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Archive de la catégorie «Intelligence économique»

L’OMC bousculée par les pays du Sud

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Leadership on 27 novembre 2009 at 11:39

Le Cycle de Doha, qui domine l’agenda depuis 2001, ne sera pas discuté à la ministérielle qui débute le 30 novembre à Genève. On y parlera davantage de l’avenir de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

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Les Etats-Unis préparent la guerre informatique

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Sécurité on 22 novembre 2009 at 10:09

Les États-Unis considèrent officiellement le cyberespace comme un champ de bataille depuis 1995. Ces deux dernières années, la cybercriminalité a coûté 8 milliards de dollars au contribuable américain.

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Protégé : 7 clés pour détecter une fausse identité sur Internet

In Espionnage, Intelligence économique, Risk Management, Réseaux sociaux, Sécurité on 19 novembre 2009 at 2:04

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IE: la protection du patrimoine juridique des entreprises

In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Management de l'information, Risk Management on 15 novembre 2009 at 7:47

Africommodities et GwethMarshall Consulting attirent l’attention des décideurs africains sur une faille qui porte gravement atteinte aux intérêts et à la souveraineté des États africains:

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De l’ère de l’information à celle du renseignement

In Intelligence économique, Management de l'information, Soft Power, veille on 14 novembre 2009 at 7:49

Vendredi 13 novembre 2009, un groupe du Comptoir national des femmes pour l’exportation (Conadex) a participé à une journée de formation à l’intelligence économique à l’American center de Dakar.

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Audit d’entreprise, nouveau territoire de l’IE en Afrique

In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité, veille on 8 novembre 2009 at 11:30

AfriCommodities et GwethMarshall Consulting lancent 4 messages d’alertes aux décideurs africains sur les nouveaux territoires de l’intelligence économique (IE).

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Protégé : Les quatre ennemis de Vodafone au Ghana

In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Management de l'information, Veille stratégique on 6 novembre 2009 at 10:24

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Vers une stratégie panafricaine d’intelligence économique ?

In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie on 1 novembre 2009 at 1:35

Retrouvez la réponse de Guy Gweth dans Les Afriques n°95 (du 29 octobre au 4 novembre 2009) sous le titre « Pour une stratégie continentale d’intelligence économique », page 22.

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Afrique – Les entreprises minières dans le collimateur du Saint-Siège

In Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique on 29 octobre 2009 at 6:01

AfriCommodities, partenaire stratégique de GwethMarshall Consulting, a été longuement cité sur la question de l’exploitation minière lors de la 2ème Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques qui s’est tenue du 4 au 25 octobre à Rome.  Se référant aux travaux du numéro 1 d’AfriCommodities, voici ce qu’écrit Eucharistiemisericor* le 27 octobre 2009:

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90% des gisements de matières premières en Afrique restent à développer

In Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité, veille on 25 octobre 2009 at 11:25

Nouveau partenaire stratégique de GwethMarshall Consulting, le bureau d’ingénieur-conseil AfriCommodities vient de dévoiler sa banque de données d’intelligence économique consacrée au marché des matières premières. On apprend ainsi que sur les 10 millions de gisements de matières premières offshore et onshore inventoriés en Afrique, 10% des gisements prouvés par la télédétection satellitale y sont développés, 9′900′000 titres, soit 90% des gisements prouvés par la télédétection satellitale y restent à développer  et que des millions de gisements offshore et onshore probables et possibles ne sont pas encore développés.

L’observatoire Satellital des matières premières d’Afrique est une des principales innovations d’AfriCommodities qui intègre toutes les technologies de son partenaire Google, notamment Google Earth, Google Maps et Google Street View. Cette interface permettra par exemple d’offrir à tout utilisateur de cette banque de données une visite virtuelle des principaux gisements des matières premières d’Alger à Johannesburg.

Actuellement, grâce à la convention qui lie Google et la NASA, l’interface de Google Street View permet d’observer en back office toutes les entités nommées de l’Afrique. En front office les différentes entités nommées pourront être ouvertes au grand public via cette plate forme satellitale en temps quasi réel ultérieurement. Exemples: marchés boursiers, gisements des matières premières, banque, compagnies minières, commerces, administrations publiques, ports, aéroports, frontières, circulation, etc. Cette fonctionnalité touchant à la sécurité des États, des négociations sont en cours avec les missions diplomatiques à Genève, Berne, Paris et Bruxelles pour éviter tout conflit d’intérêts.

La banque de données d’AfriCommodities comprend des données structurées sur 53 États d’Afrique, 12 types de gisements de matières premières, 10′000 types de matières premières classés par odre alphabétique, 10 millions de gisements offshore et onshore inventoriés par télédétection satellitale, 10 millions de kits bancables validés in situ sur chaque gisement géo-localisé, 10 millions de kits de Business plan validés in situ sur chaque gisement géo-localisé, des millions de scènes d’images à très haute résolution du Satellite Landsat TM et ETM+ ortho rectifiées et non ortho rectifiées recouvrant comme un puzzle les 30′310′000 km² de superficie des 53 États d’Afrique… etc. Durant un an, le prototype de cette banque de données (draft) va subir  des modifications aussi bien au niveau de sa charte graphique que de ses principales rubriques pour atteindre son niveau d’efficience optimale.

En back office, une communauté de compétences africaines (du continent et de sa Diaspora) travaille en réseau avec l’observatoire satellital des matières premières d’Afrique du faits des enjeux stratégiques du projet. Il faut bien comprendre que « la valeur financière des gisements africains de matières premières, connus à ce jour, s’élève à 46 200 milliards de dollars. Il suffirait de valoriser 12 % de cette immense richesse pour financer, sur l’ensemble du continent, des infrastructures (transports, énergies, télécommunications, santé, éducation) du même niveau que celles de l’Europe. »*

David Beylard* & Guy Gweth

A lire: « L’arnaque des juniors minières en Afrique »*

Les clés USB inquiètent les services secrets norvégiens

In Contre-Intelligence stratégique, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Management de l'information, Sécurité on 22 octobre 2009 at 10:23

L’article ci-après rappellera certainement à nos plus fidèles lecteurs un billet intitulé « La prostitution des clés USB, un piège trop sexy? » que j’ai rédigé il y a un an et demi, le 17 juin 2008, et pour lequel mes confrères belges d’Euresis m’ont accusé d’apologie d’actes d’espionnage électronique. Que les services secrets norvégiens aient mis tant de temps à attirer l’attention des entreprises sur les risques d’espionnage par les clés USB montre combien les professionnels de l’intelligence économique ont encore du pain sur la planche en matière de sensibilisation à la sécurité.

Guy Gweth

« Il y a eu une telle augmentation du nombre de piratages de données l’année dernière que les services de contre-espionnage norvégiens estiment que ce développement devient préoccupant.

« Les secrets des entreprises ainsi que des informations sensibles s’échappent parce que des programmes espions se répandent parmi les ordinateurs norvégiens. Ces petites briques allongées (clés USB) que nous utilisons tous habituellement pour enregistrer de grandes quantités de données peuvent en effet porter avec elles des programmes capable de voler des informations sur les ordinateurs. Étant donné que les gens utilisent souvent la même clé sur de nombreux ordinateurs différents, aussi bien à la maison qu’au travail, ce genre de virus se répand rapidement. C’est un raccourci très tentant pour pénétrer des systèmes informatiques par ailleurs bien surveillés.

« Les services de contre-espionnage ne veulent pas révéler qui est à l’origine de telles pratiques, ni quelles entreprises ou institutions sont ainsi espionnées. Il est cependant clair que l’usage fréquent des clés USB rend la tâche plus facile à ceux qui veulent spolier les entreprises d’informations précieuses.  Par ce biais des clés USB on contourne les mécanismes de sécurité habituels que les entreprises utilisent pour se protéger, comme les pare-feu et les programmes anti-virus. Et puisque les clés font l’aller-retour entre le bureau et la maison, on peut pirater par là des informations venant de réseaux non connectés à Internet, puisque ces informations volées seront emportées par la clé en-dehors de l’entreprise, pour être envoyées ensuite automatiquement par Internet au pirate.

« Les services secrets donnent donc maintenant l’alarme et demandent instamment que les gens soient plus attentifs à la manière d’utiliser leurs clés USB au sein des entreprises et des instances publiques.  – “Vous ne devez pas utiliser la même clé au bureau et à la maison. Vous devriez aussi désactiver sur votre ordinateur la fonction qui permet l’exécution automatique des programmes lorsque la clé est insérée, c’est-à-dire les fonctions “autorun” ou “autoplay” recommande Christophe Birkeland, des services secrets norvégiens. »

Source : norvege.fr

Dans le même ordre d’idées, lire aussi:

“Les Etats-Unis se dotent d’un cyber-commandement militaire

“L’intelligence économique au service de l’Afrique”

In Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Interview, Leadership, Management de l'information, Veille stratégique on 15 octobre 2009 at 8:07

GwethMarshall Consulting est spécialisé en intelligence économique et stratégique, particulièrement sur l’Afrique centrale. Guy Gweth, qui dirige un réseau d’une trentaine de consultants spécialisés en Afrique, en Chine, en Europe ou en Amérique, lève le voile sur ce secteur d’activités encore embryonnaire en Afrique.

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Les défis de la diplomatie économique africaine (2)

In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique on 11 octobre 2009 at 11:00

Rappel: bien avant la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2009, la plupart des grandes puissances travaillaient déjà à orienter leur diplomatie dans un sens résolument Business. En France par exemple, les opérateurs économiques sont quasiment de tous les voyages internationaux de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007.  Pour gagner des parts de marché à l’extérieur et attirer plus d’investisseurs et de touristes étrangers, la diplomatie africaine doit relever au moins deux défis: élaborer des stratégies nationales d’intelligence économique et activer les leviers d’actions stratégiques correspondants.

Activer les leviers d’actions stratégiques

A ce niveau, trois principaux axes retiennent l’attention des stratèges pour ce qui est notamment de l’influence. Il s’agit d’internet, des normes et du cas spécifique des ONG et associations internationales.

Internet

Il n’est nul besoin d’adhérer aux théories du complot pour constater que le traitement de l’information africaine dans les grands médias internationaux pose un grave problème et constitue un puissant frein aux investissements étrangers. Même si l’actualité n’est pas toujours à la fête, force est d’observer que les atouts du continent noir ne sont que très rarement à la une des journaux et magazines. Devant ce constat, Internet apparaît comme une caisse de résonance low cost capable de servir de contre-pouvoir au rouleau compresseur de grands médias. C’est la plage rêvée pour impacter les perceptions d’investisseurs et de touristes potentiels dans un marché qui comptera 2,2 milliards  d’internautes en 2013!

Les normes et classements

A l’heure qu’il est, de nombreux classements et normes existent dans la sphère internationale pour mesurer la performance des États, des entreprises, des individus ou de l’attractivité d’une région. Même s’ils ne font pas l’unanimité, les classements tels que Doing Business attirent l’attention des décideurs politiques, des opérateurs économiques et de l’opinion publique. A défaut d’en créer, la diplomatie économique africaine doit pouvoir infiltrer ces sphères de manière pro-active afin d’en impacter les usages et la finalité. Abandonner ce terrain oblige toujours à la défensive. C’est pour cette raison primordiale que la Chine (à travers l’université Jiao Tong de Shangai) par exemple, a initié le classement des 500 premières universités du monde en 2003, en attendant d’investir le champ des ONG.

Les ONG et associations internationales

Hormis des cas exceptionnels comme celui des autorités d’Abuja qui ont exigé et obtenu les excuses de l’américain Sony le 21 septembre dernier pour atteinte à la réputation du Nigeria dans une publicité, les exécutifs africains sont rivés dans une posture défensive. Pis, ils se défendent mal lorsqu’ils sont pris à partie par des ONG comme Transparency International. Ce type d’affrontement asymétrique est et sera défavorable à l’image du continent tant que l’Afrique n’aura pas généré des ONG capables de faire face à leurs homologues occidentaux. Les dirigeants chinois l’ont appris à leurs dépends lors du passage de la flamme olympique en Europe en août 2008, même s’ils ont su réagir par des opérations d’information ciblées.

La diplomatie économique est avant tout une question d’influence et de stratégie. Produire des connaissances ou des œuvres d’art, créer des normes ou des classements, organiser des visites touristiques ou d’affaires, octroyer des bourses d’étude ou des distinctions honorifiques… sont redoutablement efficaces lorsqu’ils sont pilotés par un État-stratège. Les diplomates ne demandent pas plus pour contribuer  à la richesse des nations.

Guy Gweth

Avez-vous lu Les défis de la diplomatie économique africaine (1) ?

Les défis de la diplomatie économique africaine (1)

In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Soft Power on 8 octobre 2009 at 6:25

Bien avant la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2009, la plupart des grandes puissances travaillaient déjà à réorienter leur diplomatie dans un sens résolument business. En France par exemple, les opérateurs économiques sont pratiquement de tous les voyages internationaux de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007. Du nord au sud du globe, le durcissement de la concurrence et la fébrilité générée par la crise économique et financière ont propulsé la diplomatie économique au devant de la scène. Pour gagner des parts de marché à l’extérieur et attirer plus d’investisseurs et de touristes étrangers, la diplomatie africaine doit relever au moins deux défis principaux: élaborer des stratégies nationales d’intelligence économique et activer les leviers d’actions correspondants.

Élaborer une stratégie  nationale d’intelligence économique

Cette étape fondamentale passe par la définition précise d’une doctrine nationale, le choix des secteurs prioritaires de l’Etat concerné et leur déclinaison institutionnelle et opérationnelle.

Définition d’une doctrine

Si l’on considère simplement l’intelligence économique comme un processus de collecte, d’analyse et de mise en circulation sécurisée de l’information économique utile aux décideurs, il faut en conclure qu’elle est l’indispensable point de départ d’une diplomatie économique efficace. Un tel dispositif peut se révéler extrêmement rentable dans un pays comme le Ghana  qui a bénéficié de la visite très symbolique du Président Obama du 10 au 11 juillet 2009 après l’élection exemplaire de John Atta Mills à la tête de l’Etat, et où la découverte de nouveaux gisements de gaz et de pétrole devrait attirer plus d’investissements étrangers que jamais. Cela implique de définir des principes de bases, un plan d’action précis et des secteurs prioritaires.

Choix des secteurs prioritaires

La délimitation d’un périmètre de priorités est primordiale dans la définition d’une stratégie nationale d’intelligence économique. Elle permet d’éviter des pertes d’énergies là où on en a le moins besoin pour les concentrer dans les secteurs les plus rentables pour le pays. Cela est vrai aussi bien pour les richesses dont dispose une nation que pour celles qu’elle convoite. En se focalisant par exemple sur le secteur des hydrocarbures, le Nigeria a attiré 20 milliards de dollars d’investissements en 2008, soit 8 milliards de plus qu’en 2007, d’après le rapport 2009 de la CNUCED. Cette approche ne doit cependant pas conduire à délaisser les secteurs vitaux tels que l’agriculture. Il faut l’inscrire de manière opérationnelle au cœur des institutions.

Déclinaison institutionnelle et opérationnelle

Comme modèle de déclinaison d’une stratégie d’intelligence économique, il n’y a pas mieux que le super ministère japonais de l’économie, du commerce extérieur et de l’industrie, plus connu sous l’abréviation METI (Ministry of Economics, Trade and Industry). Il a été crée en 1949 sous le sigle MITI pour favoriser les technopôles dans le pays, surveiller les échanges du Japon avec l’extérieur, informer et conseiller les entreprises nipponnes à l’international. Ce modèle pourrait d’autant plus inspirer les gouvernements africains qu’il a été institué dans un Japon complètement dévasté par la 2ème guerre mondiale et qu’il a su fédérer les secteurs publics et privés du pays autour de leviers d’action communs, avec les résultats qu’on connaît.

A suivre prochainement: les leviers d’actions stratégiques

Guy Gweth

Belgique – l’intelligence stratégique vue de Wallonie

In Contre-Intelligence stratégique, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, Veille stratégique on 7 octobre 2009 at 7:15

Encore peu connue sous nos latitudes, l’intelligence stratégique est un enjeu capital pour le développement des petites et moyennes entreprises. D’après Vincent Bovy, directeur de l’Agence de Stimulation Économique, les PME wallonnes seraient bien inspirées de s’en soucier.

Très connue dans les pays comme le Canada ou les États-Unis, l’intelligence stratégique est encore peu connue dans nos contrées. Une méconnaissance qui n’étonne guère Vincent Bovy, le directeur de l’Agence de Stimulation Économique: “Il s’agit d’une approche que l’on ne s’étonnera pas de voir dans une entreprise britannique, suédoise ou finlandaise, et que l’on retrouvera moins au fur et à mesure que l’on se dirige vers le sud de l’Europe”. D’une manière générale, le directeur de l’Agence de Stimulation Économique relève une autre différence culturelle entre les pays du nord et les pays du sud de l’Europe, différence intimement liée à cette pratique de l’intelligence stratégique: “Les pays nordiques ont une forme d’approche directe, une forme de culot que l’on voit moins dans les cultures plus latines”. A cet égard, nos entreprises wallonnes sont pour ainsi dire au milieu du gué: elles sont modérément audacieuses.

“Sortons de nos frontières!”

Doit-on en conclure que nos entreprises sont moyennement menacées? Ce n’est pas l’avis de Vincent Bovy qui relève à juste titre que l’audace devrait être un incontournable de l’économie wallonne: “Nous voudrions voir pointer une préoccupation de croissance au sein des PME wallonnes (…) Il s’agit d’un sujet important, plus encore pour la Belgique et pour la Wallonie où c’est un gros euphémisme de dire que le marché domestique est un marché très réduit. Contrairement à des marchés comme celui de la France ou de l’Allemagne qui sont relativement vastes, le marché belge est un marché beaucoup trop petit et sur lequel évoluent déjà de très nombreuses entreprises. Dès lors, une chose saute aux yeux: la plus petite PME est confrontée à la globalisation de façon nécessairement plus brutale que ne peut l’être une PME allemande ou une PME française. D’où l’urgence, pour elles, d’enfin devenir audacieuses, de sortir de l’exigüité du territoire de la Wallonie et d’intégrer très vite ce processus d’intelligence stratégique.

L’intelligence stratégique, dans le concret

Très loin des grandes théories, Vincent Bovy appréhende cette pratique de manière très concrète: “L’intelligence stratégique, cela revient à intégrer d’autres dimensions sur maîtrise de l’information, sur les aspects liés à la protection du know how, à la maîtrise de tout ce que l’on appelle le knowledge management. Cette approche met aussi en œuvre des actions de lobbying, pratique qui touche à des sujets extrêmement importants puisqu’ils portent sur des questions aussi sensibles que celle des normes, des législations, des réglementations…” A cet égard, Vincent Bovy estime que les PME wallonnes ont encore un long chemin à parcourir: “Très honnêtement, un grand nombre de nos PME risquent vite d’être totalement hors-jeu si elles ne changent pas”. En effet, si les acteurs évoluant au sein des grandes entreprises belges sont totalement convaincus par l’importance de pratiques “exploratoires” comme le lobbying, et si l’on y maîtrise déjà assez bien les risques, c’est malheureusement encore loin d’être le cas au sein des PME”. Une situation très dangereuse, à cause de laquelle une PME wallonne bien portante peut mourir: “Imaginez une PME florissante qui ne s’est pas renseignée à propos des démarches à entreprendre pour protéger une innovation. Du jour au lendemain, elle peut se faire mettre à plat par une entreprise brésilienne, russe ou chinoise qui va lui damer le pion en lui volant une innovation qu’elle n’aura par exemple pas pris la peine de protéger”.

Les trois clefs de l’intelligence économique

C’est précisément là le sens de la démarche de l’Agence de Stimulation Économique: faire prendre conscience de l’urgence à devenir audacieux et à  maîtriser tous les circuits de l’information. Vincent Bovy: “Concrètement, il est important de pouvoir introduire au sein de chaque PME un système de veille économique. Cela va des outils de recherche dont certains -parfois assez performants- sont disponibles gratuitement sur Internet jusqu’à des outils de datamining plus spécialisés. Le deuxième point sur lequel il me semble important d’insister, c’est celui de la stratégie de protection du savoir-faire, de ses recherches, de ses données. Et le troisième et dernier point, c’est celui du lobbying. Imaginons que vous soyez imprimeur. Vous pouvez très bien être confronté du jour au lendemain à une nouvelle norme portant sur les encres. Une norme qui peut vous mettre dans l’embarras, parce que vous n’avez pas pu vous y préparer. En jouant à travers des réseaux que la PME devra prendre le temps de tisser soigneusement, l’entreprise peut accompagner le changement en cours, et se placer dans les meilleures conditions pour sortir grandie des évolutions qui se font jour dans son environnement”.

Ne plus se concentrer sur le seul produit

Pendant des années et aujourd’hui encore, de nombreux entrepreneurs ont eu le réflexe de faire porter leur réflexion stratégique sur leur produit, qui représentait -pensaient-elles- le cœur de leur activité. “Lourde erreur…”, observe encore Vincent Bovy. “Lorsque vous considérez un secteur qui a beaucoup bougé comme celui des matelas, que constatez-vous? Que des entreprises qui proposaient de très bons produits peuvent parfois se faire détrôner par des concurrents venus de pays que l’on pensait inoffensifs comme l’Inde ou le Pakistan”. A cet égard, Vincent Bovy observe que la politique de la PME doit bien sûr continuer à s’exercer sur le produit. Toutefois, pour innover, point de nécessité de mettre en branle des changements technologiques fondamentaux et extrêmement compliqués. Et Vincent Bovy de prendre l’exemple d’Amora qui a été le premier à inventer le panier remonte-cornichons, une sorte de petit panier en plastique qui permet de remonter des cornichons sans avoir à plonger les doigts dans le vinaigre. L’innovation sur le produit est donc une condition nécessaire, mais pas suffisante: il faudra aussi penser en terme de distribution innovante, de packagings attractifs, de partenariats révolutionnaires… Ne pas s’astreindre à cette gymnastique intellectuelle, c’est prendre le risque de laisser mourir son entreprise.

Agence de Stimulation Economique de Liège (Belgique) – Source : Pmekmo

1000 bonnes raisons d’investir au Ghana

In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, veille on 27 septembre 2009 at 4:05

C’est au Ghana que Barack Obama, fraîchement élu Président des Etats-Unis, a réservé sa première visite officielle en Afrique, en compagnie du Corporate Council on Africa (CAA)[1]. C’était du 10 au 11 juillet 2009, 17 mois après son prédécesseur républicain Georges W. Bush. Entreprise dans le cadre de la nouvelle diplomatie américaine du smart power, cette visite avait également pour objectif stratégique de saluer le modèle démocratique ghanéen,  invitant les opérateurs internationaux à y investir.

Patrie du panafricaniste Kwame Nkrumah, le Ghana fait figure de berceau des « États-Unis d’Afrique » et regorge de tout ce que le continent compte de richesses au niveau des hommes, des institutions, de la faune, de la flore, du climat et du sous-sol. Situé au bord du golfe de Guinée, ce pays de 23 382 848 habitants partage ses frontières avec la Côte d’Ivoire, le Togo et le Burkina Faso. Avec ses 238 540 km², (presque l’équivalent du golfe persique) la Côte-de-l’or[2] est réputée pour ses minerais et sa bonne gouvernance économique et politique.

Les découvertes de  pétrole off shore commencées en 2007 (avec les 600 millions de barils des champs pétrolifères du Cap des Trois Points et de Deep Water Tano) continuent. En 2009, la société nationale (GNPC) et ses partenaires (Tullow Oil, Kosmos Energy, Anadarko et Sabre Oil & Gaz) ont annoncé la découverte de nouvelles réserves de pétrole et de gaz sur les côtes du bassin de Tano, à l’ouest du pays. Mis à part ce créneau, l’eau, l’énergie, le BTP, les NTIC et les transports sont les cinq grands secteurs où il fait bon investir en ce moment.

Le Ghana est 92ème dans le classement Doing Business 2010 devant l’Argentine (118), la Russie (120) et le Brésil (129) avec 135 créations d’entreprises sur toute l’année et un indice de divulgation de l’information de 7/10 contre 5.5/10 dans l’OCDE et 4.5/10 en moyenne en Afrique subsaharienne. Il faut 33 jours et 08 procédures pour créer une SARL dans le pays alors que la moyenne est de 41 jours et 9 procédures en Afrique subsaharienne. En visitant le Ghana, Barack Obama a tracé la voie de la réussite aux investisseurs qui osent.

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[1] Fondé en 1993, le Corporate Council on Africa  (CAA) a été institué pour faciliter les relations commerciales entre les  Etats-Unis et l’Afrique. Le Board du CCA est notamment composé des représentants de  Boeing, Chevron, Exxon Mobile, General Electric,  Johnson & Johnson Corp, Merck, Motorola, Oracle, Standard Bank Group et de World Coca-Cola Foundation.

[2] Nom du Ghana avant son indépendance en 1957,  appellation due à  ses immenses richesses minières (or, diamant, bauxite, etc.)

La Guinée ou l’art d’effrayer les investisseurs

In Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Risk Management, Stratégie, Sécurité, veille on 25 septembre 2009 at 1:50

Alors que les pays riches rivalisent d’adresse pour attirer le plus d’investisseurs, de  touristes et de travailleurs qualifiés possible ; alors les pays émergents se battent pour séduire les entreprises qui délocalisent, de nombreux pays au sud du Sahara jouent à faire peur aux opérateurs étrangers. C’est le cas de la Guinée Conakry, un peuple de travailleurs infatigables, une terre de tradition hospitalière pourtant affublée de  la note « D »[1] dans la catégorie « environnement des affaires » du Département Etudes Economiques et Risques Pays de COFACE, au même titre que le Zimbabwé ou l’Afghanistan. L’insécurité.

Des exemples

Le 16 septembre dernier à Conakry, des militaires guinéens se présentent au siège de Total Guinée dans le but d’enlever son directeur général. Le DG, Philippe Chauvin, échappe aux agresseurs grâce à l’intervention de ses employés et de quelques passants. Un mois plus tôt, c’est l’ambassadeur de Ghana qui avait été enlevé, brutalisé et dépouillé par des hommes armés…

Des causes

Depuis la prise du pouvoir par les militaires au lendemain du décès de Lansana Conté le 23 décembre 2008, les diplomates et hommes d’affaires asiatiques, européens et africains sont régulièrement la cible de bandes armées qui se croient au dessus des lois. D’ici à 2012, le marché de la security business va flamber dans ce pays comme c’est le cas actuellement en Côte d’Ivoire.

Des réalités

Malgré ses ressources naturelles, la Guinée Conakry est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Elle est 173ème dans le classement Doing Business 2010[2] avec 179 créations d’entreprises/an pour 111 fermetures et un indice de protection des investisseurs de 172. Il faut 41 jours et 13 procédures pour créer une société à responsabilité limitée (SARL) dans ce pays[3].

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[1] « D » équivaut à la moins bonne note du classement

[2] Doing Business, Rapport 2010, Banque Mondiale (BM) & International Finance Corporation (IFC)

[3] Pour créer une SARL en Afrique subsaharienne, il faut en moyenne 41 jours et 9 procédures.

Les développements de l’intelligence économique en Afrique

In Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie on 20 septembre 2009 at 4:00

Dans Le Monde diplomatique n°666[1], Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, écrit : « je reste, en effet, fondamentalement convaincu que celle-ci (l’Afrique) ne pourra résister aux défis de la globalisation qu’unie et solidaire. » Cette exigence d’unité et de solidarité vaut également pour l’intelligence économique (IE) dont la situation connaît d’énormes disparités sur le continent. Mais aussi inégaux soient-ils, les développements de l’IE au niveau des États, des entreprises, des éducateurs et des experts  doivent concourir à l’éclosion du désir de gagner ensemble que l’Union africaine appelle de ses vœux.

Les États

L’intelligence économique, ne nous voilons pas les yeux, tarde à être considéré comme un sujet d’importance vitale par les gouvernements africains. Sur ce point, les pays d’Afrique francophone (hormis le Sénégal et le Maroc dans une certaine mesure) peinent à emboiter le pas à la France où on observe de remarquables avancées. Malgré la barrière linguistique qui empêche de s’y intéresser de près, les meilleurs élèves du continent demeurent la Libye (2ème) et surtout l’Afrique du Sud (au 1er rang). 45ème pays le plus compétitif au monde[2], cette dernière a été classée 34ème dans le classement Doing Business 2009-2010 devant le Portugal (48), l’Espagne (62), la Chine (89), la Russie (120), l’Inde (133) et le Brésil (129). Le pays de Nelson Mandela attire 6,5 millions de touristes/an (soit trois fois la population du Gabon) malgré de graves problèmes d’insécurité.

Les entreprises

L’état des lieux décrit par Adrian Alvarez dans la dernière livraison de Competitive Intelligence[3] consacré à l’Amérique latine est applicable à l’Afrique. Invoquant les cas du Chili et du Brésil, Alvarez remarque : « Dans ces deux pays, les premiers départements de competitive intelligence ont vu le jour dans de grands groupes (tels que Unilever, Procter & Gamble)… » En Afrique, seules les multinationales comme Bolloré ou Progosa, MTN ou BMCE Bank… ont de vraies unités d’IE. La communauté des hommes d’affaires chinois diffuse également des bulletins d’alertes d’une redoutable efficacité dans la détection et la réponse aux appels d’offre. Certains grands groupes (de télécoms, énergie et transports) bénéficient d’informations concurrentielles obtenues par leurs ambassades grâce au matériel d’interceptions arrivé par la valise diplomatique. Les entreprises locales patientent.

Les éducateurs

Mise à part l’Afrique du Sud, le Sénégal semble être le seul pays africain où l’IE est officiellement enseignée en tant que spécialité. Au Burkina Faso, au Cameroun, au Maroc et à Madagascar notamment, des antennes locales d’universités ou de centres de formation français dispensent quelques heures de veille et d’IE à la française. Pourtant, dans Critical Success Factors in the Brazilian CI Process paru page 13 in Competitive Intelligence (vide supra), Fernando de Almeida, professeur à l’université de Sao Polo relève un détail d’importance: dans des cultures comme celles d’Afrique ou d’Amérique latine, « la communication, dit-il, passe par les mimiques (…) une partie seulement est exprimée de manière explicite, soit verbalement, soit par écrit. » Le refus et/ou l’incapacité d’intégrer la matrice culturelle locale dans les formations d’IE est pour le moins suspect.

Les experts-consultants

Parlant de businessmen dans le royaume chérifien, c’est Abdelmalek Alaoui qui résume à peu près la situation des professionnels africains de l’IE, « cette situation où ceux qui devraient se parler murmurent, ceux qui devraient collaborer s’observent, et où ceux qui devraient interagir se repoussent, conduit à une absence de visibilité totale quant à la stratégie du pays face aux nécessités de la guerre économique »[4] Heureusement, quelques acteurs tels que l’AMIE, GwethMarshall Consulting (1er cabinet d’intelligence économique en Afrique centrale) et l’OAIE travaillent à fédérer les énergies des experts africains au profit de stratégies sous-régionales tournées vers une vision régionale.

Pour conclure son texte cité plus haut, Jean Ping avertit : « au moment où la Commission  est en passe de devenir l’Autorité de l’Union africaine, l’Afrique doit plus que jamais donner des réponses à ses citoyens et lever les incertitudes… » La mission première de l’intelligence économique n’est-elle pas de réduire l’incertitude?

Guy Gweth


[1] Le Monde diplomatique (supplément), n°666, septembre 2009

[2] Forum économique mondial de Davos, Rapport sur la compétitivité globale 2008-2009

[3] SCIP, Competitive Intelligence, volume 12, n°3, mai/juin 2009

[4] Alaoui (A), Intelligence économique et guerres sécrètes au Maroc, Le serpent à plumes éditions, avril 2009

Protégé : Interpol dans la guerre économique

In Coopération internationale, Espionnage économique, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Veille stratégique on 16 septembre 2009 at 12:17

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Quelle intelligence économique pour le sud du Sahara ?

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Sécurité on 13 septembre 2009 at 1:30

Pour la rubrique « Trois questions à » d’un magasine économique, le journaliste  Jean Vincent Tchienehom nous demandait récemment si « c’est cher même pour une petite entreprise d’intégrer l’intelligence économique dans sa stratégie ? » Les entreprises ne s’enquièrent du coût de l’ignorance qu’au moment de mettre la clé sous la porte. La perception qu’ont donnée les fabricants de logiciels de veille à l’IE dissuade nombre de PME et PMI des PMA. Pourtant l’intelligence économique (IE) comme elle opère dans les pays en développement (et singulièrement au sud du Sahara) est sans commune mesure avec ce qui a cours dans les pays riches.

Tout au plus les similitudes s’arrêtent-elles à la théorie et à quelques outils. L’opérationnel est tout autre. Dans ce champ, ceux qui tentent de transférer tel quel le savoir-faire du Nord vers le Sud ne visent qu’à perpétuer la suprématie du premier sur le second. Sans –loin s’en faut- aider à résoudre les questions liées au contexte local. C’est pour cette raison que chaque fois que nous parlons d’intelligence économique et stratégique en Afrique noire, nous attachons du prix à consacrer un chapitre entier à la contre-influence. Ceux qui boivent le sang de ce continent n’arrivent pas en chars. Ils empruntent la culture, les idées.

Au delà de l’aptitude des décideurs à se poser les bonnes questions, de la méthodologie à déployer pour produire du renseignement et des capacités pour chercher, trouver et protéger l’information, l’IE est un moyen de partage enrichissant. Ce que l’on nomme « solidarité africaine » trouve donc ici un terrain d’expression supplémentaire. Mais il importe fondamentalement de bien identifier ses concurrents. Le jour où les Africains mettront un nom sur l’ennemi extérieur, tirer dans la même direction se sera plus une question de coût mais de stratégie d’intelligence commune entre forces vives de la nation.

Car en vérité, l’intelligence économique est par dessus tout un état d’esprit et un esprit d’équipe. Aidée par la mondialisation, la guerre économique telle qu’elle se déploie aux quatre coins du monde n’épargnera aucune entité isolée. Les Africains (États, entreprises, ONG et experts) doivent se « battre ensemble comme des frères » ou se préparer à « mourir ensemble comme un troupeau » suivant la sentence imagée et réaliste de Luther King. De l’Etat-stratège aux pôles de compétitivité en passant par une diplomatie économique résolument offensive, c’est un nouvel état d’esprit qui convoque les décideurs.

Il est étonnant d’observer que les secteurs névralgiques tels que le pétrole, le bois, la bauxite, les transports, les aires cultivables, etc… qui sont la convoitise des puissances étrangères ne soient à ce jour l’objet d’une surveillance par des unités spéciales formées aux techniques d’intelligence stratégique. Des informateurs y sont actifs, mais nous avons prouvé qu’au Congo et en RDC par exemple, ils sont dépassés par les réseaux et la vitesse d’exécution de leur vis-à-vis. Sur ce point, comme sur celui de la guerre informatique en particulier, la refonte des services de renseignements africains est une nécessité  a-b-s-o-l-u-e.

En résumé, l’intelligence économique pourrait bien profiter à l’Afrique noire à condition de se départir de l’influence étrangère, d’instaurer l’Etat-stratège, de définir les secteurs prioritaires, de mettre en place des plateformes de collecte et de partage d’informations, de révolutionner les services de renseignements, de créer des lieux d’échanges privilégiés entre les secteurs public et privé. En attendant, y a-t-il plus loyal que les acteurs africains de l’IE (point d’intersection entre expertise internationale et maîtrise du contexte local) pour avertir et outiller les pouvoirs publics, les entreprises, les ONG et les médias nationaux?

Guy Gweth

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Contre-intelligence : l’expertise d’une PME africaine

Le novembre de l’intelligence économique en Afrique

Dix clés pour comprendre les enjeux de l’IE en Afrique

Intelligence économique: les quatre vérités de l’OAIE

In Gestion de crise, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information on 6 septembre 2009 at 11:01

Joseph_BayeheLe 12 avril 2007, le site Outils Froids publiait un article de 20 lignes intitulé: “Le retour de l’organisation africaine de l’intelligence économique (OAIE).” En guise de conclusion, l’auteur exigeait des excuses et des explications de l’Organisation suite au report sine die du colloque “intelligence économique en Afrique, enjeux et perspectives” initialement prévu du 15 au 18 février 2006 à Dakar. Une demande légitime. Depuis, le temps a passé. Sans effacer les traces de ce qui s’apparente aujourd’hui à une crise mal gérée. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, j’ai invité Joseph Bayehe, Phd., directeur exécutif de l’OAIE pour un entretien vérité. Au nom de l’Organisation présidée par le Général Mamadou Mansour Seck, ancien ambassadeur du Sénégal aux Etats-Unis, il a accepté de me répondre. En exclusivité.

Guy Gweth: la décision de reporter in extremis la tenue du colloque de Dakar sus-mentionné s’est révélée extrêmement éprouvante pour l’OAIE et l’ensemble de ses partenaires. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Joseph Bayehe : il y a eu un mélange de plusieurs facteurs parmi lesquels : un problème de coordination au niveau du Comité scientifique, le départ d’un membre de l’équipe d’organisation, et le désengagement de certains de nos partenaires. Les partenaires qui sont restés et dont la participation était conditionnée par celle des autres ont tiré les conséquences par leur retrait, malgré eux. Je dois dire ici que les choses se sont passées très vite et il y a d’autres détails que je ne peux exposer ici et qui ont milité pour l’annulation.

Avez-vous des regrets ?

Des regrets, évidemment nous en avons. Nous avons mal communiqué ou pas assez communiqué sur les raisons du report-annulation de notre Colloque. Beaucoup d’acteurs africains et non africains de l’intelligence économique n’ont pas selon toute vraisemblance été informés.  Je comprends la réaction qu’ils ont eue par la suite et je saisis l’occasion que vous m’offrez à travers votre blog de présenter au nom de l’OAIE et à mon nom personnel toutes nos excuses à tous ceux qui ont été touchés d’une manière ou d’une autre par l’annulation du Colloque et leur demande de nous réitérer leur confiance. A ceux qui sont restés avec nous, qu’ils trouvent ici l’expression de notre profonde reconnaissance.

De nombreuses personnalités et institutions internationales étaient impliquées dans l’organisation de ce colloque qui sont toujours prêtes à suivre. Pouvez-vous en citer quelques unes?

Je citerai d’abord l’UEMOA et son président Soumaïla Cissé qui a compris depuis 2005 notre combat, et qui de tout temps a eu une oreille plus qu’attentive. La BAD et son Président Donald Kaberuka ; au niveau de l’Union Africaine aussi, du Nepad, de l’ACBF, du CRDI. Des personnalités telles Jacques Bonjawo, Paul Dishman, ancien président de la SCIP et bien d’autres encore. Nous sommes entrain de travailler pour la présence d’au moins deux chefs d’Etats africains. Le moment venu, tout sera dévoilé.

Alors que la guerre cognitive fait rage dans le cyberespace, comment justifiez-vous la relative carence des acteurs africains de l’intelligence économique sur le terrain de la communication stratégique et de la production des connaissances en ligne ?

Il s’agit probablement d’une question de culture et de l’absence d’un catalyseur. Je sais qu’ils sont nombreux les Africains qui veulent produire des connaissances en ligne. Mais ils ont besoin d’un milieu dans lequel ils peuvent s’exprimer, un cadre opératoire.

Il faudrait aussi faire  remarquer les orientations de la plupart des acteurs. Certains aimeraient plutôt mettre leur connaissance au service des entreprises qu’ailleurs. L’existence des blogs comme le vôtre poussera certainement d’autres à s’y investir.

Les Africains sont réputés solidaires. Arrivez-vous à expérimenter cette « solidarité africaine » sur le terrain de l’information et du partage des connaissances ?

Vous savez que chaque fois qu’on parle d’information au niveau des entreprises ou même des États, le mot prend une autre connotation et donne lieu à des réactions qui quelques fois n’ont pas lieu d’être. On n’arrive pas à faire la différence entre ce qui est pour soi et ce qui peut nous servir à nous, mais aussi servir aux autres sans qu’on perde sa compétitivité.

Cette solidarité n’est pas effective au plein sens du terme mais elle tend à s’installer déjà au niveau des intellectuels africains. La sensibilisation et la formation peuvent aider à changer la mentalité. On voit aussi la nécessité de créer des banques de données accessibles et interactives pour limiter la rétention de l’information et favoriser la culture au partage ./.

Vos chantiers thématiques pour la rentrée

In Benchmarking, Diplomatie économique, Intelligence compétitive, Intelligence sportive, Intelligence économique, Stratégie on 4 septembre 2009 at 8:50

Chers lecteurs,

Depuis janvier 2008, vous êtes plusieurs milliers à nous témoigner votre intérêt en consultant, en imprimant et en recommandant des centaines de pages de ce site. Nous vous en sommes reconnaissants. Car par vos commentaires et suggestions, grâce aux demandes toujours plus pointues des ONG’s et entreprises clientes, vous réussissez chaque jour à nous pousser à la conquête de nouveaux territoires d’investigations au profit de décideurs stressés par l’incertitude et des bouleversements constants. D’où ces chantiers thématiques.

Certains parmi vous le savent : si nous théorisons sur l’intelligence stratégique et la diplomatie économique, c’est davantage pour tenir en alerte nos publics-cibles, au plus pour sensibiliser l’opinion africaine, parfois échanger avec des collègues, éventuellement décoiffer les étudiants d’écoles bien pensantes et tracer des sillons aux générations futures, fût-ce modestement. Car l’intelligence, la vraie, ne se raconte pas. Non. Elle se pratique. C’est la substance de cette practice que nous allons exposer d’une manière plus cohérente.

L’objectif est de laisser les aspects pédagogiques de notre matière aux cabinets conseils, aux établissements supérieurs et autres centres de formation pour nous atteler à résoudre (ou tout au moins contribuer à solutionner) les problèmes d’ordre informationnel qui se posent aux États et aux entreprises ainsi qu’aux organisations de la société civile du Sud. Chaque thème abordé comprendra trois articles d’une page A4. Pas plus. Ce que Siméon Ombiono, notre ancien professeur de droit civil qualifie de « pluie d’idées dans un désert de mots. »

Seuls les articles protégés ou dictés par une actualité brûlante échapperont à la règle des trois billets. Chaque fois que cela sera possible, nous invoquerons le passé pour tenter de sonder le présent et nous projeter dans l’avenir. C’est Christian Harbulot, notre maître en infoguerre qui aime à rappeler que « les gens ont tendance à répéter leurs actes… » Cela est particulièrement vrai dans le cadre d’attaques informationnelles comme nous le verrons ensemble. Même en essayant d’innover, les lignes de forces de nos articles resteront celles-là.

Dans les jours qui viennent, nous aborderons tour à tour les thèmes de l’exception africaine en matière d’intelligence économique (en compagnie d’experts africains tels que Joseph Bayehe, directeur exécutif de l’organisation africaine de l’intelligence économique), la souveraineté des États africains en matière de télécommunications où nous montrerons avec l’aide d’ingénieurs comment l’Afrique est sur écoutes 24h/24. Suivront l’affrontement des compagnies aériennes dans le ciel africain, l’agriculture, le tourisme… etc.

Plus tard, le tirage au sort de la coupe du monde de football 2010 au pays de Nelson Mandela sera l’occasion d’approfondir le thème de l’intelligence sportive. Du coup de tête de Zidane aux soupçons portés sur le sprinter jamaïcain Usain Bolt, triple recordman mondial, en passant par les rumeurs lancées contre la championne sud-Africaine du 800 m Caster Semenia… Nous décrypterons les dernières techniques de déstabilisation en cours dans le sport de haut niveau avec l’espoir que l’Afrique remporte sa première World Cup.

Chers lecteurs, si ces chantiers thématiques devaient manquer leur objectif, merci de nous l’exprimer en pensant comme Montaigne que c’est « du choc des idées (que) jaillit la lumière. »

Bonne rentrée !

Guy Gweth

Protégé : Comment Kadhafi a dupé la France, de Tripoli à Paris

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management, Sécurité on 25 août 2009 at 8:45

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La communication défensive des Etats africains : le cas du Cameroun

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Gestion de crise, Intelligence économique, Perception Management, Soft Power on 21 août 2009 at 11:30

La communication c’est la guerre. Ceux qui l’ignorent en font les frais. Depuis les années soixante, décennie des indépendances en Afrique subsaharienne, les États n’ont interprété cet axiome que sous un angle monolithique. On communique essentiellement pour défendre la position officielle du gouvernement. Mais avec la chute du mur de Berlin, le vent de  démocratisation sui generis, les crises, la concurrence et la mondialisation de l’information, les États africains sont contraints d’innover. Leurs gouvernements doivent communiquer vers l’international pour attirer les investisseurs et touristes étrangers, pour accroitre l’influence et le rayonnement du pays, pour déjouer les courbes des agences de notation et parer aux actes hostiles. Epinglé en l’espace de 45 jours par les rapports du CCFD[1] et du Foreign Policy[2], le Cameroun (Afrique en miniature) révèle une communication monarchique de type défensif (I) qui gagnerait à passer en mode républicain de type offensif (II).

I – Une communication de type défensif

Le Cameroun est très certainement le seul pays au monde où la Présidence de la République est dotée de deux sites officiels[3] sur internet. Ce seul indice suffit à trahir l’état d’esprit des griots noirs (A) et des sorciers blancs (B) payés par le contribuable pour gérer l’image de marque du pays.

A/ Les griots noirs

Comme c’est souvent le cas lors des classements de Transparency international inscrivant le Cameroun au tableau des pays les plus corrompus de la planète, les dernières accusations portées contre la fortune du chef de l’Etat camerounais par l’ONG française, CCFD, ont donné lieu à un schéma de défense classique en Afrique : les membres du gouvernement montent au créneau pour se justifier face à une ONG, profitant au passage pour chanter les louanges du Président. Un combat asymétrique perdu d’avance. Car en face, on n’a tôt fait d’enfermer dans leurs propres contradictions ces griots qui entourent leur monarque d’un airbag de flatteries, décrédibilisant ainsi leur pays, presqu’autant que les sorciers blancs.

B/ Les sorciers blancs

Les gourous de RP et communication qui conseillent aux chefs d’Etat africains d’acheter des pleines pages de journaux parisiens pour défendre et promouvoir leur pays et gouvernants lors de visites officielles sont des dealers. Car plus personne ne croit à ce type de communication, et surtout pas le lecteur français, les dirigeants européens encore moins. Aussi entend-on régulièrement nos sorciers blancs se moquer de leur clientèle subsaharienne lors de diners en ville : « ils sont trop généreux… Ils font confiance facilement… Ils ne réalisent jamais d’étude d’impact et c’est tout bénéf pour nous… », confie-t-on entre deux coupes dans les restaurants du VIIè et du XVIè arrondissements parisiens. Vivement l’offensive!

