« Quelle idée d’avoir appelé cette planète terre alors qu’elle est clairement océan? », s’étonnait Arthur Charles Clarke en introduction du livre vert maritime de…
Archive for the ‘Géoéconomie’ Category
L’âge d’or de la Security Business dans le Puntland somalien
In Gestion de crise, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Risk Management, Sécurité on 2 novembre 2009 at 10:17Vers une stratégie panafricaine d’intelligence économique ?
In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie on 1 novembre 2009 at 1:35Retrouvez la réponse de Guy Gweth dans Les Afriques n°95 (du 29 octobre au 4 novembre 2009) sous le titre « Pour une stratégie continentale d’intelligence économique », page 22. Extraits:
La diplomatie économique selon Lula
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Soft Power on 31 octobre 2009 at 9:41Un très bel article de Rodrigo Mallea de La Nacion, Buenos Aires, repris dans le dossier « Brésil – Le réveil d’un géant » du Courrier international numéro 991, paru le 29 octobre 2009. Extraits :
Afrique – Les entreprises minières dans le collimateur du Saint-Siège
In Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique on 29 octobre 2009 at 6:01AfriCommodities, partenaire stratégique de GwethMarshall Consulting, a été longuement cité sur la question de l’exploitation minière lors de la 2ème Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques qui s’est tenue du 4 au 25 octobre à Rome. Se référant aux travaux du numéro 1 d’AfriCommodities, voici ce qu’écrit Eucharistiemisericor* le 27 octobre 2009:
90% des gisements de matières premières en Afrique restent à développer
In Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité, veille on 25 octobre 2009 at 11:25Nouveau partenaire stratégique de GwethMarshall Consulting, le bureau d’ingénieur-conseil AfriCommodities vient de dévoiler sa banque de données d’intelligence économique consacrée au marché des matières premières. On apprend ainsi que sur les 10 millions de gisements de matières premières offshore et onshore inventoriés en Afrique, 10% des gisements prouvés par la télédétection satellitale y sont développés, 9′900′000 titres, soit 90% des gisements prouvés par la télédétection satellitale y restent à développer et que des millions de gisements offshore et onshore probables et possibles ne sont pas encore développés.
L’observatoire Satellital des matières premières d’Afrique est une des principales innovations d’AfriCommodities qui intègre toutes les technologies de son partenaire Google, notamment Google Earth, Google Maps et Google Street View. Cette interface permettra par exemple d’offrir à tout utilisateur de cette banque de données une visite virtuelle des principaux gisements des matières premières d’Alger à Johannesburg.
Actuellement, grâce à la convention qui lie Google et la NASA, l’interface de Google Street View permet d’observer en back office toutes les entités nommées de l’Afrique. En front office les différentes entités nommées pourront être ouvertes au grand public via cette plate forme satellitale en temps quasi réel ultérieurement. Exemples: marchés boursiers, gisements des matières premières, banque, compagnies minières, commerces, administrations publiques, ports, aéroports, frontières, circulation, etc. Cette fonctionnalité touchant à la sécurité des États, des négociations sont en cours avec les missions diplomatiques à Genève, Berne, Paris et Bruxelles pour éviter tout conflit d’intérêts.
La banque de données d’AfriCommodities comprend des données structurées sur 53 États d’Afrique, 12 types de gisements de matières premières, 10′000 types de matières premières classés par odre alphabétique, 10 millions de gisements offshore et onshore inventoriés par télédétection satellitale, 10 millions de kits bancables validés in situ sur chaque gisement géo-localisé, 10 millions de kits de Business plan validés in situ sur chaque gisement géo-localisé, des millions de scènes d’images à très haute résolution du Satellite Landsat TM et ETM+ ortho rectifiées et non ortho rectifiées recouvrant comme un puzzle les 30′310′000 km² de superficie des 53 États d’Afrique… etc. Durant un an, le prototype de cette banque de données (draft) va subir des modifications aussi bien au niveau de sa charte graphique que de ses principales rubriques pour atteindre son niveau d’efficience optimale.
En back office, une communauté de compétences africaines (du continent et de sa Diaspora) travaille en réseau avec l’observatoire satellital des matières premières d’Afrique du faits des enjeux stratégiques du projet. Il faut bien comprendre que « la valeur financière des gisements africains de matières premières, connus à ce jour, s’élève à 46 200 milliards de dollars. Il suffirait de valoriser 12 % de cette immense richesse pour financer, sur l’ensemble du continent, des infrastructures (transports, énergies, télécommunications, santé, éducation) du même niveau que celles de l’Europe. »*
David Beylard* & Guy Gweth
Protégé : Comment l’Afrique est sur écoutes 24h/24, 7j/7
In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Veille stratégique on 21 octobre 2009 at 8:24Enjeux diplomatiques et stratégiques 2009
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Prospective, Risk Management, Sécurité on 4 octobre 2009 at 10:18Certains penseront à juste titre qu’en tant qu’Ancien du CEDS de Paris, je prêche pour ma paroisse. La vérité va au delà : Enjeux diplomatiques et stratégiques est l’ouvrage de référence qu’il faut absolument lire lorsqu’on opère sur la scène internationale aujourd’hui.
Réalisée par « une équipe pluridisciplinaire constituée d’universitaires, de diplomates, de journalistes et d’officiers supérieurs », l’édition 2009 est parue chez Economica sous la direction de Pascal Chaigneau. Y ont collaboré : Viatcheslav Avioustskii, Francis Balle, Dominique Bangoura, Mustapha Benchenane, Raymond Carter, Emmanuel Caulier, Jean-Christophe Dallemagne, Carla di Martino, Patrick Dombrowsky, Yacouba Doumbia, Jean-Louis Dufour, Georges Estievenart, Patrick Ferras, Gilles Gallet, Thierry Garcin, Thérèse Gastaut, Jorge Huerta-Jemio, Fereydoun Khavand, André Lewin, Fouad Nohra, Jean-Bernard Ouvrieu, Henri Paris, et Olivier Rouquan. Voici quelques extraits :
2008-2009 : le nouveau visage des médias
« Philip Meyer, dans son livre The Vanishing Newspaper, annonce par avance l’année où les quotidiens imprimés auront été définitivement remplacés par les sites d’informations du Web : 2040. L’annonce fait écho au célèbre discours prononcé par Rupert Murdoch, le 13 avril 2005, devant les représentants de l’Association américaine des rédacteurs en chef. Au sein du New York Times, en privé, on tient pour révolue l’heureuse époque où la règle d’or consistait, pour le journal, à ‘publier toutes les informations dignes de l’être’. » P. 235
La vie des Nations Unies en 2008
« La date du 2 avril (2009) et la place, Londres, étaient retenues pour le sommet du G-20. On dit qu’il devait être refondateur du système financier mondial et constituer un deuxième Bretton Woods. Mais comment pouvait-il en être ainsi, s’il s’agit pour vingt États de décider de ce qui en concerne 192 ? Certes, on imagine que les ‘locomotives’ du Groupe des 77 qui participent au G-20 telles que l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Inde s’efforceront d’être porteuses des revendications de tous les pays du Sud… » P. 245
Le retour de l’État sur la scène internationale
« Parallèlement à l’économie, l’État opère son retour sur la scène internationale par la guerre, de nouveau ultima ratio regnum. Pour souligner le poids des souverainetés comme détentrices de la violence légale, Louis XIV faisait graver à la bouche de ses canons : ‘Le dernier argument du Roi’. La résurgence de la Russie sur la scène géostratégique et la guerre de Géorgie d’août 2008 ont redonné aux conflits entre États que l’ont croyait oubliés une particulière actualité. » P. 8
La guerre en 2008
Les États continuent de ne pas voir dans la guerre un moyen de résoudre les contradictions qui les opposent. Restent les affrontements entre États et groupes armés et autres guerres par procuration. Il n’est pas dit que ces guerres asymétriques soient complètement inutiles. Elles amènent les armées à reconsidérer leurs méthodes de combat et d’entraînement, à mieux appréhender les formes de la guerre probable que décrit, avec talent et une grande qualité d’analyse, le général Vincent Desportes, et finalement à mieux se préparer à rétablir la paix. » P. 225
Guy Gweth
Pétrole : la Chine vise 6 milliards de barils au Nigeria
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Stratégie, veille on 1 octobre 2009 at 9:28La Chine voudrait conclure l’un de ses plus gros contrats d’énergie à l’étranger dans les prochains jours. Pékin est prêt à débourser entre 30 et 50 milliards de dollars au Nigéria pour y exploiter d’importants champs pétroliers.
La Chine qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en hydrocarbure espère mettre la main sur une partie du pétrole du Nigéria, selon le Financial Times. Les gisements en négociation représentent un sixième des réserves du Nigéria soit 6 milliards de barils. L’offre chinoise est estimée entre 30 et 50 milliards de dollars.
LA CNOOC, l’une des trois majors chinoises de l’énergie, est en négociation avec le Nigéria au même titre que Shell, Chevron, Total et ExxonMobil pour exploiter 16 gisements dont les licences détenues par les sociétés pétrolières occidentales arrivent à la fin de leurs échéances.
Le ministre nigérian du Pétrole Rilwan Lukman a confirmé mercredi que des discussions étaient en cours avec la Chine sur un possible contrat pétrolier, mais qu’aucune décision n’a été prise. “Les Chinois ne sont pas les seuls à chercher à avoir accès au pétrole et au gaz du Nigéria… Nous sommes en discussion continue avec divers groupes et intervenants“, a-t-il précisé.
Rappel : avec ses 2.356.000 barils par jour, le Nigéria représente 2,9% du pétrole mondial. Le pays a vu sa production entravée par le conflit politique qui l’oppose au groupe séparatiste Mend dans le delta du Niger. Le Nigéria a rejoint l’OPEP en 1971.
TV, AFP & GG
Le risque d’investir en Guinée équatoriale
In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Management de l'information, Risk Management on 29 septembre 2009 at 8:30Le 30 août 1979, le colonel Teodoro Obiang Nguema accède au pouvoir à Malabo (capitale d’un État lilliputien de 28 051 km² situé dans le golfe de Guinée), à la suite d’une révolution de palais. A l’époque, la Guinée équatoriale est exsangue et le nouveau Président est obligé de faire appel au concours du Fonds monétaire international.
La Guinée ou l’art d’effrayer les investisseurs
In Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Risk Management, Stratégie, Sécurité, veille on 25 septembre 2009 at 1:50Alors que les pays riches rivalisent d’adresse pour attirer le plus d’investisseurs, de touristes et de travailleurs qualifiés possible ; alors les pays émergents se battent pour séduire les entreprises qui délocalisent, de nombreux pays au sud du Sahara jouent à faire peur aux opérateurs étrangers. C’est le cas de la Guinée Conakry, un peuple de travailleurs infatigables, une terre de tradition hospitalière pourtant affublée de la note « D »[1] dans la catégorie « environnement des affaires » du Département Etudes Economiques et Risques Pays de COFACE, au même titre que le Zimbabwé ou l’Afghanistan. L’insécurité.
Des exemples
Le 16 septembre dernier à Conakry, des militaires guinéens se présentent au siège de Total Guinée dans le but d’enlever son directeur général. Le DG, Philippe Chauvin, échappe aux agresseurs grâce à l’intervention de ses employés et de quelques passants. Un mois plus tôt, c’est l’ambassadeur de Ghana qui avait été enlevé, brutalisé et dépouillé par des hommes armés…
Des causes
Depuis la prise du pouvoir par les militaires au lendemain du décès de Lansana Conté le 23 décembre 2008, les diplomates et hommes d’affaires asiatiques, européens et africains sont régulièrement la cible de bandes armées qui se croient au dessus des lois. D’ici à 2012, le marché de la security business va flamber dans ce pays comme c’est le cas actuellement en Côte d’Ivoire.
Des réalités
Malgré ses ressources naturelles, la Guinée Conakry est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Elle est 173ème dans le classement Doing Business 2010[2] avec 179 créations d’entreprises/an pour 111 fermetures et un indice de protection des investisseurs de 172. Il faut 41 jours et 13 procédures pour créer une société à responsabilité limitée (SARL) dans ce pays[3].
Une solution
Pour investir et/ou vous maintenir en Guinée en toute sécurité, demandez conseil à vos experts.
[1] « D » équivaut à la moins bonne note du classement
[2] Doing Business, Rapport 2010, Banque Mondiale (BM) & International Finance Corporation (IFC)
[3] Pour créer une SARL en Afrique subsaharienne, il faut en moyenne 41 jours et 9 procédures.
Les développements de l’intelligence économique en Afrique
In Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie on 20 septembre 2009 at 4:00Dans Le Monde diplomatique n°666[1], Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, écrit : « je reste, en effet, fondamentalement convaincu que celle-ci (l’Afrique) ne pourra résister aux défis de la globalisation qu’unie et solidaire. » Cette exigence d’unité et de solidarité vaut également pour l’intelligence économique (IE) dont la situation connaît d’énormes disparités sur le continent. Mais aussi inégaux soient-ils, les développements de l’IE au niveau des États, des entreprises, des éducateurs et des experts doivent concourir à l’éclosion du désir de gagner ensemble que l’Union africaine appelle de ses vœux.
Les États
L’intelligence économique, ne nous voilons pas les yeux, tarde à être considéré comme un sujet d’importance vitale par les gouvernements africains. Sur ce point, les pays d’Afrique francophone (hormis le Sénégal et le Maroc dans une certaine mesure) peinent à emboiter le pas à la France où on observe de remarquables avancées. Malgré la barrière linguistique qui empêche de s’y intéresser de près, les meilleurs élèves du continent demeurent la Libye (2ème) et surtout l’Afrique du Sud (au 1er rang). 45ème pays le plus compétitif au monde[2], cette dernière a été classée 34ème dans le classement Doing Business 2009-2010 devant le Portugal (48), l’Espagne (62), la Chine (89), la Russie (120), l’Inde (133) et le Brésil (129). Le pays de Nelson Mandela attire 6,5 millions de touristes/an (soit trois fois la population du Gabon) malgré de graves problèmes d’insécurité.
Les entreprises
L’état des lieux décrit par Adrian Alvarez dans la dernière livraison de Competitive Intelligence[3] consacré à l’Amérique latine est applicable à l’Afrique. Invoquant les cas du Chili et du Brésil, Alvarez remarque : « Dans ces deux pays, les premiers départements de competitive intelligence ont vu le jour dans de grands groupes (tels que Unilever, Procter & Gamble)… » En Afrique, seules les multinationales comme Bolloré ou Progosa, MTN ou BMCE Bank… ont de vraies unités d’IE. La communauté des hommes d’affaires chinois diffuse également des bulletins d’alertes d’une redoutable efficacité dans la détection et la réponse aux appels d’offre. Certains grands groupes (de télécoms, énergie et transports) bénéficient d’informations concurrentielles obtenues par leurs ambassades grâce au matériel d’interceptions arrivé par la valise diplomatique. Les entreprises locales patientent.
Les éducateurs
Mise à part l’Afrique du Sud, le Sénégal semble être le seul pays africain où l’IE est officiellement enseignée en tant que spécialité. Au Burkina Faso, au Cameroun, au Maroc et à Madagascar notamment, des antennes locales d’universités ou de centres de formation français dispensent quelques heures de veille et d’IE à la française. Pourtant, dans Critical Success Factors in the Brazilian CI Process paru page 13 in Competitive Intelligence (vide supra), Fernando de Almeida, professeur à l’université de Sao Polo relève un détail d’importance: dans des cultures comme celles d’Afrique ou d’Amérique latine, « la communication, dit-il, passe par les mimiques (…) une partie seulement est exprimée de manière explicite, soit verbalement, soit par écrit. » Le refus et/ou l’incapacité d’intégrer la matrice culturelle locale dans les formations d’IE est pour le moins suspect.
Les experts-consultants
Parlant de businessmen dans le royaume chérifien, c’est Abdelmalek Alaoui qui résume à peu près la situation des professionnels africains de l’IE, « cette situation où ceux qui devraient se parler murmurent, ceux qui devraient collaborer s’observent, et où ceux qui devraient interagir se repoussent, conduit à une absence de visibilité totale quant à la stratégie du pays face aux nécessités de la guerre économique »[4] Heureusement, quelques acteurs tels que l’AMIE, GwethMarshall Consulting (1er cabinet d’intelligence économique en Afrique centrale) et l’OAIE travaillent à fédérer les énergies des experts africains au profit de stratégies sous-régionales tournées vers une vision régionale.
Pour conclure son texte cité plus haut, Jean Ping avertit : « au moment où la Commission est en passe de devenir l’Autorité de l’Union africaine, l’Afrique doit plus que jamais donner des réponses à ses citoyens et lever les incertitudes… » La mission première de l’intelligence économique n’est-elle pas de réduire l’incertitude?
Guy Gweth
[1] Le Monde diplomatique (supplément), n°666, septembre 2009
[2] Forum économique mondial de Davos, Rapport sur la compétitivité globale 2008-2009
[3] SCIP, Competitive Intelligence, volume 12, n°3, mai/juin 2009
[4] Alaoui (A), Intelligence économique et guerres sécrètes au Maroc, Le serpent à plumes éditions, avril 2009
Protégé : Présidence à hauts risques pour Ali Bongo
In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Prospective, Risk Management, Sécurité on 5 septembre 2009 at 8:49S’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Risk Management on 20 août 2009 at 3:00Face aux menaces qui pèsent sur le monde actuel (attaques terroristes, guerre informatique, conflits armés, réchauffement climatique, ouragans, pandémies, prolifération nucléaire sauvage… “Foreign Policy a demandé à 21 experts internationaux, chacun dans son domaine, de donner une solution qui aiderait à faire de la planète un monde un peu meilleur et plus agréable à vivre.” Le 12è point : lutter contre le terrorisme signé de John Arquilla, professeur en stratégie de défense à l’Ecole Navale Supérieure, a particulièrement retenu notre attention. Dans les lignes qui suivent, Arquilla propose tout simplement de s’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre… Quelle ingéniosité! GG
« “Réseau” est le mot le plus couramment utilisé pour désigner les organisations terroristes depuis le 11-Septembre 2001. Pourtant, depuis six ans que le premier grand conflit armé a eu lieu entre des Etats et des “réseaux”, les Etats en sont toujours à livrer la “dernière bataille”. On a à peine remarqué que la poursuite d’Al-Qaïda et de ses alliés s’effectue sans qu’aucune réflexion sérieuse n’ait été menée sur les nouveaux types de problèmes que posent des adversaires qui opèrent en petits groupes interconnectés, avec un minimum de contrôle central.
