microfinance est particulièrement développée. Dans ce dernier pays, le secteur reste largement dominé aujourd’hui par la FENACOOPEC (Fédération Nationale des Coopératives d‘Épargne et de Crédit) puisque cette structure, à elle seule, représente 88% de la clientèle, 91% des dépôts et 78% des crédits. Le taux de pénétration s’établirait à 25%, ce qui fait qu’en moyenne une famille sur quatre en Côte d’Ivoire fait régulièrement appel aux services financiers des institutions de microfinance. Avec l’adaptation de la règlementation, la création des Sharias Boards et une bonne vulgarisation par la communication, les instruments de la finance islamique pourraient donner à la microfinance classique en Afrique de l’Ouest le souffle qui lui manque tant pour atteindre le plus grand nombre.”

Une exception belge: des “serial reporters” sur les blogs d’IE

In Débat, Intelligence économique, veille on 28 octobre 2008 at 6:45

careLes grand-messes internationales des professionnels de l’intelligence compétitive comme celle du 20-22 Octobre 2008 au Crown Plaza de Rome en Italie ont toujours leur lot de surprises et d’anecdotes, mais la Communauté commence vraiment à souffrir des errements de la profession dans l’espace francophone. Le cas de la Belgique où certains acteurs de l’intelligence économique préfèrent la facilité aux contraintes de la production originale de connaissances inquiète. Voici un cas d’espèce.

En publiant le 17.06. 2008 sur les pièges des clés USB, nous visions les entreprises et organisations non-gouvernementales d’Afrique centrale, dans  l’accomplissement d’une mission qui nous est extrêmement chère: l’information et la sensibilisation. Nos plus fidèles lecteurs sont désormais habitués à notre style très imagé, car ce que les Anglo-saxons on baptisé « storytelling » dans les années 90 est en fait un art dont l’Afrique est le berceau. Voici pourtant comment Pierre-Yves Debliquy de Euresis en Belgique  a réagi  à notre article sur son site, deux mois plus tard, le 14.08.2008:

« Je dois avouer avoir été surpris par la lecture de ce billet d’il y a quelques semaines de Guy Gweth sur son blog dédié à l’intelligence économique (http://bsfd81.notlong.com). La raison? Ce billet, qui se présente comme une fable africaine sur le danger que représente, pour les données de l’entreprise, les clés USB ressemble aussi beaucoup à une opération d’espionnage dont se vante son auteur (qui est diplômé de l’Ecole de Guerre Economique à Paris)» Warketing ?

Nous avons contacté Pierre-Yves Debliquy pour l’inviter à la réflexion, lui rappelant amicalement les normes éthiques et juridiques qui régissent la profession. Notre droit de réponse n’a pas été édité sur son site. Lucides, nous restons malgré tout conciliants vis-à-vis de lui. Nous comprenons qu’attirer l’attention en rebondissant sur les productions d’autres auteurs revient moins cher. Cela montre qu’on « veille », qu’on « surveille » ceux qui publient et qu’on a le pouvoir d’être en désaccord avec eux. Du low cost intellectuel en quelque sorte, car le serial reporter dépense souvent moins de matière grise, moins d’énergie ; et à l’arrivée, il attrape quelques clients (!)

Le problème avec notre commentateur belge, c’est qu’en publiant son billet sur notre billet, il y a expressément interdit tout commentaire! Ce qui est une forme de démocratie pas très bruxelloise… convenons-en. Combler un déficit d’imagination ou un défaut d’originalité en faisant le choix de la facilité peut dépanner au début. C’est presqu’un passage obligé lorsqu’on débute dans la profession. Mais au bout de quelques années d’exercice, la communauté de l’intelligence économique doit sérieusement s’en inquiéter. Sinon, c’est de la non assistance à collègue en danger.

Du fait d’être la capitale normative de l’Europe, Bruxelles (et la Belgique en général) a une responsabilité morale exceptionnelle, y compris en matière d’intelligence économique. En avoir conscience est une exigence minimale. L’ignorer serait catastrophique. Venus du Sud, nous nous sentons le devoir d’aider nos amis belges à y voir plus clair. C’est pourquoi nous resterons vigilants, prévenants et pleins de mansuétude… Il y va de la crédibilité de la profession et de l’amitié entre les peuples.

Guy Gweth

Compétitivité, tribalisme et patriotisme économiques en Afrique: le débat

In Débat on 25 septembre 2008 at 9:11

Lors des entrainements à la prise de parole en public que nous organisons périodiquement à l’intention de la future élite africaine, il y a beaucoup de jeux de rôle, de scénarios, de mises en situation extrêmement réalistes. Ces jeunes gens tous patriotes, diplômés et compétents projettent leur pays dans cinq, dix, vingt, voire trente ans et imaginent comment ils pourraient efficacement communiquer en public, surtout en cas de crise. Lors de notre dernière session, Alioum qui jouait alors au journaliste a demandé à Aminata, présidente de l’Union Africaine pour l’occasion, si tribalisme et patriotisme économiques  peuvent cohabiter et promouvoir la compétitivité en Afrique. Cette question a suscité un tel débat parmi les participants que j’ai requis et obtenu l’autorisation de retranscrire quelques uns de leurs propos ici. Je précise, pour la forme, qu’ils sont entrainés à ne jamais répondre aux questions comme on renvoie une balle de ping-pong, mais à s’en servir pour faire passer leur message avec rigueur et com-passion. Les voici:

- Aminata: cette question est intéressante… Vous me demandez si la confusion qui règne parfois entre les préférences particulières et celles plus générales des décideurs dans nos pays  peut  nuire à la compétitivité de nos produits. Comme vous le savez, l’histoire de nos jeunes nations est fondée sur le village, la tribu. Mon avis est que le tribalisme est une forme de patriotisme, je dirais même sa sœur cadette, et comme tel, il ne peut que servir la nation si les protagonistes sont consciencieux…

- Olga: je partage habituellement les points de vue d’Aminata mais celui-là me convient moins… Alioum a évoqué le mot cohabitation dans sa question. Ce qui implique qu’il peut y avoir des points de divergence entre un intérêt économique national et une considération d’ordre tribal. Et à ma connaissance, il n’y a pas grand monde  dans cette assemblée pour soutenir que le 2nd doive l’emporter sur le 1er…