II – Une communication de type offensif

La nouvelle stratégie de communication que nous suggérons aux Exécutifs africains trouve son encrage et ses ressources dans les failles des adversaires (A) et l’expertise nationale (B).

A/ Les failles adverses

A l’heure où de plus en plus d’ONG crédibles servent de bras armés à leur gouvernement ou à des groupes d’intérêts, un traitement particulier doit leur être réservé dans les dispositifs républicains de défense. Dès l’instant où des failles d’ordre moral (dettes de jeu, inscription aux alcooliques anonymes, penchant pour les paradis artificiels…) sont relevées sur ceux qui posent des actes hostiles, il faut riposter en prenant les précautions d’usage, non seulement pour déplacer le débat dans l’espace, en décrédibilisant l’assaillant, mais aussi pour dissuader d’autres adversaires potentiels, en s’appuyant sur des experts nationaux.

B/ L’expertise nationale

Dans son déficit de créativité et sa soumission à l’Occident, aucun État africain – à part la Libye, le Ghana et l’Afrique du Sud – n’a entrepris de générer des caisses de résonance internationales, des think tank, des ONG ou des idiots utiles moralement irréprochables pour traiter d’égal à égal avec leurs adversaires; et à contre-attaquer le cas échéant. Ayant trop tiré sur la corde, « l’église catholique qui est au Cameroun » est désormais disqualifiée pour tenir ce rôle et les conseillers en communication du Président semblent blasés par l’ennemi intérieur. Pourtant, il y a des experts nationaux compétents qui ne demandent qu’à être intégrés dans une stratégie d’intelligence collective au profit de leur pays et du continent africain.

Guy Gweth


[1] Biens mal acquis, à qui profite le crime ?

[2] Classement 2009 des pays à risque

[3]Les deux sites officiels sont: www.prc.cm & www.presidenceducameroun.com

Protégé : Ce que le FBI savait sur Bernard Madoff

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Sécurité on 17 août 2009 at 10:01

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L’Afrique déclare la guerre aux fonds vautours

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence économique, Risk Management, Stratégie, Sécurité on 14 août 2009 at 9:45

Le 29 juin 2009, la Banque africaine de développement (BAD) a lancé l’African Legal Support Facility (ALSF), un fonds international compétent pour les questions juridiques doté d’un budget évolutif de 20 à 30 millions de dollars américains. Objectif affiché: faciliter le règlement des procès relatifs aux réclamations en matière de dettes initiées par les fonds vautours contre les Etats membres[1] ou les Etats non-membres de la BAD qui en font la demande. Autant les vautours sont des rapaces nécrophages qui se nourrissent de carcasses d’animaux, autant les fonds vautours qui sont des fonds d’investissement privés se nourrissent du passif des Etats en faillite. Ils leur rachètent d’abord des créances aux prix les plus bas sur le marché secondaire de la dette. Ensuite, ils les poursuivent en justice aux fins d’obtenir le remboursement de l’intégralité des créances nominales majorées des intérêts de retard. Les efforts de la Bad pour y faire face sont louables. Mais à bien y regarder, la guerre contre l’industrie de la dette est quasiment impossible à gagner par la seule arme du droit. Fût-ce le jus cogens.

Un business en croissance exponentielle

D’après les Nations Unies, les fonds vautours auraient déjà mis la main sur près de deux milliards de dollars[2] à l’issue des décisions de justice. La dernière en date a été rendue en avril 2009 par la Haute Cour de Londres qui a condamné la Zambie à payer au fonds Donegal 17 millions de dollars pour une créance achetée en 1999 à 3 millions de dollars. Actuellement, pas moins de 40 procédures sont en cours contre 20 pays, essentiellement en Afrique et en Amérique latine. La République démocratique du Congo (RDC) totalise à elle seule huit actions en justice dont cinq ont déjà débouché sur une condamnation de l’Etat congolais. D’après une étude publiée le 10 août 2009 par le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde, « un tribunal sud-africain a autorisé la firme FG Hemisphere à saisir pendant les 15 prochaines années les recettes escomptées par la Snel – l’entreprise publique d’électricité de la RDC – sur le courant vendu à l’Afrique du Sud, estimées à 105 millions de dollars. En septembre 2004, ce fonds vautour avait racheté à bas prix une créance impayée de 18 millions de dollars envers l’entreprise publique congolaise

Une seule balle dans le canon: le Droit

L’Afrique entre en guerre contre les fonds vautours en ayant déjà perdu plusieurs batailles. La grande majorité des Etats subsahariens vit sous perfusion des institutions financières internationales. La crise économique et financière actuelle débouchera fatalement sur une nouvelle crise de la dette, période faste par excellence pour les fonds vautours. Que ce soit  la bataille pour la rétrocession de fonds soustraits à leur pays par les dirigeants voyous ou d’œuvres d’art inestimables dérobées par les puissances coloniales…, l’Afrique a-t-elle jamais gagné par la seule arme du Droit? Dans ses Confessions d’un assassin financier, John Perkins montre que les fonds vautours ne sont pas une création ex nihilo. Ils ressortissent d’une stratégie de puissance au service d’un empire. Au mieux, les fonds de l’ALSF suivront  l’un des circuits traditionnels de l’aide au développement: les plaidoiries serviront peut-être à diminuer les annuités des pays pauvres  (objectif affiché), mais à coup sûr, son budget contribuera à gonfler le chiffre d’affaire des grands cabinets d’avocats basés dans les pays donateurs non-régionaux de la Banque africaine (la boucle bouclée).

L’échiquier invisible, un accès réservé

Devant ce tableau, certains analystes[3] commencent à évoquer, pour chaque pays touché, l’idée de commander un audit national dont les résultats pourraient permettre « la répudiation des dettes illicites par les pays créanciers » ou la création d’une cour internationale de justice chargée du contentieux de la dette. Ces idées sont séduisantes mais leur charme est  surtout esthétique. Dans la vraie vie, la bonne santé des fonds vautours va de paire avec l’étranglement des pays où l’Etat a failli. Et à lui seul, le business de la dette symbolise parfaitement la complexité et la violence des affrontements économiques actuels dans le monde. La communauté africaine de l’intelligence économique a un rôle crucial à jouer dans la partie invisible de cet échiquier où l’Afrique, une fois de plus, semble  se réjouir de lancer une nouvelle campagne anti-tabac financée par l’industrie du tabac…

Guy Gweth & Souadou Diagne

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Fonds souverains, nouveaux maîtres de la finance mondiale


[1] La BAD compte 77 membres dont 53 pays africains et des puissances non-régionales telles que l’Allemagne, la Chine, le Brésil, la France, les Etats-Unis, l’Inde ou le Japon.

[2] Le rapport 2008 du FMI sur l’initiative PPTE évalue les gains de fonds vautours à près de 1,168 milliards de dollars.

[3] Référence à Renaud Vivien et Gaspar Denis, co-auteurs  de Un vautour peut en cacher un autre : ou comment nos lois encouragent les prédateurs des pays pauvres endettés,  juin 2009

Intelligence économique : le devoir d’innover

In Communication d'influence, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Management de l'information on 11 août 2009 at 3:59

Ma grand-mère dit toujours qu’il faut s’inspirer des meilleurs. Cette fois, j’ai volontairement fait entorse à ce principe en m’inspirant d’un blogueur apparenté intelligence économique (IE) un brin exalté mais visiblement en panne d’inspiration. Pour reprendre un document intemporel du Service canadien de renseignement de sécurité que nous avons publié sur ce site il y a plus d’un an, il a cru devoir y ajouter sa french touch, ce que le psychologue John Dewey[1] appelle « le désir d’être important ». Le sujet « déplore » sans argument le fait que nous ayons exploité ce document sous l’angle de la contre-intelligence ; et d’ajouter qu’il date un peu… Pour finir, notre brave homme reproduit le même article le 7/8/2009 (!), se contentant de le segmenter comme le font tous les néophytes de la chasse au PageRank[2]. Cette attitude, incohérente en l’espèce, cache en réalité un malaise plus profond dans la communauté de l’IE que je n’ai de cesse d’observer et de regretter ; face auquel je propose une solution. Une.

Ce que j’observe

Lorsqu’on atterrit sur un site/blog d’intelligence économique/ stratégique, on est tenté de s’interroger sur les mobiles de l’auteur. Force est de constater que les objectifs sont rarement explicites. Cette absence de précision est de nature à créer un imbroglio complet chez les internautes qui ignorent alors s’ils sont en face d’une page de communication personnelle, d’un travail universitaire ou devant un site de promotion de moteurs de recherche et /ou de logiciels de veille sur internet. Nos lecteurs francophones (opérateurs économiques, enseignants, consultants, journalistes ou étudiants…) ont pourtant des demandes très précises. Dans leur grande majorité, ils espèrent en effet qu’on leur montre comment, grâce à sa grille de lecture innovante et complexe, l’IE offre le dispositif de défense et d’attaque (soft, hard et smart) idoine en matière de guerre économique. Être incapable de répondre à cette demande primordiale condamne tout auteur de site/blog d’IE à brasser de l’air. Pour l’instant, seuls quelques rares sites francophones tels que Infoguerre répondent avec succès.

Ce que je regrette

Je regrette qu’une trop grande place soit accordée aux techniques de recherche d’informations électronique dans les formations de 3è cycle en intelligence économique. Internet n’est pas le Christ qu’attend la communauté de l’IE. C’est tout juste, dirait Maître Eckhart[3], « le virtuel miroir de l’âme humaine ». D’où l’heureuse formule FJ Beylot de Troover : « sur internet on trouve de tout. On n’y trouve pas tout. » Car l’intelligence économique commence véritablement au moment où on croit détenir l’information recherchée. C’est à partir de cet instant qu’il faut « rompre l’os et sucer la substantifique moelle » selon le bon mot de Rabelais. Issus du moule de l’internet intelligence, les stagiaires qu’on reçoit aujourd’hui en entreprise ou dans les cabinets d’intelligence économique rêvent tous de travailler 8 heures par jour dans un bureau climatisé à collecter des informations que des inconnus ont posté sur internet pour X raisons.

Ce que je propose

On a de plus en plus tendance à oublier que les restaurants, les bars, les cafés … qui jouxtent les entreprises à surveiller sont des foyers intarissables d’informations, que les centres de sport et de loisirs fréquentés par les cadres d’une organisation concurrente sont le lieu idéal pour tamponner une cible. Pourtant nombre d’acteurs de l’IE même parmi les anciens sont incapables de descendre sur le terrain et de ramener des renseignements précis grâce aux techniques d’intelligence humaine (Humint). Combien de Masters en intelligence économique enseignent par exemple les techniques d’interrogatoire téléphonique dans l’espace francophone? [...] Je propose qu’on innove en mettant l’humain (non l’égo) au cœur de l’intelligence économique et stratégique, avec les conséquences que cela implique pour les théoriciens et les praticiens.

Guy Gweth


[1] John Dewey, Human nature and conduct: an introduction to social psychology, Carlton house, 1922.

[2] Critère mathématique inventé par Larry Page, co-fondateur de Google, le PageRank (PR) est l’indice de popularité des pages web. Plus il est élevé, plus la page en question est censée être intéressante pour les internautes.

[3] Philosophe et théologien allemand, Maître Eckhart (1260-1327) affirmait que « l’œil est le miroir de l’âme». Affirmation qu’en l’occurrence, nous transposons au web.

Les taupes de Fidel Castro aux Etats-Unis

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, Sécurité on 9 août 2009 at 11:12

C’est l’histoire vraie d’un couple de septuagénaires américains qui espionnaient leur propre pays au profit de Fidel Castro. Un chef d’œuvre pour les services de renseignements cubains qui ont réussi à traiter pendant 30 ans un haut fonctionnaire US au dessus de tout soupçon. Cette histoire peut être lue sous le prisme de l’intelligence économique, mutatis mutandis.

GG

“Cette fois-là, Walter Kendall Myers a manqué de vigilance. C’est une faute professionnelle pour un agent secret. Le 15 avril dernier, lorsqu’un inconnu l’aborde sur un trottoir de Washington, lui souhaite « bon anniversaire » et lui tend un « puro » – l’un de ces cigares cubains interdits de vente aux Etats-Unis – ce distingué haut fonctionnaire à la retraite est persuadé d’avoir affaire à son « officier traitant » de La Havane. Erreur fatale : l’inconnu en question est en réalité un enquêteur du FBI qui boucle trois ans d’investigations. Et s’apprête à faire éclater au grand jour une affaire d’espionnage digne des meilleurs polars de John le Carré.

“Taupe ayant ses accès dans les sommets de la diplomatie américaine, Kendall Myers, 72 ans, travaillait en effet pour le compte de Cuba… depuis trois décennies ! Expert et analyste en relations internationales au Département d’Etat, ce gentleman au profil d’aristocrate anglais détenait une accréditation « top secret ».

“Il pouvait ainsi accéder quotidiennement à la base de données de cette administration, aujourd’hui dirigée par Hillary Clinton. Avec l’aide de sa femme, Gwendolyn, 71 ans, assistante de direction à la banque Riggs, le fonctionnaire a transmis des milliers de documents et d’informations ultrasensibles à ses officiers traitants, qui, à leur tour, les acheminaient directement vers le bureau de Fidel Castro.

“Arrière-petit-fils de l’inventeur du téléphone Alexander Graham Bell, Kendall Myers présentait pourtant un pedigree au-dessus de tout soupçon. Issus de la bonne bourgeoisie américaine, lui et son épouse vivaient dans un immeuble chic des beaux quartiers de Washington. Amis, famille, collègues ne leur connaissaient qu’une seule passion : la voile, que ce couple BCBG pratiquait chaque week-end à bord de son « 37-pieds ». Jamais, au grand jamais, ils n’avaient manifesté devant eux le moindre intérêt pour la politique latino-américaine ni mentionné le nom de Cuba.

“En cet après-midi fatidique du 15 avril, le vrai-faux officier traitant cubain demande à Kendall Myers de le retrouver, le soir même, au bar d’un hôtel. Deux autres rencontres secrètes suivront, les 16 et 30 avril, toujours à Washington, mais dans l’intimité de chambres d’hôtels. Habitué à travailler en tandem, Kendall Myers vient chaque fois avec Gwendolyn, sa femme, sa complice. Au fil de cinq heures de discussions au total, l’agent du FBI multiplie les questions pièges afin de vérifier les éléments de l’enquête en sa possession.

“En confiance, les septuagénaires n’y voient que du feu. « Comment va tout le monde, à la maison ? » interrogent-ils d’emblée avant d’exprimer leur amour immodéré pour l’île communiste, où ils rêvent de se rendre un jour à la voile, car « Cuba compte vraiment pour [eux] ». L’instant d’après, badins, ils dénigrent les Etats-Unis : « Le problème de ce pays, c’est qu’il y a trop d’Américains. » Mais l’essentiel est ailleurs : lors des trois rendez-vous secrets, par petites touches, les époux Myers livrent d’innombrables et fascinants détails sur leur travail d’agents cubains.

“Titulaire d’un doctorat en relations internationales, Kendall Myers entame sa carrière au Département d’Etat à la fin des années 1970. Spécialiste de l’Europe, il est d’abord enseignant au sein du Foreign Service Institute (FSI), où il prépare les diplomates en partance pour le Vieux Continent. En 1978, lui-même assiste, en auditeur libre, à une conférence sur Cuba donnée par un diplomate de ce pays. A la fin de sa présentation, le Cubain invite Kendall Myers à participer à un voyage d’études non officiel sur l’île, où il se rend en décembre 1978, pendant deux semaines.

Sur place, l’Américain est pris en main, à son insu, par les services cubains, qui lui réservent leur meilleur « tratamiento », lequel consiste à présenter à leurs invités de marque la révolution sous son meilleur jour. Le « traitement » est couronné de succès [...]

Lire l’article complet in L’Express.

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Une taupe dans le dispositif d’intelligence économique

Guerre économique: la bataille pour le contrôle mental

Protégé : Etranges tractations autour du diamant camerounais

In Diplomatie économique, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Lobbying, Stratégie on 3 août 2009 at 8:40

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La Francophonie comme outil de guerre économique

In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique on 29 juillet 2009 at 10:12

Les pays développés ont fait de l’intelligence économique (IE) le moteur stratégique de leur développement et de leurs succès économiques. Dans le contexte actuel marqué par la globalisation des échanges, les États et entreprises francophones et africains en particulier sont condamnés à se doter d’instruments de surveillance, de prévision et d’anticipation. L’intelligence économique apparaît de ce point de vue comme une modalité de gestion de l’espace. L’information peut devenir une arme redoutable si elle est est ciblée, collectée, traitée, sécurisée et surtout partagée sans rétention. Dans un village planétaire travaillé par la guerre économique, l’espace francophone n’offre-t-il pas un excellent site d’expérimentation des stratégies d’intelligence collective ?

Selon Alain  Juillet, ancien Haut responsable français chargé de l’intelligence économique, l’IE est un mode de gouvernance dont l’objet est la maitrise de l’information stratégique et qui a pour finalité la compétitivité et la sécurité de l’économie et des entreprises. L’intelligence économique, c’est-à-dire la capacité de créer des liens entre des informations économiques mais aussi sociales et culturelles, facilite les échanges entre plusieurs acteurs pour résoudre des problématiques de développement complexes. Elle aboutit à une meilleure compréhension des problèmes de marché, de développement des affaires et de coopération culturelle  par la connaissance des valeurs, des représentations.

L’intelligence économique apparaît dès lors comme un créneau pour la Francophonie à l’heure où la tendance stratégique est au rapprochement, au partenariat entre pays et entreprises ayant les même valeurs en partage. L’IE est aussi un vecteur de développement et de coopération entre nations, et c’est dans cette perspective qu’il importe d’explorer de nouvelles voies pour renforcer la présence de la Francophonie dans les Etats membres. C’est d’ailleurs l’occasion pour cette communauté, souvent présentée comme un organisme en perte d’influence de réaffirmer sa légitimité et (pourquoi pas?) de poursuivre une stratégie de puissance dans une dynamique de coopétition.

Certains sont sceptiques quant à l’emploi de l’IE comme outil de combat dans de l’espace économique francophone. La plupart des Etats membres ont en effet un énorme retard à rattraper pour répondre aux défis qu’impose la conjoncture économique mondiale. Ils ont intérêt à construire ensemble un patrimoine informationnel qui assure leur compétitivité, leur permettant des actions offensives et défensives face aux opportunités, aux risques et menaces liés à la concurrence. C’est grâce à une telle prise de conscience suivie d’une politique d’IE qu’un pays comme le Maroc (cf. l’affaire des babouches) commence à résister à l’invasion des produits chinois.

Une autre catégorie de sceptiques est constituée d’acteurs pour qui  l’intelligence économique est l’affaire des pays industrialisés. Il est vrai que la mise en place d’une politique d’IE reste très coûteuse pour un pays en développement. Mais l’un des objectifs de la communauté économique francophone n’est-il pas fondamentalement de se doter d’une plateforme commune de partage d’informations qui permettra à terme d’atténuer l’effort de guerre économique et de sécuriser le périmètre informationnel des pays membres?

Désormais, il y a une nouvelle grille de lecture de l’économie de marché. La mode est au partenariat et à la coopération. Seule une politique de défense économique francophone commune peut par exemple freiner l’appétit de l’ogre chinois qui ne cesse d’accroitre son influence en Afrique grâce à sa stratégie subversive de contournement et d’encerclement. A défaut d’être ouvertement offensive, la Francophonie peut se doter de moyens de défense.

Diagne Souadou

Consultante en IE

Diplômée de l’Ecole de Guerre économique de Paris

Quand Capital s’amuse à pirater des sites d’entreprises

In Gestion de crise, Guerre de l'information, Intelligence économique, Management de l'information, Risk Management, Sécurité on 27 juillet 2009 at 11:25

Le magazine Capital du mois d’août 2009, en kiosque depuis le 23 juillet, met le feu aux poudres et livre un article exclusif et explosif sur les sites web d’entreprise. Et le titre en dit long : « Pirater un site Web d’entreprise, un jeu d’enfant ! ». Les journalistes se sont tout simplement « amusés » à pirater les sites de sociétés telles qu’Orange, Virgin Mobile, HP, Amaguiz ou encore Facebook ! « Pas besoin d’être un pirate pour trouver un trésor : quelques clics et un peu d’astuce nous ont suffi pour forcer la porte de nombreux sites d’entreprise » affirme le journaliste, preuves à l’appui avec un tableau récapitulatif des infos récoltées, de ce qu’auraient pu en faire des pirates, et du temps de réaction des entreprises concernées.

Le principal problème que l’on retient à la lecture de l’article est que les sociétés n’accordent pas assez d’importance à la sécurisation de leur site web. D’autre part, une fois la faille détectée, la réaction de la société est plus ou moins inquiétante. Ainsi Orange a réagit immédiatement et a bloqué son site le temps de le sécuriser, Virgin Mobile a réagit en 24 heures et HP immédiatement. En revanche, d’autres résolvent le problème en un mois voire deux mois pour Facebook, par exemple. Enfin, d’autres ne réagissent pas. Capital expliquent concernant les sites Lactel, Francine et Lustucru que « prévenues par nos soins en mars dernier, les trois sociétés n’ont toujours pas réagi ». (Le magazine est parvenu à se procurer « l’identité et les adresses mail des centaines de gagnants du jeu concours Crêpes en fête organisé en février derniers »).

Alors comment a fait Capital pour devenir un véritable pirate du web et ce apparemment si facilement ? L’article commence ainsi et donne le ton « Fidèles de Virgin Mobile, vous pouvez remercier Capital. Pendant des semaines, votre opérateur téléphonique a laissé traîner sur son site Internet tout un tas de données confidentielles vous concernant : nom, adresse, numéro de téléphone, code secret, identification Imei de votre appareil… Il suffisait de taper sur son clavier un numéro de facture pour la faire apparaître à l’écran » Autres exemples à propos d’Orange : « Pour permettre à ses clients d’accéder à leur facture sans délier les cordons de la bourse, la société leur fournit par e-mail un mot de passe ultrasecret, qui se trouve être un simple numéro. Comme chez Virgin Mobile, il suffit d’en connaître un et de le faire varier (en l’augmentant de 1, puis de 2, etc.) pour avoir accès aux comptes personnels de 400 000 usagers de la maison », et de Hewlett Packard : « nous avons accédé sans difficulté à un fichier comportant l’adresse e-mail des 5 millions de lecteurs de la lettre d’information du groupe ».

Les journalistes n’ont pas profité de leur trouvaille, ils ont averti les sociétés, mais les pirates eux en auraient tiré parti ! A propos du site Virgin Mobile, Capitale explique que : « un hacker facétieux – et prêt à commettre un délit pénal – n’aurait eu aucun mal à bloquer autant de lignes qu’il le souhaitait en quelques minutes. » A propos d’Orange : « Inutile de dire que la concurrence aurait adoré entrer en possession d’un tel fichier. Et les accros aux sites pédophiles plus encore, car il leur aurait permis de surfer à loisir sur le Net en usurpant l’identité des utilisateurs d’Orange. »

Plus grave encore, Capital a réussi à accéder via le site Titre emploi service aux dossiers Urssaf de dizaines de milliers d’employeurs : « Numéros de Siret, fiches de paie des salariés, données bancaires complètes… » et explique « Cette caverne d’Ali Baba aurait permis mille manipulations à des flibustiers malintentionnés, de la création de vraies-fausses sociétés à l’espionnage économique, en passant par toutes les arnaques bancaires possibles et imaginables. Estomaquée par notre découverte, la direction de l’Urssaf a illico fermé son portail pousse-au-crime. En oubliant au passage de prévenir les entreprises cotisantes des risques considérables qu’elle leur avait fait courir. »

Sources : La Vie numérique

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Guerre économique et légitime défense préventive

Les Etats-Unis créent un cybercommandement militaire

Exxon et les négationnistes du réchauffement climatique

In Communication d'influence, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective, Stratégie on 4 juillet 2009 at 12:30

C’est un constat: le réchauffement climatique de notre planète ne fait pas l’unanimité. Et pour cause… C’est un vrai business que de militer « pour » ou « contre » la thèse du réchauffement à Bruxelles ou à Washington D.C. tant les enjeux économiques sous-jacents sont colossaux. Dans les sphères où se décide l’avenir de l’humanité, les stratèges du doute au service du dilatoire (les négationnistes) résistent admirablement au rouleau compresseur de la pensée dominante grâce à une communication d’influence intensive et ciblée. Nous reprenons l’article du Monde ci-après parce que l’écologie est avec la lutte contre le tabagisme l’un des terrains de guerre économique les âpres et des plus feutrés tout à la fois, et que cet article dévoile un des épisodes symptomatiques du climat qui y prévaut.

« Exxon Mobil Corporation, la première compagnie pétrolière mondiale, a financé en 2008 des recherches remettant en cause le réchauffement climatique. Dans son édition du 1er juillet, le quotidien britannique The Guardian rappelle que les comptes d’Exxon Mobil montrent qu’en 2008, la compagnie a participé à hauteur de 75 000 dollars aux recherches du NCPA – National Center for Policy Analys, situé à Dallas (Texas) –, de 50 000 dollars à celles de l’Heritage Foundation et de 245 000 dollars à celles de l’American Enterprise Institute for Public Policy Research, toute deux situées à Washington. Ces différents lobbies sont connus pour leurs positions très sceptiques vis-à-vis du réchauffement climatique.

« Cité par The Guardian, Bob Ward, directeur de la communication de l’Institut de recherche sur les changements climatiques et l’environnement de la London School of Economics, considère que le NCPA comme l’Heritage Foundation ont publié des informations “inexactes et trompeuses sur les changements climatiques“. Le NCPA déclare notamment sur son site Internet que “si les causes et les conséquences de la tendance au réchauffement climatique sont encore inconnues, le coût des actions visant à réduire sensiblement les émissions de CO2 serait très élevé et entraînerait le déclin économique, l’accélération de la destruction de l’environnement, et n’aurait que peu d’effet sur le réchauffement global, quelle que soit sa cause“.

“L’ANNÉE 2008 EST PLUS FROIDE QUE L’ANNÉE 2007″

« De son côté, l’Heritage Fondation publiait, à l’occasion de la conférence sur le réchauffement climatique de décembre 2008 réunissant 190 pays à Poznan (Pologne), un mémorandum dans lequel elle remettait en cause le principe même du protocole de Kyoto. “Un nombre croissant de preuves scientifiques mettent en doute la menace du réchauffement climatique, notamment le fait que l’année 2008 est plus froide que l’année 2007“, écrivait alors Ben Lieberman, analyste principal des politiques de l’énergie et l’environnement pour l’Heritage Foundation.

« The Guardian rappelle pourtant qu’ Exxon avait admis, dès mai 2008, que son soutien à des groupes de pression qui remettent en question les changements climatiques entravait les actions visant à lutter contre le réchauffement. La compagnie affirmait alors son intention de couper les fonds de plusieurs de ces lobbies pour ne plus détourner l’attention sur les nécessaires recherches en matière d’énergie propre.

« Et malgré tout, selon l’agence AP, Exxon Mobil, comme les autres compagnies pétrolières, a encore augmenté de manière importante ses dépenses en matière de lobbying au cours du premier trimestre 2009. L’agence de presse chiffre à 44,5 millions de dollars les sommes déjà investies à Washington par les différents lobbies pétroliers en seulement trois mois, contre 129 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2008.

« Avec 9,3 millions de dollars investis, Exxon Mobil a déjà multiplié par trois ses dépenses par rapport à 2008. Selon AP, les compagnies pétrolières et les raffineurs cherchent notamment à limiter le coût de l’impact de la politique de Barack Obama sur le réchauffement climatique. »

Guy Gweth

Sécurité : Périclès convoqué place Beauvau

In Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, Sécurité on 22 juin 2009 at 5:45

Illustre homme politique grec, Périclès vécut de -495 à -429. Particulièrement éloquent, ce fils de militaire s’initia très tôt à la gestion des affaires de la cité avant d’accéder au poste de stratège où il fut exceptionnellement élu quinze ans de suite. Son influence fut telle sur son époque qu’aujourd’hui encore, certains parlent du « siècle de Périclès » comme on parlerait du siècle de l’information, toutes proportions gardées bien sûr. Car si ce brave stratège athénien devait ressurgir pour calibrer la quête du renseignement aux exigences des Etats modernes, il opterait sans doute pour un logiciel d’analyse de données à entrées multiples. C’est ce qu’a entrepris le ministère français de l’intérieur pour mettre à la disposition des gendarmes, des policiers et des juges cet outil d’enquête assisté par ordinateur (EAO). Une démarche qui intéresse aussi les professionnels de l’intelligence économique et stratégique.

Comment va fonctionner Périclès ?

Si dans les prochains jours, le ministère français de l’Intérieur réussit à faire passer son article spécial dans la loi d’orientation pour la sécurité («Lopsi 2»), alors pour tout individu tombant sous le coup de cette loi, Périclès pourra, sous le contrôle d’un juge, fournir en un clic : des données relatives à ses antécédents judiciaires, ses appels téléphoniques, ses informations bancaires, sa sécurité sociale, son permis de conduire, sa carte grise, son Google profile (réseaux sociaux compris: Facebook, Twitter, MySpace… etc.) ainsi que les références GPS du périmètre du crime et des environs. L’objectif des analystes ici sera de détecter la répétition de signatures techniques. Car plus on introduira des fichiers interopérables, plus Périclès aura le pouvoir de générer des « associations». Ainsi, pour le criminologue Alain Bauer, «la méthode sérielle crée des coïncidences là où il n’y avait que des hasards».

Périclès représente-il une révolution ?

Fidèles à l’image d’exception qu’ils ont de tout ce qu’ils réalisent, certains amis français parlent déjà de révolution à propos de Périclès dans Le Figaro, ce qui n’est pas faux si on se limite à l’Hexagone. Car jusqu’ici, les policiers et gendarmes français devaient étudier chaque fichier de manière quasi artisanale, avec une lenteur prudente mais préjudiciable à l’enquête. Périclès sera révolutionnaire parce qu’avec son système de réquisition judiciaire accélérée, il ira instantanément collecter l’information actualisée dans des bases de données des administrations publiques (ex: la police) ou privées (ex: les opérateurs de téléphonie mobile). Mais il suffit de regarder des séries américaines telles « FBI: portés disparus » ou « Les experts Miami » pour se rendre compte qu’outre Atlantique, les enquêteurs fédéraux ont plus de dix ans d’avance sur le sujet, y compris dans le cadre d’opérations de competitive intelligence.

Quel intérêt pour les experts de l’IE?

L’idée que Périclès s’étende aux banques de données d’administrations telles que les institutions financières, le fisc ou la sécurité sociale attise silencieusement la convoitise des professionnels de l’intelligence économique qui aimeraient bien en avoir une copie. Hélas, pas dans la patrie des droits de l’Homme ! Certaines associations n’y voient-elles pas déjà une espèce d’EDVIGE pour les méchants ? En tout état de cause, ce logiciel consacre la république des analystes dans une société de l’information où la principale équation à résoudre en matière de renseignement est calquée sur le calcul de la vitesse (V= d:t) [2]. L’intelligence économique appliquée au territoire a donc instamment besoin d’un Périclès à lui, tout aussi respectueux de la vie privée des citoyens que de la sécurité économique de la nation et des entreprises dites stratégiques. Les pires criminels ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils ont muté. Périclès aussi.

Guy Gweth


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pericles

[2] Vitesse (V) = distance (d) : temps (t). Mutatis mutandis,

Renseignement (R) = information(I) : temps (t)

La competitive intelligence à l’usage des ONG

In Benchmarking, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence économique, Management de l'information, Sécurité on 8 juin 2009 at 5:45

Le 12 avril 2009, le New York Time plaçait « Dead Aid»[1] au 29è rang des best-sellers aux Etats-Unis. L’ouvrage de la Zambienne Dambisa Moyo[2] décrypte avec méthode, chiffres et exemples, comment le business de l’aide au développement accroit la dépendance de l’Afrique et profite à des réseaux d’ONG rompues aux techniques de guerre économique. Dans son éditorial du 29 avril 2009 au Time, Paul Wolfowitz, ancien directeur de la Banque Mondiale, confirme l’analyse de l’économiste africaine de 40 ans (classée parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde[3]) et comprend la tension déclenchée par la parution de l’ouvrage dans les milieux de la solidarité internationale. Désormais dotées de stratèges et de lobbyistes, de business models et de commerciaux, de réseaux et de communicateurs, la plupart des grandes ONG maîtrisent parfaitement les techniques de competitive intelligence et les appliquent sans en parler.

Tous les spécialistes de la charity business savent qu’à chaque début d’exercice,  les responsables financiers d’ONG de développement se posent systématiquement ces trois questions : 1. Quels bailleurs financent tel type de projet ? (In-Out), 2. Quels projets finance tel bailleur de fonds ? (Out-In), 3. Comment rester compétitif en développant des sources de financements autonomes ? (In-In). Les professionnels de la competitive intelligence aident les décideurs à y répondre en activant trois touches :

1. Veille et enquêtes ciblées (sur les bailleurs de fonds, leurs projets, leur langage, leurs enveloppes, leurs exigences, leurs réseaux…) ;

2. Cartographie et profiling des acteurs (décideurs, concurrence, entreprises, relais d’opinions, donateurs publics et privés…) ;

3. Recherche, innovation et sécurité de l’information (Benchmarking, knowledge management, anticipation des tendances, protection du patrimoine informationnel pour éviter des intrusions comme celle d’EDF sur Greenpeace récemment.)

Depuis une décennie, les grandes figures de l’action humanitaire telles que l’Abbé Pierre ou Mère Teresa sont étudiées dans les meilleurs cursus d’intelligence économique et stratégique. Leur décryptage révèle que les techniques utilisées pour attirer les financements dans ces « organisations à but non lucratif » n’ont rien à envier aux opérations de guerre psychologique conçues par des officines ou des agences de marketing. Avec la bénédiction des Nations Unies, la multiplication des acteurs de la société civile a généré une extraordinaire concurrence entre les protagonistes ; et, à l’instar des marchés de Dieu, de la sécurité ou de la beauté, le business de la pauvreté se nourrit des failles décelées dans nos perceptions. Ce sont aussi ces failles que Dambisa Moyo a mis en exergue dans Dead Aid. Son courage et son expertise lui valent aujourd’hui d’être particulièrement écoutée des présidents Khadafi de Libye et Kagamé du Rwanda sur les questions d’aide au développement.

Guy Gweth*


[1] Dans Dead Aid (L’aide fatale), l’auteur soutient que la suspension dans un délai de 5 ans de toute aide accordée à l’Afrique, hors aide d’urgence « permettrait de stimuler la croissance » du continent.

[2] Dambisa Moyo est titulaire d’un doctorat en économie de l’université d’Oxford, d’un master de l’université de Harvard et d’un MBA de l’American University of Washington D.C.. Après la Banque Mondiale, elle a travaillé 8 ans chez Goldman Sachs avant de prendre la direction du hedge fund Absolute Return for Children. Dambisa Moyo milite pour des mécanismes innovants d’autofinancement du développement en Afrique à travers la microfinance, l’accès aux marchés de capitaux et le commerce avec la Chine.

[3] Classement 2009 du New York Time

* L’auteur de cet article a été consultant auprès d’Amnesty International, Caritas Internationalis, Catholic Relief Services, Justice & Paix, Friedrich Ebert Stiftung, etc.

Passeport diplomatique pour l’intelligence économique

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence économique, Perception Management, Risk Management on 24 mai 2009 at 1:31

La « grippe mexicaine » a été rebaptisée « grippe A (H1N1) » le 29 mai 2009 par l’OMS[1] à la suite d’intenses pressions exercées par les diplomates mexicains à l’ONU. Devant l’hyper-médiatisation de la crise, Felipe Calderon a vite calculé le manque à gagner que risquait de constituer l’adjectif de cette épidémie sur l’image et donc l’économie du pays. Dans un environnement où de grands médias servent de machines à faire croire et à formater les esprits, la contre-influence exercée sur des cibles stratégiques est indispensable pour minimiser le risque-pays et continuer d’attirer investisseurs, touristes, chercheurs et sportifs. A l’étranger, cette tâche qui échoit traditionnellement aux missions diplomatiques appelle désormais des compétences spécifiques qui ressortissent de l’intelligence économique (IE).

En visite officielle en Australie le 6 mai 2009, le ministre belge des affaires étrangères, Karel de Gucht, n’est pas passé par quatre chemins : « les ambassades doivent être des machines de combat économique » surtout par temps de crise. La France dont la diplomatie économique[2] a atteint des sommets d’agressivité sous la présidence Sarkozy pourrait, avec l’entrée probable de Claude Allègre au gouvernement, opter pour un super ministère de l’industrie, de l’innovation et des nouvelles technologies. Si ce projet de METI[3] à la française venait à se réaliser, nul doute que les missions du successeur d’Alain Juillet (haut responsable à l’intelligence économique) seraient reconfigurées en vue, notamment, d’une meilleure déclinaison top-down au sein des postes diplomatiques français comme le font les Japonais.

Pour résister à la concurrence italienne, égyptienne ou tunisienne, le plan de captage des réserves de devises libyennes mis en place par certains entrepreneurs marocains bénéficient désormais ouvertement du concours de la diplomatie économique chérifienne. Avec 50 milliards de dollars d’investissements extérieurs en 2008, la stratégie de conquête des marchés étrangers voulue par Mouammar Khadafi repose sur deux principaux fonds souverains crées en août 2006. La Libyan Investment Corporation dont les marchés européens sont la cible est gérée par Mohamed Layas et dotée d’une enveloppe variable de plusieurs dizaines de milliards de dollars. A ses côtés, la Libyan African Portfolio pilotée par Bechir Salah est tournée vers l’Afrique. Rabat œuvre à attirer leurs investissements dans le royaume.

En Afrique subsaharienne, on note déjà une timide évolution dans les mentalités en vue d’un joint-venture diplomatique entre opérateurs économiques et dirigeants politiques. Un petit nombre de chefs d’Etat, malgré les clivages partisans, commencent à voyager à l’étranger avec leurs chefs d’entreprises. Certains parmi eux se demandent s’il faut former le personnel diplomatique à l’intelligence économique ou plutôt nommer des professionnels de l’IE au sein des missions diplomatiques pour faire face aux exigences de l’infoguerre économique. Encourageant l’initiative des premiers, nous répondons aux seconds avec le même réalisme opérationnel que les conseillers en communication du président mexicain: « urgence fait droit !»

Guy Gweth


[1] OMS: Organisation Mondiale de la Santé, organe spécialisé du système des Nations Unies.

[2] Entre 2007 et 2009, la diplomatie économique de Nicolas Sarkozy a littéralement pilonné l’Afrique subsaharienne, l’Arabie Saoudite, le Brésil, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Mahgreb et le Mexique,  avec quelques succès comme la signature de l’accord d’exploitation entre Areva et le gouvernement nigérien en janvier 2009.

[3] METI: Ministry of Economy, Trade and Industry, créé en 1949 sous le sigle MITI (Ministry of International Trade and Industry), c’est le  Saint Raphael de l’économie japonaise. Il surveille les échanges intérieurs et extérieurs du pays, informe et conseille les entreprises japonaises sur les marchés extérieurs et les NTIC.

L’éveil de l’intelligence économique en Côte d’Ivoire

In Guerre économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information on 7 mai 2009 at 6:29

L’objectif stratégique d’une opération de relations publiques est le contact. Le 14 mai 2007, l’ISEAM organisait un colloque sur le thème « intelligence économique et Afrique » au palais du Luxembourg à Paris. L’occasion d’approcher une pionnière de l’IE dans l’Hexagone, Josette Buffaerts-Thomas, origine haïtienne, Pdg de CIM, administrateur de la Fépie, bonne connaissance de la Côte d’Ivoire. « Il y a dix ans, j’ai travaillé sur les premiers dispositifs d’intelligence économique au Gabon et en Côte d’Ivoire avec des gens de très bon niveau, me confia-t-elle. La majorité avait le titre de docteur…» Plus tard, visiblement émue, elle ajouta : « je ne comprends pas pourquoi ça ne démarre pas. »

Un peu plus d’un an après cet entretien, le 25 septembre 2008, la fondation Stratégie Défense MAG démarrait ses activités en Côte d’Ivoire à l’initiative de Marie Ange Gabrielle Adjobi, ancienne auditrice de l’Institut français des hautes études de défense nationale (IHEDN). Doté d’un budget déclaré d’un milliard de frs cfa (?), la fondation qui s’est positionnée sur le segment patriotique de l’intelligence économique a depuis commencé à sensibiliser les publics cibles aux nouveaux enjeux de la défense nationale. Elle offre des prestations payantes aux entreprises et cadres supérieurs ainsi que des formations gratuites d’initiation à l’IE. Son site internet, très attendu, y apportera plus d’aura et de visibilité.

En attendant, le « 1er blog d’intelligence économique en Côte d’Ivoire » est en ligne depuis le début de l’année. C’est l’oeuvre d’un jeune ami, Marc Amand, directeur associé du Cabinet Ileads basé à Abidjan. Ce blog encore à ses débuts se veut une plateforme d’informations utile aux décideurs ivoiriens. Avec le temps, il se forgera une identité. Pour le moment, la stratégie ivoire de l’auteur ne vise pas à créer un contenu original, encore moins à échafauder des théories d’intelligence économiques inédites. Marc Amand publie avec l’opiniâtreté de la goutte d’eau dont la chute répétée perfore le granit des mentalités de l’entreprise ivoirienne. « Là où il y a une volonté, il y a un  chemin » écrivait Lénine.

La volonté du gouvernement de Laurent Gbagbo de relancer la machine économique du pays après plusieurs années de recul lié à la crise politique et militaire remet naturellement l’intelligence économique au goût du jour. Pour s’en convaincre, la session de perfectionnement aux investissements internationaux du 16 au 21 mars 2009 sous la direction de Gnamien Yao, directeur de l’Institut africain de développement et de stratégie (IADS) et Pascal Chaigneau, administrateur du Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS) de Paris, a permis aux participants et experts de débattre sérieusement de la problématique de « l’intelligence économique, enjeu de compétitivité nationale. »

Si Josette Buffaerts-Thomas peut aujourd’hui se réjouir du réveil de l’intelligence économique au pays d’Alpha Blondy comme partout ailleurs en Afrique, nul doute qu’elle espère comme l’ensemble de la communauté de l’IE une meilleure présence online des acteurs ivoiriens. Grâce à des recoupements, on sait à présent que de nombreux experts en intelligence économique d’origine et/ou de nationalité ivoiriennes gisent dans l’anonymat aux motifs qu’ils ne sont visibles ni sur internet, ni dans la presse, ni dans les librairies. Mais à tous ceux ont douté, les Gabrielle Adjobi et Marc Amand… apportent la preuve qu’en matière de défense économique nationale, il y a des générations spontanées.

Guy Gweth

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Le novembre de l’intelligence économique en Afrique

Evaluer la performance de l’intelligence économique

In Benchmarking, Débat, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique on 3 mai 2009 at 1:59

L’intelligence économique (IE) aura sa révolution le jour où elle fera scission avec l’idéologie. Pendant quelques années encore, la profession pourra s’appuyer sur l’esprit et la théorie de la défense nationale pour sensibiliser le personnel politique et les dirigeants d’entreprises dites stratégiques. C’est la phase des premiers pas et de la pédiatrie. Mais les vrais professionnels savent que cette posture ne durera pas ad vitam eternam. Arrivée à maturité (les Anglosaxons sont plus avancés) l’IE francophone devra se séparer de sa part affective pour devenir une discipline « mûre » comme le sont aujourd’hui le marketing ou l’audit comptable…, c’est à dire dotée de  règles de métier solides et reconnues, de pratiques éprouvées et d’outils pertinents pour évaluer sa performance individuelle  comme tout autre service de l’entreprise.

A l’heure qu’il est, les responsables d’IE au sein des grands groupes arrivent à peu près à communiquer sur leur métier en interne. Il est évident qu’un cadre dirigeant sensibilisé comme on l’a vu plus haut sera davantage enclin à écouter et à appuyer le responsable de veille ou d’intelligence économique. Des auteurs comme François Jakobiak font d’ailleurs du soutien du Top management la condition sine qua non à la réussite des acteurs d’IE. Mais lorsqu’Alex arrive en commercial pour vendre l’intelligence économique à un dirigeant de PME (à coup d’arguments sur la sécurité informatique, d’exemples de détection de nouvelles tendances ou en vantant l’efficacité des derniers outils de veille automatisée…) on lui prête souvent attention, s’enquiert du coût, calcule mentalement, guettant le moment idéal pour lui demander: combien ça va rapporter?

Thats’s the question ! Quel montant attribuer aux gains générés par l’IE dans une entreprise ? Les responsables des services marketing et communication arrivent déjà à chiffrer les bénéfices d’une campagne publicitaire, fût-ce de manière approximative. Pas nous. Pourtant, en période de crise, comme l’écrit Patrick Jaunant in Obectif Performance, « les entreprises ont tendance à lancer des ‘programmes de transformation’ de leurs fonctions métier et support en vue d’améliorer la performance » ; et les services marketing/communication sont les premiers qui passent à la trappe. Alors au nom de quels arguments l’intelligence économique résisterait-elle, étant entendu que le management ne dispose pas d’outils pour évaluer sa rentabilité financière et sa performance? C’est ici qu’émerge notre idée de benchmarking.

Lorsque dans certains pays, on commence à fixer des objectifs chiffrés à des unités de police, que dans la grande distribution les services de sécurité ont des minima d’arrestations/j à honorer, qu’au sein d’un gouvernement les ministres sont notés… la communauté des professionnels de l’IE est en devoir d’enquêter sur les outils de cette recherche de performance. Détecter de nouveaux entrants sur un segment, intoxiquer un veilleur hostile,  sonder les clients du concurrent, cartographier le réseau d’influence de ceux qui sont en face… C’est bien. Mais si le décideur ne suit pas ? Comment s’inspirer de Robert Kaplan et David Norton pour formaliser un Balanced Scorecard spécifique à l’IE ? Sans doute faudra-t-il une révolution pour poser ces questions dans la sphère francophone. Mais  c’est inéluctable.

