Africommodities et GwethMarshall Consulting attirent l’attention des décideurs africains sur une faille qui porte gravement atteinte aux intérêts et à la souveraineté des États africains…
Archive de la catégorie «Guerre de l'information»
IE: la protection du patrimoine juridique des entreprises
In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Management de l'information, Risk Management on 15 novembre 2009 at 7:47Audit d’entreprise, nouveau territoire de l’IE en Afrique
In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité, veille on 8 novembre 2009 at 11:30AfriCommodities et GwethMarshall Consulting lancent 4 messages d’alertes aux décideurs africains sur les nouveaux territoires de l’intelligence économique (IE).
Protégé : Les quatre ennemis de Vodafone au Ghana
In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Management de l'information, Veille stratégique on 6 novembre 2009 at 10:248 clés pour éviter les Malwares sur Facebook et Twitter
In Espionnage, Guerre de l'information, Management de l'information, Réseaux sociaux, Sécurité, veille on 3 novembre 2009 at 11:00Avec l’essor de Twitter et Facebook, les réseaux sociaux sont devenus un des terrains de chasse préférés des hackers. Pour vous éviter d’en être victime, Sarah Perez a développé huit best practices…
Les clés USB inquiètent les services secrets norvégiens
In Contre-Intelligence stratégique, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Management de l'information, Sécurité on 22 octobre 2009 at 10:23L’article ci-après rappellera certainement à nos plus fidèles lecteurs un billet intitulé « La prostitution des clés USB, un piège trop sexy? » que j’ai rédigé il y a un an et demi, le 17 juin 2008, et pour lequel mes confrères belges d’Euresis m’ont accusé d’apologie d’actes d’espionnage électronique. Que les services secrets norvégiens aient mis tant de temps à attirer l’attention des entreprises sur les risques d’espionnage par les clés USB montre combien les professionnels de l’intelligence économique ont encore du pain sur la planche en matière de sensibilisation à la sécurité.
Guy Gweth
« Il y a eu une telle augmentation du nombre de piratages de données l’année dernière que les services de contre-espionnage norvégiens estiment que ce développement devient préoccupant.
« Les secrets des entreprises ainsi que des informations sensibles s’échappent parce que des programmes espions se répandent parmi les ordinateurs norvégiens. Ces petites briques allongées (clés USB) que nous utilisons tous habituellement pour enregistrer de grandes quantités de données peuvent en effet porter avec elles des programmes capable de voler des informations sur les ordinateurs. Étant donné que les gens utilisent souvent la même clé sur de nombreux ordinateurs différents, aussi bien à la maison qu’au travail, ce genre de virus se répand rapidement. C’est un raccourci très tentant pour pénétrer des systèmes informatiques par ailleurs bien surveillés.
« Les services de contre-espionnage ne veulent pas révéler qui est à l’origine de telles pratiques, ni quelles entreprises ou institutions sont ainsi espionnées. Il est cependant clair que l’usage fréquent des clés USB rend la tâche plus facile à ceux qui veulent spolier les entreprises d’informations précieuses. Par ce biais des clés USB on contourne les mécanismes de sécurité habituels que les entreprises utilisent pour se protéger, comme les pare-feu et les programmes anti-virus. Et puisque les clés font l’aller-retour entre le bureau et la maison, on peut pirater par là des informations venant de réseaux non connectés à Internet, puisque ces informations volées seront emportées par la clé en-dehors de l’entreprise, pour être envoyées ensuite automatiquement par Internet au pirate.
« Les services secrets donnent donc maintenant l’alarme et demandent instamment que les gens soient plus attentifs à la manière d’utiliser leurs clés USB au sein des entreprises et des instances publiques. – “Vous ne devez pas utiliser la même clé au bureau et à la maison. Vous devriez aussi désactiver sur votre ordinateur la fonction qui permet l’exécution automatique des programmes lorsque la clé est insérée, c’est-à-dire les fonctions “autorun” ou “autoplay” recommande Christophe Birkeland, des services secrets norvégiens. »
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In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Veille stratégique on 21 octobre 2009 at 8:24Allemagne – l’espionnage des salariés en procès à Francfort
In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence stratégique, Management de l'information, Sécurité, Veille stratégique on 6 octobre 2009 at 5:57Le procès qui débute à Francfort suscite beaucoup d’attention outre-Rhin. Il devra en effet instruire l’affaire des pratiques de surveillance et d’espionnage à la Deutsche Bank, première banque du pays. Un nouveau dossier sur la longue liste de scandales d’espionnage de salariés, qui secoue le monde industriel depuis des mois.
Qui était responsable de la surveillance de Michael Bohndorf, actionnaire « critique » de la Deutsche Bank ? Qui connaissait les pratiques d’espionnage du membre de la direction Hermann-Josef Lamberti ? Pour élaborer un début de réponse, la vice-présidente du tribunal, Gesine Brackert, passe en revue la politique de sécurité de la Deutsche Bank. L’audition est édifiante : engagement de détectives privés, mais aussi d’une « espionne » chargée de faire parler l’actionnaire, installation de balises de localisation sous le véhicule du membre de la direction, et d’un microphone dans un bouquet de fleurs… Les méthodes fleurent bon les romans d’espionnage. Et pourtant, elles existent bel et bien et font partie id’un arsenal sophistiqué de surveillance, partant « du haut vers le bas » de la hiérarchie en entreprise.
L’affaire ne touche pas que les hauts dirigeants, loin de là. « Il y a par exemple un grand intérêt pour les employeurs à s’intéresser aux données sur l’état de santé et la constitution de leurs salariés – et bien sûr, sur la potentialité des femmes salariées à devenir enceinte ou pas », explique Peter Schaar, en charge de la défense des protections de données auprès du gouvernement. « Nous sommes en passe de nous habituer à une surveillance totale et à un contrôle global. Les logiciels deviennent toujours meilleur marché, pour une utilisation de plus en plus simple en dépit d’une complexité accrue ».
Les cas particuliers de la Deutsche Bahn et de Deutsche Telekom
173 000. C’est le nombre de salariés que la compagnie ferroviaire allemande Deutsche Bahn (DB) a espionné pendant dix ans. A ce nombre déjà considérable, il faut ajouter les salariés de la Deutsche Post, de l’opérateur Deutsche Telekom, d’Airbus Allemagne, du constructeur automobile Daimler, de Siemens, du discounter Lidl (voir article lié)…La « lutte contre la corruption » et la « criminalité économique » sont les deux raisons principales invoquées par les directions des entreprises pour se justifier… Mais quid des données sur l’état de santé des salariés, collectées et conservées ? De la surveillance des échanges de courrier électronique entre représentants du personnel et journalistes ? Des fiches sur les performances au travail ?
Dans son appel à la manifestation contre « la surveillance totale des citoyens et salariés », le syndicat DGB dénonce une facette supplémentaire de ce qu’il appelle le « Turbokapitalismus » : « Les écoutes téléphoniques, la surveillance par vidéo, l’espionnage qui ont été dévoilés ces derniers mois montrent que les entreprises ne considèrent leurs salariés que comme des outils de production, dont la sphère privée est piétinée. Le but est de créer un sentiment d’insécurité, et d’empêcher une organisation syndicale de dénoncer la détérioration des conditions de travail. »
Pour Gerhart Baum, à la tête de la commission en charge d’enquêter sur les affaires d’espionnage chez Telekom et la Bahn, le cas des deux anciennes entreprises nationales montre une culture fondée sur l’autoritarisme et la rigidité des structures. Dans un entretien au Spiegel, il rapporte ainsi qu’ «il y avait chez Deutsche Bahn et Deutsche Telekom une mentalité de chef en pays conquis, selon le mot d’ordre « l’Etat, c’est moi ». On ne peut que saluer la lutte contre la corruption au sein de son entreprise. Mais c’est d’une grande arrogance de croire que l’on peut mener seul les enquêtes, sans faire appel à la justice ». Les deux dirigeants responsables des pratiques d’espionnage n’ont pu résister à la pression publique, devenue insoutenable, et se sont vus contraints de démissionner.
Guerre psychologique
En dépit de ces démissions et de la mise en place d’une commission d’enquête, les cas de ces deux entreprises ne représentent que la pointe de l’iceberg, précise Gerhart Baum. « On pourrait croire que ces entreprises considèrent l’économie comme un champ de bataille. Et cette guerre déborde sur d’autres territoires comme internet avec l’infiltration des blogs et des forums de discussions, ou encore la rédaction de lettres aux éditeurs écrites par des écrivains rémunérés, chargés de polir l’image des entreprises».
La forte mobilisation lors de la manifestation à Berlin contre la collecte des données reflète bien la sensibilité accrue des salariés et des syndicalistes sur la question de la protection des données et d’espionnage au travail. Les principaux syndicats allemands ont ainsi mis sur pied un site internet offrant conseils juridiques, mais aussi techniques de défense informatique, ainsi qu’un « Chef-check » chargé de vérifier si le supérieur hiérarchique use ou non de pratiques d’espionnage.
Mais Ingrid Sehrbrock, vice-présidente du syndicat DGB, ne se fait pourtant pas d’illusion : « Le scandale des derniers mois montre combien le droit fondamental de gérer soi-même ses données personnelles est piétiné. Mais la marge de manœuvre des salariés est réduite, car qui veut risquer son emploi à cause de la collecte illégale de ses données ? »
Claire Stam à Francfort (Allemagne) – Novethic
Réputation: le Nigeria obtient les excuses de Sony
In Communication d'influence, Gestion de crise, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Perception Management, Soft Power, veille on 22 septembre 2009 at 7:18Le fabricant de la PS3 a mis en ligne, et diffusé aux Etats-Unis, un spot humoristique dans lequel une blague semblait assimiler les nigérians à des arnaqueurs.
La société Sony a dû présenter ses excuses après la diffusion d’une publicité pour sa console Playstation 3, jugée offensante par le gouvernement du Nigeria, rapporte lundi 21 septembre le site internet du quotidien britannique The Telegraph.
Dans ce spot humoristique, diffusé sur internet et à la télévision américaine, un consommateur, Bernie, interpelle le fabriquant de la PS3 : “Chère Playstation, j’ai eu un tuyau selon lequel vous faites la PS3 à 299$. Vous confirmez ou vous démentez ?”.
Dans la séquence suivante, un responsable de Sony, présenté comme “directeur de la confirmation des rumeurs”, répond : “Bernie, il ne faut pas croire tout ce que vous lisez sur internet. Si c’était le cas, aujourd’hui je serais un millionnaire nigérian.”
Un classique de l’arnaque
Cette blague fait référence à un grand classique de l’arnaque sur internet : les “Nigerian Scams” ou “419 scams”. Le principe est d’envoyer à plusieurs personnes un mail dans lequel l’arnaqueur se présente un proche, et seul héritier, d’un banquier, homme politique ou homme d’affaires défunt.
Pour pouvoir toucher l’argent de l’héritage, bloqué souvent pour des raisons politiques, l’arnaqueur demande à son correspondant de lui fournir ses coordonnées bancaires afin de le récupérer à sa place. La victime se voit promettre une large commission sur la somme. Bien entendu, ceux qui se laissent prendre au piège voient leur compte vidé dans les plus brefs délais. Ces mails proviennent de nombreux pays connaissant une instabilité politique. Mais ce serait au Nigéria que cette arnaque aurait pour la première fois vue le jour.
Le gouvernement nigérian a en tous cas très mal pris la blague de Sony et a réagi dans un communiqué dans lequel il “demande des excuses inconditionnelles de la société Sony pour cette campagne négative délibérée contre l’image et la réputation du pays. Le gouvernement voit ceci comme une tentative de la société Sony d’affaiblir les intérêts économiques du Nigéria dans le monde”.
Le fabricant de la PS3 s’est immédiatement exécuté dans un communiqué dans lequel il s’excuse “auprès de tous ceux qui se sont sentis offensés” et en annonce le retrait du spot. Celui-ci sera remplacé par un autre, dans lequel le responsable de Sony répond : “Il ne faut pas croire tout ce que vous lisez sur internet. C’est comme ça qu’a commencé la Première Guerre Mondiale”.
Jérôme Hourdeaux – Nouvelobs.com
Protégé : Les limites de la protection rapprochée sur internet
In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Guerre de l'information, Management de l'information, Risk Management, Sécurité, veille on 18 septembre 2009 at 9:28Protégé : Comment Kadhafi a dupé la France, de Tripoli à Paris
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management, Sécurité on 25 août 2009 at 8:45Protégé : Ce que le FBI savait sur Bernard Madoff
In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Sécurité on 17 août 2009 at 10:01Les taupes de Fidel Castro aux Etats-Unis
In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, Sécurité on 9 août 2009 at 11:12C’est l’histoire vraie d’un couple de septuagénaires américains qui espionnaient leur propre pays au profit de Fidel Castro. Un chef d’œuvre pour les services de renseignements cubains qui ont réussi à traiter pendant 30 ans un haut fonctionnaire US au dessus de tout soupçon. Cette histoire peut être lue sous le prisme de l’intelligence économique, mutatis mutandis.
GG
“Cette fois-là, Walter Kendall Myers a manqué de vigilance. C’est une faute professionnelle pour un agent secret. Le 15 avril dernier, lorsqu’un inconnu l’aborde sur un trottoir de Washington, lui souhaite « bon anniversaire » et lui tend un « puro » – l’un de ces cigares cubains interdits de vente aux Etats-Unis – ce distingué haut fonctionnaire à la retraite est persuadé d’avoir affaire à son « officier traitant » de La Havane. Erreur fatale : l’inconnu en question est en réalité un enquêteur du FBI qui boucle trois ans d’investigations. Et s’apprête à faire éclater au grand jour une affaire d’espionnage digne des meilleurs polars de John le Carré.
“Taupe ayant ses accès dans les sommets de la diplomatie américaine, Kendall Myers, 72 ans, travaillait en effet pour le compte de Cuba… depuis trois décennies ! Expert et analyste en relations internationales au Département d’Etat, ce gentleman au profil d’aristocrate anglais détenait une accréditation « top secret ».
“Il pouvait ainsi accéder quotidiennement à la base de données de cette administration, aujourd’hui dirigée par Hillary Clinton. Avec l’aide de sa femme, Gwendolyn, 71 ans, assistante de direction à la banque Riggs, le fonctionnaire a transmis des milliers de documents et d’informations ultrasensibles à ses officiers traitants, qui, à leur tour, les acheminaient directement vers le bureau de Fidel Castro.
“Arrière-petit-fils de l’inventeur du téléphone Alexander Graham Bell, Kendall Myers présentait pourtant un pedigree au-dessus de tout soupçon. Issus de la bonne bourgeoisie américaine, lui et son épouse vivaient dans un immeuble chic des beaux quartiers de Washington. Amis, famille, collègues ne leur connaissaient qu’une seule passion : la voile, que ce couple BCBG pratiquait chaque week-end à bord de son « 37-pieds ». Jamais, au grand jamais, ils n’avaient manifesté devant eux le moindre intérêt pour la politique latino-américaine ni mentionné le nom de Cuba.
“En cet après-midi fatidique du 15 avril, le vrai-faux officier traitant cubain demande à Kendall Myers de le retrouver, le soir même, au bar d’un hôtel. Deux autres rencontres secrètes suivront, les 16 et 30 avril, toujours à Washington, mais dans l’intimité de chambres d’hôtels. Habitué à travailler en tandem, Kendall Myers vient chaque fois avec Gwendolyn, sa femme, sa complice. Au fil de cinq heures de discussions au total, l’agent du FBI multiplie les questions pièges afin de vérifier les éléments de l’enquête en sa possession.
“En confiance, les septuagénaires n’y voient que du feu. « Comment va tout le monde, à la maison ? » interrogent-ils d’emblée avant d’exprimer leur amour immodéré pour l’île communiste, où ils rêvent de se rendre un jour à la voile, car « Cuba compte vraiment pour [eux] ». L’instant d’après, badins, ils dénigrent les Etats-Unis : « Le problème de ce pays, c’est qu’il y a trop d’Américains. » Mais l’essentiel est ailleurs : lors des trois rendez-vous secrets, par petites touches, les époux Myers livrent d’innombrables et fascinants détails sur leur travail d’agents cubains.
“Titulaire d’un doctorat en relations internationales, Kendall Myers entame sa carrière au Département d’Etat à la fin des années 1970. Spécialiste de l’Europe, il est d’abord enseignant au sein du Foreign Service Institute (FSI), où il prépare les diplomates en partance pour le Vieux Continent. En 1978, lui-même assiste, en auditeur libre, à une conférence sur Cuba donnée par un diplomate de ce pays. A la fin de sa présentation, le Cubain invite Kendall Myers à participer à un voyage d’études non officiel sur l’île, où il se rend en décembre 1978, pendant deux semaines.
Sur place, l’Américain est pris en main, à son insu, par les services cubains, qui lui réservent leur meilleur « tratamiento », lequel consiste à présenter à leurs invités de marque la révolution sous son meilleur jour. Le « traitement » est couronné de succès [...]
Lire l’article complet in L’Express.
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Quand Capital s’amuse à pirater des sites d’entreprises
In Gestion de crise, Guerre de l'information, Intelligence économique, Management de l'information, Risk Management, Sécurité on 27 juillet 2009 at 11:25Le magazine Capital du mois d’août 2009, en kiosque depuis le 23 juillet, met le feu aux poudres et livre un article exclusif et explosif sur les sites web d’entreprise. Et le titre en dit long : « Pirater un site Web d’entreprise, un jeu d’enfant ! ». Les journalistes se sont tout simplement « amusés » à pirater les sites de sociétés telles qu’Orange, Virgin Mobile, HP, Amaguiz ou encore Facebook ! « Pas besoin d’être un pirate pour trouver un trésor : quelques clics et un peu d’astuce nous ont suffi pour forcer la porte de nombreux sites d’entreprise » affirme le journaliste, preuves à l’appui avec un tableau récapitulatif des infos récoltées, de ce qu’auraient pu en faire des pirates, et du temps de réaction des entreprises concernées.
Le principal problème que l’on retient à la lecture de l’article est que les sociétés n’accordent pas assez d’importance à la sécurisation de leur site web. D’autre part, une fois la faille détectée, la réaction de la société est plus ou moins inquiétante. Ainsi Orange a réagit immédiatement et a bloqué son site le temps de le sécuriser, Virgin Mobile a réagit en 24 heures et HP immédiatement. En revanche, d’autres résolvent le problème en un mois voire deux mois pour Facebook, par exemple. Enfin, d’autres ne réagissent pas. Capital expliquent concernant les sites Lactel, Francine et Lustucru que « prévenues par nos soins en mars dernier, les trois sociétés n’ont toujours pas réagi ». (Le magazine est parvenu à se procurer « l’identité et les adresses mail des centaines de gagnants du jeu concours Crêpes en fête organisé en février derniers »).
Alors comment a fait Capital pour devenir un véritable pirate du web et ce apparemment si facilement ? L’article commence ainsi et donne le ton « Fidèles de Virgin Mobile, vous pouvez remercier Capital. Pendant des semaines, votre opérateur téléphonique a laissé traîner sur son site Internet tout un tas de données confidentielles vous concernant : nom, adresse, numéro de téléphone, code secret, identification Imei de votre appareil… Il suffisait de taper sur son clavier un numéro de facture pour la faire apparaître à l’écran » Autres exemples à propos d’Orange : « Pour permettre à ses clients d’accéder à leur facture sans délier les cordons de la bourse, la société leur fournit par e-mail un mot de passe ultrasecret, qui se trouve être un simple numéro. Comme chez Virgin Mobile, il suffit d’en connaître un et de le faire varier (en l’augmentant de 1, puis de 2, etc.) pour avoir accès aux comptes personnels de 400 000 usagers de la maison », et de Hewlett Packard : « nous avons accédé sans difficulté à un fichier comportant l’adresse e-mail des 5 millions de lecteurs de la lettre d’information du groupe ».
Les journalistes n’ont pas profité de leur trouvaille, ils ont averti les sociétés, mais les pirates eux en auraient tiré parti ! A propos du site Virgin Mobile, Capitale explique que : « un hacker facétieux – et prêt à commettre un délit pénal – n’aurait eu aucun mal à bloquer autant de lignes qu’il le souhaitait en quelques minutes. » A propos d’Orange : « Inutile de dire que la concurrence aurait adoré entrer en possession d’un tel fichier. Et les accros aux sites pédophiles plus encore, car il leur aurait permis de surfer à loisir sur le Net en usurpant l’identité des utilisateurs d’Orange. »
Plus grave encore, Capital a réussi à accéder via le site Titre emploi service aux dossiers Urssaf de dizaines de milliers d’employeurs : « Numéros de Siret, fiches de paie des salariés, données bancaires complètes… » et explique « Cette caverne d’Ali Baba aurait permis mille manipulations à des flibustiers malintentionnés, de la création de vraies-fausses sociétés à l’espionnage économique, en passant par toutes les arnaques bancaires possibles et imaginables. Estomaquée par notre découverte, la direction de l’Urssaf a illico fermé son portail pousse-au-crime. En oubliant au passage de prévenir les entreprises cotisantes des risques considérables qu’elle leur avait fait courir. »
Sources : La Vie numérique
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Les Etats-Unis créent un cyber-commandement militaire
In Gestion de crise, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Management de l'information, Risk Management, Sécurité on 6 juillet 2009 at 5:30Le Pentagone vient d’instaurer un commandement militaire chargé d’effectuer des cyber-attaques et de protéger les réseaux sensibles des Etats-Unis. Le “cyber-commandement” (CyberCom) sera placé sous l’autorité du Commandement stratégique américain (Stratcom). Il devrait être opérationnel à partir de l’automne.
