Retrouvez la réponse de Guy Gweth dans Les Afriques n°95 (du 29 octobre au 4 novembre 2009) sous le titre « Pour une stratégie continentale d’intelligence économique », page 22. Extraits:
Archive de la catégorie «Diplomatie économique»
Vers une stratégie panafricaine d’intelligence économique ?
In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie on 1 novembre 2009 at 1:35La diplomatie économique selon Lula
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Soft Power on 31 octobre 2009 at 9:41Un très bel article de Rodrigo Mallea de La Nacion, Buenos Aires, repris dans le dossier « Brésil – Le réveil d’un géant » du Courrier international numéro 991, paru le 29 octobre 2009. Extraits :
Les défis de la diplomatie économique africaine (2)
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique on 11 octobre 2009 at 11:00Rappel: bien avant la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2009, la plupart des grandes puissances travaillaient déjà à orienter leur diplomatie dans un sens résolument Business. En France par exemple, les opérateurs économiques sont quasiment de tous les voyages internationaux de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007. Pour gagner des parts de marché à l’extérieur et attirer plus d’investisseurs et de touristes étrangers, la diplomatie africaine doit relever au moins deux défis: élaborer des stratégies nationales d’intelligence économique et activer les leviers d’actions stratégiques correspondants.
Activer les leviers d’actions stratégiques
A ce niveau, trois principaux axes retiennent l’attention des stratèges pour ce qui est notamment de l’influence. Il s’agit d’internet, des normes et du cas spécifique des ONG et associations internationales.
Internet
Il n’est nul besoin d’adhérer aux théories du complot pour constater que le traitement de l’information africaine dans les grands médias internationaux pose un grave problème et constitue un puissant frein aux investissements étrangers. Même si l’actualité n’est pas toujours à la fête, force est d’observer que les atouts du continent noir ne sont que très rarement à la une des journaux et magazines. Devant ce constat, Internet apparaît comme une caisse de résonance low cost capable de servir de contre-pouvoir au rouleau compresseur de grands médias. C’est la plage rêvée pour impacter les perceptions d’investisseurs et de touristes potentiels dans un marché qui comptera 2,2 milliards d’internautes en 2013!
Les normes et classements
A l’heure qu’il est, de nombreux classements et normes existent dans la sphère internationale pour mesurer la performance des États, des entreprises, des individus ou de l’attractivité d’une région. Même s’ils ne font pas l’unanimité, les classements tels que Doing Business attirent l’attention des décideurs politiques, des opérateurs économiques et de l’opinion publique. A défaut d’en créer, la diplomatie économique africaine doit pouvoir infiltrer ces sphères de manière pro-active afin d’en impacter les usages et la finalité. Abandonner ce terrain oblige toujours à la défensive. C’est pour cette raison primordiale que la Chine (à travers l’université Jiao Tong de Shangai) par exemple, a initié le classement des 500 premières universités du monde en 2003, en attendant d’investir le champ des ONG.
Les ONG et associations internationales
Hormis des cas exceptionnels comme celui des autorités d’Abuja qui ont exigé et obtenu les excuses de l’américain Sony le 21 septembre dernier pour atteinte à la réputation du Nigeria dans une publicité, les exécutifs africains sont rivés dans une posture défensive. Pis, ils se défendent mal lorsqu’ils sont pris à partie par des ONG comme Transparency International. Ce type d’affrontement asymétrique est et sera défavorable à l’image du continent tant que l’Afrique n’aura pas généré des ONG capables de faire face à leurs homologues occidentaux. Les dirigeants chinois l’ont appris à leurs dépends lors du passage de la flamme olympique en Europe en août 2008, même s’ils ont su réagir par des opérations d’information ciblées.
La diplomatie économique est avant tout une question d’influence et de stratégie. Produire des connaissances ou des œuvres d’art, créer des normes ou des classements, organiser des visites touristiques ou d’affaires, octroyer des bourses d’étude ou des distinctions honorifiques… sont redoutablement efficaces lorsqu’ils sont pilotés par un État-stratège. Les diplomates ne demandent pas plus pour contribuer à la richesse des nations.
Guy Gweth
Avez-vous lu Les défis de la diplomatie économique africaine (1) ?
Les défis de la diplomatie économique africaine (1)
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Soft Power on 8 octobre 2009 at 6:25Bien avant la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2009, la plupart des grandes puissances travaillaient déjà à réorienter leur diplomatie dans un sens résolument business. En France par exemple, les opérateurs économiques sont pratiquement de tous les voyages internationaux de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007. Du nord au sud du globe, le durcissement de la concurrence et la fébrilité générée par la crise économique et financière ont propulsé la diplomatie économique au devant de la scène. Pour gagner des parts de marché à l’extérieur et attirer plus d’investisseurs et de touristes étrangers, la diplomatie africaine doit relever au moins deux défis principaux: élaborer des stratégies nationales d’intelligence économique et activer les leviers d’actions correspondants.
Élaborer une stratégie nationale d’intelligence économique
Cette étape fondamentale passe par la définition précise d’une doctrine nationale, le choix des secteurs prioritaires de l’Etat concerné et leur déclinaison institutionnelle et opérationnelle.
Définition d’une doctrine
Si l’on considère simplement l’intelligence économique comme un processus de collecte, d’analyse et de mise en circulation sécurisée de l’information économique utile aux décideurs, il faut en conclure qu’elle est l’indispensable point de départ d’une diplomatie économique efficace. Un tel dispositif peut se révéler extrêmement rentable dans un pays comme le Ghana qui a bénéficié de la visite très symbolique du Président Obama du 10 au 11 juillet 2009 après l’élection exemplaire de John Atta Mills à la tête de l’Etat, et où la découverte de nouveaux gisements de gaz et de pétrole devrait attirer plus d’investissements étrangers que jamais. Cela implique de définir des principes de bases, un plan d’action précis et des secteurs prioritaires.
Choix des secteurs prioritaires
La délimitation d’un périmètre de priorités est primordiale dans la définition d’une stratégie nationale d’intelligence économique. Elle permet d’éviter des pertes d’énergies là où on en a le moins besoin pour les concentrer dans les secteurs les plus rentables pour le pays. Cela est vrai aussi bien pour les richesses dont dispose une nation que pour celles qu’elle convoite. En se focalisant par exemple sur le secteur des hydrocarbures, le Nigeria a attiré 20 milliards de dollars d’investissements en 2008, soit 8 milliards de plus qu’en 2007, d’après le rapport 2009 de la CNUCED. Cette approche ne doit cependant pas conduire à délaisser les secteurs vitaux tels que l’agriculture. Il faut l’inscrire de manière opérationnelle au cœur des institutions.
Déclinaison institutionnelle et opérationnelle
Comme modèle de déclinaison d’une stratégie d’intelligence économique, il n’y a pas mieux que le super ministère japonais de l’économie, du commerce extérieur et de l’industrie, plus connu sous l’abréviation METI (Ministry of Economics, Trade and Industry). Il a été crée en 1949 sous le sigle MITI pour favoriser les technopôles dans le pays, surveiller les échanges du Japon avec l’extérieur, informer et conseiller les entreprises nipponnes à l’international. Ce modèle pourrait d’autant plus inspirer les gouvernements africains qu’il a été institué dans un Japon complètement dévasté par la 2ème guerre mondiale et qu’il a su fédérer les secteurs publics et privés du pays autour de leviers d’action communs, avec les résultats qu’on connaît.
A suivre prochainement: les leviers d’actions stratégiques
Guy Gweth
Enjeux diplomatiques et stratégiques 2009
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Prospective, Risk Management, Sécurité on 4 octobre 2009 at 10:18Certains penseront à juste titre qu’en tant qu’Ancien du CEDS de Paris, je prêche pour ma paroisse. La vérité va au delà : Enjeux diplomatiques et stratégiques est l’ouvrage de référence qu’il faut absolument lire lorsqu’on opère sur la scène internationale aujourd’hui.
Réalisée par « une équipe pluridisciplinaire constituée d’universitaires, de diplomates, de journalistes et d’officiers supérieurs », l’édition 2009 est parue chez Economica sous la direction de Pascal Chaigneau. Y ont collaboré : Viatcheslav Avioustskii, Francis Balle, Dominique Bangoura, Mustapha Benchenane, Raymond Carter, Emmanuel Caulier, Jean-Christophe Dallemagne, Carla di Martino, Patrick Dombrowsky, Yacouba Doumbia, Jean-Louis Dufour, Georges Estievenart, Patrick Ferras, Gilles Gallet, Thierry Garcin, Thérèse Gastaut, Jorge Huerta-Jemio, Fereydoun Khavand, André Lewin, Fouad Nohra, Jean-Bernard Ouvrieu, Henri Paris, et Olivier Rouquan. Voici quelques extraits :
2008-2009 : le nouveau visage des médias
« Philip Meyer, dans son livre The Vanishing Newspaper, annonce par avance l’année où les quotidiens imprimés auront été définitivement remplacés par les sites d’informations du Web : 2040. L’annonce fait écho au célèbre discours prononcé par Rupert Murdoch, le 13 avril 2005, devant les représentants de l’Association américaine des rédacteurs en chef. Au sein du New York Times, en privé, on tient pour révolue l’heureuse époque où la règle d’or consistait, pour le journal, à ‘publier toutes les informations dignes de l’être’. » P. 235
La vie des Nations Unies en 2008
« La date du 2 avril (2009) et la place, Londres, étaient retenues pour le sommet du G-20. On dit qu’il devait être refondateur du système financier mondial et constituer un deuxième Bretton Woods. Mais comment pouvait-il en être ainsi, s’il s’agit pour vingt États de décider de ce qui en concerne 192 ? Certes, on imagine que les ‘locomotives’ du Groupe des 77 qui participent au G-20 telles que l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Inde s’efforceront d’être porteuses des revendications de tous les pays du Sud… » P. 245
Le retour de l’État sur la scène internationale
« Parallèlement à l’économie, l’État opère son retour sur la scène internationale par la guerre, de nouveau ultima ratio regnum. Pour souligner le poids des souverainetés comme détentrices de la violence légale, Louis XIV faisait graver à la bouche de ses canons : ‘Le dernier argument du Roi’. La résurgence de la Russie sur la scène géostratégique et la guerre de Géorgie d’août 2008 ont redonné aux conflits entre États que l’ont croyait oubliés une particulière actualité. » P. 8
La guerre en 2008
Les États continuent de ne pas voir dans la guerre un moyen de résoudre les contradictions qui les opposent. Restent les affrontements entre États et groupes armés et autres guerres par procuration. Il n’est pas dit que ces guerres asymétriques soient complètement inutiles. Elles amènent les armées à reconsidérer leurs méthodes de combat et d’entraînement, à mieux appréhender les formes de la guerre probable que décrit, avec talent et une grande qualité d’analyse, le général Vincent Desportes, et finalement à mieux se préparer à rétablir la paix. » P. 225
Guy Gweth
Pétrole : la Chine vise 6 milliards de barils au Nigeria
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Stratégie, veille on 1 octobre 2009 at 9:28La Chine voudrait conclure l’un de ses plus gros contrats d’énergie à l’étranger dans les prochains jours. Pékin est prêt à débourser entre 30 et 50 milliards de dollars au Nigéria pour y exploiter d’importants champs pétroliers.