Guy Gweth

Entreprise en crise ? Une aubaine pour la concurrence

In Espionnage économique, Gestion de crise, Intelligence économique, Sécurité, veille on 19 avril 2009 at 12:46

careAu sein de la communauté des professionnels de la competitive intelligence, les plus anciens racontent parfois combien il peut être difficile d’exercer ce métier toute sa vie. Car il exige une attention et une tension extrêmes ainsi qu’un excellent quotient de paranoïa. Dans les entreprises  sensibles qui connaissent la crise et surtout les plans sociaux, les professionnels de l’intelligence économique (IE) sont véritablement sur le pied de guerre.

En temps normal, il n’est déjà pas aisé de sensibiliser les titulaires de postes sensibles aux gestes de sécurité (référence aux moyens de communication, aux rencontres fortuites, aux publications dans des revues spécialisées, aux interviews, à la participation aux salons…) A fortiori en temps de crise. Comment convaincre un salarié qui va quitter le navire contre son plein gré qu’il peut être “tamponné” en vue de fragiliser le patrimoine informationnel de sa future ex-entreprise ? Cela appelle des compétences spécifiques.

La crise, le chômage partiel, les plans sociaux ou les fermetures d’usines et les mouvements sociaux qui s’en suivent deviennent dès lors une véritable aubaine pour des concurrents en quête de renseignements industriels ou technologiques. D’autant que lorsqu’un salarié est invité à quitter la compagnie, il se sent généralement « trahi », a parfois envie d’en découdre et/ou de trouver une oreille attentive (cible idéale pour l’élicitation). Or « c’est dans les moments difficiles que l’on reconnaît ses vrais amis »…

Comment détecter une intrusion? Not easy, puisque le profil type est celui d’une personne attentionnée, bienveillante et désireuse de recueillir les confidences, de comprendre et, éventuellement, de proposer son “aide”. Elle se mêlera aux déçus de l’entreprise, soit comme  collègue (taupe?), soit comme « journaliste », soit comme « syndicaliste », soit comme « membre d’une association », soit comme « ami d’un ami » ou voisin de tabouret dans le bistrot qui jouxte l’entreprise…

Il se peut alors que le professionnel du renseignement humain (Humint) en mission chez le concurrent en crise décide de traiter durablement sa cible jusqu’à l’embaucher. Il se peut  aussi a contrario qu’il lui fausse compagnie en lui laissant une carte de visite (ou professionnelle) trafiquée après avoir ponctionné les renseignements visés par son donneur d’ordre. Dans la plupart des cas,  la cible a la vague sensation d’avoir été réconfortée ou vidée par « un type sorti de nulle part… » Un professionnel.

En tout état de cause, la crise reste une formidable opportunité pour les prédateurs d’informations à haute valeur ajoutée et une aubaine pour les acteurs de l’IE, qu’ils soient  employés dans une entreprise en crise, chez le concurrent de cette dernière ou en libéral.

Guy Gweth

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L’IE* au secours de la microfinance camerounaise

In Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Stratégie, Sécurité, veille on 16 avril 2009 at 8:30

Dans une interview publiée le 12 avril 2009  dans Les Afriques, Jacques Attali (président de PlaNet Finance) prévoit 30% de croissance par an pour la microfinance en Afrique dans les prochaines années. « L’Afrique représente 10% des encours de la microfinance mondiale, avec 10 millions de bénéficiaires» sur lesquels il importe de veiller de manière spécifique.

Au Cameroun, le programme intégré d’appui aux acteurs du secteur informel (Piaasi) a bénéficié depuis 2005 de près de 4,5 milliards de fcfa issus des fonds PPTE (Pays pauvres très endettés) et octroyé 5000 microcrédits, générant un total de 20.542 emplois (dont 5542 emplois directs et 15000 emplois indirects). Les pouvoirs publics confrontés à d’énormes difficultés de recouvrement doivent désormais faire appel à l’expertise des acteurs de l’intelligence économique au Cameroun et dans la zone Cemac.

Le 15 janvier 2009, le ministère camerounais de l’emploi et de la formation professionnelle faisait savoir que « sur un montant de 1.760 millions fcfa de crédits accordés en 2006 et 2007 aux acteurs du secteur informel, seulement quelques 200 millions ont été recouvrés. » Le 14 avril 2009, Claude Meloné Loé, le coordonnateur du Piaasi, a dû avouer que les autorités sont confrontées à « des bénéficiaires des microcrédits qui se délocalisent, se font tuer en fabriquant des actes de décès, ou alors changent d’activités. »

L’une des principales caractéristiques de la microfinance étant l’éthique, la décision du gouvernement camerounais d’inscrire comme priorité le recouvrement des fonds prêtés tombe parfaitement dans le champ d’investigation de l’intelligence économique et exige un process de renseignement parfaitement adapté au sujet, à la cible et au contexte locaux.

Guy Gweth

*IE: Intelligence économique

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Intelligence économique au Cameroun: on sensibilise

Intelligence économique et guerres secrètes au Maroc

In Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Sécurité on 15 avril 2009 at 4:45

Abdelmalek Alaoui, associé gérant de Global Intelligence Partner et ancien étudiant de l’Ecole de guerre économique, a le mérite de poser les grandes problématiques auquel un pays doit faire face au risque de subir un déclassement économique mais aussi politique. Son livre, Intelligence Economique et Guerres Secrètes au Maroc, est à la fois un livre politique, visant à faire prendre conscience au Maroc de l’importance de l’IE, et un livre témoignage, montrant par l’exemple ce que peut apporter l’IE  [ ... ]

Le principal frein, selon A. Alaoui, au développement d’une politique d’intelligence économique est la résistance au changement qui est une pratique en grande partie héritée de l’époque coloniale (même si la présence française a ancré dans les têtes le « principe de précaution », indispensable à l’IE). Ce « tropisme français » s’est ainsi transformé en « maladie marocaine », une tendance au conservatisme qui se retrouve dans l’attitude économique. Selon A. Alaoui, le dirigeant marocain est frappé de « parisianisme » aigu.

De plus, « le Maroc a un système culturel où celui qui prend des risques fait figure de « mauvais joueur ». L’originalité jugée suspecte pousse à se méfier de celui qui en fait preuve et à le mettre sous contrôle. Le pays ne favorise donc pas l’aventure, l’imagination, la créativité, la prise de risque et l’ouverture aux idées nouvelles ».

Ce double frein culturel induit des insuffisances en matière de politiques d’intelligence économique : PME non sensibilisées, frilosité pour les partenariats public-privé, manque de culture du partage, opacité des circuits institutionnels fournissant des informations stratégiques, etc. Comme le dit l’auteur, « cette situation, où ceux qui devraient se parler murmurent, ceux qui devraient collaborer s’observent, et où ceux qui devraient interagir se repoussent, conduit à une absence de visibilité totale quant à la stratégie du pays face aux nécessités de la guerre économique ».

Pourtant, le Maroc dispose d’atouts et doit aller de l’avant. « L’ambition du Maroc [...] doit être la création du « Marocain hybride », qui sait surveiller comme les Chinois, analyser comme les Français et agir comme les Américains. [...] Ce Marocain doit être agressif dans la mondialisation, informé des risques et opportunités et confiant dans son pays et ses gouvernants ». Or, cela amène à parler de la formation. Outre la nécessité de créer une agence marocaine d’intelligence économique ainsi qu’une doctrine, Abdelmalek Alaoui prône la création d’une « école de guerre économique marocaine, ouverte aux civils et aux militaires » permettant la formation de cadres de haut niveau.

Ainsi, pour l’auteur, la doctrine de guerre économique répond à un impératif absolu pour le Maroc, qui doit conserver un rythme de croissance au moins équivalent à celui des dix dernières années, au risque de ne pouvoir résorber de manière durable les inégalités. « Le pays a su identifier ses réserves de croissance et de développement mais n’a pas encore la maîtrise des outils pour pérenniser cette tendance positive ».

Sources : Infoguerre

Les entreprises africaines invitées au bal de l’IE*

In Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, veille on 11 mars 2009 at 9:32

Le ministre nigérien du Commerce, Halidou Badjé, a invité ce mercredi, les entreprises africaines à maîtriser et protéger les informations stratégiques liées à leurs domaines d’activité.

La maîtrise et la protection de l’information stratégique est un facteur important pour tout acteur économique dans son élan d’accroissement et de développement, a dit M. Badjé en marge de l’ouverture d’un colloque international de trois jours sur « la compétitivité des entreprises et l’intelligence économique ».

Premier colloque du genre à être organisé au Niger, cette rencontre qui réunit des experts africains et européens, permettra d’élaborer des modèles d’actions au profit des entités étatiques et des entreprises, indique-t-on.

« Ce colloque intervient au moment où le Niger engage un programme de restructuration et de mise à niveau de ses entreprises (…) face au contexte de mondialisation et des APE », a souligné le ministre du commerce.

Le débat, a estimé M. Badjé, devra dépasser le cadre de ce colloque pour charrier toutes les composantes de l’activité économique notamment les universités et les Instituts de formation afin de permettre aux jeunes diplômés d’avoir des informations précises sur l’intelligence économique.

Selon lui, une étude menée récemment sur 147 entreprises de l’espace de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) a montré que celles ayant une sensibilité à l’intelligence économique connaissent une plus grande compétitivité.

Face à la concurrence acharnée sur le marché dans un contexte de globalisation, la compétitivité et le recours à une sécurité économique se révèlent comme une « préoccupation essentielle » pour tous les acteurs, selon Alain Pierre, l’administrateur général du groupe nigérien Fortinium, initiateur de ce colloque.

M. Alain Pierre a affirmé que l’intelligence économique gagne aujourd’hui en audience et connaît un développement certain, car sa pratique a servi le développement des économies du Nord et continue d’alimenter le secteur de l’innovation industrielle en Asie, en Europe et en Amérique.

Cependant, a-t-il regretté, cette discipline est peu connue en Afrique où le concept de l’intelligence économique reste « abstrait et ambigu » dans l’esprit du citoyen africain.

La rencontre de Niamey va déboucher sur un plan d’action stratégique pour l’instauration de l’intelligence économique dans les organisations et entreprises africaines, a expliqué Alain Pierre.

Il s’agit également de tendre vers la mise en route d’une dynamique de compétitive des entreprises africaines, a-t-il ajouté.

Fortinium group, porteur de ce projet, est né de la volonté de jeunes africains qui cumulent un historique professionnel dans divers domaines liés à la finance, la gestion, les technologies.

Source: DS/od/aft/APA

*IE: Intelligence économique

l’Afrique face à la microfinance islamique

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Débat, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie on 9 février 2009 at 7:18

Avec des relations plus “solidaires” entre emprunteurs et épargnants, la microfinance islamique pourrait devenir une véritable opportunité pour l’Afrique selon l’ivoirien Mouhamed Diakité,  ancien de l’Ecole de Guerre économique de Paris, expert en finance et en intelligence économique. Voici ses arguments:

“L’une des causes de cette débâcle financière mondiale reste l’asymétrie informationnelle entre les banques et les usagers, accentuée par la multiplication des actifs fictifs ou virtuels. S’est ajoutée à ce défaut originel, une recherche « absolue » de l’intérêt, qui a détourné les institutions financières de leurs rôles d’inter-médiation sur les actifs tangibles et l’investissement par la création de richesses. Cette dérive du capitalisme occidental impose d’elle-même d’autres alternatives. C’est ainsi que la finance islamique, politiquement incorrecte il y a seulement deux ans en France, est aujourd’hui remise au goût du jour. C’est une alternative crédible car plus éthique et plus « socialement responsable ». C’est une finance qui favorise l’investissement et encourage la rigueur car le bénéfice et la perte sont partagés. La liquidité actuelle de la finance islamique milite pour une adaptation des cadres africains à cette alternative. Pourquoi, compte tenu du caractère limité du pouvoir d’achat des épargnants, ne pas vulgariser la microfinance islamique pour lutter contre la pauvreté.

800 milliards d’actifs

“La finance islamique représente aujourd’hui entre 500 et 800 milliards de dollars d’actifs gérés selon les principes de la Charia et a enregistré une croissance de plus de 20% depuis les dix dernières années. Cependant, son apport reste faible en Afrique, malgré les 412 millions de musulmans qui constituent près de 50% de la population globale estimée à 850 millions d’habitants. En tout, l’on recense 37 institutions financières en Afrique. Le potentiel du marché de la finance islamique pourrait atteindre 235 milliards de dollars. Pour le moment, l’on est encore loin de ce chiffre et loin du dynamisme observé au Moyen-Orient et en Malaisie, chef de file du pôle de la finance islamique en Asie du Sud-Est. A la fin 2007, l’intermédiation financière conforme à la Charia s’établissait à 18 milliards de dollars, ce qui représentait une part de marché inférieur à 8% de sa taille potentielle. Le développement de la finance islamique sur le continent africain doit pallier au déficit chronique par une approche plus calquée sur les réalités du terrain. L’introduction de la finance islamique améliorerait la contribution du secteur de la microfinance en général dans la mobilisation de l’épargne. Cette contribution n’excède pas aujourd’hui 5%. Pour redynamiser le secteur, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a élaboré en 2003 un programme régional d’appui à la finance décentralisé (PRAFIDE) pour la période 2004-2008. Ce nouveau dispositif, dont les volets essentiels ont fait l’objet d’une large concertation impliquant l’ensemble des acteurs du secteur, vise à maintenir, voire à consolider les fondations existantes et à bâtir un secteur solide et performant capable de répondre durablement à la demande sociale.

Stratégie en quatre axes

“Cette stratégie d’intervention se décline en quatre axes principaux : l’aménagement du cadre juridique, le renforcement des capacités des acteurs et la valorisation de l’expertise locale, l’amélioration de l’information sur le secteur (modernisation des systèmes d’information de gestion) et l’accroissement de l’efficacité des mécanismes de surveillance interne et externe. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire, la microfinance est particulièrement développée. Dans ce dernier pays, le secteur reste largement dominé aujourd’hui par la FENACOOPEC (Fédération Nationale des Coopératives d‘Épargne et de Crédit) puisque cette structure, à elle seule, représente 88% de la clientèle, 91% des dépôts et 78% des crédits. Le taux de pénétration s’établirait à 25%, ce qui fait qu’en moyenne une famille sur quatre en Côte d’Ivoire fait régulièrement appel aux services financiers des institutions de microfinance. Avec l’adaptation de la règlementation, la création des Sharias Boards et une bonne vulgarisation par la communication, les instruments de la finance islamique pourraient donner à la microfinance classique en Afrique de l’Ouest le souffle qui lui manque tant pour atteindre le plus grand nombre.”

Les secrets de l’intelligence économique à la française

In Espionnage économique, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, Sécurité on 5 février 2009 at 6:59

Dans l’Hexagone, tout se passe comme si les acteurs de l’intelligence économique avaient besoin -à l’instar de certaines loges- d’un peu d’ombre pour exister, d’un soupçon de lumière pour être reconnus, d’un subtil mélange de mystère et de publicité pour être recrutés et craints  tout à la fois. Étrange microcosme que ce lieu où, depuis l’affaire Ben Barka,  l’establishment économique et politique n’a jamais voulu s’unir au monde du renseignement autrement que par les liens du concubinage.

Dans « Particularisms of the CI profession in France » publié sur le site américain de la SCIP, nous avons mis en lumière quelques éléments factuels qui, à notre avis, empêchent un fonctionnement éthique des professionnels de l’intelligence économique (IE) dans l’Hexagone. Nous avons ainsi pu revisiter des affaires telles que la condamnation le 23 janvier 2008 par le tribunal de Bourg-en-Bresse d’un cabinet d’IE et son client à 30.000 euros d’amende pour violation de la vie privée,  l’affaire de la brigade des fraudes aux moyens de paiements (BFMP) qui éclata à Paris au matin du 13 mars 2008 ou encore l’affaire d’espionnage sur Olivier Besancenot qui mit le patron de Taser France dans le collimateur de la police parisienne dès le 14 octobre 2008. Après le décryptage des tendances lourdes qui s’en dégagent, nous avons dû constater qu’une bonne moitié des acteurs de l’IE opérant en France peine à se passer de  barbouzerie.

Le train de mesures envisagé par Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, dans le cadre de son projet de loi visant à assainir les pratiques de cette profession dans le pays ne rassure ni les voisins de la France ni ses partenaires non-européens. En reprenant notre analyse sur le site Intelligence Matter, Andreas Romppel, président de la “Deutsches Competitive Intelligence Forum” s’est dit préoccupé par l’impact des pratiques françaises sur les grands projets de recherche au niveau européen. Situation paradoxale s’il en est, car pendant que les superpuissances redoutent la culture et le savoir-faire français en matière d’espionnage économique et industriel, l’Hexagone sécurise de l’intérieur et continue, sans état d’âme, de conquérir  des parts de marché dans les pays avancés ou émergents. On ne le dit pas assez: pour le french businessman, l’exploitation de sources ouvertes ou fermées aux fins de concurrence tient du réflexe.

Certes on continue de professer dans les amphis que ce sont les anciens de la police ou des services de renseignement d’État qui, par leurs pratiques border line, appellent l’opprobre sur la communauté de l’IE. Cette accusation n’est vraie qu’en partie. Prenez comme béquilles les jeunes gens sortis des universités ou des écoles de commerce avec un Master en intelligence économique. Scrutez attentivement leurs publications en ligne lorsqu’ils en ont. Vous verrez que 3/5 de leurs articles sont anonymes ou griffés par des initiales,  renforçant délibérément l’image d’une profession du secret. Or signer un article d’intelligence économique ou de biologie… sur un blog, un quotidien régional ou dans une revue scientifique fait dire à l’auteur:  « Je respecte mes lecteurs. J’ai qualité pour tenir ces propos. J’en assume la responsabilité. » D’où vient-il qu’on veuille se cacher lorsqu’on a l’éthique et la loi pour soi?

Dans les pays francophones de l’hémisphère sud, la tentation est grande d’importer de telles pratiques, comme en d’autres temps et domaines. Il faut faire attention à ne prélever chez nos amis français que ce qu’ils font de meilleur: l’analyse, l’engagement et la rhétorique.

Guy Gweth

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1. Peut-on démystifier l’intelligence économique?

2. Tout ce que l’intelligence économique n’est pas!

Maroc: l’Oriental à l’heure de l’IE régionale

In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 6:54

L’Agence de l’Oriental et la Wilaya organisent les premières journées scientifiques « Oriental.ma » sur le thème de l’intelligence économique régionale du 26 au 27 janvier 2009.

En proposant une réflexion sur ce thème, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya, en collaboration avec les partenaires institutionnels nationaux et régionaux (Conseil Régional, Fédération Nationale des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services, Université, Centre Régional d’Investissement (CRI), etc.) et de la société civile comme l’Association Marocaine d’Intelligence Economique (AMIE), posent les jalons d’une démarche d’intelligence économique régionale pour l’Oriental.

En effet, plus aucun décideur, plus aucune organisation ne peut faire aujourd’hui l’économie de l’innovation, devenue une urgence. Il s’agit d’innovation ouverte et créative s’attaquant à tous les enjeux de notre vie sociale, économique et culturelle. La démarche s’impose plus encore dans le domaine du développement régional. Définir une stratégie de développement en connaissance de cause, qui tienne compte des ressources locales, et ambitieuse à la fois, la partager, la mettre en œuvre, nécessite la mise en place d’un système d’intelligence des situations économiques et sociales.

Il s’agit aussi d’identifier, de promouvoir et de défendre les enjeux clés de la Région, à partir de systèmes de veille et d’analyse. Il convient également d’anticiper les grandes évolutions et de comprendre par exemple les forces et les faiblesses des régions similaires, innovantes ailleurs dans le monde pour mieux coopérer. Cette nouvelle approche du développement des territoires fondée sur la maîtrise des méthodes de l’intelligence économique se développe en effet dans des pays comme la France, le Royaume Uni, mais aussi dans les pays émergents comme la Chine et l’Indonésie, dont les cas seront présentés lors de ces rencontres.

Une première étape a été franchie en croisant une diversité de regards et d’expertises marocains et français dans le cadre de la revue « Oriental.ma ». Elle prend en compte les expériences déjà organisées au Maroc en la matière, notamment la récente convention sur l’intelligence économique signée entre la Fédération des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services et l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie, en partenariat avec l’Association Marocaine d’Intelligence Economique et l’Association Internationale Francophone d’Intelligence Economique.

Pour aller plus loin et organiser des projets concrets sur la base de cette fertilisation croisée, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya de la Région de l’Oriental, partenaires, invitent les auteurs de la dernière livraison de la revue, praticiens et experts, hommes d’entreprise ou de prospective à débattre avec les acteurs de la Région, à l’occasion des Premières Journées Scientifiques « Oriental.ma », sous le thème de l’intelligence économique régionale.
Ces rencontres s’organisent autour de quatre moments forts : échanges de pratiques à l’échelle internationale, pratiques nationales au Maroc, intelligence économique régionale dans l’Oriental, et enfin, dynamique de régionalisation et projets concrets d’intelligence économique à réaliser.

Le programme de Jumelage Institutionnel financé par la Commission Européenne et dont le séminaire de lancement s’est tenu le 16 janvier dernier, au siège de la Wilaya d’Oujda, concernant respectivement le jumelage de l’Agence de l’Oriental et l’Agence Andalouse de Coopération Internationale (Junta de Andalucia ; Espagne) et celui de la Wilaya et la Région de Galice (Espagne), contient parmi les activités à réaliser d’ici 2010 celles relatives à la mise en place de dispositifs d’intelligence économique et territoriale en faveur de l’Oriental.

Sources : 1. OujdaCity – 2. Yawatani

In Questions internationales : renseignement et services secrets

In Diplomatie économique, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 12:14

Qui sont « les espions » du XXIe siècle et comment agissent-ils ? Outre les interviews exclusives du directeur de la DGSE, Erard Corbin de Mangoux, et du directeur de la DCRI (ex Renseignements généraux et DST), Bernard Squarcini, ce numéro de « Questions internationales » décrypte les évolutions récentes et le rôle des services de renseignement et de sécurité dans le monde.

Alors qu’une partie croissante de leurs activités, de leurs missions, voire de leurs structures, est désormais ouverte à l’analyse et aux comparaisons, ce dossier présente ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les moyens de la connaissance et de l’anticipation ».

Les services de renseignement et de sécurité, mal connus autant méconnus qu’inconnus, ont beaucoup évolué. Placés au cœur du processus de décision politique et de l’action diplomatique, ils se sont professionnalisés pour s’adapter aux nouvelles exigences et contraintes des relations internationales.

À mesure même que leurs missions concernent de plus en plus la société civile – avec l’intelligence économique, la lutte contre le terrorisme international ou la protection des technologies avancées par exemple – ils ont besoin d’être mieux connus et compris, mieux immergés dans les milieux qu’ils défendent à leur manière.

Du même coup, ils ont aussi besoin d’être mieux contrôlés, comme de bénéficier de l’association et de la solidarité d’un plus grand nombre d’autorités publiques. Exigence d’autant plus forte que le régime qui les emploie est démocratique et que l’esprit de leur mission est toujours la sauvegarde d’une société démocratique. Les différents articles de ce dossier tentent d’illustrer cette rationalisation progressive, avec ses limites, ses questions, ses progrès en cours.

Dans ce numéro de Questions internationales, les deux patrons du renseignement français, le directeur général de la DGSE et le directeur central de la DCRI, s’expriment pour la première fois ensemble dans une revue. Traditionnellement les directeurs de l’espionnage français (DGSE) – surtout ce dernier – et celui du contre-espionnage (DST, devenue DCRI depuis le 1er juillet 2008) s’expriment publiquement très rarement.

M. Corbin de Mangoux, qui dirige depuis début octobre 2008 les 4.500 agents de la DGSE, estime que ces deux interviews illustrent “le travail important de rapprochement opéré depuis quelques années entre ces deux services”. La DGSE, qui propose officiellement depuis quelques semaines sur le site du ministère de la Défense des stages de fins d’études aux scientifiques, “veut ainsi leur donner l’occasion de participer à la réalisation de projets de haute technologie et innovants et très motivants”, dit par ailleurs M. Corbin de Mangoux.

De son côté, M. Squarcini, à la tête de la DCRI (4.000 fonctionnaires) depuis le mois de juillet 2008, assure que le “temps du silence et de l’opacité lui paraît révolu”. Il ajoute que “nos citoyens ont droit à une information objective sur l’activité de leurs services de renseignement”.

Renseignement et services secrets
Collection Questions internationales n° 35
La Documentation française
128 pages, 9,80 euros

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- “Secret défense”: 1 vecteur, 2 messages, 3 cibles

- Guerre économique: nouveau défi des services de renseignement en Afrique centrale

Tendance: le sponsoring à l’assaut des First Ladies

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management on 11 janvier 2009 at 8:20

Michelle Obama & Daughters La future Première Dame des Etats-Unis a beau déclaré qu’elle ne s’immiscera pas dans les décisions politiques de Barack Obama, qu’elle passera le plus clair de son temps à veiller sur leurs filles Malia et Sasha, les plus jeunes locataires de la Maison-Blanche depuis les Kennedy, aucun analyste sérieux n’y croit. A l’heure où, partout dans le monde, le débat public confine les First Ladies à l’action humanitaire, nombre de stratèges en entreprise ont fait le choix d’investir dans le cœur et l’aura de celles qui mènent au Président… Surtout dans les pays en développement.

Lorsque Paul Henry* est nommé représentant d’une des filiales de son Groupe* en Afrique fin 2007, il sait que sa mission sera difficile. La concurrence pour le contrôle des ports en Afrique de l’ouest est rendue ardue par de nouveaux entrants aux dents longues. Ces derniers font de bien meilleurs offres aux meilleurs prix et proposent même de multiplier le montant des redevances à payer à l’Etat hôte. Leurs salariés bénéficient de conditions de travail enviables. Ils attirent la presse et alertent l’opinion publique en cas d’entorse aux procédures de passation des marchés au port. Leurs services de veille stratégique et de relations publiques fonctionnent à merveille et les résultats s’en ressentent au niveau des décideurs et de la clientèle. Du lourd.

Paul Henry sait que le temps est révolu où il suffisait d’un coup de file pour qu’une concession de 15 ans soit adjugée à son groupe. Il charge une équipe de jeunes consultants en IES* de réfléchir à la stratégie à adopter en vue de réagir à la nouvelle donne imposée par les concurrents. Les règles du jeu ont assurément changé. Les conseils ont quinze jours et quatorze nuits pour fournir leurs conclusions à la direction qui requiert « une pluie d’idées dans un désert de mots ». Traduction de Paul Henry : « Nous attendons des préconisations claires, précises, concises et immédiatement applicables. Non pas 300 pages de littérature dans un jargon d’experts et des schémas cryptés…» Un bureau sécurisé leur est ouvert 24h/24 près de la direction.

Après dix jours de travaux de collecte, de validation, de hiérarchisation et d’analyse des informations pertinentes, la CI Team* (comme elle se fait appeler) a évalué plusieurs scénarios allant des opérations de déstabilisation par l’information, de guerre judiciaire, d’entrisme clandestin, de piratage informatique ou de débauchage de cadres concurrents… Au final, la principale préconisation -pour aussi inattendue qu’elle soit- a été de financer l’association humanitaire de la Première Dame à grand renfort de publicité. Désormais dans les bonnes grâces de la First Lady, le groupe jouit de son influence, y compris devant la justice, dans un pays où le dés-équilibre des pouvoirs profite à l’exécutif. Les experts ont  même envisagé un don d’ordinateurs « intelligents » à l’association en vue d’anticiper ses besoins… en toute discrétion.

Entre un Président élu par le peuple et une femme élue par le Président, le pouvoir est souvent au premier et l’influence à la seconde. Les businessmen l’ont bien compris. La guerre des grands créateurs (Narciso Rodriguez, Christian Lacroix, Karl Lagerfeld ou Marc Jacobs… etc.) pour habiller Michelle, Malia et Sasha lors de l’investiture de Barack Obama le 20 janvier 2009 montre combien il peut être stratégique d’investir sur une First Lady. Qui plus est s’il s’agit d’une avocate brillante ayant une taille mannequin de 1.82 m. et une élégance à tomber par terre… Car chaque fois qu’elle apparaît en public, Michelle Obama rapporte des millions de dollars de chiffres d’affaires  aux sponsors qui misent sur son aura.

Guy Gweth

*Paul Henry : nom de code utilisé pour les besoins de confidentialité.

*Pour des raisons évidentes, le nom du Groupe est gardé sous anonymat.

*IES : abréviation usitée pour « Intelligence économique et stratégique».

*CI Team : “Competitive Intelligence Team” ou en français l’équipe d’IE.

En 2009, cap vers la diplomatie économique!

In Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Stratégie on 1 janvier 2009 at 2:40

guy

Par Guy J. Gweth

« L’Afrique attend toujours son premier président noir démocrate ». Voilà le texte qui accompagne le dessin d’Arend van Dam paru il y a quelques jours aux Pays-Bas et repris dans le hors-série n°26 du Courrier international. On y voit un paysage fait de soleil, de végétation, de cases en fumée,  de corps sans vie et de deux véhicules de la Croix-Rouge et des Nations Unies. Cette image qui abrège tous les diagnostics sur le continent africain est à intégrer à la carte postale d’un monde qui va célébrer en 2009 le couronnement d’un Africain-Américain comme 44è président des Etats-Unis, les 20 ans de la chute du Mur de Berlin ou encore le 400è anniversaire de l’astronomie ! Un tel tableau ne peut laisser indifférent aucun stratège. C’est l’une des raisons (les autres suivent) pour lesquelles j’ai décidé de franchir avec vous un pas supplémentaire sur les nouveaux chemins de la connaissance en mariant la diplomatie économique à l’intelligence stratégique.

Dès la création de ce site le 15 janvier 2008, j’ai attaché du prix à vulgariser l’intelligence compétitive et stratégique en Afrique centrale, tout en donnant à voir au reste du monde ce que nous apportons de contribution au développement de cette discipline. Mais, je l’avoue, mon vœu secret a toujours été d’inciter les jeunes experts africains à la production des connaissances afin d’éviter de subir les affres de la guerre cognitive en cours dans le cyberespace. Lors de mes nombreuses missions sur le continent, j’ai été profondément marqué par le fait que 8/10 citations employées par les universitaires, les politiques, les opérateurs économiques et moi-même faisaient référence aux auteurs d’autres continents. Or quand dans une société l’élite en est à un tel niveau de dépendance intellectuelle, penser le développement en termes de stratégie d’émancipation et de compétitivité ressemble à un exercice dont la stérilité pleure entre les lignes. Pourtant l’Afrique bouge, le monde change.

Depuis près d’une décennie, des entités qui jadis faisaient le pied de grue dans les lobbies réussissent une entrée spectaculaire sur la scène mondiale. Bien que non encore reconnus comme sujets de droit international, les réseaux, cercles, fonds souverains, fondations, agences de notation, think tank… dont les budgets dépassent parfois ceux de nombreux Etats apparaissent comme les néo-patries du XXIè siècle. Elles ont chacune un rêve, une histoire,  un gouvernement, un corpus normatif et un territoire-en-réseau qui s’émancipe des frontières nationales au gré des intérêts. Comme le montre la brillante victoire de celui que le prix Nobel Paul Krugman appelle « Barack Delano Obama », ces entités transcendent la race, le pays d’origine, la religion ou l’appartenance politique. Leur impact grandissant dans les affaires du monde convoque une grille de lecture extrêmement complexe car elles génèrent une nouvelle grammaire des relations internationales.

Même si leur montée en puissance inquiète officiellement certains pouvoirs étatiques, force est de constater qu’ils composent avec ces entités qui, grâce à une diplomatie de réseau, influencent les grands agendas internationaux en matière de finance, d’environnement, d’énergie, de santé, de culture et d’humanitaire… Disséquer ces organisations grâce aux sources ouvertes, cerner leurs intérêts, comprendre les mécanismes de leur fonctionnement et mesurer l’impact de leurs activités sur la compétitivité des entreprises et les économies nationales… Voilà à quoi s’attèlera ce site en 2009 sous le titre « Intelligence stratégique & diplomatie économique». Que nos lecteurs africains soient cependant rassurés, cette nouvelle orientation n’entamera que si peu la place de choix de l’Afrique dans nos analyses. D’ailleurs nos sites d’intelligence compétitive anglophone (Comintelca) et hispanophone (Intelcac) resteront spécialisés sur l’Afrique centrale durant toute l’année 2009.

Le novembre de l’intelligence économique en Afrique

In Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, Veille stratégique on 1 décembre 2008 at 6:19

Séminaire d’intelligence économique à l’intention des hauts fonctionnaires de l’administration publique le 27 novembre à Dakar, conférence sur «l’intelligence économique et la veille technologique…» le 19 novembre  à Libreville, rencontre internationale sur le thème « Compétitivité et accumulation des compétences dans la mondialisation…» les 13-14 novembre à Rabat, 2èmes assises de l’intelligence économique les 10-11 novembre à Alger… L’effervescence qu’a connue l’intelligence compétitive en ce 11ème mois de l’année sur le continent mérite notre attention.

Comme un effet domino

On se souviendra longtemps de cette prémonition du Haut responsable français à l’intelligence économique, Alain Juillet: « l’intelligence économique (IE) sera au 21ème siècle ce que le marketing a été au 20ème. » Le vent d’IE qui a soufflé en Afrique centrale, du nord et de l’ouest en ce mois de novembre 2008 est en effet sans précédent. Comme par effet domino, de Libreville à Dakar, de Rabat à Alger, des spécialistes ont invité les décideurs à venir discuter des enjeux majeurs de la quête, de la protection, de la diffusion, du management stratégique de l’information utile face à l’exacerbation de la concurrence au niveau mondial.

De Libreville à Dakar

Au Gabon, Prosper Tonda Mabenda du Groupe d’études et de recherches sur la communication (GERC) rattaché à l’institut de recherches en sciences humaines (IRSH) de l’université Omar Bongo (UOB) s’est attelé à décrypter les enjeux et à sensibiliser les acteurs publics et privés aux vertus de l’intelligence économique pour le Gabon. Tonda Mabenda milite pour la création d’un « pôle d’intelligence économique national autour des secteurs vitaux et au sein duquel l’université et la recherche joueront un rôle éminemment stratégique ».

Au Sénégal, le séminaire organisé par le centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS) et l’agence de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) a été présenté par les autorités comme point de départ d’une politique publique d’intelligence économique au Sénégal. Cette rencontre a bénéficié de l’expertise de Christian Harbulot, directeur de l’EGE. Une formation de haut niveau devrait voir le jour dès janvier 2009 au sein du CEDS avec, à la clé, un diplôme supérieur spécialisé en intelligence économique et stratégique.

De Rabat à Alger

Au Maroc, les participants à la rencontre internationale organisée sous le patronage de Sa Majesté le roi Mohammed VI ont insisté sur le nécessaire partenariat éducation -secteur privé- secteur public pour faire face aux défis de la mondialisation. Ils ont plaidé pour une dotation d’aide à la création de structures d’intelligence économique pérennes au sein des collectivités territoriales et des entreprises. Une formation de haut niveau en IE devrait bientôt voir le jour au Maroc sur le modèle du 3è cycle spécialisé de l’école de guerre économique de Paris.

En  Algérie, il était question du début de la mise en œuvre des pratiques d’intelligence économique pour 2009. Organisées par le VIP Group, les 2èmes assises de l’IE ont attiré des cadres de l’administration et du privé. Après l’adoption en conseil de ministres d’un projet de loi contre la cybercriminalité, Alger attend désormais la nomination d’un directeur général de l’intelligence économique au ministère de l’industrie. Cette remarquable prise de conscience sur le rôle de l’intelligence compétitive en Afrique appelle cependant quelques mises en garde.

Entre Africains

Il n’y a pas d’intelligence économique sans stratégie. La volonté des Etats de se doter de dispositifs nationaux d’IE est un engagement de longue durée. Mais l’hyperpolitisation des centres de décisions est un frein. En l’absence d’experts indépendants capables de penser la stratégie des Etats sur 15-25 ans, il manquera toujours cette cohésion qui fait gagner une équipe. D’autre part, l’intelligence économique étatique est une question de souveraineté et de patriotisme économiques. La place laissée vacante par les acteurs africains de l’IE sur le terrain de la production des connaissances est occupée par la concurrence, mais il serait regrettable d’ignorer leur potentiel. Par ailleurs, nos liens privilégiés avec certains pays ne doivent pas limiter nos choix. Le Japon, la Chine et les Etats-Unis ont des dispositifs d’intelligence compétitive plus performants et plus proches de nos matrices culturelles.

Et si quelque barrière devait empêcher l’Afrique d’accéder aux meilleures pratiques, l’intelligence économique n’y serait que la continuation de ses erreurs par d’autres moyens.

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lire:

Dix clés pour comprendre les enjeux de l’IE en Afrique centrale

Intelligence économique et rivalités des puissances en Afrique

L’entreprise africaine face aux enjeux de la veille stratégique

Contre-intelligence: l’expertise d’une PME africaine

In Benchmarking, Guerre de l'information, Intelligence compétitive, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 18 novembre 2008 at 6:29

C’est l’une des curiosités de la société de l’information: les esprits les plus brillants sont parfois les moins connus. Ce constat est d’autant plus valable chez les professionnels de l’intelligence économique que les meilleures recettes sont aussi les mieux protégées. Aujourd’hui, je vous convie à la découverte d’une PME africaine dont les pratiques de contre-intelligence économique peu académiques, à peine coûteuses, fort discrètes et très efficaces forcent le respect de concurrents dotés d’énormes budgets de surveillance.

La contre-intelligence économique est un ensemble d’outils, de méthodes et d’activités de défense dont le but est de neutraliser ou détourner de manière légale toute opération d’espionnage ou d’intelligence économique concurrente ou hostile. Qu’elle soit défensive ou offensive, interne ou externe à l’organisation, la contre-intelligence a pour référence le cycle de renseignement. Elle peut  donc viser les questions des décideurs, la collecte des données y afférant, l’analyse de ces dernières, la protection et l’exploitation du renseignement à produire par l’organisation ou la partie adverse. Dans le cas de notre PME africaine, la ruse est au cœur du dispositif de contre-intelligence économique.

Avec ses 83 salariés, l’établissement Aurora* travaille depuis quatre ans sur un créneau innovant extrêmement porteur de l’avis des spécialistes interrogés. En moins d’une demi-dizaine d’années, la start-up a repoussé trois offres d’achats. Ses concurrents directs étant de grandes multinationales, tout ou presque a été tenté pour la faire plier : incitation des cadres à publier dans des revues internationales, invitations à des voyages d’études, benchmarking, elicitation, offres d’emploi fictives, débauchage, chevaux de troie via internet, tentatives de vol, manœuvres de déstabilisation… etc. En vain.

Pour y faire face, deux jeunes femmes de 26 et 29 ans à l’allure d’éternelles étudiantes animent à plein temps l’unité d’intelligence économique (U-IE) à laquelle est stratégiquement rattachée la communication interne et corporate de l’entreprise. C’est à la cadette que revient le pilotage du counter-intelligence unit: «  toutes les deux, on est à la fois les yeux, les oreilles, le nez, l’armure et le glaive de la compagnie », m’a-t-elle confié avant d’ajouter : « nous avons la chance d’avoir un boss et des collègues qui nous font totalement confiance, et pour rien au monde, on ne peut se permettre de faillir. »

Dans leur bunker** comme dans d’autres cellules d’IE, des banques de données  constamment mises à jour révèlent des cartographies détaillées de la concurrence, des ONG partenaires ou hostiles, de plusieurs centres de décisions politiques avec à chaque fois le profile des équipes dirigeantes, leurs postes, leurs réseaux et la typologie des stratégies d’intelligence compétitive qui en découlent… Sur le site internet de la PME, 1/5 des informations publiées vise à leurrer la concurrence (!) Et lorsqu’un veilleur hostile insiste sur un détail, notre duo de choc  lui poste un missile informationnel***.

Dans toute l’entreprise, seuls trois ordinateurs « préparés» sont connectés au réseau internet. Avec un savant mélange de vraies et de fausses informations codées par des mots de passe faciles à casser, l’unité d’intelligence économique nourrit copieusement ceux qui pensent avoir troué son dispositif de sécurité. En interne comme à l’extérieur, l’usage des e-mails, téléphone et fax est extrêmement réduit, les communications à distance sont brèves, cryptées et voilées. Entre collègues ou dans la relation-client, la direction de l’entreprise soutient mordicus que cette « petite restriction » accroit les contacts humains.

En plus des clauses de confidentialité et de non-concurrence (d’usage traditionnel dans ce type de structure), l’U-IE a conçu un manuel ludique de sécurité à l’adresse des employés. A chaque niveau de responsabilité correspond une petite histoire à raconter si une envie irrépressible de parler travail vient à prendre un salarié dans un avion, un taxi, un café, une conférence, en amour ou en famille… Grâce à une communication corporate adaptée à cet objectif stratégique, des liens étroits existent entre salariés qui ont fini par créer comme un cordon de sécurité autour du patrimoine informationnel de l’entreprise.

Depuis trois ans, ce dispositif de contre-intelligence économique (dont j’ai voulu la description  éparse) a causé de tels désagréments aux concurrents que certains ont suspendu la veille autour d’Aurora. Ce retour d’expérience devrait parler aux acteurs de l’IE chez qui la maîtrise des outils de veille électronique constitue l’unique fond de commerce.

Guy Gweth

* Pour des raisons évidentes, l’appellation « Aurora » est fictive dans ce cadre.

** Les missiles informationnels permettent d’injecter à l’adversaire des données toxiques  afin d’altérer son  jugement, voire de le compromettre.

*** Le bunker ici est constitué d’ordinateurs sécurisés jamais connectés à internet.

Une exception belge: des “serial reporters” sur les blogs d’IE

In Débat, Intelligence économique, veille on 28 octobre 2008 at 6:45

careLes grand-messes internationales des professionnels de l’intelligence compétitive comme celle du 20-22 Octobre 2008 au Crown Plaza de Rome en Italie ont toujours leur lot de surprises et d’anecdotes, mais la Communauté commence vraiment à souffrir des errements de la profession dans l’espace francophone. Le cas de la Belgique où certains acteurs de l’intelligence économique préfèrent la facilité aux contraintes de la production originale de connaissances inquiète. Voici un cas d’espèce.

En publiant le 17.06. 2008 sur les pièges des clés USB, nous visions les entreprises et organisations non-gouvernementales d’Afrique centrale, dans  l’accomplissement d’une mission qui nous est extrêmement chère: l’information et la sensibilisation. Nos plus fidèles lecteurs sont désormais habitués à notre style très imagé, car ce que les Anglo-saxons on baptisé « storytelling » dans les années 90 est en fait un art dont l’Afrique est le berceau. Voici pourtant comment Pierre-Yves Debliquy de Euresis en Belgique  a réagi  à notre article sur son site, deux mois plus tard, le 14.08.2008:

« Je dois avouer avoir été surpris par la lecture de ce billet d’il y a quelques semaines de Guy Gweth sur son blog dédié à l’intelligence économique (http://bsfd81.notlong.com). La raison? Ce billet, qui se présente comme une fable africaine sur le danger que représente, pour les données de l’entreprise, les clés USB ressemble aussi beaucoup à une opération d’espionnage dont se vante son auteur (qui est diplômé de l’Ecole de Guerre Economique à Paris)» Warketing ?

Nous avons contacté Pierre-Yves Debliquy pour l’inviter à la réflexion, lui rappelant amicalement les normes éthiques et juridiques qui régissent la profession. Notre droit de réponse n’a pas été édité sur son site. Lucides, nous restons malgré tout conciliants vis-à-vis de lui. Nous comprenons qu’attirer l’attention en rebondissant sur les productions d’autres auteurs revient moins cher. Cela montre qu’on « veille », qu’on « surveille » ceux qui publient et qu’on a le pouvoir d’être en désaccord avec eux. Du low cost intellectuel en quelque sorte, car le serial reporter dépense souvent moins de matière grise, moins d’énergie ; et à l’arrivée, il attrape quelques clients (!)

Le problème avec notre commentateur belge, c’est qu’en publiant son billet sur notre billet, il y a expressément interdit tout commentaire! Ce qui est une forme de démocratie pas très bruxelloise… convenons-en. Combler un déficit d’imagination ou un défaut d’originalité en faisant le choix de la facilité peut dépanner au début. C’est presqu’un passage obligé lorsqu’on débute dans la profession. Mais au bout de quelques années d’exercice, la communauté de l’intelligence économique doit sérieusement s’en inquiéter. Sinon, c’est de la non assistance à collègue en danger.

Du fait d’être la capitale normative de l’Europe, Bruxelles (et la Belgique en général) a une responsabilité morale exceptionnelle, y compris en matière d’intelligence économique. En avoir conscience est une exigence minimale. L’ignorer serait catastrophique. Venus du Sud, nous nous sentons le devoir d’aider nos amis belges à y voir plus clair. C’est pourquoi nous resterons vigilants, prévenants et pleins de mansuétude… Il y va de la crédibilité de la profession et de l’amitié entre les peuples.

Guy Gweth

Le pillage technologique est vital pour développer l’Afrique

In Intelligence sportive, Intelligence économique, Stratégie, Veille stratégique on 21 septembre 2008 at 2:00

Si dès janvier 2009, chaque travailleur africain de la Diaspora réussit à transférer par semestre: un logiciel, une machine agricole, un process, une ingénierie ou une bonne pratique vers une entreprise de son pays d’origine comme il transfère mensuellement des fonds avec Western Union; Si toute compagnie étrangère qui exécute un chantier en Afrique centrale est contractuellement astreinte au transfert de savoir-faire aux locaux comme l’exigent les Chinois chez eux*, d’ici 2020, les 6 pays de la Cemac** connaitront un décollage économique approchant celui des 4 dragons de l’Asie du sud-est*** dans les années 70. En attendant l’Etat-stratège, nos entreprises peuvent tout à fait impulser ce mouvement intelligent, citoyen, entrainant l’Etat et la Diaspora dans leur sillage. Quid de l’éthique ? Les gardiens de la loi savent tous qu’on ne tire pas sur l’ambulance. Urgence fait droit.