- Alioum: je vous suis très bien… Et ma question reste entière…

- Aminata: je vais répondre autrement. C’est l’association de nos tribus qui forme la nation. Ce contrat, si je ne m’abuse, est fondé sur le désir de vivre ensemble, fruit d’un passé commun et d’un avenir que nous voulons construire ensemble… D’où viendrait donc le hiatus ? Donner un marché à une entreprise dirigée par une Togolaise fût-elle ma sœur, c’est le donner au Togo ! Le fait de le confier à quelqu’un d’autre sous prétexte que ma sœur n’est pas la plus compétitive peut poser un problème au niveau de la tribu. C’est comme s’attaquer aux fondations d’une maison qu’on habite encore… Et là, ce n’est pas de morale qu’il s’agit, mais de réalisme…

- Olga: tu fais bien de parler de fondations. C’est évident que leur remise en cause  est à l’arrière-plan de la question d’Alioum, tant d’un point de vue économique, politique que psycho-sociologique. Si au bout de quarante ans d’indépendance et de sous-développement continu, nous persistons dans ce qui a fait notre échec, c’est René Dumont qui aura raison. On est mal parti ! Il nous faut  impérativement dépasser la tribu; et chercher à nationaliser l’expertise étrangère si nous voulons compter dans le concert des nations. Je ne dis pas de renier les talents ou les compétences de nos plus proches parents… Mais d’aspirer à quelque chose de supérieur que j’appellerai… le mérite national. Voilà! C’est à cet étage que la morale citoyenne épouse le réalisme civique que tu as évoqués tout à l’heure, Aminata…

Pour vous, j’ai choisi ce court extrait parce qu’il met le doigt sur l’une des racines les plus profondes de notre échec en matière de gouvernance économique et politique : un attachement, certes compréhensible envers sa tribu, qui ne s’accommode pas toujours avec l’intérêt et la compétitivité de la nation. Cette discussion qui peut laisser un petit goût d’inachevé chez certains pousse en fait à poursuivre le débat: et si notre premier concurrent c’était  nous-même?

Guy Gweth

Intelligence économique & Renseignement: l’incestueuse union en débat

In Débat, Intelligence compétitive on 30 juillet 2008 at 5:22

« Il existe un lien fort entre intelligence économique et  renseignement dont nul ne peut ignorer la réalité. Le jeu de cache-cache sémantique sur lequel repose le concept d’intelligence économique en France occulte certaines réalités qu’un examen attentif de la fonction renseignement doit permettre d’éclairer. Les fondements théoriques de cette discipline mis à mal par des contraintes opérationnelles nouvelles et un environnement marqué par l’explosion des technologies de l’information doivent être entièrement révisés sur les nouvelles bases que nous imposent ces réalités retrouvées.

« L’intelligence économique souffre d’une image déformée par le poids des mots que chacun voit se profiler derrière l’idée. Nul ne peut ignorer en effet que l’anglicisme intelligence masque en réalité le renseignement, lui-même soupçonné de camoufler l’espionnage auquel il est la plupart du temps assimilé. Ce double jeu de cache-cache sémantique, qui freine les développements pratiques dans l’entreprise du concept d’intelligence économique malgré l’indéfectible soutien des pouvoirs publics et de l’université, traduit en réalité un grave retard théorique et méthodologique dont souffre le renseignement. La grande mutation que vit ce dernier pour faire face au bouleversement des menaces et relever des défis sécuritaires nouveaux devrait pourtant nous inciter à travailler au renforcement d’un socle théorique dont aucune réforme d’envergure ne peut faire l’économie.

« Dans Le Monde du 5 juillet 2008, Isabelle Mandraud[1] constate, à propos de l’arrivée prochaine au poste de directeur général international de la société Gallice Security d’un ancien patron du service action de la DGSE, que le secteur privé de l’intelligence économique, poursuivant son expansion, continue d’aspirer des responsables de la sécurité publique. Elle note à cette occasion que le secteur privé, petit à petit, grignote ainsi des missions jusqu’ici considérées du domaine régalien. Cette information, rapprochée de plusieurs affaires récentes qui ont amené les médias, comme le constate Christian Harbulot dans un éditorial récent[2], à se repencher sur les liaisons dangereuses entre le monde de l’intelligence économique et celui du renseignement privé, incite à s’intéresser à la nature du lien qui existe entre intelligence économique et renseignement. Son caractère équivoque, que l’ambiguïté du vocabulaire contribue à favoriser malgré les innombrables tentatives d’éclaircissement de la part des autorités, montre bien qu’un effort important est encore à faire en matière de définitions… »

Lire l’intégralité de l’excellent article de Francis Beau:

Intelligence économique et renseignement: dix réalités fondamentales pour un renouveau du renseignement, publié le 30 juillet 2008 in AgoraVox.

Dans le même ordre d’idées, lire également l’article de Guy Gweth:

Peut-on démystifier l’intelligence économique ?, publié ici le 9 mars 2008.

Le business de Dieu en Afrique subsaharienne

In Communication d'influence, Débat, Perception Management, Soft Power, veille on 20 juillet 2008 at 7:51

Compagnons de Salomon, Serviteurs de la Croix, Phalanges sacerdotales,  Faucons de Saint Michel, Arche de Marie, Ambassade du Christ, Les derniers Prophètes, Jésus sauve et guérit, Église du 7è jour, Ministère du Christ-Jésus… Le marché de Dieu est, juste avant les brasseries et la téléphonie mobile, le business le plus florissant et le plus protéiforme d’Afrique Noire. Avec plus de 2000 marques locales répertoriées à ce jour, l’industrie du  ciel-sur-terre se répand à la vitesse de la misère et  puise richesse et puissance dans la foi de millions de fidèles abonnés au denier du culte.