La Chine qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en hydrocarbure espère mettre la main sur une partie du pétrole du Nigéria, selon le Financial Times. Les gisements en négociation représentent un sixième des réserves du Nigéria soit 6 milliards de barils. L’offre chinoise est estimée entre 30 et 50 milliards de dollars.
LA CNOOC, l’une des trois majors chinoises de l’énergie, est en négociation avec le Nigéria au même titre que Shell, Chevron, Total et ExxonMobil pour exploiter 16 gisements dont les licences détenues par les sociétés pétrolières occidentales arrivent à la fin de leurs échéances.
Le ministre nigérian du Pétrole Rilwan Lukman a confirmé mercredi que des discussions étaient en cours avec la Chine sur un possible contrat pétrolier, mais qu’aucune décision n’a été prise. “Les Chinois ne sont pas les seuls à chercher à avoir accès au pétrole et au gaz du Nigéria… Nous sommes en discussion continue avec divers groupes et intervenants“, a-t-il précisé.
Rappel : avec ses 2.356.000 barils par jour, le Nigéria représente 2,9% du pétrole mondial. Le pays a vu sa production entravée par le conflit politique qui l’oppose au groupe séparatiste Mend dans le delta du Niger. Le Nigéria a rejoint l’OPEP en 1971.
TV, AFP & GG
Le risque d’investir en Guinée équatoriale
In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Management de l'information, Risk Management on 29 septembre 2009 at 8:30Le 30 août 1979, le colonel Teodoro Obiang Nguema accède au pouvoir à Malabo (capitale d’un État lilliputien de 28 051 km² situé dans le golfe de Guinée), à la suite d’une révolution de palais. A l’époque, la Guinée équatoriale est exsangue et le nouveau Président est obligé de faire appel au concours du Fonds monétaire international.
Quelle intelligence économique pour le sud du Sahara ?
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Sécurité on 13 septembre 2009 at 1:30Pour la rubrique « Trois questions à » d’un magasine économique, le journaliste Jean Vincent Tchienehom nous demandait récemment si « c’est cher même pour une petite entreprise d’intégrer l’intelligence économique dans sa stratégie ? » Les entreprises ne s’enquièrent du coût de l’ignorance qu’au moment de mettre la clé sous la porte. La perception qu’ont donnée les fabricants de logiciels de veille à l’IE dissuade nombre de PME et PMI des PMA. Pourtant l’intelligence économique (IE) comme elle opère dans les pays en développement (et singulièrement au sud du Sahara) est sans commune mesure avec ce qui a cours dans les pays riches.
Tout au plus les similitudes s’arrêtent-elles à la théorie et à quelques outils. L’opérationnel est tout autre. Dans ce champ, ceux qui tentent de transférer tel quel le savoir-faire du Nord vers le Sud ne visent qu’à perpétuer la suprématie du premier sur le second. Sans –loin s’en faut- aider à résoudre les questions liées au contexte local. C’est pour cette raison que chaque fois que nous parlons d’intelligence économique et stratégique en Afrique noire, nous attachons du prix à consacrer un chapitre entier à la contre-influence. Ceux qui boivent le sang de ce continent n’arrivent pas en chars. Ils empruntent la culture, les idées.
Au delà de l’aptitude des décideurs à se poser les bonnes questions, de la méthodologie à déployer pour produire du renseignement et des capacités pour chercher, trouver et protéger l’information, l’IE est un moyen de partage enrichissant. Ce que l’on nomme « solidarité africaine » trouve donc ici un terrain d’expression supplémentaire. Mais il importe fondamentalement de bien identifier ses concurrents. Le jour où les Africains mettront un nom sur l’ennemi extérieur, tirer dans la même direction se sera plus une question de coût mais de stratégie d’intelligence commune entre forces vives de la nation.
Car en vérité, l’intelligence économique est par dessus tout un état d’esprit et un esprit d’équipe. Aidée par la mondialisation, la guerre économique telle qu’elle se déploie aux quatre coins du monde n’épargnera aucune entité isolée. Les Africains (États, entreprises, ONG et experts) doivent se « battre ensemble comme des frères » ou se préparer à « mourir ensemble comme un troupeau » suivant la sentence imagée et réaliste de Luther King. De l’Etat-stratège aux pôles de compétitivité en passant par une diplomatie économique résolument offensive, c’est un nouvel état d’esprit qui convoque les décideurs.
Il est étonnant d’observer que les secteurs névralgiques tels que le pétrole, le bois, la bauxite, les transports, les aires cultivables, etc… qui sont la convoitise des puissances étrangères ne soient à ce jour l’objet d’une surveillance par des unités spéciales formées aux techniques d’intelligence stratégique. Des informateurs y sont actifs, mais nous avons prouvé qu’au Congo et en RDC par exemple, ils sont dépassés par les réseaux et la vitesse d’exécution de leur vis-à-vis. Sur ce point, comme sur celui de la guerre informatique en particulier, la refonte des services de renseignements africains est une nécessité a-b-s-o-l-u-e.
En résumé, l’intelligence économique pourrait bien profiter à l’Afrique noire à condition de se départir de l’influence étrangère, d’instaurer l’Etat-stratège, de définir les secteurs prioritaires, de mettre en place des plateformes de collecte et de partage d’informations, de révolutionner les services de renseignements, de créer des lieux d’échanges privilégiés entre les secteurs public et privé. En attendant, y a-t-il plus loyal que les acteurs africains de l’IE (point d’intersection entre expertise internationale et maîtrise du contexte local) pour avertir et outiller les pouvoirs publics, les entreprises, les ONG et les médias nationaux?
Guy Gweth
Dans le même ordre d’idées, lire :
Contre-intelligence : l’expertise d’une PME africaine
Vos chantiers thématiques pour la rentrée
In Benchmarking, Diplomatie économique, Intelligence compétitive, Intelligence sportive, Intelligence économique, Stratégie on 4 septembre 2009 at 8:50Chers lecteurs,
Depuis janvier 2008, vous êtes plusieurs milliers à nous témoigner votre intérêt en consultant, en imprimant et en recommandant des centaines de pages de ce site. Nous vous en sommes reconnaissants. Car par vos commentaires et suggestions, grâce aux demandes toujours plus pointues des ONG’s et entreprises clientes, vous réussissez chaque jour à nous pousser à la conquête de nouveaux territoires d’investigations au profit de décideurs stressés par l’incertitude et des bouleversements constants. D’où ces chantiers thématiques.
Certains parmi vous le savent : si nous théorisons sur l’intelligence stratégique et la diplomatie économique, c’est davantage pour tenir en alerte nos publics-cibles, au plus pour sensibiliser l’opinion africaine, parfois échanger avec des collègues, éventuellement décoiffer les étudiants d’écoles bien pensantes et tracer des sillons aux générations futures, fût-ce modestement. Car l’intelligence, la vraie, ne se raconte pas. Non. Elle se pratique. C’est la substance de cette practice que nous allons exposer d’une manière plus cohérente.
L’objectif est de laisser les aspects pédagogiques de notre matière aux cabinets conseils, aux établissements supérieurs et autres centres de formation pour nous atteler à résoudre (ou tout au moins contribuer à solutionner) les problèmes d’ordre informationnel qui se posent aux États et aux entreprises ainsi qu’aux organisations de la société civile du Sud. Chaque thème abordé comprendra trois articles d’une page A4. Pas plus. Ce que Siméon Ombiono, notre ancien professeur de droit civil qualifie de « pluie d’idées dans un désert de mots. »
Seuls les articles protégés ou dictés par une actualité brûlante échapperont à la règle des trois billets. Chaque fois que cela sera possible, nous invoquerons le passé pour tenter de sonder le présent et nous projeter dans l’avenir. C’est Christian Harbulot, notre maître en infoguerre qui aime à rappeler que « les gens ont tendance à répéter leurs actes… » Cela est particulièrement vrai dans le cadre d’attaques informationnelles comme nous le verrons ensemble. Même en essayant d’innover, les lignes de forces de nos articles resteront celles-là.
Dans les jours qui viennent, nous aborderons tour à tour les thèmes de l’exception africaine en matière d’intelligence économique (en compagnie d’experts africains tels que Joseph Bayehe, directeur exécutif de l’organisation africaine de l’intelligence économique), la souveraineté des États africains en matière de télécommunications où nous montrerons avec l’aide d’ingénieurs comment l’Afrique est sur écoutes 24h/24. Suivront l’affrontement des compagnies aériennes dans le ciel africain, l’agriculture, le tourisme… etc.
Plus tard, le tirage au sort de la coupe du monde de football 2010 au pays de Nelson Mandela sera l’occasion d’approfondir le thème de l’intelligence sportive. Du coup de tête de Zidane aux soupçons portés sur le sprinter jamaïcain Usain Bolt, triple recordman mondial, en passant par les rumeurs lancées contre la championne sud-Africaine du 800 m Caster Semenia… Nous décrypterons les dernières techniques de déstabilisation en cours dans le sport de haut niveau avec l’espoir que l’Afrique remporte sa première World Cup.
Chers lecteurs, si ces chantiers thématiques devaient manquer leur objectif, merci de nous l’exprimer en pensant comme Montaigne que c’est « du choc des idées (que) jaillit la lumière. »
Bonne rentrée !
Guy Gweth
Protégé : Comment Kadhafi a dupé la France, de Tripoli à Paris
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management, Sécurité on 25 août 2009 at 8:45Communication stratégique, enjeu de défense nationale
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Perception Management, Soft Power on 23 août 2009 at 5:45
Fragiliser l’adversaire avant de le convier aux négociations est une vieille tactique de guerre qui marche encore. Les diplomates le savent très bien: il est plus aisé de fixer les conditions de paix lorsque les vaincus n’ont d’autres choix que la reddition. L’héritage des guerres passées à la société de l’information actuelle est visible dans la déstabilisation des dirigeants africains (par campagnes de désinformation ou rapports d’enquêtes… publiés à l’approche de grands rendez-vous internationaux). Pour contribuer à faire de la communication stratégique un enjeu de défense nationale dans ces pays, j’ai invité le chef de la cellule de communication au cabinet du Premier Ministre du Cameroun, Fritz-Jules Ebellé Eboumbou, journaliste principal. Fondateur en 1995 de l’Association Nationale des Professionnels de la Communication Institutionnelle (ANAPROCI), c’est un expert aguerri qui nous fait l’honneur de répondre à quelques questions. Une exclusivité.
Guy Gweth: en Afrique, le personnel politique, les acteurs de la société civile et même les opérateurs économiques montrent encore une certaine timidité à communiquer dans la blogosphère. Pourquoi le chef de la cellule de communication au cabinet du Premier Ministre du Cameroun a-t-il accepté mon invitation?