Lorsque j’avais 10-12 ans, Oscar, un homme d’un âge très avancé qui habitait au dos de notre maison familiale avait coutume de répéter à ses petits-enfants que « celui qui n’apprend pas du passé est condamné dans l’avenir ». L’histoire du monde est pleine de faits académiques qui donnent raison à ce vieux sage bantu. De tout temps en effet, la volonté de puissance, la recherche de l’espace vital ou simplement l’instinct de survie ont conduit des hommes et femmes à partir à la conquête. L’Afrique porte encore les stigmates de l’esclavage et de la colonisation. Ce crime épouvantable a crée un tel écart de développement économique, industriel et technologique entre le Nord et le Sud que seul un saut quantique proprement africain peut permettre de combler ce fossé. Refuser de comprendre cette leçon du passé c’est rejeter le scanner de nos retards actuels et hypothéquer l’avenir de l’Afrique. A contrario, accepter d’en tirer les enseignements, c’est inscrire la révolte constructive au cœur de notre action, c’est nous obliger au  combat, à une guerre autre, sans effusion de sang, faite de patriotisme, d’intelligence, de savoir, de stratégie et de stratagèmes. Le pillage technologique y est une arme primordiale.

« Rien n’est bon ni mauvais en soi. Tout dépend de ce que l’on en pense», écrivait Shakespeare dans Hamlet. Si l’Afrique pense que son bonheur réside dans son développement intégral, elle doit en lever les obstacles. Les Africains du XXIè siècle n’ont ni le temps, ni les moyens, ni la sottise de réinventer le fil à couper le beurre. Il leur est impératif d’ouvrir l’œil et l’oreille en se rappelant la mission prométhéenne que confia la Reine des Diallobé à Samba Diallo dans l’Aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kane : voler le feu au ciel pour le ramener à la terre. Mais attention ! Il ne s’agit pas de vendre son âme -on n’en a qu’une- mais bien de viser, caresser et in fine « rompre l’os et sucer la substantifique moelle», comme disait Rabelais dans le prologue de Gargantua. Les technologies que nous allons transférer dès demain en Afrique doivent être compatibles à nos besoins locaux. Grâce à une adaptation judicieuse, elles devront aider nos entreprises, nos institutions, nos écoles à devenir autonomes et compétitives. En l’occurrence, l’esprit précède et commande l’action.

Concluons en prenant exemple sur les Chinois: lors des JO de Pékin 2008, l’empire du milieu nous a convaincu par la preuve que lorsque les circonstances l’imposent, c’est dans le camp adverse qu’il faut aller piocher son entraineur, ses méthodes, ses techniques, bref le meilleur de son savoir-faire, y adjoindre le nôtre, la discipline et l’amour de la patrie pour gagner. A l’arrivée: 100 médailles dont 51 en or ! Sur ce point, l’absence d’unités d’élite spécialisées dans le Renseignement sportif de haut niveau en zone Cemac est une lacune sans nom ! Comment comprendre que de talentueux Africains évoluant dans les meilleurs clubs du monde ne soient systématiquement débriefés à la maison, voire encouragés à transférer au pays les bonnes pratiques d’entrainement acquises à l’étranger, dans le cadre d’une  stratégie nationale d’intelligence sportive? Se hâter lentement peut être fatal. Allons!

Guy Gweth

* Sans doute parce que la  Chine actuelle est essentiellement dirigée par des ingénieurs de formation. Mais est-ce là l’unique raison de leur stratégie volontariste?

** Les 6 pays de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale: Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad.

*** Les 4 dragons d’Asie du Sud-Est: Corée du Sud, Hong-Kong, Taïwan, Singapour.

L’Entreprise africaine et la veille concurentielle

In Intelligence stratégique, Intelligence économique, Veille stratégique on 15 septembre 2008 at 7:08

Une étude menée par Leger Marketing entre le 23 mai et le 2 juin 2008 pour le compte de SAS  Canada révèle que 59% des managers québécois sont victimes d’overdose informationnelle. En adaptant qualitativement la même méthodologie de sondage aux six pays de zone Cemac, GwethMarshall C° est arrivé le 11 septembre 2008 à des résultats diamétralement opposés à ceux des collègues  canadiens : 6/10 responsables africains occupant un poste de cadre supérieur manquent « d’informations sûres ». Pis, alors qu’au Québec 49 % de decision-makers interrogés affirment que leur “entreprise utilise actuellement un logiciel d’intelligence d’affaires pour analyser ses données“, notre échantillon (de 624 managers ) prélevé  au Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad révèle que le taux de pénétration de l’activité de veille stratégique y est inférieur à 2.5%. Autant dire insignifiant!

Je veille donc je suis

La veille est une activité qui consiste à recueillir avec objectif, méthode et rapidité toute information pouvant constituer un renseignement utile à la prise de décision. Elle peut s’opérer par le biais d’interviews de personnes ressources (internes et externes à l’organisation), de l’internet, des banques de données, de la presse écrite et audio-visuelle, de la participation aux salons, des publications scientifiques ou de bilans annuels… Une amie de BMCE dont on taira le nom ici me rapportait récemment, sur le ton de la confidence, que depuis qu’un centre de veille stratégique est testé au sein de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, la direction est plus confiante et le management encore plus fluide. « C’est comme conduire avec une direction assistée », m’a avoué cette source. Il est clair que lorsqu’elle est menée avec des outils de pointe pour atteindre des objectifs précis, la veille permet efficacement de détecter les menaces et opportunités, de prévoir les changements futurs, de dénicher, d’anticiper ou contrecarrer de nouveaux entrants… C’est vraiment de la « direction assistée ».

Veiller ou ne pas être

Le jour où, analysant ses rapports d’étonnement, nous avons appris à Rebecca S., Pd-g d’une société commercialisation de jus de fruits naturels à Malabo, Guinée Equatoriale, que son principal concurrent venait de changer de fournisseur et que la compétition allait désormais se jouer sur les marges , ce manager de 47 ans révisa son plan de développement pour les 18 prochains mois, afin de répondre à la menace . Aujourd’hui, Rebecca reconnaît avec un sourire en coin que si elle n’avait pas été alertée, son “entreprise y serait passée“, ainsi que sa douzaine d’employés qui ont depuis appris à s’étonner et à consigner leurs impressions dans un registre spécial en scrutant leur environnement… C’est encore elle qui m’a révélé le weekend dernier que grâce à la veille (devenue un sport chez ses salariés), toute son équipe se sent plus impliquée, co-responsable et davantage concernée par la sécurité et l’avenir de l’entreprise.

Management sans veille n’est que ruine de l’âme

Lorsqu’en 2003 on a créé l’agence Interconsult Cameroon, j’avais l’orgueil et l’assurance de penser que nous détenions l’une des meilleures équipes de Yaoundé. A l’époque, avec nos trois brillants consultants permanents, une dizaine d’externes et deux assistants dévoués de jour comme de nuit, nous aurions décroché la lune, tant nous étions soudés et motivés. La tête baissée sur nos dossiers, notre principal client était “le centre du monde” . Alors que nous étions sur une courbe exponentielle, l’imprévu s’abattit sur l’agence : la concurrence démarcha deux consultants qui, malgré leur attachement quittèrent le bateau, ce que je dus me résoudre à comprendre. Mais le pire fut de voir notre principal client réduire ses commandes avec le départ d’une partie de l’équipe chez  notre concurrent direct. Suffisant et prétentieux, je n’avais rien vu venir.

Pour ne pas conclure, les decision-makers de la zone Cemac déjà aux prises avec la concurrence étrangère et la conjoncture locale devraient méditer cette lumineuse leçon de  management stratégique que résuma  ainsi Honoré de Balzac in Eugénie Grandet en 1833 déjà ! :«Tout pouvoir humain est un composé de patience et de temps. Les gens puissants veulent et veillent.»

Guy Gweth

Le cryptage de haute puissance, dernier rempart contre l’espionnage électronique ?

In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité on 1 août 2008 at 4:33

Que ce soit sous le couvert de la sécurité nationale, de la guerre économique ou de la lutte contre le terrorisme… l’espionnage électronique constitue  l’un des enjeux majeurs de la nouvelle globalisation. L’Afrique demeure une colonie dans cet univers; mais la ruse peut considérablement altérer le jugement d’un adversaire, même averti. Après un rapide coup d’œil dans “les grands oreilles” déployées par les puissances anglo-saxonnes pour quadriller le monde, nous envisagerons les moyens de contournement de cette technologie intelligente, en nous basant  sur des tactiques de cryptage de haute puissance et quelques clés de la sagesse africaine, aux fins de resserrer nos systèmes de défense.

Echelon: des exploits aux limites des « grandes oreilles »

En 1947, les Etats-Unis et le Royaume Uni signent un accord secret en matière de coopération des personnels et systèmes de renseignement électronique baptisé UKUSA. Ils sont tour à tour rejoints par le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et plus tard par la Norvège, le Danemark, l’Allemagne et la Turquie, au titre de « pays tiers » à ce réseau dont le nom de code est Echelon. Grâce à cet accord, les cinq premiers signataires supervisent chacun une partie du monde. C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique échoient aux Britanniques, dont la puissante station de Menwith Hill ne tarde pas à irriter les autres pays européens dont la France. En guise de réponse, l’ancien directeur de la CIA, James Wollsey, déclarera : « Nous traquons vigoureusement la corruption. Et on peut dire que l’Europe est la capitale mondiale de la corruption. Les entreprises européennes ont l’habitude de décrocher des contrats par la corruption en Asie, en Amérique latine et au proche orient, qu’ils ne pourraient pas obtenir en respectant les règles du jeu…»

Cette accusation, bien que surprenante pour le grand public n’en est pas moins fondée. Pour preuve: en 1995, l’Arabie saoudite est en pourparlers avec l’avionneur européen Airbus pour un contrat de 6 milliards $. Les communications téléphoniques ( fax compris) entre les deux parties sont régulièrement interceptées par la NSA et transmises à Boeing qui remporte finalement le marché ! On sait à présent que si le consortium européen resta muet dans cette affaire, c’est parce que grâce à leurs « grandes oreilles »,  les États-Unis détenaient des preuves de corruption contre Airbus. D’après Ducan Campbell, expert en renseignement de communication, « Echelon surveille les grandes sociétés commerciales de tous les pays pour suivre leurs transactions ». Avec ses puissants ordinateurs, Echelon est en effet capable de reconnaître une voix parmi des millions d’autres, d’où qu’elle appelle dans le monde, pour peu qu’elle soit répertoriée dans le « dictionnaire » du système. Il en va de même pour les e-mails, les fax… et même certaines imprimantes laser comme nous l’avons récemment révélé sur ce site. Mais si les terroristes arrivent à surprendre le monde, c’est qu’Echelon -qui met la terre entière sous haute surveillance- a bien des failles.

Les moyens de contournement

L’une des principales limites d’Echelon réside dans son incapacité à comprendre le contexte d’une conversation. Il a donc besoin d’un apport humain. Or la masse de données à traiter est phénoménale. D’après Gilles Brassard, chercheur à l’Université de Montréal, son autre limite fondamentale réside dans le fait que « les systèmes de cryptographie de haute puissance sont pratiquement inviolables ». Non pas qu’ils soient infaillibles, mais il est quasiment impossible de les briser en un temps raisonnable. Du moins pour l’instant. On peut dès lors penser qu’avec une longueur de clé suffisante, les États et les entreprises de la Cemac peuvent garder leur patrimoine informationnel à l’abri de l’espionnage électronique.

C’est dans cette optique qu’un certain nombre d’organisations de la sous-région a opté pour la téléphonie sécurisée de Skype, sur nos conseils. Je rappelle que Skype utilise une technologie décentralisée peer to peer qui fait appel à la norme AES (Advanced Encryption Standard), soit 256 bits, la même que celle utilisée par l’administration fédérale américaine pour protéger ses informations à caractère sensible. Mais il s’avère que l’utilisation de Skype E. peut fragiliser l’entreprise étant donné son caractère anonyme et non contrôlé. Pire, j’ai récemment vérifié que grâce à l’éditeur de logiciel Digitask, les services allemands avaient trouvé la parade pour casser la clé de cryptage de Skype, permettant ainsi les écoutes de « sujets suspects »…

Pour ne pas conclure…

Manquer de souveraineté en matière de télécommunications est en soi un handicap monumental. Or celui “qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner“, déclarait Louis XI, bien longtemps avant la signature de UKUSA. Face aux superpuissances, le salut est dans la ruse, dirait Sun Tzu. Les stratèges africains doivent pouvoir retrouver leur capacité à substituer, à transposer et à dissimuler. Ce cocktail d’imprévisibilité gît dans des jeux de stratégie tels que l’Awélé. Ses stratagèmes habitent une kyrielle de contes bantou non encore traduits en langues occidentales. Le lion, le lièvre, le singe, l’éléphant et la tortue qui sont les principaux acteurs de ces allégories sont assez représentatifs des acteurs de la scène internationale. N’y apprend-on pas comment la tortue, dernière sous tout rapport, l’emporte toujours sur les plus forts ?

Guy Gweth

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IE: le benchmarking des groupes d’autodéfense en Afrique centrale

In Benchmarking, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 23 juillet 2008 at 5:46

La crise économique qui traverse la zone Cemac depuis plusieurs années a considérablement fragilisé l’appareil étatique dans l’accomplissement de certaines de ses missions régaliennes. Une partie de ces dernières est ainsi tombée dans le champ d’activités des promoteurs privés, des bailleurs de fonds, des églises, des Ong… et des associations en bonne place desquelles les groupes d’autodéfense.

Nés de l’insécurité et de la montée du grand banditisme, les groupes d’autodéfense sont l’œuvre des jeunes de quartiers, costauds, solidaires, scolarisés ou non. Leur objectif est de sécuriser leur territoire. En alternance, ils veillent de jour comme de nuit. Ils surveillent les environs, collectent des informations, notent tout mouvement suspect. Ils ont le soutien plein et entier des populations locales. Y compris financièrement. Les criminels les redoutent. Les pouvoirs publics les observent. Un nouveau rapport de forces voit le jour dans les cités. Mais très vite, certains groupes franchissent la ligne jaune. Ils se prennent à arrêter des malfrats, à les juger devant des tribunaux populaires, à exécuter les peines par eux-mêmes. Il arrive qu’un membre du groupe cherche à se venger d’un rival et le dénonce comme « malfaiteur », poussant parfois à commettre l’irréparable. Embarrassé, l’Etat rend justice, tout en reconnaissant implicitement l’aide exceptionnelle de ces entités de facto, non prévues par les lois de la république. Il faut les encadrer.

Du 25 au 27 février 2004, alors que j’assure le pilotage d’Interconsult Cameroon, j’organise avec l’aide de bailleurs de fonds allemands, une session nationale au centre Jean XXIII de Mvolyé, à Yaoundé, afin de sensibiliser ces groupes au respect des droits humains. Pour mener à bien cette mission sans précédent, j’invite des experts de haut niveau dont l’ancien préfet Jean-Marie Ndongo et surtout Bell Luc René, ancien gouverneur et ex-délégué général à la sureté nationale. Ils nous font l’honneur d’accepter. Dans son propos liminaire, l’ancien chef de la police camerounaise tient à préciser que si l’Etat tolère les groupes d’autodéfense, c’est en réalité dans une logique stratégique visant à pénétrer les zones dites sensibles, grâce au soutien informationnel des habitants, dans le but de mieux gérer et garantir la sécurité publique.

La stratégie d’intelligence économique que nous impulsons dans la zone Cemac a tout appris de ce schéma contextuel. Face à l’exacerbation de la concurrence, à la réduction des moyens de l’Etat, nos entreprises se regroupent aussi bien par région que par secteurs d’activités. Moins fragiles et plus audacieuses, elles travaillent ensemble autour d’une plateforme d’information sécurisée avec la collaboration, voire, l’impulsion de l’Etat. Peu à peu, ce dernier diminue ses fonctions opérationnelles pour davantage se consacrer à son rôle d’Etat-stratège. Ces plateformes visent la défense et la compétitivité par la transformation du renseignement économique en outils de création et de protection des richesses. Rien à voir avec un quelconque protectionnisme. La vérité est que  les compagnies se prennent en main pour agir dans le respect bien compris des règles de saine concurrence. Elles n’ignorent pas qu’en définitive, c’est aux pouvoirs publics d’assurer les missions de contrôle, de protection des personnes, des biens, et donc des entreprises implantées sur l’ensemble du territoire national. Mais elles gagnent en assurance. L’Etat devient clairvoyant. La Cemac peut voir venir.

Des jeunes de quartiers qui inspirent une stratégie d’intelligence économique aux entreprises? Il fallait y penser.

Guy Gweth

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Guerre économique et légitime défense préventive

In Guerre de l'information, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective on 17 juillet 2008 at 2:35

L’une des limites normatives au concept de guerre économique est l’absence de déclaration de guerre, au sens du droit international. C’est pourquoi, à la faveur provisoire d’une exploitation métaphorique, nous conviendrons ici qu’il s’agit davantage d’une guerre non conventionnelle,  immatérielle dans la majorité des cas, plus agressive que préemptive, très souvent asymétrique, le faible essayant généralement de surprendre le fort par la ruse.

Une bonne partie des enseignements dispensés à l’Ecole de guerre économique de Paris repose sur les techniques de guerilla ou celles de la guerre hors limites telles que conceptualisées par les deux colonels de l’armée de l’air chinoise Liang Qiao et Xiangui Wang. L’effet de surprise est ainsi le facteur clé de succès des opérations d’infoguerre. Le 1er qui frappe l’emporte. Et même si la vapeur se renverse avec le temps, les dégâts causés aux personnes physiques ou morales lors d’attaques informationnelles sont souvent lourds. Voire irrémédiables pour les victimes. La croissance exponentielle de la cybercriminalité révèle au grand jour l’incapacité chronique des Etats à garantir la protection du patrimoine informationnel des entreprises ainsi que l’intégrité de l’espace virtuel des citoyens.

Devant cette réalité, convenons cette fois encore qu’attendre d’être attaqué pour  éventuellement réagir, c’est signer son propre arrêt de mort par procuration. Mais en l’absence d’un Droit de la guerre économique, d’un jus cogens spécifique à cette forme mutante et grandissante d’agression, face à l’impossibilité –en temps réel- de distinguer un combattant d’un non-combattant, la surveillance permanente de l’environnement des entreprises et le renseignement économique deviennent une nécessité impérieuse. Vitale. C’est sur cet impératif de sécurité que je fonde mon idée d’importer la légitime défense préventive sur le terrain de la guerre économique.

Dans son très bel ouvrage, La guerre préventive et le droit international paru en janvier 2007 aux éditions Dianoïa, mon ancien professeur de droit international à l’Université de Yaoundé II, Narcisse Mouelle Kombi, récuse à juste titre le motif de légitime défense préventive invoqué par le gouvernement Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Il y rappelle fort à propos que « le droit international est dans son essence et sa finalité, un droit préventif de la guerre ». Je le lui concède. Sauf qu’ en 1967 (guerre de six jours), 1975 (contre les camps palestiniens au Liban) et 1981 (pour détruire un réacteur nucléaire susceptible de nuire à l’Etat hébreu), Israël avait déjà fait école en convoquant la légitime défense pour motiver ses frappes préventives, se fondant en cela sur le célèbre pacte Briand Kellog du 26 août 1928.

Depuis ce pacte en effet, la quasi totalité des instruments juridiques internationaux reconnaît qu’il n’y a pas entorse au jus cogens « si les coups portés sont commandés par la nécessité de se défendre soi-même ou de protéger autrui ». Un acquis transférable à la guerre économique sous certaines conditions bien précises:

Primo, que grâce aux signaux faibles, l’attaque adverse soit jugée imminente.

Secundo, que la frappe soit proportionnelle à la gravité de l’attaque imminente.

Tercio, que la justice soit saisie a posteriori. A charge pour X de réparer les dommages causés à Y, en cas d’erreur ou d’abus  dûment établis par les autorités judiciaires compétentes.

En attendant, force est de constater que sur ce terrain mouvant et dangereux, l’Etat de droit restera pendant longtemps encore  l’adversaire le plus vulnérable d’entre tous.

Guy Gweth

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La Guinée équatoriale a-t-elle une stratégie de puissance sous-régionale ?

In Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, veille on 30 juin 2008 at 8:32

La question peut paraître provocante à plus d’un titre. Mais elle mérite fortement d’être posée, au vu des signaux faibles envoyés ces cinq dernières années par Malabo à la communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (CEMAC). Voici le décryptage exclusif de “la stratégie de la poudre aux yeux” , une enquête minutieuse au cœur de la doctrine sécrète du président Teodoro Obiang Nguema Mbazogo.

Oui, le sujet est provocant parce que la Guinée équatoriale en chiffres, c’est 515 000 habitants établis sur une superficie de 28050 km2, une croissance démographique à 2,25%, une densité de 18 hab/km2, une espérance de vie de 42 ans, un taux d’alphabétisation à 87%, un PIB par habitant de 8250$ , un indice de développement humain établi à 0,642… 2620 millions $ d’importations, 11675 millions $ d’exportations et trois principales ressources: le pétrole, le bois et le gaz naturel (…)

Mais nous nous sommes sérieusement interrogés. Car sur le plan économique, ce “petit Etat” pétrolier que les analystes s’accordent désormais à  désigner “ Koweit du golfe de Guinée” se targue d’une croissance en 2007 de 21,5%  contre 8% en 2006 (!) Son taux d’inflation est de 5,2% et les investissements directs étrangers dans ce pays s’élèvent à 1656 millions $. Avec une politique d’immigration digne de la Suisse, l’ancienne colonie espagnole peut se permettre d’organiser des expulsions spectaculaires de clandestins africains, d’offrir un 1 milliard Fcfa pour la reconstruction de N’Djamena, de demander et obtenir la tête du gouverneur de la Banque des Etats d’Afrique centrale, d’exiger la refonte des textes de la Cemac pour tenir compte du nouveau poids économique et financier de la Guinée pétrolière… ou de claquer la porte de la 9è conférence des chefs d’Etats de la Cemac, le cas échéant (…)

Guy Gweth

Acquérir l’étude complète auprès de GwethMarshall Consulting.

Les clés USB: un piège trop sexy?

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Sécurité on 17 juin 2008 at 6:49

Lorsque nous étions gamins, mes copains et moi trouvions souvent de la monnaie par terre. Nous la ramassions. Pas vous ? Nous, c’était neuf fois sur dix ! Nous courrions ensuite, non sans joie, vers les échoppes du voisinage pour acquérir d’éphémères babioles, des bonbons ou des tablettes de chocolat ; comme par crainte de garder quelque pièce par-devers nous.

Il faut dire que, moralement, nous n’étions pas tout à fait quitte avec l’idée de trouver sans chercher. D’ailleurs, nous ne le rapportions jamais aux parents, de peur d’être sommés de rétrocéder à la terre ce que le ciel nous avait si généreusement offert. A l’époque on ne parlait ni d’intelligence économique ou si peu, ni d’hypercompétition, ni de cybercriminalité et encore moins de guerre économique. Elle est belle, la vie de ces gamins d’Afrique qu’on ne montre pas à la télé.

Au fur et à mesure que nous grandissions, le hasard devenait avare. Dieu était-il fauché ? Mystère. En tout cas, les temps changeaient. Nous le ressentions. Mais jamais notre vigilance ne décrut. Aujourd’hui, stylos, téléphones portables et autres clés USB sont les objets perdus les plus convoités par les enfants que nous ne sommes plus. Mais aussi par les adultes. Hélas. Des professionnels qui plus est. Et là résident des pièges du hasard.

Pour nos retrouvailles dans la ville de notre enfance, mes copains et moi avons décidé de passer de l’autre côté, sur le versant de ceux qui « perdent » des objets avec préméditation. Des hameçons… Après avoir prétexté un rdv professionnel avec une amie comptable, nous nous sommes introduits chez TUSAURAS SA et y avons, comme par hasard, « égaré » nos deux clés USB. Trois quarts d’heure après notre départ, nous sommes revenus dans l’entreprise, l’air essoufflé et préoccupé tout à la fois. Nos clés avaient bien sûr disparu. Aucun mystère. Mais personne ne les avait même entr’aperçues ! Notre amie en était outrée, mais pas surprise le moins du monde. Deux clés USB JetFlash 168 16 Go neuves ? La magie du hasard.

Une connexion internet et deux e-mails plus tard, nous savions presque tout du pôle juridique de TUSAURAS SA. L’idée qu’une clé USB tombée du ciel pouvait être introduite dans un ordinateur sans autre forme de procès avait flatté plus d’un salarié, nous ouvrant au passage une artère intelligente au cœur de l’entreprise. Pour sûr, les parents et surtout les DSI auraient raison de blâmer ceux qui s’ouvrent ainsi aux charmes des clés inconnues. Moralité : méfiez-vous des clés USB qui trainent ou vont et viennent dans plusieurs ordinateurs… Ce peut être des armes d’espionnage.

Pendant que mes copains et moi écoutions les excuses des cadres de TUSAURAS SA à qui nous venions de renvoyer le colis juridique de leur entreprise par e-mail, nous nous amusions comme des gamins; en pensant surtout à ces stagiaires, consultants et coopérants qui pillent les entreprises, partis politiques, ONG… etc, simplement en introduisant une vicieuse clé USB dans la bonne machine. Un plaisir d’adulte… Un risque aussi: l’inverse est possible. Toujours se protéger !

Guy Gweth

Tout ce que l’intelligence économique n’est pas!

In Débat, Espionnage économique, Guerre économique, Intelligence économique on 14 juin 2008 at 2:55

L’article que je vous indique ci-après fait penser à l’allégorie africaine de la dent qui faillit pourrir une bouche entière. Car si l’exception fait la règle, les faits que relate ce billet traduisent ce que la règle de notre métier n’est pas, car justement, ils relèvent de l’exception même. L’intelligence économique est une discipline aussi noble que les points sulfureux qui peuvent l’entacher sont retentissants. Jugez-en vous-même, à commencer par le titre de Libération de ce vendredi 13 juin: «Alors qu’il tombe seul, un barbouze balance tout»… Le cas d’école par excellence de tout ce que l’intelligence économique (IE) n’est pas!

«Poursuivi en justice, Patrick Baptendier publie un livre sur ses faits d’armes. Pour une fois, l’expression «pavé dans la mare» n’est pas galvaudée. Le livre de Patrick Baptendier, Allez-y on vous couvre! , en librairie depuis hier, est une véritable grenade dégoupillée.

«Cet ancien gendarme a basculé dans la barbouzerie. Son métier, détective privé, n’a jamais été aussi rentable, à l’heure du big business triomphant. Rebaptisé pompeusement ‘intelligence économique‘, sotte traduction de l’anglais qui signifie, plus prosaïquement, ‘espionnage‘, il est au cœur de bien des turpitudes politico-financières. Où de grands cabinets se gargarisent de déontologie tout en sous-traitant le sale boulot (écoutes, filatures…) à des petites mains.

«Patrick Baptendier est l’une d’entre elles. Il a travaillé pour les cadors du secteur, l’américain Kroll et le français Geos, qui lui confiaient ce qu’ils n’osent faire eux-mêmes : la pêche aux relevés bancaires ou téléphoniques, aux casiers judiciaires, aux notes blanches des services (RG et DST). »

Lire l’article in extenso dans Libération.fr, en complément de “Peut-on démystifier l’intelligence économique?” édité sur ce site le 9 mars 2008 par nos bons soins.

Entreprise: business Intelligence et Intelligence économique

In Intelligence économique, Stratégie on 14 juin 2008 at 2:08

Les outils de la Business intelligence sont basés sur l’exploitation d’un système d’information décisionnel alimenté grâce à l’extraction de données diverses à partir des données de production, d’informations concernant l’entreprise ou son entourage et de données économiques. Ces systèmes d’informations s’inscrivent généralement dans un démarche globale prévoyant une veille stratégique et un cycle de renseignement (dans le cadre de l’intelligence économique) dont l’aboutissement final demeure la gestion du capital immatériel (informations, connaissances, compétences) de l’entreprise.

INTELLIGENCE ECONOMIQUE
Le terme d’intelligence économique renvoie à l’importance critique pour tous les acteurs de la vie économique d’avoir une connaissance pointue de leur environnement au sens large du terme, puisqu’il faut y inclure la connaissance des politiques publiques, des stratégies industrielles de ses concurrents, le suivi des évolutions technologiques et des inventions. La bonne information permet d’avoir conscience du besoin d’une décision et de prendre celle-ci de manière optimale.
L’accès rapide et étendu à une masse énorme d’information via Internet pose à l’évidence le problème de l’intelligence économique dans des termes totalement nouveau. La question est moins l’accès primaire à l’information, que la capacité de reconnaître ce qui est intéressant et qui produit cette information.
Une démarche d’intelligence économique vise à mettre en place des outils informatiques pour la veille, la collecte, le traitement et la diffusion de l’information à travers un système d’information fiable.
Le terme système d’information (ou SI) possède plusieurs significations. Dans un système d’information généralement, dirons-nous, d’une grande entreprise, on trouvera plusieurs applications dont des progiciels :
ERP – Enterprise Resource Planning (en français : PGI pour progiciel de gestion intégré) -qui intègre tous les systèmes informatisés permettant d’aider le travail dans l’entreprise.
CRM -Customer Relationship Management (en français : GRC gestion de la relation client) -Regroupe toutes les fonctions permettant d’intégrer les clients dans le système d’information de l’entreprise
SCM -Supply Chain Management – Regroupe toutes les fonctions permettant d’intégrer les fournisseurs et la logistique au système d’information de l’entreprise
GRH -Gestion des ressources humaines
GDT -Gestion de données techniques (ou PDM – Product Data Management) -Fonctions d’aide au stockage et à la gestion des données techniques. Surtout utilisé par les bureaux d’études.
Le domaine des systèmes d’information a certes une forte composante technologique et informatique. Mais c’est seulement un aspect de ce domaine qui est en fait beaucoup plus vaste. Il s’agit de concevoir comment circule et est stockée l’information de façon efficace et cohérente pour toutes les activités d’une entreprise, d’un réseau d’entreprises, d’une administration publique, des relations entre entreprises, citoyens, gouvernements…
Le champ est vaste et concerne tous les domaines des activités humaines. Malgré cette ampleur, ce domaine a son unité scientifique, construit autour de concepts, de constructions abstraites et concrètes, de composants de méthodes notamment qui sont indépendantes des activités concernées. Sans doute, un des maîtres mots de ce domaine des Systèmes d’Information est-il celui de modèle accompagné de celui de modélisation.
Par ailleurs dans les entreprises actuelles, le système d’information tend à s’orienter vers des ensembles plus globaux, l’information traitée par l’homme étant une connaissance à gérer.
En complément du SI, on a souvent une Ingénierie des connaissances qui s’articule autour des deux composantes suivantes, que l’on peut retrouver dans chaque domaine d’activité de l’entreprise :
La gestion de contenu (en anglais Content Management) , destinée à gérer les informations brutes à transformer en connaissances mieux structurées ;
La gestion des accès, c’est-à-dire la gestion des flux et des protocoles d’échange dans les réseaux de télécommunications internes ou partagés avec les partenaires.
En gros il faut dire que l’ensemble de ces démarches tournant autour du concept « intelligence » vise à trouver la bonne méthode pour recueillir et traiter l’information stratégique, transmise à la bonne personne, au bon moment, pour avoir un avantage compétitif.

Aboubacar Sadikh Ndiaye

Algérie: le Conseil de la Nation face aux impératifs de défense économique

In Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité on 11 juin 2008 at 9:14

“Les travaux des 4es JEP sur la défense économique, organisés à l’initiative du Conseil de la nation sous le haut patronage du Président de la République d’Algérie, se sont achevés le 7 juin 2008 au soir sur une série de constats et de recommandations. Extraits:

“…Le docteur Walid Laggoune, professeur de droit, en abordant «les aspects juridiques de la défense économique», s’est référé à la législation en matière de défense de la sécurité nationale citant les codes d’investissements…, la détermination des secteurs stratégiques intégrant la défense économique et la notion d’intelligence économique.


“Walid Laggoune qui s’appuie sur la législation nationale en matière de développement économique et d’adaptation juridique appelle à plus d’effort normatif au regard des nouvelles vulnérabilités, pour définir les principes et tracer les contours d’une défense économique efficiente. Le juriste Ahmed Laraba, dans sa communication «Observation sur la notion de défense économique», met en parallèle le lien intrinsèque entre la défense nationale et la défense économique comme réponse appropriée aux vulnérabilités nationales, risques et menaces dans un droit de projection interne et externe et de prospective de nouveaux mécanismes de défense. Le professeur de droit considère le potentiel économique comme constituant un paramètre fondamental de toute politique de défense nationale. Les deux segments liés constituent une défense nationale conquérante.”

Lire l’article complet in Elmoudjahid.com.

Les secrets du segment Afrique de Western Union: transfert de propriété

In Benchmarking, Intelligence économique, Leadership, Perception Management, Stratégie on 6 juin 2008 at 2:06

Le 1er Juin 2008, nous publiions sur ce site: [“C’est un fait dont on parle trop rarement: au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance.” Nous, enfants de la tradition.

Marketing ethnique, Perception Management, Communication stratégique, Conquête des espaces, Relation client… Enquête exclusive au cœur d’une stratégie commerciale qui séduit la diaspora africaine. Comment de pauvres Africains ont enrichi Western Union, Transfert d’argent? C’est à découvrir prochainement. Ici.]

Aujourd’hui, nous regrettons de ne pouvoir publier les résultats de cette enquête aux motifs de cession des droits de propriété à des tiers. Comme vous devez le savoir, les entreprises , les gouvernements et les organisations non-gouvernementales sont prioritaires pour connaître et exploiter les résultats de nos productions à des fins de compétitivité. Aussi prions-nous l’ensemble de nos lecteurs d’excuser ce rendez-vous manqué, dû à la real intelligence.

Guy J. Gweth

Hexagone: Bakchich tire sur «Les petits trafics de la DST»

In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Non classé, veille on 3 juin 2008 at 3:43

A lire en complément de «Guerre économique, nouveau défi des services secrets en Afrique centrale» publié le 14 février 2008 et de «Peut-on démystifier l’intelligence économique ?» rédigé le 9 mars 2008 sur ce site par Guy Gweth; sans oublier des extraits de “Voyage au pays des barbouzes” de Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recassens in Le Point.fr.

«Les activités du contre-espionnage sont couvertes par le secret-défense, mais ça n’a pas empêché des flics de la DST de refiler à un détective privé des infos sur un Français proche de Roman Abramovitch, un oligarque russe, propriétaire du club de Chelsea. Aïe : la conversation téléphonique était écoutée…

«Un livre à paraître bientôt inquiète les flics de la DST, le contre-espionnage, comme les barbouzes d’agences de sécurité et d’intelligence économique ayant pignon sur rue, telles Kroll ou Geos. Un ancien gendarme, Patrick Baptendier, poursuivi par la juge de Versailles Magali Tabareau pour avoir farfouillé dans les fichiers de la police et revendu des informations comme des extraits de casier judiciaire ou des numéros en liste rouge, y raconte les petits trafics d’infos du contre-espionnage. Que la DST cherche à savoir ce que trament Kroll et les autres officines, c’est de bonne guerre. Quand le contre-espionnage dicte la conduite à tenir à ce privé et lui refile des informations confidentielles sur des personnes et des sociétés, la ligne jaune n’est pas loin d’être franchie […] Lire la suite sur Bakchich.info

Afrique, intelligence économique et coopération nord-sud

In Débat, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 28 mai 2008 at 7:37

Tout au long de son histoire, l’Afrique a adhéré à la quasi totalité des offres de coopération que lui proposait l’étranger, et l’Occident en particulier. Non sans regrets. Il en fut ainsi des grands épisodes tels que l’esclavage et l’évangélisation, les guerres mondiales et la guerre froide, l’humanitaire et la dette, le commerce et la diplomatie; aujourd’hui, l’intelligence économique.

A chacun de ces rendez-vous historiques, les Africains servirent -entre autres- de cobayes, de marionnettes, d’idiots utiles, de chair à canon ou de vache à lait. De cette kyrielle d’épisodes, l’Afrique sortit trahie, exsangue, en retard, dépendante et humiliée. Peu à peu, l’idée que dans sa grande bonté l’Eternel créa une Afrique naïve, suiviste et généreuse pour servir de souffre-douleur à un monde impitoyable cessa d’être un simple trait d’humour blanc.

L’extraordinaire évolution du monde ces 50 dernières années a radicalement changé les paradigmes et creusé de nouveaux champs de bataille. La ruée vers les matières premières africaines, les rivalités entre l’Asie et l’Occident, la globalisation des échanges, la prise de conscience de jeunes africains et le management stratégique de l’information… ouvrent des brèches inespérées pour le continent noir, malgré son retard technologique. Et voici de nouveau, tel un vieux serpent de mer, le passé qui ressurgit: les alliés d’hier nous proposent la coopération en matière d’intelligence économique oubliant que leur ardoise regorge de dettes morales non soldées. Avec les mêmes expédients, on nous caresse dans le sens du poil. Nos futurs cadres sont cueillis dans les universités étrangères et conviés au bal des Judas. Des filles et fils de dirigeants non avisés sont tamponnés dans leurs clubs préférés. Et, signes d’hérédité, des patrons africains de l’ancienne génération en viennent à croire que leurs meilleurs concurrents leur offriront des armes pour se battre librement dans une compétition ouverte, sans précédent, et à l’issue incertaine : la guerre économique.

Comme des griots éternels, nous n’aurons de cesse de sensibiliser et de prévenir la jeune génération de décideurs et d’opérateurs économiques africains. Le patriotisme économique est l’âme de l’intelligence économique et la compétition en est l’esprit. Nos entreprises, nations, sous-régions et région se doivent d’abord d’écrire leur propre partition compétitive et stratégique pour pouvoir ensuite coopérer en bonne intelligence avec l’étranger. Pas avant !

L’Afrique n’a jamais été aussi seule que lorsqu’elle est se sait entourée d’amis. La preuve par l’Histoire.

Guy Gweth

De l’intelligence économique à l’intelligence compétitive

In Intelligence culturelle, Intelligence sportive, Intelligence verte, Intelligence économique, Leadership, Stratégie on 19 mai 2008 at 6:02

Comment réduire l’incertitude des managers, détecter les risques et opportunités du marché, prévoir l’entrée de nouveaux concurrents, trouver dans et en dehors de l’organisation l’information utile à la prise de décision, tirer profits des bonnes pratiques de la concurrence ou anticiper de nouvelles règlementations dans un secteur d’activité donné?

Ces questions -loin s’en faut- ne sont guère l’apanage des seuls opérateurs économiques. Elles ressortissent tout naturellement du management en situation concurrentielle et de la part croissante que prend l’information stratégique dans le capital du leadership moderne. Toute proportion gardée, elles interpellent aussi bien le directeur général de Total Gabon que Mispa C., P-dg d’une PME de commercialisation de produits bio en RCA, Brice M., président d’une ONG de développement au Congo Brazzaville ou Kadidja H., cette jeune Tchadienne de 29 ans récemment désignée pour booster le marketing stratégique d’une nouvelle église de réveil de 9700 âmes, après des études de commerce et de théologie aux Etats-Unis. Pour tous ces managers, il n’y a d’intelligence que si elle sert la compétitivité, de manière éthique et légale.

Pour apporter des réponses aux questions de ces décideurs Africains comme à ceux de Wall Street ou de la City, les experts de l’intelligence économique (version francophone) seront prompts à répondre présents. Et pour cause. Malgré la relative variété des secteurs d’activité sus-évoqués, la plupart dira être en mesure d’appliquer l’intelligence économique au management d’une PME, d’un territoire, d’une association humanitaire ou au sport… Traduction: ces experts seront en mesure de prendre de la distance, puis de sortir leur modèle en mètre ruban, de le tirer depuis le questionnement du client jusqu’au renseignement en passant par la collecte, le traitement, l’analyse des données pertinentes et leur conversion en devises décisionnelles sécurisées (à soumettre à la sagacité du manager).

Devant ce tableau, vous comprendrez que je ne digère plus la dictature de l’adjectif économique chez nombre de théoriciens et praticiens de l’intelligence compétitive au sein de l’espace francophone. Pareille obstination se justifierait-elle par le fait que les Anglosaxons ont franchi ce pas avant nous (Voir les subtilités entre Business intelligence et Competitive intelligence) et que le “mimétisme” n’est guère la part des orgueilleux ? Ou est-ce simplement parce que mes bons camarades ont quelque scrupule à tuer le maître ? Mystère.

Fille du Renseignement, l’intelligence économique est en tout état de cause un sous-ensemble de l’intelligence compétitive, comme peuvent l’attester nos trois managers centrafricaine, congolais et tchadienne rencontrés plus haut, chacun dans son secteur d’activité. Au final, me direz-vous, ce n’est pas plus qu’une question d’adjectif, cette affaire… -Bien vu! Et cela est suffisamment important pour s’en expliquer auprès du grand public. Non?

Guy Gweth

Fonds souverains, nouveaux maîtres de la finance mondiale

In Débat, Guerre économique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie, veille on 16 mai 2008 at 6:51

En 2007, les fonds souverains ont accumulé 3500 milliards $US de réserves, un chiffre en hausse de 24 % par an au cours des trois dernières années, d’après le cabinet d’analyse américain Global Insight.

A ce rythme, le volume de ces fonds d’investissements pourrait dépasser le produit intérieur but (PIB) des États-Unis en 2015, et celui de l’Union européenne, d’ici 2016. Ce gonflement intervient alors que les économies émergentes, aux ressources financières dopées par la flambée des prix du pétrole et des matières premières, investissent de plus en plus à l’étranger pour s’assurer de meilleurs retours sur investissements.

Global Insight souligne que, forts de leur puissance, les fonds souverains modifient les liens traditionnels entre pays riches et pays en développement. «Armés de tels montants de liquidités qu’ils n’ont pas à rembourser, les fonds souverains sont les nouveaux maîtres de cérémonie de la finance où ils prennent la place des hedge funds et autre fonds d’investissement, et outrepassent les banques centrales dans leur rôle de prêteurs internationaux de dernier ressort», a estimé Jan Randolph, responsable du risque souverain, à Global Insight. Selon la firme, les fonds souverains ont injecté 80 milliards dans le secteur bancaire aux États-Unis en 2007. À l’échelle mondiale, 93 % de leurs investissements ont été dirigés vers le secteur financier occidental.

Le générateur de fonds souverains le plus puissant est la Chine, avec environ 1200 milliards $US, suivie par la Russie et le Koweït, selon Global Insight. Au cours des cinq dernières années, les puissances en plus fort développement dans ce domaine ont été le Nigeria (+291 %), Oman (+256 %), le Kazakhstan (+162 %), l’Angola (+84 %), la Russie (+74 %), et le Brésil (+65 %). Au mois de janvier 2008, le montant total des acquisitions réalisées par des fonds souverains s’est élevé à 20,6 milliards, soit près du tiers des opérations de fusion-acquisition faites par de tels fonds sur l’ensemble de 2007. Les fonds souverains représentent 35 % des fusions et acquisitions mondiales en 2007 et 28 % de celles réalisées aux États-Unis en janvier 2008.

La montée en puissance de ces fonds qui suscitent de l’espoir en Afrique inquiète évidemment les pays occidentaux. Récemment, le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne se sont mobilisés pour recommander plus de transparence dans leur fonctionnement et leurs stratégies d’investissement. Certains accusent ces fonds d’être en effet des outils au service d’intérêts politiques des Etats dont ils émanent et non pas des investisseurs tournés uniquement vers la recherche de profits financiers. Rudes batailles en perspective.

Guy Gweth

Après croisement des données fournies par : l’Afp, Rfi, Ledev & Global Insight/.

L’arme fatale du spam : gloire et fortune pour les naïfs

In Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 13 mai 2008 at 12:59

On le sait, les cyber-escrocs savent très bien comment exploiter les phénomènes de l’actualité (tragique ou non) pour attirer dans leurs filets les internautes naïfs. Aujourd’hui, la mode des télé-crochets donne des idées aux spammeurs qui ont décidé d’exploiter à fond ce filon.

L’éditeur Symantec a ainsi repéré une campagne de spam faisant miroiter des castings pour des films (“Vous décidez de travailler quand vous le voulez”, peut-on lire dans le mail, voir illustration) en échange bien sûr des mails des internautes.On note toutefois que le taux global de spam est repassé sous la barre des 80% du nombre total de mails, soit un recul de 8% par rapport au mois précédent.

L’éditeur a également repéré de nouveaux types de phishing à partir de Google AdWords. Les cyberescrocs encouragent les utilisateurs à cliquer sur un lien pour mettre à jour leurs informations de facturation et/ou à actualiser leur compte en les dirigeants sur des sites frauduleux. Le lien qui apparaît dans le corps du message semble légitime, mais il redirige l’utilisateur vers un site compromis hébergé dans un certain nombre de pays, dont la Roumanie, le Brésil et le Canada.

Rik Ferguson, architecte des solutions chez Trend Micro, explique qu’ “à de nombreux égards, Google est victime de son propre succès. A mesure que la société a vu sa part de marché augmenter avec la diversité de produits et services qu’elle propose, elle est devenue une cible de plus en plus intéressante pour les cybercriminels. La motivation des pirates a évolué : de la simple fierté d’être un ‘l33t h4×0r’, le pirate d’aujourd’hui a pour seule ambition de générer des profits, ce qui signifie que la menace face à n’importe quelle plate-forme populaire est bien réelle.” Sources : Olivier Chicheportiche/ Silicone

Agences d’IE : Paris veut faire le ménage

In Communication d'influence, Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 13 mai 2008 at 12:54

Au ministère de l’Intérieur, le message est clair : «T out ce qui ressemble de près ou de loin à une officine ou à de la “ barbouzerie ” va être combattu avec la plus grande fermeté», prévient-on dans l’entourage de Michèle Alliot-Marie. Dans la plus grande discrétion, la Place Beauvau planche sur une opération «mains propres». Une très officielle procédure d’agrément délivré par l’État serait imposée aux sociétés, mais aussi à la nuée de «consultants» gravitant autour d’elles. Cette licence individuelle pourrait être délivrée au terme d’une enquête associant la future direction centrale du renseignement intérieur, englobant l’actuelle DST, et les Renseignements généraux… Lire l’article de Christophe Cornevin et Mathieu Delahousse in le Figaro.fr

La France a son service de contre-espionnage économique

In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Non classé, Stratégie, Sécurité, veille on 5 mai 2008 at 5:28

L’organigramme de la DCRI a été diffusé fin avril aux responsables de cette nouvelle direction du ministère de l’Intérieur, qui fusionne les RG et la DST. Principale nouveauté, la création d’un service de contre-espionnage économique.