Donnez, et il vous sera donné

Mis ensemble, ces six mots sont plus qu’un slogan marketing. Presqu’un mantra. C’est tout le business model des mouvements religieux qui repose sur ce petit bout de phrase biblique. Le pauvre croyant africain est soucieux d’imiter cette vieille dame du nouveau testament qui jeta son unique pièce de monnaie dans le panier du Seigneur tandis que les autres y déposaient leur superflu. Jésus devait conclure plus tard qu’elle avait donné plus que tout le monde… Un détail de perception sur lequel surfent ceux qui ont eu l’intelligence de comprendre que Dieu est un puits de pétrole off shore dans le cœur des pauvres. En fait de pauvres, ce sont des millions de croyants impuissants à se demander pourquoi, malgré leurs prières et sacrifices, le bon Dieu s’obstine à les garder dans l’indigence, la dépendance et l’espérance[...] A quelques détails près, le tableau rappelle les débuts de la Camorra napolitaine si bien décrits par Jacques de Saint Victor in Mafia, l’industrie de le peur, ouvrage paru début 2008 aux éditions du Rocher.

A César ce qui est à César…

Si les affaires de Dieu sont aussi florissantes en Afrique subsaharienne, c’est au moins pour partie grâce à la bienveillance des pouvoirs publics. Le cœur de cible des mouvements religieux étant “les damnés de la vie“, les gouvernements en place sont apaisés de savoir cette poudrière à l’ombre des “ailes de Jéhovah.” Ces “brebis du Seigneur” deviennent ainsi incapables de révolte contre l’autorité, s’abstiennent parfois de voter ou de se soigner dans les hôpitaux de ville, conditionnés qu’ils sont par une sainte parole: «tout pouvoir vient de Dieu». La phase finale de leur contrôle psychique est l’obombrement par l’absolue «vanité des vanités, tout est vanité» de  l’Ecclésiaste qui transforme prématurément ces âmes de bonne foi en citoyens de l’au-delà. Paix sociale ! Car pendant que les représentants de Dieu entrent en politique, roulent en 4X4, assistent aux congrès et se soignent à l’étranger tous frais payés, le contribuable chrétien doit attendre de mourir pour pouvoir accéder à la plénitude éternelle. Et encore… “Si Dieu le veut“!

Et leur chiffre d’affaires…

A la vérité, parce que «les voies de Dieu sont insondables», il est extrêmement difficile de déterminer le chiffre exact des milliards $ générés par “l’opium du peuple” en zone Cemac. Mais notre enquête se poursuit pour  définir, fût-ce approximativement, le montant des devises éternelles dans cette partie du monde. Car plus qu’une multinationale à têtes chercheuses, c’est un véritable capitalisme spirituel qui se meut avec un don inné sur un terrain miné par la colonisation, la magie, la peur et la misère. En effet, politiciens, intellectuels, artistes, hommes d’affaires, femmes au foyer et jeunes au chômage… convoquent Dieu au quotidien devant  la moindre douleur, le moindre effort, la moindre incertitude. Or le ciel a ses impôts que le Syndicat de Dieu réclame inlassablement: “Donnez, et il vous sera…”

Guy Gweth

Tout ce que l’intelligence économique n’est pas!

In Débat, Espionnage économique, Guerre économique, Intelligence économique on 14 juin 2008 at 2:55

L’article que je vous indique ci-après fait penser à l’allégorie africaine de la dent qui faillit pourrir une bouche entière. Car si l’exception fait la règle, les faits que relate ce billet traduisent ce que la règle de notre métier n’est pas, car justement, ils relèvent de l’exception même. L’intelligence économique est une discipline aussi noble que les points sulfureux qui peuvent l’entacher sont retentissants. Jugez-en vous-même, à commencer par le titre de Libération de ce vendredi 13 juin: «Alors qu’il tombe seul, un barbouze balance tout»… Le cas d’école par excellence de tout ce que l’intelligence économique (IE) n’est pas!

«Poursuivi en justice, Patrick Baptendier publie un livre sur ses faits d’armes. Pour une fois, l’expression «pavé dans la mare» n’est pas galvaudée. Le livre de Patrick Baptendier, Allez-y on vous couvre! , en librairie depuis hier, est une véritable grenade dégoupillée.

«Cet ancien gendarme a basculé dans la barbouzerie. Son métier, détective privé, n’a jamais été aussi rentable, à l’heure du big business triomphant. Rebaptisé pompeusement ‘intelligence économique‘, sotte traduction de l’anglais qui signifie, plus prosaïquement, ‘espionnage‘, il est au cœur de bien des turpitudes politico-financières. Où de grands cabinets se gargarisent de déontologie tout en sous-traitant le sale boulot (écoutes, filatures…) à des petites mains.

«Patrick Baptendier est l’une d’entre elles. Il a travaillé pour les cadors du secteur, l’américain Kroll et le français Geos, qui lui confiaient ce qu’ils n’osent faire eux-mêmes : la pêche aux relevés bancaires ou téléphoniques, aux casiers judiciaires, aux notes blanches des services (RG et DST). »

Lire l’article in extenso dans Libération.fr, en complément de “Peut-on démystifier l’intelligence économique?” édité sur ce site le 9 mars 2008 par nos bons soins.

Crise alimentaire: le coup de gueule de Me Wade à Rome

In Débat, Gestion de crise, Géostratégie, Stratégie, Sécurité on 4 juin 2008 at 5:30

“Ne venez plus nous imposer des institutions, des experts, l’Afrique d’aujourd’hui ce n’est plus celle d’il y a vingt ans… Aujourd’hui, nous avons les cadres dans tous les domaines, diplômés dans les plus grandes universités, alors qu’on arrête cette farce… » Un discours qui vous rappellera sans doute la genèse de GwethMarshall, la première Agence d’intelligence économique et stratégique en Afrique centrale.

Afrique, intelligence économique et coopération nord-sud

In Débat, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 28 mai 2008 at 7:37

Tout au long de son histoire, l’Afrique a adhéré à la quasi totalité des offres de coopération que lui proposait l’étranger, et l’Occident en particulier. Non sans regrets. Il en fut ainsi des grands épisodes tels que l’esclavage et l’évangélisation, les guerres mondiales et la guerre froide, l’humanitaire et la dette, le commerce et la diplomatie; aujourd’hui, l’intelligence économique.