Robert M. Gates, secrétaire d’Etat à la Défense, devrait nommer le lieutenant général Keith Alexander à la tête du CyberCom. C’est l’actuel directeur de la puissante National Security Agency (NSA) en charge de la sécurité de la nation (veille, espionnage, interceptions de communications multi-canaux dont Internet).
Face à un afflux d’attaques en provenance de l’Internet (la Russie et la Chine sont souvent pointées du doigt), l’Administration Obama cherche à améliorer la protection de ses 15 000 réseaux numériques militaires américains et sept millions d’ordinateurs ou terminaux nomades rattachés à la Défense américaine.
Il y a six mois, William Lynn, vice-secrétaire américain à la Défense, avait déclaré que les tentatives d’intrusion sur les réseaux sensibles se comptaient en milliers par jour. Au cours des six derniers mois, le Pentagone a consacré une enveloppe 100 millions de dollars pour déjouer les attaques en ligne et nettoyer les systèmes informatiques en cas de dégâts.
Cette estimation a été donnée par le General Kevin Chilton, haut responsable militaire de l’Air Force (head of the US Strategic Command) lors d’une conférence sur la cyber-sécurité donnée dans l’Etat du Nebraska.
Le budget a servi à acquérir de l’équipement informatique, à faire appel à des sous-traitants et des ressources humaines supplémentaires pour réparer les dégâts après des attaques venues de l’extérieur mais aussi à cause des erreurs d’administration commises en interne.
“Le plus important à retenir, c’est que nous sommes conscients des attaques à divers degrés. Entre les assauts les moins sophistiqués en provenance d’adolescents qui s’ennuient jusqu’aux attaques plus élaborés visant les infrastructures de la Nation. Et, au milieu, on trouve une jolie couche de cyber-criminalité”, selon les propos recueillis par Associated Press. “C’est en effet notre principal challenge : comment organiser notre défense face à ces multiples attaques.”
Le General Kevin Chilton a refusé d’indiquer le pourcentage des attaques visant les systèmes de Pentagone provenant du monde civil et celles liées aux gouvernements ou issues de forces armées à une échelle internationale.
John Davis, qui dispose du grade de “Brigadier General” et commandant-adjoint de l’armée américaine pour les opérations de réseaux, a déclaré que les investissements seraient plus judicieux si l’on renforçait en amont les systèmes informatiques plutôt que de passer derrière les attaques. “Vous pouvez me payer maintenant ou me payer plus tard”, déclare John Davis. “Ce serait mieux de dépenser cet argent de manière pro-active plutôt que de réparer les failles après les assauts.”
GG, en complément d’une adaptation Vnunet de Online attacks cost Pentagon $100 million.
Le futur N°1 du MI6 étalé sur Facebook…
In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Management de l'information, Risk Management, Sécurité on 6 juillet 2009 at 11:12Scandale en Grande-Bretagne. Le futur chef des Services secrets britanniques, Sir John Sawers, a vu des données sensibles – des photos et des informations personnelles – dévoilées sur Facebook… par son épouse. Une partie de la classe britannique s’inquiète des répercussions pour la sécurité de l’actuel diplomate et réclame une enquête, mais le Foreign Office tente de minimiser l’affaire.
Qui eut cru possible qu’un futur chef des services secrets britanniques exposerait sa vie privée sur Facebook? Ou du moins, laisserait sa femme publier sur son profil toutes sortes d’informations privées, des photographies de vacances, de réunions de familles, amicales ou leur adresse personnelle? Le tout sur un profil ouvert aux 200 millions d’utilisateurs du site communautaire, sans aucune restriction de confidentialité? Ces questions, nos voisins d’outre-Manche et l’ensemble de la classe politique, se les posent après que le Mail on Sunday a révélé dimanche que Lady Shelley Sawers, l’épouse de Sir John Sawers, le futur patron du MI6, a publié sur sa page Facebook un nombre important de données privées.
Le journal dominical anglais a averti les autorités, qui ont fait disparaître toutes ces informations, mais certaines photos sont reproduites sur le site internet du journal. On y voit Sir John Sawers à la plage, à New York, avec sa fille Corinne, etc… D’après le Mail on Sunday, les photos permettaient de connaître le réseau amical de l’actuel ambassadeur de Grande-Bretagne auprès de l’ONU. Un réseau constitué entre autres de diplomates de haut niveau et d’acteurs, dont Moir Lesly, très connue sur l’île pour son rôle dans une série à succès The Archers, et Alistair Cameron, une autre actrice de série. Sont révélés également, les lieux de vacances, les habitudes, l’adresse de l’appartement du couple à Londres et celles de leurs trois enfants et des parents de Sir John Sawers.
Bref, autant d’informations qui font craindre pour la sécurité du futur espion n°1 de Grande-Bretagne et de sa famille, souligne le journal, qui relève que des terroristes ou des pays ennemis de la Grande-Bretagne pourraient utiliser cet “incroyable écart“. “On a redouté que cette bourde immensément embarrassante ait pu compromettre la sécurité de la famille et des amis de Sir John“, commente le Mail on Sunday, qui consacre sa Une à cet incident, le dernier d’une longue série d’impairs commis par les responsables des services de sécurité britannique.
Immédiatement, la classe politique s’est emparée de l’affaire. Edward Davey, le porte-parole des libéraux et démocrates pour les Affaires étrangères, a réclamé une enquête. “Le Premier ministre Gordon Brown doit mettre sur pied une enquête interne pour déterminer si cela a compromis trop sérieusement la sécurité du futur chef du MI6 pour lui permettre de prendre le poste“, a-t-il dit. “Une bonne part de l’argent du contribuable a servi ces dernières années à faire en sorte que lui et sa famille soient protégés. Eh bien, ça ne semble plus du tout pertinent, à présent“, a lâché le député conservateur Patrick Mercer, ajoutant qu’ainsi, Sir John Sawers s’exposait à la critique et au chantage (…)
Mais David Miliband, le ministre du Foreign Office a apporté son soutien entier à Sir John Sawers. “Il a été nommé il y a 10 jours à la tête du MI6, c’est un professionnel remarquable qui va faire un très bon travail dans une organisation remarquable qui fait beaucoup pour notre pays“, a-t-il expliqué. “C”, le nom de code du diplomate, devrait donc prendre ses fonctions comme prévu, en novembre.
Maud Pierron
Le groupe Bolloré peut-il rafraîchir son image tropicale ?
In Guerre de l'information, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Leadership, Management de l'information on 29 juin 2009 at 6:06Avril 2009, Le Monde diplomatique[1] titre sur « les guerres africaines de Vincent Bolloré » entre « affaires, médias et humanitaires ». Quelques jours plus tôt, le 28 mars 2009 (coïncidence ?) c’est France Inter qui consacre une émission à « L’empire noir de Vincent Bolloré ». Comme pour exécuter une commande, en moins d’une semaine, on a remis au goût du jour la vieille théorie de « Bolloré, entreprise néocoloniale » au moment où la guerre pour le contrôle des ports fait rage sur le continent africain. La contre-offensive des stratèges de Puteaux est donc attendue. Mais l’opération « transparence » organisée en avril fait l’effet d’un antalgique. Car les 3 jours de voyage effectués par Dominique Lafont, DG de Bolloré Africa Logistics, à bord de son jet, en compagnie de journalistes ne semblent pas avoir positivement impacté la perception qu’a l’opinion publique de la multinationale.
Bolloré en Afrique c’est 30% du chiffre d’affaires du groupe en 2008, 19000 emplois, un réseau de 200 agences disséminés dans 43 pays, des domaines d’activités aussi stratégiques que les transports maritimes ou ferroviaires, la logistique minière, industrielle, pétrolière et humanitaire… Depuis 2004, le groupe a raflé la gestion de nombreux terminaux à conteneurs sur le continent à l’instar d’Abidjan en Côte d’Ivoire, Douala au Cameroun, Cotonou au Bénin, Lomé au Togo, Pointe-Noire au Congo, Tama au Ghana ou Tincan au Nigeria… Et perdu quelques uns comme celui de Dakar au Sénégal en octobre 2007. Pour le groupe comme pour ses quatre principaux concurrents (l’allemand DB Schenker Logistics, l’émirati Dubaï Ports World, le danois APMT et l’espagnol Progosa), l’objectif stratégique est le contrôle des points d’entrée et de sortie du continent car « l’Afrique est comme une île reliée au monde par les mers. Donc qui tient les grues tient le continent. »[2]
Les analystes sont presque tous d’accord sur un point: Vincent Bolloré a réussi l’un de ses plus beaux coups de communication indirecte en recevant en mai 2007 Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président de la république, sur son yacht privé, tous frais payés. Attentifs, les décideurs d’Afrique francophone pour qui « l’ami d’un ami est un ami » ont parfaitement saisi le message. Le navire du milliardaire avait à peine mouillé au large de Delimara Bay que « la rupture » prônée par son illustre hôte s’effritait devant la real politik. Qui peut reprocher à un Etat de promouvoir et de protéger ses champions à l’international? Sauf que dans le cas Bolloré, les concurrents (aidés par les retours d’ascenseur du groupe breton à ses amis du nord et du sud) ont choisi de communiquer sur les soupçons de collusions, voire des « liens incestueux » entre l’Elysée et Bolloré, le groupe Bolloré et les décideurs africains, les présidents africains et l’Elysée. La « Françafrique » en somme.
Or vu son artillerie [télévision (Direct 8), publicité (Havas), presse gratuite (Matin plus et Direct soir), RP (d’anciens ministres africains et français)…], il serait pour le moins prétentieux de faire une leçon de communication à Bolloré, si ce n’est que le cordonnier est rarement le mieux chaussé. L’édition de code d’éthique[3] et de publi-reportages n’est bien sûr pas négligeable. Mais il est temps de sortir des sentiers battus. En se servant de tribunes à valeurs symboliques certaines, la concurrence a réussi à porter la guerre économique sur le terrain de « la morale dans les affaires ». Pour échapper à ce crucifix où l’ont cloué ses challengers, Bolloré doit absolument faire diversion. Il faut arriver à créer une histoire à faire raconter par des gens ordinaires, un rêve à partager avec l’opinion publique. A ceux qui me disent à Puteaux qu’il faudra une révolution pour cela, je réponds toujours qu’au 21è siècle, aucune entreprise ne pourra durablement gagner si elle n’investit dans l’émotion.
Guy Gweth
[1] Le Monde diplomatique n°661, p 1, 16 & 17
[2] Propos prêtés à un « ancien de Bolloré » in « L’Afrique n’est plus l’eldorado des entreprises françaises » dans Le Monde diplomatique de février 2006.
[3] Le groupe Bolloré aurait rédigé un code d’éthique comprenant une liste noire de quatre pays (Érythrée, Guinée Bissau, Lesotho et Swaziland) où il ne souhaite pas investir pour “cause de corruption rempante”. Nous n’avons pu vérifier l’exactitude de cette information.
Protégé : Le décryptage exclusif des psyops 2.0 testés en Iran
In Communication d'influence, Gestion de crise, Guerre de l'information, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie on 25 juin 2009 at 12:00Ils ont troué le F-35 du Pentagone !
In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence stratégique, Sécurité on 22 avril 2009 at 2:25Plusieurs mois avant l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, le Pentagone signalait des tentatives d’intrusion récurrentes visant à obtenir un accès à des données vitales pour la sécurité des Etats-Unis. Dès sa prise de fonction, le nouveau président a aussitôt commandé un rapport d’urgence sur la cybersécurité nationale. Mais depuis quelques heures, preuve est faite que des pirates informatiques ont bel et bien troué le programme d’armement le plus coûteux du Pentagone, celui relatif à la construction de l’avion de chasse F-35.
D’après le Wall Street Journal qui a révélé l’information de manière officielle, les hackers ont réussi à copier des données concernant ce programme de 300 milliards de dollars, baptisé “Joint Strike Fighter”. Comme nous le montrions dans notre article « Pratiques de contre-intelligence stratégique », des données aussi sensibles sont logiquement stockées dans un « bunker » (entrepôt d’ordinateurs hautement sécurisés, jamais connectés sur internet.) Pour l’heure, nos amis américains déclarent ignorer l’origine et la gravité de cette intrusion, même si tous les regards convergent vers la Chine.
Depuis plusieurs années, les spécialistes soupçonnaient l’Empire du Milieu d’entretenir secrètement des unités spéciales de guerre cybernétique, Roger Faligot l’a confirmé en 2008 in Les services secrets chinois de Mao aux JO. Plus récemment (le 29 mars 2009), l’institut canadien de veille contre la piraterie a révélé l’une des plus grosses opérations d’espionnage de ce début de siècle. Mandatés par des proches du Dalaï-Lama, les experts du centre international d’études Munk ont découvert que des dizaines d’ordinateurs appartenant aux représentants du Tibet en Inde, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Belgique, avaient été repérés, piégés, piratés de leur contenu.
A chaque fois, le modus operandi est le même : un e-mail doté d’une charge de Ghost-Rat est envoyé à la cible. Le virus s’installe dans le disque dur de l’ordinateur et pompe scrupuleusement son contenu. Totalement contrôlé à distance, il enregistre du son et des images à l’insu de l’utilisateur si l’ordinateur visé est muni d’une webcam. Ce réseau espion qui aurait déjà visité plusieurs gouvernements (dont celui des Etats-Unis et l’Otan) serait basé à Hainan, dans l’extrême sud du territoire chinois, zone où un navire espion américain a été intercepté par la marine chinoise il y a quelques semaines.
Ces dernières années, les actes d’infoguerre ont connu une croissance exponentielle, générant des pertes astronomiques pour les entreprises et les gouvernements. A l’heure qu’il est, les analystes sont forcés de constater que la langue de bois qui a régné jusqu’ici dans les chancelleries est désormais préjudiciable à la sécurité de nombreux États. Le cyberespace doit être regardé comme un espace international. Et comme tel, il doit être règlementé par des normes juridiques internationales à l’instar du droit de la guerre. Les États-Unis sont en situation de défendre cette position face à la Chine. En auront-ils le courage ?
Guy Gweth
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Pratiques de contre-intelligence économique : l’expertise d’une PME africaine
« Duplicity » : un film pour professionnels de l’IE
In Benchmarking, Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Sécurité on 23 mars 2009 at 12:59Entre séduction et manipulation, la différence est parfois difficile à distinguer. C’est ce que montrent les personnages interprétés dans le film “Duplicity” sorti le 25/03/09 dans l’Hexagone par Julia Roberts et Clive Owen, tout en charme et double jeu. Un film intéressant pour les professionnels de l’intelligence économique (IE) et du monde du renseignement en général*.
Claire Stenwick, spécialiste de l’espionnage et du contre-espionnage à la CIA américaine, et Ray Koval, spécialiste de l’espionnage et du contre-espionnage au MI6 britannique, se rencontrent le 4 juillet 2003 dans les jardins de l’ambassade des Etats-Unis à Dubaï, lors de la réception donnée pour la fête nationale américaine. Séduction mutuelle. Nuit dans le même lit. Mais au petit matin, quand il se réveille, elle est déjà partie. Après lui avoir subtilisé des documents importants.
Cinq ans plus tard, chacun a quitté ses services secrets pour un emploi dans le privé. Claire, ex-CIA donc, est désormais au service d’un géant de l’industrie pharmaceutique new-yorkais. Et Ray, ex-MI6 donc, est au service d’un autre géant de l’industrie pharmaceutique new-yorkais. Tous deux plus rivaux que jamais.
Pour les deux firmes, l’espionnage industriel est capital. Et surtout le contre-espionnage. Car l’un des deux géants s’apprête à lancer un produit révolutionnaire, susceptible de générer des milliards de dollars de bénéfices. Autant dire que quand Claire et Ray se retrouvent, c’est à nouveau la guerre. Mais l’attirance mutuelle reste très forte, et manipulation n’empêche pas séduction.
Oui, mais qui manipule qui? Amants, rivaux, complices, ou les trois à la fois? Et jusqu’où? Et qui aura le dernier mot, dans cette histoire d’amour où les mots “confiance”, “sincérité” ou “transparence” n’ont plus aucun sens? Ou encore: comment deux scorpions s’y prennent-ils pour faire l’amour? Réponse: en faisant très, très attention…
Pour le spectateur, il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil de l’histoire de ce “Duplicity”, où les retours en arrière, les rebondissements et les fragmentations d’écran se succèdent à un rythme soutenu. On suit les aventures des deux personnages, de Dubaï à New York en passant par Rome, Londres, les Bahamas, Miami ou Zurich: dépaysement assuré, en attendant de tout comprendre (peut-être) à la fin du film.
C’est le deuxième long métrage réalisé par Tony Gilroy, après “Michael Clayton” (avec George Clooney). Auparavant le réalisateur s’était fait remarquer pour ses scénarios plutôt bien ficelés de thrillers plutôt compliqués: la trilogie Jason Bourne avec Matt Damon (“La mémoire dans la peau”, etc.), “Dolores Claiborne” d’après Stephen King, “L’associé du Diable” avec Al Pacino et Charlize Theron, “L’échange” avec Meg Ryan et Russell Crowe.
“Duplicity” fait immanquablement penser aux films du genre, où l’arnaqueur n’est pas toujours celui qu’on croit et où les ressorts de la manipulation ne sont connus du spectateur qu’à la fin de l’histoire: il y a 35 ans de cela, Paul Newman et Robert Redford faisaient déjà la même chose dans “L’Arnaque”, et depuis les “Ocean’s Eleven” et autres “Usual Suspects”, “Braquage à l’italienne”, “Les Associés”, “The Score”, “Sex crimes” ou “Cash” ne diffèrent que dans les détails.
Pour que le film fonctionne, tout au long d’un scénario plus ou moins crédible, les acteurs doivent attirer la sympathie du spectateur. Julia Roberts, plus charmeuse et machiavélique que jamais, et Clive Owen, l’acteur à la mode en ce moment (il est à l’affiche de “L’enquête”, au scénario fort semblable), y parviennent sans peine. Et, en contrepoint de ce couple glamour, dans les seconds rôles antipathiques mais bien typés, Tom Wilkinson et Paul Giamatti, en PDG des firmes pharmaceutiques rivales, sont parfaits.
TempsRéel – NouvelObs.
* Note de GG
Cibles, armes et stratégies de la cyberguerre
In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Sécurité on 19 mars 2009 at 6:01Le 24 mars prochain aura lieu Forum International de la Cybercriminalité (FIC) à Lille. L’occasion pour nos amis de Silicon de rencontrer en avant-première le Lieutenant-Colonel Régis Fohrer, chargé de mission Intelligence Economique et des nouvelles criminalités pour la région de Gendarmerie Nord Pas-de-Calais. Il est l’un des instigateurs de ce forum.
Silicon.fr : Le cyber-terrorisme ou la guerre informatique peut apparaître comme une notion nébuleuse. Quels sont les cas qui peuvent la caractériser ?
Lt-Col Régis Fohrer : Il est important de donner une définition large de la notion du cyber-terrorisme. Cela comprend tous les réseaux électroniques, tout ce qui peut avoir une interférence sur les réseaux. Un acte ou une volonté de nuire qui peut ne pas avoir d’influence directe sur une structure mais qui peuvent aboutir à du piratage. Prenez un avion dont les instruments de mesures peuvent être brouillés si une connexion Wi-Fi est présente à son bord. Plus près de nous, nous avons mené des travaux sur le Tramway de Douai qui est piloté à distance.
Quelles sont les technologies qu’utilisent les terroristes ? Sont-ils au fait des nouveaux outils 2.0 ou préfèrent-ils des méthodes plus traditionnelles de piratage ?
Il faut que les utilisateurs du Net aient une conscience civique du cyberespace. Savoir qu’il s’agit d’un nouveau continent qui ressemble plus à une jungle qu’autre chose. Un endroit où de nombreux prédateurs se trouvent. Les réseaux sociaux entrent typiquement dans cette logique. Il faut se rendre compte que tous ces outils sont autant de moyens d’attirer les regards curieux.
D’un autre côté, les botnets ou ordinateurs zombies sont les moyens le plus utilisés pour déstabiliser jusqu’à des Etats entiers (Estonie et Géorgie, ndr). On estime à 750.000 leur nombre à travers le monde mais on atteindra très bientôt le million.
Peut-on tracer une carte des Etats cybernétiques voyous sur un échiquier mondial ?
La Chine, par exemple, développe son propre Internet. Vu que les autorités brident les droits des internautes, un Net spécifique voit le jour qui entrera forcément en conflit avec le Web mondial. Des lieutenants chinois (Qiao Liang et Wang Xiangsui) ont d’ailleurs écrit en 1999 un ouvrage intitulé “La Guerre hors limites” qui montre combien l’Empire du Milieu sait utiliser les nouvelles méthodes de déstabilisation, y compris virtuelles. Le soldat est alors démilitarisé et le type de conflit proposé ressemble de près aux principes de la guérilla.
