Essai de décryptage d’une des tendances lourdes de ces dix dernières années: les rapports win-win entre le monde de l’entreprise et le 7è art sur le terrain de l’influence par le sponsoring…
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Business influence: les entreprises au cinéma
In Communication d'influence, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power on 5 novembre 2009 at 11:24Sectes : OPA sur l’Afrique
In Communication d'influence, Intelligence culturelle, Intelligence stratégique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 18 août 2009 at 10:00Le 20 juillet 2008, nous publiions une carte postale de notre enquête sur l’industrie de la foi sur le continent noir sous le titre : le business de Dieu en Afrique subsaharienne. L’intérêt de notre étude pour l’intelligence économique et stratégique était triple. Primo : évaluer le capital et les intérêts générés le syndicat de Dieu. Secundo : décrypter les stratégies de contrôle mental activés pour ferrer les cibles. Tercio : sonder l’impact de cette industrie à l’organisation al qaedienne sur la société, l’économie et l’establishment politique des pays concernés. Un an plus tard, presque jour pour jour, le très bel article signé de Fabienne Pompey ce 17 août 2009 sur le site de Jeune Afrique sous le titre Sectes : OPA sur l’Afrique vient corroborer nos premiers résultats. Le journal de Béchir Ben Yahmed va même plus loin en citant les noms de puissantes organisations religieuses que nous préférions garder sous silence, à l’époque, pour les besoins de l’enquête. En voici quelques extraits. GG
“On trouve de tout sur le marché religieux et mystique du continent : des grandes Églises, des petites, des prophètes autoproclamés, des sectes et groupes initiatiques en tous genres. Un méli-mélo de la spiritualité qui profite de la grande liberté laissée aux cultes et de la misère des populations. Dérives, escroqueries et manipulations mentales : tout est, hélas, permis.
“Traquées, parfois traduites en justice en Europe – notamment en France, où la vigilance est forte –, les sectes trouvent en Afrique une terre d’accueil sans contraintes. De même, les évangélistes américains ou brésiliens professent, voire s’installent, à peu près comme ils veulent. Et les mystiques et autres mouvements new age ne rencontrent pas non plus d’entraves. Baignée dans les rites initiatiques, la sorcellerie, la magie, les fétiches et autres croyances, l’Afrique est une terre ouverte aux religions et à leurs avatars.
“Souvent dissimulés sous des associations de bienfaisance ou humanitaires, les sectes et mouvements religieux, européens, américains ou asiatiques, s’immiscent discrètement dans le quotidien des Africains. Un exemple : le 24 avril 2009, le quartier de Cocody, à Abidjan, abrite une cérémonie de lancement du Festival mondial de la paix, accompagné d’un projet « à impact social » sur le campus. La fête est rehaussée par la présence d’un représentant de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), Hamadoun Touré. Il fera même un discours, assez classique, sur la paix, principale préoccupation des Ivoiriens. Rien que de très ordinaire. À un seul détail près : la cérémonie se tient à l’initiative de la secte Moon.
“Le rêve africain de Moon
“Il y a bien longtemps que Moon a ses entrées à l’ONU. Après avoir fait ses premières recettes sur le thème de la lutte contre le communisme, avec un temps le soutien de la CIA, le gourou d’origine coréenne a senti le vent tourner et a réorienté sa croisade vers la « paix universelle ». Il crée alors des dizaines d’ONG et la FPU est reconnue, à ce titre, comme partenaire de l’ONU. Moon obtient une tribune aux Nations unies.
“À Paris, le porte-parole de son Église de l’unification, Laurent Ladouce, travaille à l’élaboration d’un « rêve africain », « le rêve de l’Afrique de jouer un rôle accru dans le monde et le rêve de centaines de millions d’Africains de mener une vie meilleure ». Pour cela, il faudrait « faire ressortir la beauté de la personnalité africaine, ses valeurs fortes et universelles, qui feront que les gens auront envie d’aimer les Africains, de les avoir comme amis, comme partenaires ». Le texte est un salmigondis de réflexions à l’emporte-pièce, allant de la définition d’une « stratégie touristique panafricaine » à une « éthique africaine du capitalisme ».