Tous les chefs de service des Renseignements généraux et de la Direction de la surveillance du territoire (DST) ont reçu, fin avril 2008, un document barré du tampon secret-défense et soigneusement numéroté, pour éviter toute fuite malveillante. Ce document présente le nouvel organigramme de la future Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui, le 1er juillet 2008, fusionnera la DST et les Renseignements généraux (RG), au sein du ministère de l’Intérieur.

Selon des informations recueillies par latribune.fr, la principale nouveauté concerne l’un des sept grands services, la puissante sous-direction chargée de la protection des entreprises, avec la création en son sein d’un service de “contre-ingérence”, en clair de contre-espionnage, chargé de lutter contre l’espionnage industriel. Curieusement, cette sous-direction, qui existait déjà à la DST, ne disposait pas d’agents spécifiquement dévolus à la lutte contre l’espionnage industriel. Elle regroupait, notamment, un service de relation avec les entreprises, chargé de les informer sur les éventuelles menaces qui les guettent, avec une vingtaine de fonctionnaires suivant chacun un secteur spécifique. Un autre service était chargé de suivre les officines d’intelligence économique. Or, plusieurs affaires, certaines très médiatisées, comme celle de la stagiaire chinoise employée par le groupe Valéo, et d’autres tenues secrètes montrent, s’il en est besoin, que les nouvelles menaces se trouvent, après le terrorisme, sur le terrain économique.

Avec ce nouveau service, la sous-direction protégeant les entreprises, dirigée par le contrôleur général Gilles Gray, va donc, dès le 1er juillet, pouvoir réellement traquer les espions industriels pillant les technologies les plus sensibles. Ses agents, des spécialistes rompus aux techniques de contre-espionnage, ont été soigneusement formés aux spécificités de l’action dans l’univers économique et financier, bien différente du contre-espionnage traditionnel (…) Source: La Tribune

Etre lobbyiste en Afrique centrale aujourd’hui

In Communication d'influence, Intelligence économique, Lobbying, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 26 avril 2008 at 9:56

En Afrique subsaharienne, peut-être plus qu’ailleurs dans le monde, les intérêts publics et privés pèsent à peu près pareillement sur la balance décisionnelle. Il arrive d’ailleurs fréquemment que les seconds l’emportent sur les premiers. C’est un fait. L’expertise et la profession qui consistent à infléchir la décision publique revêtent ici un caractère et des ressorts bien particuliers qu’il ne serait guère inconvenant d’appeler « lobbying à l’africaine ».

Mi-février 2001, François Bien (nom de code) alors âgé de 34 ans est nommé secrétaire d’ambassade dans l’un des six pays d’Afrique centrale qui composent la zone Cemac. Diplômé de science politique et relations internationales, monsieur Bien arrive en Afrique après quatre ans et six jours au poste d’attaché parlementaire, suivis d’un bref passage dans les services de renseignements. Lorsque fin novembre 2004, contre toute attente, notre homme est appelé à d’autres fonctions dans son pays d’origine, il n’hésite pas une seconde. Il démissionne. Sa décision est irrévocable. Il sera « lobbyiste ». M. Bien a appris à aimer son pays d’accueil, le soleil, les femmes, les paysages et… les combines. En trois ans de carrière africaine, M. B. comme l’appellent ses amis africains s’est fait une kyrielle de relations, les unes plus importantes que les autres. Le renseignement étant une seconde nature, Bien a pris le temps de décortiquer la matrice culturelle, les institutions et les personnalités publiques du pays… au point d’accrocher en face de son lit une cartographie (des acteurs qui comptent) qu’il modifie de temps en temps au crayon, à la manière d’un peintre surréaliste. Grâce à ses sources au secrétariat général du parlement, il pratique une veille juridique à faire pâlir d’envie les archivistes du Journal Officiel local. Chaque midi, il déjeune dans un restaurant différent mais toujours attenant à un ministère. Il consomme local et ne lit publiquement que les journaux locaux. Nombre de journalistes sont parmi ses amis. Tous les dimanches, il est présent à la cathédrale où il s’est fait des sympathies auprès de Mgr, les prêtres, les religieuses et d’autres frères et sœurs en Christ importants. Tous reconnaissent « sa grande générosité et sa remarquable simplicité». Lorsqu’il y a 10 mois M. B. obtient pour mission d’agir pour « contribuer à la prise d’une décision ministérielle favorable aux intérêts de la société XXX », là non plus, il n’hésite pas. Il a ses sources auprès de la cible. Dans un hôtel de la capitale, au titre d’avance, il reçoit du liquide en substance (dont 2/3 pour « mouiller la barbe à qui de droit »), « le reste de l’enveloppe ? Une fois que l’objectif sera atteint ». Monsieur B., c’est bien connu, n’a que l’obligation de moyens, mais ceux qui l’ont pratiqué savent qu’il parvient toujours à l’effet final recherché (EFR). Sauf que quelques jours plus tard, le cœur de cible de M. B. dans l’opération XXX est brusquement démis de ses fonctions et mis aux arrêts, sans procès. Motifs : “corruption et détournement de fonds publics”!

Parce qu’il continue d’avoir mauvaise presse en Afrique centrale, le lobbying -de par son côté pour le moins « sibyllin »- s’y exerce en 2008 sous couvert de nombreux statuts et d’une ribambelle de jeux de cartes dont on peut tirer trois as: la carte blanche (I), la carte noire (II) et la carte grise (III)

I-La carte blanche

I-1-Les hommes d’affaires étrangers

Américains, Européens et Asiatiques se livrent une concurrence sans merci sur ce terrain. L’une des opérations les plus inattendues ces 15 derniers mois est à mettre à l’actif du géant industriel Bolloré. Après une élection présidentielle marquée du sceau de la « rupture » entre la France et l’Afrique, le Président Sarkozy accepte l’invitation de Vincent Bolloré qui met gratuitement à sa disposition son avion privé (le Falcon 900 EX) et un yatch de luxe (le Paloma) pour un coût total de près 100 000 euros (65 500 000 fcfa). Un investissement tactique. Car il se trouve que pour le groupe Bolloré, l’Afrique reste une « terre promise et rentable ». Son patron ne voit pas d’un bon œil le rapprochement en cours entre dirigeants africains, hommes d’affaires et gouvernants chinois ou indiens au détriment des intérêts français. Pas besoin, en l’occurrence, d’entrer à l’académie de lobbying pour comprendre que c’est l’eau qui fait glisser le navire. Les chefs d’entreprise n’hésitent plus à mouiller le maillot.

I-2-Les « sorciers blancs »

Ceux qui fréquentent la fine fleur de la diaspora africaine à Paris et Bruxelles ont tous eu l’occasion d’entendre parler de PB, pdg d’une agence de communication parisienne très cotée en Afrique centrale. Véritable gourou des RP pour Hommes d’Etat, PB a ses entrées à l’UMP et donc à l’Elysée, même si pour l’entourage du président, « elle ne compte pas. Elle n’a pas accès au président. Elle n’est pas dans le circuit. » A son actif : avoir œuvré – concomitamment avec d’autres « sorciers blancs »- à faire recevoir les icônes de la « Françafrique » par Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection, contre toute attente. PB symbolise parfaitement cette caste.

I-3-Les ONG et associations

Le lobbying associatif en nette expansion en Occident peine encore à trouver ses marques en Afrique centrale bien que l’on observe de temps à autres des opérations dites de « plaidoyer » aux résultats incertains. C’est ici que les réseaux nord-sud entrent en lice. In concreto, l’Ong X basée en zone Cemac, n’arrivant pas à se faire entendre localement, alerte ses partenaires Y et Z de Londres ou Bruxelles qui font théoriquement pression sur leurs gouvernements respectifs en jouant sur l’éthique des relations entre « un régime démocratique » et des « régimes non démocratiques… » Une approche de communication plus que de pression (aux résultats symboliques au mieux), qui contraste avec celles dites de la carte noire.

II-La carte noire

II-1-Les hommes d’influence

En Afrique centrale, ils constituent un cercle au contenu plus large que l’assiette dessinée en 1989 pour les États-Unis par Carter Douglass in Qui gouverne à Washington ? La 1ère partie d’entre-eux appartient à l’armée, au monde politique, au monde des affaires ou aux deux derniers à la fois. Dans tous les cas, ce sont les « hommes du président » ou du parti majoritaire, c’est à dire celui du chef de l’Etat. La seconde partie est constituée des hommes de la périphérie dirigeante, « des officiers de réserve » comme diraient les Camerounais pour qualifier les anciens hauts fonctionnaires ex- (ministres, administrateurs civils, militaires de hauts rang, commissaires de police… à la retraite) susceptibles à tout moment de revenir aux affaires sur décision du président de la République.

II-2-Les fusibles des seigneurs

Dans un titre resté populaire, le musicien camerounais Claude Moudi lance que « le chien du président est le président des chiens. » Une phrase qui en dit long sur l’influence que revêt l’entourage des décideurs dans une Afrique aux idées de groupe et aux valeurs familiales et solidaires fortes. Les dirigeants en sont conscients qui, pour certains subissent, et pour d’autres, se servent de parents, collègues de travail, d’associations, de tontines, et autres coreligionnaires comme intermédiaires et/ou fusibles dans la conclusion des affaires.

II-3-Les autorités morales

Malgré l’évolution des mœurs, l’Afrique centrale reste un extraordinaire foyer de croyances magico-religieuses, de rites traditionnels et de codes non écrits. Les leaders de ce marché tropical détiennent une capacité immatérielle sans égal à « faire bouger » l’ensemble des décideurs d’autant que, symboles de la sagesse, ils transcendent généralement les barrières partisanes de l’ici-bas pour élever le débat jusqu’aux cimes de la métaphysique. L’influence est ici le royaume terrestre des religieux et des chefs traditionnels, des grands guérisseurs et des marabouts du chef auxquels peuvent exceptionnellement s’ajouter des artistes ou sportifs de réputation internationale de type Yannick Noah. Cependant, la globalisation des pratiques a récemment donné naissance à une sorte de new age du lobbying africain.

III -la carte grise ou le new age du lobbying africain

Le nouvel âge d’un lobbying africain véritablement vécu comme tel provient notamment des initiatives africaines-américaines à l’instar du ” Centre for Culture, the African Poetry Theatre, Inc.” Basé à Jamaica, Queens aux États-Unis. Cette structure déjà vieille de plus de 20 ans est intéressante en termes d’approche stratégique du fait qu’elle englobe des activités multiformes et multisectorielles. Ainsi que confiait son directeur exécutif, John Watusi Branch en avril 2005 au Courrier d’Abidjan, « Nous sommes organisés pour promouvoir l’Afrique et défendre ses intérêts. Nous sommes les ”watchdogs” de l’Afrique (…) Nous mettons à la disposition des Américains et surtout des Africains-Américains la vraie information sur l’Afrique et les conflits qui freinent son développement. Nous agissons ainsi dans plusieurs domaines. Nous travaillons avec des personnalités politiques, des leaders d’opinion et des hommes de médias (…)». Plus loin, la belle croissance de plusieurs économies africaines depuis une dizaine d’années (6,2% prévue cette année) ainsi que l’hypercompétition des puissances sur le continent poussent à une plus grande professionnalisation du métier de lobbyiste. C’est ce qui justifie l’arrivée en Afrique du Nord de Hill and Knowlton en début d’année 2008 ou encore de GwethMarshall consulting en Afrique centrale sur la même période. Détail remarquable s’il en fût, les lobbyistes du new age n’agissent au profit de leurs clients que dans le respect de l’éthique et l’intérêt bien compris de l’Afrique.

François Bien est reparti vers son pays d’origine il y a une semaine, ayant eu vent de poursuites judiciaires imminentes à son encontre, aux motifs de corruption et escroquerie. « Les beaux jours sont à venir » aurait-il lancé à son amie dans l’enceinte de l’aéroport avant de faire tamponner son passeport curieusement resté diplomatique. Avec du recul, on sait à présent que cet homme aux multiples talents ne s’est jamais présenté comme lobbyiste. Sur sa carte de visite, on peut encore lire: « François Bien, Conseil pour les affaires». Une page se tourne.

Guy Gweth

De Nollywood à Kannywood : ébauche des nouveaux défis du cinema africain

In Communication d'influence, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 23 avril 2008 at 8:48

Dans un monde où les arts tendent -autant que la technologie- à se globaliser, le cinéma dispose aujourd’hui d’une confortable influence, aux côtés de la littérature et la musique.

Le nombre de soirs où la famille K. s’est passée de diner parce que Mirabelle, sa fille ainée, avait oublié la marmite au feu, au profit d’une série télévisée à succès ;

De voir cette bande de 3 jeunes africains-américains de Oak Brook, dans la banlieue de Chicago, qui décidèrent de se prendre en main après avoir regardé Will Smith incarnant Chris Gardner en compagnie de son fils de 5 ans in A la recherche du bonheur ;

Et le nombre incalculable de filles et fils d’Afrique Noire que leurs parents ont appelés Brenda, Brandon ou Kelly après la diffusion des séries américaines Melrose Place, Santa Barara ou Beverly Hills, à la télévision nationale de 1995 à 2005;

Rien que l’adjonction du suffixe « Wood » comme expression d’un certain succès… sont quelques exemples mineurs qui montrent de manière symptomatique la porosité culturelle des groupes cibles aux stratégies de l’industrie du cinéma. Or, nous vous le rappelions le 7 février 2008 -in Intelligence stratégique : le Gabon à la pointe du combat culturel en Afrique centrale-, le XXIè siècle sera bel et bien culturel. Et l’Afrique est tout à fait prête à projeter sa propre « dream society ».

Entre Nollywood et Kannywood au Nigéria, vous devinez que la production d’un cinéma discount constitue plus qu’un défi économique. La souveraineté culturelle est vitale pour tout peuple qui entend se projeter dans cet univers rendu implacable par l’exacerbation de la concurrence. Les religieux, politiques et opérateurs économiques auxquels Sana Harb fait allusion dans son article ont grand intérêt à sonder la profondeur stratégique d’une production cinématographique locale à bas coûts. L’Afrique qui n’a pas inventé la poudre à canon pour dompter le monde doit pouvoir exprimer son génie artistique et fructifier un patrimoine culturel empreint d’humanisme et de fraternité… pour ETRE et apprivoiser le monde, à sa manière. Guy J. Gweth

Lire Kannywood et Nollywood …, l’article de Sana Harb in LesAfriques

Le storytelling ou la magie du soft power narratif: ouvrage

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 20 avril 2008 at 11:10

L’article « intelligence économique et bataille pour le contrôle mental » édité sur ce site le 05 mars 08 a été lu plus d’un demi millier de fois à ce jour. A la suite de sa publication, vous êtes quelques uns à avoir écrit pour nous transmettre vos impressions. Ainsi en va-t-il par exemple du gendarme retraité Pierre B., pour qui « le grand public n’a pas nécessairement besoin de savoir tout cela… » ou encore de Léa-Marie, cette pharmacienne grenobloise de 27 ans qui trouve « effrayant que les individus ayant de telles connaissances pour manipuler le public soient laissés en circulation, sans surveillance. » Dans votre grande majorité, vous demandiez grosso modo si l’Afrique Noire allait rester la cage d’escalier d’un monde obligé à la guerre cognitive. Tout en vous remerciant, c’est à toutes et à tous qu’en guise de réponse, nous dédions Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits paru en 2007 aux éditions La Découverte sous la plume bien intelligente de Christian Salmon du CNRS.

Pensées particulières

Evidemment qu’au moment de recommander cet ouvrage, des pensées particulières vont à l’élite africaine, consommatrice boulimique des boîtes de conserves mentales produites par les stratèges du soft power (souvent inspirés par la magie de nos griots), et si savamment distillées à travers l’éducation, la religion, la radio-tv, le cinéma, internet, le roman, la bande dessinée, le théâtre ou le discours politique.

Et pour tout vous dire,

Lorsqu’on tente une analyse prospective -à moyen terme- de l’intelligence économique et stratégique, on ne peut nier que dans les 10-15 ans à venir, des logiciels toujours plus intelligents (réf: sigint) s’empareront des activités de veille quasi in extenso, que la sécurité informatique prendra du galon de manière exponentielle, que le renseignement humain (humint) fera la différence entre les meilleurs, qu’à l’image du Chessmaster pour les jeux d’échecs, la prise de décision dans les grands groupes sera assistée par ordinateur et que l’essor des technologies comportementales tirera inexorablement la discipline vers le haut. Nul doute qu’en 2015 déjà, au moment d’évaluer les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), tandis que l’élite financière juchée au sommet de l’échelle de Maslow déboursera des sommes faramineuses pour un voyage dans l’espace, les spin doctors quant à eux, seront encore prêts à consentir des hypothèques inattendues pour des placements sûrs dans le Wall Street du contrôle mental. Et pour cause, sous peu, la grande guerre économique (dont les cibles stratégiques sont localisées dans la tête et le cœur du consommateur) aura pour principaux champs de bataille l’ego, la fibre et le neurone. Bonne lecture à tous !

Guy Gweth

Extrait de la quatrième…

« Depuis qu’elle existe, l’humanité a su cultiver l’art de raconter des histoires, un art partout au cœur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux Etats-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l’appellation anodine de « storytelling » : celui-ci est devenu une arme aux mains des « gourous » du marketing, du management et de la communication politique, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. Derrière les campagnes publicitaires, mais aussi à l’ombre des campagnes électorales victorieuses (…) se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling… ».

La flamme olympique menace de brûler les intérêts français en Chine

In Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité on 17 avril 2008 at 5:14

L’article de Miryam Berber ci-après vient étayer l’analyse que nous faisions le 8 avril 2008 in « JO 2008 : la confrontation entre la Chine et l’Occident s’enflamme à Paris ». Nous vous confiions à l’occasion que les Chinois accusaient le coup des déboires subits par la précieuse flamme olympique à Paris, mais qu’ils avaient de la mémoire.

Les faits que relate Miryam corroborent –en était-il besoin ?- la rupture des frontalières qui pouvaient jadis exister entre le jeu politique inter-étatique, la marge de manœuvre des opérateurs économiques et les activités de la société civile (pour nous en tenir au cas qui nous intéresse). La propagation contagieuse de phénomènes éthiques, sociaux, diplomatiques, religieux, environnementaux et scientifiques… au champ économique via les autoroutes de l’information tend à en systématiser l’effet domino. L’âpreté de la concurrence internationale s’y prête. Au sommet des Etats, cette complexité managériale inhérente au changement actuel de paradigmes nécessite une expertise transversale qui fait encore défaut aux personnels politiques.

Après le boycott en janvier-février 2006 des produits danois (de chez Arla Food notamment, qui perdit jusqu’à 1,34 million d’euros par jour durant la crise) dans les pays arabo-musulmans suite à la publication des caricatures de Mahomet, les menaces qui pèsent sur les intérêts français en Chine confirment notre thèse sur l’urgence de l’Etat moderne à définir une stratégie de communication globale. Elle seule peut intégrer la pluralité des sensibilités, des minima émotionnels, tout en privilégiant la « sécurité économique», pour paraphraser nos amis japonais. Mon rêve et mon espoir sont que l’ensemble des États de la zone CEMAC s’en inspire, au plus tôt ! Guy Gweth

L’article de Miryam Berber:

[En réponse aux manifestations lors du passage de la flamme olympique à Paris, les internautes chinois appellent à boycotter les grandes marques françaises. Le distributeur Carrefour, mais également le groupe de luxe LVMH, sont actuellement la cible d’une campagne sur la toile chinoise. Les deux groupes sont accusés de soutenir le Tibet financièrement. Pour l’heure, le gouvernement chinois s’est abstenu de toute condamnation.

Fiasco du parcours de la flamme à Paris, éventuelle absence de Nicolas Sarkozy à la cérémonie d’ouverture des JO, mobilisation des athlètes français en faveur du Tibet… toutes ces actions pourraient jouer en défaveur des intérêts français en Chine. Première entreprise visée : le géant de la distribution Carrefour, présent en Chine depuis plus de 10 ans, avec 122 hypermarchés et 280 magasins de hard-discount. Depuis deux semaines, des militants anonymes appellent au boycott de la chaîne de supermarchés, qu’ils accusent de soutenir les milieux favorables à l’indépendance du Tibet.

Forums de discussions, chats en direct, sites internet, blogs, boîtes mail ou bien encore SMS… tous les moyens sont bons pour appeler les Chinois à ne plus faire leurs courses dans les enseignes Carrefour, à partir du 1er mai. Un autre boycott est proposé à partir du 8 mai, soit trois mois avant l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin le 8 août prochain. « Le peuple français et le gouvernement français ont méprisé le sérieux de la flamme olympique et les sentiments du peuple chinois, la Chine ne peut pas être insultée », peut-on lire sur plusieurs sites web […]

Les tensions actuelles entre la France et la Chine en raison du Tibet et des JO commencent à inquiéter les entrepreneurs français à Pékin, même s’il est encore trop tôt pour connaître l’impact de ce mouvement de contestation. Certains attendent un geste des autorités chinoises. Pour l’heure, le gouvernement chinois s’est, pour sa part, abstenu de condamner ces appels au boycott. « Je crois que certains citoyens chinois ont exprimé récemment leurs opinions et leurs émotions personnelles. Nous espérons que la partie française est en mesure d’écouter les voix du peuple chinois en ce qui concerne les problèmes récents et d’adopter une position objective » a estimé, mardi, Jiang Yu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Avant d’ajouter que « l’amitié franco-chinoise nécessitait des efforts des deux parties ». ]

La mention « SCIP » de GwethMarshall expliquée au public

In Brève, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Lobbying, Management de l'information on 13 avril 2008 at 1:47

Depuis quelques jours, vous êtes de plus en plus nombreux à nous demander la signification du logo « SCIP » ci-contre, présent sur l’ensemble de nos plaquettes et site internet. Fidèle à notre politique de communication, nous vous livrons ici, en quelques lignes, le contenu et la raison d’être de cet insigne qui a récemment épousé la charte graphique de l’Agence GwethMarshall Consulting.

Bref rappel

La Society of Competitive Intelligence Professionals (SCIP) est la première et la plus puissante organisation mondiale de professionnels de l’intelligence compétitive. Elle a été créée en 1986 à Washington, DC et regroupe à ce jour plus de 3400 professionnels de plus de 50 nationalités. Son siège social est basé au 1700 Diagonal Road, Suite 600 Alexandria, dans l’Etat de Virginie aux Etats-Unis. Elu pour un mandat de trois ans, son président actuel est Joseph Goldberg de Motorola, Inc.

Raison d’être

Membre de la SCIP depuis 2007, c’est le 11 février 2008 que Guy Gweth, fondateur de GwethMarshall Consulting a été officiellement autorisé à se prévaloir du logo « SCIP ». Nos tractations avec la maison-mère de Virginie devraient déboucher prochainement sur la création d’une branche « SCIP » pour les six pays de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale)*** que nous couvrons.

Contenu

« SCIP » est plus qu’une simple abréviation. C’est un label d’excellence qui apporte à chacun de nos clients la garantie d’un service de grande qualité sur les plans professionnels et éthique. Il est à la fois la marque d’une reconnaissance, celle de nos pairs ; mais aussi et surtout une exigence, celle d’assurer à nos partenaires des services d’un niveau irréprochable. Il en va de la crédibilité et du respect de la très prestigieuse institution qui l’octroie. Tout savoir sur GwethMarshall Consulting.

***CEMAC: Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, et Tchad.

Intelligence économique et protection de l’info stratégique

In Espionnage économique, Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 8 avril 2008 at 6:56

L’information est devenue stratégique pour devancer la concurrence ou décrocher de nouveaux marchés. Gérer et protéger cette information constitue un nouvel enjeu : c’est l’intelligence économique (IE). Entre espionnage industriel et OPA hostile, nos entreprises sont-elles vulnérables? Que doivent-elles protéger et comment s’y prendre?

Les exemples de la stagiaire chinoise soupçonnée d’espionnage industriel chez Valeo ou du vol d’un pneu Michelin sur un rallye au Japon ont mis en lumière la notion d’intelligence économique en France. Une découverte pour le grand public mais aussi pour nombre d’entrepreneurs français totalement étrangers à cette notion stratégique. L’intelligence économique (IE), kezako ? Les définitions diffèrent mais on peut comprendre cette problématique comme la maîtrise et la protection de l’information stratégique utile aux décideurs économiques. Seulement voilà, en même temps qu’ils permettaient de découvrir ce nouvel enjeu économique, ces exemples les plus connus de l’IE ont desservi sa vulgarisation dans les PME.

« Les barbouzeries c’est fini »

« Beaucoup confondent encore l’IE et l’espionnage. Les affaires médiatisées ont entretenu le fantasme de l’espion et des écoutes téléphoniques dans le monde économique. Aujourd’hui, les chefs d’entreprise doivent savoir que l’époque des barbouzeries est terminée. Il y a une nouvelle génération d’experts qui n’est plus issue des services de renseignements mais qui est formée à l’IE », indique Hervé Chevallier, responsable de Covigilance, cabinet de conseil en ingénierie de veille. L’intelligence économique n’est donc pas réservée aux seules multinationales mais les PME, tous secteurs confondus, doivent l’intégrer à leur réflexion pour protéger leur patrimoine. En 2006, une étude des Renseignements généraux révèle que 75 % des entreprises françaises visées par une attaque extérieure comptent moins de 500 salariés. Les différents acteurs de l’IE sont catégoriques : au sein des entreprises, la faille est d’abord humaine. Pour Gilles V (*), officier des RG, « les chefs d’entreprise français sont naïfs. Dans les entreprises, la menace, ce n’est pas l’espion mais la négligence : ne pas fermer ses bureaux ou ne pas détruire les documents confidentiels. On se rend compte qu’il est souvent plus facile d’obtenir le mot de passe d’un ordinateur que la carte d’accès à la cantine de l’entreprise ! C’est inquiétant, car certaines PME se font véritablement dépouiller ». Un alarmisme partagé par Bernard Lage, gérant de Geos Business Intelligence, filiale IE du Groupe Geos, pour qui « certains pays sont à l’affût de nos technologies. Et si les entreprises françaises ne se protègent pas, elles risquent de perdre leur rang ». Le signal d’alarme est donc tiré depuis quelques années. Pragmatisme et bon sens seront le plus souvent vos deux principaux alliés pour prévenir une menace qui est de moins en moins hypothétique.
(*) Le prénom a été modifié pour préserver son anonymat.

Des “James Bond” d’un nouveau genre

L’intelligence économique (IE) a emprunté son nom et certaines de ses méthodes à l’espionnage à la James Bond. Enseignée dans les universités en Europe, aux États-Unis et depuis peu en France, elle s’en est éloignée à grands pas ces dernières années et a acquis ses lettres de noblesse dans les entreprises.

« Cellules de veille »

Ces « James Bond » sont désormais des ingénieurs ou des commerciaux chargés de la collecte et de l’exploitation d’informations publiques glanées dans les publications scientifiques, les revues spécialisées, les rapports annuels, etc. Même si certaines entreprises, américaines notamment, continuent à accorder primes et promotions à des chasseurs d’informations. La mission de ces cadres, constitués en « cellules de veille » stratégiques pour suivre au plus près leurs concurrents, s’étend aussi au traitement, à la diffusion et la protection des informations utiles à leur entreprise, lui permettant de rattraper ou de creuser un avantage concurrentiel et d’assurer ainsi sa survie dans un univers concurrentiel impitoyable.

Les PME pénalisées

Les petites et moyennes entreprises sont les plus pénalisées dans cette course effrénée à l’information, nerf de la guerre économique. Certaines sont pillées à leur insu, le dépôt d’un brevet n’étant plus une garantie tous risques contre la contrefaçon dans un système mondialisé. La plupart découvrent à peine la nouvelle culture de l’intelligence économique, qui passe aussi par la maîtrise des autoroutes de l’information et en particulier d’Internet.

Entre vrais experts et faux spécialistes

Le domaine de l’intelligence économique est relativement neuf en France mais beaucoup cherchent à en tirer profit. C’est le cas de personnes issues des milieux de la sécurité (détectives privés, agents de sécurité, militaires, etc.) qui s’improvisent experts en IE et discréditent les vrais professionnels. « Le problème, c’est qu’il n’y pas encore d’ordre professionnel dans ce domaine et n’importe qui peut monter son cabinet », précise Gille V, officier des RG. La Fépie (Fédération des professionnels de l’IE) tente pourtant de définir les règles de fonctionnement de la profession. L’IE nécessite une vraie expertise, des moyens humains, technologiques, relationnels et financiers importants dont ne disposent pas ces prétendus experts. Certains se présentent comme des professionnels de l’espionnage pouvant mettre sous écoute untel ou untel, faire chanter tel concurrent… Fuyez ces apprentis James Bond et demandez conseils auprès des services publics ou consulaires.

Quel coût pour une entreprise ?

En matière d’intelligence économique (IE), une phrase de John Fitzgerald Kennedy reste d’actualité. « L’information coûte cher mais rien ne coûte plus cher que l’ignorance ». Pour autant, difficile d’évaluer selon la taille de l’entreprise et son secteur d’activité le coût de prestations en intelligence économique. Pascal Frion, dirigeant du prestataire en IE Acrie, indique sobrement que cet « investissement peut être comparé au coût d’une assurance pour couvrir un risque ». Plutôt que de s’équiper en outil informatique dès la première année, il conseille plutôt aux petites entreprises des dépenses de salaires et de frais de fonctionnement avec un tiers-temps ou un mi-temps consacré à l’IE. Les prestations externes peuvent se faire au forfait ou par abonnement calculé sur le résultat. Hervé Chevalier indique que « le diagnostic IE d’une belle PME coûtera entre 5.000 et 10.000 €, quand une demi-journée de sensibilisation du personnel sera facturée 500 € ». Si le coût de l’IE défensive est variable selon les spécificités de l’entreprise, le retour sur investissement est lui aussi difficilement estimable car l’IE ne génère pas généralement de gains directs (…)

Le B.A.-BA contre les fuites

La majorité de l’information s’obtient sans difficulté et en toute légalité. Mais une information sur trois émane de recherches très pointues, voire illégales. On estime ainsi que :
- 70 % de l’information est blanche. Elle s’obtient facilement sur Internet, dans les documentations, les salons professionnels, les articles de presse, etc.
- 25 % de l’information est grise. Elle s’obtient dans le cadre d’une veille technologique ou en matière d’intelligence économique (benchmarking, fausse identité…)
- 5 % de l’information est noire. Elle s’obtient de manière illégale par la filature, l’écoute téléphonique, l’intrusion dans les ordinateurs, la manipulation des individus, la corruption, etc…

Avant de mettre en place des portiques de sécurité ou de s’équiper en logiciel spécialisé, l’intelligence économique passe d’abord par du bon sens. Voici trois clefs.

La discrétion

La chose est connue et pourtant les trains et les avions demeurent encore des espaces où l’information économique circule trop librement. Les cadres dirigeants s’y laissent aller, selon Bernard Lage de Géos. « Certains cadres dévoilent le nom de leurs clients ou de leurs fournisseurs. D’autres font des confidences à leur voisin sans savoir qu’il travaille pour la concurrence. Le pire, c’est lorsqu’il y a un colloque qui réunit tous les acteurs d’une filière dans une ville. Il suffit alors de prendre le bon TGV et d’écouter les discussions ». Les langues se délient également trop facilement sur les salons professionnels ou au téléphone.

Sécurisez vos locaux

Une entreprise ne doit pas être ouverte à tous les vents. « Un livreur ne doit pas pouvoir s’introduire comme ça dans une entreprise », indique Pascal Frion, d’Acrie. Les entreprises doivent mettre en place une procédure pour éviter les fuites. Cela passe la plupart du temps par des règles élémentaires comme le fait d’effacer le tableau de la salle de réunion une fois celle-ci terminée. La gestion des badges ou des digicodes dans une entreprise pose également régulièrement question. Certains salariés laissent entrer un inconnu qui, pensent-ils, travaille dans un autre service. Lors d’un entretien, fermez les dossiers qui peuvent traîner sur vos bureaux. Balisez le circuit de visite de votre entreprise car trop souvent un visiteur peut photographier de manière illicite une maquette ou une machine avec son téléphone portable. Mettez sous coffre les documents les plus importants (brevet, fichier client, etc.) et broyez ceux que vous jetez.

Verrouillez vos systèmes d’information

L’informatique peut constituer le cheval de Troie de vos entreprises. Vous travaillez par exemple sur votre ordinateur portable dans le train via le wi-fi, sachez que ce que vous faites peut être récupéré par un tiers. Fred Rivard, ex-programmateur chez IBM et fondateur de la société nantaise IST, est très sensibilisé à ces questions d’IE. « On a un réseau public et un privé non connecté à internet. Des mots de passe bien sûr et les infos sont encodées ou cryptées. J’utilise le watermaking (technique qui consiste à insérer une signature invisible à l’intérieur des images numériques transitant par réseaux pour lutter contre la fraude) pour l’échange de certaines infos ». Parmi une liste non exhaustive de précautions, sachez que les données confidentielles doivent uniquement être traitées sur des postes de travail non connectés en réseau, les dossiers doivent avoir des mots de passe différents et renouvelés régulièrement, vos ordinateurs doivent disposer de logiciels de détection d’erreurs ou d’intrusion. Installez des logiciels de sécurité (antivirus, anti-spyware, anti-spam, etc.) et modifiez les configurations et mots de passe du constructeur installés par défaut. N’autorisez pas n’importe quel téléchargement sur votre réseau et bannissez-y les messageries du type MSN, qui peuvent constituer une brèche.

Simon Janvier

Stratégie de contre-pollution: ce qui attend les entreprises en Afrique centrale

In Intelligence verte, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 5 avril 2008 at 7:59

Abidjan, 20 août 2006, il est 06 :20. Aminata, 28 ans s’est levée plus tôt que d’habitude à la suite d’un cauchemar.

En pleine forme, la jeune infirmière profite de son temps d’avance pour apprêter le petit déjeuner de ses 2 fillettes : Léa, 3 ans et Philippa, 5 ans. A 6 :35, Claude son époux se lève à son tour et la surprend alors assise à même le sol, la tête en arrière contre la porte de la cuisine, un mouchoir vert sur le nez. L’expert comptable de 34 ans ne tarde pas à comprendre ce qui arrive à sa bien-aimée. C’est alors qu’il décide d’ouvrir toutes les issues de l’appartement pour laisser entrer l’air frais. Lorsque le réveil sonne à 6 :45, les fillettes se lèvent, le pouce et l’indexe en triangle sur les narines. « Maman, maman, c’est quoi cette odeur d’œufs pourris ? », s’écrie Léa… qui ignore à cet instant précis que sa mère ne lui répondra plus jamais.

La veille, dans la nuit du 19 au 20 août 2006, le Probo Koala, un navire russe affrété par la néerlandaise Trafigura et battant pavillon panaméen, parti d’Espagne depuis plusieurs mois, accoste à Abidjan, principal port d’Afrique de l’ouest pour une vidange. Avec la complicité de quelques personnalités locales et la dextérité de Weibs et Puma Energie, le navire européen déverse d’après Greenpeace, 400 tonnes de boues issues du raffinage pétrolier, riches en matière organique et en éléments soufrés très toxiques (hydrogène sulfuré, H2S et mercaptans) sur 11 sites d’Abidjan, en totale violation des normes internationales en vigueur. Selon nos sources, les séquelles de cette catastrophe innommable – qui a fait une quinzaine de morts et provoqué plus de 17000 consultations médicales- traverseront la génération abidjanaise actuelle.

Dans la zone CEMAC, les analystes qui suivent cette actualité de près en ont tiré cinq leçons majeures:

1. L’Afrique continue d’être perçue comme une zone de non-droit absolu où les nations « civilisées » peuvent espérer agir en violation des normes internationales. («L’Europe intoxique l’Afrique». Tel est le slogan qui a été peint par les militants de Greenpeace en grandes lettres jaunes sur la coque du Probo Koala).

2. Les entreprises étrangères peuvent donc s’affranchir des lois et règlements en vigueur dans leur propre pays et aller semer la mort et la désolation, ailleurs, là-bas, dans les lointaines Afriques…

3. Certains décideurs africains -incompétence et/ou cupidité- intègrent mal la brutalité des relations commerciales internationales et ne saisissent pas encore totalement les nouveaux enjeux liés à la protection de l’environnement.

4. La veille et la communication stratégique de la société civile locale et internationale ont été exemplaires et donc pleins d’enseignements.

5. Excellent levier d’information à bas coûts, internet a constitué une admirable caisse de résonance pour cette opération d’envergure mondiale.

Le décryptage de ces 5 facteurs lourds a contribué à construire un dispositif d’intelligence verte dont l’objectif stratégique est d’amener les entreprises opérant en Afrique centrale à n’avoir d’autres alternatives qu’un comportement social responsable. Ainsi par exemple, l’attitude des entreprises étrangères en matière d’environnement dans la CEMAC sera systématiquement comparée à celles en cours dans leur pays d’origine. “Ecologie en deçà des Pyrénées, écologie au delà!”. Le schéma simplifié qui suit montre la quintuple ossature de cette stratégie de contre-pollution, purement citoyenne.

Guy Gweth,

En hommage à Aminata, son époux Claude et leurs deux filles, Léa et Philippa.

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*En sus de normes locales en étude, la conformité aux instruments ci-après sera strictement surveillée :

1. Les référentiels d’engagement à l’instar du Global Compact, les principes directeurs de l’OCDE, les référentiels internationaux sectoriels (type : PRI et Principes Equateur) ;

2. Les référentiels de normes et de certification à l’instar de:
- ISO (séries ISO 9000 et ISO 14000) liées à la qualité d’un processus et à la gestion environnementale d’un site;
- EMAS (Eco-Management and Audit Scheme);
- Les certifications “développement durable” sur le modèle de l’Ecopass pour les PME;
- Les initiatives de labellisation de la société civile dont la forte notoriété, on l’ a vu, contribuera à faire des référentiels incontournables dans leurs domaines respectifs;

3. Les référentiels mis en place par les agences africaines de notation.

Affrontement dur entre Progosa et Bolloré pour le contrôle du port de Douala

In Guerre de l'information, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Leadership, Management de l'information, Stratégie, veille on 4 avril 2008 at 8:52

La gestion du port de Douala, principal porte d’entrée maritime d’Afrique centrale, fait l’objet d’une bataille devant la justice camerounaise entre le groupe français Bolloré et la société espagnole Progosa, dirigée par le Français Jacques Dupuydauby, qui estime qu’il en a été injustement écarté…

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Tout commence en 2003. Bolloré, déjà bien implanté au Cameroun, remporte alors en association avec le danois Maersk la concession du port à conteneurs pour une période de 15 ans. Mais en novembre 2007, Progosa porte plainte contre X pour “favoritisme et corruption” au sujet de l’attribution du marché. Le groupe espagnol accuse Bolloré “d’avoir utilisé différentes manœuvres dignes de la mafia“, selon le texte de la plainte.

Au mépris de la confidentialité qui devrait entourer toutes les offres, les requérants ont appris par l’un de leurs concurrents qu’il était en possession de leur dossier de candidature avant même que le dépouillement n’ait été envisagé“, poursuit Progosa dans la plainte. “Nous avions gagné techniquement l’appel d’offres mais les critères de sélection ont soudainement changé et nous avons été éliminés“, assure M. Dupuydauby. “Pourtant, sur le plan tarifaire, nous étions aussi les meilleurs: nous proposions de verser à l’Etat camerounais une redevance deux fois plus élevée que celle proposée par Bolloré“, explique-t-il. A l’époque, la Banque mondiale, rappelle-t-il, avait émis un avis défavorable sur l’offre de Bolloré, estimant qu’elle était contraire aux intérêts économiques du Cameroun.

La plainte de Progosa a été jugée recevable et le juge d’instruction a notamment entendu plusieurs fois Alphonse Siyam Siwé, qui était directeur général du Port autonome de Douala (PAD) en 2003. Celui-ci, devenu ensuite ministre de l’Energie et de l’Eau entre 2004 et 2006, a été condamné en décembre 2007 à 30 ans de prison pour avoir détourné avec trois complices des fonds publics d’un montant de 38 milliards de francs CFA (57,9 millions d’euros) lorsqu’il était patron du port. Le groupe Bolloré affirme ne pas être inquiet : pour lui, les accusations portées par Progosa sont “fantaisistes” et “mensongères“. Il a d’ailleurs à son tour attaqué Jacques Dupuydauby en justice “pour commentaire tendancieux” et déposé également une plainte en diffamation contre lui, “dans laquelle l’action publique est déjà déclenchée“, assure Michel Calzaroni, responsable de la communication de Bolloré. “Nous souhaitons respecter le bon déroulement de la procédure afin que la justice camerounaise accomplisse son travail en toute sérénité“, répond la société française. “Le groupe Bolloré n’a aucun autre commentaire à apporter aux déclarations de Jacques Dupuydauby”.

Cette bataille de Douala, dont la presse camerounaise s’est peu fait l’écho jusqu’ici, survient alors que les deux groupes luttent depuis quelques années pour le contrôle de plusieurs autres ports africains: Lomé (Togo), Port-Gentil (Gabon) et Libreville. Après avoir été associées pendant quelques années, les deux entreprises se déchirent aujourd’hui. Selon une source proche du dossier, “en tout, une vingtaine de plaintes (contre l’autre) ont été déposées par les deux groupes” au Togo, au Gabon, en Suisse et en Espagne.

Sources : Afriquecentrale.info

Pour une stratégie globale de sécurité économique en Afrique centrale

In Guerre économique, Intelligence économique, Interview, Stratégie, Sécurité on 25 mars 2008 at 6:38

pp.jpgPatrice Passy est ingénieur d’affaires et directeur général de MIQ Conseil, un cabinet spécialisé en intelligence économique (IE), management de projets et ingénierie d’affaires. Depuis l’Hexagone, il compte parmi les membres les plus actifs de la communauté africaine de l’IE. C’est en exclusivité qu’il répond ici à nos questions.

Guy Gweth: à quoi faites-vous référence lorsque vous parlez de guerre économique en Afrique centrale ?

Patrice Passy: je fais référence à « l’espace convoité », à la montée en puissance du « rôle de pivot stratégique » du monde non occidental que devient l’Afrique centrale en particulier, et, plus généralement le Golfe de Guinée. Je m’explique, l’Afrique Centrale, depuis le 11 septembre, fait l’objet, non seulement, d’une réévaluation géostratégique par les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie, Inde, Brésil, Royaume-Uni, France…) et aussi, d’un reclassement géoéconomique, par les « majors » pétroliers. Elle n’est plus uniquement une zone de confort stratégique française. Elle remplit désormais, les critères permettant d’intégrer les « espaces convoités », les « zones utiles », de la compétition géopolitique mondiale. A cela s’ajoute le terrorisme mondial, la cherté du prix du baril de pétrole qui fait de cette zone, partie intégrante du Golfe de Guinée, une région hautement stratégique […] Les réserves confirmées de pétrole, le long des 3.700 kilomètres de la ligne côtière du golfe de Guinée, s’élèveraient à 15 milliards de barils. Selon le Centre d’études stratégiques américain à l’heure actuelle, les pays du golfe de Guinée produisent ensemble 4 500 000 barils de brut par jour. D’après ses prévisions dans 5 ans, ces pays s’attribueront 20% du marché mondial du pétrole. La raison pour laquelle je parle de guerre économique concernant cette partie du monde est que le Golfe de Guinée, et notamment sa composante Afrique Centrale, bénéficie d’une position géostratégique qui le met en contact avec toutes les autres sous-régions. Il est donc incontournable pour toute question qui a trait à l’Afrique. Les États occidentaux (France, Grande Bretagne, Belgique, Espagne), orientaux (Chine, Japon, Inde, Israël), du Sud (Brésil) et d’Afrique (Afrique du Sud, Nigeria, Libye, Maroc) ; sans oublier leurs acteurs privés de toutes natures : multinationales, institutions internationales, idéologues, prédateurs, affairistes ont tous compris : celui qui tient le Golfe de Guinée tient l’Afrique. Nous assistons ainsi, en Afrique centrale, à des conflits entre intérêts stratégiques rivaux, concurrents, complémentaires dans le jeu des échanges internationaux.

Le climat actuel des affaires en Afrique centrale est-il propice aux investisseurs étrangers?

L’IED (Investissement Etranger Direct) occupe une place de plus en plus importante dans les stratégies de développement économique en tant que moyen essentiel pour financer le développement sans aggraver l’endettement. La volonté d’attirer l’IED en Afrique a donné lieu à des réformes économiques dans la plupart des pays de la zone franc. Réforme fiscale, juridique, financière et structurelle dans certains cas. Reste à savoir si ces réformes ont stimulé les flux d’IED vers l’Afrique et, si ces derniers favorisent l’accélération de la croissance et la réduction de la pauvreté.

Que peut rapporter concrètement l’intelligence économique et stratégique aux économies d’Afrique subsaharienne?

Nous, les acteurs et professionnels de l’intelligence économique, avons la lourde mission grâce à une forte sensibilisation, d’informer les décideurs politiques de la nécessité d’une mutation stratégique des États de l’Afrique centrale face à la globalisation. La nécessaire sécurité économique qu’imposent les enjeux émergents dans le Golfe de Guinée va donc impliquer notre savoir-faire pour susciter une impulsion forte des politiques afin de promouvoir la création de structure permettant la mutualisation des ressources publiques et privées des pays africains pour y faire face […]

L’approche fonctionnelle qui fait considérer l’information comme un bien stratégique, d’où la nécessité de préserver en toutes circonstances l’accès du pays aux sources d’informations indispensables, a été la plus adoptée par rapport à la configuration de ces États et de ses économies. A nous, non pas de critiquer comme nous aimons le faire si facilement, mais de proposer aux décideurs dans une logique d’offres, une architecture adaptée, visant la promotion d’une stratégie globale de sécurité économique aux pays d’Afrique Centrale.

Il est urgent aujourd’hui de donner aux organisations publiques et privées, un corpus juridique, une analyse adaptée des enjeux du moment et des textes dont l’importance n’est plus à discuter. A ce jour l’absence de législation sur la sécurité économique ainsi que l’inexistence d’une stratégie politique nationale de sécurité économique est l’éloquent corolaire d’un défaut de culture stratégique dans ces États./.

Depuis 2008, les meilleurs experts africains de l’intelligence concurrentielle s’expriment prioritairement sur ce site de référence.