Prenez aussi le conflit israélo-palestinien, nous avons assisté à des atteintes aux souverainetés des Etats ou des belligérants en place, du fait de travaux de désinformation militaire claire, notamment dans la bande de Gaza.
Dans ce cas, quels sont les motifs qui poussent à l’action ? Est-ce le prolongement de moyens militaires ou de nouveaux buts à atteindre pour les terroristes ?
Trois ingrédients sont nécessaires pour mener une attaque cyber : du temps, un dessein et de l’argent. C’est à peu près tout. Sont acteurs : des Etats, des groupes néo-nazis mais aussi des ONG… tous peuvent commettre des actes très difficilement contrôlables.
La France préfère parler de lutte informatique offensive plutôt que de cyber-guerre. Cela montre que la coopération est des plus utiles dans ce domaine. D’ailleurs un membre des services secrets américain sera présent à Lille pour ce Forum International de la Cybercriminalité à Lille…
Une collaboration saine qui a pour but de faire comprendre qu’il existe une réelle différence culturelle entre certains acteurs. Mais nous préférons penser en France que si nous n’avons pas de “guerre de retard” comme en 1940, la guerre a bel et bien commencé.
Les renseignements allemands soupçonnés de piratage
In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Sécurité on 12 mars 2009 at 8:29Le journal Der Spiegel vient de publier une enquête mentionnant de nombreux cas d’intrusions et de surveillance informatiques, notamment à l’étranger, menés par le BND, les services secrets allemands.
La Chine n’est pas le seul Etat à être pointé du doigt pour des affaires d’espionnage informatique. Le site d’information allemand, Der Spiegel, rapporte ainsi que les services secrets (BND) de son pays seraient impliqués dans plusieurs cas de piratages informatiques au cours des deux dernières années.
Selon le quotidien en ligne, le BND aurait accédé à distance à des disques durs et installé des chevaux de Troie - des keyloggers plus précisément (enregistreurs de frappes clavier) - afin de dérober des données. Les services secrets allemands se seraient introduits dans plus de 2 500 systèmes informatiques, notamment à l’étranger. Der Spiegel cite par exemple l’ordinateur d’un scientifique pakistanais travaillant dans le nucléaire, Abdul Qadir Khan, mais aussi le réseau informatique d’Irak ou encore celui d’une association allemande présente en Afghanistan.
La police souhaite opérer de la surveillance informatique
Ce n’est pas la première fois que la presse allemande se fait l’écho d’affaires d’espionnage impliquant le BND. En avril 2008 déjà, un article relatait l’interception d’emails échangés entre des journalistes de Der Spiegel et le ministre afghan du commerce, Amin Farhang.
Dans cette affaire, les services de renseignements avaient installé un cheval de Troie sur l’ordinateur du ministre. Ce programme avait notamment permis de recueillir ses identifiants à son compte de messagerie Yahoo et ainsi de consulter ses emails.
Le cas Magic Lantern aux Etats-Unis
En Allemagne, l’interception des échanges électroniques ne concerne pas uniquement le BND. Le ministère de l’Intérieur travaille ainsi à un projet de loi visant à doter les services de police des moyens et des droits les autorisant à effectuer de la surveillance et des perquisitions informatiques. L’installation de chevaux de Troie est une des pistes étudiées.
Nos voisins d’outre-Rhin ne sont cependant pas les seuls à envisager cette évolution. Des projets analogues destinés à répondre aux mutations de la criminalité sont également étudiés en France et au Royaume-Uni. Aux Etats-Unis, le FBI a reconnu depuis désormais dix ans avoir utilisé un programme espion : Magic Lantern.
Christophe Auffray
Sécurité: Conflicker a infecté l’armée française!
In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Management de l'information, Sécurité on 9 février 2009 at 8:32Des systèmes informatiques militaires ont été infectés par le ver Conficker. Microsoft a pourtant corrigé cette faille depuis trois mois. Le ministère de la Défense ne prendrait pas toujours en compte les fameux patches de sécurité publiés par Microsoft pour mieux sécuriser les PC sous Windows.
En effet, selon Intelligence Online, du nom d’une publication (papier et Web) sur les “réseaux d’influence” publiée sous forme de lettre confidentielle, les réseaux informatiques de l’armée française sont infectés depuis quelques jours par le ver Conflicker (baptisé aussi Conficker par Microsoft). Ainsi, la propagation d’un tel agent infectieux dans des systèmes informatiques censés être très protégés “pose de sérieuses questions sur la sécurité des réseaux militaires français et leur capacité à faire face à une cyber-attaque d’envergure”, commente Intelligence Online.
Ce ver, qui a déjà contaminé plus de 9 millions d’ordinateurs dans le monde, avait été repéré à la mi-janvier par des chercheurs en sécurité. Il exploite une faille de sécurité corrigée par la firme de Redmond depuis déjà octobre 2008. Il continue donc d’infecter les PC connectés à Internet dont les mises à jours sous Windows n’ont pas été prises en comptes par leurs utilisateurs…
Le réseau informatique interne de la Marine française, baptisé Intramar, a été le premier a être touché par Conficker. Le 16 janvier, quelques jours après avoir constaté qu’un virus avait infecté des PC de la marine, l’état-major a décidé “d’isoler ce réseau des autres systèmes d’informations”.
Toujours selon Intelligence Online, des ordinateurs de la base aérienne de Villacoublay (Yvelines) et du 8ème régiment de transmissions ont été touchés par le ver informatique. Conficker aurait ainsi entraîné des pannes informatiques et un ralentissement des activités opérées depuis les ordinateurs infectés.
Difficulté de mesurer l’ampleur des dégâts
Pour le moment, le ministère de la Défense ne serait pas capable de déterminer “combien d’ordinateurs et de systèmes d’informations militaires sont susceptibles d’avoir été contaminés par le virus Conflicker”.
Initialement transmissible par Internet, l’infection des systèmes informatiques internes des armées françaises, parfois non connectés au Web, a pu se propager par l’intermédiaire de périphériques amovibles, comme des clés USB, qui contenaient déjà ce virus contracté lors de précédentes connexions au Net effectuées via un autre ordinateur étranger à ces réseaux fermés.
C’est en tout cas un coup dur pour le ministère de la Défense qui a encore beaucoup d’efforts à réaliser pour s’inspirer du Livre Blanc sur la Défense, évoquant le réseau Internet comme une infrastructure critique.
Anne Confolant / Sources : Vnunet
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Chine-UE: Pékin fait vaciller les 27
In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Leadership, Perception Management, Soft Power, Stratégie, veille on 27 novembre 2008 at 8:59Ce devrait être un théorème pour les stratèges français de la coopération sino-européenne: faire perdre la face aux officiels chinois est un affront impardonnable au pays de Mao. Lorsque cela vient à se produire, la contre-offensive de Pékin remplit souvent trois critères: elle est spectaculaire, mémorable et lourde de conséquences. C’est en pleine crise financière internationale que le géant asiatique a choisi d’humilier la présidence française de l’union européenne.
Souvenez-vous, après le passage tumultueux de la flamme olympique à Paris en avril 2008, nous vous prévenions ici que les dignitaires chinois avaient de la mémoire et qu’ils n’hésiteraient pas, au moment opportun, à riposter à l’affront que les activistes droitdelhommistes français et quelques politiques pro-tibétains venaient ainsi d’infliger au peuple chinois devant les caméras du monde entier. A l’époque, la real économique avait malgré tout contraint le président français à faire le voyage de Pékin pour l’ouverture des JO et à surseoire à rencontrer le guide spirituel tibétain.
Que Nicolas Sarkozy décide après coup d’un rendez-vous avec le Dalaï-Lama pour le 6 décembre 2008 en Pologne était certes l’affront de trop, mais en réalité un excellent prétexte pour Pékin. Le report sine die du sommet Chine-Union européenne du 1er décembre 2008 auquel devait assister le premier ministre chinois, Wen Jiabao, arrive en effet après de nombreuses mises en garde adressées par les dirigeants chinois aux autorités françaises. Dans la foulée, Airbus a dû annoncer le report de la finalisation d’une commande de 150 appareils passée par la Chine en novembre 2007. Les rencontres entre businessmen européens et chinois en marge du sommet ont toutes été annulées. A l’heure qu’il est, les opérateurs français dans l’empire du milieu redoutent un durcissement de l’environnement de leurs affaires.
Il n’est pas complexe de profiler les dirigeants politiques français. Les analystes chinois n’ont d’ailleurs pas tardé à comprendre que “le président Sarkozy est très sensible aux pressions… ” Conséquence: lorsque le nouvel exécutif français effectue son premier voyage officiel en Chine en novembre 2007 avec 20 milliards d’euros de contrat à la clé, les stratèges chinois retiennent l’absence de Yama Yade, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères chargée des droits de l’homme, comme le résultat de leurs pressions sur Paris. En reportant unilatéralement le sommet de Lyon, Pékin a voulu envoyer un signal symbolique fort, profond et durable au vieux continent et à la France en particulier.
L’Europe qui oublie parfois qu’elle n’est ni les Etats-Unis d’Amérique ni réellement unie expérimente donc le courroux spectaculaire d’un acteur devenu incontournable dans le concert des nations à l’heure où la crise financière internationale préoccupe les grandes chancelleries. L’aile dure du régime communiste ne pouvait manquer pareille opportunité pour punir Paris et les 27; un acte historique malgré la relative discrétion des grands médias européens dans le traitement de cette information.
Guy Gweth
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Contre-intelligence: l’expertise d’une PME africaine
In Benchmarking, Guerre de l'information, Intelligence compétitive, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 18 novembre 2008 at 6:29C’est l’une des curiosités de la société de l’information: les esprits les plus brillants sont parfois les moins connus. Ce constat est d’autant plus valable chez les professionnels de l’intelligence économique que les meilleures recettes sont aussi les mieux protégées. Aujourd’hui, je vous convie à la découverte d’une PME africaine dont les pratiques de contre-intelligence économique peu académiques, à peine coûteuses, fort discrètes et très efficaces forcent le respect de concurrents dotés d’énormes budgets de surveillance.
La contre-intelligence économique est un ensemble d’outils, de méthodes et d’activités de défense dont le but est de neutraliser ou détourner de manière légale toute opération d’espionnage ou d’intelligence économique concurrente ou hostile. Qu’elle soit défensive ou offensive, interne ou externe à l’organisation, la contre-intelligence a pour référence le cycle de renseignement. Elle peut donc viser les questions des décideurs, la collecte des données y afférant, l’analyse de ces dernières, la protection et l’exploitation du renseignement à produire par l’organisation ou la partie adverse. Dans le cas de notre PME africaine, la ruse est au cœur du dispositif de contre-intelligence économique.
Avec ses 83 salariés, l’établissement Aurora* travaille depuis quatre ans sur un créneau innovant extrêmement porteur de l’avis des spécialistes interrogés. En moins d’une demi-dizaine d’années, la start-up a repoussé trois offres d’achats. Ses concurrents directs étant de grandes multinationales, tout ou presque a été tenté pour la faire plier : incitation des cadres à publier dans des revues internationales, invitations à des voyages d’études, benchmarking, elicitation, offres d’emploi fictives, débauchage, chevaux de troie via internet, tentatives de vol, manœuvres de déstabilisation… etc. En vain.
Pour y faire face, deux jeunes femmes de 26 et 29 ans à l’allure d’éternelles étudiantes animent à plein temps l’unité d’intelligence économique (U-IE) à laquelle est stratégiquement rattachée la communication interne et corporate de l’entreprise. C’est à la cadette que revient le pilotage du counter-intelligence unit: « toutes les deux, on est à la fois les yeux, les oreilles, le nez, l’armure et le glaive de la compagnie », m’a-t-elle confié avant d’ajouter : « nous avons la chance d’avoir un boss et des collègues qui nous font totalement confiance, et pour rien au monde, on ne peut se permettre de faillir. »
Dans leur bunker** comme dans d’autres cellules d’IE, des banques de données constamment mises à jour révèlent des cartographies détaillées de la concurrence, des ONG partenaires ou hostiles, de plusieurs centres de décisions politiques avec à chaque fois le profile des équipes dirigeantes, leurs postes, leurs réseaux et la typologie des stratégies d’intelligence compétitive qui en découlent… Sur le site internet de la PME, 1/5 des informations publiées vise à leurrer la concurrence (!) Et lorsqu’un veilleur hostile insiste sur un détail, notre duo de choc lui poste un missile informationnel***.
Dans toute l’entreprise, seuls trois ordinateurs « préparés» sont connectés au réseau internet. Avec un savant mélange de vraies et de fausses informations codées par des mots de passe faciles à casser, l’unité d’intelligence économique nourrit copieusement ceux qui pensent avoir troué son dispositif de sécurité. En interne comme à l’extérieur, l’usage des e-mails, téléphone et fax est extrêmement réduit, les communications à distance sont brèves, cryptées et voilées. Entre collègues ou dans la relation-client, la direction de l’entreprise soutient mordicus que cette « petite restriction » accroit les contacts humains.
En plus des clauses de confidentialité et de non-concurrence (d’usage traditionnel dans ce type de structure), l’U-IE a conçu un manuel ludique de sécurité à l’adresse des employés. A chaque niveau de responsabilité correspond une petite histoire à raconter si une envie irrépressible de parler travail vient à prendre un salarié dans un avion, un taxi, un café, une conférence, en amour ou en famille… Grâce à une communication corporate adaptée à cet objectif stratégique, des liens étroits existent entre salariés qui ont fini par créer comme un cordon de sécurité autour du patrimoine informationnel de l’entreprise.
Depuis trois ans, ce dispositif de contre-intelligence économique (dont j’ai voulu la description éparse) a causé de tels désagréments aux concurrents que certains ont suspendu la veille autour d’Aurora. Ce retour d’expérience devrait parler aux acteurs de l’IE chez qui la maîtrise des outils de veille électronique constitue l’unique fond de commerce.
Guy Gweth
* Pour des raisons évidentes, l’appellation « Aurora » est fictive dans ce cadre.
** Les missiles informationnels permettent d’injecter à l’adversaire des données toxiques afin d’altérer son jugement, voire de le compromettre.
*** Le bunker ici est constitué d’ordinateurs sécurisés jamais connectés à internet.
007 est-il un agent de guerre psychologique ?
In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 7 novembre 2008 at 11:00Comme lors de la parution début 2008 de Indiana Jones et le royaume du Crâne de cristal qui se déroule pendant la guerre froide avec un impitoyable ennemi russe incarné par Cate Blanchett, Quantum of Solace vient à son tour d’entrer sous les feux nourris du parti communiste de Saint-Pétersbourg, la deuxième force politique de la Douma, le parlement russe. Motifs : le premier film cité véhicule « une grossière propagande anti-soviétique » et le second est une opération de « guerre psychologique ». Après une brève définition de la guerre psychologique et un court voyage au cœur de Quantum of Solace, nous allons attentivement regarder si cette accusation bien de l’Est est recevable, et si elle mérite les sarcasmes dont les grands médias veulent la couvrir à l’Ouest…
Qu’est-ce que la guerre psychologique ?
La guerre psychologique est une action d’influence complexe visant à détruire la volonté de combat d’un ennemi ou d’un groupe hostile, à réduire ou annihiler sa capacité à poursuivre les hostilités. Action d’influence parce qu’elle travaille les perceptions de la cible avec comme objectif de la vaincre sans combattre. Action complexe car la guerre psychologique combine les symboles, l’éthique, la science, la technologie, le physique et le psychique. Ici, on est plus proche des stratèges chinois de l’école de Sun Zi pour qui la guerre est essentiellement « l’art de la tromperie ». Et on n’est pas si éloigné que cela de la doctrine américaine du Shaping the mind ou colonisation de la sphère des idées. Une opération psychologique (psyops) cible généralement un gouvernement, une organisation non-gouvernementale, tout ou partie d’une population. Son objectif stratégique est de frapper le cœur et le cerveau de l’adversaire afin de liquéfier son organisation en injectant avec finesse des demi-vérités, la suspicion, la haine, la défiance… entre le sommet et la base.
De quoi parle Quantum of Solace ?
Paru officiellement en Octobre 2008, Quantum of Solace (du réalisateur Marc Forster), 22e aventure cinématographique de James Bond est la suite directe de Casino Royal sorti un an plus tôt. Tiré d’une nouvelle de Ian Flemming (auteur britannique et ancien assistant dans les services secrets de sa Gracieuse Majesté à la veille de la 2è guerre mondiale), le film est baptisé Quantum of Solace le 24 janvier 2008, y compris pour les cinéphiles francophones, sauf au Québec où le titre est 007 Quantum. Le scénario révèle un James Bond (Daniel Graig) décidé à régler ses comptes à ceux qui ont contraint Vesper (sa compagne in Casino Royal) à le trahir. Dans sa quête de vengeance, Bond croise la route de Camille (incarné par Olga Kourylenko). Les deux ont un ennemi commun : une puissante organisation « écologiste » dirigé par un businessman impitoyable, Dominic Green (joué par Mathieu Almaric) dont la mission est le contrôle d’une source précieuse dans des contrées pauvres, en manipulant les dirigeants locaux, le 10 Downing Street et même la CIA. 007 doit faire face à la trahison de ses amis et à la férocité de l’ennemi.
L’accusation russe est-elle recevable ?
Lorsqu’on a regardé Quantum of Solace, on voit que les critiques des communistes russes sont exagérées, bien qu’ils aient pris la mesure du danger, ce qu’ils appellent « la contagion idéologique » véhiculé par le cinéma US. La « fatwa » lancée contre l’actrice ukrenienne Olga Kourylenko est grotesque. Même si “Chacun sait que la CIA et le MI-6 financent les films de James Bond dans le cadre d’une opération spéciale de guerre psychologique“ contre la Russie (comme l’affirme Sergueï Malinkovitch, chef du Parti communisme à Saint-Pétersbourg), Quantum of Solace ne le révèle pas. La belle Olga Kourylenko qui incarne Camille est accusée de collaboration avec l’ennemi parce qu’elle joue aux côtés de l’espion britannique… Un revenez-y de la guerre froide? Le rouleau compresseur médiatique occidental -le Times en tête- ne pouvait que couvrir ces propos de ridicule. Pourtant, sous ces emportements russes, couve une vérité. L’ouverture en 1999 de l’Institute of Creative Technologies (ICT) a scellé l’alliance stratégique du Pentagone avec les studios hollywoodiens. Ce think tank qui bénéficie de la collaboration scientifique de l’Université de Californie du sud constitue un dispositif unique. Lors de son inauguration, le secrétaire à la défense de l’époque Louis Caldera déclarait « Nous n’avons jamais pu espérer bénéficier de l’expertise d’un Steven Spielberg ou d’autres professionnels de l’industrie du cinéma pour collaborer à des projets de l’armée… Le nouvel institut sera gagnant-gagnant pour tout le monde. » Il n’est pas inimaginable, face aux tensions entre Moscou et Washington, que le principe « gagnant-gagnant » de l’ICT soit activé, attendu que Hollywood est la continuation de la stratégie anglo-américaine par d’autres moyens.
Au final, ceux qui sont pressés de signer le livre des condoléances de l’hyperpuissance étasunienne devront s’armer de patience. Rien qu’en matière d’influence, la machine de guerre émotionnelle et cognitive US pénètre et colonise avec douceur tous les territoires où les GI’s ne peuvent aller de force, précisément dans les cellules du cœur et du cerveau humains. Avec le libre consentement des victimes. Car c’est de leur plein gré que les publics du monde entier (y compris les communistes de Saint-Pétersbourg) se constituent prisonniers des salles obscures, pendant quelques heures, pour savourer l’évangile selon Washington. On y raconte que « tous ceux qui arrivent à Hollywood ont rêvé ». Or tous ceux qui rêvent de Hollywood y sont déjà, l’instant d’un film…
Guy Gweth
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In Gestion de crise, Guerre de l'information, Géoéconomie, Veille stratégique on 6 novembre 2008 at 8:38
Les institutions financières de Bretton Woods ne sont pas invulnérables. Loin s’en faut. Dans un rapport du faible au fort, des instruments informationnels assez peu coûteux existent qui, bien orchestrés, peuvent générer une crise morale sans précédent au sein de ces organisations. Les sociétés civiles du Sud oublient parfois combien l’Establishment onusien est sensible aux bruits environnementaux, surtout lorsqu’à travers une stratégie inter-nationale pertinente et une gestion décentralisée, ces bruits en appellent à la justice et à l’éthique vis-à-vis des plus pauvres. Mais ce n’est pas tout de le dire. Le management de nos appareils étatiques n’est pas aisé à défendre en public et la volonté politique y est un bien économique. L’extrait du Messager (édition du 03.11.08) ci-après met le doigt sur la plus grande désillusion qu’ait vécu l’Afrique dans ses rapports avec le Fonds monétaire international à la faveur de crise financière internationale actuelle: retour de l’étatisme économique au Nord, désengagement accéléré de l’Etat dans le Sud… GG.
Pour la Banque centrale, les institutions de Brettons Wood doivent appliquer les mêmes thérapies aux pays européens que celles appliquées dans les pays du Sud.