Fritz-Jules Ebellé Eboumbou: en vous remerciant sincèrement pour votre aimable invitation de m’exprimer à travers votre blog, il m’est agréable de vous faire savoir qu’un communicateur parvenu à mon niveau ne peut que se réjouir de l’opportunité ainsi offerte d’exposer ses attentes, préoccupations et convictions (apc).
Le Cameroun (comme plusieurs pays africains) est périodiquement l’objet d’attaques par l’information de la part d’acteurs extérieurs, actes hostiles souvent bien relayés par la presse nationale. Sans entrer dans le fond, comment jugez-vous les réponses apportées par les autorités nationales à ce type d’assauts?
L’héritage du parti unique dans le comportement et les attitudes de nos dirigeants n’est pas à minimiser. Dans ce contexte, vous ne l’ignorez pas, le secret était élevé à la dignité de culte. Faire savoir ce que l’on fait n’était pas une préoccupation. Les messages des pouvoirs publics allaient vers les administrés à sens unique. Sans que les réactions des concernés soient un souci majeur. Du jour au lendemain, sans préavis, le mur de Berlin tombe et on se réveille dans un monde nouveau avec de nouvelles exigences de gouvernance pour lesquelles on était peu préparé. Et même si en général, les accusations dont ils sont l’objet ne sont pas toujours fondées, nos gouvernants restent embrigadés par les vieux réflexes qui sont insuffisamment adaptés aux nouvelles réalités de l’heure. On assiste alors à une communication de type défensive bien peu percutante au regard des résultats généralement en deça des attentes de nos pouvoirs publics.
Quelles sont à votre avis, les raisons qui font que de nombreux États au sud du Sahara n’ont toujours pas inscrit la communication stratégique comme enjeu de défense nationale alors que les dégâts sont terribles pour l’image et l’économie de ces pays?
Il convient de considérer chaque cas dans son contexte, d’éviter les généralisations abusives. Si vous examinez les textes réglementaires vous serez surpris des dispositions envisagées. Le sempiternel problème réside au niveau de l’application effective des textes en question. Au Cameroun que je connais bien, l’arsenal juridique dans le domaine de la communication est très pertinent. Des mesures sont arrêtées au niveau de la Présidence de la République. Chaque département ministériel dispose d’une Cellule de Communication. Les Services du Premier Ministre ne sont pas en reste. Mais comment coordonner tout cela? Comment en faire un instrument véritablement dédié à la valorisation de l’image de marque des institutions nationales tant sur le plan interne qu’externe? La prise de conscience est bien réelle. C’est la mise en œuvre effective des préoccupations des pouvoirs publics qui demeure problématique.
Au cabinet du Premier Ministre du Cameroun, vous travaillez depuis une dizaine d’années sur un concept de laboratoire d’idées dont le leitmotiv est: “les batailles se gagnent ou se perdent ou sur le terrain de la communication.” Quels en sont les axes stratégiques?
Nous travaillons à restaurer la confiance entre le corps des journalistes toutes tendances confondues avec les pouvoirs publics, nous visons à restaurer des liens de partenariat entre nos pouvoirs publics et la presse internationale, nous nous attelons à faire adopter une communication de proximité en direction de nos partenaires stratégiques. Nous entendons amener nos pouvoirs publics à s’approprier les concepts modernes de l’intelligence stratégique pour améliorer leur positionnement sur la scène internationale. En janvier 2010, nous serons outillés pour mesurer les résultats obtenus dans ces différents chantiers… ./.
La communication défensive des Etats africains : le cas du Cameroun
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Gestion de crise, Intelligence économique, Perception Management, Soft Power on 21 août 2009 at 11:30La communication c’est la guerre. Ceux qui l’ignorent en font les frais. Depuis les années soixante, décennie des indépendances en Afrique subsaharienne, les États n’ont interprété cet axiome que sous un angle monolithique. On communique essentiellement pour défendre la position officielle du gouvernement. Mais avec la chute du mur de Berlin, le vent de démocratisation sui generis, les crises, la concurrence et la mondialisation de l’information, les États africains sont contraints d’innover. Leurs gouvernements doivent communiquer vers l’international pour attirer les investisseurs et touristes étrangers, pour accroitre l’influence et le rayonnement du pays, pour déjouer les courbes des agences de notation et parer aux actes hostiles. Epinglé en l’espace de 45 jours par les rapports du CCFD[1] et du Foreign Policy[2], le Cameroun (Afrique en miniature) révèle une communication monarchique de type défensif (I) qui gagnerait à passer en mode républicain de type offensif (II).
I – Une communication de type défensif
Le Cameroun est très certainement le seul pays au monde où la Présidence de la République est dotée de deux sites officiels[3] sur internet. Ce seul indice suffit à trahir l’état d’esprit des griots noirs (A) et des sorciers blancs (B) payés par le contribuable pour gérer l’image de marque du pays.
A/ Les griots noirs
Comme c’est souvent le cas lors des classements de Transparency international inscrivant le Cameroun au tableau des pays les plus corrompus de la planète, les dernières accusations portées contre la fortune du chef de l’Etat camerounais par l’ONG française, CCFD, ont donné lieu à un schéma de défense classique en Afrique : les membres du gouvernement montent au créneau pour se justifier face à une ONG, profitant au passage pour chanter les louanges du Président. Un combat asymétrique perdu d’avance. Car en face, on n’a tôt fait d’enfermer dans leurs propres contradictions ces griots qui entourent leur monarque d’un airbag de flatteries, décrédibilisant ainsi leur pays, presqu’autant que les sorciers blancs.
B/ Les sorciers blancs
Les gourous de RP et communication qui conseillent aux chefs d’Etat africains d’acheter des pleines pages de journaux parisiens pour défendre et promouvoir leur pays et gouvernants lors de visites officielles sont des dealers. Car plus personne ne croit à ce type de communication, et surtout pas le lecteur français, les dirigeants européens encore moins. Aussi entend-on régulièrement nos sorciers blancs se moquer de leur clientèle subsaharienne lors de diners en ville : « ils sont trop généreux… Ils font confiance facilement… Ils ne réalisent jamais d’étude d’impact et c’est tout bénéf pour nous… », confie-t-on entre deux coupes dans les restaurants du VIIè et du XVIè arrondissements parisiens. Vivement l’offensive!
II – Une communication de type offensif
La nouvelle stratégie de communication que nous suggérons aux Exécutifs africains trouve son encrage et ses ressources dans les failles des adversaires (A) et l’expertise nationale (B).
A/ Les failles adverses
A l’heure où de plus en plus d’ONG crédibles servent de bras armés à leur gouvernement ou à des groupes d’intérêts, un traitement particulier doit leur être réservé dans les dispositifs républicains de défense. Dès l’instant où des failles d’ordre moral (dettes de jeu, inscription aux alcooliques anonymes, penchant pour les paradis artificiels…) sont relevées sur ceux qui posent des actes hostiles, il faut riposter en prenant les précautions d’usage, non seulement pour déplacer le débat dans l’espace, en décrédibilisant l’assaillant, mais aussi pour dissuader d’autres adversaires potentiels, en s’appuyant sur des experts nationaux.
B/ L’expertise nationale
Dans son déficit de créativité et sa soumission à l’Occident, aucun État africain – à part la Libye, le Ghana et l’Afrique du Sud – n’a entrepris de générer des caisses de résonance internationales, des think tank, des ONG ou des idiots utiles moralement irréprochables pour traiter d’égal à égal avec leurs adversaires; et à contre-attaquer le cas échéant. Ayant trop tiré sur la corde, « l’église catholique qui est au Cameroun » est désormais disqualifiée pour tenir ce rôle et les conseillers en communication du Président semblent blasés par l’ennemi intérieur. Pourtant, il y a des experts nationaux compétents qui ne demandent qu’à être intégrés dans une stratégie d’intelligence collective au profit de leur pays et du continent africain.
Guy Gweth
[1] Biens mal acquis, à qui profite le crime ?
[2] Classement 2009 des pays à risque
[3]Les deux sites officiels sont: www.prc.cm & www.presidenceducameroun.com
S’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Risk Management on 20 août 2009 at 3:00Face aux menaces qui pèsent sur le monde actuel (attaques terroristes, guerre informatique, conflits armés, réchauffement climatique, ouragans, pandémies, prolifération nucléaire sauvage… “Foreign Policy a demandé à 21 experts internationaux, chacun dans son domaine, de donner une solution qui aiderait à faire de la planète un monde un peu meilleur et plus agréable à vivre.” Le 12è point : lutter contre le terrorisme signé de John Arquilla, professeur en stratégie de défense à l’Ecole Navale Supérieure, a particulièrement retenu notre attention. Dans les lignes qui suivent, Arquilla propose tout simplement de s’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre… Quelle ingéniosité! GG
« “Réseau” est le mot le plus couramment utilisé pour désigner les organisations terroristes depuis le 11-Septembre 2001. Pourtant, depuis six ans que le premier grand conflit armé a eu lieu entre des Etats et des “réseaux”, les Etats en sont toujours à livrer la “dernière bataille”. On a à peine remarqué que la poursuite d’Al-Qaïda et de ses alliés s’effectue sans qu’aucune réflexion sérieuse n’ait été menée sur les nouveaux types de problèmes que posent des adversaires qui opèrent en petits groupes interconnectés, avec un minimum de contrôle central.
« Les nations continuent de raisonner en termes d’accumulation de forces sur des champs de bataille, de puissance de feu “écrasante”, comme l’armée des Etats-Unis a tenté de le faire en Irak. Mais les “réseaux” là-bas ont su facilement dévier les coups, poursuivant leurs activités insurrectionnelles avec une sauvagerie encore plus grande. Dans ce nouveau type de conflit, – appelons cela “guerre de réseaux” – la dynamique de base est celle de ceux qui se cachent contre ceux qui les cherchent. L’époque est révolue où l’on massait mutuellement des forces pour qu’elles s’affrontent sur une plaine sinistre. Aujourd’hui, si vous ne trouvez pas l’ennemi, vous ne pouvez pas le combattre. Si les nations veulent avoir la moindre chance de défaire le terrorisme, elles doivent comprendre que les réseaux sont une forme d’organisation distincte, et non juste un qualificatif appliqué à la hâte. D’une manière pratique, cela signifie qu’il faut viser les “nœuds stratégiques” du réseau, et non pas seulement se borner à les neutraliser en envahissant ou bombardant les pays soupçonnés de les soutenir.
« Vous ne pouvez pas attaquer un “réseau” avec une armée traditionnelle. Au lieu de cela, il faut avoir la volonté d’organiser ses propres forces en unités souples et organisées en “réseaux”. De façon assez ironique, il faut dire que l’armée des Etats-Unis avait entamé sa guerre contre le terrorisme sous cette forme avec ses onze “A teams” des Forces Spéciales – soit moins de 200 hommes par équipe – qui ont renversé le régime Taliban et mis Al-Qaïda en déroute en Afghanistan. Chaque équipe était connectée aux autres et aux forces aériennes de soutien. Ils se sont révélés impossibles à arrêter. Mais depuis la fin 2001, la vieille garde des généraux américains a renoué avec sa préférence pour les grosses unités, d’abord en Afghanistan, ensuite en Irak. Et aujourd’hui nous sommes deux fois embourbés, en grande partie à cause de notre réticence à “combattre les réseaux par des réseaux”.