“De son Japon natal, Daisaku Ikeda, président de Soka Gakkai, bouddhiste, pense aussi que « l’Afrique est le continent du XXIe siècle ». Ce mouvement religieux et politique, qui revendique quelque 12 millions de membres dans le monde, est présent en Côte d’Ivoire depuis 1983, où il a été reconnu comme Église en 1999. Il aurait aujourd’hui 11 000 adeptes ivoiriens, dont un tiers dans le seul quartier de Yopougon, à Abidjan. Les représentations les plus importantes sur le continent sont au Ghana et en Afrique du Sud, mais aussi en Zambie, en Namibie, au Zimbabwe, en RDC ou au Mozambique.
“Avoir la caution d’un chef d’État, ou de hautes personnalités, est essentiel pour ces mouvements, qu’ils soient religieux, philosophiques ou thérapeutiques. C’est ainsi que l’une des grandes réussites de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, l’Amorc, sous l’impulsion de son ancien et défunt « Imperator », Raymond Bernard, a été de pouvoir compter dans ses rangs le président camerounais Paul Biya. Plusieurs membres du gouvernement ou des grands corps d’État sont, ou ont été, rosicruciens. Sur le continent, l’Amorc revendique quelque 25 000 membres et organise très régulièrement conférences et séminaires, de Dabou à Ouaga, en passant par Kinshasa.
“Ainsi, l’Église de scientologie, d’origine américaine et extrêmement suspecte aux yeux des autorités françaises, a été reconnue d’utilité publique en 2007 en Afrique du Sud. Elle bénéficie ainsi d’exonérations fiscales sur les dons des adeptes. Les scientologues ont racheté dans ce pays plusieurs superbes demeures classées. À Port Elizabeth, ils ont acquis un bâtiment ancien pour 8 millions de rands (près de 700 000 euros), plus 6 millions pour les rénovations, et profitent de l’exonération de taxes réservée aux investisseurs qui réhabilitent des monuments historiques !
“La scientologie se développe en Afrique sous couvert de ses « volontaires », qui interviennent dans des situations d’urgence humanitaire ou de programmes antidrogue, ou même dans des ONG de défense des droits de l’homme, comme le Youth for Human Rights International en Afrique du Sud. Ils ont aussi très officiellement pour mission « de réaliser des formations et des séminaires basés sur le travail de Ron Hubbard », le théoricien et fondateur de la scientologie.
“Les sectes poussent sur le terreau de la misère, du désespoir. Et, en Afrique, croyez-moi, les gourous se portent bien », assure Claude Wauthier, auteur de Sectes et prophètes d’Afrique noire. L’une des clés qui ont ouvert aux sectes les portes de l’Afrique réside dans leur promesse d’une vie meilleure, ici et maintenant. « Les gens cherchent une prière rentable dans le cadre d’un objectif précis : une guérison, la recherche d’un emploi, la réussite d’un projet, la résolution d’un conflit », estime Isidore Ndaywel è Nziem dans son Histoire du Zaïre.
“Plus grave, le projet politique qui se cache sous les oripeaux de la religion. « La pratique dans ces groupes amène à l’absence d’esprit critique, de distanciation, et à une désocialisation ; les sectes sont persuadées d’avoir trouvé un modèle social et donc un modèle politique qu’elles n’ont de cesse de dupliquer. Or ce sont en général des systèmes théocratiques, tyranniques et dictatoriaux », ajoute Jean-Pierre Jougla. « Dès qu’il y a un signe de déliquescence ou de vacance du pouvoir, les sectes se développent automatiquement », affirme-t-il […]
Retrouvez l’article complet dans Jeune Afrique
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Business : combien rapporte la mort de Michael Jackson
In Agenda, Gestion de crise, Intelligence culturelle, Leadership, Management de l'information, Perception Management on 7 juillet 2009 at 10:34Alors que des centaines de millions de personnes aux quatre coins de la planète rendent un dernier hommage au plus brillant artiste de l’histoire de l’humanité, David Walsh de WSWS nous entraine dans les sombres couloirs de ce qu’il ne fait pas bon révéler en public : les dollars de la mort. Car c’est en milliards de dollars de bénéfices que s’évalue le retour au ciel de ce demi-dieu. Extraits :
« Secret Défense »: 1 vecteur, 2 messages, 3 cibles
In Communication d'influence, Contre-Intelligence stratégique, Intelligence culturelle, Perception Management, Stratégie on 14 décembre 2008 at 6:25Au XXIè siècle, profitant de la dictature du numérique et de la liquidation progressive du papier, l’industrie du cinéma raflera le leadership détenu par le livre dans le contrôle des perceptions populaires. « Secret-défense » doit être inscrit dans cette stratégie de conquête des têtes et des cœurs (par le divertissement) pour être regardé et décrypté par les analystes du soft power.