« La 1ère réunion annuelle de concertation de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) avec la profession bancaire et financière jeudi 30 octobre dernier à Douala a aussi été l’occasion pour les responsables de la Beac d’évoquer l’impact de la crise financière internationale sur le secteur bancaire de la Cemac. Pour Rigobert-Roger Andely, vice gouverneur de la Beac, aucun impact négatif ne se profile à l’horizon. Pour lui, la Cemac bénéficie de quelques atouts : la rigueur budgétaire, le niveau acceptable d’endettement des Etats, le niveau élevé de l’épargne public, l’importance des réserves de changes, entre autres.
« A une question de journaliste sur l’impératif d’un nouvel ordre financier mondial, conséquence de la crise financière qui menace les économies mondiales, Rigobert-Roger Andely n’est pas passé par quatre chemins pour fustiger les politiques des institutions de Brettons Woods. M Andely soutient qu’il est inadmissible que le Fmi applique une politique du deux poids deux mesures. Il dit par exemple ne pas comprendre que le Fmi en soit aujourd’hui à recommander l’interventionnisme des Etats européens et des Etats-Unis dans leurs économies alors même que cette institution financière prône un désengagement radical de l’Etat dans le système productif quand il s’agit des pays du Sud. « Il doit avoir une symétrie des politiques… », insiste le vice gouverneur de la Beac.
Suggestions au Nord, directives au Sud
« L’appel du vice gouverneur de la Beac trouve toute sa pertinence au regard des suggestions – contrairement aux directives – du Fmi aux Etats européens et aux Etats-Unis au plus fort de la crise financière internationale. Les multiples plans de sortie de crise suggérés par le Fonds monétaire international sont aux antipodes des directives jadis imposées aux économies sinistrées des pays africains. Ici, l’on a demandé à l’Etat de se désengager du secteur productif, l’on a prescrit des restrictions budgétaires avec tout son corollaire sur le plan social (licenciement, gel des recrutements, baisse des salaires…).
“En Europe et aux Etats-Unis, le Fmi est resté muet lorsque les gouvernements ont décidé d’injecter de l’argent frais dans le secteur bancaire, ou encore lorsque ces mêmes gouvernements ont décidé de la nationalisation pure et simple de certains établissements financiers. Le Fmi s’est montré particulièrement préoccupé par le sort des populations des pays en proie à ce marasme financier. Jeudi dernier, dévoilant les trois priorités pour faire face à la crise actuelle, le Fonds monétaire international a demandé aux gouvernements européens de protéger les familles à bas revenus qui souffriront beaucoup plus que les autres de la récession économique. L’autre priorité concernait la définition « d’une stratégie plus ferme pour garantir les dépenses publiques » en Europe…”
*BEAC: Banque des Etats d’Afrique centrale
Infoguerre à Bretton Woods: objectif Strauss-Kahn
In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Guerre de l'information, Management de l'information, Perception Management, Sécurité on 19 octobre 2008 at 6:59
En matière de guerre par l’information (infoguerre), l’éthique, la loi, le bon sens, ne sont pas une fin. Ce sont des moyens. Ils servent à fabriquer des vérités ou des contre-vérités en fonction des perceptions du groupe-cible. Le Conseil en infoguerre n’a donc pas vocation à émettre un quelconque jugement sur l’acte posé par le client. Il part du postulat que nul n’est parfait, et active le pouvoir de l’information ouverte (ou fermée) de manière défensive (ou offensive) aux fins d’atteindre un objectif. L’attaque qui vise l’actuel directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn (DSK), mérite qu’on s’y attarde. Elle est pédagogique à plus d’un titre.
La faille exploitée par les anti-DSK
Dominique Strauss-Khan est à peine nommé directeur du FMI en septembre 2007 qu’il tombe sous le charme de la Hongroise Piroska Nagy, responsable du département Afrique du Fonds. Début 2008, les deux hauts fonctionnaires deviennent intimes. Problème: Nagy est mariée, DSK aussi. L’idylle tourne court et la Hongroise démissionne du Fonds. Mais déjà, une sourde rumeur enfle à Bretton Woods qui arrive aux oreilles d’Aleksei Mozhin, le représentant de la Russie. Il alerte l’époux de Piroska Nagy, Mario Blejer, lui aussi ancien employé du FMI. En rappel, lorsque Paris avait proposé DSK à la direction du FMI, la Russie avait énergiquement protesté. Moscou soutenait alors la candidature de Josef Tosovsky, ancien premier ministre et ex-membre des services secrets de Prague. Mozhin, c’est peu dire, s’était insurgé contre la mainmise de l’Occident sur les institutions de Bretton Woods. Début juillet, le Russe porte l’aventure extra-conjugale du directeur à l’attention du Doyen du Fonds, Shakour Shaalan. Ce dernier demande alors au cabinet d’avocats Morgan, Lewis & Bockius d’enquêter sur d’éventuels abus de DSK dans les causes et les modalités de départ de Piroska Nagy du Fonds monétaire international en août 2008.
Matrices culturelles et particularismes
Lorsque les journalistes français Christophe Deloire et Christophe Dubois publient « Sexus Politicus » en été 2006, leurs collègues américains sont surpris de voir que l’opinion publique française ne s’offusque pas spécialement des frasques extra-conjugales de leurs dirigeants. Outre-Atlantique, le rapport très détaillé de Kenneth Starr sur le “Monica Gate” montre à quel point l’infidélité d’un dirigeant peut être problématique, surtout si elle est doublée de parjure. Et pour aussi excessive que puisse paraître l’Amérique, cette pudeur, voire cette pudibonderie protestante vaut pour toutes les hautes personnalités officiant sur le sol étatsunien. Dominique Strauss-Kahn était-il au fait de ce détail ? Quelle que soit la réponse, les Ivans qui l’avaient déjà profiler n’ont pas manqué de le cribler… Qu’il soit blanchi ou pas, DSK sortira affaibli de cette affaire, y compris dans sa posture de meilleur présidentiable socialiste en France, sauf coup de théâtre. Pour ce qui est de Bretton Woods, la crise financière, économique et à présent morale ne fera qu’accentuer la crise de légitimité dont souffre l’ensemble du système des Nations Unies depuis quelques années déjà.
La protection de la réputation, un marché…
Dès sa parution en octobre 2006 aux éditions Fayard, si certaines compagnies d’assurance s’étaient penchées sur « une brève histoire de l’avenir », elles auraient sans doute déjà innové en proposant une « assurance-réputation » à leurs clients VIP. Et il n’est pas tard. Dans cet ouvrage qui n’a pas connu le succès qu’il mérite, l’auteur, Jacques Attali, prévient que sous peu, les personnalités devront cher payer pour avoir droit à une vie privée. La preuve… Après le départ brutal de l’ex-patron de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, acculé à la démission en mai 2007 pour favoritisme à l’endroit de sa maîtresse libyenne Shaha Riza, le cas de DSK révélé par le Wall Street Journal dans son édition du 18 octobre 2008 vient rappeler à ceux qui en doutaient encore que la protection de la réputation est promise à un bel avenir. Dans un monde globalisé où l’information est devenue une arme, l’accessoire (un détail de la vie privée) peut facilement l’emporter sur le principal (les compétences) et avoir de graves conséquences sur la crédibilité (des institutions).
Que ce soit contre l’écrivain Milan Kundera ou Miss France 2008, Valérie Bègue, le milliardaire camerounais Yaya Bello ou l’actuel directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn…, les cas de déstabilisations par l’information ont une constante. Les victimes sont présumées coupables jusqu’à ce que la preuve de leur innocence soit établie.
Guy Gweth
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McCain/ Obama: infoguerre pour D.C.
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Revivez McCain-Obama in infoguerre pour D.C.
In Benchmarking, Communication d'influence, Guerre de l'information, Management de l'information, Stratégie on 8 octobre 2008 at 7:59Le benchmarking des techniques de guerre de l’information par les acteurs du monde politique, économique, humanitaire et sportif a bougé les lignes de la communication stratégique. En 2006, les arbitres jugeaient disproportionnée la réponse de Zidane (coup de tête) à l’attaque de Materazzi (injure). D’imaginer aujourd’hui que la Squadra Azzurra avait resserré le profiling des Bleus et que le défenseur italien n’avait eu qu’à presser le point sensible au moment M, change la nature du débat chez les spécialistes et élargit le champ d’application de l’infoguerre. Le durcissement de l’affrontement entre candidats à la Maison-Blanche intéresse la communauté de l’IE car la nature (1), la pertinence (2) et les méthodes (3) des attaques informationnelles ici préfigurent leur transposition aux champs de bataille voisins.
1. La nature des coups portés
Si l’on considère uniquement les 45 derniers jours de la campagne présidentielle américaine, on peut relever trois attaques informationnelles parmi les plus saillantes. Le 17 septembre 2008, les deux boîtes électroniques de la colistière de McCain sur Yahoo! sont piratées. Il n’y a pas longtemps, Sarah Palin utilisait ces adresses non sécurisées pour traiter ses affaires privées et celles de l’Alaska, l’Etat dont elle est gouverneur. La capture d’écran d’un e-mail de la candidate a fait le tour du monde. Dès le 4 Octobre, Palin va faire ses courses dans le passé de l’adversaire et revient avec une relique que tout le monde avait oubliée: dans les années 90, Obama était « ami » avec William Ayers, un ancien militant du Weather Underground (groupuscule radical qui perpétra des attentats aux USA pendant la guerre du Vietnam)… Le camp démocrate réplique aussitôt avec une vidéo sur « les liens » de McCain et Charles Keating, un banquier accusé de fraude à la fin des années 80. Dans ce contexte d’infoguerre exacerbée par la déroute de Wall Street, la déclaration peu avisée de McCain sur la prétendue « solidité des fondamentaux économiques américains » a sonné comme une passe à l’adversaire. Une faille pertinente pour enfermer le candidat républicain dans ses propres contradictions.
2. La pertinence des failles retenues
L’intégrité de la correspondance étant garantie par la constitution des Etats-Unis, l’atteinte portée au courrier électronique de Sarah Palin a été unanimement condamnée dans la forme. Mais au fond, l’insouciance et l’imprudence de la candidate républicaine à traiter de dossiers étatiques sensibles en utilisant un canal privé non sécurisé a mis le tout Washington D.C. en émoi; et interrogé « la capacité du ticket McCain-Palin à diriger l’Amérique d’aujourd’hui». En face, l’attaque visant « l’amitié » de Obama avec un ancien terroriste a été reçue par nombre d’analystes comme un coup porté sous la ceinture. Et il a été bien choisi, même si les sondages n’ont pas bougé. Remuez les souvenirs du 11 septembre aux USA et vous avez un cocktail détonnant. Malheureusement pour les républicains, la crise financière qui frappe la grande majorité de l’électorat braque l’attention sur le porte-monnaie du contribuable appelé à la rescousse des « patrons voyous de Wall Street » et leurs amis, dont McCain. Jouant sur la conjoncture, les stratèges démocrates font glisser le curseur de la sécurité internationale vers la sécurité financière, non sans méthode.
3. Les méthodes appliquées
Si au sommet des dispositifs concurrents, McCain et Obama semblent s’en tenir à une espèce de gentlement agreement, ce sont en revanche leurs états-majors qui déploient les opérations d’infoguerre par médias interposés. Les deux appareils de communication traquent le passé de leurs adversaires, détectent les incohérences, relèvent leurs contradictions, tout en visant des symboles susceptibles de décider les électeurs indécis, car c’est eux qui feront basculer le scrutin le 4 novembre 2008. D’après le FBI, les premières traces du piratage de la boîte électronique de Sarah Palin conduisent à David Kernell, 20 ans, étudiant à l’université Tennessee-Knoxville et fils d’un parlementaire démocrate. En visant cette faille, les démocrates demandent insidieusement aux électeurs : « Voulez-vous élire une insouciante à ce point capable de jouer avec la sécurité des Etats-Unis ?» A l’opposé, en rétablissant une vieille connexion entre le sénateur de l’Illinois et l’homme qui fit exploser une bombe au Pentagone en 1972, les républicains veulent «démasquer» Barack Hussein pour, disent-ils, «montrer le vrai visage de Obama», «l’ami des terroristes».
Tout bien considéré, il y a d’un côté les attaques portant sur l’intégrité des Etats-Unis et, de l’autre, la psychose générée par la crise financière. Et là, rien de mieux que la sécurité du porte-monnaie pour décider l’électeur américain. C’est face à cet enjeu que McCain et Obama vont devoir se surpasser en méditant ce proverbe de la stratégie chinoise: ” Si tu veux réaliser quelque chose, fais en sorte que tes ennemis le fassent pour toi“.
Guy Gweth
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Vaincre une rumeur malveillante et traquer la source
In Contre-Intelligence stratégique, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence compétitive, Sécurité on 1 octobre 2008 at 5:45Début septembre 2008, un riche homme d’affaires du nord Cameroun défraie la chronique de manière inattendue. Par ce matin froid et sec à Maroua, le journal local, L’œil du Sahel, titre à sa une: « Un milliardaire distribue le Sida » ! C’est le début de « l’affaire Yaya Bello ». L’accusation est-elle fondée ? La rumeur n’en demande pas tant. Seule compte la perception de l’opinion publique. Le scoop fait l’effet d’une tempête locale. Malgré l’achat rapide de la quasi totalité des exemplaires de « l’édition mortelle » par les hommes de main du businessman, le vin est tiré. Il faut le boire. Pour ce milliardaire comme pour toutes les victimes des opérations de déstabilisation par la rumeur, rien ne sera plus pareil. Jamais.
La rumeur est un bruit de fond social qui court comme « la maladie d’amour dans le cœur des enfants » de tous âges. C’est une information non officielle qu’il fait bon transmettre sans vérifier. Très prisée dans le cadre d’opérations noires, elle peut être le fait d’individus isolés, de groupes d’intérêts économiques, politiques ou militaires… et bien sûr des services secrets. Elle peut être scientifiquement conçue, testée et injectée dans des foyers propices à son expansion. Elle vise généralement à déstabiliser, à décrédibiliser, à « anéantir » une personne physique ou morale, à modifier l’attitude d’un groupe-cible, à l’intoxiquer ou à soulever des populations. Parmi les intrants qui la composent, les plus exploités sont l’argent, le pouvoir, le sexe, la maladie et la mort. Semblable à un cyclone, on peut déterminer d’où elle part mais jamais où elle va s’arrêter. Dame rumeur se nourrit de nos peurs, de nos croyances, de nos fantasmes; et voyage aux frais de la princesse. A moins de s’y attaquer de manière professionnelle, son espérance de vie est illimitée.
Le Cameroun par exemple est un excellent site d’expérimentation de ce phénomène où de toute façon, la justice -quand elle est saisie- n’agit évidemment qu’a posteriori. Au nombre des plus folles rumeurs ayant le plus impacté sur la réputation du personnel politique de ce pays au cours des vingt dernières années, citons : l’histoire du serpentologue de la Cameroon Radio & Television (CRTV) en 1999, le décès du président Paul Biya en Suisse en 2004, la liste complète des homosexuels du Cameroun en 2006, ou encore la préparation d’un coup d’Etat à Yaoundé en 2007. A ce jour, aucune des ces opérations n’a été officiellement élucidée. L’attaque qui vise Yaya Bello, sous réserve de la véracité de l’information publiée par L’œil du Sahel, renforce localement la thèse d’un transfert de la rumeur, en tant qu’arme d’infoguerre, de sa sphère sociopolitique habituelle au champ économique. Une tendance lourde.
Même en disposant d’un excellent réseau de capteurs de signaux faibles dans les principaux « foyers d’incubation» du phénomène (armée & police, hôpitaux & prisons, presse, forum internet & mailing-list, grandes écoles & universités, points de passage des diplomates & de l’élite locale…), il est extrêmement complexe de noyer, de dévier ou de retourner une rumeur malveillante, encore moins de tracer son auteur. Et pourtant, une attaque par l’information suffit à démolir en un jour une vie entière passée à bâtir une famille, une entreprise, une carrière ou votre réputation. En essayant de plaider sa propre cause au cours d’une interview, sans le coaching de professionnels sûrs, Yaya Bello s’est enfoncé comme on ne le souhaite à personne.
Heureusement, le décryptage minutieux et l’analyse comparée des modes opératoires des 23 plus grandes opérations de déstabilisation par l’information en Afrique centrale au cours des 10 dernières années nous permettent aujourd’hui d’affirmer que la rumeur n’est pas une fatalité. Loin s’en faut. Si elle est détectée et traitée à temps par des professionnels, elle laissera au pire de très légères cicatrices. Autre bonne nouvelle pour ceux qui l’ont testée: notre système de contre-offensive RALE (Retour à l’envoyeur) peut produire dans certains cas, en fonction de la loi et des coutumes du groupe-cible, des effets irrémédiables chez l’auteur (ou la chaîne de production) d’une rumeur d’origine non-étatique visant à ternir votre image.
Guy Gweth
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A Review of Notable Political Rumors from Cameroon
La rumeur d’Orleans, une brève présentation in Wikipedia
Des mailing-list africaines exploitées pour déstabiliser Coca-Cola,
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Le cryptage de haute puissance, dernier rempart contre l’espionnage électronique ?
In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité on 1 août 2008 at 4:33Que ce soit sous le couvert de la sécurité nationale, de la guerre économique ou de la lutte contre le terrorisme… l’espionnage électronique constitue l’un des enjeux majeurs de la nouvelle globalisation. L’Afrique demeure une colonie dans cet univers; mais la ruse peut considérablement altérer le jugement d’un adversaire, même averti. Après un rapide coup d’œil dans “les grands oreilles” déployées par les puissances anglo-saxonnes pour quadriller le monde, nous envisagerons les moyens de contournement de cette technologie intelligente, en nous basant sur des tactiques de cryptage de haute puissance et quelques clés de la sagesse africaine, aux fins de resserrer nos systèmes de défense.
Echelon: des exploits aux limites des « grandes oreilles »
En 1947, les Etats-Unis et le Royaume Uni signent un accord secret en matière de coopération des personnels et systèmes de renseignement électronique baptisé UKUSA. Ils sont tour à tour rejoints par le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et plus tard par la Norvège, le Danemark, l’Allemagne et la Turquie, au titre de « pays tiers » à ce réseau dont le nom de code est Echelon. Grâce à cet accord, les cinq premiers signataires supervisent chacun une partie du monde. C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique échoient aux Britanniques, dont la puissante station de Menwith Hill ne tarde pas à irriter les autres pays européens dont la France. En guise de réponse, l’ancien directeur de la CIA, James Wollsey, déclarera : « Nous traquons vigoureusement la corruption. Et on peut dire que l’Europe est la capitale mondiale de la corruption. Les entreprises européennes ont l’habitude de décrocher des contrats par la corruption en Asie, en Amérique latine et au proche orient, qu’ils ne pourraient pas obtenir en respectant les règles du jeu…»
Cette accusation, bien que surprenante pour le grand public n’en est pas moins fondée. Pour preuve: en 1995, l’Arabie saoudite est en pourparlers avec l’avionneur européen Airbus pour un contrat de 6 milliards $. Les communications téléphoniques ( fax compris) entre les deux parties sont régulièrement interceptées par la NSA et transmises à Boeing qui remporte finalement le marché ! On sait à présent que si le consortium européen resta muet dans cette affaire, c’est parce que grâce à leurs « grandes oreilles », les États-Unis détenaient des preuves de corruption contre Airbus. D’après Ducan Campbell, expert en renseignement de communication, « Echelon surveille les grandes sociétés commerciales de tous les pays pour suivre leurs transactions ». Avec ses puissants ordinateurs, Echelon est en effet capable de reconnaître une voix parmi des millions d’autres, d’où qu’elle appelle dans le monde, pour peu qu’elle soit répertoriée dans le « dictionnaire » du système. Il en va de même pour les e-mails, les fax… et même certaines imprimantes laser comme nous l’avons récemment révélé sur ce site. Mais si les terroristes arrivent à surprendre le monde, c’est qu’Echelon -qui met la terre entière sous haute surveillance- a bien des failles.
Les moyens de contournement
L’une des principales limites d’Echelon réside dans son incapacité à comprendre le contexte d’une conversation. Il a donc besoin d’un apport humain. Or la masse de données à traiter est phénoménale. D’après Gilles Brassard, chercheur à l’Université de Montréal, son autre limite fondamentale réside dans le fait que « les systèmes de cryptographie de haute puissance sont pratiquement inviolables ». Non pas qu’ils soient infaillibles, mais il est quasiment impossible de les briser en un temps raisonnable. Du moins pour l’instant. On peut dès lors penser qu’avec une longueur de clé suffisante, les États et les entreprises de la Cemac peuvent garder leur patrimoine informationnel à l’abri de l’espionnage électronique.