« Les nations continuent de raisonner en termes d’accumulation de forces sur des champs de bataille, de puissance de feu “écrasante”, comme l’armée des Etats-Unis a tenté de le faire en Irak. Mais les “réseaux” là-bas ont su facilement dévier les coups, poursuivant leurs activités insurrectionnelles avec une sauvagerie encore plus grande. Dans ce nouveau type de conflit, – appelons cela “guerre de réseaux” – la dynamique de base est celle de ceux qui se cachent contre ceux qui les cherchent. L’époque est révolue où l’on massait mutuellement des forces pour qu’elles s’affrontent sur une plaine sinistre. Aujourd’hui, si vous ne trouvez pas l’ennemi, vous ne pouvez pas le combattre. Si les nations veulent avoir la moindre chance de défaire le terrorisme, elles doivent comprendre que les réseaux sont une forme d’organisation distincte, et non juste un qualificatif appliqué à la hâte. D’une manière pratique, cela signifie qu’il faut viser les “nœuds stratégiques” du réseau, et non pas seulement se borner à les neutraliser en envahissant ou bombardant les pays soupçonnés de les soutenir.
« Vous ne pouvez pas attaquer un “réseau” avec une armée traditionnelle. Au lieu de cela, il faut avoir la volonté d’organiser ses propres forces en unités souples et organisées en “réseaux”. De façon assez ironique, il faut dire que l’armée des Etats-Unis avait entamé sa guerre contre le terrorisme sous cette forme avec ses onze “A teams” des Forces Spéciales – soit moins de 200 hommes par équipe – qui ont renversé le régime Taliban et mis Al-Qaïda en déroute en Afghanistan. Chaque équipe était connectée aux autres et aux forces aériennes de soutien. Ils se sont révélés impossibles à arrêter. Mais depuis la fin 2001, la vieille garde des généraux américains a renoué avec sa préférence pour les grosses unités, d’abord en Afghanistan, ensuite en Irak. Et aujourd’hui nous sommes deux fois embourbés, en grande partie à cause de notre réticence à “combattre les réseaux par des réseaux”.
« Voici quelque quarante ans au Vietnam, le Pentagone a basculé d’une stratégie à base d’opérations spéciales ciblées et interconnectées en faveur de celle, conventionnelle, des “unités lourdes” conventionnelles, avec les résultats désastreux que l’on connaît. Jusqu’à maintenant, nous avons commis la même erreur dans la guerre contre le terrorisme. La seule différence, c’est qu’il est encore temps d’en inverser le cours. »
Les 21 solutions du Foreign Policy pour sauver le monde.
La Francophonie comme outil de guerre économique
In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique on 29 juillet 2009 at 10:12Les pays développés ont fait de l’intelligence économique (IE) le moteur stratégique de leur développement et de leurs succès économiques. Dans le contexte actuel marqué par la globalisation des échanges, les États et entreprises francophones et africains en particulier sont condamnés à se doter d’instruments de surveillance, de prévision et d’anticipation. L’intelligence économique apparaît de ce point de vue comme une modalité de gestion de l’espace. L’information peut devenir une arme redoutable si elle est est ciblée, collectée, traitée, sécurisée et surtout partagée sans rétention. Dans un village planétaire travaillé par la guerre économique, l’espace francophone n’offre-t-il pas un excellent site d’expérimentation des stratégies d’intelligence collective ?
Selon Alain Juillet, ancien Haut responsable français chargé de l’intelligence économique, l’IE est un mode de gouvernance dont l’objet est la maitrise de l’information stratégique et qui a pour finalité la compétitivité et la sécurité de l’économie et des entreprises. L’intelligence économique, c’est-à-dire la capacité de créer des liens entre des informations économiques mais aussi sociales et culturelles, facilite les échanges entre plusieurs acteurs pour résoudre des problématiques de développement complexes. Elle aboutit à une meilleure compréhension des problèmes de marché, de développement des affaires et de coopération culturelle par la connaissance des valeurs, des représentations.
L’intelligence économique apparaît dès lors comme un créneau pour la Francophonie à l’heure où la tendance stratégique est au rapprochement, au partenariat entre pays et entreprises ayant les même valeurs en partage. L’IE est aussi un vecteur de développement et de coopération entre nations, et c’est dans cette perspective qu’il importe d’explorer de nouvelles voies pour renforcer la présence de la Francophonie dans les Etats membres. C’est d’ailleurs l’occasion pour cette communauté, souvent présentée comme un organisme en perte d’influence de réaffirmer sa légitimité et (pourquoi pas?) de poursuivre une stratégie de puissance dans une dynamique de coopétition.
Certains sont sceptiques quant à l’emploi de l’IE comme outil de combat dans de l’espace économique francophone. La plupart des Etats membres ont en effet un énorme retard à rattraper pour répondre aux défis qu’impose la conjoncture économique mondiale. Ils ont intérêt à construire ensemble un patrimoine informationnel qui assure leur compétitivité, leur permettant des actions offensives et défensives face aux opportunités, aux risques et menaces liés à la concurrence. C’est grâce à une telle prise de conscience suivie d’une politique d’IE qu’un pays comme le Maroc (cf. l’affaire des babouches) commence à résister à l’invasion des produits chinois.
Une autre catégorie de sceptiques est constituée d’acteurs pour qui l’intelligence économique est l’affaire des pays industrialisés. Il est vrai que la mise en place d’une politique d’IE reste très coûteuse pour un pays en développement. Mais l’un des objectifs de la communauté économique francophone n’est-il pas fondamentalement de se doter d’une plateforme commune de partage d’informations qui permettra à terme d’atténuer l’effort de guerre économique et de sécuriser le périmètre informationnel des pays membres?
Désormais, il y a une nouvelle grille de lecture de l’économie de marché. La mode est au partenariat et à la coopération. Seule une politique de défense économique francophone commune peut par exemple freiner l’appétit de l’ogre chinois qui ne cesse d’accroitre son influence en Afrique grâce à sa stratégie subversive de contournement et d’encerclement. A défaut d’être ouvertement offensive, la Francophonie peut se doter de moyens de défense.
Diagne Souadou
Consultante en IE
Diplômée de l’Ecole de Guerre économique de Paris
Le groupe Ben Laden à l’assaut du marché ouest-africain
In Diplomatie économique, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Leadership, Stratégie, veille on 28 juillet 2009 at 12:18Après une timide offensive ces dernières années en Afrique subsaharienne, le géant saoudien, Saudi Ben Laden Group, se lance à la conquête de l’Afrique francophone conformément à la nouvelle politique d’investissement en direction du marché ouest-africain convenue par ses administrateurs au courant de la première quinzaine du mois de juillet 2009.
Passer à la vitesse supérieure
Cette option stratégique des décideurs de la multinationale saoudienne intervient au lendemain d’opérations de prospection fructueuses effectuées en Afrique occidentale, respectivement au Sénégal, au Mali et en Guinée, entre mai et juin. Le groupe Saudi Ben Laden, qui a décidé de promouvoir son image en Afrique subsaharienne face à la montée en puissance des firmes asiatiques – via son programme d’investissements 2010-2014 – entend passer à la vitesse supérieure. Dans le domaine des hydrocarbures, Saudi Ben Laden arrive sur le marché sénégalais. Compte tenu de sa position stratégique, la multinationale saoudienne a fortement manifesté son intention d’acquérir 34% du capital de la SAR (Société Africaine de Raffinage) aux côtés de l’Etat du Sénégal, actionnaire majoritaire de la société à hauteur de 65,4%) et de la firme pétrolière française, Total, présente dans le capital avec 34,6%. Lourdement handicapée ces dernières années par les fluctuations du marché pétrolier mondial et les manquements de la politique énergétique du pays, la Société Africaine de Raffinage (SAR), qui tournait quasiment à perte, serait en passe de sortir la tête de l’eau. Saudi Ben Laden a décidé de mobiliser un investissement de près de 250 milliards de FCFA à court terme pour redresser l’entreprise ainsi « sauvée » de justesse d’un dépôt de bilan (…)
Total reste prudent
Total adhère avec beaucoup de réserve au schéma d’engagement de capitalisation envisagé par Saudi Ben Laden qui passerait de 34% à 51% du capital dans les années à venir. Même si le pétrolier français est resté à la table des négociations avec le géant saoudien, l’heure est à la prudence côté français. A en croire une source proche du dossier, « Total pourrait ne conserver que 20% des parts contre 34% à l’heure actuelle, après la prise d’actions de Saudi Ben Laden à hauteur de 51% qui deviendrait l’actionnaire majoritaire ». Le reste du dispositif actionnarial sera partagé entre l’Etat et le personnel, selon cette source. Le ministre de l’Energie, Samuel Amète Sarr a décliné les ambitions du groupe saoudien qui a inscrit dans le cahier de charges le liant à la SAR la création d’une raffinerie d’exploitation complète et qui alimentera en produits pétroliers les pays de la sous-région africaine. Dotée d’une capacité de stockage de 1,2 million/t, largement en dessous de la demande en énergie qui serait de l’ordre de 1,8 million, la SAR compte, via son nouveau partenaire stratégique, redonner un second souffle à la filière hydrocarbures. Saudi Ben Laden group devrait libérer une première tranche des fonds, estimée à près de 120 milliards de FCFA d’ici à fin septembre 2009.
Le Mali dans les rangs
Le consortium saoudien, qui poursuit son offensive sur le marché ouest-africain, est également annoncé au Mali pour un important projet d’investissements dans le secteur immobilier. Saudi Ben Laden figurerait sur la short-list des entreprises internationales ciblées par le gouvernement malien qui a lancé il y a deux mois un programme de 4850 logements à réaliser avant fin 2010. Des officiels saoudiens du groupe Saudi Ben Laden ont pris langue avec l’Office malien de l’habitat pour réaliser ces travaux sous forme de joint-venture public-privé. Déjà, on apprend que l’Etat malien a soumis aux partenaires financiers internationaux ce projet immobilier en juin dernier et que la Banque Islamique de Développement (BID) est pressentie comme chef de file des bailleurs pour son financement. Saudi Ben Laden, serait prêt à apporter une enveloppe de 60 milliards de FCFA en partenariat avec le secteur public malien.
Ismael Aidara
Le groupe Bolloré peut-il rafraîchir son image tropicale ?
In Guerre de l'information, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Leadership, Management de l'information on 29 juin 2009 at 6:06Avril 2009, Le Monde diplomatique[1] titre sur « les guerres africaines de Vincent Bolloré » entre « affaires, médias et humanitaires ». Quelques jours plus tôt, le 28 mars 2009 (coïncidence ?) c’est France Inter qui consacre une émission à « L’empire noir de Vincent Bolloré ». Comme pour exécuter une commande, en moins d’une semaine, on a remis au goût du jour la vieille théorie de « Bolloré, entreprise néocoloniale » au moment où la guerre pour le contrôle des ports fait rage sur le continent africain. La contre-offensive des stratèges de Puteaux est donc attendue. Mais l’opération « transparence » organisée en avril fait l’effet d’un antalgique. Car les 3 jours de voyage effectués par Dominique Lafont, DG de Bolloré Africa Logistics, à bord de son jet, en compagnie de journalistes ne semblent pas avoir positivement impacté la perception qu’a l’opinion publique de la multinationale.
Bolloré en Afrique c’est 30% du chiffre d’affaires du groupe en 2008, 19000 emplois, un réseau de 200 agences disséminés dans 43 pays, des domaines d’activités aussi stratégiques que les transports maritimes ou ferroviaires, la logistique minière, industrielle, pétrolière et humanitaire… Depuis 2004, le groupe a raflé la gestion de nombreux terminaux à conteneurs sur le continent à l’instar d’Abidjan en Côte d’Ivoire, Douala au Cameroun, Cotonou au Bénin, Lomé au Togo, Pointe-Noire au Congo, Tama au Ghana ou Tincan au Nigeria… Et perdu quelques uns comme celui de Dakar au Sénégal en octobre 2007. Pour le groupe comme pour ses quatre principaux concurrents (l’allemand DB Schenker Logistics, l’émirati Dubaï Ports World, le danois APMT et l’espagnol Progosa), l’objectif stratégique est le contrôle des points d’entrée et de sortie du continent car « l’Afrique est comme une île reliée au monde par les mers. Donc qui tient les grues tient le continent. »[2]
Les analystes sont presque tous d’accord sur un point: Vincent Bolloré a réussi l’un de ses plus beaux coups de communication indirecte en recevant en mai 2007 Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président de la république, sur son yacht privé, tous frais payés. Attentifs, les décideurs d’Afrique francophone pour qui « l’ami d’un ami est un ami » ont parfaitement saisi le message. Le navire du milliardaire avait à peine mouillé au large de Delimara Bay que « la rupture » prônée par son illustre hôte s’effritait devant la real politik. Qui peut reprocher à un Etat de promouvoir et de protéger ses champions à l’international? Sauf que dans le cas Bolloré, les concurrents (aidés par les retours d’ascenseur du groupe breton à ses amis du nord et du sud) ont choisi de communiquer sur les soupçons de collusions, voire des « liens incestueux » entre l’Elysée et Bolloré, le groupe Bolloré et les décideurs africains, les présidents africains et l’Elysée. La « Françafrique » en somme.
Or vu son artillerie [télévision (Direct 8), publicité (Havas), presse gratuite (Matin plus et Direct soir), RP (d’anciens ministres africains et français)…], il serait pour le moins prétentieux de faire une leçon de communication à Bolloré, si ce n’est que le cordonnier est rarement le mieux chaussé. L’édition de code d’éthique[3] et de publi-reportages n’est bien sûr pas négligeable. Mais il est temps de sortir des sentiers battus. En se servant de tribunes à valeurs symboliques certaines, la concurrence a réussi à porter la guerre économique sur le terrain de « la morale dans les affaires ». Pour échapper à ce crucifix où l’ont cloué ses challengers, Bolloré doit absolument faire diversion. Il faut arriver à créer une histoire à faire raconter par des gens ordinaires, un rêve à partager avec l’opinion publique. A ceux qui me disent à Puteaux qu’il faudra une révolution pour cela, je réponds toujours qu’au 21è siècle, aucune entreprise ne pourra durablement gagner si elle n’investit dans l’émotion.
Guy Gweth
[1] Le Monde diplomatique n°661, p 1, 16 & 17
[2] Propos prêtés à un « ancien de Bolloré » in « L’Afrique n’est plus l’eldorado des entreprises françaises » dans Le Monde diplomatique de février 2006.
[3] Le groupe Bolloré aurait rédigé un code d’éthique comprenant une liste noire de quatre pays (Érythrée, Guinée Bissau, Lesotho et Swaziland) où il ne souhaite pas investir pour “cause de corruption rempante”. Nous n’avons pu vérifier l’exactitude de cette information.
Le new deal économique mondial selon Bilderberg 2009
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Management de l'information, Stratégie on 27 juin 2009 at 1:15Le Groupe de Bilderberg est plus qu’un réseau d’élites. C’est un gouvernement mondial informel organisé en trois cercles concentriques. Il comprend les personnalités les plus influentes du monde des affaires, de la politique, des médias et du renseignement. La Conférence de Bilderberg se tient tous les ans depuis 1954. Dans un article assez détaillé paru dans Mondialisation, mon ami Andrew Gavin Marshall revient sur le plan de Bilderberg 2009 de réforme de l’économie politique mondiale. Un sujet d’importance stratégique pour la planète passé sous silence par les médias francophones.
Extraits:
« Du 14 au 17 mai l’élite mondiale a tenu une réunion secrète en Grèce dans le cadre de la conférence annuelle de Bilderberg sous l’attention éparse et restreinte des médias internationaux. Environ 130 des personnes les plus puissantes au monde se sont réunies afin de discuter des problèmes actuels urgents et de tracer une voie à suivre pour l’an prochain. Cette année, le principal sujet de discussion était la crise financière mondiale, ce qui n’est pas surprenant, si l’on considère que la liste des participants comprend bon nombre des premiers architectes de la crise ainsi que ceux étant sur le point de la ‘régler’.
« À la rencontre secrète dont il est question ‘une douzaine des personnes les plus riches au monde, invitées par Bill Gates et Warren Buffet, se sont rencontrées pour une réunion privée sans précédent pour discuter de dons d’argent’. La conférence se tenait à l’Université Rockefeller et comptait des philanthropes notoires tels Bill Gates, Warren Buffett, le maire de New York Michael Bloomberg, George Soros, Eli Broad, Oprah Winfrey, David Rockefeller Sr. et Ted Turner. Un des participants a déclaré qu’’elle n’était pas secrète [mais plutôt] censée être une réunion entre amis et collègues [et] dont les gens discutaient depuis longtemps. Bill et Warren espèrent le faire occasionnellement. Ils ont lancé une invitation et les gens sont venus’.
« Le journal Times du Royaume-Uni rapportait que ces ‘éminents milliardaires se sont rencontrés en secret pour envisager la façon dont leur richesse pourrait être utilisée pour ralentir la croissance de la population mondiale [et qu’ils] avaient parlé de joindre leurs forces pour surmonter les obstacles politiques et religieux au changement’. Fait intéressant, ‘la séance informelle d’après-midi était si discrète que certains assistants de ces milliardaires se sont fait dire qu’ils assistaient à un “breffage sur la sécurité“’. En outre, ‘on a alloué 15 minutes à chacun des milliardaires afin qu’ils présentent leur cause favorite. Pendant le dîner, ils ont discuté de la manière dont ils pourraient choisir une “cause d’ensemble“ pouvant servir leurs intérêts’. Ils ont par ailleurs ‘convenu que la surpopulation était une priorité’.
« Parmi les membres du Groupe Bilderberg, on trouve divers monarques européens. À la conférence cette année, il y avait la reine Beatrix des Pays-Bas, laquelle est justement l’actionnaire individuelle la plus importante de Royal Dutch Shell, une des plus grandes compagnies au monde. Elle était accompagnée d’un de ses trois fils, le prince Constantijn, qui a travaillé avec le Commissaire européen néerlandais pour l’Union européenne et comme expert-conseil en politiques stratégiques chez Booz Allen & Hamilton de Londres. Ce cabinet de consultants en stratégie et en technologie possède de l’expertise en analyse économique et commerciale, en analyse du renseignement et recherche opérationnelle, ainsi qu’en technologies de l’information, parmi bien d’autres [...]