« Voici quelque quarante ans au Vietnam, le Pentagone a basculé d’une stratégie à base d’opérations spéciales ciblées et interconnectées en faveur de celle, conventionnelle, des “unités lourdes” conventionnelles, avec les résultats désastreux que l’on connaît. Jusqu’à maintenant, nous avons commis la même erreur dans la guerre contre le terrorisme. La seule différence, c’est qu’il est encore temps d’en inverser le cours. »
Les 21 solutions du Foreign Policy pour sauver le monde.
La Francophonie comme outil de guerre économique
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique on 29 juillet 2009 at 10:12Les pays développés ont fait de l’intelligence économique (IE) le moteur stratégique de leur développement et de leurs succès économiques. Dans le contexte actuel marqué par la globalisation des échanges, les États et entreprises francophones et africains en particulier sont condamnés à se doter d’instruments de surveillance, de prévision et d’anticipation. L’intelligence économique apparaît de ce point de vue comme une modalité de gestion de l’espace. L’information peut devenir une arme redoutable si elle est est ciblée, collectée, traitée, sécurisée et surtout partagée sans rétention. Dans un village planétaire travaillé par la guerre économique, l’espace francophone n’offre-t-il pas un excellent site d’expérimentation des stratégies d’intelligence collective ?
Selon Alain Juillet, ancien Haut responsable français chargé de l’intelligence économique, l’IE est un mode de gouvernance dont l’objet est la maitrise de l’information stratégique et qui a pour finalité la compétitivité et la sécurité de l’économie et des entreprises. L’intelligence économique, c’est-à-dire la capacité de créer des liens entre des informations économiques mais aussi sociales et culturelles, facilite les échanges entre plusieurs acteurs pour résoudre des problématiques de développement complexes. Elle aboutit à une meilleure compréhension des problèmes de marché, de développement des affaires et de coopération culturelle par la connaissance des valeurs, des représentations.
L’intelligence économique apparaît dès lors comme un créneau pour la Francophonie à l’heure où la tendance stratégique est au rapprochement, au partenariat entre pays et entreprises ayant les même valeurs en partage. L’IE est aussi un vecteur de développement et de coopération entre nations, et c’est dans cette perspective qu’il importe d’explorer de nouvelles voies pour renforcer la présence de la Francophonie dans les Etats membres. C’est d’ailleurs l’occasion pour cette communauté, souvent présentée comme un organisme en perte d’influence de réaffirmer sa légitimité et (pourquoi pas?) de poursuivre une stratégie de puissance dans une dynamique de coopétition.
Certains sont sceptiques quant à l’emploi de l’IE comme outil de combat dans de l’espace économique francophone. La plupart des Etats membres ont en effet un énorme retard à rattraper pour répondre aux défis qu’impose la conjoncture économique mondiale. Ils ont intérêt à construire ensemble un patrimoine informationnel qui assure leur compétitivité, leur permettant des actions offensives et défensives face aux opportunités, aux risques et menaces liés à la concurrence. C’est grâce à une telle prise de conscience suivie d’une politique d’IE qu’un pays comme le Maroc (cf. l’affaire des babouches) commence à résister à l’invasion des produits chinois.
Une autre catégorie de sceptiques est constituée d’acteurs pour qui l’intelligence économique est l’affaire des pays industrialisés. Il est vrai que la mise en place d’une politique d’IE reste très coûteuse pour un pays en développement. Mais l’un des objectifs de la communauté économique francophone n’est-il pas fondamentalement de se doter d’une plateforme commune de partage d’informations qui permettra à terme d’atténuer l’effort de guerre économique et de sécuriser le périmètre informationnel des pays membres?
Désormais, il y a une nouvelle grille de lecture de l’économie de marché. La mode est au partenariat et à la coopération. Seule une politique de défense économique francophone commune peut par exemple freiner l’appétit de l’ogre chinois qui ne cesse d’accroitre son influence en Afrique grâce à sa stratégie subversive de contournement et d’encerclement. A défaut d’être ouvertement offensive, la Francophonie peut se doter de moyens de défense.
Diagne Souadou
Consultante en IE
Diplômée de l’Ecole de Guerre économique de Paris
Le groupe Ben Laden à l’assaut du marché ouest-africain
In Diplomatie économique, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Leadership, Stratégie, veille on 28 juillet 2009 at 12:18Après une timide offensive ces dernières années en Afrique subsaharienne, le géant saoudien, Saudi Ben Laden Group, se lance à la conquête de l’Afrique francophone conformément à la nouvelle politique d’investissement en direction du marché ouest-africain convenue par ses administrateurs au courant de la première quinzaine du mois de juillet 2009.
Passer à la vitesse supérieure
Cette option stratégique des décideurs de la multinationale saoudienne intervient au lendemain d’opérations de prospection fructueuses effectuées en Afrique occidentale, respectivement au Sénégal, au Mali et en Guinée, entre mai et juin. Le groupe Saudi Ben Laden, qui a décidé de promouvoir son image en Afrique subsaharienne face à la montée en puissance des firmes asiatiques – via son programme d’investissements 2010-2014 – entend passer à la vitesse supérieure. Dans le domaine des hydrocarbures, Saudi Ben Laden arrive sur le marché sénégalais. Compte tenu de sa position stratégique, la multinationale saoudienne a fortement manifesté son intention d’acquérir 34% du capital de la SAR (Société Africaine de Raffinage) aux côtés de l’Etat du Sénégal, actionnaire majoritaire de la société à hauteur de 65,4%) et de la firme pétrolière française, Total, présente dans le capital avec 34,6%. Lourdement handicapée ces dernières années par les fluctuations du marché pétrolier mondial et les manquements de la politique énergétique du pays, la Société Africaine de Raffinage (SAR), qui tournait quasiment à perte, serait en passe de sortir la tête de l’eau. Saudi Ben Laden a décidé de mobiliser un investissement de près de 250 milliards de FCFA à court terme pour redresser l’entreprise ainsi « sauvée » de justesse d’un dépôt de bilan (…)
Total reste prudent
Total adhère avec beaucoup de réserve au schéma d’engagement de capitalisation envisagé par Saudi Ben Laden qui passerait de 34% à 51% du capital dans les années à venir. Même si le pétrolier français est resté à la table des négociations avec le géant saoudien, l’heure est à la prudence côté français. A en croire une source proche du dossier, « Total pourrait ne conserver que 20% des parts contre 34% à l’heure actuelle, après la prise d’actions de Saudi Ben Laden à hauteur de 51% qui deviendrait l’actionnaire majoritaire ». Le reste du dispositif actionnarial sera partagé entre l’Etat et le personnel, selon cette source. Le ministre de l’Energie, Samuel Amète Sarr a décliné les ambitions du groupe saoudien qui a inscrit dans le cahier de charges le liant à la SAR la création d’une raffinerie d’exploitation complète et qui alimentera en produits pétroliers les pays de la sous-région africaine. Dotée d’une capacité de stockage de 1,2 million/t, largement en dessous de la demande en énergie qui serait de l’ordre de 1,8 million, la SAR compte, via son nouveau partenaire stratégique, redonner un second souffle à la filière hydrocarbures. Saudi Ben Laden group devrait libérer une première tranche des fonds, estimée à près de 120 milliards de FCFA d’ici à fin septembre 2009.
Le Mali dans les rangs
Le consortium saoudien, qui poursuit son offensive sur le marché ouest-africain, est également annoncé au Mali pour un important projet d’investissements dans le secteur immobilier. Saudi Ben Laden figurerait sur la short-list des entreprises internationales ciblées par le gouvernement malien qui a lancé il y a deux mois un programme de 4850 logements à réaliser avant fin 2010. Des officiels saoudiens du groupe Saudi Ben Laden ont pris langue avec l’Office malien de l’habitat pour réaliser ces travaux sous forme de joint-venture public-privé. Déjà, on apprend que l’Etat malien a soumis aux partenaires financiers internationaux ce projet immobilier en juin dernier et que la Banque Islamique de Développement (BID) est pressentie comme chef de file des bailleurs pour son financement. Saudi Ben Laden, serait prêt à apporter une enveloppe de 60 milliards de FCFA en partenariat avec le secteur public malien.
Ismael Aidara
Protégé : Profiling du candidat français à la Présidence du Gabon
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Intelligence stratégique, Leadership, Stratégie on 9 juillet 2009 at 10:29Protégé : Les fils de la veuve et l’héritage d’Omar Bongo
In Diplomatie économique, Gestion de crise, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Sécurité on 6 juillet 2009 at 3:10Le new deal économique mondial selon Bilderberg 2009
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Management de l'information, Stratégie on 27 juin 2009 at 1:15Le Groupe de Bilderberg est plus qu’un réseau d’élites. C’est un gouvernement mondial informel organisé en trois cercles concentriques. Il comprend les personnalités les plus influentes du monde des affaires, de la politique, des médias et du renseignement. La Conférence de Bilderberg se tient tous les ans depuis 1954. Dans un article assez détaillé paru dans Mondialisation, mon ami Andrew Gavin Marshall revient sur le plan de Bilderberg 2009 de réforme de l’économie politique mondiale. Un sujet d’importance stratégique pour la planète passé sous silence par les médias francophones.
Extraits:
« Du 14 au 17 mai l’élite mondiale a tenu une réunion secrète en Grèce dans le cadre de la conférence annuelle de Bilderberg sous l’attention éparse et restreinte des médias internationaux. Environ 130 des personnes les plus puissantes au monde se sont réunies afin de discuter des problèmes actuels urgents et de tracer une voie à suivre pour l’an prochain. Cette année, le principal sujet de discussion était la crise financière mondiale, ce qui n’est pas surprenant, si l’on considère que la liste des participants comprend bon nombre des premiers architectes de la crise ainsi que ceux étant sur le point de la ‘régler’.
« À la rencontre secrète dont il est question ‘une douzaine des personnes les plus riches au monde, invitées par Bill Gates et Warren Buffet, se sont rencontrées pour une réunion privée sans précédent pour discuter de dons d’argent’. La conférence se tenait à l’Université Rockefeller et comptait des philanthropes notoires tels Bill Gates, Warren Buffett, le maire de New York Michael Bloomberg, George Soros, Eli Broad, Oprah Winfrey, David Rockefeller Sr. et Ted Turner. Un des participants a déclaré qu’’elle n’était pas secrète [mais plutôt] censée être une réunion entre amis et collègues [et] dont les gens discutaient depuis longtemps. Bill et Warren espèrent le faire occasionnellement. Ils ont lancé une invitation et les gens sont venus’.