C’est dans cette optique qu’un certain nombre d’organisations de la sous-région a opté pour la téléphonie sécurisée de Skype, sur nos conseils. Je rappelle que Skype utilise une technologie décentralisée peer to peer qui fait appel à la norme AES (Advanced Encryption Standard), soit 256 bits, la même que celle utilisée par l’administration fédérale américaine pour protéger ses informations à caractère sensible. Mais il s’avère que l’utilisation de Skype E. peut fragiliser l’entreprise étant donné son caractère anonyme et non contrôlé. Pire, j’ai récemment vérifié que grâce à l’éditeur de logiciel Digitask, les services allemands avaient trouvé la parade pour casser la clé de cryptage de Skype, permettant ainsi les écoutes de « sujets suspects »…
Pour ne pas conclure…
Manquer de souveraineté en matière de télécommunications est en soi un handicap monumental. Or celui “qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner“, déclarait Louis XI, bien longtemps avant la signature de UKUSA. Face aux superpuissances, le salut est dans la ruse, dirait Sun Tzu. Les stratèges africains doivent pouvoir retrouver leur capacité à substituer, à transposer et à dissimuler. Ce cocktail d’imprévisibilité gît dans des jeux de stratégie tels que l’Awélé. Ses stratagèmes habitent une kyrielle de contes bantou non encore traduits en langues occidentales. Le lion, le lièvre, le singe, l’éléphant et la tortue qui sont les principaux acteurs de ces allégories sont assez représentatifs des acteurs de la scène internationale. N’y apprend-on pas comment la tortue, dernière sous tout rapport, l’emporte toujours sur les plus forts ?
Guy Gweth
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3. Quand Capital s’amuse à pirater des sites d’entreprises
4. Les Etats-Unis se dotent d’un cybercommandement militaire
Guerre économique et légitime défense préventive
In Guerre de l'information, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective on 17 juillet 2008 at 2:35L’une des limites normatives au concept de guerre économique est l’absence de déclaration de guerre, au sens du droit international. C’est pourquoi, à la faveur provisoire d’une exploitation métaphorique, nous conviendrons ici qu’il s’agit davantage d’une guerre non conventionnelle, immatérielle dans la majorité des cas, plus agressive que préemptive, très souvent asymétrique, le faible essayant généralement de surprendre le fort par la ruse.
Une bonne partie des enseignements dispensés à l’Ecole de guerre économique de Paris repose sur les techniques de guerilla ou celles de la guerre hors limites telles que conceptualisées par les deux colonels de l’armée de l’air chinoise Liang Qiao et Xiangui Wang. L’effet de surprise est ainsi le facteur clé de succès des opérations d’infoguerre. Le 1er qui frappe l’emporte. Et même si la vapeur se renverse avec le temps, les dégâts causés aux personnes physiques ou morales lors d’attaques informationnelles sont souvent lourds. Voire irrémédiables pour les victimes. La croissance exponentielle de la cybercriminalité révèle au grand jour l’incapacité chronique des Etats à garantir la protection du patrimoine informationnel des entreprises ainsi que l’intégrité de l’espace virtuel des citoyens.
Devant cette réalité, convenons cette fois encore qu’attendre d’être attaqué pour éventuellement réagir, c’est signer son propre arrêt de mort par procuration. Mais en l’absence d’un Droit de la guerre économique, d’un jus cogens spécifique à cette forme mutante et grandissante d’agression, face à l’impossibilité –en temps réel- de distinguer un combattant d’un non-combattant, la surveillance permanente de l’environnement des entreprises et le renseignement économique deviennent une nécessité impérieuse. Vitale. C’est sur cet impératif de sécurité que je fonde mon idée d’importer la légitime défense préventive sur le terrain de la guerre économique.
Dans son très bel ouvrage, La guerre préventive et le droit international paru en janvier 2007 aux éditions Dianoïa, mon ancien professeur de droit international à l’Université de Yaoundé II, Narcisse Mouelle Kombi, récuse à juste titre le motif de légitime défense préventive invoqué par le gouvernement Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Il y rappelle fort à propos que « le droit international est dans son essence et sa finalité, un droit préventif de la guerre ». Je le lui concède. Sauf qu’ en 1967 (guerre de six jours), 1975 (contre les camps palestiniens au Liban) et 1981 (pour détruire un réacteur nucléaire susceptible de nuire à l’Etat hébreu), Israël avait déjà fait école en convoquant la légitime défense pour motiver ses frappes préventives, se fondant en cela sur le célèbre pacte Briand Kellog du 26 août 1928.
Depuis ce pacte en effet, la quasi totalité des instruments juridiques internationaux reconnaît qu’il n’y a pas entorse au jus cogens « si les coups portés sont commandés par la nécessité de se défendre soi-même ou de protéger autrui ». Un acquis transférable à la guerre économique sous certaines conditions bien précises:
Primo, que grâce aux signaux faibles, l’attaque adverse soit jugée imminente.
Secundo, que la frappe soit proportionnelle à la gravité de l’attaque imminente.
Tercio, que la justice soit saisie a posteriori. A charge pour X de réparer les dommages causés à Y, en cas d’erreur ou d’abus dûment établis par les autorités judiciaires compétentes.
En attendant, force est de constater que sur ce terrain mouvant et dangereux, l’Etat de droit restera pendant longtemps encore l’adversaire le plus vulnérable d’entre tous.
Guy Gweth
Dans le même ordre d’idées, lire:
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Une taupe dans le dispositif d’intelligence économique
In Contre-Intelligence stratégique, Diplomatie économique, Guerre de l'information, Stratégie on 16 juillet 2008 at 8:29
L’affaire d’espionnage industriel qui a récemment opposé Renault à l’hebdomadaire automobile Auto Plus révèle un type de menaces informationnelles que les responsables de l’intelligence économique (IE) préfèrent souvent occulter: l’existence de taupes au sein de l’entreprise, voire au cœur du dispositif d’IE. Il s’agit d’un fait grave; et non du simple jus de cerveau d’analyste.
Plus qu’un péché par omission
Même dans son manuel de référence L’intelligence économique, la comprendre, l’implanter, l’utiliser paru aux éditions de l’organisation en 2006 (l’un des meilleurs et des plus complets de la zone francophone à mon avis), François Jakobiak disserte assez peu sur les cas de trahison interne au sein de l’entreprise. Par sécurité psychologique plus que par omission, la communauté de l’IE s’est jusqu’ici contentée de penser que les menaces informationnelles viennent de l’extérieur (la concurrence, l’Etat, la société civile…) et un peu moins de l’intérieur de l’entreprise (défaillance technique, négligence, erreur ou trahison). Pourtant, telles des jumelles qui partagent tout ou presque, les dispositifs d’intelligence compétitive doivent désormais faire face à l’existence d’espions ou de taupes dans la maison, au même titre que les services de Renseignement classiques.
Les candidats potentiels à la félonie
Comme dans les Services donc, la taupe d’entreprise se recrute dans le vivier de la concurrence la plus ardue, de préférence chez le leader du secteur ou le concurrent direct ayant le budget le plus consistant en recherche et développement. Homme ou femme, la taupe d’entreprise est quelqu’un de brillant, ayant une parfaite maîtrise de ses dossiers, généralement hors de tout soupçon et sociable à souhait. Un ange polyglotte. Travaillant au cœur névralgique de l’entreprise, il occupe souvent d’importantes fonctions à la direction de la stratégie, de la R&D, de la SSI ou de l’innovation. Cependant, l’informateur se recrute aussi aisément auprès des services d’hygiène et de sécurité de l’entreprise, parmi les stagiaires, les intérimaires, les chasseurs de têtes ou des journalistes attitrés. Tout est fonction du but et de la faille détectée par l’officier traitant. Mais la plus astucieuse des approches demeure sans doute le recrutement d’une taupe au sein de la cellule de veille ou d’intelligence économique du concurrent.
Pourquoi on trahit son entreprise
Dans la communauté de l’intelligence économique comme dans celle du Renseignement classique, sept mobiles ont été répertoriés qui peuvent pousser un agent, un cadre ou un associé à distraire des informations stratégiques à son entreprise pour les refiler à la concurrence ou à la presse :
1- l’argent;
2- le sexe;
3- le pouvoir;
4- l’orgueil;
5- la frustration;
6- l’idéologie;
7- le chantage.
Une liste qui, a priori, intéresse l’ensemble du personnel. Et c’est tant mieux. Toutefois, pour être efficace, il convient de la resserrer grâce au profiling individualisé et périodique des sujets à risque.
Quelles solutions pour prévenir et/ou retourner ?
Cette question convoque en prime la taille de l’entreprise ainsi que son dispositif d’intelligence économique. Mais dans tous les cas de figure et sans entrer dans le détail, la DRH accentuera en amont le profiling et les enquêtes préalables à l’embauche d’un candidat dans un secteur classé sensible ou pour un stage. Par la suite, hormis les tâches de surveillance traditionnellement dévolues aux pôles de veille et IE, la direction devra instaurer un suivi personnalisé des postes névralgiques aux fins de noter et sonder des changements éventuels dans le comportement et la vie quotidienne de la cible, bien entendu, dans le respect de l’éthique et de la légalité. Non à la compagnie policière!
L’instauration d’un climat de bonne intelligence par le biais du dialogue (Intranet, machine à café, tête-à-tête) et des relations publiques internes permettra par exemple de mettre les sujets en confiance et ainsi de pouvoir poser des questions déjà soulevées dans un dossier précédent ou pendant l’entretien d’embauche, sans éveiller l’attention. L’objectif est de déceler si le salarié varie dans ses réponses. Ou simplement s’il se sent valorisé, reconnu et respecté au sein de l’entreprise. Une veille constante chez soi comme sur la concurrence.
Guy Gweth
La prostitution des clés USB: un piège trop sexy?
In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Sécurité on 17 juin 2008 at 6:49
Lorsque nous étions gamins, mes copains et moi trouvions souvent de la monnaie par terre. Nous la ramassions. Pas vous ? Nous, c’était neuf fois sur dix ! Nous courrions ensuite, non sans joie, vers les échoppes du voisinage pour acquérir d’éphémères babioles, des bonbons ou des tablettes de chocolat ; comme par crainte de garder quelque pièce par-devers nous.
Il faut dire que, moralement, nous n’étions pas tout à fait quitte avec l’idée de trouver sans chercher. D’ailleurs, nous ne le rapportions jamais aux parents, de peur d’être sommés de rétrocéder à la terre ce que le ciel nous avait si généreusement offert. A l’époque on ne parlait ni d’intelligence économique ou si peu, ni d’hypercompétition, ni de cybercriminalité et encore moins de guerre économique. Elle est belle, la vie de ces gamins d’Afrique qu’on ne montre pas à la télé.
Au fur et à mesure que nous grandissions, le hasard devenait avare. Dieu était-il fauché ? Mystère. En tout cas, les temps changeaient. Nous le ressentions. Mais jamais notre vigilance ne décrut. Aujourd’hui, stylos, téléphones portables et autres clés USB sont les objets perdus les plus convoités par les enfants que nous ne sommes plus. Mais aussi par les adultes. Hélas. Des professionnels qui plus est. Et là résident des pièges du hasard.
Pour nos retrouvailles dans la ville de notre enfance, mes copains et moi avons décidé de passer de l’autre côté, sur le versant de ceux qui « perdent » des objets avec préméditation. Des hameçons… Après avoir prétexté un rdv professionnel avec une amie comptable, nous nous sommes introduits chez TUSAURAS SA et y avons, comme par hasard, « égaré » nos deux clés USB. Trois quarts d’heure après notre départ, nous sommes revenus dans l’entreprise, l’air essoufflé et préoccupé tout à la fois. Nos clés avaient bien sûr disparu. Aucun mystère. Mais personne ne les avait même entr’aperçues ! Notre amie en était outrée, mais pas surprise le moins du monde. Deux clés USB JetFlash 168 16 Go neuves ? La magie du hasard.
Une connexion internet et deux e-mails plus tard, nous savions presque tout du pôle juridique de TUSAURAS SA. L’idée qu’une clé USB tombée du ciel pouvait être introduite dans un ordinateur sans autre forme de procès avait flatté plus d’un salarié, nous ouvrant au passage une artère intelligente au cœur de l’entreprise. Pour sûr, les parents et surtout les DSI auraient raison de blâmer ceux qui s’ouvrent ainsi aux charmes des clés inconnues. Moralité : méfiez-vous des clés USB qui trainent ou vont et viennent dans plusieurs ordinateurs… Ce peut être des armes d’espionnage.
Pendant que mes copains et moi écoutions les excuses des cadres de TUSAURAS SA à qui nous venions de renvoyer le colis juridique de leur entreprise par e-mail, nous nous amusions comme des gamins; en pensant surtout à ces stagiaires, consultants et coopérants qui pillent les entreprises, partis politiques, ONG… etc, simplement en introduisant une vicieuse clé USB dans la bonne machine. Un plaisir d’adulte… Un risque aussi: l’inverse est possible. Toujours se protéger !
Guy Gweth
Industrie du lait et légitime défense économique en Afrique
In Gestion de crise, Guerre de l'information, Guerre économique, Prospective, Stratégie, Sécurité on 11 juin 2008 at 10:17
Les bombardements quotidiens d’images que subissent les populations d’Afrique via les chaînes de télévisions occidentales ont un effet d’Hiroshima et Nagasaki sur la psyché. Au point que lorsqu’un jeune diplômé africain achève ses études à l’étranger, il est crucial qu’il s’interroge sur l’opportunité d’un retour au pays natal. Le nombre de parents et amis qui l’en dissuadent depuis le continent est impressionnant. C’est pourtant ce qu’a bravé le docteur Bagore Bathily, un vétérinaire sénégalais de 33 ans, diplômé de l’université de Liège en Belgique, aujourd’hui P-dg de la Laiterie du Berger, la seule unité industrielle qui transforme du lait de collecte au Sénégal. La crise alimentaire a permis à l’opinion publique internationale d’apprécier l’extraordinaire combat de cet industriel du lait de collecte local face au lait déshydraté importé d’Europe. Plus qu’un sujet d’intelligence économique in vivo, voici une problématique qui convoque une stratégie nationale de légitime défense économique.
Pendant la période coloniale, les stratèges européens avaient conçu dans les colonies des niches propices à l’écoulement de produits issus du vieux continent. Dès 1960, l’indépendance politique laissa logiquement place à de nouvelles formes de dépendance basées sur l’éducation, la culture ou le commerce de produits manufacturés made in Europe. Ainsi naquit la dictature du lait déshydraté qui lamina littéralement les habitudes de consommation locale par l’influence (enrôlement des élites, des médecins et autres puéricultrices…, le perception management et la normalisation), le marketing et surtout la guerre des prix, créant ainsi un véritable casus belli économique. Pendant plusieurs années, l’Union Européenne subventionna ses agriculteurs pour les aider à produire et exporter plus facilement vers les pays pauvres (ex-colonies). Empruntant un mode opératoire de soft power désormais décodé, les instances financières européennes firent une injection d’exotisme concurrentiel dans le secteur du lait au Sénégal en finançant Bagore Bathily, un enfant du pays, pour démarrer à petite échelle la Laiterie du Berger.
Mais en vérité, parce qu’il concerne l’alimentation et relève d’une situation on ne peu plus asymétrique -par ailleurs exacerbée par la crise alimentaire mondiale-, le marché du lait en Afrique est un terrain d’affrontement propice à une guerilla du lait par la guerre de l’information. Pour cela, il suffit d’un sursaut patriotique, d’une pincée de volonté politique, d’un peu d’ingéniosité, d’un brin d’imagination, d’un soupçon d’audace… le tout dans un moule de stratégie offensive pour, au pire, crier à l’autodéfense économique et alimentaire. Voilà qui est moins facile à dire qu’à faire… Pionniers de l’intelligence économique sur le continent avec les Sud-Africains, si les acteurs sénégalais continuent de regarder au lieu d’agir pour défendre leur territoire de consommation, ils risquent d’être perçus par l’opinion publique comme des tigres en papier. Une partie du discours du président Wade à Rome sonnera faux. Les petits éleveurs, les paysans locaux et le téméraire Bagore Bathily iront à l’abattoir. Pis, dans les 10-15 ans à venir, les concurrents vendront aux populations du lait de toilette, du savon ou des glaces dont le parfum rappellera comme par hasard le lait déshydraté importé qu’elles buvaient dans leur enfance… Et la boucle sera bouclée!
Guy Gweth
Le business des failles, un marché en nette croissance chez les hackers
In Guerre de l'information, Guerre économique, Sécurité, veille on 9 juin 2008 at 5:06
Rechercher des failles de sécurité ou en faire le commerce deviendrait-il une activité de plus en plus lucrative ? Alors que le marché de la sécurité sur Internet est dans un état de petite maturation – en tendance légèrement baissière – l’arsenal de piratage s’étoffe d’armes toujours plus efficaces. Un constat amer que font les responsables de SI réunis ce mercredi pour traiter de l’économie souterraine liée aux failles de sécurité.
Pour cause, malgré une croissance forte de la demande en équipement de sécurité grâce à l’explosion de la vente des ordinateurs portables, le marché commence seulement à se stabiliser. Eric Domage, directeur études et conseil du pôle télécoms et sécurité d’IDC ne peut que constater le comportement profane des utilisateurs “Les consommateurs s’attendent à un « anti-tout » performant qui les mettra à l’abri d’attaques. Pour autant la part des dépenses liées à la sécurité informatique dans un ménage est en baisse. Il est passé cette année à 3,4 % contre 5,4%“.
Du côté des entreprises, la situation est plus paradoxale. Les professionnels interrogés sur les risques de menace considèrent à 57 % que l’attaque par virus reste la plus dangereuse et la plus probable. Pourtant, le Cercle européen de la Sécurité et des Systèmes d’informations estime que 80 % des attaques sont d’ordre interne (vol d’informations par un employé, manque de politique de confidentialité, utilisation de matériel professionnel en dehors du travail…). De quoi faire passer des nuits blanches aux DSI.
Face à la menace, les solutions de sécurité font face à des réseaux de hackers et de pirates de plus en plus organisés. Principalement basés dans certains pays de l’ex-bloc soviétique ainsi qu’en Chine, ils agissent “en bande de crime organisé” selon les mots de François Paget, Secrétaire Général du Clusif et chercheur chez McAfee : “Désormais les réseaux sont véritablement organisés“. Il existe même des packs pour pirater un site à la demande. Il ajoute, “vous pouvez vous procurer très aisément un « Full infoz » qui vous procure toutes les informations sur une personne : n° de carte bancaire, de sécurité sociale, téléphone, adresse… Cette vente d’informations génère des sommes incroyables pour les pirates“. Une économie souterraine à laquelle les forces de gendarmerie font souvent face sans pouvoir réagir efficacement. En matière de course entre le gendarme et le voleur, Joël Ferry, Colonel de Gendarmerie et Commandant de la section Recherches de Versailles estime que “les services de l’Etat ne sont pas en mesure de réagir. Le nombre des fraudes a grimpé depuis l’avènement du haut débit et la coopération avec certains pays n’est pas des meilleures…“. Un constat rude surtout que dans un tiers des cas d’attaques contre une entreprise aucune plainte n’est déposée. AO: Olivier Robillart – Silicon.fr
Hexagone: Bakchich tire sur «Les petits trafics de la DST»
In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Non classé, veille on 3 juin 2008 at 3:43
A lire en complément de «Guerre économique, nouveau défi des services secrets en Afrique centrale» publié le 14 février 2008 et de «Peut-on démystifier l’intelligence économique ?» rédigé le 9 mars 2008 sur ce site par Guy Gweth; sans oublier des extraits de “Voyage au pays des barbouzes” de Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recassens in Le Point.fr.
«Les activités du contre-espionnage sont couvertes par le secret-défense, mais ça n’a pas empêché des flics de la DST de refiler à un détective privé des infos sur un Français proche de Roman Abramovitch, un oligarque russe, propriétaire du club de Chelsea. Aïe : la conversation téléphonique était écoutée…
«Un livre à paraître bientôt inquiète les flics de la DST, le contre-espionnage, comme les barbouzes d’agences de sécurité et d’intelligence économique ayant pignon sur rue, telles Kroll ou Geos. Un ancien gendarme, Patrick Baptendier, poursuivi par la juge de Versailles Magali Tabareau pour avoir farfouillé dans les fichiers de la police et revendu des informations comme des extraits de casier judiciaire ou des numéros en liste rouge, y raconte les petits trafics d’infos du contre-espionnage. Que la DST cherche à savoir ce que trament Kroll et les autres officines, c’est de bonne guerre. Quand le contre-espionnage dicte la conduite à tenir à ce privé et lui refile des informations confidentielles sur des personnes et des sociétés, la ligne jaune n’est pas loin d’être franchie […] Lire la suite sur Bakchich.info
Suisse: l’Afrique soupçonnée de piratage informatique
In Espionnage économique, Guerre de l'information, Stratégie, Sécurité, veille on 22 mai 2008 at 9:31
L’information ci-dessous questionne la pertinence de la géolocalisation d’un IP (internet protocol) comme indice primordial pour déterminer l’origine d’un piratage informatique. Ces derniers mois, cet indice a poussé plusieurs gouvernements à désigner la Chine comme Etat-Pirate alors qu’un hacker A de nationalité B peut se déplacer dans un pays C et attaquer une cible dans un Etat D. Parfois sans masquer adresse «son IP». Un peu comme si un criminel expérimenté laissait volontairement ses empreintes digitales sur le lieu du crime pour pas qu’on ne puisse jamais me retrouver (!)
En Afrique où des internautes ont accès à des ordinateurs collectifs, rien n’empêche notre hacker A de nationalité B de s’en prendre à une cible D située au bout du monde. Le sujet est sensible dans certains Services où l’on craint de dévoiler des carences face à ce type de criminalité et/ou d’alimenter l’imagination déjà fertile des chapeaux noirs. D’où la tactique du bouc-émissaire. Il serait cependant facile, voire irresponsable de rejeter notre super indice en bloc, du moins en l’absence d’une enquête approfondie.