A chacun de ces rendez-vous historiques, les Africains servirent -entre autres- de cobayes, de marionnettes, d’idiots utiles, de chair à canon ou de vache à lait. De cette kyrielle d’épisodes, l’Afrique sortit trahie, exsangue, en retard, dépendante et humiliée. Peu à peu, l’idée que dans sa grande bonté l’Eternel créa une Afrique naïve, suiviste et généreuse pour servir de souffre-douleur à un monde impitoyable cessa d’être un simple trait d’humour blanc.

L’extraordinaire évolution du monde ces 50 dernières années a radicalement changé les paradigmes et creusé de nouveaux champs de bataille. La ruée vers les matières premières africaines, les rivalités entre l’Asie et l’Occident, la globalisation des échanges, la prise de conscience de jeunes africains et le management stratégique de l’information… ouvrent des brèches inespérées pour le continent noir, malgré son retard technologique. Et voici de nouveau, tel un vieux serpent de mer, le passé qui ressurgit: les alliés d’hier nous proposent la coopération en matière d’intelligence économique oubliant que leur ardoise regorge de dettes morales non soldées. Avec les mêmes expédients, on nous caresse dans le sens du poil. Nos futurs cadres sont cueillis dans les universités étrangères et conviés au bal des Judas. Des filles et fils de dirigeants non avisés sont tamponnés dans leurs clubs préférés. Et, signes d’hérédité, des patrons africains de l’ancienne génération en viennent à croire que leurs meilleurs concurrents leur offriront des armes pour se battre librement dans une compétition ouverte, sans précédent, et à l’issue incertaine : la guerre économique.

Comme des griots éternels, nous n’aurons de cesse de sensibiliser et de prévenir la jeune génération de décideurs et d’opérateurs économiques africains. Le patriotisme économique est l’âme de l’intelligence économique et la compétition en est l’esprit. Nos entreprises, nations, sous-régions et région se doivent d’abord d’écrire leur propre partition compétitive et stratégique pour pouvoir ensuite coopérer en bonne intelligence avec l’étranger. Pas avant !

L’Afrique n’a jamais été aussi seule que lorsqu’elle est se sait entourée d’amis. La preuve par l’Histoire.

Guy Gweth

Fonds souverains, nouveaux maîtres de la finance mondiale

In Débat, Guerre économique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie, veille on 16 mai 2008 at 6:51

En 2007, les fonds souverains ont accumulé 3500 milliards $US de réserves, un chiffre en hausse de 24 % par an au cours des trois dernières années, d’après le cabinet d’analyse américain Global Insight.

A ce rythme, le volume de ces fonds d’investissements pourrait dépasser le produit intérieur but (PIB) des États-Unis en 2015, et celui de l’Union européenne, d’ici 2016. Ce gonflement intervient alors que les économies émergentes, aux ressources financières dopées par la flambée des prix du pétrole et des matières premières, investissent de plus en plus à l’étranger pour s’assurer de meilleurs retours sur investissements.

Global Insight souligne que, forts de leur puissance, les fonds souverains modifient les liens traditionnels entre pays riches et pays en développement. «Armés de tels montants de liquidités qu’ils n’ont pas à rembourser, les fonds souverains sont les nouveaux maîtres de cérémonie de la finance où ils prennent la place des hedge funds et autre fonds d’investissement, et outrepassent les banques centrales dans leur rôle de prêteurs internationaux de dernier ressort», a estimé Jan Randolph, responsable du risque souverain, à Global Insight. Selon la firme, les fonds souverains ont injecté 80 milliards dans le secteur bancaire aux États-Unis en 2007. À l’échelle mondiale, 93 % de leurs investissements ont été dirigés vers le secteur financier occidental.

Le générateur de fonds souverains le plus puissant est la Chine, avec environ 1200 milliards $US, suivie par la Russie et le Koweït, selon Global Insight. Au cours des cinq dernières années, les puissances en plus fort développement dans ce domaine ont été le Nigeria (+291 %), Oman (+256 %), le Kazakhstan (+162 %), l’Angola (+84 %), la Russie (+74 %), et le Brésil (+65 %). Au mois de janvier 2008, le montant total des acquisitions réalisées par des fonds souverains s’est élevé à 20,6 milliards, soit près du tiers des opérations de fusion-acquisition faites par de tels fonds sur l’ensemble de 2007. Les fonds souverains représentent 35 % des fusions et acquisitions mondiales en 2007 et 28 % de celles réalisées aux États-Unis en janvier 2008.

La montée en puissance de ces fonds qui suscitent de l’espoir en Afrique inquiète évidemment les pays occidentaux. Récemment, le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne se sont mobilisés pour recommander plus de transparence dans leur fonctionnement et leurs stratégies d’investissement. Certains accusent ces fonds d’être en effet des outils au service d’intérêts politiques des Etats dont ils émanent et non pas des investisseurs tournés uniquement vers la recherche de profits financiers. Rudes batailles en perspective.

Guy Gweth

Après croisement des données fournies par : l’Afp, Rfi, Ledev & Global Insight/.

La peur et le sous-développement

In Communication d'influence, Débat, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 3 mai 2008 at 12:31

Le Petit Robert définit la peur comme un « phénomène psychologique à caractère affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience d’un danger réel ou imaginé, d’une menace. » La peur, force est de le constater, est l’un des ressors psychologiques communs à tous les animaux normaux. Chez les humains de notre ère, on n’a plus seulement peur pour sa vie, mais aussi pour sa famille, ses biens, son travail, ses idéaux, sa réputation, ses convictions, son honneur, son avenir… Préoccupation séculaire, la sécurité est devenue l’obsession des temps modernes et plus encore dans les pays riches. La peur, cette faille primordiale dans le système immunitaire humain, est la porte d’entrée préférée des hackers psychiques dans le vol de nos identifiants comportementaux. Elle peut être un puissant frein au développement.