Du réalisateur Philippe Haïm, « Secret Défense » est une production d’1h40 parue dans les salles hexagonales le 1o décembre 2008 avec -entre autres acteurs- Gérard Lanvin, Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle et Rachida Brakni. Le film, très captivant par certains aspects, nous plonge dans le monde obscur des services extérieurs français en proie à la menace terroriste. Le public peut ainsi vivre intensément les dangers qui guettent la France, l’esprit de sacrifice, de rigueur et de solitude d’agents prêts à risquer leur vie pour la patrie. En contrepartie, il y a au titre de résultats attendus, les sentiments que déclenche cette vision chez les spectateurs (neutres, alliés ou ennemis de la France).
Certains résultats (Ex: Opération Mockingbird) des recherches faites par les services secrets américains dans les années 50 à 70 sur le contrôle mental dans le cadre du Mk ultra, sous l’impulsion d’Allen Dulles (directeur de la CIA à l’époque des faits), ont très vite convaincu les renseignements anglo-saxons, et plus tard la mafia italo-américaine, que le cinéma était (avec la télévision) le canal idéal pour influencer la sphère des idées sous couvert de divertissement. Cela est encore plus vrai aujourd’hui où le stress quotidien, les soupçons qui pèsent sur les grands médias, la quête du sens de la vie et la solitude profonde qui en découle poussent des millions de personnes dans l’évasion spirituelle et culturelle.
La participation d’Eric Denécé, ex-officier des services français et directeur de CF2R comme consultant dans le tournage de Philippe Haïm ne permet certes pas de mesurer le degré d’implication des stratèges gouvernementaux dans la production de « Secret Défense ». Mais pour en cerner les objectifs, je me suis permis d’insérer ce film dans l’agenda 2008 des grands changements en cours dans les services de renseignement français : publication du Livre blanc de la défense, création d’une direction centrale du renseignement intérieur, nomination d’un coordonnateur national du renseignement directement rattaché à la présidence de la république, exceptionnelle communication de recrutement au sein de la DGSE… etc.
La France qui, quoi qu’on en dise, a l’un des meilleurs services au monde, a toujours eu du mal à l’assumer. « Secret Défense » apparait ainsi comme un choix de soft power à l’américaine visant à la fois à dissuader l’ennemi, à sensibiliser l’opinion publique et à “susciter” des vocations aux métiers du renseignement. Ce film est à voir. Même s’il souffre d’une carence en intelligence émotionnelle et qu’il appuie un peu trop sur la commande « occulte ». Devant le “Vous êtes à la DGSE, les services secrets français…” de Gérard Lanvin, le colonel JF Bianchi, mon grand-maître en stratégies d’influence aurait certainement sourit. Car des milliers d’automobilistes de Virginie (États-Unis) croisent chaque jour, sur l’autoroute, un panneau de signalisation indiquant la direction de la Central Intelligence Agency à Langley…
L’influence, c’est aussi l’art du paradoxe.
Guy Gweth
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007 est-il un agent de guerre psychologique?
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007 est-il un agent de guerre psychologique ?