Lire l’article complet d’Andrew Gavin Marshall in Mondialisation
Guy Gweth
Protégé : Le décryptage exclusif des psyops 2.0 testés en Iran
In Communication d'influence, Gestion de crise, Guerre de l'information, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie on 25 juin 2009 at 12:00La competitive intelligence à l’usage des ONG
In Benchmarking, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence économique, Management de l'information, Sécurité on 8 juin 2009 at 5:45Le 12 avril 2009, le New York Time plaçait « Dead Aid»[1] au 29è rang des best-sellers aux Etats-Unis. L’ouvrage de la Zambienne Dambisa Moyo[2] décrypte avec méthode, chiffres et exemples, comment le business de l’aide au développement accroit la dépendance de l’Afrique et profite à des réseaux d’ONG rompues aux techniques de guerre économique. Dans son éditorial du 29 avril 2009 au Time, Paul Wolfowitz, ancien directeur de la Banque Mondiale, confirme l’analyse de l’économiste africaine de 40 ans (classée parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde[3]) et comprend la tension déclenchée par la parution de l’ouvrage dans les milieux de la solidarité internationale. Désormais dotées de stratèges et de lobbyistes, de business models et de commerciaux, de réseaux et de communicateurs, la plupart des grandes ONG maîtrisent parfaitement les techniques de competitive intelligence et les appliquent sans en parler.
Tous les spécialistes de la charity business savent qu’à chaque début d’exercice, les responsables financiers d’ONG de développement se posent systématiquement ces trois questions : 1. Quels bailleurs financent tel type de projet ? (In-Out), 2. Quels projets finance tel bailleur de fonds ? (Out-In), 3. Comment rester compétitif en développant des sources de financements autonomes ? (In-In). Les professionnels de la competitive intelligence aident les décideurs à y répondre en activant trois touches :
1. Veille et enquêtes ciblées (sur les bailleurs de fonds, leurs projets, leur langage, leurs enveloppes, leurs exigences, leurs réseaux…) ;
2. Cartographie et profiling des acteurs (décideurs, concurrence, entreprises, relais d’opinions, donateurs publics et privés…) ;
3. Recherche, innovation et sécurité de l’information (Benchmarking, knowledge management, anticipation des tendances, protection du patrimoine informationnel pour éviter des intrusions comme celle d’EDF sur Greenpeace récemment.)
Depuis une décennie, les grandes figures de l’action humanitaire telles que l’Abbé Pierre ou Mère Teresa sont étudiées dans les meilleurs cursus d’intelligence économique et stratégique. Leur décryptage révèle que les techniques utilisées pour attirer les financements dans ces « organisations à but non lucratif » n’ont rien à envier aux opérations de guerre psychologique conçues par des officines ou des agences de marketing. Avec la bénédiction des Nations Unies, la multiplication des acteurs de la société civile a généré une extraordinaire concurrence entre les protagonistes ; et, à l’instar des marchés de Dieu, de la sécurité ou de la beauté, le business de la pauvreté se nourrit des failles décelées dans nos perceptions. Ce sont aussi ces failles que Dambisa Moyo a mis en exergue dans Dead Aid. Son courage et son expertise lui valent aujourd’hui d’être particulièrement écoutée des présidents Khadafi de Libye et Kagamé du Rwanda sur les questions d’aide au développement.
Guy Gweth*
[1] Dans Dead Aid (L’aide fatale), l’auteur soutient que la suspension dans un délai de 5 ans de toute aide accordée à l’Afrique, hors aide d’urgence « permettrait de stimuler la croissance » du continent.
[2] Dambisa Moyo est titulaire d’un doctorat en économie de l’université d’Oxford, d’un master de l’université de Harvard et d’un MBA de l’American University of Washington D.C.. Après la Banque Mondiale, elle a travaillé 8 ans chez Goldman Sachs avant de prendre la direction du hedge fund Absolute Return for Children. Dambisa Moyo milite pour des mécanismes innovants d’autofinancement du développement en Afrique à travers la microfinance, l’accès aux marchés de capitaux et le commerce avec la Chine.
[3] Classement 2009 du New York Time
* L’auteur de cet article a été consultant auprès d’Amnesty International, Caritas Internationalis, Catholic Relief Services, Justice & Paix, Friedrich Ebert Stiftung, etc.
Les entreprises africaines invitées au bal de l’IE*
In Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, veille on 11 mars 2009 at 9:32Le ministre nigérien du Commerce, Halidou Badjé, a invité ce mercredi, les entreprises africaines à maîtriser et protéger les informations stratégiques liées à leurs domaines d’activité.
La maîtrise et la protection de l’information stratégique est un facteur important pour tout acteur économique dans son élan d’accroissement et de développement, a dit M. Badjé en marge de l’ouverture d’un colloque international de trois jours sur « la compétitivité des entreprises et l’intelligence économique ».
Premier colloque du genre à être organisé au Niger, cette rencontre qui réunit des experts africains et européens, permettra d’élaborer des modèles d’actions au profit des entités étatiques et des entreprises, indique-t-on.
« Ce colloque intervient au moment où le Niger engage un programme de restructuration et de mise à niveau de ses entreprises (…) face au contexte de mondialisation et des APE », a souligné le ministre du commerce.
Le débat, a estimé M. Badjé, devra dépasser le cadre de ce colloque pour charrier toutes les composantes de l’activité économique notamment les universités et les Instituts de formation afin de permettre aux jeunes diplômés d’avoir des informations précises sur l’intelligence économique.
Selon lui, une étude menée récemment sur 147 entreprises de l’espace de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) a montré que celles ayant une sensibilité à l’intelligence économique connaissent une plus grande compétitivité.
Face à la concurrence acharnée sur le marché dans un contexte de globalisation, la compétitivité et le recours à une sécurité économique se révèlent comme une « préoccupation essentielle » pour tous les acteurs, selon Alain Pierre, l’administrateur général du groupe nigérien Fortinium, initiateur de ce colloque.
M. Alain Pierre a affirmé que l’intelligence économique gagne aujourd’hui en audience et connaît un développement certain, car sa pratique a servi le développement des économies du Nord et continue d’alimenter le secteur de l’innovation industrielle en Asie, en Europe et en Amérique.
Cependant, a-t-il regretté, cette discipline est peu connue en Afrique où le concept de l’intelligence économique reste « abstrait et ambigu » dans l’esprit du citoyen africain.
La rencontre de Niamey va déboucher sur un plan d’action stratégique pour l’instauration de l’intelligence économique dans les organisations et entreprises africaines, a expliqué Alain Pierre.
Il s’agit également de tendre vers la mise en route d’une dynamique de compétitive des entreprises africaines, a-t-il ajouté.
Fortinium group, porteur de ce projet, est né de la volonté de jeunes africains qui cumulent un historique professionnel dans divers domaines liés à la finance, la gestion, les technologies.
Source: DS/od/aft/APA
*IE: Intelligence économique
Tunisie: 2ème conférence internationale sur les SI et l’IE
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Management de l'information on 13 février 2009 at 7:35L’évènement à Hammamet était, le 12 février 2009, l’ouverture de la deuxième conférence internationale sur les «Systèmes d’information et intelligence économique», SIIE’2009, organisée par l’Ecole Supérieure de Commerce Electronique de La Manouba et l’Université de Nancy.
Présidée par Malek Ghenima, directeur de l’ESCE La Manouba, Aris Ouksel, professeur à l’Université de Chicago et Sahbi Sidhom, professeur à l’Université de Nancy, la session d’ouverture était une occasion pour les intervenants de relever les principaux éléments de la compétitivité des organisations fondée sur la pratique de l’intelligence économique, l’ingénierie du savoir et l’usage des technologies de l’information et de la communication d’autant plus que l’intervention de l’invité d’honneur le Professeur, Ridha Methnani, chef cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique et de la Technologie a insisté sur l’importance de l’intégration d’une culture de veille stratégique, compétitive et technologique afin d’anticiper les phénomènes issus de la mondialisation, menaces et opportunités pour la protection des savoir-faire et des innovations.
« Les thèmes principaux de cette conférence portant essentiellement sur les systèmes d’information et intelligence économique sont opportuns du fait de l’impact de cet intelligence dans l’amélioration de la compétitivité des entreprises tunisiennes dans un environnement changeant», a déclaré M. Ghenima, tout en ajoutant que « dans un monde exacerbé par la globalisation, la maîtrise de l’information est l’un des éléments essentiels de la veille stratégique et économique, permettant aux entreprises d’avoir la capacité d’analyser en temps réel les impératifs de leur environnement ».
« C’est une ère de risque où il est difficile de maîtriser les risques et de les évaluer », a souligné M. Sidhom, professeur à l’Université de Nancy. En effet, dans un contexte de grave crise financière et économique, les Systèmes d’Informations et l’Intelligence Economique deviennent plus que déterminants pour la compétitivité et la pérennité des entreprises. Cela dit, il faut attendre à ce que l’année 2009 soit « une étape charnière qui incombe aux dirigeants des entreprises la charge d’analyser minutieusement la sphère économique en investissant en matière des SI et exploiter a fond les opportunités par l’économie de savoir » a-t-il ajouté.
Invité d’honneur, le professeur Ridha Methnani, Ridha Methnani, chef cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique et de la Technologie, a insisté, lors de la présentation de l’allocution du ministre, Prof. Lazhar Bououni, sur l’importance de s’investir dans cette nouvelle discipline qui joue un rôle essentiel pour la performance, la compétitivité des actions stratégiques et la maîtrise ainsi que la protection de l’information qui sont devenues un enjeu majeur.
«La Tunisie a choisit de bâtir la société de savoir en investissant dans les Systèmes d’Informations et Intelligence Economique, en multipliant les réformes structurels ainsi que qualitatifs de l’enseignement supérieur et en renforçant la coopération internationale en la matière, indispensable pour s’approcher des standards internationaux » a-t-il ajouté. Une telle conférence, dédiée à des thèmes d’actualités, s’inscrit dans ce cadre, puisque « parmi, les aspects de la bonne gouvernance, la gestion adéquate de l’information semble être un atout majeur dans le processus de prise de décision par les entreprises et dans le renforcement de sa capacité à anticiper les mutations technologiques et économiques mondiales et l’amélioration de sa compétitivité », a-t-il déclaré.
La 2ème Conférence internationale SIIE 2009, 12-14 février 2009 à Hammamet en Tunisie est partie de ce constat. Les entreprises, les industries les universités et même les Etats commencent à s’investir dans cette nouvelle approche qui devient de plus en plus un catalyseur de l’économie de savoir, puisqu’elle se base sur la propagation de la culture de la performance, la compétitivité des actions stratégiques et la maîtrise ainsi que la protection de l’information qui sont devenues un enjeu majeur. D’autant plus que, la question de du rapport entre Système d’Information, Intelligence Economique et Processus de prise de décision est plus que jamais posée.
Sources : Webmanager Center
l’Afrique face à la microfinance islamique
In Coopération internationale, Diplomatie économique, Débat, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie on 9 février 2009 at 7:18Avec des relations plus “solidaires” entre emprunteurs et épargnants, la microfinance islamique pourrait devenir une véritable opportunité pour l’Afrique selon le Sénégalais Mouhamed Diakité, ancien de l’Ecole de Guerre économique de Paris, expert en finance et en intelligence économique. Voici ses arguments:
“L’une des causes de cette débâcle financière mondiale reste l’asymétrie informationnelle entre les banques et les usagers, accentuée par la multiplication des actifs fictifs ou virtuels. S’est ajoutée à ce défaut originel, une recherche « absolue » de l’intérêt, qui a détourné les institutions financières de leurs rôles d’inter-médiation sur les actifs tangibles et l’investissement par la création de richesses. Cette dérive du capitalisme occidental impose d’elle-même d’autres alternatives. C’est ainsi que la finance islamique, politiquement incorrecte il y a seulement deux ans en France, est aujourd’hui remise au goût du jour. C’est une alternative crédible car plus éthique et plus « socialement responsable ». C’est une finance qui favorise l’investissement et encourage la rigueur car le bénéfice et la perte sont partagés. La liquidité actuelle de la finance islamique milite pour une adaptation des cadres africains à cette alternative. Pourquoi, compte tenu du caractère limité du pouvoir d’achat des épargnants, ne pas vulgariser la microfinance islamique pour lutter contre la pauvreté.
800 milliards d’actifs
“La finance islamique représente aujourd’hui entre 500 et 800 milliards de dollars d’actifs gérés selon les principes de la Charia et a enregistré une croissance de plus de 20% depuis les dix dernières années. Cependant, son apport reste faible en Afrique, malgré les 412 millions de musulmans qui constituent près de 50% de la population globale estimée à 850 millions d’habitants. En tout, l’on recense 37 institutions financières en Afrique. Le potentiel du marché de la finance islamique pourrait atteindre 235 milliards de dollars. Pour le moment, l’on est encore loin de ce chiffre et loin du dynamisme observé au Moyen-Orient et en Malaisie, chef de file du pôle de la finance islamique en Asie du Sud-Est. A la fin 2007, l’intermédiation financière conforme à la Charia s’établissait à 18 milliards de dollars, ce qui représentait une part de marché inférieur à 8% de sa taille potentielle. Le développement de la finance islamique sur le continent africain doit pallier au déficit chronique par une approche plus calquée sur les réalités du terrain. L’introduction de la finance islamique améliorerait la contribution du secteur de la microfinance en général dans la mobilisation de l’épargne. Cette contribution n’excède pas aujourd’hui 5%. Pour redynamiser le secteur, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a élaboré en 2003 un programme régional d’appui à la finance décentralisé (PRAFIDE) pour la période 2004-2008. Ce nouveau dispositif, dont les volets essentiels ont fait l’objet d’une large concertation impliquant l’ensemble des acteurs du secteur, vise à maintenir, voire à consolider les fondations existantes et à bâtir un secteur solide et performant capable de répondre durablement à la demande sociale.
Stratégie en quatre axes
“Cette stratégie d’intervention se décline en quatre axes principaux : l’aménagement du cadre juridique, le renforcement des capacités des acteurs et la valorisation de l’expertise locale, l’amélioration de l’information sur le secteur (modernisation des systèmes d’information de gestion) et l’accroissement de l’efficacité des mécanismes de surveillance interne et externe. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, la microfinance est particulièrement développée. Dans ce dernier pays, le secteur reste largement dominé aujourd’hui par la FENACOOPEC (Fédération Nationale des Coopératives d‘Épargne et de Crédit) puisque cette structure, à elle seule, représente 88% de la clientèle, 91% des dépôts et 78% des crédits. Le taux de pénétration s’établirait à 25%, ce qui fait qu’en moyenne une famille sur quatre en Côte d’Ivoire fait régulièrement appel aux services financiers des institutions de microfinance. Avec l’adaptation de la règlementation, la création des Sharias Boards et une bonne vulgarisation par la communication, les instruments de la finance islamique pourraient donner à la microfinance classique en Afrique de l’Ouest le souffle qui lui manque tant pour atteindre le plus grand nombre.”
Niger : Areva conserve le 2è gisement mondial d’uranium
In Diplomatie économique, Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Management de l'information, Stratégie on 3 février 2009 at 7:00Au cours d’une mission d’intelligence économique réalisée en juillet 2007 par Fred Raynal, Marc Hervé Blanchet, Guy Gweth, Jean-Luc Traineau & Pedro Santos au sein de l’école de guerre économique, nous avons passé au crible le dispositif d’Areva au Niger en vue d’y détecter les failles informationnelles exploitables par les parties adverses, et d’imaginer des scénarios d’attaques (conventionnelles ou non) après avoir identifié les “ennemis” et leurs modes opératoires.
A l’époque, le géant mondial du nucléaire faisait face à la colère du gouvernement nigérien, à l’hostilité de plusieurs ONG locales et étrangères, ainsi qu’à la pression des concurrents chinois, indiens et australiens… La victoire d’Areva en ce début 2009 donne au moins deux indications essentielles. Primo, l’équipe dirigée par Anne Lauvergeon a parfaitement saisi l’importance du management stratégique de l’information dans ce dossier et blindé son dispositif jusqu’à la signature du contrat avec les autorités du Niger. Deuxio, l’influence et la diplomatie économique françaises dans ce pays ont tourné à plein régime. L’article de Faycal Métaoui, ci-après, paru le 1er février 2009 in Les Afriques, revient sur quelques faits marquants. Extraits:
“Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, a pesé de tout son poids pour conclure, dans les meilleures conditions, cet accord. Elle avait presque échoué dans un premier déplacement à Niamey en décembre 2008 avant d’arracher l’accord des autorités nigériennes au terme de longues négociations. Areva, présent au Niger avec ses deux filiales Somaïr et Cominak, était soupçonné par Niamey de financer les rebelles touaregs du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) qui sont actifs dans le nord du pays. L’été 2007, Dominique Pin, directeur général d’Areva au Niger, et Gilles de Namur, chargé de la sécurité de la même entreprise, avaient été expulsés du pays.
“Le changement de cap a coïncidé avec l’émergence du MNJ. Pour Niamey, la cause était entendue : pour défendre ses intérêts, Areva a financé cette nouvelle rébellion afin de créer une situation d’instabilité dans la région d’Agadez. La Libye voisine a également été accusée d’appuyer les hommes armés. Le groupe français a aggravé son cas en refusant de communiquer des données géologiques sur le nord du Niger. Niamey, après une intervention discrète de hauts responsables français, a révisé sa position vis-à-vis d’Areva, mais l’a obligé à revoir les prix du minerai. Le groupe d’Anne Lauvergeon s’est engagé à payer le kilo d’uranium (yellow cake) à 61 euros au lieu de 41,6 euros (deux fois moins cher que sur des cours mondiaux fluctuant).
“Le nouvel accord d’Imouraren porte sur un investissement de 1,2 milliard d’euros. La capacité d’exploitation est de 35 ans pour une production annuelle de 5000 tonnes (mais la convention est limitée à 20 ans). « L’accord prévoit une répartition capitalistique de 66,65% pour Areva et de 33,35% pour l’Etat du Niger dans la société créée en vue de l’exploitation du gisement. C’est le plus grand projet industriel minier jamais envisagé dans ce pays », précise le groupe français, qui annonce la création de près de 1400 emplois directs liés au projet. Le démarrage de la production à Imouraren est prévu en 2012. Cela va permettre au Niger de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium. Le gouvernement pourra commercialiser une partie de la production à travers l’entreprise Sopamin. Selon le ministre des Mines et de l’Energie, Mohamed Abdoulahi, le projet Imouraren offrira la possibilité de développer la connexion au réseau ferroviaire de la sous région (Imouraren-Cotonou) et la mise en œuvre d’un programme électronucléaire.”
Lire l’article complet de Faycal Métaoui in Les Afriques
Maroc: l’Oriental à l’heure de l’IE régionale
In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 6:54L’Agence de l’Oriental et la Wilaya organisent les premières journées scientifiques « Oriental.ma » sur le thème de l’intelligence économique régionale du 26 au 27 janvier 2009.