Guy Gweth
L’info: des pirates informatiques ont exploité un faux concours de photos et des sites piégés pour tenter d’espionner des employés ministériels.
Plusieurs ordinateurs utilisés par des fonctionnaires du Département fédéral des affaires étrangères et du Secrétariat d’État à l’économie Suisses ont du être remplacés à la suite d’une attaque informatique assez intéressante. La radio DRS a indiqué qu’un pirate informatique avait tenté de s’introduire dans les petits secrets du ministère en novembre dernier. Des Chinois ? Même pas, du moins c’est ce que révèle l’ip relevé par les services secrets helvétiques. La machine ayant été utilisée dans l’attaque était africaine.
Le pirate a envoyé un courrier, vantant l’existence d’un concours photographique. Mission, inciter les lecteurs à cliquer sur le lien donné. L’adresse renvoyait sur un site piégé qui avait pour mission d’installer un logiciel espion dans la machine du visiteur cliqueur. Marc Henauer, chef de la section cybercriminalité à l’Office fédéral de police (fedpol), a indiqué le «professionnalisme des agresseurs».
Sources: Zataz.com.
Infoguerre: 1000 blogueurs pour relooker l’Afrique Noire
In Guerre de l'information, Guerre économique, Non classé, Soft Power, Stratégie on 16 mai 2008 at 7:27
Le terrible drame qui frappe le peuple birman depuis quelques jours est inénarrable; même si l’on s’efforce de le décrire pour informer, mobiliser, apprendre, comprendre, agir et dire notre solidarité à ceux qui restent. Car chaque matin, comme si de rien n’était, un nouveau jour en partance pour l’avenir vient chercher les vivants. Plusieurs leçons en découlent pour les politiques, les journalistes, les experts du droit humanitaire, les économistes… et bien sûr la communauté de l’intelligence économique et stratégique. Parmi les leçons les plus frappantes: le fait que les 1ères images du cyclone Nargis nous sont parvenues grâce aux blogueurs, contournant ainsi la terrible chape de plomb imposée par la junte militaire au pouvoir.
Non loin de là, lourdement éprouvée par la nature elle aussi, la Chine a été écorchée quelques jours auparavant, lors du passage de la flamme olympique dans les capitales occidentales. Mais Pékin ne s’est pas laissé faire. A la six-quatre-deux, une stratégie asymétrique d’infoguerre a été déroulée en contre-offensive à la charge des médias occidentaux. D’après la Strategic Planner Carine Senft-Gouin, « Internet et le téléphone mobile ont été les canaux majeurs de diffusion de la propagande [...] Un marketing viral bien rodé. Les jeunes Chinois affichaient leur patriotisme en mentionnant l’adresse du site sur leurs MSN [...] Une mobilisation qui voit émerger une armée de cyber-citoyens organisés, maîtrisant à la perfection l’animation de communautés virtuelles et les messages politiques simples, directs et fédérateurs.»
A l’autre bout du monde, après le rêve que nous fit vivre « él líder máximo de la Revolución Cubana », la jeunesse cubaine a besoin d’un grand bol d’air aujourd’hui. Et si à Pyinmana, Pékin ou à la Havane, l’autoritarisme règne, c’est encore dans ces trois capitales que brûle le désir le plus ardent de se battre intelligemment pour la Liberté ici et la Fierté nationale là-bas. Via la blogosphère, les jeunes Birmans, Chinois et Cubains on décidé de porter leur bataille sur la plus grande place publique du monde: internet. La plus célèbre de ces e-caballeros, la cubaine Yoani Sanchez, 32 ans, a été classée parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde par Times Magazine et auréolée du prix Ortega et Gasset il y a quelques jours. C’est cette génération de combattants de la toile que j’appelle la jeunesse africaine à benchmarker afin de modifier les perceptions du monde sur l’Afrique.
Il n’aura pas échappé aux pèlerins du Berceau de l’Humanité qu’en dépit du dénuement matériel qui asphyxie certaines populations comme ailleurs sur la planète ; la simplicité, la solidarité, le sourire et la joie de vivre l’emportent sur toute autre considération. Bien sûr, vous allez me demander pourquoi nos jeunes quittent le continent par milliers, pourquoi nos leaders préfèrent investir ou thésauriser à l’étranger, pourquoi notre continent ne profite pas encore assez des délocalisations ?… La réponse -au delà des problématiques que nous traitons habituellement sur ce site- réside pour partie dans la perception négative que les Africains se laissent imposer par les appareils de guerre médiatique étrangers, leurs relais en Afrique, et surtout par leur propre passivité. En conséquence, le continent regorge de combattants qui manquent d’esprit de conquête et d’ennemis extérieurs, de magiciens qui jouent au « rien pour tous et tous pour rien », de tacticiens qui manquent de stratégie globale, d’une armée d’internautes qui s’amusent sur la toile sans s’imaginer qu’ils manipulent-là les armes du présent et du futur, celles de la bataille pour l’image, l’image d’un peuple debout, un peuple qui veut et va s’en sortir. La réalité est l’enfant naturel de la perception. Pendant des générations, on nous a appris à tendre la main, à baisser la tête pour obéir, à lever « les yeux vers la montagne d’où viendra le salut », à demander « un plan Marshall pour l’Afrique »… Aucun discours ne nous a expliqué comme l’ex-ministre Hubert Vedrine que la « communauté internationale » est un effet de style, que la compétition mondiale est une lutte violente et sans merci, qu’il ne faut jamais attirer l’apitoiement sur soi et que le père Noël n’est que le héros d’une merveilleuse storytelling qui fait rêver les enfants une fois par an.
Grâce à la mondialisation de l’information et l’éclatement des vérités, les jeux sont à nouveau ouverts, l’heure est plus que jamais à l’engagement collectif auquel appelait déjà le Rvd Martin Luther King. Et la victoire de l’Afrique nouvelle passe par le regard chaud qu’elle porte sur elle-même, ce minimum d’amour-propre qui force le respect des autres. Avec 1000 blogs patriotes, nous devenons les vrais « enfants soldats » -qui, en benchmarkant les jeunes Birmans, Chinois et Cubains et en y ajoutant notre génie propre- sommes capables de relooker l’image du continent et de faire bouger les lignes de l’histoire d’un clic individuel, prix d’une intelligence collective active. Souvenons-nous des contes héroïques de nos lointains ancêtres et leur morale sous-jacente: une victoire se gagne ou se perd d’abord dans la nuit (du virtuel) avant de s’imprimer au grand jour. Toi qui viens de lire, hâte-toi pendant qu’il fait nuit, de peur qu’au lever du jour l’Afrique ne soit pas debout ! Guy Gweth
L’arme fatale du spam : gloire et fortune pour les naïfs
In Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 13 mai 2008 at 12:59On le sait, les cyber-escrocs savent très bien comment exploiter les phénomènes de l’actualité (tragique ou non) pour attirer dans leurs filets les internautes naïfs. Aujourd’hui, la mode des télé-crochets donne des idées aux spammeurs qui ont décidé d’exploiter à fond ce filon.

L’éditeur Symantec a ainsi repéré une campagne de spam faisant miroiter des castings pour des films (“Vous décidez de travailler quand vous le voulez”, peut-on lire dans le mail, voir illustration) en échange bien sûr des mails des internautes.On note toutefois que le taux global de spam est repassé sous la barre des 80% du nombre total de mails, soit un recul de 8% par rapport au mois précédent.
L’éditeur a également repéré de nouveaux types de phishing à partir de Google AdWords. Les cyberescrocs encouragent les utilisateurs à cliquer sur un lien pour mettre à jour leurs informations de facturation et/ou à actualiser leur compte en les dirigeants sur des sites frauduleux. Le lien qui apparaît dans le corps du message semble légitime, mais il redirige l’utilisateur vers un site compromis hébergé dans un certain nombre de pays, dont la Roumanie, le Brésil et le Canada.
Rik Ferguson, architecte des solutions chez Trend Micro, explique qu’ “à de nombreux égards, Google est victime de son propre succès. A mesure que la société a vu sa part de marché augmenter avec la diversité de produits et services qu’elle propose, elle est devenue une cible de plus en plus intéressante pour les cybercriminels. La motivation des pirates a évolué : de la simple fierté d’être un ‘l33t h4×0r’, le pirate d’aujourd’hui a pour seule ambition de générer des profits, ce qui signifie que la menace face à n’importe quelle plate-forme populaire est bien réelle.” Sources : Olivier Chicheportiche/ Silicone
La France a son service de contre-espionnage économique
In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Non classé, Stratégie, Sécurité, veille on 5 mai 2008 at 5:28L’organigramme de la DCRI a été diffusé fin avril aux responsables de cette nouvelle direction du ministère de l’Intérieur, qui fusionne les RG et la DST. Principale nouveauté, la création d’un service de contre-espionnage économique.

Tous les chefs de service des Renseignements généraux et de la Direction de la surveillance du territoire (DST) ont reçu, fin avril 2008, un document barré du tampon secret-défense et soigneusement numéroté, pour éviter toute fuite malveillante. Ce document présente le nouvel organigramme de la future Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui, le 1er juillet 2008, fusionnera la DST et les Renseignements généraux (RG), au sein du ministère de l’Intérieur.
Selon des informations recueillies par latribune.fr, la principale nouveauté concerne l’un des sept grands services, la puissante sous-direction chargée de la protection des entreprises, avec la création en son sein d’un service de “contre-ingérence”, en clair de contre-espionnage, chargé de lutter contre l’espionnage industriel. Curieusement, cette sous-direction, qui existait déjà à la DST, ne disposait pas d’agents spécifiquement dévolus à la lutte contre l’espionnage industriel. Elle regroupait, notamment, un service de relation avec les entreprises, chargé de les informer sur les éventuelles menaces qui les guettent, avec une vingtaine de fonctionnaires suivant chacun un secteur spécifique. Un autre service était chargé de suivre les officines d’intelligence économique. Or, plusieurs affaires, certaines très médiatisées, comme celle de la stagiaire chinoise employée par le groupe Valéo, et d’autres tenues secrètes montrent, s’il en est besoin, que les nouvelles menaces se trouvent, après le terrorisme, sur le terrain économique.
Avec ce nouveau service, la sous-direction protégeant les entreprises, dirigée par le contrôleur général Gilles Gray, va donc, dès le 1er juillet, pouvoir réellement traquer les espions industriels pillant les technologies les plus sensibles. Ses agents, des spécialistes rompus aux techniques de contre-espionnage, ont été soigneusement formés aux spécificités de l’action dans l’univers économique et financier, bien différente du contre-espionnage traditionnel (…) Source: La Tribune
Le storytelling ou la magie du soft power narratif: ouvrage
In Communication d'influence, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 20 avril 2008 at 11:10L’article « intelligence économique et bataille pour le contrôle mental » édité sur ce site le 05 mars 08 a été lu plus d’un demi millier de fois à ce jour. A la suite de sa publication, vous êtes quelques uns à avoir écrit pour nous transmettre vos impressions. Ainsi en va-t-il par exemple du gendarme retraité Pierre B., pour qui « le grand public n’a pas nécessairement besoin de savoir tout cela… » ou encore de Léa-Marie, cette pharmacienne grenobloise de 27 ans qui trouve « effrayant que les individus ayant de telles connaissances pour manipuler le public soient laissés en circulation, sans surveillance. » Dans votre grande majorité, vous demandiez grosso modo si l’Afrique Noire allait rester la cage d’escalier d’un monde obligé à la guerre cognitive. Tout en vous remerciant, c’est à toutes et à tous qu’en guise de réponse, nous dédions Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits paru en 2007 aux éditions La Découverte sous la plume bien intelligente de Christian Salmon du CNRS.
Pensées particulières
Evidemment qu’au moment de recommander cet ouvrage, des pensées particulières vont à l’élite africaine, consommatrice boulimique des boîtes de conserves mentales produites par les stratèges du soft power (souvent inspirés par la magie de nos griots), et si savamment distillées à travers l’éducation, la religion, la radio-tv, le cinéma, internet, le roman, la bande dessinée, le théâtre ou le discours politique.
Et pour tout vous dire,
Lorsqu’on tente une analyse prospective -à moyen terme- de l’intelligence économique et stratégique, on ne peut nier que dans les 10-15 ans à venir, des logiciels toujours plus intelligents (réf: sigint) s’empareront des activités de veille quasi in extenso, que la sécurité informatique prendra du galon de manière exponentielle, que le renseignement humain (humint) fera la différence entre les meilleurs, qu’à l’image du Chessmaster pour les jeux d’échecs, la prise de décision dans les grands groupes sera assistée par ordinateur et que l’essor des technologies comportementales tirera inexorablement la discipline vers le haut. Nul doute qu’en 2015 déjà, au moment d’évaluer les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), tandis que l’élite financière juchée au sommet de l’échelle de Maslow déboursera des sommes faramineuses pour un voyage dans l’espace, les spin doctors quant à eux, seront encore prêts à consentir des hypothèques inattendues pour des placements sûrs dans le Wall Street du contrôle mental. Et pour cause, sous peu, la grande guerre économique (dont les cibles stratégiques sont localisées dans la tête et le cœur du consommateur) aura pour principaux champs de bataille l’ego, la fibre et le neurone. Bonne lecture à tous !
Guy Gweth
Extrait de la quatrième…

« Depuis qu’elle existe, l’humanité a su cultiver l’art de raconter des histoires, un art partout au cœur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux Etats-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l’appellation anodine de « storytelling » : celui-ci est devenu une arme aux mains des « gourous » du marketing, du management et de la communication politique, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. Derrière les campagnes publicitaires, mais aussi à l’ombre des campagnes électorales victorieuses (…) se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling… ».
Jeux et opérations d’information: quand l’Afrique s’éveillera…
In Benchmarking, Guerre de l'information, Guerre économique, Stratégie, veille on 10 avril 2008 at 7:27
L’utilisation spectaculaire des valeurs de l’olympisme au discrédit de la Chine est une preuve nouvelle qu’une stratégie d’information (ou de désinformation) bien menée, a en ce début de 21è siècle, un impact démultiplié.

Qui aurait pensé il y a seulement 10 ans, que le simple fait de manifester à côté d’un symbole aussi fort que la flamme olympique, pourrait mettre la Chine, puissance montante, dans une situation aussi délicate sur la scène internationale. Même Alain
Peyrefitte auteur du mémorable “Quand la chine s’éveillera” n’y aurait pas pensé, et le cœur de Pierre de COUBERTIN a bien dû se serrer un peu au vu des événements.
La caisse de résonance générée par le relais des ONG sur les 5 continents, est un outil efficace d’intelligence économique parmi d’autres. La bataille médiatique ne fait que commencer et la Chine va devoir tenir compte des réactions des autres nations. Une nouvelle fois dans l’histoire des jeux, comme Jesse OWENS, Tommie SMITH, John CARLOS, le pouvoir médiatique des jeux impose au monde de voir la réalité d’une population, et de se positionner. Les sponsors devront maintenant réfléchir avant de dépenser des milliards d’euros pour associer leur image à celle de la fraternité sportive. Les Pays Africains dits en Voie de Développement (si tant est que cette catégorisation soit probante*) ne verront pas passer la flamme. Tout comme les pays d’Océanie (Papouasie, Salomon, Fidji, Nouvelle-Guinée, Timor, etc.) qui essaient de se faire une place timide sur le marché économique mondial. Ils découvrent ainsi que la modernité, les médias, et des outils comme l’intelligence économique, peuvent leur servir. Ils peuvent se faire connaître, creuser leur sillon dans les méandres des flux économiques internationaux, et sortir de l’assistanat des institutions mondiales, pour acquérir une indépendance économique. Qu’ils retiennent la leçon. Leurs athlètes pourraient aussi un jour avoir des messages à envoyer au monde.
Souhaitons toutefois que le discrédit temporaire qui entache la Chine à travers l’épisode de la flamme olympique, sera limité et ne gâchera pas les heures de souffrance des sportifs à l’entrainement, le travail des artistes qui ont dessiné flambeau, logos, et autres motifs festifs qui devaient donner un air de fête à l’événement.
Par Marc-Hervé Blanchet, Ingénieur, Ancien de l’Ecole de Guerre Economique
* Développement selon Muhamad YUNUS : “Déterminé par le revenu réel par
habitant de la moitié de la plus pauvre d’une population”
JO 2008: la confrontation entre Chinois et Occidentaux s’enflamme à Paris
In Gestion de crise, Guerre de l'information, Géostratégie, Stratégie, veille on 8 avril 2008 at 7:57
Dans un article édité sur ce site le 17 février 2008 sur la guerre économique entre l’Europe et la Chine, j’évoquais déjà les tentatives occidentales de déstabilisation de la Chine par sociétés civiles interposées. Le passage de la flamme olympique ce 07 avril 2008 à Paris vient donner plus de relief à cette analyse. Bien plus, il corrobore parfaitement la dynamique de barrage stratégique contre la montée en puissance du pays de Mao.
Le profiling des dirigeants chinois
Tous les grands services de renseignements au monde (américains, allemands, britanniques, français, israéliens, russes… notamment) détiennent des fiches très détaillées et régulièrement mises à jour sur l’establishment politico-militaire chinois et de bien d’autres pays. Pour les plus avisés, il s’agit-là d’un secret de polichinelle puisque c’est la pratique normale au sein des officines étatiques. Mais pour le grand public, ce précieux détail peut s’avérer décisif à la compréhension des événements en cours autour de la Chine, le Tibet et les JO de 2008. Sur chaque fiche personnelle de dirigeant disais-je, au delà des traditionnels nom, prénom, date et lieu de naissance, on y retrouve les parcours professionnel et académique de la cible, sa situation familiale, voire ses états de santé, ses penchants sexuels, les informations sur ses maitresses s’il en existe, ses ex, ses amis, les établissements fréquentés, son régime alimentaire, ses magasins et marques préférés, ses hobbies… et surtout un profil psychologique aussi complet que possible. Certains cabinets d’intelligence économique n’en font pas moins au sujet des clients de leurs clients. Dans les lignes qui suivent, vous allez comprendre pourquoi le profiling sus-cité est tout particulièrement important lorsqu’on veut agir sur le processus décisionnel d’une organisation comme c’est le cas actuellement pour l’impressionnante cible Jaune.
Le Tibet ? Oui, mais pourquoi maintenant ?
Il faut être inhumain pour ne pas être solidaire du peuple tibétain, et exceptionnellement cruel pour ne pas s’émouvoir devant ses drames passés et actuels (indication de très grande importance au sein de l’opinion publique mondiale et occidentale en particulier). Le Tibet et son très respecté Dalai Lama, c’est bien connu, sont toujours apparus comme un caillou dans la chaussure du pouvoir central chinois. Or l’étude des profils psychologiques de Hu jintao et ses hommes est sans équivoque. En décidant de secouer le cocotier tibétain à 6 mois de l’ouverture des JO de Pékin 2008, les analystes n’avaient aucun doute sur la brutalité de la répression qui en découlerait et encore moins le haro international qui s’en suivrait. Le passage de la flamme olympique à Paris a donc permis d’atteindre le pic émotionnel, la sur-médiatisation et les condamnations attendus par les stratèges occidentaux.
En avant les ONG !
Sur les Champs Elysées ce 7 avril 2008, il est 12 :38 et la température est de saison. Mais de mémoire de parisiens, jamais on avait vu un tel déploiement de forces de l’ordre sur la plus belle avenue du monde, hormis le 14 juillet, fête nationale française. Tous les cinq mètres, de part et d’autre de l’avenue, je compte un policier parfaitement visible au milieu des touristes et des professionnels qui vont déjeuner. Une page de l’histoire des relations internationales est entrain de s’écrire. Sous le couvert des acteurs non-étatiques. Car ce qu’il y a de particulièrement réussi dans l’opération APPT (Anti-Pékin-Pro-Tibet), c’est le retrait relatif des gouvernants occidentaux et la mise en avant des ONG et associations de défense des droits humains. Devant les exploits des manifestants, un reporter du 20h de TF1 est allé jusqu’à déclarer que la « police était dépassée ! ». Ainsi donc, les militants de Reporters sans frontières auraient grimpé sur la Tour Eiffel, Notre Dame de Paris… et déployé leurs drapeaux sans quelque bienveillance… pour se montrer aux cameras du monde dans ces prestigieux lieux de France. Cette fois, ONG et associations ont été plus qu’à la hauteur de la partition que les stratèges entendent leur faire jouer dans les nouveaux affrontements économiques et géopolitiques mondiaux. D’ailleurs, l’exceptionnelle mise en scène de leurs démonstrations ainsi que les images produites à cette occasion constituent déjà un excellent cas d’école.