Infoguerre : « l’Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac »

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, veille on 19 mars 2008 at 6:53

L’affaire Clearstream a déjà fait couler beaucoup d’encre. Le livre de Nicolas Beau et Olivier Toscer, «l’Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac» qui sort ce 20.03.08 en librairie, pourrait cependant apporter une lumière décisive sur certains de ses aspects les plus obscurs.

ccjaponais.jpgOn se souvient que «l’affaire japonaise» a surgi dans le débat public il y a moins de deux ans, en marge de l’instruction concernant les listings falsifiés de Clearstream. Elle dérive plus précisément des «blancs» de l’audition du général Philippe Rondot par les juges Jean-Marie d’Huy et Henry Pons le 28 mars 2006, dont le procès-verbal fut publié verbatim par les soins du Monde (daté du 4 mai).

Japan connection
Si l’on connaissait le flirt poussé de la fondation France Libertés de Danielle Mitterrand avec la secte japonaise Soka Gakkai (via les articles du Monde et de l’Événement du jeudi), on ne savait en revanche pas grand-chose de l’entrisme de la Fondation Sasakawa auprès du personnel politique français. La fondation de cet ancien criminel de guerre japonais cherchait alors à obtenir le statut prestigieux d’association d’utilité publique en reconnaissance de ses actions philanthropiques en faveur des vitraux de la cathédrale de Blois ou du château de Chantilly — avec le soutien d’un Jack Lang ou d’un Maurice Schumann (alors administrateur de Chantilly). Les auteurs démontent alors minutieusement la mécanique des réseaux d’influence qui ont permis à Sasakawa de faire élire un Japonais à la présidence de l’OMS mais également de l’Unesco, bénéficiant en cela de la bienveillance de Chirac… et du retrait de Jack Lang de la course (chapitre 2: «Un criminel de guerre blanchi à Paris», p. 55 à 77).

©D.R.

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Jacques Chirac avec Shoichi Ôsada en 1993

Ce sont néanmoins les rapports de Chirac avec le banquier qui sont privilégiés. Et pour cause! C’est dans la banque de ce dernier, la Tokyo Sowa (TSB), que les services secrets ont, à trois reprises et sous des plumes différentes, mentionné la trace d’un compte au nom de Jacques Chirac: message du 11/11/1996 du chef de poste au Japon de la DGSE à son siège parisien, fiche d’enquête du général Champtiaux sur Gilbert Flam du 28/9/2001 et note du général Rondot du 08/11/2001. Et c’est très probablement pour avoir enquêté au sujet de ce compte que Gilbert Flam, alors magistrat détaché auprès des services secrets, s’est retrouvé placardisé au tribunal de Paris — et toute la hiérarchie de la DGSE reprise en main au lendemain de la réélection de Jacques Chirac à la présidentielle de 2002. AO: Guillaume Paugam – Sources : bibliobs.com

Géostratégie: vers plus de guerre pour moins de pétrole

In Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 16 mars 2008 at 8:52

Depuis la nuit des temps, les hommes font la guerre pour voler à leurs voisins les richesses dont ils disposent. Pourquoi aujourd’hui, alors que le pétrole et l’eau s’épuisent au même rythme que la banquise fond, l’homme changerait-il ?

Le pic de production ? C’est déjà maintenant…
Alors que mille explications conjoncturelles fantaisistes sont apportées pour justifier la hausse du prix du pétrole, l’explication structurelle la plus crédible est écartée : l’épuisement des ressources pétrolières.

Le champ pétrolier de Ghawar en Arabie saoudite, le plus gros gisement de pétrole au monde sur lequel repose tous les espoirs de croissance de la production mondiale de pétrole, semble ne plus vouloir répondre au caprice de la demande exponentielle depuis 2006. De même, le plus gros champ pétrolier du Mexique, Cantarell, a connu une baisse de production brutale depuis 2004. Le deuxième champ pétrolier au monde, le champ de Burgan au Koweït aurait lui aussi atteint son pic de production depuis peu. La production pétrolière de la mer du Nord baisse déjà depuis 1999.

La liste des pays qui ont atteint leur pic de production pétrolier est de plus en plus longue et laisse de moins en moins de place au doute.

Duel discret, en l’absence totale de règles
En apparence, personne ne s’inquiète du pic de production du pétrole. Pas de panique, pas de stock pétrolier faramineux, pas de rush pétrolier, mais derrière cette hausse du prix du litre d’essence, une guerre discrète et néanmoins violente a lieu pour les derniers barils de pétrole disponibles.

D’un point de vue politique, deux champions s’opposent :

- Le champion d’hier : les USA qui, depuis deux siècles, ont toujours su prendre les virages stratégiques importants.

- Le champion de demain : la Chine, qui au-delà de son milliard trois cent millions d’habitants, est surtout capable de construire une politique à très long terme. Et ça peu de pays sont aujourd’hui capables de le faire.

Il y a deux challengers : l’Inde qui a une nécessité vitale d’énergie pour sa croissance et la Russie que l’on oublie un peu vite mais qui bâtit pourtant son retour autour de l’énergie.

Ne vous y trompez pas car même si leur guerre est discrète, elle n’en est pas moins brutale, et leur seule règle demeure l’absence totale de règles.

La malédiction des derniers barils
Les compagnies pétrolières sont en première ligne dans cette guerre pour de nouvelles ressources. Elles ne sont pas toujours conscientes des enjeux globaux, mais bien au fait cependant de la difficulté de trouver de nouvelles ressources. Ainsi, elles forent massivement les derniers champs pétroliers accessibles.

Accessibles techniquement : les nouvelles ressources sont de plus en plus complexes à exploiter et donc de plus en plus chères. Il est facile à concevoir qu’un baril, que l’on va chercher à 2 kilomètres sous la mer ou 6 kilomètres (offshore ultra-profond) sous la terre, va coûter plus cher qu’un baril extrait sur terre après un simple forage. L’investissement change d’échelle, on passe des millions aux milliards de dollars.

Accessibles politiquement: le problème pour une partie des compagnies pétrolières est d’avoir le soutien politique nécessaire pour s’aventurer sur les derniers territoires où des ressources sont encore disponibles. C’est le cas des pays aux climats géostratégiques à haute tension dans lequel même une multinationale peut perdre jusqu’à son dernier “bouton de culotte” tellement la tectonique des plaques entre ces géants est puissante. Ces derniers barils de pétrole ont toutes les chances d’être une malédiction pour les pays qui possèdent ces dernières réserves mondiales.

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Les conflits régionaux vont se multiplier
Depuis la nuit des temps, la première raison pour faire la guerre à son voisin reste la convoitise : hier convoitise de l’or ou de la nourriture, aujourd’hui convoitise du pétrole. Le lien entre guerre et ressources n’est pas nouveau mais risque d’être, encore un peu plus qu’hier, à l’origine de nombreuses guerres pour contrôler les derniers champs pétroliers et les axes stratégiques nécessaires à leur transport. Pas de grande guerre comme la guerre froide l’a imaginé, mais des petits conflits régionaux toujours plus nombreux, affaiblissants encore un peu plus de nombreux états déjà en situation critique. Ceci va considérablement augmenter le chaos alors que le problème de la production d’énergie s’ajoute à d’autres problèmes majeurs comme celui de l’eau, de la pollution sur fond de croissance de la population mondiale.

Nous sommes à un virage crucial
Je suis tous les jours étonné par la quasi naïveté de la vision à long terme de nombreux industriels et gestionnaires. L’analogie qui me semble la plus appropriée est celle de l’apparition du chemin de fer ou de l’automobile et de ceux alors qui continuaient à croire à l’avenir de la traction animale.

Aujourd’hui le virage est aussi important. Le pétrole est encore présent, mais la production va se tarir petit à petit, les guerres vont se multiplier dans les pays producteurs et les nouvelles ressources pétrolières seront de plus en plus chères à extraire. Ainsi, le monde de l’énergie va être considérablement modifié et le monde économique subira un impact énorme.

L’avenir appartient aux visionnaires
Les six dernières années étaient celles des précurseurs, les années à venir sont celles des suiveurs, et après viendra celles de la masse. Il sera alors trop tard ! Si vous étiez dans le train au départ ce n’est pas le moment de descendre, si vous l’avez loupé c’est le moment de monter, en effet il n’y aura pas de troisième arrêt. Sources: Thomas Chaize

Contre-intelligence économique: le savoir-faire canadien

In Espionnage économique, Guerre économique, Intelligence économique, Sécurité on 15 mars 2008 at 12:26

Ces dernières années, différents services de renseignement ont mené des investigations de contre-intelligence dont les résultats peuvent directement servir aux entreprises.  Nous sommes heureux de partager avec vous la synthèse des travaux réalisés  par le service canadien de renseignement de sécurité car elle est parmi les plus faciles à exploiter. Selon ses conclusions, il existe plusieurs méthodes utilisées par les gouvernements étrangers qui tentent d’obtenir de l’information corporative ou exclusive sensible (espionnage économique). Ex: les demandes spontanées d’information exclusive, la conduite inappropriée durant les visites, les offres de services suspectes, le ciblage à des expositions, des séminaires et des congrès internationaux, l’exploitation d’entreprises ou de projets de recherche conjoints, l’acquisition de technologies et d’entreprises, la sollicitation de collaboration d’anciens employés, le ciblage des ressemblances culturelles. GG

Ces activités constituent des indicateurs d’espionnage économique qui ne correspondent pas toujours à une menace réelle de collecte étrangère, mais elles peuvent servir de signaux. L’existence d’un certain nombre d’indicateurs dans une situation donnée pourrait ainsi justifier un examen plus approfondi.

1.Demandes spontanées d’information exclusive

Les demandes spontanées d’information classifiée ou exclusive sont associées aux activités de collecte étrangère. Les demandes prennent souvent la forme d’envois de messages par télécopieur, par la poste, par courrier électronique ou par téléphone adressés à des particuliers plutôt qu’au service de l’entreprise responsable du marketing. Les demandes peuvent comporter des sondages ou des questionnaires et sont fréquemment transmises par Internet.

Les sondages à des fins de marketing peuvent permettre de recueillir de l’information technologique et commerciale sensible. Lorsque cette méthode particulière est utilisée, il importe de tenir compte de l’utilisateur final de l’information et de la personne qui répond au sondage. L’utilisation accrue d’Internet fournit une méthode de communication directe avec le gouvernement et l’industrie canadienne à des fins de collecte étrangère. L’accès par Internet au babillard de l’entreprise, à sa page d’accueil et à ses employés offre au collecteur étranger de nombreuses possibilités pour élargir son offensive de collecte.

Indicateurs

  • L’adresse Internet est située dans un pays étranger.
  • Le destinataire n’a jamais rencontré l’expéditeur.
  • L’information sur la technologie demandée est classifiée, son exportation est contrôlée ou elle a des applications tant commerciales que militaires.
  • Le demandeur se dit étudiant ou consultant.
  • Le demandeur précise que son employeur est un gouvernement étranger ou le travail est effectué pour un gouvernement ou un programme étranger.
  • Le demandeur s’informe au sujet d’un programme, d’un projet ou d’un contrat lié à la défense.
  • Le demandeur s’informe au sujet de programmes liés à la défense en utilisant des sigles particuliers au programme visé.
  • Le demandeur admet qu’il n’a pu obtenir l’information ailleurs parce qu’elle est classifiée ou assujettie à des contrôles.
  • Le demandeur conseille au destinataire de ne pas tenir compte de la demande si elle pose un problème sur le plan de la sécurité ou si elle vise de l’information que le destinataire ne peut fournir en raison de la classification de sécurité, des contrôles relatifs à l’exportation, etc.
  • Le demandeur conseille au destinataire de ne pas se soucier de la sécurité.
  • Le demandeur assure le destinataire qu’il n’est pas nécessaire d’obtenir de licence d’exportation ou que cela ne constitue pas un problème.
  • Les sondages à des fins de marketing peuvent être transmis par télécopieur ou par courrier à un particulier par l’entremise du bureau de marketing de l’entreprise.
  • Les sondages à des fins de marketing peuvent être envoyés par des consortiums étrangers ou par des entreprises de consultants. Les entreprises étrangères ayant des liens avec le renseignement étranger sont souvent un consortium de représentants officiels, de militaires ou d’intérêts privés.
  • Les sondages à des fins de marketing débordent souvent du cadre généralement accepté de l’information liée au marketing.
  • Tout porte à croire que le « responsable du sondage » travaille pour une entreprise étrangère concurrente.
  • Les sondages peuvent rechercher de l’information exclusive concernant les liens de l’entreprise, les projections de marché, les politiques de fixation des prix, les noms des responsables de programmes ou de technologies, les employés de l’entreprise affectés au programme, les méthodes d’achat, et les types et les montants en dollars des contrats avec le gouvernement canadien.
  • Les clients et les fournisseurs d’une entreprise peuvent aussi recevoir des sondages à des fins de marketing qui débordent du cadre généralement accepté de l’information liée au marketing.

2.Conduite inappropriée durant les visites

Les visites de délégations étrangères à des entreprises peuvent poser des risques pour la sécurité si les entreprises ne gèrent pas convenablement les risques et ne prennent pas les mesures de sécurité appropriées.

Indicateurs

  • Les visiteurs sont escortés par un diplomate ou un représentant de l’ambassade qui tente de cacher son rôle officiel au cours d’une visite prétendument commerciale.
  • Le but avoué de la visite est remplacé par un programme caché, autrement dit des visiteurs arrivent pour parler du programme X, mais font tout ce qu’ils peuvent pour discuter du programme Y et rencontrer le personnel qui y est associé.
  • Des participants imprévus s’ajoutent aux visiteurs à la dernière minute.
  • Des visiteurs « égarés » se montrent très insultés lorsqu’on les ramène à l’ordre.
  • On a recours à des mécanismes de rechange. Par exemple, si une demande de visite classifiée est rejetée, l’entité étrangère peut tenter d’obtenir une visite commerciale.
  • Des visiteurs posent des questions qui débordent du sujet de la visite approuvée, dans l’espoir d’obtenir une réponse spontanée ou de courtoisie.

3.Offres de services suspectes

Des scientifiques et des ingénieurs étrangers offrent leurs services à des installations de recherche, des établissements universitaires et des entreprises qui travaillent pour la défense. Il peut s’agir d’une tactique pour placer un ressortissant étranger à l’intérieur d’un établissement afin d’y recueillir de l’information sur une technologie convoitée.

Indicateurs

  • Le demandeur étranger a une formation scientifique dans une spécialité dans laquelle son pays a été identifié comme ayant un besoin en recherche.
  • Le postulant étranger offre ses services « gratuitement ». C’est le gouvernement étranger ou une société liée à ce gouvernement qui assume ses frais.
  • Des internes étrangers (qui étudient en vue d’une maîtrise ou d’un doctorat) offrent de travailler pour un spécialiste gratuitement, habituellement pour une période de deux à trois ans.
  • L’information sur la technologie sur laquelle l’étranger veut mener une recherche est exclusive, classifiée ou assujettie à des contrôles en matière d’exportation.

4.Ciblage à des expositions, des séminaires et des congrès internationaux

Les expositions, les séminaires et les congrès internationaux offrent des possibilités de faire un lien entre des programmes et des technologies et du personnel spécialisé, mais ils peuvent également présenter certains risques pour la sécurité.

Indicateurs

  • Les thèmes des séminaires et des congrès portent sur des technologies et/ou des applications classifiées ou assujetties à des contrôles.
  • Le pays ou l’organisation qui parraine le séminaire ou la conférence a déjà essayé en vain de visiter les installations.
  • On reçoit une invitation pour donner des séances d’information ou une conférence dans un pays étranger, tous frais payés.
  • On demande un résumé de l’exposé 6 à 12 mois avant la tenue du séminaire.
  • Il semble étrange qu’on photographie ou qu’on filme dans un contexte donné.
  • Les participants portent des macarons d’identification faux ou incomplets.

5.Exploitation d’entreprises ou de projets de recherche conjoints

Les divers programmes d’échanges et de coproduction peuvent offrir des possibilités de collecte importantes pour des intérêts étrangers ayant pour cible une technologie restreinte ou exclusive.

Indicateurs

  • Le représentant étranger veut avoir accès au réseau informatique local (RL).
  • Le représentant étranger veut avoir un accès illimité aux installations.
  • On incite des entrepreneurs à fournir de nombreuses données techniques dans le cadre du processus d’appel d’offres, puis le contrat est annulé.
  • Les ententes visant d’éventuels échanges de technologies dans le cadre de l’entreprise conjointe sont à sens unique.
  • L’organisation étrangère envoie plus de représentants étrangers que ne le demande le projet.
  • Les représentants étrangers s’intéressent à certains employés de l’entreprise afin d’obtenir de l’information qui dépasse la portée du projet.

6.Acquisitions de technologies et d’entreprises

Des entités étrangères tentent d’obtenir accès à des technologies sensibles en achetant des entreprises et des technologies canadiennes.

Indicateurs

  • De nouveaux employés provenant de l’entreprise partenaire étrangère, ou de ses associés étrangers, veulent obtenir immédiatement accès à de l’information corporative ou exclusive sensible.

7.Sollicitation de la collaboration d’anciens employés

Les anciens employés qui avaient accès à de l’information classifiée ou exclusive sensible demeurent une préoccupation possible sur le plan du contre-espionnage. Le fait de miser sur les ressemblances culturelles afin d’établir le contact est souvent associé à la tentative de collecte. D’anciens employés peuvent être considérés comme d’excellents sujets aux fins d’opérations de collecte et comme moins susceptibles de se sentir tenus de respecter les exigences de l’entreprise en matière de sécurité ou les contrôles imposés aux exportations canadiennes.

Indicateurs

  • Un ancien employé occupe un emploi au sein d’une entreprise étrangère qui travaille sur la même technologie.
  • Un ancien employé reste en contact avec son ancienne entreprise et ses employés.
  • L’employé travaille tour à tour quelques années pour des entreprises canadiennes, puis quelques années pour des entreprises étrangères.

8.Ciblage des ressemblances culturelles

Des entités étrangères exploitent les antécédents culturels du personnel de l’entreprise en vue d’obtenir de l’information.

Indicateurs

  • Des employés reçoivent des vœux spontanés ou d’autres types de correspondance de l’ambassade du pays d’origine.
  • Des employés reçoivent des invitations pour visiter le pays d’origine de leur famille afin d’y prononcer une conférence ou d’y recevoir un prix.
  • Des visiteurs étrangers s’intéressent particulièrement à des employés de l’entreprise qui sont de même origine culturelle qu’eux afin de partager avec eux travail et loisirs.

Peut-on démystifier l’intelligence économique?

In Débat, Intelligence économique, Sécurité on 9 mars 2008 at 5:57

Dans l’œuvre titanesque de sensibilisation à l’intelligence économique à laquelle nous nous attelons actuellement en Afrique centrale, observons que les jeunes politiques et chefs d’entreprises intègrent progressivement les enjeux du travail en réseaux sécurisés, de souveraineté économique et de compétitivité auxquels la mondialisation oblige l’Afrique. Ils comprennent que le concurrent -même sous couvert de coopération nord-sud, d’échanges culturels ou d’aide humanitaire…- ne peut les instruire à ses dépends. Ce point d’appui fondamental revêt, pour les acteurs africains d’intelligence économique, une responsabilité immense dont l’un des défis, et non des moindres, est de se faire comprendre de leurs interlocuteurs. Cette exigence n’est cependant pas l’apanage de l’Afrique. Loin s’en faut. D’après des retours d’expériences auprès des PME-PMI européennes, l’intelligence économique, de par « son jargon abscons », « ses cartographies complexes » et « ses retours sur investissements difficilement quantifiables » renvoie souvent l’image d’une école de mystères dont le parvis est bondé de candidats volontaristes et le Graal réservé à une infime minorité d’initiés. Le 28 février 2008 à 8h 49, Justin Mabouth, un de nos fidèles lecteurs au Cameroun nous invitait sur ce blog à une explication, une de plus, de l’intelligence économique en « termes simples » dans l’optique, disait-il avec pertinence, « d’une adhésion de masse » en Afrique centrale. D’où cette question qui interpelle l’ensemble de la communauté IE internationale: peut-on démystifier l’intelligence économique ? Dans l’espoir que la réponse soit « <OUI », commençons par identifier les « obstacles » liés aux deux grands courants qui travaillent la profession avant d’examiner une troisième voie, médiane celle-là, qui pourrait être la clé d’une intelligence économique rendue simple par sa clarté.

-le courant “élitiste”

Il est d’abord constitué de “For ever BOND ».
Sans porter de jugement de valeur, nos analystes y regroupent les adeptes du « monde obscur », celui des officines de renseignements. Les « For ever BOND » sont souvent, pas toujours, d’anciens agents des services secrets reconvertis dans l’intelligence compétitive et/ou économique et/ou stratégique entre 45 et 65 ans en moyenne. Le leader mondial Kroll & Associates n’est-il pas l’œuvre d’un ancien des services américains ? Les « For ever BOND » parlent peu, publient peu, écoutent beaucoup. Ils peuvent vous rappeler 6 mois après que vous leur avez donné votre carte de visite au cours d’une conférence de haut niveau, juste pour avoir une information précise aux fins de recoupement. Leurs questions sont généralement ouvertes. Après, silence radio. Ils répondent rarement aux emails. Lorsqu’ils le font, c’est trois lignes maximum, des verbes d’actions, plusieurs abréviations qui masquent des fautes d’orthographe tout en donnant un air pressé, hyper-occupé. Ils ne vont pas à la ligne. Généralement piètres communicateurs, ils ne disposent d’un site internet que parce que c’est dans l’air du temps. « C’est inévitable actuellement » nous a confié l’un d’eux en manipulant son Blackberry. Ils sont d’ailleurs plusieurs à n’avoir jamais consulté le contenu du site internet de leur « boîte », lequel a été réalisé par un webmaster externe sous la supervision de l’assistante de direction. Si l’information c’est le pouvoir, pour eux, la distance crée le mythe. Ils ne répondent à une invitation que si elle vaut vraiment la peine. Par une espèce de cooptation, la majeure partie des « For ever BOND » officie auprès de grandes multinationales au titre de consultants, aux côtés d’un sous groupe, plus modéré que nous appellerons les « Young BOND ».

Cette sous catégorie est composée de jeunes dont la moyenne d’âge oscille entre 25 et 35 ans. Formés à l’intelligence économique pure dans des instituts privés de très haut niveau, ils n’ont pas l’intention – à brève échéance du moins- de brader un savoir acquis à coups de sacrifices financiers non négligeables ($ 10,000 – 15,000). Pour ces « neo-BOND », les principaux outils de travail sont internet, banques de données payantes ou non et cartographie des acteurs. Contrairement aux « For ever BOND », les « Young BOND» tiennent des sites internet et des blogs régulièrement mis à jour. Ils ont étudié la psychologie de la communication et savent que c’est le nerf de la guerre dans la société de l’information. Prudemment, ils publient à dose homéopathique d’assez bons articles à vocation pratique dans la plupart des cas, en direction de cibles très bien déterminées. Ils visent tour à tour les entreprises (aspect utilitaire), leurs collègues et les journalistes (pour la rigueur méthodologique ou une trouvaille) et de temps en temps le grand public (sensibilisation et affirmation d’une identité professionnelle). Mais attention, ils savent créer la rupture, se faire rare pour donner soif à leurs abonnés (flux RSS). Les outils de veille auxquels ils ont accès sur certains moteurs de recherche leur confèrent parfois une notoriété de qualité, à force d’être parmi les premiers à cueillir les informations chaudes. La présentation le 25 février 2008 sur notre blog du livre « L’Afrique répond à Sarkozy contre le discours de Dakar » reprise par d’autres blogs a par exemple généré chez ces derniers un trafic supérieur à celui de la source. C’est un constat, de par la vivacité et la réactivité que confère une jeunesse bien formée, les « Young BOND » veillent, surveillent, recueillent, recoupent et diffusent ce qui met en avant leur expertise sans les dépouiller gratuitement. Majoritairement respectueux de la législation et de l’éthique, ils fonctionnent quasiment toujours en réseaux.

-Le courant “populiste”

Sur la foi de sources généralement crédibles, nos analystes y classent de jeunes personnes âgées de 28 à 38 ans. Souvent formés dans les universités ou ayant succombé aux charmes de la matière à la faveur d’un module d’IE dispensé dans le cadre d’une autre formation de 2è ou 3è cycle, les « populistes » sont les plus enclins à démocratiser l’intelligence économique. Souvent fonctionnaires ou conseils auprès de PME-PMI, leur profession peut se résumer, selon eux, au « management de connaissances disponibles dans l’environnement d’une entreprise en vue d’assurer la compétitivité de cette dernière». Pour l’immense majorité des « populistes », l’IE c’est simplement la veille grâce à des sources humaines ( lecture de journaux, visite de salons, rapports d’étonnement…) avec des logiciels (de préférence gratuits sur internet…) ; c’est ensuite l’installation au sein de entreprise d’une plateforme sécurisée de partage de l’information (interne= employés, externe= collectée via la veille, puis analysée) utile à la prise de décision ; l’IE pour « les populistes », c’est enfin l’influence qui passe, selon eux, par les regroupements professionnels et la mise en commun de leurs moyens respectifs aux fins de lobbying. La simplicité méthodologique des « populistes », pour séduisante qu’elle soit est cependant loin de faire l’unanimité.

Entre les deux grandes catégories ci-dessus, il existe tout de même un ascenseur (celui des caractères ou des comportements conjoncturels). Il permet à certains acteurs IE de passer sans transition d’une classe à une autre ou plus simplement d’échapper à tout classement; sans pour autant que cela aide à démystifier l’intelligence économique aux yeux de la « masse ». D’où la troisième voie, celle que propose l’Afrique.

Ce que propose l’Afrique

Conciliants par nature, sagesse ou stratégie ( ?), les jeunes experts africains ont choisi un symbole, comme le faisaient leurs ancêtres, pour tenter de résoudre l’énigme. Pour ces « centristes » de l’IE en effet, l’intelligence économique ressemble à une figure géométrique de type cubique dont les six faces représentent tout aussi symboliquement autant d’aspects de la même matière. A l’exception du stratège qui garde une vue d’ensemble de l’ouvrage, tous les autres aspects (commerciaux, informatiques, influence…) ont chacun un langage propre. Vue d’ici, la construction donne l’image d’un immense cube de Babel avec une kyrielle de langues différentes. A ceci près que le stratège assure la traduction instantanée de toutes les phrases comportant les signaux : « Partage + information + stratégique», « Compétitivité + entreprises» « Sécurité + économique». Avec cette méthode et des étiquettes bien lisibles aux portes d’entrée, l’intelligence économique s’en trouvera démystifiée, en Afrique tout au moins. Car il faut bien le dire, l’intelligence économique, comme le sport, c’est surtout l’action, celle qui consiste à exploiter l’information ouverte pour être le meilleur en respectant les règles du jeu!

Guy Gweth

Guerre économique: la bataille pour le contrôle mental

In Benchmarking, Guerre économique, Intelligence économique, Perception Management, Prospective, Soft Power, Stratégie, Sécurité on 5 mars 2008 at 8:29

Il est délicat, le slogan qui accompagne “Le droit de l’intelligence économique” de Thibault du Manoir de Juaye dans l’annuaire 2008 des acteurs de l’intelligence économique en France. On peut en effet lire en présentation de cet excellent ouvrage que “faire de l’intelligence sans barbouzeries, c’est possible!” Au delà des angles légal et règlementaire qu’aborde l’auteur, j’adhère moi aussi à l’aspect éthique qui y est sous-jacent. Cependant, en tant que praticien de sensibilité anglo-saxonne, je suis très sensible au benchmarking des bonnes pratiques issues du monde du renseignement militaire. A la suite des Américains, cette attitude est  aussi partagée depuis 10 ans en France par le Général Pichot-Duclos et Christian Harbulot, fondateurs de l’EGE Paris. Pour ces pionniers, en effet, le transfert du savoir-faire militaire au monde civil est rendu vital au regard du durcissement des affrontements économiques en cours et futurs. La grande bataille stratégique autour du contrôle psychique constitue donc un excellent terrain d’expérimentation.

Un peu d’histoire…

Les plus âgés parmi vous se souviennent des années qui précédèrent et celles qui suivirent immédiatement la deuxième guerre mondiale et la course aux armements biologiques qui fit rage dans les officines nord-coréennes, chinoises, allemandes, russes et américaines notamment. Nombre d’entre vous, j’en suis sûr, se remémorent encore la psychose qui s’empara de Washington au lendemain de la libération de ses prisonniers de guerre fin 1953. Capturés par l’ennemi, des aviateurs et des hommes de l’infanterie américaine de retour aux USA commencèrent à faire l’apologie de la vie sous un régime communiste. Le Président des États-Unis se tourna vers l‘aigle de profil qui allait faire la renommée de Langley, en Virginie, et demanda à la CIA comment des soldats superbement entrainés pouvaient se laisser à devenir des traîtres. Dans les tentatives de reconstitution qui débutèrent, Allen Dulles, alors à la tête des renseignements américains, se rappela le procès du cardinal Josef Mindszenty en 1949. A la page 101 de son enquête sur “Les armes secrètes de la CIA” parue en 2006, Gordon Thomas, relate comment ce chef de l’église catholique hongroise “avoua avoir trahi… en bougeant comme un robot…” devant les juges russes. A partir de cet évènement, le contrôle du psychisme devint la priorité n°1 des scientifiques de l’agence américaine de renseignements. Initiée en février 1954 sous la direction du docteur Sidney Gottlieb, le programme secret MK-Ultra avait clairement pour mission de ” chercher toute méthode permettant de modifier le comportement humain.” Cette époque accoucha de plusieurs essais et théories telles que “l’infantilisation psychologique traumatique” ou encore “la conduite psychique” qui consistait à faire écouter au patient (aujourd’hui consommateur ou électeur) ses propres paroles jusqu’à ce que ses barrières psychologiques s’effondrent et qu’il ouvre son inconscient. La publication en 1984 de “Battel for the mind” par le professeur William Sargant marqua la consécration de plusieurs années de sacrifices et d’efforts, certes inachevés mais aux résultats transférables à d’autres domaines.

Le transfert de savoir-faire

Avec la chute du mur de Berlin et l’arrêt de l’affrontement est-ouest, fin 1989, les multinationales américaines furent les premières à benchmarker les méthodes d’influence de la guerre froide et à s’inspirer de la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) aux États-unis pour en adapter le savoir-faire à leur stratégie marketing. Dans les agences de publicité new-yorkaises, le début des années 90 vit jaillir une pépinière de jeunes concepteurs généralement âgés de moins de trente ans et n’ayant qu’une seule obsession: provoquer l’acte d’achat chez des individus “normaux” qui, sans la publicité, n’auraient pas acheté. De nombreuses expériences menées en psychologie sociale et cognitive ne tardent pas à venir à leur secours. Dans leur “Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens” paru une première fois en 1987 et réédité 2002, les Français Joules et Beauvois relatent une kyrielle de techniques (pour la plus part déjà expérimentées aux États-Unis) qui nous influencent au quotidien. Je vous le recommande. Dans l’opérationnel, le leader américain de la grande distribution Wal-Mart Stores, Inc. fut l’une des premières multinationales à exploiter la vidéo surveillance au delà de son objectif initial de sécurité. Dans leurs bureaux du 702 Southwest 8th Street de Bettonville, les marketistes de ce géant mondial n’hésitent pas à visionner de longues heures d’enregistrements-vidéo pour traquer et analyser les comportements de clients dans les rayons de grandes surfaces. Toujours plus loin, dans ses “100 petites expériences en psychologie du consommateur pour mieux comprendre, comment on vous influence” paru en 2006, Nicolas Géguin confirme, à titre d’exemple parmi d’autres, – sur la foi d’expériences menées aux États-Unis et en France- que la diffusion de musique rapide dans votre supermarché aux heures d’affluence comme lors des fêtes de fin d’année “vous incitera à faire votre shopping au pas de course.” (p119) Vous l’aurez compris, cet aspect aussi puissant que soft de la guerre économique opère avec votre consentement, en tous cas, sans vous contraindre le moins du monde, que vous soyez client ou concurrent, allié ou ennemi.

Les perspectives

Les recherches en psychologie cognitive sont un enjeu infiniment stratégique. La bataille pour le contrôle du mental humain est loin de s’achever. Rien que le profiling de dirigeants que nous réalisons au profit de nos clients au sein de GwethMarshall Consulting, par exemple, est déterminant pour la signature de leurs contrats. Évidemment, les entreprises ne sont pas les seules à en profiter. Des mouvements religieux ainsi que les femmes et hommes politiques dont le contrôle des comportements de masses a toujours été le vœu secret sont également à l’affut des progrès à venir. Certains parmi vous auront constaté que la situation est assez proche du tableau que brosse Xavier Couture in “La dictature de l’émotion: où va la télévision” paru en 2005 chez Louis Audibert Editions.

Quoi de plus légal, de plus éthique, de plus écologique et de plus intelligent, en effet, que de servir au consommateur, à l’électeur ou au patient, ce qu’il veut ou croit vouloir ?

Guy Gweth

Maroc : BMCE Bank crée son centre de veille stratégique

In Intelligence économique, veille on 5 mars 2008 at 7:38

Lancé en janvier 2007, “le projet d’un centre d’intelligence économique à la BMCE Bank est en cours de finalisation”, d’après la directrice des affaires générales de la banque. L’initiative traduit un cheminement timide, mais de plus en plus prononcé de la veille stratégique (VS) auprès des opérateurs économiques. Une pratique qui permet d’observer, de recueillir, d’analyser et de diffuser l’information pour être exploitable par les décideurs.

«Le centre d’intelligence économique de BMCE Bank est axé autour de la prestation de service pour nos structures internes», souligne Houda Sbihi, la DAG. Autrement dit, le centre se positionne en tant que source d’information prioritaire pour accompagner les entités de BMCE Bank dans la prise de décision. Sa mission consiste donc à «fournir des analyses à forte valeur ajoutée. Un livrable a déjà été conçu». […]

Dans le cas de la BMCE Bank, le lancement de la cellule de veille «nécessite, au préalable, la refonte de l’ensemble des procédures et des voies de diffusion de l’information». Il s’agit de déterminer qui fait quoi et comment. «La diffusion par mail a permis de décloisonner l’information», commente la DAG. Le tout est d’éviter une déperdition de l’information et d’assurer un acheminement rapide et efficace.


Naguère considérée comme un souci périphérique, la création de cellules de veille tend à se populariser. Souvent, elles ont été perçues comme une activité de coût et non de valeur. L’idée est donc «d’évaluer un projet de veille par rapport à sa rentabilité». Une démarche qui n’est pas à 100% chiffrable. L’aspect qualitatif reste omniprésent. Il y a deux ans, une étude menée par l’Institut marocain de l’information scientifique et technique (IMIST), visant un échantillon de 1.100 entreprises, a démontré que la veille stratégique n’est pas encore une priorité pour l’entrepreneur marocain.

Source: FF/ L’Economiste

Pratiques d’intelligence économique chinoise, européenne et américaine & impacts sur le continent africain

In Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, veille on 2 mars 2008 at 4:30

Voici un condensé de trois points de vue pleins d’enseignements que nous avons recueillis le 28 février 2008 à l’Ecole Militaire de Paris lors du point de veille N°6 organisé par International Focus en partenariat avec l’association des auditeurs en intelligence économique de l’Institut français des hautes études de la défense nationale (IHEDN).

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1. Le point de vue du Général (2s) Daniel Schaeffer – Ancien attaché de défense auprès des ambassades de France à Bangkok, Hanoi, Pékin, consultant senior International Focus

“Parce que, depuis quelques petites années, la Chine effectue un retour en puissance en Afrique, voici ce continent tout à coup placé au Centre du Monde. La Chine y est réapparue depuis peu parce que, en manque crucial de ressources énergétiques depuis 1993, de matières premières, mais aussi en quête de marché pour écouler sa proliférante production industrielle, elle a érigé l’Afrique en terre de conquête, même si elle se défend de tels desseins. Terre de conquête non seulement économique, partie la plus visible, mais aussi politique et stratégique, parce que la conquête économique est stratégique pour Pékin. A cause de cet activisme effervescent, l’empire du Milieu suscite du coup la suspicion des Etats-Unis sur le fond réel de ses intentions. Et elle perturbe gravement la donne européenne, notamment française, sur ce terrain pour lequel la tendance était parfois de le considérer comme un “pré carré“.

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L’Afrique est ainsi devenue un enjeu capital dans les stratégies de puissance qui s’exercent désormais chez elle entre la Chine, les États-Unis et l’Europe surtout, sans pour autant occulter l’intervention d’autres acteurs non négligeables comme l’Inde. Si chacune des parties concernées a bien pris conscience qu’un pan significatif de leurs intérêts stratégiques passe par un authentique développement du continent africain, l’Europe en premier parce qu’il est à sa porte, les schémas de confrontation qui se dessinent entre puissances sur l’ensemble de cette région sont pour beaucoup sous-tendus par des objectifs de conquête ou de défense d’intérêts économiques. Les stratégies élaborées et développées en ce sens par chacune des parties intéressées reposent en majeure partie sur la mise en œuvre de pratiques d’intelligence économique largement influencées par les cultures respectives des uns et des autres, celles de la Chine, celles des États-Unis, celles de l’Europe, celles des autres.

Pour ce qui concerne la Chine, si son action en ce domaine se caractérise de manière tout à fait classique par la recherche d’information, en faisant parfois bien fi des bonnes pratiques, il est indéniable que c’est au travers de l’exercice d’une vigoureuse stratégie d’influence, offensive, multiforme, plurisectorielle, multidimentionnelle, conduite méthodiquement, que la Chine parvient à prendre d’incontestables avantages concurrentiels en Afrique. “

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2. Le point de vue de Bernard Besson -chargé de Mission auprès du Haut responsable français à l’intelligence économique

“Une politique nationale d’intelligence économique n’a de sens que si les acteurs publics et privés parlent la même langue. Les travaux entrepris par le haut Responsable ont aboutit à la formulation d’un corpus doctrinal obéissant à ce premier objectif. Il faut maintenant faire passer le référentiel de formation à l’intelligence économique dans l’entreprise et notamment dans les PME.

L’expérience montre qu’il n’est pas de meilleur pédagogue qu’un chef d’entreprise qui explique à d’autres chefs d’entreprises ce qu’il fait au quotidien dans tel ou tel domaine relevant de l’intelligence économique d’entreprise. C’est notamment sur ce socle de partage et d’échange de savoir-faire que le Haut Responsable entend faire passer les objectifs de l’intelligence économique à la française. N’étant pas le centre du monde, nous nous sommes inspirés des acquits d’autres cultures. C’est donc en regardant les autres que la France construit son chemin original vers une intelligence collective susceptible de favoriser l’innovation et la créativité.”

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3. Le point de vue de Jacques Van Minden -Président du Cercle franco-chinois, chef de mission expert à l’ONUDI

“Avec la progression de son taux de croissance, il est probable que la Chine deviendra un jour le leader mondial. A ce moment, qui osera encore parler de droits de l’Homme? Notre façon de penser (occidentale) n’est pas la leur. Pour les Chinois, l’individu n’est pas au centre des préoccupations, alors que notre vision (européenne) est individualiste. Les Chinois iront où ils ont décidé d’aller. Ils refusent de céder aux pressions extérieures. Pour ses besoins énergétiques, la Chine s’implante maintenant là où les puissances occidentales ont reculé. L’innovation technologique, dans la conception chinoise, n’a pas pour seul but la curiosité, mais doit permettre de rivaliser avec les puissances. Il existe néanmoins des points faibles. La question sociale est le principal danger. La cohabitation interne entre riches et pauvres crée déjà d’énormes tensions dans la “Chine profonde“, mais également dans les grandes villes où les “migrants” sont considérés comme des étrangers. N’oublions pas que, historiquement, lorsque la Chine vivait dans l’opulence, il y eut des révoltes telles que celles des Boxers qui précipita la chute de l’empire Qing au XIXè siècle.”

Protégé : ” Les services secrets chinois de Mao aux JO”, Roger Faligot

In Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 2 mars 2008 at 4:22

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Intelligence économique & rivalités des puissances en Afrique

In Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 2 mars 2008 at 3:22

L’analyse qui suit devrait pouvoir permettre aux Africains de bien cerner les positions et les questionnements de la France et plus généralement des grandes puissances mondiales qui sont à l’assaut des richesses stratégiques dont regorge le continent. Car dans le nouveau “partage du gâteau africain” en cours, si les États africains ne développent rapidement une stratégie de défense économique commune et efficace, les concurrents n’en feront qu’une bouchée. Guy Gweth

“Un mouvement est en marche en Afrique. Ce mouvement échappe à la France.” par Patrick Sevaistre -directeur général, Afrique Initiatives SA, Conseiller auprès du président du Conseil des Investisseurs Français en Afrique.

“Un rapport récent sur l’action extérieure de l’état de l’aide au développement dans le cadre de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) vient de dresser un bilan sans complaisance de toutes “les insuffisances” de la présence française en Afrique: budget de l’aide gonflé par les annulations de dettes (en dix ans, l’aide bilatérale française a diminué de moitié et est équivalente à celle du Danemark), saupoudrage des moyens (90 pays se partagent moins de 10% de l’enveloppe bilatérale), influence limitée à Bruxelles alors que Paris finance près de 25% du FED (Fonds Européen de développement), engagements financiers énormes dans la gestion des crises (850 millions d’euros pour l’opération Licorne) et quasiment rien pour la phase de restructuration…

“Pendant ce temps, la Chine devient la puissance du continent, s’intéresse à tous les gisements pétroliers et uranifères de l’hinterland boudés par les majors occidentaux et réanime -en rivalité avec les Indiens(Mittal et Tata Steel)- tous les gisements de fer. Tandis que les Etats-Unis “réinvestissent” en Afrique pour sécuriser leurs approvisionnements énergétiques (25% en 2025) et contrer la menace terroriste dans la bande sahélienne. Les fonds souverains, arabes et chinois, qui placent les réserves de change de leurs banques centrales, déferlent sur l’Afrique.

“Que faire pour défendre nos intérêts (français) ? De quels outils disposons-nous pour les défendre sans pour autant, du moins dans l’immédiat, entrer en conflit ouvert avec les Chinois? Il est clair que s’opposer directement à la déferlante chinoise en Afrique n’est déjà plus réaliste. A nous d’en tirer les conséquences quant à notre propre politique vis-à-vis du continent.
“En effet, nous devons, à l’instar des Chinois et des Américains, clairement affirmer nos intérêts vis-à-vis de l’Afrique, nous avons besoin d’une nouvelle politique française, plus ambitieuse et s’inscrivant dans la durée, accompagnée enfin, et comme c’est le cas de la Chine et aussi des Etats-Unis, d’un vrai dispositif d’intelligence économique qui, placé au sommet de l’Etat, soit pleinement opérationnel dans ses deux dimensions traditionnelles: renseignement – influence. Force est de constater qu’on en est encore loin aujourd’hui.

“ce dispositif est indispensable pour dénoncer le dumping chinois, les dérives, les manquements, les menaces sur l’environnement et le non-respect par la Chine de ses engagements internationaux (prolifération)… et alimenter les ONG pour lancer des mouvements de polémique auprès de la société civile africaine. Il l’est également pour trouver , au cas par cas, des terrains de coopération commune sino-européenne (Cf. pétrole).
“Notre intérêt premier est de promouvoir la prospérité et la stabilité du continent noir… et si l’Afrique connaît aujourd’hui son plus fort taux de croissance depuis trente ans (6%), c’est en partie grâce à l’expansion économique chinoise…
“Il nous faut continuer à examiner de près les approches chinoises en Afrique et en tirer des leçons pour définir une nouvelle politique vis-à-vis du continent. Cette politique passe par un lobbying fort des entreprises françaises, et des stratégies novatrices en matière de pénétration et d’enracinement en Afrique; elle passe aussi par une action pragmatique et ciblée de la France à l’égard des élites de la nouvelle génération. Celle-ci est plus que jamais nécessaire pour rebâtir l’image d’une France partenaire ‘naturel’ du continent africain, avec l’idée sous-jacente de bâtir un réseau capable de concurrencer l’influence anglo-saxonne et maintenant chinoise! Ce réseau est devenu prioritaire au moment où, vu d’Afrique, notre pays donne une impression d’immobilisme, voire de désengagement et où la nécessaire banalisation des relations entre la France et les Etats africains est considérée paradoxalement comme un signe d’abandon et de désintérêt vis-à-vis de l’Afrique.

“L’Afrique est à la croisée des chemins. Les changements qu’elle connaît portent en eux la nécessité d’un profond renouvèlement de notre conception des relations entre la France et l’Afrique. A nous de nous adapter: un mouvement est en marche en Afrique qui commence à échapper à la France et qui pourrait continuer de lui échapper encore au fur et à mesure d’un déficit de communication avec les nouveaux décideurs africains qui va s’accroissant, tandis que la concurrence anglo-saxonne et chinoise se fait de plus en plus présente.”

Stratégie de communication d’influence: comment Pékin défie Paris en Afrique centrale

In Communication d'influence, Géoéconomie, Intelligence économique, Perception Management, Stratégie on 23 février 2008 at 8:28

Le texte qui suit vient répondre aux questions et remarques de plusieurs de nos  lectrices & lecteurs de France à la suite de notre analyse comparée des stratégies d’influence chinoise et française en Afrique centrale. Voici un bref résumé des conclusions de cette étude:

Tout au long de nos recherches, nous avons observé qu’il n’existe plus de frontières étanches entre politiques des Etats, stratégies des entreprises, protection de l’environnement et… attitudes de la société civile. Nous avons trouvé comme Thierry Libaert (1) que « si les stratégies européennes et Clausewitz en particulier, éprouvèrent quelques difficultés à élargir l’impact de leur théorie, c’est au travers des performances économiques du Sud-est asiatique que la stratégie militaire trouva son renouveau.» C’est ainsi que l’empire Chinois dans une « tactique du faible au fort » a su prendre à son compte la devise du concurrent et communiquer en toute « Liberté » -« Egalité » -« Fraternité » avec ses partenaires d’Afrique, défiant ainsi les groupes français sur un terrain qui, hier encore, constituait « le pré carré » de l’Elysée. Par une communication d’influence offensive, voire agressive, Pékin a tablé sur l’information dominance (pour reprendre la formule américaine consacrée), phase finale du Perception Management qui traduit « l’aboutissement du façonnage des perceptions individuelles et collectives » (2) de sa cible.