En proposant une réflexion sur ce thème, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya, en collaboration avec les partenaires institutionnels nationaux et régionaux (Conseil Régional, Fédération Nationale des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services, Université, Centre Régional d’Investissement (CRI), etc.) et de la société civile comme l’Association Marocaine d’Intelligence Economique (AMIE), posent les jalons d’une démarche d’intelligence économique régionale pour l’Oriental.
En effet, plus aucun décideur, plus aucune organisation ne peut faire aujourd’hui l’économie de l’innovation, devenue une urgence. Il s’agit d’innovation ouverte et créative s’attaquant à tous les enjeux de notre vie sociale, économique et culturelle. La démarche s’impose plus encore dans le domaine du développement régional. Définir une stratégie de développement en connaissance de cause, qui tienne compte des ressources locales, et ambitieuse à la fois, la partager, la mettre en œuvre, nécessite la mise en place d’un système d’intelligence des situations économiques et sociales.
Il s’agit aussi d’identifier, de promouvoir et de défendre les enjeux clés de la Région, à partir de systèmes de veille et d’analyse. Il convient également d’anticiper les grandes évolutions et de comprendre par exemple les forces et les faiblesses des régions similaires, innovantes ailleurs dans le monde pour mieux coopérer. Cette nouvelle approche du développement des territoires fondée sur la maîtrise des méthodes de l’intelligence économique se développe en effet dans des pays comme la France, le Royaume Uni, mais aussi dans les pays émergents comme la Chine et l’Indonésie, dont les cas seront présentés lors de ces rencontres.
Une première étape a été franchie en croisant une diversité de regards et d’expertises marocains et français dans le cadre de la revue « Oriental.ma ». Elle prend en compte les expériences déjà organisées au Maroc en la matière, notamment la récente convention sur l’intelligence économique signée entre la Fédération des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services et l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie, en partenariat avec l’Association Marocaine d’Intelligence Economique et l’Association Internationale Francophone d’Intelligence Economique.
Pour aller plus loin et organiser des projets concrets sur la base de cette fertilisation croisée, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya de la Région de l’Oriental, partenaires, invitent les auteurs de la dernière livraison de la revue, praticiens et experts, hommes d’entreprise ou de prospective à débattre avec les acteurs de la Région, à l’occasion des Premières Journées Scientifiques « Oriental.ma », sous le thème de l’intelligence économique régionale.
Ces rencontres s’organisent autour de quatre moments forts : échanges de pratiques à l’échelle internationale, pratiques nationales au Maroc, intelligence économique régionale dans l’Oriental, et enfin, dynamique de régionalisation et projets concrets d’intelligence économique à réaliser.
Le programme de Jumelage Institutionnel financé par la Commission Européenne et dont le séminaire de lancement s’est tenu le 16 janvier dernier, au siège de la Wilaya d’Oujda, concernant respectivement le jumelage de l’Agence de l’Oriental et l’Agence Andalouse de Coopération Internationale (Junta de Andalucia ; Espagne) et celui de la Wilaya et la Région de Galice (Espagne), contient parmi les activités à réaliser d’ici 2010 celles relatives à la mise en place de dispositifs d’intelligence économique et territoriale en faveur de l’Oriental.
Sources : 1. OujdaCity – 2. Yawatani
In Questions internationales : renseignement et services secrets
In Diplomatie économique, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 12:14Qui sont « les espions » du XXIe siècle et comment agissent-ils ? Outre les interviews exclusives du directeur de la DGSE, Erard Corbin de Mangoux, et du directeur de la DCRI (ex Renseignements généraux et DST), Bernard Squarcini, ce numéro de « Questions internationales » décrypte les évolutions récentes et le rôle des services de renseignement et de sécurité dans le monde.
Alors qu’une partie croissante de leurs activités, de leurs missions, voire de leurs structures, est désormais ouverte à l’analyse et aux comparaisons, ce dossier présente ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les moyens de la connaissance et de l’anticipation ».
Les services de renseignement et de sécurité, mal connus autant méconnus qu’inconnus, ont beaucoup évolué. Placés au cœur du processus de décision politique et de l’action diplomatique, ils se sont professionnalisés pour s’adapter aux nouvelles exigences et contraintes des relations internationales.
À mesure même que leurs missions concernent de plus en plus la société civile – avec l’intelligence économique, la lutte contre le terrorisme international ou la protection des technologies avancées par exemple – ils ont besoin d’être mieux connus et compris, mieux immergés dans les milieux qu’ils défendent à leur manière.
Du même coup, ils ont aussi besoin d’être mieux contrôlés, comme de bénéficier de l’association et de la solidarité d’un plus grand nombre d’autorités publiques. Exigence d’autant plus forte que le régime qui les emploie est démocratique et que l’esprit de leur mission est toujours la sauvegarde d’une société démocratique. Les différents articles de ce dossier tentent d’illustrer cette rationalisation progressive, avec ses limites, ses questions, ses progrès en cours.
Dans ce numéro de Questions internationales, les deux patrons du renseignement français, le directeur général de la DGSE et le directeur central de la DCRI, s’expriment pour la première fois ensemble dans une revue. Traditionnellement les directeurs de l’espionnage français (DGSE) – surtout ce dernier – et celui du contre-espionnage (DST, devenue DCRI depuis le 1er juillet 2008) s’expriment publiquement très rarement.
M. Corbin de Mangoux, qui dirige depuis début octobre 2008 les 4.500 agents de la DGSE, estime que ces deux interviews illustrent “le travail important de rapprochement opéré depuis quelques années entre ces deux services”. La DGSE, qui propose officiellement depuis quelques semaines sur le site du ministère de la Défense des stages de fins d’études aux scientifiques, “veut ainsi leur donner l’occasion de participer à la réalisation de projets de haute technologie et innovants et très motivants”, dit par ailleurs M. Corbin de Mangoux.
De son côté, M. Squarcini, à la tête de la DCRI (4.000 fonctionnaires) depuis le mois de juillet 2008, assure que le “temps du silence et de l’opacité lui paraît révolu”. Il ajoute que “nos citoyens ont droit à une information objective sur l’activité de leurs services de renseignement”.
Renseignement et services secrets
Collection Questions internationales n° 35
La Documentation française
128 pages, 9,80 euros
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Le novembre de l’intelligence économique en Afrique
In Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, Veille stratégique on 1 décembre 2008 at 6:19Séminaire d’intelligence économique à l’intention des hauts fonctionnaires de l’administration publique le 27 novembre à Dakar, conférence sur «l’intelligence économique et la veille technologique…» le 19 novembre à Libreville, rencontre internationale sur le thème « Compétitivité et accumulation des compétences dans la mondialisation…» les 13-14 novembre à Rabat, 2èmes assises de l’intelligence économique les 10-11 novembre à Alger… L’effervescence qu’a connue l’intelligence compétitive en ce 11ème mois de l’année sur le continent mérite notre attention.
Comme un effet domino
On se souviendra longtemps de cette prémonition du Haut responsable français à l’intelligence économique, Alain Juillet: « l’intelligence économique (IE) sera au 21ème siècle ce que le marketing a été au 20ème. » Le vent d’IE qui a soufflé en Afrique centrale, du nord et de l’ouest en ce mois de novembre 2008 est en effet sans précédent. Comme par effet domino, de Libreville à Dakar, de Rabat à Alger, des spécialistes ont invité les décideurs à venir discuter des enjeux majeurs de la quête, de la protection, de la diffusion, du management stratégique de l’information utile face à l’exacerbation de la concurrence au niveau mondial.
De Libreville à Dakar
Au Gabon, Prosper Tonda Mabenda du Groupe d’études et de recherches sur la communication (GERC) rattaché à l’institut de recherches en sciences humaines (IRSH) de l’université Omar Bongo (UOB) s’est attelé à décrypter les enjeux et à sensibiliser les acteurs publics et privés aux vertus de l’intelligence économique pour le Gabon. Tonda Mabenda milite pour la création d’un « pôle d’intelligence économique national autour des secteurs vitaux et au sein duquel l’université et la recherche joueront un rôle éminemment stratégique ».
Au Sénégal, le séminaire organisé par le centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS) et l’agence de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) a été présenté par les autorités comme point de départ d’une politique publique d’intelligence économique au Sénégal. Cette rencontre a bénéficié de l’expertise de Christian Harbulot, directeur de l’EGE. Une formation de haut niveau devrait voir le jour dès janvier 2009 au sein du CEDS avec, à la clé, un diplôme supérieur spécialisé en intelligence économique et stratégique.
De Rabat à Alger
Au Maroc, les participants à la rencontre internationale organisée sous le patronage de Sa Majesté le roi Mohammed VI ont insisté sur le nécessaire partenariat éducation -secteur privé- secteur public pour faire face aux défis de la mondialisation. Ils ont plaidé pour une dotation d’aide à la création de structures d’intelligence économique pérennes au sein des collectivités territoriales et des entreprises. Une formation de haut niveau en IE devrait bientôt voir le jour au Maroc sur le modèle du 3è cycle spécialisé de l’école de guerre économique de Paris.
En Algérie, il était question du début de la mise en œuvre des pratiques d’intelligence économique pour 2009. Organisées par le VIP Group, les 2èmes assises de l’IE ont attiré des cadres de l’administration et du privé. Après l’adoption en conseil de ministres d’un projet de loi contre la cybercriminalité, Alger attend désormais la nomination d’un directeur général de l’intelligence économique au ministère de l’industrie. Cette remarquable prise de conscience sur le rôle de l’intelligence compétitive en Afrique appelle cependant quelques mises en garde.
Entre Africains
Il n’y a pas d’intelligence économique sans stratégie. La volonté des Etats de se doter de dispositifs nationaux d’IE est un engagement de longue durée. Mais l’hyperpolitisation des centres de décisions est un frein. En l’absence d’experts indépendants capables de penser la stratégie des Etats sur 15-25 ans, il manquera toujours cette cohésion qui fait gagner une équipe. D’autre part, l’intelligence économique étatique est une question de souveraineté et de patriotisme économiques. La place laissée vacante par les acteurs africains de l’IE sur le terrain de la production des connaissances est occupée par la concurrence, mais il serait regrettable d’ignorer leur potentiel. Par ailleurs, nos liens privilégiés avec certains pays ne doivent pas limiter nos choix. Le Japon, la Chine et les Etats-Unis ont des dispositifs d’intelligence compétitive plus performants et plus proches de nos matrices culturelles.
Et si quelque barrière devait empêcher l’Afrique d’accéder aux meilleures pratiques, l’intelligence économique n’y serait que la continuation de ses erreurs par d’autres moyens.
Guy Gweth
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In Gestion de crise, Guerre de l'information, Géoéconomie, Veille stratégique on 6 novembre 2008 at 8:38
Les institutions financières de Bretton Woods ne sont pas invulnérables. Loin s’en faut. Dans un rapport du faible au fort, des instruments informationnels assez peu coûteux existent qui, bien orchestrés, peuvent générer une crise morale sans précédent au sein de ces organisations. Les sociétés civiles du Sud oublient parfois combien l’Establishment onusien est sensible aux bruits environnementaux, surtout lorsqu’à travers une stratégie inter-nationale pertinente et une gestion décentralisée, ces bruits en appellent à la justice et à l’éthique vis-à-vis des plus pauvres. Mais ce n’est pas tout de le dire. Le management de nos appareils étatiques n’est pas aisé à défendre en public et la volonté politique y est un bien économique. L’extrait du Messager (édition du 03.11.08) ci-après met le doigt sur la plus grande désillusion qu’ait vécu l’Afrique dans ses rapports avec le Fonds monétaire international à la faveur de crise financière internationale actuelle: retour de l’étatisme économique au Nord, désengagement accéléré de l’Etat dans le Sud… GG.
Pour la Banque centrale, les institutions de Brettons Wood doivent appliquer les mêmes thérapies aux pays européens que celles appliquées dans les pays du Sud.
« La 1ère réunion annuelle de concertation de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) avec la profession bancaire et financière jeudi 30 octobre dernier à Douala a aussi été l’occasion pour les responsables de la Beac d’évoquer l’impact de la crise financière internationale sur le secteur bancaire de la Cemac. Pour Rigobert-Roger Andely, vice gouverneur de la Beac, aucun impact négatif ne se profile à l’horizon. Pour lui, la Cemac bénéficie de quelques atouts : la rigueur budgétaire, le niveau acceptable d’endettement des Etats, le niveau élevé de l’épargne public, l’importance des réserves de changes, entre autres.
« A une question de journaliste sur l’impératif d’un nouvel ordre financier mondial, conséquence de la crise financière qui menace les économies mondiales, Rigobert-Roger Andely n’est pas passé par quatre chemins pour fustiger les politiques des institutions de Brettons Woods. M Andely soutient qu’il est inadmissible que le Fmi applique une politique du deux poids deux mesures. Il dit par exemple ne pas comprendre que le Fmi en soit aujourd’hui à recommander l’interventionnisme des Etats européens et des Etats-Unis dans leurs économies alors même que cette institution financière prône un désengagement radical de l’Etat dans le système productif quand il s’agit des pays du Sud. « Il doit avoir une symétrie des politiques… », insiste le vice gouverneur de la Beac.
Suggestions au Nord, directives au Sud
« L’appel du vice gouverneur de la Beac trouve toute sa pertinence au regard des suggestions – contrairement aux directives – du Fmi aux Etats européens et aux Etats-Unis au plus fort de la crise financière internationale. Les multiples plans de sortie de crise suggérés par le Fonds monétaire international sont aux antipodes des directives jadis imposées aux économies sinistrées des pays africains. Ici, l’on a demandé à l’Etat de se désengager du secteur productif, l’on a prescrit des restrictions budgétaires avec tout son corollaire sur le plan social (licenciement, gel des recrutements, baisse des salaires…).
“En Europe et aux Etats-Unis, le Fmi est resté muet lorsque les gouvernements ont décidé d’injecter de l’argent frais dans le secteur bancaire, ou encore lorsque ces mêmes gouvernements ont décidé de la nationalisation pure et simple de certains établissements financiers. Le Fmi s’est montré particulièrement préoccupé par le sort des populations des pays en proie à ce marasme financier. Jeudi dernier, dévoilant les trois priorités pour faire face à la crise actuelle, le Fonds monétaire international a demandé aux gouvernements européens de protéger les familles à bas revenus qui souffriront beaucoup plus que les autres de la récession économique. L’autre priorité concernait la définition « d’une stratégie plus ferme pour garantir les dépenses publiques » en Europe…”
*BEAC: Banque des Etats d’Afrique centrale
Quand les services équato-guinéens opèrent chez le voisin
In Communication d'influence, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie, Sécurité on 23 octobre 2008 at 5:57La Guinée équatoriale a-t-elle une stratégie de puissance sous-régionale en zone Cemac*? Nous avons tenté d’y répondre dans une étude rendue publique le 30.06.08 et cédée un mois plus tard. L’actualité des services secrets de Guinée équatoriale, ces derniers jours, renforce le chapitre assez documenté que nous y avons accordé à “La main invisible” du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, guide suprême de ce petit émirat pétrolier du golfe de Guinée depuis 1979… Malabo veut se faire respecter. A tout prix. Quitte à marcher sur les accords et traités internationaux.
Ce qu’il faut préciser
Nous savons à présent que quelques révélations inédites de l’étude sus-mentionnée (étayées par des documents exclusifs) ont conduit certains analystes à conclure que nous avons non seulement bénéficié de privilèges de la part des renseignements locaux dans la réalisation de cette enquête, mais que nous avons été “pré-financés” pour réaliser « un travail de légitimation » des opérations extérieures des services équato-guinéens. Mais si la deuxième partie de cette critique est farfelue, la première mérite une réponse : aucun professionnel ne peut mener une enquête rigoureuse sur un sujet d’une telle nature sans un minimum de collaboration de la cible. Ce n’est pas Gordon Thomas ou Roger Faligot qui nous démentiront. Le nouveau rapport de force que tente d’imposer la Guinée équatoriale mérite qu’on s’en approche de très près, au besoin en usant du stratagème de la lamproie. Car ici plus qu’ailleurs, les stratégies des Etats sont celles des individus qui incarnent l’exécutif à un moment donné. Comment comprendre la politique équato-guinéenne actuelle dans la zone Cemac si l’on n’ose pousser l’enquête jusqu’au cœur de l’orgueil, des ambitions, des frustrations et des rancœurs accumulés depuis près de trois décennies déjà par ceux qui gouvernent à Malabo ?
Ce que révèle l’actualité
Le 7 octobre 2008, Cipriano Nguema Mba, ancien colonel et trésorier de l’armée équato-guinéenne a été exfiltré de Yaoundé et convoyé par les services secrets de son pays où il est actuellement incarcéré à la maison d’arrêt de Black-Beach. Cette opération remarquablement montée en collaboration avec l’ambassade équato-guinéenne dans la capitale camerounaise a bénéficié de la complicité de deux policiers locaux. Ces derniers ont été inculpés d’”intelligence avec un service de renseignement étranger” par les autorités camerounaises qui affirment que l’ancien colonel bénéficie toujours du statut de réfugié politique au Cameroun, d’après la convention de Genève du 28 juillet 1951. Rappel: Cipriano Nguema Mba a été jugé par contumace et condamné à 30 ans de prison pour tentative de coup d’Etat et détournement de fonds en septembre 2005 par un tribunal militaire au terme d’un procès à huis clos. Cette même année, Florencio Ela Bibang et Juan Abaga, tous deux ex-officiers supérieurs de l’armée nationale, avaient été soustraits et exfiltrés du Nigeria par les mêmes services spéciaux équato-guinéens et conduits -sans autre forme de procès- dans leur pays où ils purgent depuis de lourdes peines de prison.
Ce qu’il faut en conclure
Dans l’analyse contemporaine des problématiques de leadership, la taille d’un Etat ne constitue plus un déterminant absolu. L’exemple du Vatican -Etat lilliputien s’il en est- dont la Sainte Alliance et le Sodalitium Pianum forment le service de renseignement le plus complet au monde avec le Mossad israélien est là pour le démontrer. Même s’il faut toutes proportions garder en matière de puissance. Les deux opérations d’exfiltration sus-citées, en totale violation des normes internationales, n’ont rencontré que de tièdes réactions au HCR**, au Nigeria comme au Cameroun. Ce qui conforte Malabo dans sa stratégie d’influence: lancer un signal fort à tous les opposants guinéens en exile et persuader les États voisins que les forces spéciales équato-guinéennes sont capables d’opérer sur le territoire de ceux-ci, en tout temps, si elles jugent que la sécurité de leur pays en dépend. Une attitude qui renforce le nouveau rapport de forces que nous décrivions déjà dans notre étude. Reste à savoir si une telle volonté de puissance peut être soutenue, voire transférée au champ économique pour donner naissance à une intelligence compétitive et stratégique résolument offensive en Afrique centrale.