« Le journal Times du Royaume-Uni rapportait que ces ‘éminents milliardaires se sont rencontrés en secret pour envisager la façon dont leur richesse pourrait être utilisée pour ralentir la croissance de la population mondiale [et qu’ils] avaient parlé de joindre leurs forces pour surmonter les obstacles politiques et religieux au changement’. Fait intéressant, ‘la séance informelle d’après-midi était si discrète que certains assistants de ces milliardaires se sont fait dire qu’ils assistaient à un “breffage sur la sécurité“’. En outre, ‘on a alloué 15 minutes à chacun des milliardaires afin qu’ils présentent leur cause favorite. Pendant le dîner, ils ont discuté de la manière dont ils pourraient choisir une “cause d’ensemble“ pouvant servir leurs intérêts’. Ils ont par ailleurs ‘convenu que la surpopulation était une priorité’.
« Parmi les membres du Groupe Bilderberg, on trouve divers monarques européens. À la conférence cette année, il y avait la reine Beatrix des Pays-Bas, laquelle est justement l’actionnaire individuelle la plus importante de Royal Dutch Shell, une des plus grandes compagnies au monde. Elle était accompagnée d’un de ses trois fils, le prince Constantijn, qui a travaillé avec le Commissaire européen néerlandais pour l’Union européenne et comme expert-conseil en politiques stratégiques chez Booz Allen & Hamilton de Londres. Ce cabinet de consultants en stratégie et en technologie possède de l’expertise en analyse économique et commerciale, en analyse du renseignement et recherche opérationnelle, ainsi qu’en technologies de l’information, parmi bien d’autres [...]
Lire l’article complet d’Andrew Gavin Marshall in Mondialisation
Guy Gweth
Protégé : Les cercles d’influence où Biya remplace Bongo
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Leadership on 24 juin 2009 at 11:13Passeport diplomatique pour l’intelligence économique
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence économique, Perception Management, Risk Management on 24 mai 2009 at 1:31La « grippe mexicaine » a été rebaptisée « grippe A (H1N1) » le 29 mai 2009 par l’OMS[1] à la suite d’intenses pressions exercées par les diplomates mexicains à l’ONU. Devant l’hyper-médiatisation de la crise, Felipe Calderon a vite calculé le manque à gagner que risquait de constituer l’adjectif de cette épidémie sur l’image et donc l’économie du pays. Dans un environnement où de grands médias servent de machines à faire croire et à formater les esprits, la contre-influence exercée sur des cibles stratégiques est indispensable pour minimiser le risque-pays et continuer d’attirer investisseurs, touristes, chercheurs et sportifs. A l’étranger, cette tâche qui échoit traditionnellement aux missions diplomatiques appelle désormais des compétences spécifiques qui ressortissent de l’intelligence économique (IE).
En visite officielle en Australie le 6 mai 2009, le ministre belge des affaires étrangères, Karel de Gucht, n’est pas passé par quatre chemins : « les ambassades doivent être des machines de combat économique » surtout par temps de crise. La France dont la diplomatie économique[2] a atteint des sommets d’agressivité sous la présidence Sarkozy pourrait, avec l’entrée probable de Claude Allègre au gouvernement, opter pour un super ministère de l’industrie, de l’innovation et des nouvelles technologies. Si ce projet de METI[3] à la française venait à se réaliser, nul doute que les missions du successeur d’Alain Juillet (haut responsable à l’intelligence économique) seraient reconfigurées en vue, notamment, d’une meilleure déclinaison top-down au sein des postes diplomatiques français comme le font les Japonais.
Pour résister à la concurrence italienne, égyptienne ou tunisienne, le plan de captage des réserves de devises libyennes mis en place par certains entrepreneurs marocains bénéficient désormais ouvertement du concours de la diplomatie économique chérifienne. Avec 50 milliards de dollars d’investissements extérieurs en 2008, la stratégie de conquête des marchés étrangers voulue par Mouammar Khadafi repose sur deux principaux fonds souverains crées en août 2006. La Libyan Investment Corporation dont les marchés européens sont la cible est gérée par Mohamed Layas et dotée d’une enveloppe variable de plusieurs dizaines de milliards de dollars. A ses côtés, la Libyan African Portfolio pilotée par Bechir Salah est tournée vers l’Afrique. Rabat œuvre à attirer leurs investissements dans le royaume.
En Afrique subsaharienne, on note déjà une timide évolution dans les mentalités en vue d’un joint-venture diplomatique entre opérateurs économiques et dirigeants politiques. Un petit nombre de chefs d’Etat, malgré les clivages partisans, commencent à voyager à l’étranger avec leurs chefs d’entreprises. Certains parmi eux se demandent s’il faut former le personnel diplomatique à l’intelligence économique ou plutôt nommer des professionnels de l’IE au sein des missions diplomatiques pour faire face aux exigences de l’infoguerre économique. Encourageant l’initiative des premiers, nous répondons aux seconds avec le même réalisme opérationnel que les conseillers en communication du président mexicain: « urgence fait droit !»
Guy Gweth
[1] OMS: Organisation Mondiale de la Santé, organe spécialisé du système des Nations Unies.
[2] Entre 2007 et 2009, la diplomatie économique de Nicolas Sarkozy a littéralement pilonné l’Afrique subsaharienne, l’Arabie Saoudite, le Brésil, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Mahgreb et le Mexique, avec quelques succès comme la signature de l’accord d’exploitation entre Areva et le gouvernement nigérien en janvier 2009.
[3] METI: Ministry of Economy, Trade and Industry, créé en 1949 sous le sigle MITI (Ministry of International Trade and Industry), c’est le Saint Raphael de l’économie japonaise. Il surveille les échanges intérieurs et extérieurs du pays, informe et conseille les entreprises japonaises sur les marchés extérieurs et les NTIC.
Tunisie: 2ème conférence internationale sur les SI et l’IE
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Management de l'information on 13 février 2009 at 7:35L’évènement à Hammamet était, le 12 février 2009, l’ouverture de la deuxième conférence internationale sur les «Systèmes d’information et intelligence économique», SIIE’2009, organisée par l’Ecole Supérieure de Commerce Electronique de La Manouba et l’Université de Nancy.
Présidée par Malek Ghenima, directeur de l’ESCE La Manouba, Aris Ouksel, professeur à l’Université de Chicago et Sahbi Sidhom, professeur à l’Université de Nancy, la session d’ouverture était une occasion pour les intervenants de relever les principaux éléments de la compétitivité des organisations fondée sur la pratique de l’intelligence économique, l’ingénierie du savoir et l’usage des technologies de l’information et de la communication d’autant plus que l’intervention de l’invité d’honneur le Professeur, Ridha Methnani, chef cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique et de la Technologie a insisté sur l’importance de l’intégration d’une culture de veille stratégique, compétitive et technologique afin d’anticiper les phénomènes issus de la mondialisation, menaces et opportunités pour la protection des savoir-faire et des innovations.
« Les thèmes principaux de cette conférence portant essentiellement sur les systèmes d’information et intelligence économique sont opportuns du fait de l’impact de cet intelligence dans l’amélioration de la compétitivité des entreprises tunisiennes dans un environnement changeant», a déclaré M. Ghenima, tout en ajoutant que « dans un monde exacerbé par la globalisation, la maîtrise de l’information est l’un des éléments essentiels de la veille stratégique et économique, permettant aux entreprises d’avoir la capacité d’analyser en temps réel les impératifs de leur environnement ».
« C’est une ère de risque où il est difficile de maîtriser les risques et de les évaluer », a souligné M. Sidhom, professeur à l’Université de Nancy. En effet, dans un contexte de grave crise financière et économique, les Systèmes d’Informations et l’Intelligence Economique deviennent plus que déterminants pour la compétitivité et la pérennité des entreprises. Cela dit, il faut attendre à ce que l’année 2009 soit « une étape charnière qui incombe aux dirigeants des entreprises la charge d’analyser minutieusement la sphère économique en investissant en matière des SI et exploiter a fond les opportunités par l’économie de savoir » a-t-il ajouté.
Invité d’honneur, le professeur Ridha Methnani, Ridha Methnani, chef cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique et de la Technologie, a insisté, lors de la présentation de l’allocution du ministre, Prof. Lazhar Bououni, sur l’importance de s’investir dans cette nouvelle discipline qui joue un rôle essentiel pour la performance, la compétitivité des actions stratégiques et la maîtrise ainsi que la protection de l’information qui sont devenues un enjeu majeur.
«La Tunisie a choisit de bâtir la société de savoir en investissant dans les Systèmes d’Informations et Intelligence Economique, en multipliant les réformes structurels ainsi que qualitatifs de l’enseignement supérieur et en renforçant la coopération internationale en la matière, indispensable pour s’approcher des standards internationaux » a-t-il ajouté. Une telle conférence, dédiée à des thèmes d’actualités, s’inscrit dans ce cadre, puisque « parmi, les aspects de la bonne gouvernance, la gestion adéquate de l’information semble être un atout majeur dans le processus de prise de décision par les entreprises et dans le renforcement de sa capacité à anticiper les mutations technologiques et économiques mondiales et l’amélioration de sa compétitivité », a-t-il déclaré.
La 2ème Conférence internationale SIIE 2009, 12-14 février 2009 à Hammamet en Tunisie est partie de ce constat. Les entreprises, les industries les universités et même les Etats commencent à s’investir dans cette nouvelle approche qui devient de plus en plus un catalyseur de l’économie de savoir, puisqu’elle se base sur la propagation de la culture de la performance, la compétitivité des actions stratégiques et la maîtrise ainsi que la protection de l’information qui sont devenues un enjeu majeur. D’autant plus que, la question de du rapport entre Système d’Information, Intelligence Economique et Processus de prise de décision est plus que jamais posée.
Sources : Webmanager Center
l’Afrique face à la microfinance islamique
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Débat, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie on 9 février 2009 at 7:18Avec des relations plus “solidaires” entre emprunteurs et épargnants, la microfinance islamique pourrait devenir une véritable opportunité pour l’Afrique selon le Sénégalais Mouhamed Diakité, ancien de l’Ecole de Guerre économique de Paris, expert en finance et en intelligence économique. Voici ses arguments:
“L’une des causes de cette débâcle financière mondiale reste l’asymétrie informationnelle entre les banques et les usagers, accentuée par la multiplication des actifs fictifs ou virtuels. S’est ajoutée à ce défaut originel, une recherche « absolue » de l’intérêt, qui a détourné les institutions financières de leurs rôles d’inter-médiation sur les actifs tangibles et l’investissement par la création de richesses. Cette dérive du capitalisme occidental impose d’elle-même d’autres alternatives. C’est ainsi que la finance islamique, politiquement incorrecte il y a seulement deux ans en France, est aujourd’hui remise au goût du jour. C’est une alternative crédible car plus éthique et plus « socialement responsable ». C’est une finance qui favorise l’investissement et encourage la rigueur car le bénéfice et la perte sont partagés. La liquidité actuelle de la finance islamique milite pour une adaptation des cadres africains à cette alternative. Pourquoi, compte tenu du caractère limité du pouvoir d’achat des épargnants, ne pas vulgariser la microfinance islamique pour lutter contre la pauvreté.