« Certes, le commerce entre l’hexagone et l’Afrique comme le révèle une étude précédente, dégage un solde positif de plus de 5 milliards d’euros en faveur de la France alors qu’avec la Chine, il est déficitaire de 10 milliards. De nombreux grands groupes français demeurent présents en Afrique, comme TOTAL, Bouygues, Bolloré, Castel , Areva, Air France (qui s’est maintenu à flot à un moment où ses concurrents étaient en difficulté grâce à sa présence en Afrique)… etc. Bien plus, la France dont la Banque Centrale n’est plus qu’une succursale de la Banque centrale européenne depuis l’euro, continue de contrôler à travers un service de son Trésor la politique monétaire de presque toutes ses anciennes colonies à travers le Franc CFA… » En somme, l’hexagone et ses entreprises continuent de disposer de quelques attaches en Afrique centrale. Mais pour combien de temps encore?

Aujourd’hui, le savoir s’impose comme la source et la forme ultime du pouvoir, son expression la plus raffinée (3). Si les entreprises françaises veulent rester compétitives en Afrique, elles doivent réclamer et obtenir de Paris l’élaboration d’une stratégie étatique de communication globale qui prenne en compte les savoirs accumulés sur la cible, la mondialisation de la concurrence… et surtout le plus grand respect des populations et des spécificités locales. L’Américain Harry Overstreet, dans son remarquable ouvrage L’art d’influencer la conduite humaine, déclarait: “l’action humaine naît de nos désirs fondamentaux… Et le meilleur conseil qu’on puisse offrir à ceux qui désirent influencer leurs semblables, aussi bien dans les affaires que dans la politique, c’est avant tout d’éveiller chez eux un ardent désir.” Le discours actuel de Paris est aux antipodes de cette vérité si simple.

Et pourquoi programmer une stratégie de communication globale? « La raison la plus évidente réside dans une nécessaire coordination, pour s’assurer que chacun dans l’organisation tire dans la même direction, ce qui est parfois facilité, spécifiant cette direction de façon aussi précise que possible. Les plans comme ils émergent de la programmation stratégique sous forme de programmes, de plannings, de budgets, etc., peuvent être des moyens primordiaux pour communiquer, non seulement des intentions stratégiques mais aussi ce que chaque individu dans l’organisation doit faire pour les réaliser. » (4) En sus de contribuer concrètement ainsi à la compétitivité des entreprises, la communication d’influence s’en trouvera plus valorisée en tant que ressort stratégique, vecteur d’intelligence collective. C’est plus que ce qu’entrevoyait déjà Fraser Seitle lorsqu’il affirmait en 1998 que « l’établissement d’objectifs, la formulation de stratégies et la planification sont essentiels en communication afin d’être considérés comme équivalents en statut aux autres composantes organisationnelles » (5), une thèse valable pour l’entreprise comme pour l’Etat moderne.

Guy Gweth


 

[1] Thierry Libaert, Le plan de communication, Dunod, 2006

[2] Eric Delbecque, Individualisme et puissance : psychologie d’un malentendu, chapitre V de l’ouvrage collectif, « Les chemins de la puissance », Tatamis, 2007, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas

[3] Alvin Toffler, Les Nouveaux Pouvoirs : savoir, richesse et violence à la veille du XXIè siècle, Fayard, 1991

[4] Henry Mintzberg, Grandeur et décadence de la planification stratégique, Dunod, 1999

[5] Fraser Seitle, The practice of public relations, Practices Hall, 1998

Sun Tzu, de l’art de la guerre aux racines africaines de la stratégie

In Guerre économique, Géostratégie, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 23 février 2008 at 8:16

Exceptionnellement, nous ne commenterons point les deux ouvrages qui suivent: le premier, L’art de la guerre, parce que votre humble serviteur, tout en s’y retrouvant, n’est pas encore en situation de donner un avis suffisant sur cette bible de la stratégie ancienne et contemporaine. La profonde méditation de ces écrits nous oblige -au plus- à vous le conseiller vivement. Le second, Comprendre et appliquer Sun Tzu, parce qu’il est déjà le commentaire prudent, l’heureuse tentative d’exégèse par un ainé, de la stratégie chinoise jusqu’à son insoupçonnable parenté avec les jeux de stratégie africains. Guy G.

1° L’art de la Guerre, 255 pages, Champs Flammarion 2006, traduit de l’anglais par Francis Wang.

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-Extrait de l’avant-propos de Liddell Hart-
“Les essais de Sun Tzu sur l’art de la Guerre constituent le plus ancien des traités connus sur le sujet, mais ils n’ont jamais été surpassés quant à l’étendue et à la profondeur du jugement. Ils pourraient à juste titre être désignés comme la quintessence de la sagesse sur la conduite de la guerre. Parmi tous les théoriciens militaires du passé, Clausewitz est le seul qui lui soit comparable. Encore a-t-il vieilli davantage et est-il en partie périmé, bien qu’il ait écrit plus de 2000 ans après lui. Sun Tzu possède une vision plus claire, une pénétration plus grande et une fraîcheur éternelle.”

-Extraits de la préface de Samuel Griffith-
” Ce n’est pas seulement en tant que curiosité antique que la série des essais de Sun Tzu mérite de notre part un intérêt attentif. L’art de la guerre est beaucoup plus que cela. C’est un ouvrage empreint de sagesse et exhaustif, se distinguant par des qualités de lucidité et d’imagination qui lui assurent depuis des siècles une place de premier plan dans l’ensemble des ouvrages de référence de la littérature militaire chinoise (…)

“Sun Tzu était convaincu qu’une planification minutieuse fondée sur une information exacte concernant l’ennemi contribuerait à une solution militaire rapide (…)
” Avant les hostilités, des agents secrets détachaient de l’ennemi ses alliés et menaient un certain nombre d’activités clandestines de subversion… pendant ce temps, des espions dont l’action s’exerçait à tous les échelons appréciaient la situation de l’ennemi. Leurs rapports secrets servaient de plan de base à des plans ‘victorieux’.”

Sun Tzu a dit: “Notre invincibilité dépend de nous, la vulnérabilité de l’ennemi, de lui.”

2° Comprendre et appliquer Sun Tzu, 166 pages, Pierre Fayard, Polia Editions, 2004

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Extrait:
“Il est possible de rapprocher l’esprit de ce stratagème (celui de Sun Tzu ci-dessus cité) de la philosophie de l’Awélé, jeu emblématique du continent africain, où il n’est pas recommandé de s’emparer de l’initiative d’emblée pour conduire la partie. L’accumulation d’un potentiel de graines, initialement en partage, a pour effet de restreindre la part de l’autre, dont la marge de manœuvre s’amenuise jusqu’à ce qu’il soit acculé à subir les décisions du même.

Guerre économique sino-européenne: si l’Afrique centrale devait choisir…

In Intelligence économique, Stratégie on 17 février 2008 at 3:00

Depuis quelques années, voyant l’arrivée fracassante des Chinois dans l’économie mondiale, les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont eu de cesse d’accabler Pékin de toutes sortes de critiques: non respect des droits de l’Homme et des règles de saine concurrence, pollution atmosphérique, contrefaçon, allocation de prêts sans condition aux pays africains, soutien aux régimes autoritaires tels que le Soudan… Associations, artistes, intellectuels et politiques sont au cœur de ce dispositif de déstabilisation relayé à l’intérieur de la Chine par des dissidents, et à l’extérieur par les médias occidentaux et des réseaux d’influence sur internet. Les jeux olympiques de Pékin 2008 offrent un excellent site d’observation des manœuvres en cours contre le pays de Hu Jintao. Toute honte bue, on signe des milliards d’euros de contrats avec une Chine qui ne respecte pas les droits humains mais on refuse de jouer avec elle. L’Occident se confond. Après «Chine-États-Unis, la guerre aura-t-elle lieu ?» de Guy Spitaels on ne se pose plus la question du durcissement des affrontements économiques entre la Chine et l’Europe. L’Afrique centrale -enjeu géoéconomique dans cet échiquier grâce aux richesses stratégiques de son sous sol- pourrait opérer des choix pour le moins inattendus. Cependant, les raisons pour lesquelles elle penche pour la Chine (1) ou l’Europe (2) relèvent avant tout de son propre réveil à la face du monde.

1. La Chine et l’Afrique centrale

Dans nos précédents travaux sur la guerre économique entre la Chine et la France dans le golfe de Guinée, nous avons détaillé les principales raisons qui rapprochent presque naturellement la Chine de l’Afrique. Vous priant de vous y reporter, nous nous contenterons ici de rappeler quelques unes :

- Proximité des matrices culturelles : croyances traditionnelles et religieuses, respect des anciens, offrandes aux êtres chers sans but de corrompre leur jugement, sens de la solidarité, prééminence de la communauté sur les individus, respect des étrangers, humilité… etc. ;
- Communauté des humiliations passées et présentes: la Chine et l’Afrique n’oublient jamais qu’elles furent colonisées par les puissances occidentales. L’Afrique comme la Chine, vues d’Europe, c’est essentiellement des stéréotypes, c’est la corruption, les pandémies, l’absence de démocratie, une démographie menaçante, l’immigration illégale, l’espoir et la peur, le mystère et le connu…
- Fraternité Sud-Sud par rapport au Nord : la Chine est le modèle par excellence du pays sous-développé qui s’élève directement au rang de superpuissance mondiale avec la possibilité, dès 2040, de ravir la première place aux Etats-Unis d’Amérique. Les BRIC font rêver la CEMAC. Et la Chine y apparaît parfois comme l’Afrique jaune…

Ceux des Africains qui souffrent le plus de la présence chinoise sont davantage les petits commerçants, laminés qu’ils sont par les prix bas des produits made in China. N’étant pas constitué en association et manquant individuellement d’influence, on entend rarement ce petit peuple qui crie à mort en manifestant sur des motos chinoises. Pour tous les autres (politiques, chefs d’entreprises, collectivités locales et demain étudiants, chercheurs et sportifs…), la Chine décomplexe. Elle est source de profits, d’échanges, d’autonomie, d’audace et de changement par rapport aux anciennes puissances coloniales. Et qu’on se le dise, il n’appartient pas aux Chinois de veiller sur les intérêts africains. Loin s’en faut. Ainsi, même au contact des plus redoutables mercenaires d’affaires Chinois, l’Afrique ne sera jamais que ce que les Africains en feront. Cela étant, peut-on en dire de même en penchant pour l’Europe ? Examinons-le ensemble.

2. L’Europe et l’Afrique centrale

Le cartésianisme a fait ceci qu’en Europe, tout est étiqueté, classé et rangé dans des cases. Les Africains occupent une de ces cases avec plusieurs étiquettes dans l’imaginaire européen : de grands enfants qui ne s’enflent point d’orgueil, qui croient tout, espèrent tout, supportent tout… L’amour selon Saint Jean. On comprend que la sécurité de la pensée occidentale en dépend, au point de s’interdire de varier, de voir autrement, de reconsidérer. « Non, l’Afrique c’est comme ceci. Un point, c’est tout ! » Dommage, car l’Afrique change. Elle se métamorphose en silence, en profondeur, en fonction de sa mémoire, de ses traditions, de ses blessures, de ses richesses, de ses rêves et des autres peuples, en fonction d’hier, d’aujourd’hui, de demain. Dans ce contexte, l’Europe (et la France notamment) est perçue comme :

-Un continent de valeurs qui n’a de valeurs que les siennes. Ayant commis l’un des plus terribles crimes qu’ait connu l’humanité, l’Europe des « droits de l’Homme » s’obstine au refus de demander pardon aux peuples Noirs. Elle s’imagine qu’on oubliera ; que le temps, comme la poussière du désert levé par des vents lointains couvrira cette indicible blessure que fut l’esclavage. Erreur. Un homme oublie. Un peuple, jamais.

-Un continent qui a vu naître deux guerres mondiales en son sein et qui, malgré le tord qui précède, bénéficia de l’effort de guerre de ses alliés Africains pour se libérer d’un ennemi intra-utérin. Quelques dizaines d’années plus tard, le couple franco-allemand -moteur de l’Union européenne- est soudé comme jamais, tandis que les anciens combattants Africains continuent de raser les murs pour recevoir la même reconnaissance que leurs frères d’armes Français.
-Un continent dont les élus viennent officiellement insulter l’Afrique à Dakar, terre de nos ancêtres et berceau de l’humanité, foulant aux pieds la vénérable mémoire de Ckeik Anta Diop et des dizaines de milliers de tirailleurs qui moururent pour la Liberté.

Voilà l’Europe qui courtise les richesses de l’Afrique et met en garde contre la Chine.

Guy Gweth

Guerre économique, nouveau défi des services de renseignement en Afrique centrale

In Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité on 14 février 2008 at 9:30

Pour l’instant, l’Afrique centrale a d’autres soucis que le terrorisme islamiste, même si une veille permanente doit être entretenue pendant les quinze prochaines années sur quelques groupuscules présents sur le sol nigérian. A priori, cet important facteur conjoncturel allège -au moins pour partie- la tâche de nos services de renseignement, en regard de leurs homologues d’Afrique du nord, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Europe.

La sortie du gouvernement tchadien le 13.02.08 liant ses rebelles à Al Qaida Al Jihâd est le fruit d’une intoxication dont  certains dirigeants à N’djamena n’évaluent pas le coût sur le moment, émotion oblige. Pareille manœuvre de communication ne saurait donc être prise en compte dans le cadre d’une analyse sérieuse. En revanche, le redéploiement des forces qui découle de la tendance lourde évoquée plus haut génère une nouvelle grille de lecture et des axes stratégiques  prioritaires pour faire face à la guerre économique que subit l’Afrique centrale.

L’environnement général actuel

Au plan politique, l’existence de facteurs non négligeables tels que la pression de la communauté internationale ou la sur-médiatisation des entorses aux droits de l’Homme poussent inexorablement à la fin des régimes autoritaires. Qui plus est, il n’est pratiquement plus de lieu sur la planète où l’on puisse durablement se soustraire à la justice. Cela étant, les opposants aux régimes en place s’expriment plus ou moins librement dans l’ensemble, même si l’alternance demeure viciée. Encore que cela ne soit guère l’apanage de l’Afrique. « Le pouvoir rend fou », disait Lord Acton. Il n’est que d’observer l’exemple de la Russie. Même dans le meilleur des cas, on comprend sur le tard que les élections ne sont pas plus qu’un signe extérieur de démocratie. Du vernis. Toujours est-il que nos Services sont une fois de plus allégés, au vu des trente dernières années. Le moment est venu de transférer au monde économique l’expérience et le potentiel jadis accumulés dans le cadre des opérations autrement plus complexes.

Au plan diplomatique, l’Afrique centrale observe les atermoiements de la France, ancienne puissance coloniale, la percée chinoise, nouvelle surper-puissance mondiale, et les Etats-Unis où l’arrivée probable d’un Noir à la Maison-Blanche pourrait peut-être modifier la donne dans les rapports Afrique-Etats-Unis. Notre ouverture remplie d’humilité aux techniques et méthodes de ces trois écoles différentes, en plus de la nôtre propre, constitue également une prodigieuse source d’enseignements qui surpasse forcément chacune d’elles, prise isolément.

Au niveau plus général de la coopération internationale, les relations sud-sud restent à parfaire. L’Union Africaine est une priorité qui n’arrive pas encore à annihiler les querelles de leadership inter-étatiques. C’est un fait que les opérateurs privés doivent prendre la main dans la construction d’une Afrique des Nations. « Si nous ne combattons pas ensemble comme des frères, disait Martin Luther King, nous mourrons ensemble comme un troupeau. » Cela n’a jamais été plus vrai. L’ouverture à l’Amérique latine -qui nous est proche par sa matrice culturelle, sa situation actuelle et ses nombreux combats- est aussi un objectif stratégique important.

Au niveau social, de nombreuses infrastructures de base restent attendues (Routes, écoles, hôpitaux…) L’Afrique centrale demeure un nid fertile pour les grandes endémies ainsi que les expérimentations médicales de tous ordres. Si nos États ne prennent pas de véritables mesures de sécurité publique, quantité d’hommes, de femmes et d’enfants vont disparaître. La population pauvre d’Afrique Noire fait peur aux pays développés. « La bombe P » dont parlait Thomas Malthus gronde et frappe à ses portes, mais  l’Occident ne veut et ne peut les accueillir. Des solutions doivent donc être trouvées. Mais pouvons-nous laisser aux autres le soin de décider pour nous ? C’est le rôle des soldats de défendre la patrie. Et pour cela, il lui faut des yeux et des oreilles qui sondent au loin l’ennemi, prévient le grand-maître chinois, Zun Tsu.

Dans la sphère des technologies de la communication, la démocratisation d’internet est aussi urgente pour notre décollage économique que la construction des routes et hôpitaux. Notre dépendance partielle à la France doit être palliée par le renseignement humain (Humint) par ailleurs plus adapté à notre matrice culturelle, en attendant de nous doter de nos propres infrastructures comme le fait déjà le Nigeria avec l’aide des Chinois. D’un autre côté, sans attenter à leur liberté sacrée, les médias régionaux (publics et privés) devront être sensibilisés d’une manière ou d’une autre aux vertus de l’intelligence collective et du patriotisme économique. Quant aux médias des grandes puissances, seules des stratégies asymétriques de guerre de d’information, via internet notamment, pourront venir à bout du marketing noir qu’ils ne cessent de faire de l’Afrique. C’est un combat long mais avec une possible victoire à la clé.

Pour ce qui est de la sécurité commune de nos périmètres nationaux réciproques, il appert désormais que la prétendue intangibilité des frontières issues de la colonisation a été un piège, au vu de l’évolution actuelle du monde. Le vieil adage « diviser pour mieux régner» hélas perdure. Il nous faut éliminer la méfiance mutuelle et favoriser la libre circulation des biens et des personnes dans la zone CEMAC. Ce n’est pas un discours. C’est le cœur profond de nos populations qui bat ainsi. Si nous sommes un seul et même peuple, alors agissons à l’unisson. Et maintenant!

Par ailleurs, une grande guerre commence avec l’usage du golfe de Guinée comme point de passage pour les trafiquants de drogue. La sécurisation de ce périmètre à brève échéance par l’ensemble des pays de la région est primordiale. Nos services secrets saisiront parfaitement les contours de la déstabilisation en cours si, en plus des pandémies, des conflits larvés et de la pauvreté, nos populations doivent aussi souffrir de dépendance aux stupéfiants. Deo gracias nos hommes et femmes, surtout les plus jeunes y résistent de manière étonnante.

La société civile, mise en vogue au début de la décennie 90 par les Nations Unies est devenue un univers à surveiller de très près. Nos Etats doivent rapidement légiférer sur l’origine et la traçabilité de leurs sources de financement. Les contrôles de moralité doivent être institués pour leurs dirigeants. Le sondage des réseaux associatifs Nord-Sud est bourré d’enseignements. L’univers des ONG reste une formidable mine informationnelle. Mais il faut pouvoir remonter à la source, apprendre et comprendre qui tire les ficelles dans l’ombre, à quelle cadence, de quelle manière et pour quelles fins. L’air de rien, l’humanitaire et l’aide aux ONG du Sud autant que les religions et leurs prophètes, sont plus que jamais la continuation de la politique étrangère des puissances par d’autres moyens.

L’écologie est le nouveau champ de normalisation sur lequel entend surfer le monde occidental après plus d’un siècle de pollution industrielle sans relâche. L’Afrique n’a ni les moyens de payer pour les autres ni d’hypothéquer son décollage industriel. Du coup, la surveillance de nos merveilleuses réserves forestières devient un enjeu stratégique au même titre que la veille sur les technologies vertes. En sus, les pays pauvres doivent engager un lobbying intensif pour que les riches pollueurs d’hier paient leurs dommages aujourd’hui si l’on souhaite remettre les compteurs à zéro…

Dans la sphère économique, la croissance de l’Afrique augmente (5,8% en 2007) mais l’assiette de nos économies reste modeste (moins de 5% ) au niveau mondial. Le richissime sous-sol d’Afrique centrale est doré (Or, or noir, or bleu, or vert…) C’est un théorème. Et les puissances citées plus haut ont besoin de nos matières premières. Elles sont prêtes à tout pour les obtenir. Y compris la corruption et la création des associations de lutte contre la corruption. Il nous faut crever l’abcès. Nos lignes de défense sont fragiles. Beaucoup de frères et sœurs sont passés à l’ennemi. Parfois à leur insu. Le tissu local est laminé par les commerçants étrangers qui ont juré de gagner leur part d’Afrique au détriment des populations locales. La jeunesse est à la déroute, prête au sacrifice suprême. Le soleil brille sans éclairer l’avenir. L’heure du grand combat a donc sonné. Nous sommes David face à Goliath. La guerre économique fait rage. Et parce que nous ne pouvons tomber plus bas, nos services de renseignements doivent être à la pointe de ce nouveau combat, par tous les moyens éthiques possible, mais à leur propre manière, pour paraphraser  le stratège Israélien David Ben Gourion.

Dix axes stratégiques prioritaires en découlent qu’il serait bien naïf de développer ici :

1- Instaurer un service de défense économique obligatoire pour tous les jeunes de 18 ans ;

2- Encourager les échanges d’étudiants, de chercheurs et de religieux… avec des pays ayant des intérêts économiques et militaires importants dans la sous-région ;

3- Susciter des vocations d’agents de renseignement économique notamment en direction des jeunes ayant des profils de techniciens adaptés aux critères de « l’immigration choisie » ;

4- Accroître jusqu’à 60% au moins la part d’enseignement des NTIC et l’informatique en particulier, ainsi que le coefficient des modules de langues étrangères (anglais, arabe et chinois… ) et de dialectes locaux dans les cursus de formation des officiers;

5- Relooker l’image des services de renseignements, initier et exécuter des plans marketing et de communication à l’intention du public en général, du monde des affaires et de la culture en particulier (ex:  réalisation de films, construction de sites internet, création et participation aux think-tank…) ;

6- Mettre en place des stratégies de combats asymétriques inspirées de nos traditions guerrières ancestrales, en association directe avec le monde des entreprises nationales et celles de la diaspora ;

7- Consacrer des unités d’élites entières à la guerre économique au sein des armées nationales ainsi qu’un budget conséquent (ad minima 40 à 45% du budget des services de renseignement) ;

8- Acquérir conséquemment du matériel technologique de pointe, d’origine, de fabrication et de fonctionnement variés ;

9- Participer à l’instauration d’une culture d’intelligence collective ;

10- Brandir des trophées pour reconquérir la confiance des populations et canaliser leurs émotions vers l’unique combat qui vaille la peine : l’Afrique debout.

Guy Gweth

Le poids stratégique des gisements d’hydrocarbures africains dans l’économie mondiale

In Intelligence économique, veille on 13 février 2008 at 8:56

Economiquement, l’Afrique ne s’est jamais aussi bien portée depuis la décolonisation. On a même de nombreuses raisons de croire possible, à terme, un décollage du continent le plus pauvre de la planète. Depuis 2000, sa croissance économique n’a pas été inférieure à 5% par an. En 2007, plus d’une vingtaine de pays, sur la cinquantaine que compte le continent, ont dépassé ce taux. L’analyse de Yasmine B. in Mondialisation.ca.

Ces performances encourageantes sont essentiellement le fait des pays exportateurs de matières premières, pétrole en tête. L’or noir et tous les minerais dont l’Afrique regorge, de la bauxite au cuivre en passant par le fer, le manganèse et le platine, ont vu leurs prix presque tripler en cinq ans grâce à l’explosion des besoins des pays émergents, dont la Chine et l’Inde.

Cette situation, même si elle augure de bons présages, reste toutefois à prendre avec prudence. En effet, au lendemain du premier choc pétrolier, en 1973, l’Afrique avait déjà connu pareille période d’euphorie avant d’être rattrapée par ses vieux démons. Les cures d’austérité imposées par le FMI l’avaient plongée dans deux décennies de marasme. En clair, l’Afrique “utile” se résume désormais à ses gisements d’hydrocarbures. Et les défis qui se profilent à l’horizon consistent en les capacités du Continent noir à capitaliser cette ressource pour insuffler la dynamique à même de réaliser le développement du continent le plus pauvre de la planète. D’autant que pour nombre d’observateurs, le pétrole africain constitue un filet de sécurité pour l’économie mondiale. En effet, le brut africain, réputé d’excellente qualité car léger et donc facile à raffiner, attise toutes les convoitises. Les réserves avérées du continent oscillent entre 80 et 100 milliards de barils, soit 7 à 9% des réserves mondiales. Or, pour l’heure, le continent produit 9 millions de barils par jour, dont près de 5 dans la seule région du golfe de Guinée.

Une étude du FMI, datée de 2005, sur l’émergence du golfe de Guinée dans l’économie mondiale, estime que “les pays producteurs d’Afrique génèreront entre 2002 et 2019, 350 milliards de dollars de revenus grâce au pétrole, c’est-à-dire plus que le PIB actuel de la Russie et près du PIB total actuel de l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne”. Et encore, ces projections prudentes ont été faites sur la base d’un baril à 25 dollars… alors qu’il dépasse les 90 dollars ces derniers temps.

Bon nombre d’experts estiment, en outre, que le continent est loin d’avoir révélé tout son potentiel. “L’Afrique de l’Ouest est l’une des sources de croissance de la production de gaz et de pétrole parmi les plus rapides au monde“, soulignait le département de l’Energie américain. La Mauritanie, le Mali et le Niger figurent désormais au rang des producteurs d’or noir en Afrique. C’est un véritable boom pétrolier qui se produit et une chance unique pour le continent, englué dans la pauvreté, de changer son destin. L’Afrique a l’ambition de ne pas rester le continent le plus pauvre alors qu’elle est l’une des régions les plus richement dotées du monde”, a souligné le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, lors du 10e sommet de l’UA consacré au thème du “développement industriel de l’Afrique.

Protégé : Dix clés pour comprendre les enjeux de l’intelligence économique en Afrique

In Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité on 10 février 2008 at 10:15

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Guerre économique & géostratégie: la nouvelle course à l’Afrique des Etats-Unis

In Guerre économique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité on 10 février 2008 at 10:14

S’il y a un Nouveau Grand Jeu en cours en Asie, il y a aussi une nouvelle “Course à l’Afrique” de la part des grandes puissances. The National Security Strategy of the United States de 2002 déclarait que le “combat contre le terrrorisme mondial » et la nécessité d’assurer la sécurité énergétique des USA requéraient des USA qu’ils augmentent leur engagement en Afrique et appelaient à une « coalition volontaire » pour établir des arrangements sécuritaires sur ce continent. Peu après, le Commandement US d’Europe, basé à Stuttgart, en Allemagne -et chargé des opérations militaires U.S. en Afrique subsaharienne -a augmenté ses activités en Afrique de l’Ouest, se centrant sur les pays ayant d’importantes productions ou réserves de pétrole dans ou autour du Golfe de Guinée (en gros de la Côte d’Ivoire à l’Angola). Le Commandement militaire US pour l’Europe consacre maintenant 70% de son temps aux affaires africaines, alors qu’elles avaient une part insignifiante encore en 2003.

Comme l’a remarqué Richard Haass, actuellement président du Conseil sur les Relations étrangères, dans sa préface au rapport publié par le Conseil en 2005 sous le titre Plus que de l’humanitarisme : une approche stratégique US de l’Afrique [More Than Humanitarianism: A Strategic U.S. Approach Toward Africa]: “À la fin de la décennie, l’Afrique subsaharienne est susceptible de devenir une source d’importations énergétiques US aussi importante que le Moyen-Orient.» L’Afrique de l’Ouest dispose de quelques 60 milliards de barils de réserves pétrolières avérées. Son pétrole, à faible teneur en soufre, est un brut doux fort apprécié par l’économie US. Les agences et les boîtes à idées US prévoient qu’un baril de pétrole sur cinq entrant dans le circuit économique mondial dans la deuxième moitié de cette décennie viendra du Golfe de Guinée et que la part provenant du Golfe de Guinée dans les importations US passera de 15 à 20 % en 2010 et à 25% en 2015. Le Nigeria fournit déjà 10% du pétrole importé par les USA. L’Angola en fournit 4% et sa part devrait doubler d’ici la fin de la décennie. La découverte de nouvelles réserves et l’expansion de la production pétrolière sont en train de faire d’autres pays de la région des exportateurs importants de pétrole, notamment la Guinée équatoriale, São Tomé et Principe, le Gabon, le Cameroun et le Tchad. La Mauritanie deviendra un exportateur de pétrole en 2007. Le Soudan, limité par la Mer rouge à l’Est et le Tchad à l’Ouest, est un important producteur de pétrole.

À l’heure actuelle, la principale base militaire permanente US en Afrique est celle établie à Djibouti, dans la Corne de l’Afrique, qui permet aux USA le contrôle stratégique de la route maritime qu’emprunte un quart de la production pétrolière mondiale. La base de Djibouti est aussi à proximité du pipeline soudanais (les militaires françaises ont depuis longtemps une présence militaire importante à Djibouti ainsi qu’une base aérienne à Abéché, au Tchad, près de la frontière soudanaise). La base de Djibouti permet aux USA de dominer l’extrémité orientale de la vaste bande pétrolière traversant l’Afrique, qui est désormais considérée comme vitale pour leurs intérêts stratégiques – une vaste bande allant du pipeline Higleig-Port Soudan (1600 km) dans le sud-est au pipeline Tchad-Cameroun (1000 km) et au Golfe de Guinée dans l’Ouest. Un nouveau poste d’opérations avancées en Ouganda donne aux USA la possibilité de contrôler le sud-Soudan, où se trouve la plus grosse patrie du pétrole soudanais.

En Afrique de l’Ouest, le Commandement militaire US pour l’Europe a désormais établi des postes d’opérations avancées au Sénégal, au Mali, au Ghana et au Gabon-ainsi qu’en Namibie, à la frontière avec l’Angola, au Sud – qui impliquent l’amélioration de pistes aériennes, le stockage de réserves essentielles et de carburant ainsi que des accords (avec les gouvernements locaux) permettant le déploiement rapide de troupes US. En 2003 a été lancé un programme de contreterrorisme en Afrique de l’Ouest et en mars 2004, des Forces spéciales US ont été directement engagées dans une opération militaire avec des pays du Sahel contre le groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui figure sur la liste des organisations terroristes dressée par Washington. Le Commandement US pour l’Europe est en train de développer un programme de sécurité côtière dans le Golfe de Guinée appelé la Garde du Golfe de Guinée. Il prévoit aussi la construction d’une base militaire navale US à São Tomé et Principe, qui selon, le Commandement US, pourrait rivaliser avec la base navale de Diego Garcia dans l’Océan indien. Le Pentagone est donc est en train de se mouvoir agressivement pour établir une présence militaire dans le Golfe de Guinée qui permettra le contrôle de la partie occidentale de la route transafricaine du pétrole et les réserves vitales de pétrole qui y ont été découvertes. L’Opération Flintlock (“Pistolet à pierre”), une manœuvre militaire de mise en route, a impliqué en 2005 1000 membres des Forces spéciales US. L’été prochain (2006), le Commandement pour l’Europe va conduire des manœuvres de sa nouvelle force de réaction rapide pour le Golfe de Guinée.

Ici, les canons suivent le commerce : les grandes entreprises pétrolières US et occidentales sont prises dans une course au pétrole ouest-africain et réclament de la sécurité. Selon le Wall Street Journal du 25 avril 2006, le Commandement militaire US pour l’Europe est en train de travailler avec la Chambre de Commerce US pour étendre l’emprise des entreprises US en Afrique dans le cadre d’une « réponse US intégrée. » Dans cette course économique aux ressources pétrolières africaines, les anciennes puissances coloniales, la Grande-Bretagne et la France, sont en compétition avec les USA. Mais sur le plan militaire, elles collaborent étroitement avec les USA pour assurer le contrôle impérial occidental sur la région.

L’escalade de la présence militaire US en Afrique est fréquemment justifiée par la nécessité de combattre le terrorisme et de contrer une instabilité croissante dans la région pétrolière de l’Afrique subsaharienne. Depuis 2003 le Soudan a été ravagé par une guerre civile et un conflit ethnique concentrés dans la région du Darfour, au sud-ouest (où se trouve une grande partie du pétrole soudanais), qui ont donné lieu à d’innombrables violations des droits humains et des massacres par des milices liées au gouvernement de populations de la région. Des tentatives de coups d’État ont eu lieu dans les nouveaux pétro-États de São Tomé et Principe (2003) e de Guinée équatoriale (2004). Le Tchad, dirigé par un régime brutalement oppressif protégé par un appareil de sécurité et de renseignements appuyé par les USA, a aussi vécu une tentative de coup d’État en 2004. Un coup d’État réussi a eu lieu en 2005 en Mauritanie contre l’homme fort soutenu par les USA Maaouiya Ould Taya. En Angola, la guerre civile a duré trois décennies – provoquée et alimentée par les USA, qui, avec l’Afrique du sud, ont organisé l’armée terroriste dirigée par l’UNITA de Jonas Savimbi – jusqu’au cessez-le-feu qui a suivi la mort de Savimbi en 2002. Au Nigeria, pays hégémonique dans la région, règnent la corruption, les révoltes et le vol organisé de pétrole, avec des parts considérables de la production pétrolière du delta du Niger qui sont siphonnées – jusqu’à 300 000 barils par jour au début de 2004. (16) L’apparition d’une insurrection armée dans le delta du Niger et le conflit potentiel entre le Nord musulman et Sud non musulman sont des sources majeures d’inquiétude US.

Il y a donc des appels incessants, avec un flot de justifications douteuses, à des « interventions humanitaires » US en Afrique. Le rapport du Conseil pour les Relations étrangères More than Humanitarianism insiste sur le fait que “les USA et leurs alliés doivent être prêts à prendre les mesures appropriées pour agir » au Darfour, au Soudan, « y compris des sanctions et, si nécessaire, une intervention militaire, si le Conseil de sécurité est bloqué pour le faire. » Parallèlement, l’idée que les militaires US pourraient être amenés avant longtemps à intervenir au Nigeria a été fortement agitée parmi les sommités et dans les cercles d’experts. Le correspondant de l’Atlantic Monthly Jeffrey Taylor écrivait en avril 2006 que le Nigeria était devenu “le plus grand État failli sur terre“, et qu’une poursuite de la déstabilisation de cet État ou son passage sous la coupe de forces islamiques radicales mettrait en danger « les importantes réserves pétrolières que l’Amérique a juré de protéger. Si ce jour devait arriver, cela donnerait le signal d’une intervention militaire bien plus massive que la campagne d’Irak. »

Mais les adeptes de la grande stratégie US s’accordent à penser que les vrais enjeux ne sont pas les pays africains en soi et le bien-être de leurs populations, mais le pétrole et la présence croissante de la Chine en Afrique. Comme le Wall Street Journal l’a écrit dans “L’Afrique émerge comme champ de bataille stratégique” (“Africa Emerges as a Strategic Battlefield”), « La Chine a fait de l’Afrique une ligne de front dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, triplant son commerce avec le continent , qui est passé à $37 milliards ces cinq dernières années, verrouillant les ressources énergétiques, concluant des accords commerciaux avec des régimes comme celui du Soudan et éduquant les futures élites africaines dans les universités et écoles militaires chinoises » Dans More than Humanitarianism, le Conseil pour les relations étrangères décrit le menace principale comme venant de la Chine : ” La Chine a altéré le contexte stratégique en Afrique. À travers toute l’Afrique, aujourd’hui, la Chine est en train d’acquérir le contrôle sur des ressources naturelles, éliminant les fournisseurs occidentaux des principaux projets de construction d’infrastructures et fournissant des prêts à bas taux et autres stimulants pour améliorer son avantage dans la compétition. » La Chine importe plus d’un quart de son pétrole d’Afrique, en premier lieu d’Angola, du Soudan et du Congo. Elle est le premier investisseur étranger au Soudan. Elle a fourni au Nigeria d’importantes subventions pour augmenter son influence et lui a vendu des avions de chasse. La plus grande menace, du point de vue des grands stratèges US, est venue du prêt à bas taux de 2 milliards de $ à l’Angola en 2004, qui a permis à l’Angola de résister aux exigences du FMI qu’il remodèle son économie et sa société selon des critères néolibéraux.

Pour le Conseil pour les relations étrangères, tout cela ne fait qu’aggraver la menace qui pèse sur le contrôle impérialiste occidental de l’Afrique. Vu le rôle de la Chine, écrit le Conseil dans son rapport, « les USA et l’Europe ne peuvent pas considérer l’Afrique comme leur chasse gardée, comme les Français voyaient autrefois l’Afrique francophone. Les règles sont en train de changer dans la mesure où la Chine cherche non seulement à accéder aux ressources, mais aussi à contrôler la production et la distribution de ressources, et peut-être même à se positionner pour obtenir un accès prioritaire à ces ressources, qui deviennent plus rares ». Le rapport du Conseil sur l’Afrique est tellement soucieux de combattre la Chine par le biais de l’expansion militaire US dans la région qu’il fait appel à nul autre que Chester Crocker, ancien secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines de l’administration Reagan , qui exprime sa « nostalgie mélancolique pour l’époque où les USA où l’Occident étaient les seuls puissances influentes et pouvaient poursuivre leurs… objectifs avec les mains libres. »

Ce qui est certain, c’est que l’Empire US s’est élargi à des parties de l’Afrique dans sa recherche rapace de pétrole. Il pourrait en résulter des ravages pour les peuples africains. Comme la vieille course à l’Afrique, cette nouvelle course est une lutte entre grandes puissances pour les richesses et le pillage – pas pour le développement de l’Afrique ou le bien-être de ses populations.

John B. Forster

L’Afrique ne craint pas la récession américaine

In Intelligence économique, Prospective, veille on 7 février 2008 at 9:08

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Décryptage d’Alain Faujas in Jeune Afrique n°2453

Depuis le début de cette nouvelle année, le monde retient son souffle face à des Etats-Unis dont l’économie vacille. En décembre 2007, le taux de chômage y a bondi de 4,7% à 5%, son plus haut niveau depuis deux ans, et l’inflation menace avec un rythme annuel qui dépasse les 3,5% (…)
Les risques de dépression américaine étant de 50-50 selon la plupart des experts, les autres pays redoutent la contagion, et ils ont raison car les Etats-Unis demeurent la locomotive du commerce mondial. S’ils tombaient malades, il y a gros à parier qu’ils achèteraient moins de pétrole et de cuivre à l’Afrique, moins de portables et de chaussures au Sud-est asiatique, moins de jouets à la Chine, moins d’Airbus à l’Europe, raréfiant les rentrées de devises et bloquant le pouvoir d’achat de ces fournisseurs. Sombre perspective pour tous les pays qui ont réalisé des investissements lourds pour satisfaire la demande américaine en matière de minerais et de produits de grande consommation… perspective d’autant plus sombre que, une fois le cercle vicieux de la récession enclenchée, il est très difficile d’en sortir, la paralysie des uns aggravant l’anémie des autres pays.

Henry Paulson, le secrétaire d’Etat américain au Trésor a affirmé le 7 janvier dernier: “même si la croissance a considérablement ralenti en 2007, notre économie est résistante et je prévois qu’elle continuera de croitre”. Mais c’est de la Banque Mondiale qu’est venu le message le plus optimiste: ” Les économies en développement amortiront l’impact du ralentissement de l’activité dans les pays riches en 2008″, lit-on dans son rapport annuel sur les perspectives économiques mondiales de l’année qui commence (…)

Toutes les zones seront affectées par une moindre croissance sauf deux: d’une part, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord où la flambée des prix d’hydrocarbures garantit des recettes abondantes et une accélération de la croissance de 4,9% en 2007 à 5,4% en 2008; d’autre part, l’Afrique subsaharienne qui bondira de 6,1% à 6,4 en 2008 . Pour la première fois, cette Afrique ignorée de la mondialisation approche les performances des dragons asiatiques (…) Il n’est que de voir la compétition à laquelle se livrent Chinois, Indiens et Occidentaux pour pénétrer ses marchés et investir dans ses mines. L’Afrique contribuant à soutenir la croissance économique mondiale flageolante, qui l’eût cru?

L’Afrique francophone gagnée par la délocalisation des services

In Benchmarking, Intelligence économique, Stratégie, veille on 6 février 2008 at 7:55

Grâce à l’amélioration de télécommunications, le continent africain devient une alternative intéressante pour les entreprises européennes qui cherchent à délocaliser des services.

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Intelligence Economique, réponse en temps utile à des besoins précis

In Intelligence économique, Stratégie, veille on 6 février 2008 at 7:29

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Par Francis Beau, Consultant, ancien marin, ingénieur et diplomate

NB: cet article vient à la suite de celui intitulé “L’exploitation de l’information utile, face cachée du renseignement” publié le 03 février 2008. Les deux textes sont absolument complémentaires.

Les méthodes et les techniques qui permettent de favoriser ou de garantir la compréhension (synthèse), la perception (argumentation), la précision (analyse), la disponibilité (recueil) ou la véracité (recoupement) du renseignement, sont bien connues. Elles sont aussi vieilles que le métier lui-même et, l’augmentation des volumes d’information pas plus que les nouvelles technologies qui s’y rattachent n’en bouleversent fondamentalement les principes. Seules les techniques de recueil (recherche) ont considérablement évolué avec la numérisation croissante de l’information, réduisant d’autant la part de la recherche traditionnelle dans la panoplie du renseignement. Même si l’augmentation perpétuelle des volumes à traiter impose en permanence d’améliorer les performances des outils de recherche, ces nouvelles techniques sont dans l’ensemble bien maîtrisées. En revanche, dans un environnement caractérisé par une complexité croissante et des contraintes de temps imposant une réactivité accrue, la réponse utile en temps voulu est d’autant plus délicate à assurer que le besoin est difficile à exprimer en raison de l’augmentation des volumes et de la richesse des informations disponibles et nécessaires à la décision (…)

La “banque de connaissances”, interface essentielle entre producteurs et consommateurs de renseignements

Pour maîtriser le cycle du renseignement avec la réactivité imposée par un nouvel environnement caractérisé par son imprévisibilité, tous les consommateurs de renseignements qui sont souvent en même temps des producteurs de données, d’informations, de savoirs et de connaissances ont bien compris la nécessité de disposer de méthodes pratiques originales, adaptées au travail collectif et fondées sur une capitalisation et un partage dynamiques des connaissances en réseau tout en respectant les besoins d’en connaître de chacun. Les expériences de travail collectif (ou collaboratif) en réseau se multiplient, mais elles se heurtent toutes à des difficultés majeures d’organisation pour garantir à tous les utilisateurs ayant besoin d’en connaître (et à eux seuls) les réponses en temps utile à leurs besoins.

Une solution prometteuse passe par la mise en œuvre de techniques communes de rédaction et de “présentation” des connaissances en ligne reposant sur un ordonnancement commun, logique et répétitif des données, adapté à l’analyse de systèmes complexes comme à la synthèse des informations qui en résultent pour répondre à tous les besoins de renseignements relatifs aux systèmes concernés. Cette organisation de la présentation des connaissances en “dossiers systémiques” est doublée d’un rangement physique des documents, répondant à une tout autre logique destinée à gérer finement la “visibilité” à donner à chaque “bloc” de données, d’informations ou de connaissances. L’ensemble repose sur l’utilisation d’outils de bureautique classiques, simplement configurés pour faciliter la création et l’alimentation des “dossiers” de présentation (liens hypertextes) par les analystes eux-mêmes et le rangement physique des documents pour la gestion du “besoin d’en connaître”. La “banque de connaissances” ainsi constituée permet un dialogue quasi-direct et en toute sécurité entre fournisseurs et consommateurs d’informations, assurant l’adéquation entre le produit et le besoin[...]

L’ Intelligence économique… expliquée à ma Grand-Mère

In Intelligence économique, Lettres à ma Grand-Mère, veille on 3 février 2008 at 3:33

Chère Grand-Mère,

J’espère que tu vas bien. Pour ma part, j’ai gardé le lit durant presque tout le weekend. Mes téléphones, fax et radio sont restés ouverts. Chaque nouvelle qui m’arrive du Tchad me rend malade. La quantité de larmes qui me reste suffit tout juste au fonctionnement oculaire. Urgence faisant droit, tu comprendras que je ne revienne sur l’Ecole africaine d’intelligence économique que la semaine prochaine.

Alors que les nations modernes se battent sur le terrain de l’économie, voici que derechef, N’djamena se couvre de bruits de bottes. Notre Tchad ne fabrique pourtant pas d’armes. Elles sont toutes produites par les pays riches. Ceux qui siègent -avec droit de véto- au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette ONU qui est garante de la paix mondiale! Je sais combien de fois il t’est venu l’envie de quitter la terre devant tant d’absurdités. Et cependant, crois-moi, tu serais bien trop jeune au Ciel.

Chère Mamy, l’Afrique centrale est en grande peine en ce moment à Paris. Vendredi dernier, un copain journaliste m’a faxé une liste de biens appartenant aux chefs d’Etat africains en France. De quoi retourner le contribuable africain. Mais c’est du réchauffé. De la déstabilisation informationnelle. Du Clearstream version tropicale. Un classique. Devant pareille situation, mon grand maître en Infoguerre, Christian Harbulot, dit toujours: ” Première chose: faire trois pas en arrière… Reconsidérer la situation dans sa globalité. Recenser les 10 derniers cas en la matière. Les gens ont tendance à se répéter. Il faut en avoir conscience…” Ces fameux trois pas en arrière ont vocation à donner du recule. Le recule qui révèle l’objectif stratégique sous-jacent à une opération de déstabilisation. C’est à dire le but du non-dit. L’inconnu qui fait se mouvoir le connu, l’information ou le procès, côté pile. Ou côté face.

Le code génétique de la déstabilisation par l’information nous renseigne qu’il s’agit généralement d’un couteau à double tranchants. A manipuler avec grande précaution dans le nouvel ordre informationnel mondial. Car si les rapports d’enquête sur la fortune de certains politiques européens en Afrique devaient être publiés, l’opinion publique serait sans doute en émoi. N’est-ce pas toi, Grand-Mère, qui me rappela un jour que Nicolas n’avait que 13 ans lorsque Omar Bongo accéda à la magistrature suprême à Libreville?

Tu es ma préférée, Mamy!