Guy Gweth
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“Les Services secrets chinois, de Mao aux JO”: l’enquête de Roger Faligot
Guerre économique, nouveau défi des services de renseignement en Afrique centrale
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*CEMAC: Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale
**HCR: Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
Crise financière et perspectives macroéconomiques en Afrique centrale
In Brève, Géoéconomie, Veille stratégique on 8 octobre 2008 at 10:35L’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) vient d’exprimer sa préoccupation quant aux perspectives économiques et financières à moyen terme de la sous-région du fait de la crise financière internationale. Dans un communiqué publié mardi 7 octobre 2008 au lendemain d’une session extraordinaire dans la capitale camerounaise, l’Union prévoit un ralentissement de l’activité sur la période triennale 2009-2011. Une note a été commandée à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) et à la Commission bancaire de la zone (COBAC).
Sur le plan macroéconomique, la situation des pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) fait état d’une hausse du produit intérieur brut (PIB) réel de l’ordre de 5,8 % contre 4, 4% en 2007. L’UMAC fait aussi état d’une poussée du niveau général des prix se situant à 4,2 % contre 1,6 % en 2007. S’agissant de la monnaie et du crédit, la CEMAC a enregistré un accroissement des avoirs extérieurs nets du système monétaire de 19,9 % sur 12 mois jusqu’au 31 juillet dernier, mais d’un recul de 31,8 % du crédit intérieur net. Dans le même temps, la sous-région a enregistré une hausse de 21,6 % de sa masse monétaire (M2) avec un raffermissement de 93,99 à 100,29 % du taux de couverture extérieure de la monnaie.
Interrogé sur l’impact attendu de la crise financière internationale sur l’économie de la zone Franc, le président en exercice du Comité ministériel de l’UMAC, le Tchadien Gata Ngoulou, a déclaré que le pouvoir financier -dans certains domaines qu’il s’est gardé de citer- s’est accru en Afrique centrale. Il a indiqué que l’effondrement actuel du système financier américain n’ébranle pas la zone Franc. Toutefois, a-t-il reconnu, des banques de notre zone entretiennent des relations étroites avec leurs homologues aux Etats-Unis d’Amérique et peuvent, d’une manière ou d’une autre, ressentir les effets de la faillite du système financier étatsunien. Il rassure cependant que des mesures sont prises pour juguler d’éventuelles répercussions sur le système financier de la zone franc.
A ce stade, nos ministres des finances concluent donc que « la stabilité financière et monétaire de la Zone reste solide, mais que le ralentissement de la demande mondiale et le niveau actuel des prix du pétrole pourraient impacter négativement sur l’activité et l’emploi ». Ils avertissent par ailleurs que « bien que les pays de la Zone franc soient jusqu’ici relativement épargnés par les effets de la crise financière actuelle, ses évolutions nécessitent une vigilance accrue ». Une fois de plus, les grands argentiers d’Afrique centrale s’engagent à accélérer l’ensemble des réformes permettant de promouvoir et accompagner l’initiative privée en renforçant notamment les infrastructures de base et en améliorant l’environnement des affaires.
Début février 2009, le FMI revoit sa copie sur l’Afrique subsaharienne!
La dernière sortie de la directrice du département Afrique du FMI met un holà aux certitudes affichées depuis le début de la crise financière. Pour Antoinette Monsio Sayeh, la crise aura des «répercussions considérables » sur l’Afrique subsaharienne.
«Même si la région devrait enregistrer une croissance de 3,3%, alors que la production se contractera dans les pays avancés, il s’agit d’un ralentissement prononcé par rapport aux dernières années », indique-t-elle en marge de la conférence tenue mardi 4 février 2009 à Paris sous la houlette du FMI et de CAP Afrique, et en présence de grands acteurs de l’économie africaine dont Lionel Zinsou, président du conseil d’administration de CAP Afrique, Jean Michel Severino, directeur général de l’Agence française de développement et Mandé Sidibé, Président du conseil d’administration du groupe Ecobank. Selon Mme Sayeh, les pays d’Afrique subsaharienne subiront la baisse du ralentissement de la croissance mondiale par de «fortes baisses des cours des produits de base et une réduction des entrées des capitaux ».
Et de lancer un appel à la communauté internationale, afin que celle-ci maintienne inchangée « l‘aide qu’elle respecte les engagements prises à Gleneagles ». Autant dire un prêche dans le désert tant on connaît, bien avant la crise financière elle-même, le bilan mitigé de ces engagements pris en 2005 en marge du sommet du G8. La révision de la prévision de croissance sur l’Afrique (3,3% en 2009, en baisse de 3 points par rapport aux prévisions de l’institution en avril 2008) affectera en particulier les pays exportateurs de pétrole. Lueurs d’espoir cependant, l’Afrique subsaharienne reste toujours à un niveau de croissance élevé par rapport à la moyenne mondiale, avec un système financier épargné par la crise systémique actuelle. Ce qui doit encourager les autorités concernées à multiplier les cellules de veille pour étudier les facteurs de vulnérabilité.
FCEB/AFT/APPA, Xinxua, FMI, Le Messager & Les Afriques: sources croisées par Guy Gweth
A toutes fins utiles, lire:
“Manipulations: les confessions d’un assassin financier”
Soft power: codes et lignes de force du cinéma nigérian
In Communication d'influence, Géostratégie, Géoéconomie, Perception Management, Soft Power, Sécurité, veille on 27 juillet 2008 at 7:46La quasi totalité des tableaux de bord existant en matière de prospective macroéconomique indique qu’en 2050, le Nigeria sera la 1ère puissance économique en Afrique. Mais le pétrole (malgré les cours actuels du baril), le gaz (et ses enjeux stratégiques) ou la démographie (avec l’importance du marché intérieur qu’il implique) ne doivent guère voiler les yeux des analystes à Oxford & Harvard. La puissance économique du Nigeria est un tout complexe. D’ailleurs, passée la porte des critères de Bretton Woods, ce géant de 132 millions d’habitants établis sur 923368 Km² découvre une force de frappe inouïe: l’économie souterraine. La saga de ce microcosme puissant et sulfureux est désormais disponible en DVD, aux bons soins de Nollywood et Kannywood. Le cinéma nigérian nous enseigne autant qu’il renseigne et fascine autant qu’il façonne les esprits.
Partons d’un postulat qui m’est particulièrement cher dans le reverse engineering des problématiques d’influence par le cinéma: même avec la plus fine manipulation, un film (bon ou mauvais) trahit toujours les projets de ceux qui l’ont conçu. Autant qu’un code génétique, il révèle les courants et lignes de force qui traversent un microcosme à un moment précis. Pour contribuer à cerner l’environnement d’un objectif à distance, il peut donc s’avérer intéressant d’interroger sa matrice culturelle en décryptant soigneusement ses productions de référence. Une analyse comparée du Nigeria de l’intérieur et de sa vitrine cinématographique me conforte dans ce postulat clé. A présent, prenons deux exemples au pif pour tenter de décoder ensemble les messages que recèle cette double face de Janus.
Le film intitulé Sharon stone par exemple met en scène une jeune femme belle comme la reine de Saba. Avec ses mensurations avantageuses et son visage angélique, l’actrice Geneviève Nnaji -qui l’incarne- est fiancée à trois hommes qu’elle promet tous d’épouser ! Une véritable course à la ruse où se mêlent argent, religion, baraka, sexe, internet, duperie, villas luxueuses et Mercedes à n’en plus finir. De quoi susciter des vocations au sein d’une jeunesse nigériane enflammée par le désir de réussite à tout prix. Dans Italian deal, en revanche, un jeune sanguin opportuniste nommé Franck consent à prêter sa douce et charmante fiancée à un homme d’affaires italien contre US$500.000. Elle accepte par amour. Lui rêve de vite s’enrichir en créant une compagnie de voitures d’occasion. Peu importe le sacrifice !
Contrairement à la plupart des films africains qui traitent généralement de misère, de souffrance ou de sorcellerie, le cinéma nigérian projette des jeunes loups aux dents longues. Très longues. Ils sont brillants. Innovants. Rationnels. Agressifs. Des « entrepreneurs » selon la définition de Schumpeter. Ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait que derrière certains studios, plane l’ombre d’une main invisible: la puissante mafia nigériane. Or « Le pouvoir se gagne par les idées » écrivait Gramsci. Et ces néo-capitalistes nigérians ont de qui tenir. On se souviendra volontiers que dès 1971, c’est Cosa Nostra qui supervisa le célèbre Parrain de Francis Ford Coppola ou encore que via Sun Yee On, ce sont en fait les redoutables triades chinoises qui produisaient Bruce Lee… La liste est longue. Mais la place manque ici.
Version tropicale de la jet set russe composée de milliardaires trentenaires, les maffiosi nigérians contrôlent l’essentiel de l’économie souterraine de l’Etat fédéral grâce aux trafics (humains, drogues, matières premières…), machines à sous, contrefaçons, enlèvements ciblés et escroqueries sur internet. Ce sont des winners avides. Cupides. Sans morale ni peur. En fins stratèges, ils portent à l’écran la « destruction créatrice » dont parlait Schumpeter. Désormais, ceux qui s’aventurent en Afrique centrale et de l’ouest doivent compter avec ces nouveaux Yakusa noirs dont le code d’honneur se résume dans la devise de Lord Bering: «Money first! »
Guy Gweth
PWC prévoit le leadership économique de la Chine dès 2025
In Géoéconomie, Intelligence stratégique on 15 juin 2008 at 7:36Selon un rapport du département Intelligence économique de PWC sur l’état du monde en 2050, « la Chine pourrait dépasser les États-Unis d’ici 2025 pour devenir la plus grande économie du monde. Elle devrait poursuivre sa croissance pour acquérir d’ici 2050 une taille équivalente à 130 % de celle de l’économie américaine.
Projection des taux de croissance réels du PIB (en % /an, 2007-2050)

« Chose intéressante, le Nigeria possède les capacités requises à long terme pour supplanter l’Afrique du Sud et devenir la plus grande économie africaine d’ici 2050. Cette prévision suppose que les politiques de croissance qui ont été mises en place ces dernières années et qui ne dépendent pas du pétrole se maintiennent à long terme, ce qui risque de poser un vrai défi… »
Lire le rapport The World in 2050: Beyond the BRICs: a broader look at emerging market growth prospects
Guerre économique: pourquoi et comment la Chine mise sur l’Afrique
In Guerre économique, Géoéconomie, Stratégie, veille on 1 juin 2008 at 6:04Ils construisent des immeubles en Algérie, extraient du pétrole au Soudan, font pousser du riz au Cameroun… En quelques années, les Chinois sont devenus omniprésents en Afrique. Serge Michel, ancien journaliste du Temps et de L’Hebdo, collaborateur au Monde, les a pistés durant plus d’un an en compagnie de Michel Beuret, journaliste à L’Hebdo, et du photographe Paolo Woods. Leur livre, «Chinafrique»*, témoigne de la formidable expansion de l’Empire du Milieu sur le continent Noir. Le Temps a interviewé Serge Michel:
-Comment a germé l’idée de ce livre?
Serge Michel: En octobre 2006, j’ai été reçu par le président de la Guinée, Lansana Conté. Il sortait de sa sieste et m’a parlé de la culture du riz, son obsession. C’est là qu’il a mentionné les Chinois, avec une remarque du genre: «Je leur ai donné un champ tout sec et vous devriez voir ce qu’ils en ont fait!» Il comparait leur attitude à celle des Blancs qui, dans son esprit, sont restés des colons qui veulent s’emparer des ressources de l’Afrique sans travailler. Cette idée que les Chinois mettent la main à la pâte impressionne fortement les Africains.
Dans l’antichambre qui menait au président, il y avait d’autres ministres qui m’ont tous parlé des Chinois. Celui des Mines m’a dit: cela fait 40 ans qu’Alcoa, Péchiney et les Russes exploitent notre bauxite et ne font rien d’autres que sortir le minerai, sans le raffiner pour en faire de l’aluminium. Les Chinois, eux, ont construit une mine, un barrage, une route, un chemin de fer, une usine de raffinage, le tout financé par leur banque pour l’import-export. En tant que dernière économie dirigée du monde, la Chine est aussi le dernier Etat à pouvoir aligner de la sorte banquiers et industriels pour réaliser de tels projets.
-Les Chinois auraient-ils trouvé la recette pour faire marcher l’Afrique?
-SM: Leur recette, c’est d’amener des ingénieurs payés 500 euros par mois alors qu’un Occidental en coûterait 15000. Là où un Français amènerait sa femme et ses enfants, aurait besoin d’une école internationale, d’une voiture de fonction et de vols réguliers vers l’Europe, le Chinois vient seul, dort dans son usine, sur une paillasse devant ses machines ou pas loin, et fait tous les métiers possibles – ingénierie, achat de pièces détachées, logistique etc. Pour eux, l’Afrique est une terre de promesse, non de ténèbres comme pour beaucoup d’Occidentaux. En Europe, un jeune diplômé de HEC aura envie de travailler à Londres. A quelques exceptions près, l’Afrique ne fait pas partie de son plan de carrière. Mais pour le Chinois, oui, parce qu’il pense qu’il va s’enrichir. Il investit, il prend des risques. Dans notre livre, nous parlons d’une biscuiterie au Nigeria qui n’a jamais été rentable. Les Chinois ont construit un immense hangar et accumulé des stocks de farine considérables. Leurs machines sont compatibles avec la chaîne de production anglaise des années 1950 qui se trouvaient dans l’usine. Leur technologie rustique est parfaitement adaptée aux installations qu’on trouve en Afrique.
-Cette présence obéit-elle à un plan visant à s’emparer de ressources naturelles, ou à conquérir une position stratégique?
-SM: C’est très difficile à savoir. Mais il y a quelques indices. La carte des investissements chinois recoupe à peu près celle des pays pétroliers. La majorité de leurs capitaux se concentre au Soudan, en Angola et au Nigeria. Le Congo-Kinshasa, avec 13 milliards de dollars d’investissements chinois, est une exception récente, mais il y a tellement d’autres ressources minières là-bas… En 1995, le Parti communiste chinois a donné l’ordre à ses entreprises de sortir du pays et de se mesurer à la compétition internationale. Beaucoup d’entre elles ont choisi l’Afrique, parce qu’elles peuvent y voir leurs concurrents à l’œuvre, les espionner, sans être trop jugées sur la qualité de leurs produits. L’Afrique est un terrain d’essai idéal pour des entreprises qui voulaient devenir globales et qui, un jour, viendront ici.
Deux autres facteurs ont accéléré cette évolution. D’abord, l’exigence de la Banque mondiale que tous les projets dans les pays qu’elle aide soient ouverts à des appels d’offres. Les Chinois gagnaient à tous les coups. Ensuite, les années 1990 ont été un grand moment de moralisme occidental envers les Africains. En 2002, l’Angola a demandé au FMI et à la banque mondiale d’organiser une conférence des donateurs pour sa reconstruction. Ces institutions ont refusé, au motif que le pays était corrompu et pas démocratique. L’Angola s’est donc tourné vers la Chine qui lui a prêté des milliards de dollars. Aujourd’hui, c’est un pays qui a le plus fort taux de croissance au monde – 23% en 2007 – et qui est très courtisé, comme le montre la visite de Nicolas Sarkozy à Luanda la semaine dernière.
-En Occident, les Chinois sont parfois considérés comme des sauterelles qui s’apprêteraient à saccager les merveilles naturelles de l’Afrique…
-SM: Je n’ai pas vu ça. Au Congo, j’ai vu des compagnies forestières chinoises dépasser leur quota, déborder leur concession, mais ce sont des coupes progressives, de deux ou trois arbres par hectare. Ce ne sont pas des coupes claires. Les Chinois ne sont pas en train de raser la forêt. Le principal problème est qu’ils ne nourrissent pas leurs bûcherons, qui sont obligés d’aller chasser dans la forêt de nuit pour s’alimenter. Cela dit, les compagnies occidentales ont déjà beaucoup coupé avant, donc nous sommes mal placés pour donner des leçons. En fin de compte, c’est aux Africains de savoir s’ils veulent conserver ou faire disparaître leur forêt. Mais les Chinois ne sont pas des sauterelles. Au contraire, ils sont très désireux de bien faire. Si les Africains leur imposent des règles, ils obéiront.
-Les puissances occidentales, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, assistent-elles passivement à l’irruption chinoise dans leur ancien pré carré?
-SM: Non. Il y a un renforcement global de la présence américaine en Afrique, avec le déploiement militaire dans le Sahara pour lutter contre Al-Qaida et le projet de commandement intégré AFRICOM, qu’ils veulent implanter en Afrique. Le discours des think-tanks à Washington, c’est que les Chinois peuvent être utiles au développement de l’Afrique, mais sur place, on constate que les diplomates américains sont obsédés par ce que font les Chinois et passent la moitié de leur temps à observer leurs activités. Ils sont extrêmement nerveux, même s’ils pensent qu’au fond, la Chine ne fait pas rêver les Africains, qu’elle n’est pour eux qu’un partenaire par défaut et que beaucoup de pays finiront par se tourner vers les Etats-Unis. Ces derniers ont d’ailleurs mis en place des programmes à long terme pour séduire les jeunes Africains.
Quant à la France, si elle a perdu beaucoup de terrain sur le plan économique – son commerce avec l’Afrique est de 55 milliards de dollars par an, contre 70 milliards pour le commerce sino-africain – elle a encore des entreprises très bien implantées comme Bolloré, Total, Bouygues ou Areva. Mais les Chinois sont utilisés pour leur faire peur. Au Niger, par exemple, le gouvernement leur a donné quelques contrats et a expulsé le directeur local d’Areva, ce qui a forcé cette société à doubler le prix de son offre pour un gros gisement d’uranium. Les Chinois ont servi d’épouvantails. Lorsque les Français se maintiennent, c’est souvent à des conditions moins avantageuses qu’avant.
-Est-ce que l’Occident, en redoutant une mainmise chinoise sur l’Afrique, n’est pas en train de se refaire le vieux film du «péril jaune»?
-SM: Toute la question est de savoir si les Chinois vont aider l’Afrique à se développer. C’est vrai que la psychose anti-chinoise est forte en ce moment, mais l’Occident a commis tellement d’erreurs en Afrique qu’il faut leur laisser cette chance. La présence chinoise a beaucoup d’aspects positifs. Lorsqu’elle réalise un projet, la Chine paie et construit derrière, ce qui réduit la corruption. Avant, les prix des projets triplaient entre leur conception et leur réalisation: avec les Chinois, ça ne marche plus comme ça. Et puis, il y a les infrastructures. En six mois, la Chine peut envoyer 2000 ouvriers dans un pays et y construire 700 kilomètres de routes. C’est le seul Etat au monde à pouvoir, comme en Algérie, déployer jusqu’à 13000 ouvriers sur un chantier d’autoroute. La Chine a cette dimension, elle est à l’échelle du continent africain, colossale.