800 milliards d’actifs
“La finance islamique représente aujourd’hui entre 500 et 800 milliards de dollars d’actifs gérés selon les principes de la Charia et a enregistré une croissance de plus de 20% depuis les dix dernières années. Cependant, son apport reste faible en Afrique, malgré les 412 millions de musulmans qui constituent près de 50% de la population globale estimée à 850 millions d’habitants. En tout, l’on recense 37 institutions financières en Afrique. Le potentiel du marché de la finance islamique pourrait atteindre 235 milliards de dollars. Pour le moment, l’on est encore loin de ce chiffre et loin du dynamisme observé au Moyen-Orient et en Malaisie, chef de file du pôle de la finance islamique en Asie du Sud-Est. A la fin 2007, l’intermédiation financière conforme à la Charia s’établissait à 18 milliards de dollars, ce qui représentait une part de marché inférieur à 8% de sa taille potentielle. Le développement de la finance islamique sur le continent africain doit pallier au déficit chronique par une approche plus calquée sur les réalités du terrain. L’introduction de la finance islamique améliorerait la contribution du secteur de la microfinance en général dans la mobilisation de l’épargne. Cette contribution n’excède pas aujourd’hui 5%. Pour redynamiser le secteur, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a élaboré en 2003 un programme régional d’appui à la finance décentralisé (PRAFIDE) pour la période 2004-2008. Ce nouveau dispositif, dont les volets essentiels ont fait l’objet d’une large concertation impliquant l’ensemble des acteurs du secteur, vise à maintenir, voire à consolider les fondations existantes et à bâtir un secteur solide et performant capable de répondre durablement à la demande sociale.
Stratégie en quatre axes
“Cette stratégie d’intervention se décline en quatre axes principaux : l’aménagement du cadre juridique, le renforcement des capacités des acteurs et la valorisation de l’expertise locale, l’amélioration de l’information sur le secteur (modernisation des systèmes d’information de gestion) et l’accroissement de l’efficacité des mécanismes de surveillance interne et externe. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, la microfinance est particulièrement développée. Dans ce dernier pays, le secteur reste largement dominé aujourd’hui par la FENACOOPEC (Fédération Nationale des Coopératives d‘Épargne et de Crédit) puisque cette structure, à elle seule, représente 88% de la clientèle, 91% des dépôts et 78% des crédits. Le taux de pénétration s’établirait à 25%, ce qui fait qu’en moyenne une famille sur quatre en Côte d’Ivoire fait régulièrement appel aux services financiers des institutions de microfinance. Avec l’adaptation de la règlementation, la création des Sharias Boards et une bonne vulgarisation par la communication, les instruments de la finance islamique pourraient donner à la microfinance classique en Afrique de l’Ouest le souffle qui lui manque tant pour atteindre le plus grand nombre.”
Niger : Areva conserve le 2è gisement mondial d’uranium
In Diplomatie économique, Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Management de l'information, Stratégie on 3 février 2009 at 7:00Au cours d’une mission d’intelligence économique réalisée en juillet 2007 par Fred Raynal, Marc Hervé Blanchet, Guy Gweth, Jean-Luc Traineau & Pedro Santos au sein de l’école de guerre économique, nous avons passé au crible le dispositif d’Areva au Niger en vue d’y détecter les failles informationnelles exploitables par les parties adverses, et d’imaginer des scénarios d’attaques (conventionnelles ou non) après avoir identifié les “ennemis” et leurs modes opératoires.
A l’époque, le géant mondial du nucléaire faisait face à la colère du gouvernement nigérien, à l’hostilité de plusieurs ONG locales et étrangères, ainsi qu’à la pression des concurrents chinois, indiens et australiens… La victoire d’Areva en ce début 2009 donne au moins deux indications essentielles. Primo, l’équipe dirigée par Anne Lauvergeon a parfaitement saisi l’importance du management stratégique de l’information dans ce dossier et blindé son dispositif jusqu’à la signature du contrat avec les autorités du Niger. Deuxio, l’influence et la diplomatie économique françaises dans ce pays ont tourné à plein régime. L’article de Faycal Métaoui, ci-après, paru le 1er février 2009 in Les Afriques, revient sur quelques faits marquants. Extraits:
“Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, a pesé de tout son poids pour conclure, dans les meilleures conditions, cet accord. Elle avait presque échoué dans un premier déplacement à Niamey en décembre 2008 avant d’arracher l’accord des autorités nigériennes au terme de longues négociations. Areva, présent au Niger avec ses deux filiales Somaïr et Cominak, était soupçonné par Niamey de financer les rebelles touaregs du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) qui sont actifs dans le nord du pays. L’été 2007, Dominique Pin, directeur général d’Areva au Niger, et Gilles de Namur, chargé de la sécurité de la même entreprise, avaient été expulsés du pays.
“Le changement de cap a coïncidé avec l’émergence du MNJ. Pour Niamey, la cause était entendue : pour défendre ses intérêts, Areva a financé cette nouvelle rébellion afin de créer une situation d’instabilité dans la région d’Agadez. La Libye voisine a également été accusée d’appuyer les hommes armés. Le groupe français a aggravé son cas en refusant de communiquer des données géologiques sur le nord du Niger. Niamey, après une intervention discrète de hauts responsables français, a révisé sa position vis-à-vis d’Areva, mais l’a obligé à revoir les prix du minerai. Le groupe d’Anne Lauvergeon s’est engagé à payer le kilo d’uranium (yellow cake) à 61 euros au lieu de 41,6 euros (deux fois moins cher que sur des cours mondiaux fluctuant).
“Le nouvel accord d’Imouraren porte sur un investissement de 1,2 milliard d’euros. La capacité d’exploitation est de 35 ans pour une production annuelle de 5000 tonnes (mais la convention est limitée à 20 ans). « L’accord prévoit une répartition capitalistique de 66,65% pour Areva et de 33,35% pour l’Etat du Niger dans la société créée en vue de l’exploitation du gisement. C’est le plus grand projet industriel minier jamais envisagé dans ce pays », précise le groupe français, qui annonce la création de près de 1400 emplois directs liés au projet. Le démarrage de la production à Imouraren est prévu en 2012. Cela va permettre au Niger de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium. Le gouvernement pourra commercialiser une partie de la production à travers l’entreprise Sopamin. Selon le ministre des Mines et de l’Energie, Mohamed Abdoulahi, le projet Imouraren offrira la possibilité de développer la connexion au réseau ferroviaire de la sous région (Imouraren-Cotonou) et la mise en œuvre d’un programme électronucléaire.”
Lire l’article complet de Faycal Métaoui in Les Afriques
Intelligence économique au Cameroun : on sensibilise
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale on 25 janvier 2009 at 12:07Dès sa création en 2007, GwethMarshall Consulting, leader du conseil en intelligence économique et stratégique en Afrique centrale[1], a développé quatre programmes citoyens. L’objectif : assurer une appropriation rapide et harmonieuse de l’esprit et des techniques d’intelligence compétitive par les groupes cibles. Le programme SIC[2] vise tout particulièrement à sensibiliser les autorités publiques locales et consulaires, les entreprises et chambres de commerce, les collectivités locales et la société civile ainsi que le secteur éducatif de la zone Cemac*. C’est dire si nous nous sommes réjouis de la tenue le 14 janvier dernier de la conférence de l’Acrie sur le thème « l’intelligence économique : une réponse à l’ère de l’information » à l’Institut africain d’informatique (IAI-Cameroun) de Yaoundé.
A l’invitation de Armand-Claude Abanda, représentant résident au Cameroun de l’IAI, Pascal Frion de l’Acrie (« premier réseau européen d’intelligence économique ») a entretenu les étudiants en informatique sur les enjeux de l’intelligence économique (IE) dans un contexte d’hyperconcurrence mondiale. « L’intelligence économique, a-t-il dit, est une réponse à l’ère de l’information car elle propose des comportements, des méthodes, elle suscite que les individus et les organisations se motivent pour se questionner, chercher, traiter, diffuser et protéger l’information. » Pour le conférencier, l’ère de l’information se distingue de la logique des moyens et de la logique de résultats. Il faut opter pour une logique du choix.
Dans un langage simple, l’orateur a défini l’IE comme « l’ensemble des actions conjuguées de questionnement stratégique pour identifier des besoins et des demandes, de la recherche d’information de ce qui nous manque, de traitement de l’information utile, de la diffusion de l’information pertinente, sans oublier la protection de l’information discriminante. » Il a insisté sur l’idée de projet dans une démarche d’intelligence économique car pour lui, « sans projet, nous risquons la boulimie d’information et l’infobésité, ce qui occasionne de la perte de temps, de la frustration, une non performance, etc. L’intelligence économique (ponctuelle, pour décider et agir) se distingue de la veille (pour savoir). »
Parlant des nouveaux rapports de force internationaux, Pascal Frion avertit : «il faut donc être prêt, ponctuellement, à se battre légalement dans une guerre économique parfois délicate à identifier. C’est ce qu’on appelle l’offensive légale. De manière défensive, la veille doit nous tenir informé de manière régulière sur ce qui se passe autour de nous. Pour un Etat, ou pour une région (intelligence économique territoriale) il s’agit également d’aborder la géopolitique, la géoéconomie, etc. » L’orateur aurait pu profiter de ce paragraphe pour souligner l’idée de souveraineté et de patriotisme économiques qui sous-tend tout dispositif national ou régional d’IE mais le temps a sans doute manqué.
Grâce à son programme citoyen SIC, GwethMarshall entend diversifier ce type d’initiative en associant un maximum de théoriciens et de praticiens venant d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Europe, un appui stratégique à la diplomatie économique des Etats de la Cemac. Avec l’ouverture prochaine d’une antenne sous-régionale de la SCIP[3], l’Afrique centrale entend jouer un rôle de premier plan en matière de stratégies concertées d’intelligence économique à l’échelle continentale. Ici, on a fait le choix stratégique de partir à la conquête des meilleurs pratiques mondiales d’IE (japonaises, étasuniennes, chinoises, britanniques et allemandes) sans oublier l’apport des écoles sud-africaines et françaises.
Ce sont les grand-mères bantu du Cameroun qui enseignent à leurs petits-enfants que « la sagesse c’est de recueillir celle des autres ».
Guy Gweth
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Le novembre de l’intelligence économique en Afrique
[1] Afrique centrale (zone Cemac*) : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad.
[2] SIC : Sensibilisation à l’Intelligence Collective
[3] SCIP : Society of Competitive Intelligence Professionals
Maroc: l’Oriental à l’heure de l’IE régionale
In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 6:54L’Agence de l’Oriental et la Wilaya organisent les premières journées scientifiques « Oriental.ma » sur le thème de l’intelligence économique régionale du 26 au 27 janvier 2009.