Les usines à peur

Si le monde actuel croule sous le poids des religions et autres systèmes de croyances, c’est au moins pour partie à cause de l’inquiétude viscérale des humains pour leur avenir post mortem. A ce titre, l’enfer prévu par la littérature chrétienne reste un aiguillon extrêmement puissant pour les croyants. Dans le monde militaire, les opérations psychologiques puisent une part de leur essence dans le potentiel de peur accumulé par l’ennemi ou les populations cibles. Pour les commerces, le segment sécuritaire connaît une croissance exponentielle jamais démentie. Il n’est que de voir l’envolée des offres de logiciels en protection informatique ou l’omniprésence de Big Brother via ses dizaines de millions de cameras de surveillance sur la place publique européenne. Les analystes estiment par exemple qu’un individu habitant Londres est filmé 300 fois par jour! Mais au final, c’est incontestablement le champ politique qui emporte la palme d’or dans la fabrication des produits de communication à base de peur. Depuis des décennies en Occident, le thème de l’insécurité a porté au pouvoir des capteurs d’émotions, des metteurs en scène, des storytellers, des acteurs d’un public affairs’show dont les équipes de spin doctors se disputent le script avec les grands médias. Au menu: la peur de l’ennemi, des islamistes, des immigrés, des délocalisations, des fonds souverains, du chômage, de la pollution, etc.

“N’ayez pas peur!”

L’Afrique Noire n’est pas en reste dans cette course. Sauf que l’usage abusif de la peur ici, contrairement à certains pays d’Asie, en est venu à plomber le développement humain, économique et social. Et il faut bien le dire, l’autoritarisme politique, la crainte de feu générée par des sectes, l’humidité de la corruption dans les affaires ou la mousson du tribalisme… ne sont que la partie visible de l’iceberg. Au delà de ces phénomènes (certes non négligeables mais) de surface, c’est dans le sous-sol des us, des coutumes et des traditions que résident insidieusement les mécanismes les plus ingénieux d’exploitation par la peur. Une machine à fabriquer des exdividus au mieux, au pire des êtres entravés par les sangles invisibles du passé, et forcément recalés aux concours actuels du décollage économique. Sans donner raison à l’autre…, le cinéaste guinéen Cheick Fantamady Camara in Il va pleuvoir sur Conakry (1) et l’écrivain camerounais Gaston-Paul Effa in Nous, enfants de la tradition (2) donnent à réfléchir à la jeunesse africaine depuis quelques jours. Ils nous apprennent enfin à dire Non! à travers deux œuvres remarquables. Intenses. Puissantes.

1. Il va pleuvoir sur Conakry, de Cheick Fantamady Camara

Drame Psychologique – Fiction – 1h53 – depuis le 30.04.08 à Paris.

Bangali alias BB est un journaliste caricaturiste moderne et progressiste de 20 ans. Son père Karamo ainsi que son frère aîné Amine sont plutôt rompus à la pratique religieuse et au respect des traditions ancestrales. Désigné comme le digne successeur de son père, BB ne peut se résoudre à suivre un destin tout tracé. Il préfère se battre pour exercer librement son métier et vivre pleinement son amour pour la belle informaticienne Kesso. Quand celle -ci apprend qu’elle est enceinte, le père de BB refuse de voir naître un enfant conçu hors mariage… Sur fond de conflit de générations et de déséquilibre familial, le drame est inévitable.

2. Nous, enfants de la tradition, de Gaston-Paul Effa

Roman de 164 pages paru en mars 2008 aux éditions Anne carrière.

« C’est un fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance. Osele, l’aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d’ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n’a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d’une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d’agressivité, qui n’élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d’un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur.

« Extrait : -Ta famille africaine ne te fait miroiter que ton droit d’aînesse et la tradition lorsqu’elle a besoin d’argent pour payer un mariage, un enterrement de plus. Mais qu’est-ce qu’ils croient là-bas, qu’il suffit de ramasser l’argent dans les caniveaux et de l’envoyer par Western Union? Ils savent que tu te tapes des journées de douze heures de travail pour eux? »

Guy Gweth

Peut-on démystifier l’intelligence économique?

In Débat, Intelligence économique, Sécurité on 9 mars 2008 at 5:57

Dans l’œuvre titanesque de sensibilisation à l’intelligence économique à laquelle nous nous attelons actuellement en Afrique centrale, observons que les jeunes politiques et chefs d’entreprises intègrent progressivement les enjeux du travail en réseaux sécurisés, de souveraineté économique et de compétitivité auxquels la mondialisation oblige l’Afrique. Ils comprennent que le concurrent -même sous couvert de coopération nord-sud, d’échanges culturels ou d’aide humanitaire…- ne peut les instruire à ses dépends. Ce point d’appui fondamental revêt, pour les acteurs africains d’intelligence économique, une responsabilité immense dont l’un des défis, et non des moindres, est de se faire comprendre de leurs interlocuteurs. Cette exigence n’est cependant pas l’apanage de l’Afrique. Loin s’en faut. D’après des retours d’expériences auprès des PME-PMI européennes, l’intelligence économique, de par « son jargon abscons », « ses cartographies complexes » et « ses retours sur investissements difficilement quantifiables » renvoie souvent l’image d’une école de mystères dont le parvis est bondé de candidats volontaristes et le Graal réservé à une infime minorité d’initiés. Le 28 février 2008 à 8h 49, Justin Mabouth, un de nos fidèles lecteurs au Cameroun nous invitait sur ce blog à une explication, une de plus, de l’intelligence économique en « termes simples » dans l’optique, disait-il avec pertinence, « d’une adhésion de masse » en Afrique centrale. D’où cette question qui interpelle l’ensemble de la communauté IE internationale: peut-on démystifier l’intelligence économique ? Dans l’espoir que la réponse soit « <OUI », commençons par identifier les « obstacles » liés aux deux grands courants qui travaillent la profession avant d’examiner une troisième voie, médiane celle-là, qui pourrait être la clé d’une intelligence économique rendue simple par sa clarté.