Pékin perd la bataille de la communication
Pour le gouvernement chinois, évidemment, « rien n’arrêtera la flamme olympique ». Une jeune chinoise de 24 ans, étudiante en électronique dans l’hexagone me disait il y quelques heures, philosophe, dans un français parfait et sans accent: « il y aura un avant et un après Pékin 2008… », comme pour me rappeler que les Chinois ont de la mémoire. C’est vrai qu’une flamme olympique qui s’éteint à plusieurs reprises sur un sol étranger n’augure rien de pacifique dans les relations internationales. Qu’on s’en souvienne. Mais à l’ère de l’information, si le gouvernement chinois s’obstine à brider sa communication interne et externe, il perdra inévitablement l’estime d’une opinion publique internationale essentiellement nourrie au lait des médias occidentaux. Mais dès que Pékin aura tiré cette leçon, l’Occident n’aura qu’à bien se tenir. Car les Chinois apprennent vite et, je l’ai vérifié, ils ont vraiment de la mémoire !
Guy Gweth
Affrontement dur entre Progosa et Bolloré pour le contrôle du port de Douala
In Guerre de l'information, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Leadership, Management de l'information, Stratégie, veille on 4 avril 2008 at 8:52
La gestion du port de Douala, principal porte d’entrée maritime d’Afrique centrale, fait l’objet d’une bataille devant la justice camerounaise entre le groupe français Bolloré et la société espagnole Progosa, dirigée par le Français Jacques Dupuydauby, qui estime qu’il en a été injustement écarté…

Tout commence en 2003. Bolloré, déjà bien implanté au Cameroun, remporte alors en association avec le danois Maersk la concession du port à conteneurs pour une période de 15 ans. Mais en novembre 2007, Progosa porte plainte contre X pour “favoritisme et corruption” au sujet de l’attribution du marché. Le groupe espagnol accuse Bolloré “d’avoir utilisé différentes manœuvres dignes de la mafia“, selon le texte de la plainte.
“Au mépris de la confidentialité qui devrait entourer toutes les offres, les requérants ont appris par l’un de leurs concurrents qu’il était en possession de leur dossier de candidature avant même que le dépouillement n’ait été envisagé“, poursuit Progosa dans la plainte. “Nous avions gagné techniquement l’appel d’offres mais les critères de sélection ont soudainement changé et nous avons été éliminés“, assure M. Dupuydauby. “Pourtant, sur le plan tarifaire, nous étions aussi les meilleurs: nous proposions de verser à l’Etat camerounais une redevance deux fois plus élevée que celle proposée par Bolloré“, explique-t-il. A l’époque, la Banque mondiale, rappelle-t-il, avait émis un avis défavorable sur l’offre de Bolloré, estimant qu’elle était contraire aux intérêts économiques du Cameroun.
La plainte de Progosa a été jugée recevable et le juge d’instruction a notamment entendu plusieurs fois Alphonse Siyam Siwé, qui était directeur général du Port autonome de Douala (PAD) en 2003. Celui-ci, devenu ensuite ministre de l’Energie et de l’Eau entre 2004 et 2006, a été condamné en décembre 2007 à 30 ans de prison pour avoir détourné avec trois complices des fonds publics d’un montant de 38 milliards de francs CFA (57,9 millions d’euros) lorsqu’il était patron du port. Le groupe Bolloré affirme ne pas être inquiet : pour lui, les accusations portées par Progosa sont “fantaisistes” et “mensongères“. Il a d’ailleurs à son tour attaqué Jacques Dupuydauby en justice “pour commentaire tendancieux” et déposé également une plainte en diffamation contre lui, “dans laquelle l’action publique est déjà déclenchée“, assure Michel Calzaroni, responsable de la communication de Bolloré. “Nous souhaitons respecter le bon déroulement de la procédure afin que la justice camerounaise accomplisse son travail en toute sérénité“, répond la société française. “Le groupe Bolloré n’a aucun autre commentaire à apporter aux déclarations de Jacques Dupuydauby”.
Cette bataille de Douala, dont la presse camerounaise s’est peu fait l’écho jusqu’ici, survient alors que les deux groupes luttent depuis quelques années pour le contrôle de plusieurs autres ports africains: Lomé (Togo), Port-Gentil (Gabon) et Libreville. Après avoir été associées pendant quelques années, les deux entreprises se déchirent aujourd’hui. Selon une source proche du dossier, “en tout, une vingtaine de plaintes (contre l’autre) ont été déposées par les deux groupes” au Togo, au Gabon, en Suisse et en Espagne.
Sources : Afriquecentrale.info
Infoguerre : « l’Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac »
In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, veille on 19 mars 2008 at 6:53L’affaire Clearstream a déjà fait couler beaucoup d’encre. Le livre de Nicolas Beau et Olivier Toscer, «l’Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac» qui sort ce 20.03.08 en librairie, pourrait cependant apporter une lumière décisive sur certains de ses aspects les plus obscurs.
On se souvient que «l’affaire japonaise» a surgi dans le débat public il y a moins de deux ans, en marge de l’instruction concernant les listings falsifiés de Clearstream. Elle dérive plus précisément des «blancs» de l’audition du général Philippe Rondot par les juges Jean-Marie d’Huy et Henry Pons le 28 mars 2006, dont le procès-verbal fut publié verbatim par les soins du Monde (daté du 4 mai).
Japan connection
Si l’on connaissait le flirt poussé de la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand avec la secte japonaise Soka Gakkai (via les articles du Monde et de l’Événement du jeudi), on ne savait en revanche pas grand-chose de l’entrisme de la Fondation Sasakawa auprès du personnel politique français. La fondation de cet ancien criminel de guerre japonais cherchait alors à obtenir le statut prestigieux d’association d’utilité publique en reconnaissance de ses actions philanthropiques en faveur des vitraux de la cathédrale de Blois ou du château de Chantilly — avec le soutien d’un Jack Lang ou d’un Maurice Schumann (alors administrateur de Chantilly). Les auteurs démontent alors minutieusement la mécanique des réseaux d’influence qui ont permis à Sasakawa de faire élire un Japonais à la présidence de l’OMS mais également de l’Unesco, bénéficiant en cela de la bienveillance de Chirac… et du retrait de Jack Lang de la course (chapitre 2: «Un criminel de guerre blanchi à Paris», p. 55 à 77).
©D.R.

Jacques Chirac avec Shoichi Ôsada en 1993
Ce sont néanmoins les rapports de Chirac avec le banquier qui sont privilégiés. Et pour cause! C’est dans la banque de ce dernier, la Tokyo Sowa (TSB), que les services secrets ont, à trois reprises et sous des plumes différentes, mentionné la trace d’un compte au nom de Jacques Chirac: message du 11/11/1996 du chef de poste au Japon de la DGSE à son siège parisien, fiche d’enquête du général Champtiaux sur Gilbert Flam du 28/9/2001 et note du général Rondot du 08/11/2001. Et c’est très probablement pour avoir enquêté au sujet de ce compte que Gilbert Flam, alors magistrat détaché auprès des services secrets, s’est retrouvé placardisé au tribunal de Paris — et toute la hiérarchie de la DGSE reprise en main au lendemain de la réélection de Jacques Chirac à la présidentielle de 2002. AO: Guillaume Paugam – Sources : bibliobs.com
Infoguerre: “L’Afrique répond à Sarkozy contre le discours de Dakar”
In Communication d'influence, Guerre de l'information, veille on 25 février 2008 at 7:12“Cet ouvrage collectif, d’une rare puissance académique, était attendu par tous ceux qui croient en une Afrique nouvelle, forte et offensive au XXIè siècle. Il serait judicieux, à court terme, de l’inscrire dans les programmes d’enseignements secondaires et universitaires africains“. Guy Gweth
Sous la direction de Makhily Gassama
par Zohra Bouchentouf-Siagh, Demba Moussa Dembélé, mamoussa Diagne, Boubacar Boris Diop, Koulsy Lamko, Gourmo Abdoul Lô, Louise-Marie Maes Diop, Kettly Mars, Mwatha Musanji Ngalasso, Patrice Nganang, Djibril Tamsir Niane, Théophile Obenga, Raharimanana, Bamba Sakho, E.H. Ibrahim Sall, Mouhamadou Siribié, Adama Sow Diéye, Odile Tobner, Lye M. Yoka.
Au total 23 intellectuels de renom (historiens, économistes, philosophes, romanciers… de Haïti et des quatre coins d’Afrique (Algérie, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Guinée, Mauritanie, RDC, Sénégal, Tchad…)
L’Afrique répond à Sarkozy contre le discours de Dakar, 479 pages,
éditions Philippe Rey, Février 2008, 19,80 euros. A lire absolument!

“L’intérêt de ce livre majeur dépasse le cadre d’une simple réponse à Nicolas Sarkozy: il décrit sans concession les véritables défis qui interpellent l’Afrique d’aujourd’hui et de demain, et l’appelle avec confiance à trouver, par elle même, les moyens de se relever.” 4è de couverture
Extraits:
” La traite négrière est un crime contre l’humanité.
“… Il est difficile de laisser passer des accusations, des propos d’une violence inattendue, adressées non aux tyrans d’Afrique, à ceux qui ont réduit l’Afrique à la mendicité, mais à ‘l’homme africain’, à ‘l’homme noir’, à la race. Nous acceptons et exigeons des critiques justes et lucides pour éclairer notre voie, pour nous construire, mais nous combattrons sans appel ceux qui se trompent volontairement de cible pour créer la confusion. Car c’est bien cette confusion que nous dénonçons et condamnons.
“Le poète du Joal a été cité à plusieurs reprises par Nicolas Sarkozy en des termes élogieux. Le plus ironique, c’est que, quoi que l’on puisse penser de Senghor, il n’est pas certain qu’il aurait laissé un invité du Sénégal dire de telles énormités ce jeudi 26 juillet sans lui porter la réplique d’une façon ou d’une autre.
“L’incapacité de l’élite africaine à faire face aux réalités du continent et l’absence de courage qui l’anime ont longtemps retardé le développement de l’Afrique et favorisé le développement de cette forme de discours. De nombreux économistes africains, pourtant bardés de diplômes, occultent volontairement la question fondamentale de l’asservissement monétaire des pays de la zone CFA pour se livrer à des dissertations oiseuses sur un développement économique impossible.
“Et quand ‘l’Afrique s’éveillera, le monde occidental qui a bâti sa richesse, sa puissance et son arrogance sur le sang, la sueur et les larmes de ces peuples harassés, comprendra qu’il est temps, enfin, de se départir de sa suffisance…’”
Infoguerre: la déstabilisation de Valérie Bègue – Miss France expliquée à ma Grand-Mère
In Guerre de l'information, Lettres à ma Grand-Mère, veille on 16 février 2008 at 10:42
Chère grand-mère,
Je viens à nouveau de regarder la vidéo que tu as postée sur Youtube. Te voir courir à cette allure, à 86 ans, après ton dernier mal de genoux, est impressionnant. Bravo !
La dernière lettre de Papy faisant état des difficultés que tu éprouves encore à comprendre l’intelligence économique me pousse à adopter une nouvelle pédagogie. Car si je ne suis point compris au village, tu t’en doutes, ce n’est pas la peine de continuer. Je vais donc partir d’exemples simples, de sujets qui te sont familiers, pour te passer le message. Me souvenant qu’à 17 ans tu étais la plus belle fille du village, je vais te raconter une histoire de déstabilisation par l’information, celle d’une autre fort jolie fille, une certaine Valérie Bègue, élue Miss France 2008 (!)

Valérie est venue au monde le 26 septembre 1985 à Saint Pierre, à la Réunion, d’où sont originaires ses parents. Le 08 décembre 2007, date historique pour sa famille et son territoire, elle est élue 61è Miss France parmi 36 candidates. A cette occasion, elle gagne l’équivalant de 90 000 euros de cadeaux! Elle est alors étudiante en 2è année de commerce internationale. Comme toi, Mamy, elle a le regard limpide, les yeux marron, des cheveux noirs. Elle mesure 1.74m. Pareille que toi, la jolie Réunionnaise chausse du 39 et fait 36 en taille de confection. Je la regarde sourire à la télé. Magnifique. Rayonnante. Tu parles d’un conte de fée? Un rêve de courte durée.
Car le soir de son élection, émue jusqu’aux larmes, Valérie pense que tout le monde est content pour elle. Un peu naïve, elle ignore que l’ennemi est busqué dans l’ombre qui cherche à la déstabiliser. Pendant qu’elle est en déplacement dans sa Réunion natale où elle est accueillie comme une reine, Pan ! Tel un coup de feu. Un magazine tire sur elle à bout portant en publiant des photos de Valérie, comme on en a tous. Sauf qu’elle, c’est désormais Miss France. Sur l’une d’elles, on la voit léchant un liquide blanc… Sur une autre, elle est crucifiée à l’instar du Christ ! Le cauchemar.
Quatre jours avant Noël 2007, la présidente du Comité Miss France -en direct à la radio- demande à Valérie Bègue de rendre son titre, à la suite de la publication de photos jugées “indécentes”! Madame de Fontenay, puisqu’il s’agit d’elle, n’en démord pas. Elle est amère. On entend voler des noms d’oiseaux. Dans son escalade verbale, elle va jusqu’à demander à Miss France de rester à La Réunion ! Elle ne souhaite pas se promener « dans les provinces, dans les communes rurales, escortée d’une fille comme ça ». Elle parle de trahison. C’est vrai qu’en apparaissant dénudée dans ce magasine, Valérie Bègue a enfreint les termes du contrat Miss France. A cet instant fatidique, elle est psychologiquement sommée de rétrocéder son écharpe d’ambassadrice de la beauté française. Si elle plie, elle perd sa couronne. Et bien plus encore… Un mauvais vent souffle sur la Réunion. Que faire ?
Du tac au tac, Valérie répond qu’elle ne démissionnera pas. Elle estime avoir été flouée. Elle n’a jamais reçu de rémunération pour ces photographies. Le président du Comité Miss France de la Réunion, Aziz Patel lui rétorque que les Miss signent toutes un contrat qui précise qu’elles n’ont jamais posé nues. Quelques heures plus tard, sans doute mieux conseillée, Valérie Bègue fait son mea culpa devant les médias : « j’ai réagi trop rapidement » confie-t-elle, la voix tremblante. La belle présente ses excuses à madame de Fontenay et s’accorde le temps de la réflexion. Dès le lendemain, les Réunionnais se mobilisent. On crée des blogs. Une pétition circule. Les élus locaux s’engagent. Même Mgr Aubry, évêque de la Réunion -qui juge choquante pour la foi chrétienne la photo de la jeune femme sur le crucifix- prend fait et cause pour elle. Rassurée, la Réunion contre-attaque. L’île parle d’insulte à son égard. Madame de Fontenay écope de la pire accusation qu’on puisse faire à une personne civilisée de race blanche en hexagone: « raciste ! » A l’arrivée, Valérie Bègue conserve son titre et demeure l’ambassadrice de la beauté française lors des galas internationaux. En revanche, c’est sa dauphine qui représentera la France aux concours Miss Monde, Miss Univers et accompagnera de Fontenay en tournée à travers la France.
Ce qui est intéressant dans une démarche d’infoguerre, Mamy, c’est de trouver la faille, la bonne, d’identifier les relais et de frapper là où ça fait le plus mal. Un coup parti ne revient pas de suite. Il sera toujours temps de se demander à qui l’élection de Valérie Bègue causait le plus de tords. Car ceux qui ont publié ces photos ne se sont pas interrogés sur le fait de savoir si Valérie s’en remettrait, jusqu’où le peuple de la Réunion serait attristée, choquée… Non. Ils avaient une mission. Ils l’ont froidement exécutée. « Les mots sont des pistolets chargés » écrivait Sartre. Eh bien, les photos aussi. Ceci arrivera de plus en plus aux entreprises, aux politiques, aux célébrités… Mon métier consiste aussi à les aider à s’y préparer et à se défendre comme l’a fait Valérie.
Mais Dieu que ce fut dur ! Aujourd’hui encore, lorsque tu tapes “photo miss France” sur Google, ce sont les nus de Valérie Bègue qui arrivent en premier! Un cas d’école pour tous ceux qui s’intéressent aux pratiques de déstabilisation par l’information.
Prends soin de toi, ma belle. Bisous . Guy Gweth
Des informations américaines classées “secret défense” aux mains des Chinois
In Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Sécurité, veille on 14 février 2008 at 9:35
Quatre personnes ont été arrêtées lundi 11.02.08 aux Etats-Unis, accusées d’espionnage pour le compte de la Chine dans deux affaires distinctes impliquant des secrets militaires et industriels, y compris sur la navette spatiale américaine, a indiqué le ministère de la Justice américain.
Dans un premier dossier, Tai Shen Kuo et Yu Xin Kang, deux habitants de La Nouvelle-Orléans (Louisiane, sud), et Gregg William Bergersen d’Alexandria (Virginie, est) ont été arrêtés pour avoir fourni à la Chine des documents classés secret défense, selon un communiqué du département de la Justice. Dans la seconde affaire, un ex-ingénieur de Boeing, Dongfan Chung alias “Greg” Chung, a été arrêté pour vol et transmission à la Chine de secrets commerciaux de Boeing, notamment des informations sur la navette spatiale américaine, indique un communiqué séparé. Tai Shen Kuo, 58 ans, est accusé d’avoir travaillé sous les ordres d’un responsable Chinois non identifié pour obtenir des informations classées secret défense de la part de Gregg William Bergersen, 51 ans, un employé du département de la Défense, indique le département de la Justice.
“La plupart de ces informations concernaient les ventes de matériel militaire des Etats-Unis à Taïwan“, selon le communiqué.
Yu Xin Kang, 33 ans, un citoyen Chinois résidant aux Etats-Unis, a été qualifié de “courroie de transmission” entre M. Kuo et le responsable Chinois. MM. Kuo et Kang risquent la perpétuité s’ils sont reconnus coupables de conspiration visant à fournir des informations liées à la défense nationale à un gouvernement étranger. M. Bergersen, expert à l’Agence américaine de coopération pour la défense et la sécurité, basée à Arlington en Virginie encourt de son côté une peine de dix ans de prison pour avoir divulgué des informations liées à la défense nationale à des personnes non autorisées.
Dans l’autre affaire, Dongfan Chung, 72 ans, né en Chine et naturalisé Américain, a été inculpé d’espionnage économique pour avoir soustrait des secrets concernant la navette spatiale américaine, l’avion de transport militaire C-17 et la fusée Delta IV. Il est soupçonné d’avoir recueilli ces informations alors qu’il travaillait pour le constructeur aéronautique américain Boeing et auparavant pour le sous-traitant du ministère américain de la Défense, Rockwell. “Chung est soupçonné d’avoir obtenu ce matériel pour le compte de la République populaire de Chine“, indique le département de la Justice. Les Etats-Unis soupçonnent cet homme, vivant à Orange, en Californie (ouest), d’avoir reçu des consignes depuis 1979 en provenance d’individus liés à l’industrie aéronautique chinoise qui lui demandaient de recueillir des informations spécifiques. Il a été inculpé de huit chefs d’espionnage industriel, chacun d’entre eux passible de 15 ans de prison et de 500.000 dollars d’amende, et de six autres chefs d’inculpation.
Le ministère de la Justice a indiqué que cette affaire était liée à une enquête visant Chi Mak, un ingénieur américain d’origine chinoise vivant en Californie et des membres de sa famille, reconnus coupables l’an dernier d’avoir fourni des données sensibles en provenance de la défense américaine à la Chine. Le ministre adjoint de la Justice chargé de la sécurité nationale, Kenneth Wainstein a affirmé que la première affaire “comportait tous les éléments d’une opération classique d’espionnage”. Avant d’ajouter que « Les poursuites d’aujourd’hui démontrent que l’espionnage étranger demeure une sérieuse menace dans le monde d’après Guerre Froide ». La Chine a aussitôt réagi par la voix du porte-parole de son ministère des affaires étrangères Liu Jianchao: “Nous exhortons les Etats-Unis à abandonner leur mentalité de guerre froide”!
Sources : AFP
“Histoire secrète du Mossad”, l’enquête de Gordon Thomas
In Benchmarking, Guerre de l'information, Stratégie, Sécurité, veille on 12 février 2008 at 9:09
“Il raconte les choses telles qu’elles ont été – et qu’elles le sont encore.” Meir Amit, ancien directeur général du MossadExtraits:
“La connaissance est la première ligne de défense d’un pays. Nul part cette vérité n’est mieux confirmée que dans la relation qui unit l’Etat d’Israël au Mossad (…)
“Il y avait quelque chose de quasi messianique dans la façon dont le peuple juif comptait sur la protection de Ben Gourion, comme il avait jadis compté sur celle des rois et des prophètes d’Israël. Le Premier ministre avait beau savoir qu’il n’était pas un prophète – tout au plus un ex-combattant des rues ayant réussi à remporter la guerre d’indépendance contre un ennemi arabe doté de forces vingt fois supérieures- (…) Cependant, l’ennemi était toujours là. Il avait même gagné en intelligence et en férocité. Il frappait chaque nuit, tuant sans merci avant de se fondre dans les ténèbres (…)
“Pour finir, Ben Gourion résuma la situation avec son franc-parler habituel: ‘Vous remettrez au Mossad votre liste de commissions, et il se chargera d’aller faire les courses. Vous n’aurez pas à vous soucier de savoir où il sera fourni et combien il aura payé.‘
“En mars 1997, ayant reçu des informations du Katsa de Washington, Yatom passa à l’attaque. Il envoya sur place une équipe de Yahalomin afin de confirmer les informations fournies par le Katsa: le président Clinton avait de fréquentes conversations téléphoniques, à très forte connotation sexuelle, avec une ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky. Il l’appelait depuis le bureau Ovale, à son appartement de Watergate. Comme la Maison-Blanche était totalement protégée par son système électronique, les Yahalomin concentrèrent leurs efforts sur le domicile de la jeune femme. Ayant intercepté des propos plus qu’explicites entre le Président et Monica Lewinsky, ils transmirent les enregistrements à Tel Aviv par la valise diplomatique (…)
“Les années 80 représentèrent une époque bénie pour le grand safari africain du Mossad. Tout en dressant les Chinois contre les Russes, les Israéliens réussirent à compliquer la vie à la CIA, au MI-6 et à d’autres services secrets européens opérant sur le continent. Chaque fois que quelqu’un menaçait la position du Mossad, celui-ci dévoilait ses activités occultes. Un agent du MI-6 fut ainsi démasqué au Kenya. Au Zaïre, le réseau français fut démantelé. En Tanzanie, une opération d’espionnage ouest-allemande fut annulée en hâte après avoir été dénoncée par le Mossad grâce à l’indiscrétion d’un journaliste local.