En proposant une réflexion sur ce thème, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya, en collaboration avec les partenaires institutionnels nationaux et régionaux (Conseil Régional, Fédération Nationale des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services, Université, Centre Régional d’Investissement (CRI), etc.) et de la société civile comme l’Association Marocaine d’Intelligence Economique (AMIE), posent les jalons d’une démarche d’intelligence économique régionale pour l’Oriental.
En effet, plus aucun décideur, plus aucune organisation ne peut faire aujourd’hui l’économie de l’innovation, devenue une urgence. Il s’agit d’innovation ouverte et créative s’attaquant à tous les enjeux de notre vie sociale, économique et culturelle. La démarche s’impose plus encore dans le domaine du développement régional. Définir une stratégie de développement en connaissance de cause, qui tienne compte des ressources locales, et ambitieuse à la fois, la partager, la mettre en œuvre, nécessite la mise en place d’un système d’intelligence des situations économiques et sociales.
Il s’agit aussi d’identifier, de promouvoir et de défendre les enjeux clés de la Région, à partir de systèmes de veille et d’analyse. Il convient également d’anticiper les grandes évolutions et de comprendre par exemple les forces et les faiblesses des régions similaires, innovantes ailleurs dans le monde pour mieux coopérer. Cette nouvelle approche du développement des territoires fondée sur la maîtrise des méthodes de l’intelligence économique se développe en effet dans des pays comme la France, le Royaume Uni, mais aussi dans les pays émergents comme la Chine et l’Indonésie, dont les cas seront présentés lors de ces rencontres.
Une première étape a été franchie en croisant une diversité de regards et d’expertises marocains et français dans le cadre de la revue « Oriental.ma ». Elle prend en compte les expériences déjà organisées au Maroc en la matière, notamment la récente convention sur l’intelligence économique signée entre la Fédération des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services et l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie, en partenariat avec l’Association Marocaine d’Intelligence Economique et l’Association Internationale Francophone d’Intelligence Economique.
Pour aller plus loin et organiser des projets concrets sur la base de cette fertilisation croisée, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya de la Région de l’Oriental, partenaires, invitent les auteurs de la dernière livraison de la revue, praticiens et experts, hommes d’entreprise ou de prospective à débattre avec les acteurs de la Région, à l’occasion des Premières Journées Scientifiques « Oriental.ma », sous le thème de l’intelligence économique régionale.
Ces rencontres s’organisent autour de quatre moments forts : échanges de pratiques à l’échelle internationale, pratiques nationales au Maroc, intelligence économique régionale dans l’Oriental, et enfin, dynamique de régionalisation et projets concrets d’intelligence économique à réaliser.
Le programme de Jumelage Institutionnel financé par la Commission Européenne et dont le séminaire de lancement s’est tenu le 16 janvier dernier, au siège de la Wilaya d’Oujda, concernant respectivement le jumelage de l’Agence de l’Oriental et l’Agence Andalouse de Coopération Internationale (Junta de Andalucia ; Espagne) et celui de la Wilaya et la Région de Galice (Espagne), contient parmi les activités à réaliser d’ici 2010 celles relatives à la mise en place de dispositifs d’intelligence économique et territoriale en faveur de l’Oriental.
Sources : 1. OujdaCity – 2. Yawatani
In Questions internationales : renseignement et services secrets
In Diplomatie économique, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 12:14Qui sont « les espions » du XXIe siècle et comment agissent-ils ? Outre les interviews exclusives du directeur de la DGSE, Erard Corbin de Mangoux, et du directeur de la DCRI (ex Renseignements généraux et DST), Bernard Squarcini, ce numéro de « Questions internationales » décrypte les évolutions récentes et le rôle des services de renseignement et de sécurité dans le monde.
Alors qu’une partie croissante de leurs activités, de leurs missions, voire de leurs structures, est désormais ouverte à l’analyse et aux comparaisons, ce dossier présente ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les moyens de la connaissance et de l’anticipation ».
Les services de renseignement et de sécurité, mal connus autant méconnus qu’inconnus, ont beaucoup évolué. Placés au cœur du processus de décision politique et de l’action diplomatique, ils se sont professionnalisés pour s’adapter aux nouvelles exigences et contraintes des relations internationales.
À mesure même que leurs missions concernent de plus en plus la société civile – avec l’intelligence économique, la lutte contre le terrorisme international ou la protection des technologies avancées par exemple – ils ont besoin d’être mieux connus et compris, mieux immergés dans les milieux qu’ils défendent à leur manière.
Du même coup, ils ont aussi besoin d’être mieux contrôlés, comme de bénéficier de l’association et de la solidarité d’un plus grand nombre d’autorités publiques. Exigence d’autant plus forte que le régime qui les emploie est démocratique et que l’esprit de leur mission est toujours la sauvegarde d’une société démocratique. Les différents articles de ce dossier tentent d’illustrer cette rationalisation progressive, avec ses limites, ses questions, ses progrès en cours.
Dans ce numéro de Questions internationales, les deux patrons du renseignement français, le directeur général de la DGSE et le directeur central de la DCRI, s’expriment pour la première fois ensemble dans une revue. Traditionnellement les directeurs de l’espionnage français (DGSE) – surtout ce dernier – et celui du contre-espionnage (DST, devenue DCRI depuis le 1er juillet 2008) s’expriment publiquement très rarement.
M. Corbin de Mangoux, qui dirige depuis début octobre 2008 les 4.500 agents de la DGSE, estime que ces deux interviews illustrent “le travail important de rapprochement opéré depuis quelques années entre ces deux services”. La DGSE, qui propose officiellement depuis quelques semaines sur le site du ministère de la Défense des stages de fins d’études aux scientifiques, “veut ainsi leur donner l’occasion de participer à la réalisation de projets de haute technologie et innovants et très motivants”, dit par ailleurs M. Corbin de Mangoux.
De son côté, M. Squarcini, à la tête de la DCRI (4.000 fonctionnaires) depuis le mois de juillet 2008, assure que le “temps du silence et de l’opacité lui paraît révolu”. Il ajoute que “nos citoyens ont droit à une information objective sur l’activité de leurs services de renseignement”.
Renseignement et services secrets
Collection Questions internationales n° 35
La Documentation française
128 pages, 9,80 euros
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Tendance: le sponsoring à l’assaut des First Ladies
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management on 11 janvier 2009 at 8:20
La future Première Dame des Etats-Unis a beau déclaré qu’elle ne s’immiscera pas dans les décisions politiques de Barack Obama, qu’elle passera le plus clair de son temps à veiller sur leurs filles Malia et Sasha, les plus jeunes locataires de la Maison-Blanche depuis les Kennedy, aucun analyste sérieux n’y croit. A l’heure où, partout dans le monde, le débat public confine les First Ladies à l’action humanitaire, nombre de stratèges en entreprise ont fait le choix d’investir dans le cœur et l’aura de celles qui mènent au Président… Surtout dans les pays en développement.
Lorsque Paul Henry* est nommé représentant d’une des filiales de son Groupe* en Afrique fin 2007, il sait que sa mission sera difficile. La concurrence pour le contrôle des ports en Afrique de l’ouest est rendue ardue par de nouveaux entrants aux dents longues. Ces derniers font de bien meilleurs offres aux meilleurs prix et proposent même de multiplier le montant des redevances à payer à l’Etat hôte. Leurs salariés bénéficient de conditions de travail enviables. Ils attirent la presse et alertent l’opinion publique en cas d’entorse aux procédures de passation des marchés au port. Leurs services de veille stratégique et de relations publiques fonctionnent à merveille et les résultats s’en ressentent au niveau des décideurs et de la clientèle. Du lourd.
Paul Henry sait que le temps est révolu où il suffisait d’un coup de file pour qu’une concession de 15 ans soit adjugée à son groupe. Il charge une équipe de jeunes consultants en IES* de réfléchir à la stratégie à adopter en vue de réagir à la nouvelle donne imposée par les concurrents. Les règles du jeu ont assurément changé. Les conseils ont quinze jours et quatorze nuits pour fournir leurs conclusions à la direction qui requiert « une pluie d’idées dans un désert de mots ». Traduction de Paul Henry : « Nous attendons des préconisations claires, précises, concises et immédiatement applicables. Non pas 300 pages de littérature dans un jargon d’experts et des schémas cryptés…» Un bureau sécurisé leur est ouvert 24h/24 près de la direction.
Après dix jours de travaux de collecte, de validation, de hiérarchisation et d’analyse des informations pertinentes, la CI Team* (comme elle se fait appeler) a évalué plusieurs scénarios allant des opérations de déstabilisation par l’information, de guerre judiciaire, d’entrisme clandestin, de piratage informatique ou de débauchage de cadres concurrents… Au final, la principale préconisation -pour aussi inattendue qu’elle soit- a été de financer l’association humanitaire de la Première Dame à grand renfort de publicité. Désormais dans les bonnes grâces de la First Lady, le groupe jouit de son influence, y compris devant la justice, dans un pays où le dés-équilibre des pouvoirs profite à l’exécutif. Les experts ont même envisagé un don d’ordinateurs « intelligents » à l’association en vue d’anticiper ses besoins… en toute discrétion.
Entre un Président élu par le peuple et une femme élue par le Président, le pouvoir est souvent au premier et l’influence à la seconde. Les businessmen l’ont bien compris. La guerre des grands créateurs (Narciso Rodriguez, Christian Lacroix, Karl Lagerfeld ou Marc Jacobs… etc.) pour habiller Michelle, Malia et Sasha lors de l’investiture de Barack Obama le 20 janvier 2009 montre combien il peut être stratégique d’investir sur une First Lady. Qui plus est s’il s’agit d’une avocate brillante ayant une taille mannequin de 1.82 m. et une élégance à tomber par terre… Car chaque fois qu’elle apparaît en public, Michelle Obama rapporte des millions de dollars de chiffres d’affaires aux sponsors qui misent sur son aura.
Guy Gweth
*Paul Henry : nom de code utilisé pour les besoins de confidentialité.
*Pour des raisons évidentes, le nom du Groupe est gardé sous anonymat.
*IES : abréviation usitée pour « Intelligence économique et stratégique».
*CI Team : “Competitive Intelligence Team” ou en français l’équipe d’IE.
En 2009, cap vers la diplomatie économique!
In Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Stratégie on 1 janvier 2009 at 2:40
Par Guy J. Gweth
« L’Afrique attend toujours son premier président noir démocrate ». Voilà le texte qui accompagne le dessin d’Arend van Dam paru il y a quelques jours aux Pays-Bas et repris dans le hors-série n°26 du Courrier international. On y voit un paysage fait de soleil, de végétation, de cases en fumée, de corps sans vie et de deux véhicules de la Croix-Rouge et des Nations Unies. Cette image qui abrège tous les diagnostics sur le continent africain est à intégrer à la carte postale d’un monde qui va célébrer en 2009 le couronnement d’un Africain-Américain comme 44è président des Etats-Unis, les 20 ans de la chute du Mur de Berlin ou encore le 400è anniversaire de l’astronomie ! Un tel tableau ne peut laisser indifférent aucun stratège. C’est l’une des raisons (les autres suivent) pour lesquelles j’ai décidé de franchir avec vous un pas supplémentaire sur les nouveaux chemins de la connaissance en mariant la diplomatie économique à l’intelligence stratégique.