-le courant “élitiste”

Il est d’abord constitué de “For ever BOND ».
Sans porter de jugement de valeur, nos analystes y regroupent les adeptes du « monde obscur », celui des officines de renseignements. Les « For ever BOND » sont souvent, pas toujours, d’anciens agents des services secrets reconvertis dans l’intelligence compétitive et/ou économique et/ou stratégique entre 45 et 65 ans en moyenne. Le leader mondial Kroll & Associates n’est-il pas l’œuvre d’un ancien des services américains ? Les « For ever BOND » parlent peu, publient peu, écoutent beaucoup. Ils peuvent vous rappeler 6 mois après que vous leur avez donné votre carte de visite au cours d’une conférence de haut niveau, juste pour avoir une information précise aux fins de recoupement. Leurs questions sont généralement ouvertes. Après, silence radio. Ils répondent rarement aux emails. Lorsqu’ils le font, c’est trois lignes maximum, des verbes d’actions, plusieurs abréviations qui masquent des fautes d’orthographe tout en donnant un air pressé, hyper-occupé. Ils ne vont pas à la ligne. Généralement piètres communicateurs, ils ne disposent d’un site internet que parce que c’est dans l’air du temps. « C’est inévitable actuellement » nous a confié l’un d’eux en manipulant son Blackberry. Ils sont d’ailleurs plusieurs à n’avoir jamais consulté le contenu du site internet de leur « boîte », lequel a été réalisé par un webmaster externe sous la supervision de l’assistante de direction. Si l’information c’est le pouvoir, pour eux, la distance crée le mythe. Ils ne répondent à une invitation que si elle vaut vraiment la peine. Par une espèce de cooptation, la majeure partie des « For ever BOND » officie auprès de grandes multinationales au titre de consultants, aux côtés d’un sous groupe, plus modéré que nous appellerons les « Young BOND ».

Cette sous catégorie est composée de jeunes dont la moyenne d’âge oscille entre 25 et 35 ans. Formés à l’intelligence économique pure dans des instituts privés de très haut niveau, ils n’ont pas l’intention – à brève échéance du moins- de brader un savoir acquis à coups de sacrifices financiers non négligeables ($ 10,000 – 15,000). Pour ces « neo-BOND », les principaux outils de travail sont internet, banques de données payantes ou non et cartographie des acteurs. Contrairement aux « For ever BOND », les « Young BOND» tiennent des sites internet et des blogs régulièrement mis à jour. Ils ont étudié la psychologie de la communication et savent que c’est le nerf de la guerre dans la société de l’information. Prudemment, ils publient à dose homéopathique d’assez bons articles à vocation pratique dans la plupart des cas, en direction de cibles très bien déterminées. Ils visent tour à tour les entreprises (aspect utilitaire), leurs collègues et les journalistes (pour la rigueur méthodologique ou une trouvaille) et de temps en temps le grand public (sensibilisation et affirmation d’une identité professionnelle). Mais attention, ils savent créer la rupture, se faire rare pour donner soif à leurs abonnés (flux RSS). Les outils de veille auxquels ils ont accès sur certains moteurs de recherche leur confèrent parfois une notoriété de qualité, à force d’être parmi les premiers à cueillir les informations chaudes. La présentation le 25 février 2008 sur notre blog du livre « L’Afrique répond à Sarkozy contre le discours de Dakar » reprise par d’autres blogs a par exemple généré chez ces derniers un trafic supérieur à celui de la source. C’est un constat, de par la vivacité et la réactivité que confère une jeunesse bien formée, les « Young BOND » veillent, surveillent, recueillent, recoupent et diffusent ce qui met en avant leur expertise sans les dépouiller gratuitement. Majoritairement respectueux de la législation et de l’éthique, ils fonctionnent quasiment toujours en réseaux.

-Le courant “populiste”

Sur la foi de sources généralement crédibles, nos analystes y classent de jeunes personnes âgées de 28 à 38 ans. Souvent formés dans les universités ou ayant succombé aux charmes de la matière à la faveur d’un module d’IE dispensé dans le cadre d’une autre formation de 2è ou 3è cycle, les « populistes » sont les plus enclins à démocratiser l’intelligence économique. Souvent fonctionnaires ou conseils auprès de PME-PMI, leur profession peut se résumer, selon eux, au « management de connaissances disponibles dans l’environnement d’une entreprise en vue d’assurer la compétitivité de cette dernière». Pour l’immense majorité des « populistes », l’IE c’est simplement la veille grâce à des sources humaines ( lecture de journaux, visite de salons, rapports d’étonnement…) avec des logiciels (de préférence gratuits sur internet…) ; c’est ensuite l’installation au sein de entreprise d’une plateforme sécurisée de partage de l’information (interne= employés, externe= collectée via la veille, puis analysée) utile à la prise de décision ; l’IE pour « les populistes », c’est enfin l’influence qui passe, selon eux, par les regroupements professionnels et la mise en commun de leurs moyens respectifs aux fins de lobbying. La simplicité méthodologique des « populistes », pour séduisante qu’elle soit est cependant loin de faire l’unanimité.

Entre les deux grandes catégories ci-dessus, il existe tout de même un ascenseur (celui des caractères ou des comportements conjoncturels). Il permet à certains acteurs IE de passer sans transition d’une classe à une autre ou plus simplement d’échapper à tout classement; sans pour autant que cela aide à démystifier l’intelligence économique aux yeux de la « masse ». D’où la troisième voie, celle que propose l’Afrique.

Ce que propose l’Afrique

Conciliants par nature, sagesse ou stratégie ( ?), les jeunes experts africains ont choisi un symbole, comme le faisaient leurs ancêtres, pour tenter de résoudre l’énigme. Pour ces « centristes » de l’IE en effet, l’intelligence économique ressemble à une figure géométrique de type cubique dont les six faces représentent tout aussi symboliquement autant d’aspects de la même matière. A l’exception du stratège qui garde une vue d’ensemble de l’ouvrage, tous les autres aspects (commerciaux, informatiques, influence…) ont chacun un langage propre. Vue d’ici, la construction donne l’image d’un immense cube de Babel avec une kyrielle de langues différentes. A ceci près que le stratège assure la traduction instantanée de toutes les phrases comportant les signaux : « Partage + information + stratégique», « Compétitivité + entreprises» « Sécurité + économique». Avec cette méthode et des étiquettes bien lisibles aux portes d’entrée, l’intelligence économique s’en trouvera démystifiée, en Afrique tout au moins. Car il faut bien le dire, l’intelligence économique, comme le sport, c’est surtout l’action, celle qui consiste à exploiter l’information ouverte pour être le meilleur en respectant les règles du jeu!