* La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, Serge Michel, Michel Beuret, photographies de Paolo Woods, Paris, Grasset, 2008.
Stratégie internationale: Tokyo double son aide à l’Afrique
In Guerre économique, Géoéconomie, Soft Power, Stratégie on 28 mai 2008 at 5:05Lors de son discours d’ouverture de la 4e conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), à Yokohama, le Premier ministre japonais a promis de doubler l’aide de son pays au continent africain. Les dirigeants de 52 pays africains sont présents à cette conférence qui s’ouvre dans un contexte de rivalité entre la Chine et le Japon en Afrique.

«La deuxième puissance économique du monde ne peut pas observer les bras croisés la politique chinoise en Afrique.» C’est en ces termes qu’un haut responsable des Nations unies résume l’enjeu de cette conférence. Les Japonais ont un double objectif: d’abord stratégique, l’économie japonaise ne peut pas se désintéresser des matières premières africaines ; ensuite diplomatique, les Japonais savent que le soutien de l’Afrique est primordial s’ils veulent un jour occuper un siège permanent au Conseil de sécurité. Ils souhaitent d’ailleurs inscrire la question de la réforme des Nations unies à l’ordre du jour de cette conférence.
Pour démontrer que le continent africain est désormais une priorité, le Premier ministre japonais a officiellement annoncé, ce mercredi, le doublement de l’aide publique au développement destinée à l’Afrique, elle devrait passer de 580 millions d’euros par an aujourd’hui, à 1,16 milliard d’euros en 2012.
Cela dit les Japonais avancent prudemment, cette prudence se manifeste par la volonté de privilégier le multilatéral au détriment du bilatéral. L’aide japonaise passe essentiellement par le canal des Nations unies et de la Banque mondiale qui participent d’ailleurs à l’organisation de cette conférence, une approche totalement différente des Chinois qui, eux, traitent directement avec les Etats. (é) JK Fall, Rfi.
Affrontement dur entre Progosa et Bolloré pour le contrôle du port de Douala
In Guerre de l'information, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Leadership, Management de l'information, Stratégie, veille on 4 avril 2008 at 8:52
La gestion du port de Douala, principal porte d’entrée maritime d’Afrique centrale, fait l’objet d’une bataille devant la justice camerounaise entre le groupe français Bolloré et la société espagnole Progosa, dirigée par le Français Jacques Dupuydauby, qui estime qu’il en a été injustement écarté…

Tout commence en 2003. Bolloré, déjà bien implanté au Cameroun, remporte alors en association avec le danois Maersk la concession du port à conteneurs pour une période de 15 ans. Mais en novembre 2007, Progosa porte plainte contre X pour “favoritisme et corruption” au sujet de l’attribution du marché. Le groupe espagnol accuse Bolloré “d’avoir utilisé différentes manœuvres dignes de la mafia“, selon le texte de la plainte.
“Au mépris de la confidentialité qui devrait entourer toutes les offres, les requérants ont appris par l’un de leurs concurrents qu’il était en possession de leur dossier de candidature avant même que le dépouillement n’ait été envisagé“, poursuit Progosa dans la plainte. “Nous avions gagné techniquement l’appel d’offres mais les critères de sélection ont soudainement changé et nous avons été éliminés“, assure M. Dupuydauby. “Pourtant, sur le plan tarifaire, nous étions aussi les meilleurs: nous proposions de verser à l’Etat camerounais une redevance deux fois plus élevée que celle proposée par Bolloré“, explique-t-il. A l’époque, la Banque mondiale, rappelle-t-il, avait émis un avis défavorable sur l’offre de Bolloré, estimant qu’elle était contraire aux intérêts économiques du Cameroun.
La plainte de Progosa a été jugée recevable et le juge d’instruction a notamment entendu plusieurs fois Alphonse Siyam Siwé, qui était directeur général du Port autonome de Douala (PAD) en 2003. Celui-ci, devenu ensuite ministre de l’Energie et de l’Eau entre 2004 et 2006, a été condamné en décembre 2007 à 30 ans de prison pour avoir détourné avec trois complices des fonds publics d’un montant de 38 milliards de francs CFA (57,9 millions d’euros) lorsqu’il était patron du port. Le groupe Bolloré affirme ne pas être inquiet : pour lui, les accusations portées par Progosa sont “fantaisistes” et “mensongères“. Il a d’ailleurs à son tour attaqué Jacques Dupuydauby en justice “pour commentaire tendancieux” et déposé également une plainte en diffamation contre lui, “dans laquelle l’action publique est déjà déclenchée“, assure Michel Calzaroni, responsable de la communication de Bolloré. “Nous souhaitons respecter le bon déroulement de la procédure afin que la justice camerounaise accomplisse son travail en toute sérénité“, répond la société française. “Le groupe Bolloré n’a aucun autre commentaire à apporter aux déclarations de Jacques Dupuydauby”.
Cette bataille de Douala, dont la presse camerounaise s’est peu fait l’écho jusqu’ici, survient alors que les deux groupes luttent depuis quelques années pour le contrôle de plusieurs autres ports africains: Lomé (Togo), Port-Gentil (Gabon) et Libreville. Après avoir été associées pendant quelques années, les deux entreprises se déchirent aujourd’hui. Selon une source proche du dossier, “en tout, une vingtaine de plaintes (contre l’autre) ont été déposées par les deux groupes” au Togo, au Gabon, en Suisse et en Espagne.
Sources : Afriquecentrale.info
Investissements: l’Afrique, nouvelle terre promise selon l’OCDE
In Géoéconomie, Prospective, Stratégie, veille on 25 mars 2008 at 6:38|
Javier Santiso, directeur adjoint du Centre de développement de l’OCDE, n’a pas de doute. Il y a une euphorie du capital-investissement et des fonds spéculatifs pour le continent africain. Par Chérif Elvalide Sèye –Les Afriques-
![]() 2007 a été particulièrement bonne pour les investissements en Afrique. Près de 3 milliards de dollars ont été levés à destination de l’Afrique. Dès le mois de février, la banque d’investissement russe Renaissance Capital lançait un fonds d’investissement panafricain d’un milliard de dollars et, dans la foulée, annonçait, en avril, la création d’une unité à part entière de banque d’investissement, de recherche et de gestion d’actifs panafricaine, avec deux antennes à Lagos, au Nigeria, et à Nairobi, au Kenya. Le Sud-Africain Pamodzi Investment Holdings, soutenu par des établissements financiers américains, se dotait d’un fonds panafricain de 1,3 milliard de dollars. Puis, l’Europe se mêle au concert par l’entremise du fonds londonien Blakeney Management présent depuis une dizaine d’années, qui étend ses activités à l’Angola, au Mozambique et à l’Ethiopie, pays qui ont la particularité commune de sortir de conflits armés internes. Selon Javier Santiso, directeur adjoint du Centre de développement de l’OCDE, dans un article publié en décembre dans L’Observateur, la revue de l’institution « l’Afrique est en passe de devenir la nouvelle terre promise pour les investisseurs s’intéressant aux marchés émergents. » Extension L’Afrique recevait déjà des investissements mais ils se limitaient à l’Afrique du Sud, et au Nigeria, dans une moindre mesure. Désormais, les investissements s’étendent à d’autres pays tels le Ghana, le Botswana ou le Kenya. Les origines des investissements se diversifient aussi. Londres, New York, Moscou, Johannesburg, Lagos rejoignent le prince saoudien Al-Walid Ibn Talal Al Saoud, qui possédait déjà des participations dans le secteur bancaire ghanéen et dans les télécommunications sénégalaises, et qui a participait à la création, en juillet 2005, d’un nouveau fonds de 400 millions de dollars, HSBC Kingdom Africa Investments. La Chine, l’Inde et les Emirats, qui ont remporté avec Dubaï World Port la concession du Port autonome de Dakar, sont également entrés dans la course. Javier Santiso révèle par ailleurs que « les investisseurs sur les marchés de valeurs émergents sont aussi tentés par l’Afrique, qui totalise près de 10 % des fonds investis sur les marchés émergents dans le monde. » L’auteur décèle également un phénomène nouveau: l’arrivée des fonds spéculatifs. Ainsi, Tudor Investments a pris une participation dans Africa Opportunities Partners, présent dans la brasserie tanzanienne, les télécommunications sénégalaises et l’assurance égyptienne. Le financier suisse Nicolas Clavel a lancé le premier fonds spéculatif européen entièrement dédié à l’Afrique le 1er juillet 2007 : le Scipion African Opportunities Fund, qui ambitionne de lever 700 millions de dollars. Conjonction heureuse Les raisons de ce changement sont multiples. Il résulte, selon l’expert de l’OCDE, de la conjonction de deux faits. Au plan externe, on retient la faiblesse des rendements dans les pays de l’OCDE, l’abondance des liquidités et la quête de rentabilités élevées qui poussent les investisseurs à tenter des investissements toujours plus risqués. Au plan interne, on note principalement l’augmentation des opportunités d’investissement. Plus de 522 entreprises africaines cotées dans les bourses sub-sahariennes, contre à peine 66 en 2000. S’y ajoute remarque, Javier Santiso, la progression rapide de l’information financière et de l’infrastructure en communications permettant de travailler parallèlement sur plusieurs marchés de capitaux. Une douzaine pour les analystes de Renaissance Capital. Compétences africaines L’émergence d’une nouvelle génération de financiers africains d’envergure internationale aux commandes de fonds centrés sur l’Afrique n’est pas non plus sans impact. Le Ghanéen Kofi Bucknor dirige le fonds Kingdom Zephyr African Management Company. Vincent Le Guennou a pris les rênes de la plus grosse société de capital-investissement du continent africain, Emerging Capital Partners, qui est basée à Tunis et totalise 1 milliard de dollars. La principale cause demeure toutefois les conditions macro-économiques. « La croissance est de retour en Afrique, et les gouvernements encouragent les investissements privés dans les projets viables et rentables ». En conclusion, l’auteur, tout en reconnaissant que l’Afrique « ne deviendra pas du jour au lendemain un marché émergent « star » comme l’Asie ou l’Amérique latine », considère que le continent peut devenir « un pôle d’attraction majeur ». Il revient aux dirigeants politiques, maintenant, avertit-il, « de s’assurer que l’intérêt croissant porté à l’Afrique ne s’évapore pas comme une euphorie passagère ».
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Géostratégie: vers plus de guerre pour moins de pétrole
In Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 16 mars 2008 at 8:52Depuis la nuit des temps, les hommes font la guerre pour voler à leurs voisins les richesses dont ils disposent. Pourquoi aujourd’hui, alors que le pétrole et l’eau s’épuisent au même rythme que la banquise fond, l’homme changerait-il ?
Le pic de production ? C’est déjà maintenant…
Alors que mille explications conjoncturelles fantaisistes sont apportées pour justifier la hausse du prix du pétrole, l’explication structurelle la plus crédible est écartée : l’épuisement des ressources pétrolières.
Le champ pétrolier de Ghawar en Arabie saoudite, le plus gros gisement de pétrole au monde sur lequel repose tous les espoirs de croissance de la production mondiale de pétrole, semble ne plus vouloir répondre au caprice de la demande exponentielle depuis 2006. De même, le plus gros champ pétrolier du Mexique, Cantarell, a connu une baisse de production brutale depuis 2004. Le deuxième champ pétrolier au monde, le champ de Burgan au Koweït aurait lui aussi atteint son pic de production depuis peu. La production pétrolière de la mer du Nord baisse déjà depuis 1999.
La liste des pays qui ont atteint leur pic de production pétrolier est de plus en plus longue et laisse de moins en moins de place au doute.
Duel discret, en l’absence totale de règles
En apparence, personne ne s’inquiète du pic de production du pétrole. Pas de panique, pas de stock pétrolier faramineux, pas de rush pétrolier, mais derrière cette hausse du prix du litre d’essence, une guerre discrète et néanmoins violente a lieu pour les derniers barils de pétrole disponibles.
D’un point de vue politique, deux champions s’opposent :
- Le champion d’hier : les USA qui, depuis deux siècles, ont toujours su prendre les virages stratégiques importants.
- Le champion de demain : la Chine, qui au-delà de son milliard trois cent millions d’habitants, est surtout capable de construire une politique à très long terme. Et ça peu de pays sont aujourd’hui capables de le faire.
Il y a deux challengers : l’Inde qui a une nécessité vitale d’énergie pour sa croissance et la Russie que l’on oublie un peu vite mais qui bâtit pourtant son retour autour de l’énergie.
Ne vous y trompez pas car même si leur guerre est discrète, elle n’en est pas moins brutale, et leur seule règle demeure l’absence totale de règles.
La malédiction des derniers barils
Les compagnies pétrolières sont en première ligne dans cette guerre pour de nouvelles ressources. Elles ne sont pas toujours conscientes des enjeux globaux, mais bien au fait cependant de la difficulté de trouver de nouvelles ressources. Ainsi, elles forent massivement les derniers champs pétroliers accessibles.
Accessibles techniquement : les nouvelles ressources sont de plus en plus complexes à exploiter et donc de plus en plus chères. Il est facile à concevoir qu’un baril, que l’on va chercher à 2 kilomètres sous la mer ou 6 kilomètres (offshore ultra-profond) sous la terre, va coûter plus cher qu’un baril extrait sur terre après un simple forage. L’investissement change d’échelle, on passe des millions aux milliards de dollars.
Accessibles politiquement: le problème pour une partie des compagnies pétrolières est d’avoir le soutien politique nécessaire pour s’aventurer sur les derniers territoires où des ressources sont encore disponibles. C’est le cas des pays aux climats géostratégiques à haute tension dans lequel même une multinationale peut perdre jusqu’à son dernier “bouton de culotte” tellement la tectonique des plaques entre ces géants est puissante. Ces derniers barils de pétrole ont toutes les chances d’être une malédiction pour les pays qui possèdent ces dernières réserves mondiales.

Les conflits régionaux vont se multiplier
Depuis la nuit des temps, la première raison pour faire la guerre à son voisin reste la convoitise : hier convoitise de l’or ou de la nourriture, aujourd’hui convoitise du pétrole. Le lien entre guerre et ressources n’est pas nouveau mais risque d’être, encore un peu plus qu’hier, à l’origine de nombreuses guerres pour contrôler les derniers champs pétroliers et les axes stratégiques nécessaires à leur transport. Pas de grande guerre comme la guerre froide l’a imaginé, mais des petits conflits régionaux toujours plus nombreux, affaiblissants encore un peu plus de nombreux états déjà en situation critique. Ceci va considérablement augmenter le chaos alors que le problème de la production d’énergie s’ajoute à d’autres problèmes majeurs comme celui de l’eau, de la pollution sur fond de croissance de la population mondiale.
Nous sommes à un virage crucial
Je suis tous les jours étonné par la quasi naïveté de la vision à long terme de nombreux industriels et gestionnaires. L’analogie qui me semble la plus appropriée est celle de l’apparition du chemin de fer ou de l’automobile et de ceux alors qui continuaient à croire à l’avenir de la traction animale.
Aujourd’hui le virage est aussi important. Le pétrole est encore présent, mais la production va se tarir petit à petit, les guerres vont se multiplier dans les pays producteurs et les nouvelles ressources pétrolières seront de plus en plus chères à extraire. Ainsi, le monde de l’énergie va être considérablement modifié et le monde économique subira un impact énorme.
L’avenir appartient aux visionnaires
Les six dernières années étaient celles des précurseurs, les années à venir sont celles des suiveurs, et après viendra celles de la masse. Il sera alors trop tard ! Si vous étiez dans le train au départ ce n’est pas le moment de descendre, si vous l’avez loupé c’est le moment de monter, en effet il n’y aura pas de troisième arrêt. Sources: Thomas Chaize
Africom & Eurofor: stratégie de cadrillage en douce de l’Afrique
In Géostratégie, Géoéconomie, Prospective, Soft Power, Stratégie, Sécurité, veille on 14 mars 2008 at 7:51

Sous couvert de grands principes, l’ingérence humanitaire et la guerre contre le terrorisme, sous couvert de sigles abscons, à coups d’Africom au Maghreb, de «Recamp» (1) dans l’Afrique francophone ou d’Eufor dans le centre du continent(2), le quadrillage occidental de l’Afrique se fait en douceur, face aux bouleversements géostratégiques induits par l’émergence de la Chine dans l’ancienne chasse gardée coloniale de l’Occident et la féroce bataille qui s’y déroule pour la maîtrise des réserves stratégiques sur le flanc méridional de l’Europe. Sur fond d’exacerbation de la controverse publique sur les bienfaits et les méfaits de la colonisation, son «rôle positif » et ses séquelles, les «test ADN» et les «charters de la honte» en France, l’«immigration choisie» en Europe, la percée chinoise s’est produite d’une manière pacifique propulsée par le déficit américain, un consistant matelas financier constitué de plusieurs milliards de dollars de bons de trésor américains sur un continent que n’obère aucun passif colonial de la Chine. Par son impact psychologique et ses conséquences à long terme, elle est comparable à la conquête arabe de la rive méridionale de la Méditerranée qui a brisé le monopole de la navigation et du commerce dans l’ancien «Mare Notrum» et l’Atlantique sud, déclenchant en retour les Croisades et la colonisation du continent africain en vue de rétablir le statut quo ante.
I – Le grand jeu occidental en Afrique face la Chine
Au prétexte de la «guerre contre le terrorisme», les Etats-Unis s’emploient à mettre sur pied spécialement pour le continent noir un corps d’armée qui prendra le nom de «VIII me corps d’armée» américain afin d’achever le maillage militaire de la planète par une présence physique opérationnelle sur l’ensemble des continents. L’AFRICOM dont la création a été décidée en 2007 aura compétence sur les 50 Etats membres de l’Union Africaine, à l’exception de l’Egypte. Sa mission officielle est de «développer la coopération militaire avec les pays africains, d’apporter un soutien à des missions non militaires et de mener des opérations militaires sur le continent africain si elles sont décidées par le gouvernement américain».