Dès la création de ce site le 15 janvier 2008, j’ai attaché du prix à vulgariser l’intelligence compétitive et stratégique en Afrique centrale, tout en donnant à voir au reste du monde ce que nous apportons de contribution au développement de cette discipline. Mais, je l’avoue, mon vœu secret a toujours été d’inciter les jeunes experts africains à la production des connaissances afin d’éviter de subir les affres de la guerre cognitive en cours dans le cyberespace. Lors de mes nombreuses missions sur le continent, j’ai été profondément marqué par le fait que 8/10 citations employées par les universitaires, les politiques, les opérateurs économiques et moi-même faisaient référence aux auteurs d’autres continents. Or quand dans une société l’élite en est à un tel niveau de dépendance intellectuelle, penser le développement en termes de stratégie d’émancipation et de compétitivité ressemble à un exercice dont la stérilité pleure entre les lignes. Pourtant l’Afrique bouge, le monde change.
Depuis près d’une décennie, des entités qui jadis faisaient le pied de grue dans les lobbies réussissent une entrée spectaculaire sur la scène mondiale. Bien que non encore reconnus comme sujets de droit international, les réseaux, cercles, fonds souverains, fondations, agences de notation, think tank… dont les budgets dépassent parfois ceux de nombreux Etats apparaissent comme les néo-patries du XXIè siècle. Elles ont chacune un rêve, une histoire, un gouvernement, un corpus normatif et un territoire-en-réseau qui s’émancipe des frontières nationales au gré des intérêts. Comme le montre la brillante victoire de celui que le prix Nobel Paul Krugman appelle « Barack Delano Obama », ces entités transcendent la race, le pays d’origine, la religion ou l’appartenance politique. Leur impact grandissant dans les affaires du monde convoque une grille de lecture extrêmement complexe car elles génèrent une nouvelle grammaire des relations internationales.
Même si leur montée en puissance inquiète officiellement certains pouvoirs étatiques, force est de constater qu’ils composent avec ces entités qui, grâce à une diplomatie de réseau, influencent les grands agendas internationaux en matière de finance, d’environnement, d’énergie, de santé, de culture et d’humanitaire… Disséquer ces organisations grâce aux sources ouvertes, cerner leurs intérêts, comprendre les mécanismes de leur fonctionnement et mesurer l’impact de leurs activités sur la compétitivité des entreprises et les économies nationales… Voilà à quoi s’attèlera ce site en 2009 sous le titre « Intelligence stratégique & diplomatie économique». Que nos lecteurs africains soient cependant rassurés, cette nouvelle orientation n’entamera que si peu la place de choix de l’Afrique dans nos analyses. D’ailleurs nos sites d’intelligence compétitive anglophone (Comintelca) et hispanophone (Intelcac) resteront spécialisés sur l’Afrique centrale durant toute l’année 2009.
Une taupe dans le dispositif d’intelligence économique
In Contre-Intelligence stratégique, Diplomatie économique, Guerre de l'information, Stratégie on 16 juillet 2008 at 8:29
L’affaire d’espionnage industriel qui a récemment opposé Renault à l’hebdomadaire automobile Auto Plus révèle un type de menaces informationnelles que les responsables de l’intelligence économique (IE) préfèrent souvent occulter: l’existence de taupes au sein de l’entreprise, voire au cœur du dispositif d’IE. Il s’agit d’un fait grave; et non du simple jus de cerveau d’analyste.
Plus qu’un péché par omission
Même dans son manuel de référence L’intelligence économique, la comprendre, l’implanter, l’utiliser paru aux éditions de l’organisation en 2006 (l’un des meilleurs et des plus complets de la zone francophone à mon avis), François Jakobiak disserte assez peu sur les cas de trahison interne au sein de l’entreprise. Par sécurité psychologique plus que par omission, la communauté de l’IE s’est jusqu’ici contentée de penser que les menaces informationnelles viennent de l’extérieur (la concurrence, l’Etat, la société civile…) et un peu moins de l’intérieur de l’entreprise (défaillance technique, négligence, erreur ou trahison). Pourtant, telles des jumelles qui partagent tout ou presque, les dispositifs d’intelligence compétitive doivent désormais faire face à l’existence d’espions ou de taupes dans la maison, au même titre que les services de Renseignement classiques.
Les candidats potentiels à la félonie
Comme dans les Services donc, la taupe d’entreprise se recrute dans le vivier de la concurrence la plus ardue, de préférence chez le leader du secteur ou le concurrent direct ayant le budget le plus consistant en recherche et développement. Homme ou femme, la taupe d’entreprise est quelqu’un de brillant, ayant une parfaite maîtrise de ses dossiers, généralement hors de tout soupçon et sociable à souhait. Un ange polyglotte. Travaillant au cœur névralgique de l’entreprise, il occupe souvent d’importantes fonctions à la direction de la stratégie, de la R&D, de la SSI ou de l’innovation. Cependant, l’informateur se recrute aussi aisément auprès des services d’hygiène et de sécurité de l’entreprise, parmi les stagiaires, les intérimaires, les chasseurs de têtes ou des journalistes attitrés. Tout est fonction du but et de la faille détectée par l’officier traitant. Mais la plus astucieuse des approches demeure sans doute le recrutement d’une taupe au sein de la cellule de veille ou d’intelligence économique du concurrent.
Pourquoi on trahit son entreprise
Dans la communauté de l’intelligence économique comme dans celle du Renseignement classique, sept mobiles ont été répertoriés qui peuvent pousser un agent, un cadre ou un associé à distraire des informations stratégiques à son entreprise pour les refiler à la concurrence ou à la presse :
1- l’argent;
2- le sexe;
3- le pouvoir;
4- l’orgueil;
5- la frustration;
6- l’idéologie;
7- le chantage.
Une liste qui, a priori, intéresse l’ensemble du personnel. Et c’est tant mieux. Toutefois, pour être efficace, il convient de la resserrer grâce au profiling individualisé et périodique des sujets à risque.
Quelles solutions pour prévenir et/ou retourner ?
Cette question convoque en prime la taille de l’entreprise ainsi que son dispositif d’intelligence économique. Mais dans tous les cas de figure et sans entrer dans le détail, la DRH accentuera en amont le profiling et les enquêtes préalables à l’embauche d’un candidat dans un secteur classé sensible ou pour un stage. Par la suite, hormis les tâches de surveillance traditionnellement dévolues aux pôles de veille et IE, la direction devra instaurer un suivi personnalisé des postes névralgiques aux fins de noter et sonder des changements éventuels dans le comportement et la vie quotidienne de la cible, bien entendu, dans le respect de l’éthique et de la légalité. Non à la compagnie policière!
L’instauration d’un climat de bonne intelligence par le biais du dialogue (Intranet, machine à café, tête-à-tête) et des relations publiques internes permettra par exemple de mettre les sujets en confiance et ainsi de pouvoir poser des questions déjà soulevées dans un dossier précédent ou pendant l’entretien d’embauche, sans éveiller l’attention. L’objectif est de déceler si le salarié varie dans ses réponses. Ou simplement s’il se sent valorisé, reconnu et respecté au sein de l’entreprise. Une veille constante chez soi comme sur la concurrence.
Guy Gweth
Coopération: Paris retrouve un peu de sagesse africaine
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Soft Power, Stratégie, veille on 10 avril 2008 at 9:01
«J’aime l’Afrique et je veux qu’on parle de l’Afrique en bien. [...] L’Afrique n’est pas une, il faut s’en occuper État par État et c’est ce que j’ai l’intention de faire en allant sur le terrain [...] J’ai envie de renouer les fils là où ils ont été distendus [...] Il faut se garder de donner des leçons aux pays africains [...] La rupture c’est intellectuel… Ce n’est pas la brusquerie.» Morceaux choisis de l’inteview exclusive d’Alain Joyandet ce jeudi 10 04 08 à 6 :10 TU, au micro de Christophe Boisbouvier, RFI.
Après la très médiatique campagne de 2007 sur “la rupture” entre France et Afrique (période électorale oblige !);
Après le regrettable discours du 26 07 07 à l’université Cheik Anta Diop de Dakar;
Après l’affaire de l’arche de zoé, le “j’irai les chercher quoi qu’ils aient fait” du président français début novembre 2007, la suite des évènements à Ndjaména et la menace française de revoir ses accords de coopération militaire;
Après la réplique des intellectuels africains “contre le discours de Dakar”, fin février 2008 ;
Après l’extraordinaire rattrapage du Cap au jeudi 28 02 08 devant le Président Thabo Mbeki et le parlement sud-africain;
Après la publication de listings sur les biens immobiliers des chefs d’Etats africains en France le 01 02 08, alors que certains politiques français sont d’importants propriétaires en Afrique centrale à l’insu de l’opinion publique;
Après la décision de Libreville d’expulser tous les Français “sans papier” du Gabon début mars 2008;
Après l’acharnement de Jean-Marie Bockel à rompre avec la «françafrique »;
Et faisant suite à l’éviction de celui-ci sous la pression du président gabonais Omar Bongo Ondimba et de son homologue congolais Sassou Nguesso, notamment;
Considérant la fulgurante percée chinoise en Afrique centrale;
Ayant pris le pouls de la diaspora africaine ainsi que des experts et hommes d’affaires français évoluant en Afrique francophone;
Se rendant à l’évidence du caractère stratégique incontournable de l’Afrique noire à plusieurs égards;
Nicolas Sarkozy a radicalement revu sa copie en nommant le 18 mars 2008 un nouveau secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes, en la personne d’Alain Joyandet.
Homme de communication , le maire UMP de Vesoul apporte avec lui un style – revenez-y de chiraquie-, plus discret et plus posé, le type de tempérament empreint de sagesse, de sympathie et de grande diplomatie qui a si souvent fait la réussite de la France sur la scène internationale. Député et ancien sénateur, marié et père de trois enfants, Alain Joyandet s’est envolé ce jeudi 10 mars 2008 pour Libreville où il va tenter, dit-il, de « rectifier la ligne politique adoptée par le secrétariat d’État à la Coopération depuis l’arrivée de Jean-Marie Bockel à sa tête“.
Alors évidemment tout le monde ne voit pas ce revirement de l’Elysée d’un très bon œil. Ainsi pour Olivier Thimonier de l’association Survie par exemple, la visite d’Alain Joyandet au Gabon “ne donne pas un signe positif sur l’évolution de la politique de la France en Afrique“. Pour ma part, c’est le signe que Paris a compris la nécessité de modifier et même de professionnaliser sa communication vis-à-vis des Africains comme nous l’avions préconisé. Reste le plus difficile: allier l’acte à la parole… Afrique échaudée craint désormais l’eau froide!
Guy Gweth