Guy Gweth

Jean Ping dévoile son projet d’une nouvelle Afrique

In Débat, Stratégie, veille on 21 février 2008 at 9:18

Extrait de son interview accordée à France 24.
A paraitre ce 22.02.2008 sur la chaîne internationale

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Jean PING, Président de la Commission de l’Union Africaine

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M. Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, bonjour.

M. Jean PING.- Bonjour.

M. Ulysse GOSSET.- Votre élection à la tête de l’Union africaine, qui compte 53 membres, a fait quelques mécontents parmi lesquels le colonel Kadhafi, le numéro un libyen, et aussi le président sud-africain, Thabo Mbeki. Que répondez-vous à ces critiques, à ces mécontents, qui vous accusent encore une fois d’être “l’homme de la France” ?

M. Jean PING.- Je pense d’abord que tout cela, ce sont des clichés. Si vous êtes francophone, on vous taxe d’être “l’homme de la France”, si vous êtes anglophone, on le fera de la même façon. Je constate que l’on ne parle jamais de pro Africains. On parle de pro Français, de pro Américains, de pro ceci mais jamais de pro Africains. Or, si vous êtes élu, c’est que vous avez bénéficié de la confiance de vos électeurs qui sont les chefs d’Etat. En principe, vous devez d’abord être considéré comme un pro Africain. Je suis en tout un pan africaniste convaincu. Je pense donc que ces accusations ne sont pas particulièrement intéressantes.
D’ailleurs, j’ajoute au passage, qu’il me semble un peu exagéré de dire qu’il y a eu autant de d’obstacles. En réalité, c’est un peu plus compliqué que cela.

M. Ulysse GOSSET.- C’est vrai quand même que vous succédez à un francophone, le malien Konaré. C’est bien pour la francophonie, mais c’est vrai que d’autres pays auraient souhaité d’autres candidats, notamment Kadhafi voulait son propre candidat ?

M. Jean PING.- Oui, je crois que c’est exact. Quand je dis que c’est plus compliqué que cela, c’est parce qu’après un demi-siècle d’indépendance, arriver encore à voir l’Afrique à travers des clichés de francophones, d’anglophones, d’arabophones, est un peu un retour en arrière. Il faut aller de l’avant.

M. Ulysse GOSSET.- On voit quand même l’influence certaine du doyen de l’Afrique, le président du Gabon, que vous connaissez bien ?

M. Jean PING.- Oui, un candidat pour être élu a besoin d’être appuyé par son pays, a besoin d’être présenté, recommandé et appuyé par son pays. J’ai bénéficié de cela. Le Président Bongo, le doyen des chefs d’état africains a mis tout son poids dans la balance et a donné les moyens pour pouvoir entreprendre cette campagne. Cependant, cette dimension aussi importante soit elle doit être prise en compte à côté d’autres éléments, d’autres facteurs. Je pense que j’ai bénéficié, par rapport à d’autres candidats, de la présentation que vous venez de faire vous-même, c’est-à-dire, me semble-t-il, que je suis un peu plus connu.

M. Ulysse GOSSET.- Un diplomate d’expérience.

M. Jean PING.- Je pense que cela a beaucoup joué. La présidence de l’Assemblée générale des Nations Unies a fait que je me suis fait connaître par la totalité des présidents africains.

M. Ulysse GOSSET.- Quel est votre objectif numéro 1 ? Est-ce d’un mot réformer l’Union africaine dont on s’interroge parfois sur la capacité d’action ? On parle même de l’impuissance de l’Union Africaine. Quel est votre objectif premier ?

M. Jean PING.- Un audit a été commandité par mon prédécesseur. Il y a à l’intérieur de cet audit beaucoup de choses. Elles se résument à la nécessité de réformer. Je voudrais vous rappeler que l’Union Africaine, c’est beaucoup de choses.

M. Ulysse GOSSET.- C’est d’abord 53 pays, c’est énorme, et 1 milliard d’habitants.

M. Jean PING.- Cinquante-trois pays, 750 millions d’habitants et, d’ici 2020, l’Union Africaine comptera 1,4 milliard d’habitants. C’est autant que la Chine d’aujourd’hui. Ce n’est pas peu dire.

M. Ulysse GOSSET.- Réformer, cela veut par exemple créer un conseil des ministres à l’échelle de l’Afrique ?

M. Jean PING.- Réformer, c’est beaucoup de choses. On peut distinguer quatre ou cinq objectifs de l’Union Africaine. Ce sont d’abord les questions de paix et de sécurité que tout le monde connaît. C’est la partie la plus visible.

M. Ulysse GOSSET.- Et on va parler du Tchad tout à l’heure.

M. Jean PING.- On voit nos Casques verts au Soudan. On voit les troupes en Somalie, les troupes africaines à côté des Casques bleus de l’ONU. On voit nos émissaires au Kenya, Kofi Annan est, là, émissaire de l’Union Africaine.

M. Ulysse GOSSET.- Il va réussir ?

M. Jean PING.- J’en suis convaincu. Il faut qu’il réussisse. C’est un impératif.

Cette partie porte sur la paix et la sécurité mais nous avons les questions de développement. L’un des grands objectifs, c’est la question du développement. Ces questions, la lutte contre la pauvreté, la lutte contre la marginalisation du continent, les maladies, le VIH Sida, le paludisme, les épizooties, l’éducation, etc., sont importantes. Ce deuxième objectif est important.

J’ai l’intention de faire en sorte que l’Afrique marche sur ses deux jambes. Il y a la jambe politique, la paix, la sécurité, que tout le monde connaît. Il y a l’autre jambe, qui est importante, la partie développement que l’on connaît moins bien mais qu’il convient de relancer. Un exemple : le Népad. Il faut que le Népad devienne opérationnel. Il faut une tête, belle tête qui fasse en sorte que ces deux jambes marchent. Cette tête, ce sont les institutions de l’Union Africaine, qu’il faut aussi réformer.