In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 7 novembre 2008 at 11:00Comme lors de la parution début 2008 de Indiana Jones et le royaume du Crâne de cristal qui se déroule pendant la guerre froide avec un impitoyable ennemi russe incarné par Cate Blanchett, Quantum of Solace vient à son tour d’entrer sous les feux nourris du parti communiste de Saint-Pétersbourg, la deuxième force politique de la Douma, le parlement russe. Motifs : le premier film cité véhicule « une grossière propagande anti-soviétique » et le second est une opération de « guerre psychologique ». Après une brève définition de la guerre psychologique et un court voyage au cœur de Quantum of Solace, nous allons attentivement regarder si cette accusation bien de l’Est est recevable, et si elle mérite les sarcasmes dont les grands médias veulent la couvrir à l’Ouest…
Qu’est-ce que la guerre psychologique ?
La guerre psychologique est une action d’influence complexe visant à détruire la volonté de combat d’un ennemi ou d’un groupe hostile, à réduire ou annihiler sa capacité à poursuivre les hostilités. Action d’influence parce qu’elle travaille les perceptions de la cible avec comme objectif de la vaincre sans combattre. Action complexe car la guerre psychologique combine les symboles, l’éthique, la science, la technologie, le physique et le psychique. Ici, on est plus proche des stratèges chinois de l’école de Sun Zi pour qui la guerre est essentiellement « l’art de la tromperie ». Et on n’est pas si éloigné que cela de la doctrine américaine du Shaping the mind ou colonisation de la sphère des idées. Une opération psychologique (psyops) cible généralement un gouvernement, une organisation non-gouvernementale, tout ou partie d’une population. Son objectif stratégique est de frapper le cœur et le cerveau de l’adversaire afin de liquéfier son organisation en injectant avec finesse des demi-vérités, la suspicion, la haine, la défiance… entre le sommet et la base.
De quoi parle Quantum of Solace ?
Paru officiellement en Octobre 2008, Quantum of Solace (du réalisateur Marc Forster), 22e aventure cinématographique de James Bond est la suite directe de Casino Royal sorti un an plus tôt. Tiré d’une nouvelle de Ian Flemming (auteur britannique et ancien assistant dans les services secrets de sa Gracieuse Majesté à la veille de la 2è guerre mondiale), le film est baptisé Quantum of Solace le 24 janvier 2008, y compris pour les cinéphiles francophones, sauf au Québec où le titre est 007 Quantum. Le scénario révèle un James Bond (Daniel Graig) décidé à régler ses comptes à ceux qui ont contraint Vesper (sa compagne in Casino Royal) à le trahir. Dans sa quête de vengeance, Bond croise la route de Camille (incarné par Olga Kourylenko). Les deux ont un ennemi commun : une puissante organisation « écologiste » dirigé par un businessman impitoyable, Dominic Green (joué par Mathieu Almaric) dont la mission est le contrôle d’une source précieuse dans des contrées pauvres, en manipulant les dirigeants locaux, le 10 Downing Street et même la CIA. 007 doit faire face à la trahison de ses amis et à la férocité de l’ennemi.
L’accusation russe est-elle recevable ?
Lorsqu’on a regardé Quantum of Solace, on voit que les critiques des communistes russes sont exagérées, bien qu’ils aient pris la mesure du danger, ce qu’ils appellent « la contagion idéologique » véhiculé par le cinéma US. La « fatwa » lancée contre l’actrice ukrenienne Olga Kourylenko est grotesque. Même si “Chacun sait que la CIA et le MI-6 financent les films de James Bond dans le cadre d’une opération spéciale de guerre psychologique“ contre la Russie (comme l’affirme Sergueï Malinkovitch, chef du Parti communisme à Saint-Pétersbourg), Quantum of Solace ne le révèle pas. La belle Olga Kourylenko qui incarne Camille est accusée de collaboration avec l’ennemi parce qu’elle joue aux côtés de l’espion britannique… Un revenez-y de la guerre froide? Le rouleau compresseur médiatique occidental -le Times en tête- ne pouvait que couvrir ces propos de ridicule. Pourtant, sous ces emportements russes, couve une vérité. L’ouverture en 1999 de l’Institute of Creative Technologies (ICT) a scellé l’alliance stratégique du Pentagone avec les studios hollywoodiens. Ce think tank qui bénéficie de la collaboration scientifique de l’Université de Californie du sud constitue un dispositif unique. Lors de son inauguration, le secrétaire à la défense de l’époque Louis Caldera déclarait « Nous n’avons jamais pu espérer bénéficier de l’expertise d’un Steven Spielberg ou d’autres professionnels de l’industrie du cinéma pour collaborer à des projets de l’armée… Le nouvel institut sera gagnant-gagnant pour tout le monde. » Il n’est pas inimaginable, face aux tensions entre Moscou et Washington, que le principe « gagnant-gagnant » de l’ICT soit activé, attendu que Hollywood est la continuation de la stratégie anglo-américaine par d’autres moyens.