L’offensive diplomatique américaine en direction de l’Afrique s’est déployée crescendo depuis deux ans, parallèlement à la pénétration chinoise, avec l’implication croissante des grands pontes de l’administration néo-conservatrice. Le ballet diplomatique américain a été inauguré par le Général William Cape Ward (novembre 2007 à Addis-Ababa), commandant en chef de ce corps d’armée, suivi de John Negroponte, l’ancien proconsul américain en Irak et responsable en chef du renseignement américain, puis de Robert Gates, le nouveau secrétaire à la Défense, enfin de George Bush. Point culminant de cette offensive, la tournée du président américain sur le continent noir à la mi-février 2008, à moins d’un an à la fin de son mandat présidentiel, ne semble pas avoir réduit la résistance africaine à son projet. Quatre pays sollicités- Le Ghana, la Zambie, le Nigeria et l’Algérie- y ont même opposé une fin de non recevoir à sa proposition.
Dns ce contexte, sauf revirement de dernière minute, le choix se porterait finalement sur le Maroc très désireux d’abriter le siège du nouveau commandement de l’armée américaine pour l’Afrique, un moyen pour le Royaume chérifien de pérenniser sa souveraineté sur le Sahara occidental face aux revendications indépendantistes de la République Arabe Saharouie Démocratique (RASD) soutenue par Alger.
Le choix du Maroc de servir de pivot à la nouvelle force d’intervention américaine en Afrique, s’il était confirmé, se situerait dans le prolongement de la coopération stratégique des Etats-Unis avec les pétromonarchies du Golfe. Il viendrait en complément de la présence au Qatar, sur le golfe arabo-persique, du QG du Centcom, le commandement central américain qui ouvre une zone allant du Maroc à l’Afghanistan, et de la base navale de Manama (Bahrein), QG de la V me flotte américaine pour le golfe arabo-persique/Océan indien.
Dans le droit fil de cette coopération, le Royaume chérifien s’est toujours situé en pointe du combat pour la défense des intérêts occidentaux sur le continent africain, un combat qu’il confond avec la survie du régime monarchique. Membre du «Safary club» au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine (1948-1989), le Maroc a assuré la protection et la survie des régimes pro-occidentaux africains, notamment le Zaïre de Mobutu et le Togo de Eyadema au sein d’une alliance secrète conclue avec les encouragements des Etats-Unis, entre l’Arabie saoudite, qui en était le financier, la France, son stratège, et le Maroc, son exécutant.
Ce rôle souterrain a d’ailleurs été illustré tant par les complicités françaises dans la disparition de Mehdi Ben Barka, chef de l’opposition marocaine, que par le rôle dépotoir assumé par le Maroc pour les tyrans déchus et décrétés ipso facto indésirables par leur ancien protecteur malgré leur état de service patenté, comme ce fut le cas avec l’asile accordé au Président zaïrois Mobutu, répudié par la France dont il a pourtant été un zélé serviteur pendant près de trente ans.
Dans le cas d’espèce, le choix du Maroc se serait porté par défaut, après le refus de l’Algérie et du Nigeria, deux acteurs majeurs du continent d’accueillir le QG de l’Africom. Soucieux de diversifier leurs alliances, les Etats-Unis s’étaient d’abord tournés vers ces deux puissances émergentes d’Afrique, bien que la première soit en butte à des actions de type terroriste et le second à des troubles claniques.
Selon des informations de presse non encore confirmées officiellement, le QG de l’Africom devrait être édifié à l’extrême sud du Maroc dans la région de Tan Tan, à la limite des frontières du Sahara Occidental, à proximité de la bourgade de Ras Dari, choisie pour abriter ce projet. Du fait de sa proximité des côtes atlantiques marocaines, le site offre des facilités pour l’US Navy. Outre la base de Tan Tan, les Etats-Unis disposent au Maroc de la base aérienne de Ben Jarir, à une soixantaine de kilomètres de Marrakech ainsi que du site-relais de VOA (Voice of America) à Tanger. Le Maroc aurait donné son accord à l’installation du QG de l’Africom en contrepartie de substantiels avantages financiers.
Cet arrangement dans ses volets militaires et financiers expliquerait les déboires de la France dans la vente du «Rafale» que Jaques Chirac puis Nicolas Sarkozy ont vainement tenté de vendre au Royaume. Des déboires amplifiés d’ailleurs par les dysfonctionnements des institutions françaises qui ont fait preuve dans cette transaction stratégique portant sur l’avenir du nouvel avion de combat de supériorité aérienne, d’un amateurisme déconcertant, se lançant dans cette aventure sans concertation, d’une manière concurrente, l’Elysée voulant placer à tout prix l’appareil en guise de produit d’appel pour les pétromonarchies arabes et le constructeur Dassault, en comptable méticuleux de sa trésorerie, plutôt préoccupé de conserver la maîtrise de la détermination des prix.
Survivance d’une tradition coloniale, l’Africom était auparavant rattaché au commandement européen à Stuttgart auprès de l’USEUCOM (United States European Command). Selon le département d’Etat, la région du Sahel, notamment le Mali et la Mauritanie, constituerait un abri potentiel pour les activistes islamistes. Auparavant, les Etats-Unis surveillaient l’Afrique à travers trois commandements: Central Command (CENTCOM) dont la zone de responsabilité s’étendait sur 27 pays dont sept sont africains, le commandement européen (EUCOM), sa zone couvrant 91 Etats dont 42 sont africains, le commandement pacifique enfin (PACOM) qui a autorité sur une zone couvrant Madagascar et les îles en périphérie de l’est du continent africain.
Si le souci proclamé des Etats-Unis est de mener une guerre planétaire contre le terrorisme, la création d’un commandement spécifique pour l’Afrique marque aussi d’une manière sous-jacente l’implication plus marquée de l’Amérique dans la compétition que se livrent les grandes puissances pour la conquête des marchés africains particulièrement le pétrole qui fournit 30 pour cent de la consommation mondiale.
Dans l’attente du déploiement de l’Africom, l’administration américaine avait aménagé en 2006-2007 dans le Golfe de Guinée une base flottante, constituée de navires à très grande vitesse (swift ship) servis par un équipage de 300-400 marins pour la surveillance côtière le long des pays riverains: Angola, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Liberia, Sao-Tome et Principe, Sénégal et Nigeria.
Le dispositif américain en Afrique est complété en Afrique orientale par la co-location de la base française de Djibouti «Le camp Lemonier», ainsi que de la base aéro-navale de Diego-garcia dans l’Océan indien, et par le nouveau rôle de gendarme confié à l’Ethiopie dans sa répression des mouvements islamistes dans la zone, notamment en Somalie.
Le positionnement américain à Djibouti a notamment pour mission de détecter les groupes terroristes en liaison avec ceux du Moyen-Orient. Le gouvernement américain soupçonne, en effet, l’organisation Al-Qaïda de s’être implantée en Afrique de l’est, en particulier en Somalie qui aurait abrité, selon Washington, le comorien Fazul Abdullah Mohammed et le kenyan Saleh Ali Saleh Nabhan, impliqués dans les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 au cours desquels deux cent vingt quatre personnes avaient été tuées.
Ces suspicions fondées ou non expliquent le coup de force éthiopien soutenu par les Américains contre la Somalie en 2007 ayant débouché sur l’éviction du pouvoir du régime des «Tribunaux islamiques » à Mogadiscio.
Le positionnement américain à Djibouti, face au Golfe, permet en outre le contrôle stratégique de la route maritime qu’emprunte un quart de la production pétrolière mondiale. La base de Djibouti permet ainsi aux Etats-Unis et à la France de dominer l’extrémité orientale de la vaste bande pétrolière traversant l’Afrique considérée désormais comme vitale pour leurs intérêts stratégiques, une bande allant de l’oléoduc Higleg-Port Soudan (1600 km) dans le sud-est à l’oléoduc Tchad-Cameroun (100 km) et au Golfe de Guinée dans l’Ouest. Un poste d’opération américain en Ouganda donne aux Etats-Unis la possibilité de contrôler le sud-Soudan où se trouve le gros des réserves soudanaises de brut.
II- Face à la Chine, l’humanisme sélectif des pays occidentaux au Darfour
L’Amérique importe 15 pour cent du pétrole africain pour sa consommation domestique. Mais la concurrence est rude avec la Chine: L’Angola est d’ores et déjà le principal fournisseur de pétrole à la Chine devant l’Arabie saoudite, avec 456.000 barils/jour, alors que le Soudan et le Nigeria, deux bêtes noires des pays occidentaux sur le continent, ont octroyé d’importantes concessions pétrolières à la Chine, et que des informations persistantes, sur fond de rumeurs de presse sur une probable déstabilisation du président Joseph Kabila, font état d’un troc imminent entre la Chine et la République du Congo prévoyant la livraison de trois mille tonnes de cuivre en contrepartie de la construction de 3000 kilomètres de routes et d’infrastructures annexes (hôpitaux, établissements scolaires, électrification de villages etc.).
Signe de la défiance que suscite la politique occidentale en général et la politique américaine en particulier, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo (1976-1979/1999-20O7), s’exprimant en sa qualité de président du pays le plus peuplé d’Afrique (130 millions d’habitants) et premier producteur africain de pétrole, n’avait pas hésité à enfreindre les usages diplomatiques pour souhaiter à son homologue chinois dans son allocation de bienvenue que «la Chine dirige le Monde».
Selon les prévisions des stratèges occidentaux, l’Afrique subsaharienne risque de supplanter le Moyen-orient en tant que principal fournisseur énergétique des Etats-Unis. L’Afrique occidentale dispose de près de soixante milliards de barils de réserves pétrolières avérées. Son pétrole à faible teneur en soufre, est un brut doux, fort apprécié par les pétroliers américains. De nouveaux gisements sont signalés au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale et en Mauritanie, qui deviendra un pays exportateur vers la fin de la décennie.
Parallèlement à ses découvertes, les Etats-Unis ont multiplié les initiatives diplomatiques et militaires en vue de sceller les pays africains à la stratégie globale américaine. Des points d’intervention favorisant le déploiement rapide des forces américaines ont été aménagés dans la zone sahélienne sénégalo-malienne, ainsi qu’en Namibie à la frontière avec l’Angola.
Des opérations conjointes avec les pays du Sahel ont été lancées en 2003-2004 contre le groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GPS) dans le cadre du «programme de contre-terrorisme en Afrique». Les attaques contre les touristes français en Mauritanie en décembre 2007, entraînant l’annulation du rallye automobile Paris-Dakar et son transfert vers l’Amérique latine, de même que l’attentat contre l’ambassade israélienne à Nouakchott témoignent des réticences locales et régionales au déploiement américain en Afrique.
Dans ce grand jeu des puissances, l’Afrique émerge comme champ de bataille stratégique, dont la Chine en a fait sa ligne de front dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, triplant son commerce avec le continent, verrouillant ses ressources énergétiques, et, fait plus grave pour l’avenir, assurant l’éducation des futures élites africaines dans les universités chinoises.
C’est dans ce contexte qu’il importe d’appréhender le conflit du Darfour. Les appels incessants à des interventions humanitaires au Soudan, principalement de la France, sont destinés en premier lieu à contrecarrer l’influence grandissante de la Chine qui a réussi le contournement de l’Europe par l’Afrique à qui elle inflige de surcroît une rude et traumatisante concurrence dans son ancienne chasse gardée.
Le nouvel humanitarisme sélectif des anciennes puissances coloniales, qui fustigent le Soudan mais couvrent de mansuétude d’aussi redoutables autocrates que le tchadien Idriss Déby, son prédécesseur Hissène Habre ou encore le libyen Mouammar al-Kadhafi, parait sans consistance face au poids d’une Chine, sans passif colonial avec l’Afrique, dispensant de surcroît un important flot de liquidités, sans contrepartie politique.
La mise en place de l’Eufor, le corps expéditionnaire européen chargé de s’interposer entre les belligérants aux confins soudano-tchadiens répond autant à des considérations humanitaires qu’au souci des Occidentaux de créer un glacis stratégique au centre de l’Afrique, à proximité de la plateforme opérationnelle de la Chine dans la zone, un cordon sanitaire identique à celui que les pays occidentaux veulent établir autour de l’Iran, l’autre grand fournisseur d’énergie de la Chine.
Le dérapage à l’automne 2007 de la ténébreuse opération prétendument humanitaire de l’affaire de l’«Arche de Zoe» sur l’exfiltration de faux orphelins prétendument du Darfour participe de cette pression à forte charge émotive, à fort dividende médiatique pour un interventionnisme plus marqué des pays occidentaux au Soudan par le biais du Darfour.
Le redéploiement militaire français en Afrique annoncé depuis l’Afrique du sud, le 28 février, par le président Nicolas Sarkozy, loin d’opérer un bouleversement stratégique dans les relations franco-africaines, participe de ce même souci de discrétion efficace. Le Recamp (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) est une opération à double détente visant à associer des pays tiers (Afrique, Europe, ONU) aux opérations militaires françaises en Afrique dans le but de partager les coûts et de diluer les responsabilités, tut en conservant la maîtrise des opérations. Un chef d’œuvre de ravalement cosmétique d’un repositionnement militaire identique au dispositif américain dans le Golfe (Arabie saoudite, Bahrein, Qatar, Koweit et Irak), face à l’Iran.
Toute conscience se pose en s’opposant. L’Occident a constamment forgé des concepts pour assurer sa domination sur le reste du Monde. Il en a été de la théorie du «Res Nullus» et du «Fardeau de l’Homme blanc» justifiant les conquêtes coloniales. Constamment besoin d’un ennemi extérieur pour cimenter sa cohésion et perpétuer sa suprématie.
Depuis la fin de la II me Guerre mondiale (1939-1945), toute une littérature belliqueuse a développé les thèmes sur le péril rouge (contre le communisme), avant de se rabattre après l’implosion de l’Empire soviétique (1989) sur le péril vert (l’Islam), et, dans le domaine de la stigmatisation, «le juif bolchévique» a cédé la place au «nazislamisme». Notons que le «péril vert» est un jalon intermédiaire préludant à la naissance du «péril jaune» (Chine, Inde, Japon) qui sera d’actualité lorsque ses trois pays majeurs d’Asie auront parachevé leur phase de montée en puissance, vers l’an 2025.
A cette date, l’Occident aura perdu le monopole de la puissance et partant son rôle prescripteur. Il devra, par la force des choses, composer. Dur métier pour celui qui a constamment imposé, dur apprentissage de la diversité. Composer avec les autres composantes de la planète. Cette échéance explique sa frénésie d’acquisition de gages territoriaux et énergétiques (Irak, Afghanistan, Darfour, Balkan) en vue d’aborder la prochaine étape en position de force dans une «stratégie de transformation du réel», qui se réduit en une quête désespérée visant à enrayer un déclin prévisible par le maintien de «Droits acquis» aux faîtes de la puissance.
Quant à la France, qui abrite l’un des plus importants patrimoines immobiliers des dirigeants africains –pas moins de 47 résidences somptueuses rien que pour Omar Bongo (Gabon) et son beau-père Denis Sassou Nguesso (Congo)- elle est conduite, sous l’effet de cette compétition, à un partenariat contraignant avec les Etats-Unis. Contrainte à une coopération militaire avec l’Amérique, en raison de son infléchissement atlantiste, elle est contrainte aussi de subir de plein fouet la concurrence américaine dans son «pré-carré». Une transaction mutuellement féconde…mais au bénéfice exclusif des Américains.
En somme, et, pour reprendre le jargon politique à la mode, une offre « win, win » gagnant, gagnant pour les Américains, et pour eux seuls, sur les deux tableaux, avec en contrepartie pour la France, l’illusion de participer au «grand jeu mondial» sur le seul continent où elle dispose encore d’une certaine influence.
Lointaines réminiscences de ses déboires coloniaux, l’activisme de la France au Soudan au-delà du débauchage de la Libye pour en faire un substitut à l’Algérie dans la fourniture du gaz et un marché sécurisé pour ses exportations militaires et ses centrales nucléaires, pourrait, d’une manière sous-jacente, répondre à son souci de purger son «complexe de Fachoda» (3), le désastre militaire et diplomatique français subi dans ce pays contre les Anglais au XIX me siècle durant la phase de conquête coloniale écartant durablement la France des eaux du Nil. René Naba
Notes
1-Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix): Ce concept recouvre le nouveau dispositif français en Afrique mis en place progressivement depuis l’été 2007. Il consiste à associer des pays européens et africains et éventuellement les organisations internationales aux opérations de maintien de la paix dans le double but de partager les coûts et donc de réduire les frais pour la France et de diluer les responsabilités évitant le sempiternel tête à tête France-Afrique. Quatre pôles correspondent à quatre «sous-régions» et dessinent ce que pourrait être la future carte des implantations françaises. Il s’agit de Dakar (Sénégal), Libreville (Gabon), Djibouti et La Réunion. Dans chacun de ses pôles, la France a créé un petit état-major et prépositionné du matériel. Ils participent à l’entraînement des armées des pays de la région et sont censés accueillir des officiers européens.
2- EUFOR TCHAD/RCA: est une opération militaire de transition chargée notamment de la protection de la population en proie à la guerre civile dans l’Est du Tchad et dans le Nord-Est de la République centrafricaine. Sa mise en place a été décidée par l’Union Européenne le 28 janvier 2008, dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), en vue de faire face à la crise du Darfour dans la zone frontalière soudano-tchadienne. Forte de trois membres, dont le contingent français en constitue l’ossature (1.700 membres), l’Eufor Tchad est commandée par le général de Corps d’armée Patrick Nash
3-La crise de Fachoda: Dans l’imaginaire collectif français, l’épreuve de force qui opposa Paris et Londres, en 1898, demeure comme le plus important revers militaire et diplomatique, une profonde humiliation infligée par le Royaume uni à la France sur le continent africain. Ce sérieux incident diplomatique au retentissement considérable en pleine phase d’expansion coloniale entraîna la fin des ambitions françaises sur l’Egypte et la zone nilotique (Egypte, Soudan, Ouganda), alors qu’elle avait été le maître d’oeuvre du percement du Canal de Suez. Le site de Fachoda (ou Kodok) est situé à 650 km au sud de la capitale soudanaise Khartoum.
Pratiques d’intelligence économique chinoise, européenne et américaine & impacts sur le continent africain
In Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, veille on 2 mars 2008 at 4:30Voici un condensé de trois points de vue pleins d’enseignements que nous avons recueillis le 28 février 2008 à l’Ecole Militaire de Paris lors du point de veille N°6 organisé par International Focus en partenariat avec l’association des auditeurs en intelligence économique de l’Institut français des hautes études de la défense nationale (IHEDN).