“Depuis la rédaction de cet ouvrage, le Mossad, à l’instar de tous les autres services de renseignements, a été confronté à de nouveaux défis (…) le Mossad a dû lutter contre le trafic de drogue et le terrorisme à une échelle inimaginable jusqu’alors, sans oublier l’espionnage économique.”
Sécurité informatique: les cybercriminels seront très actifs en 2008
In Guerre de l'information, Sécurité, veille on 8 février 2008 at 8:03Le monde des virus informatiques ne connaît pas de répit. Les statistiques des experts de Kaspersky Lab concernant les programmes malicieux et potentiellement dangereux en janvier 2008 témoignent d’une activité soutenue.
Les trojan-dialers sont toujours en tête du Top 20 OnLine de Kaspersky Lab. Si Dialer.yz y occupe à nouveau la 1ère position, Trojan-Clicker.Win32.Small.kj, apparu en mars 2006, s’empare de la 2ème place.
La propagation du virus Virut continue de captiver l’attention des experts de l’éditeur moscovite. Sa variante principale et la plus répandue – virus.av – conserve sa 3ème position. Les variantes .q et .p, présentes au mois de décembre 2007, ont laissé la place à la variante .n.
Les programmes d’affichage de publicité BHO (Browser Helper Object) ne sont plus que 2 dans ce Top 20 OnLine de Kaspersky Lab pour janvier 2008 au lieu de 3 en décembre 2007. Cela n’a par ailleurs en rien influencé la situation de Trojan.Win32.BHO.abo qui se maintient en 5ème position.
Les experts de Kaspersky Lab notent l’apparition en nombre de trojan-downloaders Bagle. S’ils occupent aujourd’hui des positions modestes (10, 15 et 16ème places), ils n’en sont pas moins dangereux. Une invasion de diverses variantes Bagle sur les PCs des internautes est malheureusement à craindre.
En janvier 2008, les experts de Kaspersky Lab observent également que le vétéran Brontok.q perd 4 places. De même, le ver Rays qui occupait la 10ème place du Top 20 OnLine de Kaspersky Lab en décembre 2007, disparait en janvier 2008. Ces 2 vers font depuis tellement longtemps partie du paysage viral et ont survécu à tant de crises qu’évoquer une disparition définitive est prématuré.
Dans ce Top 20 OnLine de Kaspersky Lab pour janvier 2008, divers espions au clavier, programmes légaux et trojans, dominent : PSWTool.Win32.RAS.a, Ardamax.n, Perflogger.ca, Perflogger.cb, Perflogger.ad ainsi que le nouveau PSWTool.Win32.Messen.g – en tout six places.
Ce classement repose sur l’analyse de données recueillies via OnLine Scanner, service gratuit accessible sur le site français de l’éditeur.
Classement – Janvier 2008
1 0 Trojan.Win32.Dialer.yz 2,56%
2 Nouveau Trojan-Clicker.Win32.Small.kj 1,39%
3 -1 Virus.Win32.Virut.av 1,31%
4 +3 Trojan.Win32.Inject.mt 1,30%
5 0 Trojan.Win32.BHO.abo. 1,18%
6 Nouveau Trojan-Downloader.Win32.Small.hlr. 1,10%
7 -4 Email-Worm.Win32.Brontok.q 1,08%
8 Nouveau Virus.Win32.Virut.n 1,04%
9 -5 not-a-virus:PSWTool.Win32.RAS.a 1,00%
10 Nouveau Trojan-Downloader.Win32.Bagle.hj 0,80%
11 Nouveau Trojan-Dropper.Win32.Agent.dgo. 0,78%
12 +2 Trojan-Spy.Win32.Ardamax.n 0,73%
13 Nouveau Trojan.Win32.BHO.agz. 0,71%
14 -5 not-a-virus:Monitor.Win32.Perflogger.ca 0,62%
15 Nouveau Trojan-Downloader.Win32.Bagle.hk 0,62%
16 Nouveau Trojan-Downloader.Win32.Bagle.hi 0,61%
17 -1 not-a-virus:Monitor.Win32.Perflogger.ad 0,56%
18 +2 not-a-virus:Monitor.Win32.Perflogger.cb 0,53%
19 Nouveau not-a-virus:PSWTool.Win32.Messen.g 0,50%
20 Ré-entrée Worm.Win32.AutoIt.c 0,46%
Autres programmes malicieux 81,12
Sources : Silicon.fr
La France se dote d’un portail sur la sécurité informatique
In Brève, Guerre de l'information, Sécurité, veille on 8 février 2008 at 7:58
Le site securite-informatique.gouv.fr ouvre ses grilles, lancé par les bons soins du SGDN, secrétariat général de la défense nationale (SGDN). Ce site est un point d’information officiel, sous forme de portail dédié à ces questions sensibles. Il est le fruit d’initiatives publiques mais également privées, y compris associatives. Il a été développé par la direction centrale de la sécurité des systèmes d’information (DCSSI). On trouve au fil des pages des alertes, mais également du contenu pédagogique, des guides de configuration, des questions/réponses pratiques, des modules d’auto-formation, etc. sous différentes plateformes. Par exemple : comment activer le pare-feu de Vista, XP, comment ajouter un utilisateur sous Mandriva, Ubuntu, Configurer une connexion Wi-Fi en WPA2 (ou WPA) avec Windows Vista, faire des mises à jour sous Mac OS X, comment paramétrer Thunderbird et se protéger du spam sous ce client, etc.
Conjointement, est lancée une campagne de communication sur l’authentification sur internet par la direction du développement des médias (DDM). Ce site vise le grand public avec une campagne nommée « Surfez intelligent », on y trouve une série d’explications sur ce qu’est l’authentification sur internet, son rôle et ses enjeux.
Cette double initiative, bienvenue, s’inscrit dans la décision du comité interministériel pour la société de l’information du 11 juillet 2006 visant le développement, la sensibilisation et l’information du public en matière de sécurité informatique. (é) Marc Rees, PCINpact.
Intelligence économique en Afrique: la percée marocaine
In Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie on 31 janvier 2008 at 8:05Le témoignage du professeur Alaoui Mdaghiri,
Président de l’Association Marocaine d’Intelligence Economique (AMIE)
Dans le contexte actuel de compétition économique féroce où l’information pertinente est vitale, l’intelligence économique est d’importance. Le dire n’est pas sacrifier à une mode passagère ou à un impératif conjoncturel. Il y a, en effet, plus d’une raison pour laquelle l’intelligence économique (IE) est au cœur de la vie économique des nations et des activités quotidienne des entreprises. Qu’il s’agisse d’explorer de nouveaux marchés, de mettre au point de nouveaux produits ou de nouvelles technologies, de connaître la concurrence ou de défendre les procédés et les innovations que l’on possède, elle représente un outil privilégié au service du développement économique et de la protection des intérêts nationaux.
La prise de conscience en cours dans notre pays de l’intérêt de cette démarche est en train de placer le Maroc parmi les nations à même de disposer de moyens appropriés en la matière et qui sont nécessaires pour sa croissance et son développement. De nombreuses initiatives sont effectivement en cours dont l’objectif est de créer des mécanismes et les instruments d’un véritable déploiement de l’IE dans certains secteurs. Cette prise de conscience, perceptible à tous niveaux, est en train de déclencher un phénomène d’appropriation de l’IE par différents acteurs publics et privés dont on aurait mauvaise grâce à souligner le caractère tardif ou précipité. L’essentiel est que tout le monde semble d’accord sur le fait que l’économie du savoir, l’information est au cœur de la décision et représente la clé d’accès royale à la création de valeur et à la performance. De la Primature aux divers départements techniques et aux entreprises publiques et privées, beaucoup se dotent de cellules et d’outils de veille. C’est bien, on se doit de le souligner. Il faut cependant attirer l’attention sur des questions cruciales dans la compréhension desquelles tout cela ne serait qu’agitation médiatique et effet de mode.
- En premier lieu, il est impératif de faire montre de cohérence et de précision dans les actions que l’on entend mener dans ce domaine et qu’il y ait une stratégie clairement annoncée en la matière. Il incombe aux pouvoirs publics d’en être les animateurs principaux;
- En second lieu, il faut que ces mêmes pouvoirs publics et les organisations professionnelles mènent des actions de sensibilisation bien ciblées pour contribuer à diffuser les techniques et les outils de l’IE, les savoir-faire qui y sont liés évoluant très rapidement;
- En troisième lieu, le lancement et le soutien de formations adaptées dans le domaine de L’IE, aussi bien dans le cadre des cursus universitaires traditionnels que sous forme de cycles spécialisés et de séminaires de formations continue pour les entreprises, est nécessaire. A cet égard, la création d’une école de guerre économique ne serait pas de trop. La multiplication des technologies de l’information aux fins d’intelligence économique est également un impératif premier.
La création de l’AMIE, organisation non gouvernementale, correspond au désir d’un certain nombre de personnalités des mondes académique, de l’administration et des affaires de contribuer à ce mouvement en prenant des initiatives à ces différents niveaux.
Les NTIC, armes de guerre économique
In Guerre de l'information, Intelligence économique, Sécurité, veille on 28 janvier 2008 at 5:54
Les technologies de l’information et de la communication sont des outils de développement, mais aussi des instruments guerriers. Entretien avec Daniel Ventre, ingénieur au CNRS et auteur de La guerre de l’information paru chez Hermès Lavoisier.

L’Atelier: quelle est la différence entre cybercriminalité et guerre de l’information ?
Daniel Ventre : le concept de guerre de l’information englobe toutes les formes d’utilisation des technologies de l’information, à des fins agressives comme défensives. Ce qui fait de ces technologies à la fois les armes et les cibles des agressions. L’objectif consiste à utiliser de manière optimale l’information et les systèmes qui lui sont liés pour dominer/vaincre l’adversaire (militaire, politique, économique, idéologique) et accroître ses propres capacités de défense. La différence entre la cybercriminalité et la GI se trouve surtout au niveau de la motivation. Lorsqu’une entreprise ou une institution étatique est victime de virus, de vol d’information, ou d’intrusion dans ses systèmes, les actes peuvent à priori être qualifiés de cyber crimes. L’objectif pour les pirates étant majoritairement de gagner de l’argent. Mais lorsque l’agression est motivée par des intérêts idéologiques ou politiques, on ne peut plus parler simplement de cybercriminalité. Toute la difficulté consiste à distinguer les deux modes d’attaque.
L’Atelier: vous parlez des TIC comme des armes. A quel niveau ?
D.V : les TIC sont des armes quand elles sont utilisées pour affronter et tenter de maîtriser un adversaire. Il est en effet possible de brouiller la vision de la réalité que possède ce dernier en modifiant l’information à laquelle il accède. Mais ce n’est pas tout. Il existe aussi les attaques par réseaux d’ordinateurs (attaquer les systèmes d’information, voler, détruire ou altérer l’information), et enfin la cyber-guerre, qui est celle des combats dans le monde virtuel. Considérer la technologie comme une arme élargit également la notion de champ de bataille : le cyberespace englobe la société. Le champ de bataille traditionnel n’existe plus, la guerre peut être partout.
L’Atelier: les gouvernements et les entreprises possèdent un grand nombre de données confidentielles. Peuvent-ils encore les protéger ?
D.V: Il faut d’abord prendre toute la mesure de la complexité et des spécificités de la guerre de l’information pour s’en prémunir, car les portes d’entrée de ses modes d’agression sont multiples et vont au-delà des seules attaques par réseaux d’ordinateurs. De toute façon, aucun système n’est infaillible. Des millions de données confidentielles et nominatives sont dérobées chaque jour. Les victimes sont aussi bien les militaires que des opérateurs de télécommunications en passant par les banques, les hôpitaux, ou les centres de recherche. La plupart de ces institutions avait pourtant mis en œuvre des systèmes de protection logicielle et physique [...]
Cette interview a été réalisée par Mathilde Cristiani in www.atelier.fr
La veille antiterroriste s’inspire de l’Intelligence économique
In Guerre de l'information, Intelligence économique, Sécurité, veille on 28 janvier 2008 at 3:45![]()
Le Center for Strategic and International Studies se base sur TagCite, une solution d’analyse collaborative de sources ouvertes, pour relier sa communauté d’experts internationaux autour du sujet du terrorisme.
La veille stratégique internationale s’appuie de plus en plus sur des solutions professionnelles pour des activités de renseignement de sources ouvertes (ou open-source intelligence). A ne pas confondre avec l’open source logiciel, cette pratique consiste à collecter un ensemble d’informations publiquement accessibles à fins d’analyse. Rappelons que l’approche en sources ouvertes, appliquée au renseignement dans ce cas précis, est largement employée dans le cadre des activités d’intelligence économique des entreprises. Dernier exemple en date : le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a annoncé la signature d’un contrat avec Mind-Alliance Systems pour TagCite, sa plate-forme collaborative de sources ouvertes.
Analyse + travail collaboratif
Celle-ci sera exploitée dans le cadre du projet “Trusted Information Network” (TIN- 2), un programme visant à évaluer l’étendue de la menace djihadiste en Asie du sud-est. TIN- 2 s’appuiera en outre sur Clearspace, un logiciel libre de travail collaboratif web proposé par Jive Software. Il permet notamment un traitement de l’information et des communications de types blogs, wikis ou encore chat en ligne. L’idée du centre d’étude stratégique américain est donc de fournir un outil ayant la double fonction de collecter des informations auprès d’experts présents sur le terrain, et de favoriser l’échange entre ces derniers.
Fédérer la communauté d’experts
“Nous avons développé une solution visant à aider nos clients à exploiter au mieux l’outil collaboratif et à gérer leurs flux d’informations”, indique David Kamien, président de Mind-Alliance. A travers TagCite, le CSIS souhaite fédérer l’ensemble de sa communauté d’experts internationaux. Cette solution fait partie de la suite de management des flux d’information Channels de son fournisseur. “Mind-Alliance étudie vos besoins et fournit une solution logicielle de collaboration dédiée à l’analyse et à l’échange autour des menaces transnationales”, a déclaré Tom Sanderson, directeur en charge des projets stratégiques transnationaux pour CSIS. Source: atelier.fr
Guerre économique dans le golfe de Guinée: l’artillerie US
In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 23 janvier 2008 at 2:16Le présent extrait s’inscrit dans le sillage de mes travaux sur l’affrontement économique entre Français et Chinois en Afrique centrale. Il vise à montrer la nécessité de prendre en compte des facteurs exogènes dans ce combat et d’y intégrer les manœuvres d’autres grandes puissances à l’instar des États-Unis d’Amérique. Sans prétendre à l’exhaustivité, il contribue à donner quelques clés pour une appréciation réaliste et optimale de toutes les forces en présence.
Une étude intitulée «Malaise global», réalisée en juin 2007 dans 47 pays par l’institut Pew, souligne que «depuis cinq ans, l’image des Etats-Unis s’est ternie auprès de la majeure partie des pays du monde et s’est dégradée considérablement chez les alliés traditionnels des Etats-Unis, dans les Amériques, au Moyen-Orient et ailleurs». Toujours d’après cette étude, seule l’Afrique Noire a globalement une vision positive des Etats-Unis.
Il faut dire que l’Amérique, de par la composition de sa population, a de nombreux liens culturels avec le continent Noir. Elle entend les valoriser et approcher l’Afrique autrement que pendant la Guerre froide, quand l’anticommunisme lui faisait soutenir des régimes comme celui de Mobutu au Zaïre. Une nouvelle attitude américaine envers l’Afrique a déjà pu être observée (1). La population américaine tend à se « tiers-mondiser » de plus en plus : un Américain sur trois, bientôt, sera d’origine africaine, latino-américaine ou asiatique. Cela prédispose les Etats-Unis à mieux comprendre voire à mieux partager certaines aspirations du Tiers Monde. (2) Cette situation pourrait même s’accentuer avec l’accession possible du sénateur Noir Barack Obama à la Maison Blanche. Pour le chercheur français Bruno Colson (3), « l’intérêt des Américains pour l’Afrique pourrait aussi augmenter à mesure que les Européens abandonnent leurs ‘chasses gardées’».
Sur le plan géoéconomique en effet, Washington exerce une diplomatie clairement offensive en Afrique car les Américains sont très concernés par l’accès aux ports et le passage des détroits. C’est d’ailleurs ce qui a fait dire au Lieutenant-colonel Butts (4) que le département américain de la Défense, devait concentrer son attention sur les quelques pays dont le poids se fait ressentir en matière de production de minerais et de pétrole, de bases, de lignes de communications maritimes et de prolifération des armements : l’Afrique du Sud, le Kenya, le Zaïre, le Zimbabwe, le Nigéria et l’Ethiopie.
Sur le terrain des approvisionnements pétroliers en revanche, le département d’Etat entend accroître de 15 à 25% ses importations pétrolières en provenance du golfe de Guinée horizons 2015 au détriment du golfe Persique, étant donné la vulnérabilité de ce dernier. L’Afrique demeure par ailleurs essentielle pour l’approvisionnement des Etats-Unis en minerais (cobalt, chrome, platine, manganèse). Et aux dires de certains spécialistes de la stratégie géoéconomique américaine tels que Bruno Colson susmentionné, ceci doit être placé dans la perspective d’une compétition économique avec l’Europe, le Japon et la Chine, ces deux derniers ayant déjà compris l’importance du continent Noir à cet égard.
L’apport des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’ « American way of life »
Tout bien considéré, la communication globale des Etats-Unis est aussi puissante que diversifiée. Outre l’arrosage par des chaînes internationales CNN (télévision) et la Voice of America, c’est le cinéma hollywoodien qui se charge de véhiculer le modèle américain. L’ « american way of life » parvient aussi aux Africains par le biais de retransmissions via satellites de matchs de la célèbre ligue de basket-ball américaine, NBA, ainsi que des séries cultes télévisées telles que « Deux flics à Miami », « Dallas », « Santa Barbara », « Dynastie », « Les experts Miami », « FBI Portés disparus »… etc. Devant la poussée vertigineuse d’internet et les succès retentissants de certains Africains (5) sortis des universités américaines ou titulaires des prestigieux « American MBA », nul doute que pendant de nombreuses années encore, le « Made in USA » sera la marque préférée des Africains au sud du Sahara.
Au final donc, l’Afrique est plus que jamais perméable à la domination douce américaine théorisée et résumée par cette formule flamboyante : « Shaping the mind » (6). Cette dernière a pour socle une stratégie globale de colonisation de la sphère des idées dont le stratège américain Alvin Toffler trouve la capacité dans la violence, la richesse et le savoir. Et il est bien aisé de constater qu’un seul pays dispose à ce jour de moyens nécessaires à la conduite d’un tel dessein planétaire: les Etats-Unis. A suivre…
Guy Gweth
[1] Philippe Leymarie, “Les Etats-Unis, nouveaux parrains du continent africain”, Le Monde diplomatique, avril 1992, pp. 12-13 et “Anciennes et nouvelles convoitises américaines”, Le Monde diplomatique, juillet 1993, p.17
[2] Ceci préoccupe en particulier l’historien Arthur M. Schlesinger, ancien conseiller de John F. Kennedy. Selon lui, le melting pot cède la place à l’éruption des ethnicités. Celles-ci pourraient bien substituer la fragmentation à l’assimilation, le séparatisme à l’intégration. Schlesinger critique notamment l’orientation de plus en plus “afrocentriste” de l’enseignement de l’histoire aux Etats-Unis (The Disuniting of America, New York, Norton, 1992).
[3] Bruno Colson est docteur en sciences politiques de l’Université catholique de Louvain, a publié une thèse sur « La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini » (éditions Economica-FEDN)
[4] Le lieutenant-colonel Kent H. Butts est spécialiste des questions africaines à l’US Army War College.
[5] En référence notamment à l’ingénieur informaticien camerounais, Jacques Bonjawo, ancien Senior Manager chez Microsoft, auteur de « Mes années Microsoft, un Africain chez Bill Gates » , Cosmos, 2006 et « Internet, une chance pour l’Afrique», Karthala, 2005.
[6] Jean Michel Valantin, « ‘Shaping the mind’ Stratégie globale et colonisation de la sphère des idées », contribution à l’ouvrage collectif « La guerre cognitive », Lavauzelle, 2002, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas.