Au final, ceux qui sont pressés de signer le livre des condoléances de l’hyperpuissance étasunienne devront s’armer de patience. Rien qu’en matière d’influence, la machine de guerre émotionnelle et cognitive US pénètre et colonise avec douceur tous les territoires où les GI’s ne peuvent aller de force, précisément dans les cellules du cœur et du cerveau humains. Avec le libre consentement des victimes. Car c’est de leur plein gré que les publics du monde entier (y compris les communistes de Saint-Pétersbourg) se constituent prisonniers des salles obscures, pendant quelques heures, pour savourer l’évangile selon Washington. On y raconte que « tous ceux qui arrivent à Hollywood ont rêvé ». Or tous ceux qui rêvent de Hollywood y sont déjà, l’instant d’un film…
Guy Gweth
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In Communication d'influence, Géostratégie, Intelligence culturelle, Intelligence stratégique, Leadership on 31 août 2008 at 3:31De l’intelligence économique à l’intelligence compétitive
In Intelligence culturelle, Intelligence sportive, Intelligence verte, Intelligence économique, Leadership, Stratégie on 19 mai 2008 at 6:02Comment réduire l’incertitude des managers, détecter les risques et opportunités du marché, prévoir l’entrée de nouveaux concurrents, trouver dans et en dehors de l’organisation l’information utile à la prise de décision, tirer profits des bonnes pratiques de la concurrence ou anticiper de nouvelles règlementations dans un secteur d’activité donné?
Ces questions -loin s’en faut- ne sont guère l’apanage des seuls opérateurs économiques. Elles ressortissent tout naturellement du management en situation concurrentielle et de la part croissante que prend l’information stratégique dans le capital du leadership moderne. Toute proportion gardée, elles interpellent aussi bien le directeur général de Total Gabon que Mispa C., P-dg d’une PME de commercialisation de produits bio en RCA, Brice M., président d’une ONG de développement au Congo Brazzaville ou Kadidja H., cette jeune Tchadienne de 29 ans récemment désignée pour booster le marketing stratégique d’une nouvelle église de réveil de 9700 âmes, après des études de commerce et de théologie aux Etats-Unis. Pour tous ces managers, il n’y a d’intelligence que si elle sert la compétitivité, de manière éthique et légale.
Pour apporter des réponses aux questions de ces décideurs Africains comme à ceux de Wall Street ou de la City, les experts de l’intelligence économique (version francophone) seront prompts à répondre présents. Et pour cause. Malgré la relative variété des secteurs d’activité sus-évoqués, la plupart dira être en mesure d’appliquer l’intelligence économique au management d’une PME, d’un territoire, d’une association humanitaire ou au sport… Traduction: ces experts seront en mesure de prendre de la distance, puis de sortir leur modèle en mètre ruban, de le tirer depuis le questionnement du client jusqu’au renseignement en passant par la collecte, le traitement, l’analyse des données pertinentes et leur conversion en devises décisionnelles sécurisées (à soumettre à la sagacité du manager).
Devant ce tableau, vous comprendrez que je ne digère plus la dictature de l’adjectif économique chez nombre de théoriciens et praticiens de l’intelligence compétitive au sein de l’espace francophone. Pareille obstination se justifierait-elle par le fait que les Anglosaxons ont franchi ce pas avant nous (Voir les subtilités entre Business intelligence et Competitive intelligence) et que le “mimétisme” n’est guère la part des orgueilleux ? Ou est-ce simplement parce que mes bons camarades ont quelque scrupule à tuer le maître ? Mystère.