Il y a la commission bien entendu. Il faut faire en sorte que cette commission marche, qu’elle devienne efficace, qu’elle travaille dans la transparence, que les pays qui nous donnent de l’argent sachent ce que l’on fait de leur argent. C’est la nécessité de rendre compte. Il y a d’autres objectifs.

M. Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, c’est le président du Gabon qui vous a donné ce surnom de “Mao” Comment réagissez-vous ?

M. Jean PING.- C’est exact. Pour la petite anecdote, j’avais remarqué que, quand le président Bongo était particulièrement content de moi, il m’appelait effectivement “Mao”. Normalement, il m’appelait Jean. Quand il était moins content, il m’appelait “Monsieur le ministre d’Etat”. Je savais voir, selon les appellations, lorsque le président était heureux ou l’était moins.

M. Ulysse GOSSET.- Ce surnom “Mao” rappelle vos origines chinoises, mais cela fait de vous aujourd’hui, un excellent médiateur pour dialoguer avec la Chine qui devient l’une des grandes puissances en Afrique.

M. Jean PING.- Oui. Vous savez, l’Afrique a plusieurs partenaires, le partenaire traditionnel de l’Afrique, en général, c’est l’Europe. Nous avons avec l’Europe des liens séculaires. L’Europe n’est séparée de l’Afrique que par les 15 kilomètres du détroit de Gibraltar et la mer Méditerranée, j’allais dire le “lac méditerranée”. Il y a donc entre l’Europe et l’Afrique des liens géographiques, économiques, culturels, si importants, qu’on peut penser que le Gabon, l’Afrique en générale, devrait s’arrimer à l’Europe qui est le partenaire le plus proche, le plus traditionnel.

Maintenant, la mondialisation veut que nous sortions des relations classiques, des relations entre partenaires, anciens colonisateurs et anciens colonisés. Il faut s’ouvrir au reste du monde. Cette ouverture est marquée par la présence, comme vous même venez de le voir, plus grande des Etats-Unis d’Amérique (le Président Bush est en train de visiter le continent africain), par le partenariat avec le Japon, avec la Chine, avec la Corée, avec l’Amérique latine, donc les partenariats se multiplient.

M. Ulysse GOSSET.- Votre philosophie, c’est d’abord : “Entendons-nous entre Africains”.

M. Jean PING.- J’ai dit : l’Afrique intervient immédiatement, à chaque fois qu’une crise est enregistrée quelque part. L’ONU arrive parfois 10 ans après. En Côte d’Ivoire, l’ONU est arrivée 10 ans après.

Souveraineté monétaire: le décrochage du FCFA revient dans l’actualité africaine

In Débat, Gestion de crise, Prospective, Stratégie, veille on 20 février 2008 at 11:28

Depuis que le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly, est revenu sur l’idée du décrochage d’avec le FCFA, l’émotion de certains perle par-delà les frontières ivoiriennes (…)

Pour ce représentant du peuple, « …on ne peut pas continuer avec un franc CFA surévalué qui nous appauvrit. On a une monnaie digne de l’Allemagne d’aujourd’hui, alors que nous sommes une économie pauvre d’Afrique…. Ca peut être dur mais le Ghana a sa monnaie, le Nigeria a sa monnaie, la Guinée a sa monnaie, le Libéria a sa monnaie, l’Afrique du Sud a sa monnaie, la Tanzanie a sa monnaie. Mais pour nous là, on dit que non la France dit, elle ne veut pas. Il faut qu’on arrête de dire ce que la France veut avant qu’on fasse. Le gouvernement français n’a qu’à gérer la France, c’est son droit et laisser les Africains gérer l’Afrique, c’est tout ». Faut-il dès lors s’étonner de ce déchaînement ?

Ce n’est pas la première fois que cet agrégé d’économie met cette question sur le tapis. Au plus fort de la crise, alors même qu’il n’y avait pas de perspective électorale à l’horizon, il en a parlé comme étant un des passages obligés pour la Côte d’Ivoire de recouvrer sa souveraineté et de mettre son économie au service de l’intérêt national. Il faut reconnaître d’ailleurs qu’il est arrivé de temps en temps au président Laurent Gbagbo lui-même, soit par calcul, soit par conviction, de laisser perler cette éventualité. L’idée du reste est loin d’être aux yeux de nombreux experts du continent et d’ailleurs, assimilable à une incongruité. Nombre d’entre eux en effet estiment que ce franc CFA arrimé à l’euro par le canal du Trésor français avec toutes les prestations et les sujétions qui en découlent pour l’indépendance des pays de la zone CFA, est trop lourd à supporter. L’idée paraît si légitime aux yeux de certains économistes que l’on en voit ces temps-ci qui préconisent un décrochage au profit d’une monnaie africaine qui reposerait sur les matières premières essentielles dont regorge l’Afrique : café, coton, or ou le pétrole.

Le trader vedette Mostafa Belkhayate, dans un entretien au journal « Les Afriques », explique que l’or « va monter avec force ». Pour lui, une once d’or (NDLR : 31.035 grammes d’or, au cours d’environ 900 dollars) va monter à 1450 dollars US en décembre 2008 et même à 2.000 dollars US en 2009. L’or « va quitter sa dimension de matière première pour la dimension devise ». Et ce n’est pas tout puisque, pour le spécialiste, «le pétrole se dirige vers 150 USd le baril sur les 2 prochaines années… ». La conclusion pour lui est simple : « étudier sérieusement la problématique de créer une devise africaine, non pas basée sur une autre devise étrangère, mais sur un panier de matières premières typiquement africaines, comme l’or, le pétrole, le café, le cacao, le coton. Je suis convaincu que la solution du développement africain passe par cette véritable indépendance monétaire ».
En somme, si Mamadou Koulibaly remet cette question en jeu, on s’en étonnera d’autant moins que le contexte s’y prête avec en France un président élu qui, après avoir prôné la rupture, esquisse un glissement vers une Françafrique qu’il semble vouloir servir avec plus de conviction que son devancier, Jacques Chirac (…)

Sources: San Finna