1. Le point de vue du Général (2s) Daniel Schaeffer – Ancien attaché de défense auprès des ambassades de France à Bangkok, Hanoi, Pékin, consultant senior International Focus
“Parce que, depuis quelques petites années, la Chine effectue un retour en puissance en Afrique, voici ce continent tout à coup placé au Centre du Monde. La Chine y est réapparue depuis peu parce que, en manque crucial de ressources énergétiques depuis 1993, de matières premières, mais aussi en quête de marché pour écouler sa proliférante production industrielle, elle a érigé l’Afrique en terre de conquête, même si elle se défend de tels desseins. Terre de conquête non seulement économique, partie la plus visible, mais aussi politique et stratégique, parce que la conquête économique est stratégique pour Pékin. A cause de cet activisme effervescent, l’empire du Milieu suscite du coup la suspicion des Etats-Unis sur le fond réel de ses intentions. Et elle perturbe gravement la donne européenne, notamment française, sur ce terrain pour lequel la tendance était parfois de le considérer comme un “pré carré“.

L’Afrique est ainsi devenue un enjeu capital dans les stratégies de puissance qui s’exercent désormais chez elle entre la Chine, les États-Unis et l’Europe surtout, sans pour autant occulter l’intervention d’autres acteurs non négligeables comme l’Inde. Si chacune des parties concernées a bien pris conscience qu’un pan significatif de leurs intérêts stratégiques passe par un authentique développement du continent africain, l’Europe en premier parce qu’il est à sa porte, les schémas de confrontation qui se dessinent entre puissances sur l’ensemble de cette région sont pour beaucoup sous-tendus par des objectifs de conquête ou de défense d’intérêts économiques. Les stratégies élaborées et développées en ce sens par chacune des parties intéressées reposent en majeure partie sur la mise en œuvre de pratiques d’intelligence économique largement influencées par les cultures respectives des uns et des autres, celles de la Chine, celles des États-Unis, celles de l’Europe, celles des autres.
Pour ce qui concerne la Chine, si son action en ce domaine se caractérise de manière tout à fait classique par la recherche d’information, en faisant parfois bien fi des bonnes pratiques, il est indéniable que c’est au travers de l’exercice d’une vigoureuse stratégie d’influence, offensive, multiforme, plurisectorielle, multidimentionnelle, conduite méthodiquement, que la Chine parvient à prendre d’incontestables avantages concurrentiels en Afrique. “

2. Le point de vue de Bernard Besson -chargé de Mission auprès du Haut responsable français à l’intelligence économique
“Une politique nationale d’intelligence économique n’a de sens que si les acteurs publics et privés parlent la même langue. Les travaux entrepris par le haut Responsable ont aboutit à la formulation d’un corpus doctrinal obéissant à ce premier objectif. Il faut maintenant faire passer le référentiel de formation à l’intelligence économique dans l’entreprise et notamment dans les PME.
L’expérience montre qu’il n’est pas de meilleur pédagogue qu’un chef d’entreprise qui explique à d’autres chefs d’entreprises ce qu’il fait au quotidien dans tel ou tel domaine relevant de l’intelligence économique d’entreprise. C’est notamment sur ce socle de partage et d’échange de savoir-faire que le Haut Responsable entend faire passer les objectifs de l’intelligence économique à la française. N’étant pas le centre du monde, nous nous sommes inspirés des acquits d’autres cultures. C’est donc en regardant les autres que la France construit son chemin original vers une intelligence collective susceptible de favoriser l’innovation et la créativité.”

3. Le point de vue de Jacques Van Minden -Président du Cercle franco-chinois, chef de mission expert à l’ONUDI
“Avec la progression de son taux de croissance, il est probable que la Chine deviendra un jour le leader mondial. A ce moment, qui osera encore parler de droits de l’Homme? Notre façon de penser (occidentale) n’est pas la leur. Pour les Chinois, l’individu n’est pas au centre des préoccupations, alors que notre vision (européenne) est individualiste. Les Chinois iront où ils ont décidé d’aller. Ils refusent de céder aux pressions extérieures. Pour ses besoins énergétiques, la Chine s’implante maintenant là où les puissances occidentales ont reculé. L’innovation technologique, dans la conception chinoise, n’a pas pour seul but la curiosité, mais doit permettre de rivaliser avec les puissances. Il existe néanmoins des points faibles. La question sociale est le principal danger. La cohabitation interne entre riches et pauvres crée déjà d’énormes tensions dans la “Chine profonde“, mais également dans les grandes villes où les “migrants” sont considérés comme des étrangers. N’oublions pas que, historiquement, lorsque la Chine vivait dans l’opulence, il y eut des révoltes telles que celles des Boxers qui précipita la chute de l’empire Qing au XIXè siècle.”
Protégé : ” Les services secrets chinois de Mao aux JO”, Roger Faligot
In Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 2 mars 2008 at 4:22Intelligence économique & rivalités des puissances en Afrique
In Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 2 mars 2008 at 3:22L’analyse qui suit devrait pouvoir permettre aux Africains de bien cerner les positions et les questionnements de la France et plus généralement des grandes puissances mondiales qui sont à l’assaut des richesses stratégiques dont regorge le continent. Car dans le nouveau “partage du gâteau africain” en cours, si les États africains ne développent rapidement une stratégie de défense économique commune et efficace, les concurrents n’en feront qu’une bouchée. Guy Gweth
“Un mouvement est en marche en Afrique. Ce mouvement échappe à la France.” par Patrick Sevaistre -directeur général, Afrique Initiatives SA, Conseiller auprès du président du Conseil des Investisseurs Français en Afrique.
“Un rapport récent sur l’action extérieure de l’état de l’aide au développement dans le cadre de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) vient de dresser un bilan sans complaisance de toutes “les insuffisances” de la présence française en Afrique: budget de l’aide gonflé par les annulations de dettes (en dix ans, l’aide bilatérale française a diminué de moitié et est équivalente à celle du Danemark), saupoudrage des moyens (90 pays se partagent moins de 10% de l’enveloppe bilatérale), influence limitée à Bruxelles alors que Paris finance près de 25% du FED (Fonds Européen de développement), engagements financiers énormes dans la gestion des crises (850 millions d’euros pour l’opération Licorne) et quasiment rien pour la phase de restructuration…
“Pendant ce temps, la Chine devient la puissance du continent, s’intéresse à tous les gisements pétroliers et uranifères de l’hinterland boudés par les majors occidentaux et réanime -en rivalité avec les Indiens(Mittal et Tata Steel)- tous les gisements de fer. Tandis que les Etats-Unis “réinvestissent” en Afrique pour sécuriser leurs approvisionnements énergétiques (25% en 2025) et contrer la menace terroriste dans la bande sahélienne. Les fonds souverains, arabes et chinois, qui placent les réserves de change de leurs banques centrales, déferlent sur l’Afrique.
“Que faire pour défendre nos intérêts (français) ? De quels outils disposons-nous pour les défendre sans pour autant, du moins dans l’immédiat, entrer en conflit ouvert avec les Chinois? Il est clair que s’opposer directement à la déferlante chinoise en Afrique n’est déjà plus réaliste. A nous d’en tirer les conséquences quant à notre propre politique vis-à-vis du continent.
“En effet, nous devons, à l’instar des Chinois et des Américains, clairement affirmer nos intérêts vis-à-vis de l’Afrique, nous avons besoin d’une nouvelle politique française, plus ambitieuse et s’inscrivant dans la durée, accompagnée enfin, et comme c’est le cas de la Chine et aussi des Etats-Unis, d’un vrai dispositif d’intelligence économique qui, placé au sommet de l’Etat, soit pleinement opérationnel dans ses deux dimensions traditionnelles: renseignement – influence. Force est de constater qu’on en est encore loin aujourd’hui.
“ce dispositif est indispensable pour dénoncer le dumping chinois, les dérives, les manquements, les menaces sur l’environnement et le non-respect par la Chine de ses engagements internationaux (prolifération)… et alimenter les ONG pour lancer des mouvements de polémique auprès de la société civile africaine. Il l’est également pour trouver , au cas par cas, des terrains de coopération commune sino-européenne (Cf. pétrole).
“Notre intérêt premier est de promouvoir la prospérité et la stabilité du continent noir… et si l’Afrique connaît aujourd’hui son plus fort taux de croissance depuis trente ans (6%), c’est en partie grâce à l’expansion économique chinoise…
“Il nous faut continuer à examiner de près les approches chinoises en Afrique et en tirer des leçons pour définir une nouvelle politique vis-à-vis du continent. Cette politique passe par un lobbying fort des entreprises françaises, et des stratégies novatrices en matière de pénétration et d’enracinement en Afrique; elle passe aussi par une action pragmatique et ciblée de la France à l’égard des élites de la nouvelle génération. Celle-ci est plus que jamais nécessaire pour rebâtir l’image d’une France partenaire ‘naturel’ du continent africain, avec l’idée sous-jacente de bâtir un réseau capable de concurrencer l’influence anglo-saxonne et maintenant chinoise! Ce réseau est devenu prioritaire au moment où, vu d’Afrique, notre pays donne une impression d’immobilisme, voire de désengagement et où la nécessaire banalisation des relations entre la France et les Etats africains est considérée paradoxalement comme un signe d’abandon et de désintérêt vis-à-vis de l’Afrique.
“L’Afrique est à la croisée des chemins. Les changements qu’elle connaît portent en eux la nécessité d’un profond renouvèlement de notre conception des relations entre la France et l’Afrique. A nous de nous adapter: un mouvement est en marche en Afrique qui commence à échapper à la France et qui pourrait continuer de lui échapper encore au fur et à mesure d’un déficit de communication avec les nouveaux décideurs africains qui va s’accroissant, tandis que la concurrence anglo-saxonne et chinoise se fait de plus en plus présente.”
Stratégie de communication d’influence: comment Pékin défie Paris en Afrique centrale
In Communication d'influence, Géoéconomie, Intelligence économique, Perception Management, Stratégie on 23 février 2008 at 8:28
Le texte qui suit vient répondre aux questions et remarques de plusieurs de nos lectrices & lecteurs de France à la suite de notre analyse comparée des stratégies d’influence chinoise et française en Afrique centrale. Voici un bref résumé des conclusions de cette étude:
Tout au long de nos recherches, nous avons observé qu’il n’existe plus de frontières étanches entre politiques des Etats, stratégies des entreprises, protection de l’environnement et… attitudes de la société civile. Nous avons trouvé comme Thierry Libaert (1) que « si les stratégies européennes et Clausewitz en particulier, éprouvèrent quelques difficultés à élargir l’impact de leur théorie, c’est au travers des performances économiques du Sud-est asiatique que la stratégie militaire trouva son renouveau.» C’est ainsi que l’empire Chinois dans une « tactique du faible au fort » a su prendre à son compte la devise du concurrent et communiquer en toute « Liberté » -« Egalité » -« Fraternité » avec ses partenaires d’Afrique, défiant ainsi les groupes français sur un terrain qui, hier encore, constituait « le pré carré » de l’Elysée. Par une communication d’influence offensive, voire agressive, Pékin a tablé sur l’information dominance (pour reprendre la formule américaine consacrée), phase finale du Perception Management qui traduit « l’aboutissement du façonnage des perceptions individuelles et collectives » (2) de sa cible.
« Certes, le commerce entre l’hexagone et l’Afrique comme le révèle une étude précédente, dégage un solde positif de plus de 5 milliards d’euros en faveur de la France alors qu’avec la Chine, il est déficitaire de 10 milliards. De nombreux grands groupes français demeurent présents en Afrique, comme TOTAL, Bouygues, Bolloré, Castel , Areva, Air France (qui s’est maintenu à flot à un moment où ses concurrents étaient en difficulté grâce à sa présence en Afrique)… etc. Bien plus, la France dont la Banque Centrale n’est plus qu’une succursale de la Banque centrale européenne depuis l’euro, continue de contrôler à travers un service de son Trésor la politique monétaire de presque toutes ses anciennes colonies à travers le Franc CFA… » En somme, l’hexagone et ses entreprises continuent de disposer de quelques attaches en Afrique centrale. Mais pour combien de temps encore?
Aujourd’hui, le savoir s’impose comme la source et la forme ultime du pouvoir, son expression la plus raffinée (3). Si les entreprises françaises veulent rester compétitives en Afrique, elles doivent réclamer et obtenir de Paris l’élaboration d’une stratégie étatique de communication globale qui prenne en compte les savoirs accumulés sur la cible, la mondialisation de la concurrence… et surtout le plus grand respect des populations et des spécificités locales. L’Américain Harry Overstreet, dans son remarquable ouvrage L’art d’influencer la conduite humaine, déclarait: “l’action humaine naît de nos désirs fondamentaux… Et le meilleur conseil qu’on puisse offrir à ceux qui désirent influencer leurs semblables, aussi bien dans les affaires que dans la politique, c’est avant tout d’éveiller chez eux un ardent désir.” Le discours actuel de Paris est aux antipodes de cette vérité si simple.
Et pourquoi programmer une stratégie de communication globale? « La raison la plus évidente réside dans une nécessaire coordination, pour s’assurer que chacun dans l’organisation tire dans la même direction, ce qui est parfois facilité, spécifiant cette direction de façon aussi précise que possible. Les plans comme ils émergent de la programmation stratégique sous forme de programmes, de plannings, de budgets, etc., peuvent être des moyens primordiaux pour communiquer, non seulement des intentions stratégiques mais aussi ce que chaque individu dans l’organisation doit faire pour les réaliser. » (4) En sus de contribuer concrètement ainsi à la compétitivité des entreprises, la communication d’influence s’en trouvera plus valorisée en tant que ressort stratégique, vecteur d’intelligence collective. C’est plus que ce qu’entrevoyait déjà Fraser Seitle lorsqu’il affirmait en 1998 que « l’établissement d’objectifs, la formulation de stratégies et la planification sont essentiels en communication afin d’être considérés comme équivalents en statut aux autres composantes organisationnelles » (5), une thèse valable pour l’entreprise comme pour l’Etat moderne.
Guy Gweth
[1] Thierry Libaert, Le plan de communication, Dunod, 2006
[2] Eric Delbecque, Individualisme et puissance : psychologie d’un malentendu, chapitre V de l’ouvrage collectif, « Les chemins de la puissance », Tatamis, 2007, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas
[3] Alvin Toffler, Les Nouveaux Pouvoirs : savoir, richesse et violence à la veille du XXIè siècle, Fayard, 1991
[4] Henry Mintzberg, Grandeur et décadence de la planification stratégique, Dunod, 1999
[5] Fraser Seitle, The practice of public relations, Practices Hall, 1998
L’économie africaine de 2008 à 2030: l’optimisme pointe à l’horizon
In Géoéconomie, Prospective, veille on 21 février 2008 at 9:06
Au Tchad et au Kenya, on peut valablement opposer les cas du Liberia, de la Sierra-Léone et, peut-être, celui du Togo, voire celui de la Côte d’Ivoire. Le pire n’est pas toujours inéluctable en Afrique.
Bien sûr, la crise de la fourniture d’énergie électrique en Afrique du Sud laisse dubitatif. Les attentats d’Aleg et de Nouakchott font craindre une poussée d’actions terroristes en Afrique de l’Ouest où la stabilité et la croissance économique commencent à prendre racine. De fait, rien ne semble plus pouvoir entamer le climat de confiance et d’espoir dans lequel baigne le continent.
La conscience de leurs responsabilités
Michel Camdessus, ancien Directeur général du Fonds monétaire international, qui définissait il y a quelques années l’Afrique comme « le défi systémique » du monde, professe aujourd’hui que l’économie de l’Afrique va croître en 2008 plus qu’elle n’a crû en 2007. Signe des temps : l’Allemagne vient de renouer avec le Togo, un pays à la tête duquel se trouve l’un de ces nouveaux dirigeants dont on dit généralement qu’ils ont, plus que leurs prédécesseurs, conscience de leurs responsabilités et de leur mission historique, et qui adoptent des politiques macro-économiques et structurelles plus performantes. La Banque Africaine de Développement (BAD) vient de rendre publique une étude réalisée par un panel de haut niveau qui, en se fondant sur les «changements opérés dans les politiques et [...] l’amélioration de la gouvernance et de la gestion», a dégagé une «vision optimiste de ce que l’Afrique peut devenir à l’horizon 2030», un continent «stable, intégré et plus prospère», qui occuperait «la place qui lui revient au sein de la communauté mondiale». La Chine, le Brésil, l’Inde accourent au chevet du continent où ils veulent faire de plus en plus d’affaires. Georges Bush vient d’effectuer sa troisième tournée sur le continent dont est originaire l’un des deux candidats à l’investiture du parti démocrate pour l’élection présidentielle de novembre prochain. Le chef de la Maison-Blanche place cette visite sous le signe d’un engagement africain croissant des Etats-Unis.
Des efforts colossaux
L’Afrique elle-même semble soudain se réveiller. Elle n’a pas craint de dire qu’elle ne voulait pas des Accords de partenariat économiques (APE) que l’Europe lui propose, sous leur forme actuelle. C’est d’ailleurs dans l’Afrique profonde que gît l’espoir. Des efforts colossaux, peu médiatisés, sont en train d’être entrepris, partout sur le continent, pour rationaliser, accroître l’efficacité, l’efficience, la gouvernance, pour optimiser – pour faire le lit du développement en créant un environnement favorable à l’investissement. L’entreprise, en Afrique, est de plus en plus consciente de l’impératif d’améliorer sa gouvernance, comme en témoigne l’entrée en bourse, à Euronext, de la société ivoirienne SIMAT. Selon l’Institut international de la finance (IIF, Washington), le cadre sud-africain de la gouvernance de l’entreprise s’est nettement amélioré et pourrait prochainement satisfaire à 80 % des critères de performance de cette institution pour se classer parmi les plus performants dans les pays émergents. L’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) se démène dans la discrétion pour améliorer la sécurité juridique et judiciaire des affaires en Afrique. Elle travaille également à promouvoir l’arbitrage comme mode de règlement privilégié des différends relatifs au commerce et aux investissements. L’arbitrage étant devenu un enjeu économique mondial, l’Afrique francophone s’est dotée, avec l’acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage du 11 mars 1999, d’un instrument propre à relativiser sa mauvaise réputation insécurité juridique.
Petit à petit, l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) travaille à minimiser l’incidence de la dégradation des infrastructures sociales, en particulier au niveau des collectivités locales, où leur utilité est la plus évidente.
Une aubaine pour l’Afrique
L’UEMOA, la BAD et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) viennent de recommander une révision des textes juridiques et fiscaux relatifs à l’exploration et à l’exploitation des mines africaines fabuleusement riches afin de mieux attirer les investissements disponibles pour ce secteur (…) L’envolée des cours des matières premières est une aubaine pour l’Afrique. Le pétrole n’est pas le seul produit qui se vend bien [...]
Aliou Diongue