Fille du Renseignement, l’intelligence économique est en tout état de cause un sous-ensemble de l’intelligence compétitive, comme peuvent l’attester nos trois managers centrafricaine, congolais et tchadienne rencontrés plus haut, chacun dans son secteur d’activité. Au final, me direz-vous, ce n’est pas plus qu’une question d’adjectif, cette affaire… -Bien vu! Et cela est suffisamment important pour s’en expliquer auprès du grand public. Non?
Guy Gweth
La peur et le sous-développement
In Communication d'influence, Débat, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 3 mai 2008 at 12:31
Le Petit Robert définit la peur comme un « phénomène psychologique à caractère affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience d’un danger réel ou imaginé, d’une menace. » La peur, force est de le constater, est l’un des ressors psychologiques communs à tous les animaux normaux. Chez les humains de notre ère, on n’a plus seulement peur pour sa vie, mais aussi pour sa famille, ses biens, son travail, ses idéaux, sa réputation, ses convictions, son honneur, son avenir… Préoccupation séculaire, la sécurité est devenue l’obsession des temps modernes et plus encore dans les pays riches. La peur, cette faille primordiale dans le système immunitaire humain, est la porte d’entrée préférée des hackers psychiques dans le vol de nos identifiants comportementaux. Elle peut être un puissant frein au développement.
Les usines à peur
Si le monde actuel croule sous le poids des religions et autres systèmes de croyances, c’est au moins pour partie à cause de l’inquiétude viscérale des humains pour leur avenir post mortem. A ce titre, l’enfer prévu par la littérature chrétienne reste un aiguillon extrêmement puissant pour les croyants. Dans le monde militaire, les opérations psychologiques puisent une part de leur essence dans le potentiel de peur accumulé par l’ennemi ou les populations cibles. Pour les commerces, le segment sécuritaire connaît une croissance exponentielle jamais démentie. Il n’est que de voir l’envolée des offres de logiciels en protection informatique ou l’omniprésence de Big Brother via ses dizaines de millions de cameras de surveillance sur la place publique européenne. Les analystes estiment par exemple qu’un individu habitant Londres est filmé 300 fois par jour! Mais au final, c’est incontestablement le champ politique qui emporte la palme d’or dans la fabrication des produits de communication à base de peur. Depuis des décennies en Occident, le thème de l’insécurité a porté au pouvoir des capteurs d’émotions, des metteurs en scène, des storytellers, des acteurs d’un public affairs’show dont les équipes de spin doctors se disputent le script avec les grands médias. Au menu: la peur de l’ennemi, des islamistes, des immigrés, des délocalisations, des fonds souverains, du chômage, de la pollution, etc.
“N’ayez pas peur!”
L’Afrique Noire n’est pas en reste dans cette course. Sauf que l’usage abusif de la peur ici, contrairement à certains pays d’Asie, en est venu à plomber le développement humain, économique et social. Et il faut bien le dire, l’autoritarisme politique, la crainte de feu générée par des sectes, l’humidité de la corruption dans les affaires ou la mousson du tribalisme… ne sont que la partie visible de l’iceberg. Au delà de ces phénomènes (certes non négligeables mais) de surface, c’est dans le sous-sol des us, des coutumes et des traditions que résident insidieusement les mécanismes les plus ingénieux d’exploitation par la peur. Une machine à fabriquer des exdividus au mieux, au pire des êtres entravés par les sangles invisibles du passé, et forcément recalés aux concours actuels du décollage économique. Sans donner raison à l’autre…, le cinéaste guinéen Cheick Fantamady Camara in Il va pleuvoir sur Conakry (1) et l’écrivain camerounais Gaston-Paul Effa in Nous, enfants de la tradition (2) donnent à réfléchir à la jeunesse africaine depuis quelques jours. Ils nous apprennent enfin à dire Non! à travers deux œuvres remarquables. Intenses. Puissantes.
1. Il va pleuvoir sur Conakry, de Cheick Fantamady Camara
Drame Psychologique – Fiction – 1h53 – depuis le 30.04.08 à Paris.