Ton petit Guy

L’exploitation de l’information utile, face “cachée” du renseignement

In Intelligence économique, Stratégie, veille on 3 février 2008 at 3:33

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Par Francis Beau, Consultant, Ancien Marin, Ingénieur et Diplomate

Accompagnant la révolution technologique en cours, l’économie de l’information a engendré le concept d’intelligence économique dont certains déplorent parfois la “face cachée” qui s’apparenterait à de l’espionnage industriel. Le renseignement reste en effet le plus souvent assimilé à l’espionnage, sa forme la plus ancienne qui a la faveur des romanciers et occupe toujours, en raison de son côté spectaculaire, le devant de la scène médiatique. L’exploitation de l’information utile, activité certes moins haute en couleur mais fonction ô combien essentielle du renseignement, s’en trouve ainsi totalement occultée au point que, paradoxalement, c’est elle qui en devient la véritable zone d’ombre du dispositif. Elle constitue pourtant, bien plus que l’espionnage ou toute autre forme d’action clandestine ou illicite, l’aspect du renseignement le plus utile et le plus moderne dans notre société de l’information en plein développement.

L’exploitation du renseignement est l’art d’extraire, de produire et de travailler l’information utile pour la rendre accessible à tous ceux qui en ont l’usage. Cette “industrie” au sens premier du terme a dû s’adapter très rapidement à la société de l’information émergente et à la révolution technologique qui l’accompagne pour traiter des volumes et des flux en très forte augmentation. C’est désormais une activité à laquelle s’attachent de nombreuses pratiques nouvelles qui restent à formaliser, des méthodes innovantes qu’il faut théoriser, des savoir-faire à approfondir et à enseigner et des métiers nouveaux à définir. En un mot, il s’agit d’une véritable discipline à fort potentiel d’innovation, qu’il faut mettre sur pied et développer sur le plan de la recherche, de l’enseignement, de la formation, des méthodes et des procédés. C’est autour de cette discipline que pourra s’organiser l’indispensable profession dont la nouvelle société de l’information et son économie ont le plus grand besoin pour éviter l’anarchie et les développements désordonnés qui ne manquent jamais de se produire dans une communauté de pratiques sans cadre structuré.

Renseigner, c’est enseigner (instruire, indiquer) quelque chose en réponse à une demande. Un renseignement est donc, à première vue, une information estimée pour sa pertinence à l’égard d’une question posée. Mais le mot information, souvent employé comme ici de manière générique, regroupe en réalité tout un ensemble de nuances qui, à partir des faits et des données, se déclinent en informations, savoirs et connaissances pour aboutir, comme on le voit, au renseignement.

La bonne question à se poser pour faire le tri dans tout ce vocabulaire et en distinguer les nuances, c’est celle du critère essentiel de qualité :

- Un fait n’existe que s’il est avéré ; on dira que sa qualité essentielle est d’être avéré.

- Une donnée existe indépendamment de la véracité du fait qu’elle traduit, mais si elle n’est pas disponible, ce n’est plus une donnée mais une inconnue ; on dira que sa qualité essentielle est d’être “donnée” ou disponible ou encore accessible.

- Une information peut être fausse ou inaccessible, mais, si elle n’est pas porteuse d’une signification précise (signifiante), ce n’est plus une information ; on dira que sa qualité essentielle est d’être précise ou signifiante ou encore porteuse de sens.

- Un savoir peut être faux, inaccessible ou, s’il est trop imprécis pour signifier quelque chose de particulier, ne pas être une information, mais s’il n’est pas perçu et mémorisé, ce n’est plus un savoir ; on dira que sa qualité essentielle est d’être perceptible (concevable) et mémorisable.

- Une connaissance peut être erronée, inaccessible, ne rien signifier ou ne pas être formellement mémorisée, mais si elle n’est pas compréhensible, si, agrégée à d’autres éléments, elle ne se traduit pas en termes permettant la décision et l’action, elle n’a plus rien d’une connaissance ; on dira que sa qualité essentielle est d’être compréhensible.

- Un renseignement, enfin, peut être faux, inaccessible, sans signification, inconcevable ou incompréhensible, mais s’il ne répond pas à une demande, ce n’est plus un renseignement ; on dira que sa qualité essentielle est de répondre à une demande.

Un renseignement est donc, par essence, l’exposé de faits répondant à un besoin. Pour être bon, le renseignement doit correspondre à des faits avérés, accessibles (données), précis ou porteurs de sens (informations), concevables ou mémorisables (savoirs) et compréhensibles tous ensemble. Néanmoins, le travail théorique sur le renseignement qu’il est désormais important de mener doit s’intéresser prioritairement (essentiellement) à ce qui contribue à garantir sa qualité essentielle qui est de répondre en temps voulu à la demande. Que les faits soient ou non avérés, accessibles, précis, mémorisables ou compréhensibles, importe peu dans ce travail. Celui-ci doit se focaliser sur le seul problème véritablement essentiel qui est de répondre en temps utile au besoin afin que le renseignement élaboré mérite tout simplement son nom.

Intelligent quiz entre Vous & Nous

In Intelligence économique, Intelligent quiz, Non classé, veille on 1 février 2008 at 8:54

Chères lectrices, chers lecteurs,

Depuis la création de ce blog le 15 janvier 2008, vous avez été des milliers à nous lire (Cf. Statistiques de WordPress.com ci-en haut, sur votre droite). Cela nous encourage et nous oblige. D’autant plus que ce chiffre ne prend guère en compte la fréquentation de notre version espagnole par nos amis de la communauté hispanique, ni la version anglaise par nos lecteurs anglo-saxons. Merci à tous !

Depuis lors, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, vous n’avez eu de cesse de nous témoigner votre soutien à travers vos nombreux courriers. Certains parmi vous nous questionnent au quotidien. Le temps qui nous est imparti ne nous offre que l’opportunité de vous répondre à un moment précis. A l’occasion de notre quinzième jour d’existence, nous avons donc regroupé vos préoccupations en cinq points pour tenter de répondre à tous, et à chacun. Dans l’avenir, ce Quiz Intelligent semestriel, voire annuel si vous le voulez bien.

Question : Etes-vous un espion des temps modernes?

Guy Gweth : Si je l’étais, je vous le dirais (!) Je n’en suis pas un. Hélas. Plus sérieusement, l’information blanche, celle dont mes collègues et moi nous servons représente plus de 90% de la masse informationnelle disponible. Pourquoi espionner quand il suffit d’observer, de collecter, de recouper, de vérifier, d’analyser et de fructifier le renseignement ainsi obtenu au profit de cette Afrique magnifique, riche et jeune… dans laquelle tout reste à construire.

Question : Dans certains de vos articles on pense que vous êtes proche des pouvoirs politiques en place dans la CEMAC. Dans d’autres articles, on dirait que vous êtes plutôt un opposant. Qu’en est-il exactement ?

Guy Gweth : Les politiques passent, les nations demeurent. De même qu’il est mal aisé pour une armée nationale de prendre des positions politiques, de même serais-je fort mal inspiré de m’aligner sur X ou Y. Au contraire, dans l’intérêt de nos pays, il m’importe d’être en bonne intelligence avec les divers courants. Le développement économique de la zone CEMAC est mon unique motivation.

Question : Comment faites-vous pour accepter les missions de leaders qui ne respectent pas les droits de l’Homme alors que vous avez-vous même été un fervent défenseur de droits humains ?

Guy Gweth : Défenseur des droits de l’Homme, je le suis toujours ! Le vrai problème à résoudre est celui du décollage économique de la zone CEMAC. Nous respectons une charte d’éthique dans la conduite de nos missions et chaque fois que les intérêts de l’Afrique centrale sont en jeu, nous répondons présents. La défense et la promotion des droits de l’Homme est certes une de nos priorités. Mais attention ! La principale et la plus urgente de toutes est notre développement économique et social. L’accessoire suit le principal. Notre principal. Et non celui des pays tiers.

Question : Pourquoi vous êtes focalisé sur la CEMAC alors que l’ensemble de l’Afrique gagnerait à profiter d’une démarche comme celle que vous menez actuellement ?

Guy Gweth : Vous avez raison d’évoquer la globalité de l’Afrique dans notre stratégie d’intelligence économique. Sachez que c’est notre objectif stratégique primordial. Nous avons des collègues en Afrique du Nord, du Sud, de l’EST et de l’Ouest. Nous sommes persuadés que la création des Etats-Unis d’Afrique passera plus vite par les peuples que par leurs dirigeants. Et rôle joué actuellement au niveau des sous-régions par les opérateurs privés est une donnée que personne n’avait imaginée jusqu’ici. On a l’habitude d’abandonner toute initiative inter-étatique entre les mains des politiques. Lesquels sont parfois en rivalité les uns avec les autres. L’opinion publique l’ignore très souvent. Nous avons anticipé l’Afrique des peuples et nous la concrétisons à travers ce choix.
Cela étant, nous avons garanti tout notre soutien au Président Mouammar Kadhafi lors de sa dernière visite à Paris pour son combat en faveur des Etats-Unis d’Afrique. Il faut se dépêcher d’agir. L’Afrique n’a plus le temps d’attendre. Et le Guide libyen semble être actuellement celui qui a le mieux intégré cette idée parmi ses compères de l’Union Africaine.

Question : L’intelligence économique fait penser à des films de James Bond. N’avez-vous pas peur ?

Guy Gweth : La peur… Dans un prochain article, je reviendrai sur l’industrie de la peur et le sous développement économique en Afrique centrale. Car c’est bien d’une industrie qu’il s’agit. Même dans les pays développés, la peur est un excellent produit de vente aux niveaux politique, économique et social. Vous comprendrez fort bien que je ne fasse mes courses à ce marché-là. Mon appréhension à moi, c’est de trouver le sommeil tous les soirs, en pensant à ces milliers d’enfants qui ne mangent pas à leur faim, ne vont pas à l’école et ne peuvent se soigner parce que les « forts » sont passés avant et ont tout raflé. Voilà mon appréhension. Le combat pour le développement de l’Afrique est structurant. Une raison d’être. C’est en cela que nos frères et sœurs disparus près des côtes espagnoles à la quête d’une vie meilleure sont des modèles. Ce sont des martyres économiques. Pendant des décennies, ils inspireront une nouvelle génération d’Africains dans tous les domaines où la peur doit justement être vaincue.

L’avenir économique de l’Afrique d’après la CIA

In Intelligence économique, Prospective, Stratégie, Sécurité, veille on 31 janvier 2008 at 8:12

cia-report.jpgExtrait du Rapport de la CIA (Comment sera le monde en 2020?) rendu par Alexander Adler.

“La capacité de l’Afrique à profiter des facteurs positifs de la mondialisation dépend de la faculté de chaque pays à mettre fin à un conflit, à améliorer ses méthodes de gouvernement, à faire rentrer la corruption dans les rangs et à faire respecter les lois. Si l’on enregistre un progrès dans tous ces domaines, un renforcement des investissements de source étrangère, qui restent actuellement confinés dans le secteur pétrolier, est envisageable. Nos experts régionaux estiment que si les dirigeants africains employaient ces investissements à favoriser la croissance de leur économie -ouvrant ainsi la voie à la richesse, et non plus seulement un accès aux allées du pouvoir -, ils seraient alors à mesure d’alléger la myriade d’autres problèmes auxquels leurs pays sont confrontés. Dès lors, la perspective de voir la prospérité réduire l’intensité des conflits serait bien réelle.

“Le développement des richesses existantes ou l’expansion de nouvelles voies d’enrichissement resteront les deux facteurs déterminants. Même si les ressources minérales et naturelles ne sont pas distribuées de manière égales entre ces pays, l’Afrique subsaharienne en est bien dotée. Qui plus est, elle détient le potentiel pour accéder à l’autosuffisance alimentaire, et pour devenir un exportateur de denrées agricoles, de produits animaux ou de la pêche. La baisse ou l’élimination des barrières douanières et des subventions à l’agriculture au sein de l’Union européenne et aux Etats-Unis, associées à la demande de matières premières émanant des économies chinoises et indiennes en plein essor, pourraient apporter une stimulation majeure aux économies africaines et les sortir de décennies de prix de matières premières trop bas.

“Les spécialistes Africains sont tous du même avis: la réforme économique et des principes de gouvernement sains sont indispensables à la croissance économique. Ils ont aussi conclu que les pays africains doivent prendre l’initiative en négociant de nouveaux régimes d’aides et de relations commerciales. Jusqu’à présent, ces aides et ces relations étaient essentiellement dictées par les institutions financières internationales et le monde développé. Le Nouveau Partenariat pour le Développement Economique de l’Afrique (NEPAD), avec ses mécanismes d’autosurveillance et d’examen par les pairs, fournit le dispositif nécessaire à cette transformation économique, pourvu que ses membres honorent leurs engagements, tant au niveau collectif qu’individuel (…)

“Au cours des quinze prochaines années, dans beaucoup de pays africains (…) la nouvelle génération de dirigeants comprendra beaucoup d’individus issus du secteur privé, qui seront plus à l’aise que leurs prédécesseurs avec la démocratie. Ils pourraient apporter une forte dynamique politique à la démocratie africaine de l’avenir. Ces dirigeants demeurent l’élément imprévisible qui, même dans les circonstances les moins favorables, pourraient faire une énorme différence dans le sens positif (…)

Intelligence économique: le RDV de San Diego, Californie

In Agenda, Intelligence économique, veille on 31 janvier 2008 at 8:10

Le grand rendez-vous annuel des Professionnels de l’Intelligence Economique de la planète du 14 au 17 Avril 2008 à San Diego, Californie, Etats-Unis

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Retrouvons-nous !

Chères collègues, chers confrères,

Comme vous le savez, la conférence annuelle internationale des professionnels de l’Intelligence économique au niveau mondial est l’opportunité à ne pas manquer ! La SCIP’s 2008 International Annual Conference & Exhibition sera encore cette année l’occasion de booster vos compétences et de vous démarquer des concurrents.

Vous pourrez ainsi choisir parmi plus de 70 sessions réparties dans les cinq catégories principales suivantes : l’offensive, la défensive, les outils, le développement de compétences transversales, et la recherche-innovation. En outre, vous aurez accès aux ateliers pré et post-conférence pour vous assurer un développement professionnel optimal.

Tous les participants recevront :

* Un accès à 17 ateliers de pré-conférence

* Une session inaugurale simple mais perspicace pour ceux qui cherchent à apprivoiser le Renseignement.

* Le dernier ouvrage de Penn, “Microtrends: The small forces behind tomorrow’s big changes” . Il y aura en sus des Expo d’outils d’IE aux consultants, deux grandes réceptions de réseautage bien sûr ainsi que l’ensemble des travaux de la conférence sur un CD que vous pourrez utiliser immédiatement…

Pour plus d’informations, allez maintenant sur http://www.scip.org

Intelligence économique en Afrique: la percée marocaine

In Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie on 31 janvier 2008 at 8:05

Le témoignage du professeur Alaoui Mdaghiri,
Président de l’Association Marocaine d’Intelligence Economique (AMIE)

Dans le contexte actuel de compétition économique féroce où l’information pertinente est vitale, l’intelligence économique est d’importance. Le dire n’est pas sacrifier à une mode passagère ou à un impératif conjoncturel. Il y a, en effet, plus d’une raison pour laquelle l’intelligence économique (IE) est au cœur de la vie économique des nations et des activités quotidienne des entreprises. Qu’il s’agisse d’explorer de nouveaux marchés, de mettre au point de nouveaux produits ou de nouvelles technologies, de connaître la concurrence ou de défendre les procédés et les innovations que l’on possède, elle représente un outil privilégié au service du développement économique et de la protection des intérêts nationaux.

La prise de conscience en cours dans notre pays de l’intérêt de cette démarche est en train de placer le Maroc parmi les nations à même de disposer de moyens appropriés en la matière et qui sont nécessaires pour sa croissance et son développement. De nombreuses initiatives sont effectivement en cours dont l’objectif est de créer des mécanismes et les instruments d’un véritable déploiement de l’IE dans certains secteurs. Cette prise de conscience, perceptible à tous niveaux, est en train de déclencher un phénomène d’appropriation de l’IE par différents acteurs publics et privés dont on aurait mauvaise grâce à souligner le caractère tardif ou précipité. L’essentiel est que tout le monde semble d’accord sur le fait que l’économie du savoir, l’information est au cœur de la décision et représente la clé d’accès royale à la création de valeur et à la performance. De la Primature aux divers départements techniques et aux entreprises publiques et privées, beaucoup se dotent de cellules et d’outils de veille. C’est bien, on se doit de le souligner. Il faut cependant attirer l’attention sur des questions cruciales dans la compréhension desquelles tout cela ne serait qu’agitation médiatique et effet de mode.

- En premier lieu, il est impératif de faire montre de cohérence et de précision dans les actions que l’on entend mener dans ce domaine et qu’il y ait une stratégie clairement annoncée en la matière. Il incombe aux pouvoirs publics d’en être les animateurs principaux;
- En second lieu, il faut que ces mêmes pouvoirs publics et les organisations professionnelles mènent des actions de sensibilisation bien ciblées pour contribuer à diffuser les techniques et les outils de l’IE, les savoir-faire qui y sont liés évoluant très rapidement;
- En troisième lieu, le lancement et le soutien de formations adaptées dans le domaine de L’IE, aussi bien dans le cadre des cursus universitaires traditionnels que sous forme de cycles spécialisés et de séminaires de formations continue pour les entreprises, est nécessaire. A cet égard, la création d’une école de guerre économique ne serait pas de trop. La multiplication des technologies de l’information aux fins d’intelligence économique est également un impératif premier.

La création de l’AMIE, organisation non gouvernementale, correspond au désir d’un certain nombre de personnalités des mondes académique, de l’administration et des affaires de contribuer à ce mouvement en prenant des initiatives à ces différents niveaux.

L’intelligence économique appliquée au sport

In Benchmarking, Intelligence sportive, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 30 janvier 2008 at 7:49

L’intelligence économique appliquée au sport de haut niveau se développe progressivement en France et ailleurs. Dans un univers concurrentiel par nature, où il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur au final, ce concept appliqué au sport trouve toute sa légitimité. En effet, la performance du sportif ne recouvre plus seulement la notion d’entrainement, mais implique de nouveaux aspects et enjeux, du fait d’une médiatisation croissante et de la professionnalisation de nombreuses disciplines, ou en passe de le devenir.

Si la quête de l’exploit et de la victoire occupe le devant de la scène, elle peut à elle seule répondre à l’ensemble des enjeux liés au sport du XXIème siècle. Les impacts économiques, sécuritaires, géopolitiques ou encore sociétaux que le sport moderne engendre doivent retenir plus encore l’attention des décideurs et responsables du mouvement sportifs et des pouvoirs publics. Le sport d’aujourd’hui, à la croisée des chemins, devient complexe et multiforme. L’ensemble des acteurs (pouvoirs publics et mouvements sportifs) doivent pouvoir développer de nouvelles réponses, et mettre en place une véritable culture de la connaissance dans divers domaines stratégiques liés à la performance, qui est actuellement insuffisant.

Le rôle de l’Etat stratège, qui impulse et accompagne, sensibilise (…) est de prendre en compte l’ensemble de ces aspects transversaux. L’intelligence sportive doit permettre à l’Etat et aux organisations sportives non seulement de donner aux sportifs plus de moyens d’ accéder à la performance et de résister à la farouche concurrence internationale, mais également d’identifier ces nouveaux enjeux transversaux, d’anticiper les changements, et de pouvoir apporter une réponse adéquate. Il convient donc dès à présent d’en prendre la mesure, et de se doter d’outils et d’organisations réactives, permettant l’élaboration d’une politique publique de prospective adaptée, à la hauteur des nouveaux défis que le monde sportif devra affronter demain (…)

En conclusion (…) il est indispensable désormais de se doter de véritables outils de prospective, et de développer les actions de lobbying et d’influence en faveur de notre conception du sport. Pour parvenir à mettre en œuvre véritablement une culture publique de l’intelligence sportive, incluant l’ensemble des différents enjeux auxquels elle touche, des disciplines d’excellence pourraient être identifiées, à l’instar de secteurs d’activités sensibles, où l’effort des pouvoirs publics porterait plus particulièrement. Dans ces secteurs, il faudrait encourager la recherche et l’innovation, tout en œuvrant à la lutte contre la contrefaçon. Ce département doit comprendre en son sein un pôle capable de gérer des situations de crises, telles que des actions de déstabilisation ou de débauchage, ainsi que des campagnes médiatiques virulentes (…)

Sources: Marie Brigaud, inspectrice de la Jeunesse et des Sports, ancienne auditrice en Intelligence économique à L’institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN).

Intelligence économique au Sénégal: courage aux pionniers!

In Guerre économique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Perception Management, Stratégie, Sécurité on 30 janvier 2008 at 7:43

Lors du « Colloque Intelligence Économique et Francophonie » organisé le 24 janvier 2008 au Pôle Léonard de Vinci à Paris-La Défense, un jeune homme élégant demande le micro et se présente: conseiller technique auprès du Président sénégalais Abdoulaye Wade. Il s’adresse à Alain Juillet, Haut responsable français en Intelligence Economique. Il sollicite l’aide de la francophonie pour arrimer son pays aux techniques  les plus avancées en la matière. Un grand silence s’en suit… Sachant le rôle de pionniers joué par des confrères sénégalais pour sensibiliser l’Afrique de l’ouest depuis bientôt 10 ans aux enjeux de la guerre économique, nous rééditons cet article d’ABS publié le 07.08.2007 par le journal dakarois Sud Quotidien, en guise d’encouragements.

” Aujourd’hui, les sociétés nationales dites de souveraineté sont, pour la plupart, hors contrôle de l’Etat du Sénégal. Elles attisent la convoitise et l’appétit des multinationales, vitrines des Etats occidentaux dans leur volonté de puissance. La Sonatel est un cas d’école. La souveraineté nationale en est même menacée, si on sait qu’avec le système Frenchelon, aucun Sénégalais ne peut être à l’abri des écoutes téléphoniques, surveillées hors de nos frontières par des techniques hyper sophistiquées. Et comment pourrions-nous tromper la vigilance des veilleurs, capteurs et professionnels de la transmission dans ce qu’on appelle les systèmes d’information.

“Nous utilisons le jus (usufruit) téléphonique, mais nous ne sommes pas propriétaires du câble…Et le pire dans tout cela est que nous n’avons même pas la conscience que les télécom sont aujourd’hui au cœur de la guerre de l’information que se livrent désormais les grandes puissances. Une guerre de l’information qui s’apparente plus à une guerre économique où le principe du gagnant-perdant, plus que celui du win-win, oriente la théorie de ce grand jeu géo-éco-stratégique (…)

“Alors, cessons de parler de ce patriotisme sans patrie, un patriotisme romantique dans l’air qui nous rattache au passé et ne nous pousse guère à inventer concrètement l’avenir ! Au Sénégal, nous aimons bien parler de patriotisme, alors que le patriotisme, c’est aussi de la souveraineté économique. Ce n’est pas seulement des valeurs, de la culture et du thiéboudieun (riz au poisson sénégalais). Il faut de l’ancrage économique au concept de patriotisme. Il faut plus que de la patrie dans l’imaginaire d’un peuple. Il faut savoir défendre les ressources matérielles et immatérielles, à la fois humaines et naturelles de la patrie avec ce qu’il y a de plus moderne dans notre temps (…)

“Dès lors, l’intelligence économique apporte une nouvelle culture dans le management et la conduite des affaires, que ce soit au plus haut niveau des pouvoirs publics comme dans le privé, surtout dans un monde globalisé, concurrentiel et déterminé par des logiques d’affrontements et d’antagonismes asymétriques. Ses déclinaisons civiles très pratiques en veille, prospective, anticipation, influence (lobbying), sécurité… méritent bien d’être enseignées aux Sénégalais afin de les préparer à l’avenir du continent Noir, qui inévitablement sera confronté à des batailles concurrentielles de différentes natures entre les puissances en quête de ressources diverses… qui vont se raréfier un jour. Le nouvel attelage gouvernemental de notre pays laisse apparaître un ministère de la bonne gouvernance et de la compétitivité. Alors, autant commencer par donner de la compétitivité à ce ministère en lui trouvant un domaine de recherche et d’action autour de l’intelligence économique, car la vraie finalité de l’intelligence économique c’est bien la compétitivité ! Le Sénégal y gagnerait largement !

“Le pays gagnerait bien à mettre à contribution ses dignes fils qui sont connaisseurs avertis en la matière, tels que Boubacar Diallo (CEDS), M. Soumaré, le Général Mansour SECK et certainement tant d’autres braves Sénégalaises et Sénégalais désireux d’apporter leur modeste pierre à l’édifice d’un Sénégal moderne et tourné vers l’avenir. “

L’Intelligence économique expliquée à ma grand-mère

In Intelligence économique on 28 janvier 2008 at 5:59

Chère Grand-Mère,

J’espère que ma dernière lettre ne t’a pas trop peinée. J’observe néanmoins que tu n’as pas cru devoir me répondre jusqu’à ce jour. Mais comme tu le sais, l’amour que je te porte est indépendant de celui que tu me dois.

En visitant les pages de ce site, j’ai noté plusieurs visites en provenance de ton ordinateur. Dans une prochaine lettre, je t’expliquerai comment tu peux faire pour pas que je reconnaisse ton identité. J’ai donc pu voir qu’en plus de cliquer sur les lettres que je t’envoie (chose naturelle s’il en fût), tu t’arrêtes beaucoup sur la rubrique “intelligence économique”. Je sais évidemment que le langage que l’on y emploie n’est pas toujours facile ni pour toi, ni pour tes sœurs et frères disséminés au Cameroun, au Congo, au Gabon, en Guinée équatorial, en RCA et en RDC. Par ce biais, je vais tenter de t’expliquer plus simplement ce qu’est l’Intelligence Economique que nous abrégeons IE.

Grand-Mère, l’IE, d’après l’Ecole africaine est une démarche, un état d’esprit et presqu’une façon de respirer qui consiste rechercher, traiter et analyser des informations indispensables pour éclairer une décision de manière à réduire l’incertitude. Les collègues occidentaux ajoutent qu’il s’agit d’une démarche éthique, mais pour nous Africains, cela va de soit. Devant la gravité des affrontements économiques actuels, on est carrément obligé de parler de guerre économique. Et oui, Mamy, ça fait des victimes! Je n’ai pas le temps de te faire un dessin. Et une guerre, ça suppose une stratégie, des tactiques, du matériel pour défendre ses positions et attaquer celles de son adversaire. C’est donc une question de souveraineté des nations, une question cruciale pour le développement de l’Afrique. Ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que, dans la mer agitée de la mondialisation, personne ne peut dire à l’avance quels seront les perdants et les gagnants. Or dans la configuration actuelle, c’est nous les perdants. Les “faibles” d’hier -comme la Chine jadis qualifiée de géant aux pieds d’argile- ont développé en quelques années des artifices qui exigent et obtiennent le respect des “forts”. L’Afrique a donc tout à y gagner, elle qui de toute façon n’a plus grand-chose à perdre économiquement.

Mamy, l’IE est le plus puissant outil qu’il nous aie jamais été donné d’activer pour notre développement économique, social et culturel… L’IE doit devenir notre sport majeur, la discipline la plus pratiquée chez nous comme chez nos amis Japonais. Pour ta gouverne, garde que l’intelligence économique à l’africaine compte 7 marches:

1. La veille et la collecte des données
2. le traitement des données collectées
3. L’analyse des données pertinentes
4. Le benchmarking
5. Le lobbying
6. L’influence
7. La guerre de l’information

Alors, bien sûr, tu brûles de savoir comment ça marche. Non? Eh bien, ce sera l’objet de mon prochain courrier.

Je t’embrasse,

Guy Gweth

Les NTIC, armes de guerre économique

In Guerre de l'information, Intelligence économique, Sécurité, veille on 28 janvier 2008 at 5:54

Les technologies de l’information et de la communication sont des outils de développement, mais aussi des instruments guerriers. Entretien avec Daniel Ventre, ingénieur au CNRS et auteur de La guerre de l’information paru chez Hermès Lavoisier.

L’Atelier: quelle est la différence entre cybercriminalité et guerre de l’information ?

Daniel Ventre : le concept de guerre de l’information englobe toutes les formes d’utilisation des technologies de l’information, à des fins agressives comme défensives. Ce qui fait de ces technologies à la fois les armes et les cibles des agressions. L’objectif consiste à utiliser de manière optimale l’information et les systèmes qui lui sont liés pour dominer/vaincre l’adversaire (militaire, politique, économique, idéologique) et accroître ses propres capacités de défense. La différence entre la cybercriminalité et la GI se trouve surtout au niveau de la motivation. Lorsqu’une entreprise ou une institution étatique est victime de virus, de vol d’information, ou d’intrusion dans ses systèmes, les actes peuvent à priori être qualifiés de cyber crimes. L’objectif pour les pirates étant majoritairement de gagner de l’argent. Mais lorsque l’agression est motivée par des intérêts idéologiques ou politiques, on ne peut plus parler simplement de cybercriminalité. Toute la difficulté consiste à distinguer les deux modes d’attaque.

L’Atelier: vous parlez des TIC comme des armes. A quel niveau ?

D.V : les TIC sont des armes quand elles sont utilisées pour affronter et tenter de maîtriser un adversaire. Il est en effet possible de brouiller la vision de la réalité que possède ce dernier en modifiant l’information à laquelle il accède. Mais ce n’est pas tout. Il existe aussi les attaques par réseaux d’ordinateurs (attaquer les systèmes d’information, voler, détruire ou altérer l’information), et enfin la cyber-guerre, qui est celle des combats dans le monde virtuel. Considérer la technologie comme une arme élargit également la notion de champ de bataille : le cyberespace englobe la société. Le champ de bataille traditionnel n’existe plus, la guerre peut être partout.

L’Atelier: les gouvernements et les entreprises possèdent un grand nombre de données confidentielles. Peuvent-ils encore les protéger ?

D.V: Il faut d’abord prendre toute la mesure de la complexité et des spécificités de la guerre de l’information pour s’en prémunir, car les portes d’entrée de ses modes d’agression sont multiples et vont au-delà des seules attaques par réseaux d’ordinateurs. De toute façon, aucun système n’est infaillible. Des millions de données confidentielles et nominatives sont dérobées chaque jour. Les victimes sont aussi bien les militaires que des opérateurs de télécommunications en passant par les banques, les hôpitaux, ou les centres de recherche. La plupart de ces institutions avait pourtant mis en œuvre des systèmes de protection logicielle et physique [...]

Cette interview a été réalisée par Mathilde Cristiani in www.atelier.fr

La veille antiterroriste s’inspire de l’Intelligence économique

In Guerre de l'information, Intelligence économique, Sécurité, veille on 28 janvier 2008 at 3:45

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Le Center for Strategic and International Studies se base sur TagCite, une solution d’analyse collaborative de sources ouvertes, pour relier sa communauté d’experts internationaux autour du sujet du terrorisme.

La veille stratégique internationale s’appuie de plus en plus sur des solutions professionnelles pour des activités de renseignement de sources ouvertes (ou open-source intelligence). A ne pas confondre avec l’open source logiciel, cette pratique consiste à collecter un ensemble d’informations publiquement accessibles à fins d’analyse. Rappelons que l’approche en sources ouvertes, appliquée au renseignement dans ce cas précis, est largement employée dans le cadre des activités d’intelligence économique des entreprises. Dernier exemple en date : le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a annoncé la signature d’un contrat avec Mind-Alliance Systems pour TagCite, sa plate-forme collaborative de sources ouvertes.

Analyse + travail collaboratif

Celle-ci sera exploitée dans le cadre du projet “Trusted Information Network” (TIN- 2), un programme visant à évaluer l’étendue de la menace djihadiste en Asie du sud-est. TIN- 2 s’appuiera en outre sur Clearspace, un logiciel libre de travail collaboratif web proposé par Jive Software. Il permet notamment un traitement de l’information et des communications de types blogs, wikis ou encore chat en ligne. L’idée du centre d’étude stratégique américain est donc de fournir un outil ayant la double fonction de collecter des informations auprès d’experts présents sur le terrain, et de favoriser l’échange entre ces derniers.

Fédérer la communauté d’experts

“Nous avons développé une solution visant à aider nos clients à exploiter au mieux l’outil collaboratif et à gérer leurs flux d’informations”, indique David Kamien, président de Mind-Alliance. A travers TagCite, le CSIS souhaite fédérer l’ensemble de sa communauté d’experts internationaux. Cette solution fait partie de la suite de management des flux d’information Channels de son fournisseur. “Mind-Alliance étudie vos besoins et fournit une solution logicielle de collaboration dédiée à l’analyse et à l’échange autour des menaces transnationales”, a déclaré Tom Sanderson, directeur en charge des projets stratégiques transnationaux pour CSIS. Source: atelier.fr

Protégé : Afrique noire, intelligence économique et francophonie

In Communication d'influence, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 25 janvier 2008 at 1:02

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Guerre économique dans le golfe de Guinée: l’artillerie US

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 23 janvier 2008 at 2:16

Le présent extrait s’inscrit dans le sillage de mes travaux sur l’affrontement économique entre Français et Chinois en Afrique centrale. Il vise à montrer la nécessité de prendre en compte des facteurs exogènes dans ce combat et d’y intégrer les manœuvres d’autres grandes puissances à l’instar des États-Unis d’Amérique. Sans prétendre à l’exhaustivité, il contribue à donner quelques clés pour une appréciation réaliste et optimale de toutes les forces en présence.

Une étude intitulée «Malaise global», réalisée en juin 2007 dans 47 pays par l’institut Pew, souligne que «depuis cinq ans, l’image des Etats-Unis s’est ternie auprès de la majeure partie des pays du monde et s’est dégradée considérablement chez les alliés traditionnels des Etats-Unis, dans les Amériques, au Moyen-Orient et ailleurs». Toujours d’après cette étude, seule l’Afrique Noire a globalement une vision positive des Etats-Unis.

Il faut dire que l’Amérique, de par la composition de sa population, a de nombreux liens culturels avec le continent Noir. Elle entend les valoriser et approcher l’Afrique autrement que pendant la Guerre froide, quand l’anticommunisme lui faisait soutenir des régimes comme celui de Mobutu au Zaïre. Une nouvelle attitude américaine envers l’Afrique a déjà pu être observée (1). La population américaine tend à se « tiers-mondiser » de plus en plus : un Américain sur trois, bientôt, sera d’origine africaine, latino-américaine ou asiatique. Cela prédispose les Etats-Unis à mieux comprendre voire à mieux partager certaines aspirations du Tiers Monde. (2) Cette situation pourrait même s’accentuer avec l’accession possible du sénateur Noir Barack Obama à la Maison Blanche. Pour le chercheur français Bruno Colson (3), « l’intérêt des Américains pour l’Afrique pourrait aussi augmenter à mesure que les Européens abandonnent leurs ‘chasses gardées’».

Sur le plan géoéconomique en effet, Washington exerce une diplomatie clairement offensive en Afrique car les Américains sont très concernés par l’accès aux ports et le passage des détroits. C’est d’ailleurs ce qui a fait dire au Lieutenant-colonel Butts (4) que le département américain de la Défense, devait concentrer son attention sur les quelques pays dont le poids se fait ressentir en matière de production de minerais et de pétrole, de bases, de lignes de communications maritimes et de prolifération des armements : l’Afrique du Sud, le Kenya, le Zaïre, le Zimbabwe, le Nigéria et l’Ethiopie.

Sur le terrain des approvisionnements pétroliers en revanche, le département d’Etat entend accroître de 15 à 25% ses importations pétrolières en provenance du golfe de Guinée horizons 2015 au détriment du golfe Persique, étant donné la vulnérabilité de ce dernier. L’Afrique demeure par ailleurs essentielle pour l’approvisionnement des Etats-Unis en minerais (cobalt, chrome, platine, manganèse). Et aux dires de certains spécialistes de la stratégie géoéconomique américaine tels que Bruno Colson susmentionné, ceci doit être placé dans la perspective d’une compétition économique avec l’Europe, le Japon et la Chine, ces deux derniers ayant déjà compris l’importance du continent Noir à cet égard.

L’apport des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’ « American way of life »

Tout bien considéré, la communication globale des Etats-Unis est aussi puissante que diversifiée. Outre l’arrosage par des chaînes internationales CNN (télévision) et la Voice of America, c’est le cinéma hollywoodien qui se charge de véhiculer le modèle américain. L’ « american way of life » parvient aussi aux Africains par le biais de retransmissions via satellites de matchs de la célèbre ligue de basket-ball américaine, NBA, ainsi que des séries cultes télévisées telles que « Deux flics à Miami », « Dallas », « Santa Barbara », « Dynastie », « Les experts Miami », « FBI Portés disparus »… etc. Devant la poussée vertigineuse d’internet et les succès retentissants de certains Africains (5) sortis des universités américaines ou titulaires des prestigieux « American MBA », nul doute que pendant de nombreuses années encore, le « Made in USA » sera la marque préférée des Africains au sud du Sahara.

Au final donc, l’Afrique est plus que jamais perméable à la domination douce américaine théorisée et résumée par cette formule flamboyante : « Shaping the mind » (6). Cette dernière a pour socle une stratégie globale de colonisation de la sphère des idées dont le stratège américain Alvin Toffler trouve la capacité dans la violence, la richesse et le savoir. Et il est bien aisé de constater qu’un seul pays dispose à ce jour de moyens nécessaires à la conduite d’un tel dessein planétaire: les Etats-Unis. A suivre…

Guy Gweth


[1] Philippe Leymarie, “Les Etats-Unis, nouveaux parrains du continent africain”, Le Monde diplomatique, avril 1992, pp. 12-13 et “Anciennes et nouvelles convoitises américaines”, Le Monde diplomatique, juillet 1993, p.17

[2] Ceci préoccupe en particulier l’historien Arthur M. Schlesinger, ancien conseiller de John F. Kennedy. Selon lui, le melting pot cède la place à l’éruption des ethnicités. Celles-ci pourraient bien substituer la fragmentation à l’assimilation, le séparatisme à l’intégration. Schlesinger critique notamment l’orientation de plus en plus “afrocentriste” de l’enseignement de l’histoire aux Etats-Unis (The Disuniting of America, New York, Norton, 1992).

[3] Bruno Colson est docteur en sciences politiques de l’Université catholique de Louvain, a publié une thèse sur « La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini » (éditions Economica-FEDN)

[4] Le lieutenant-colonel Kent H. Butts est spécialiste des questions africaines à l’US Army War College.

[5] En référence notamment à l’ingénieur informaticien camerounais, Jacques Bonjawo, ancien Senior Manager chez Microsoft, auteur de « Mes années Microsoft, un Africain chez Bill Gates » , Cosmos, 2006 et « Internet, une chance pour l’Afrique», Karthala, 2005.

[6] Jean Michel Valantin, « ‘Shaping the mind’ Stratégie globale et colonisation de la sphère des idées », contribution à l’ouvrage collectif « La guerre cognitive », Lavauzelle, 2002, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas.

Protégé : Guerre économique Chine-France en Afrique: déclinaisons tactiques (suite)

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie on 22 janvier 2008 at 5:25

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Protégé : Guerre économique franco-chinoise en Afrique centrale: déclinaisons tactiques

In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Stratégie on 22 janvier 2008 at 4:31

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Protégé : Intelligence économique: la philosophie de l’Ecole africaine

In Intelligence économique on 21 janvier 2008 at 12:58

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Communication d’influence: l’affrontement sinofrançais en Afrique centrale

In Communication d'influence, Intelligence économique on 20 janvier 2008 at 7:09

Avant propos

En été 1989, Francis Fukuyama* annonce « la fin de l’histoire* ».  Dans cet article publié dans la revue The National Interest, l’Américain défend l’idée que la progression de l’histoire humaine, envisagée comme un combat entre des idéologies touche à sa fin avec le consensus sur la démocratie libérale qui se forme après la fin de la Guerre froide. En effet, la fin de cette année-là voit la chute du Mur de Berlin, consacrant ainsi théoriquement la cessation de l’affrontement Est-Ouest. Mais cet événement historique suffisait-il à pacifier la scène internationale ? En réalité, la parution de grandes entreprises aux ramifications planétaires et aux méthodes de compétition guerrières n’a fait que générer un changement de paradigmes.

Pour preuve, cinq ans après la parution de « la fin de l’histoire », un autre Américain Richard d’Aveni (1994) publie « Hypercompetition ». Dans cet ouvrage, l’expert de stratégie concurrentielle établit (exemples à l’appui) que les entreprises dans leur secteurs sont véritablement devenues des systèmes de pouvoir étendant leur emprise sur les marchés du globe pour agir comme de véritables « tours de contrôles ». Elles trouvent là, le moyen d’accentuer et de maintenir la prédominance de leurs intérêts vitaux. Désormais, la stratégie d’un grand groupe ne se conçoit plus seulement en terme de parts de marché, de lignes de produits, de compétition par les prix ou de communication classique. Selon d’Aveni, l’entreprise -à travers son stratège- doit être en mesure d’évaluer son « potentiel de puissance » vis-à-vis des autres acteurs. Dès lors, la « zone d’influence », facteur de compétitivité permet de juguler la zone d’imprévisibilité, d’asseoir et de renforcer sa « suprématie stratégique » pour prétendre à la pérennité dans un espace de concurrence exacerbée. Jadis concept géopolitique, « la sphère d’influence » devient un « arsenal concurrentiel » avec ses divers éléments pour « la défense, l’attaque et l’artillerie des réserves ».

Le milieu de la décennie 90 voit apparaître des crises informationnelles récurrentes qui affectent gravement l’organisation ainsi que la vie générale des entreprises. Des polémiques sont régulièrement lancées qui portent alternativement sur la sécurité alimentaire, la santé financière de l’entreprise, l’opacité des comptes, la concurrence déloyale, le comportement des dirigeants ou le non respect de l’environnement. L’ensemble de ces manœuvres de communication constitue autant de facteurs déstabilisateurs susceptibles de nuire à un pays, de dégrader l’image de ses entreprises, de fragiliser sa réputation voire d’affecter durablement leur fonctionnement en sapant leur légitimité sociale. D’après les analystes, “le dénominateur commun des victimes de ces crises est leur passivité, tant face à l’agression que dans la réflexion en amont destinée à prévenir de tels risques”. Il apparaît dès lors que la dynamique conflictuelle induite par l’hypercompétition et amplifiée par la société de l’information exige des entreprises qu’elles renforcent leur professionnalisme dans les domaines complémentaires à la communication traditionnelle. C’est l’une des raisons d’être de la communication d’influence.

«La communication d’influence* vise à accompagner le processus décisionnel de l’entreprise dans l’élaboration des recommandations et scénarios d’actions ». L’analyse environnementale tient en effet une place centrale dans la conception d’une stratégie d’influence. Dans une première phase, elle permet de cartographier les rapports de forces entre les acteurs et de confirmer la réalité d’un risque ou d’une opportunité révélée par l’activité de veille. Dans la seconde, elle met à disposition des décideurs, les arguments, les scénarios d’actions et les critères de choix nécessaires à  la prise de décision. Par ailleurs, attendu que la publicité place les annonceurs dans une posture naturelle de partialité par rapport à leurs propres produits, l’entreprise éprouve de plus en plus de difficultés pour se faire entendre et se faire valoir auprès des stakeholders. Techniquement, la communication d’influence permet donc, suivant le bon mot de Christian Harbulot, de palier ce déficit informationnel en intégrant la logique des différentes parties prenantes et en mettant en œuvre les actions de communication adaptées pour initier et entretenir le dialogue avec chacune d’elles. Elle intègre de facto la prévention et la gestion des crises.

Pour Kathryn Rudie Harrigan*, ces formes nouvelles de communication, leur flexibilité stratégique et l’usage de tactiques inspirées de la guérilla sont une nécessité absolue pour les entreprises  évoluant dans des secteurs en mutation rapide. «Dans les environnements hautement concurrentiels dit-elle, il n’existe pas d’avantage durable. Et les adversaires se laissent rarement la possibilité de lécher leurs blessures entre deux batailles. L’ère de la concurrence chevaleresque et du “fair play” est révolue. Dans de tels environnements, le timing est clé. Il faut être le premier à frapper. Être prêt à abandonner ses produits existants avant d’en avoir extrait la dernière goutte de profit. Pour remporter la victoire, il faut ainsi être irrationnel et imprévisible. Les entreprises doivent savoir détruire leurs avantages concurrentiels du moment pour affaiblir leurs concurrents. Briser le statu quo pour saisir de nouveaux avantages temporaires plutôt que de maintenir l’équilibre pour préserver leurs avantages traditionnels ». Ce point de vue sera confirmé en 2007 par le conseil en communication Didier Naud* pour qui l’univers économique apparaît tour à tour éclairé et dominé par l’art de la guerre ou de la diplomatie.

Riche de nombreuses matières premières stratégiques (pétrole, uranium, bois, cuivre, diamant, or…etc.) l’Afrique offre un excellent site d’expérimentation des stratégies de communication d’influence. Face à une Chine de plus en plus demandeuse de sources d’énergie, de parts de marché et de partenariats flexibles sur le continent Noir, la France (et ses entreprises) affronte pour la première fois de l’histoire la rude concurrence d’une superpuissance sur un terrain où il y a quarante ans, elle était le seul maître à bord. L’un des principaux intérêts de cette série de travaux réside dans le regard froid d’un analyste originaire d’Afrique centrale soucieux de servir de miroir aux protagonistes, de rendre compte de leurs stratégies de communication d’influence respectives, et d’en évaluer l’impact sur les pays de la zone Cemac.


[1] Francis Fukuyama est un philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain d’origine japonaise. Intellectuel influent, très connu pour ses thèses sur la fin de l’histoire, il est actuellement professeur d’économie politique internationale à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore aux Etats-Unis.

[2] Fukuyama publia un premier article sur le sujet (« The end of History ») au cours de l’été 1989 dans la revue The National Interest (article repris dans la revue française Commentaire n° 47, automne 1989).

[3] Richard d’Aveni est professeur de management stratégique au Darmouth College (NH, Etats-Unis).

[4] Définition donnée par Christian Harbulot, Bruno Gosselin et Nicolas de Rycke, consultants du cabinet Spin Patners in « Nouvelles menaces informationnelles et Communication d’influence ». Inédit.

[5] Les stakeholders désignent l’ensemble des acteurs qui participent à l’activité de l’entreprise ou qui ont un lien avec elle ; aussi ténu soit-il : actionnaires, dirigeants, salariés, clients, distributeurs, fournisseurs, créancier, investisseurs, collectivités, institutions publiques, groupes de pression… etc

[6] Kathryn Rudie Harrigan est professeur au Business Leadership à Columbia Business School aux Etat-Unis, in

Synthèse Manageris 20a d’ octobre 1994

[7] Didier Naud est -entre autres- chercheur au CNRS et auteur de « La Stratégie face à la complexité », Demos 2007