Bangali alias BB est un journaliste caricaturiste moderne et progressiste de 20 ans. Son père Karamo ainsi que son frère aîné Amine sont plutôt rompus à la pratique religieuse et au respect des traditions ancestrales. Désigné comme le digne successeur de son père, BB ne peut se résoudre à suivre un destin tout tracé. Il préfère se battre pour exercer librement son métier et vivre pleinement son amour pour la belle informaticienne Kesso. Quand celle -ci apprend qu’elle est enceinte, le père de BB refuse de voir naître un enfant conçu hors mariage… Sur fond de conflit de générations et de déséquilibre familial, le drame est inévitable.
2. Nous, enfants de la tradition, de Gaston-Paul Effa
Roman de 164 pages paru en mars 2008 aux éditions Anne carrière.
« C’est un fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance. Osele, l’aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d’ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n’a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d’une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d’agressivité, qui n’élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d’un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur.
« Extrait : -Ta famille africaine ne te fait miroiter que ton droit d’aînesse et la tradition lorsqu’elle a besoin d’argent pour payer un mariage, un enterrement de plus. Mais qu’est-ce qu’ils croient là-bas, qu’il suffit de ramasser l’argent dans les caniveaux et de l’envoyer par Western Union? Ils savent que tu te tapes des journées de douze heures de travail pour eux? »
Guy Gweth
Le Gabon à la pointe du combat culturel en Afrique centrale
In Intelligence culturelle, Soft Power, Stratégie, veille on 7 février 2008 at 9:44Dans deux ans, les pays d’Afrique centrale fêteront leur demi-siècle d’indépendance. Cela fait donc presque 50 ans que les analystes économiques « spécialistes du continent Noir » et autres « amis de l’Afrique » sondent, creusent, évaluent et répertorient les richesses exceptionnelles que regorge le golfe de Guinée en vue de son développement économique et social. A ce jour, aucun n’a flairé -à voix haute- le filon culturel dans un contexte mondial pourtant gagné par « le retour aux sources », « les produits du terroir », « l’expression des traditions »… Or le XXIème siècle sera bel et bien culturel. Depuis la création de ce blog, nous n’avons cessé –et nous continuerons- d’attirer l’attention des Africains sur le caractère stratégique de l’industrie culturelle dans la guerre économique et cognitive en cours.
Le Gabon est l’un des premiers pays d’Afrique centrale à avoir saisi les enjeux de cette bataille avec la création il y a un an du Musée virtuel des arts et traditions du Gabon in www.gabonart.com . Œuvre du ministère gabonais de la culture, ce portail référencé sur 213 blogs et sites officiels de musée a depuis reçu la visite de plus de 200 000 internautes dont 62% d’Européens, 23% d’Africains et 12% de Nord-Américains ! On y découvre 80% des fonds du Musée national des arts et traditions du Gabon et 250 œuvres numérisées et commentées. Des vidéos ethnographiques inédites provenant de collections privées exceptionnelles viennent également enrichir le magnifique patrimoine. Les statistiques engrangées par ce site sont la réussite palpable d’une stratégie dont le déroulement est porteur d’infinis espoirs.
La contagion rapide de ce premier succès gabonais à l’ensemble de la sous-région Afrique centrale poussera à une seconde bataille symbolique : la rétrocession aux musées du continent des œuvres africaines qui reposent à l’étranger. L’Occident, champion du monde des normes d’éthique dans les affaires sera notamment remercié de nous les avoir conservées si longtemps. En parfaite état.
Faut-il le rappeler, l’Afrique, de par son histoire, ses combats et son extraordinaire diversité, regorge du plus grand gisement culturel au monde. C’est le continent qui vit naître le premier Homme sur terre. Plusieurs milliers d’années plus tard, le moment est venu d’inscrire le label « Afrique, berceau de l’Humanité » dans les circuits de l’industrie culturelle. C’est un juste retour des choses. Une valeur sûre et durable. Un positionnement fort. Authentique. Ancestral. Son espérance de vie est de loin supérieure aux matières premières qui constituent actuellement nos principales ressources. Richesses non éternelles. Grâce à la magie du virtuel, le génie gabonais montre donc la voie. Il commence à faire vibrer le monde au rythme de Saga Africa !
Guy Gweth