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Archive for the ‘Intelligence stratégique’ Category

Audit d’entreprise, nouveau territoire de l’IE en Afrique

In Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité, veille on 8 novembre 2009 at 11:30

AfriCommodities et GwethMarshall Consulting lancent 4 messages d’alertes aux décideurs africains sur les nouveaux territoires de l’intelligence économique (IE).

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Afrique – Les entreprises minières dans le collimateur du Saint-Siège

In Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique on 29 octobre 2009 at 6:01

AfriCommodities, partenaire stratégique de GwethMarshall Consulting, a été longuement cité sur la question de l’exploitation minière lors de la 2ème Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques qui s’est tenue du 4 au 25 octobre à Rome.  Se référant aux travaux du numéro 1 d’AfriCommodities, voici ce qu’écrit Eucharistiemisericor* le 27 octobre 2009:

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90% des gisements de matières premières en Afrique restent à développer

In Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité, veille on 25 octobre 2009 at 11:25

Nouveau partenaire stratégique de GwethMarshall Consulting, le bureau d’ingénieur-conseil AfriCommodities vient de dévoiler sa banque de données d’intelligence économique consacrée au marché des matières premières. On apprend ainsi que sur les 10 millions de gisements de matières premières offshore et onshore inventoriés en Afrique, 10% des gisements prouvés par la télédétection satellitale y sont développés, 9′900′000 titres, soit 90% des gisements prouvés par la télédétection satellitale y restent à développer  et que des millions de gisements offshore et onshore probables et possibles ne sont pas encore développés.

L’observatoire Satellital des matières premières d’Afrique est une des principales innovations d’AfriCommodities qui intègre toutes les technologies de son partenaire Google, notamment Google Earth, Google Maps et Google Street View. Cette interface permettra par exemple d’offrir à tout utilisateur de cette banque de données une visite virtuelle des principaux gisements des matières premières d’Alger à Johannesburg.

Actuellement, grâce à la convention qui lie Google et la NASA, l’interface de Google Street View permet d’observer en back office toutes les entités nommées de l’Afrique. En front office les différentes entités nommées pourront être ouvertes au grand public via cette plate forme satellitale en temps quasi réel ultérieurement. Exemples: marchés boursiers, gisements des matières premières, banque, compagnies minières, commerces, administrations publiques, ports, aéroports, frontières, circulation, etc. Cette fonctionnalité touchant à la sécurité des États, des négociations sont en cours avec les missions diplomatiques à Genève, Berne, Paris et Bruxelles pour éviter tout conflit d’intérêts.

La banque de données d’AfriCommodities comprend des données structurées sur 53 États d’Afrique, 12 types de gisements de matières premières, 10′000 types de matières premières classés par odre alphabétique, 10 millions de gisements offshore et onshore inventoriés par télédétection satellitale, 10 millions de kits bancables validés in situ sur chaque gisement géo-localisé, 10 millions de kits de Business plan validés in situ sur chaque gisement géo-localisé, des millions de scènes d’images à très haute résolution du Satellite Landsat TM et ETM+ ortho rectifiées et non ortho rectifiées recouvrant comme un puzzle les 30′310′000 km² de superficie des 53 États d’Afrique… etc. Durant un an, le prototype de cette banque de données (draft) va subir  des modifications aussi bien au niveau de sa charte graphique que de ses principales rubriques pour atteindre son niveau d’efficience optimale.

En back office, une communauté de compétences africaines (du continent et de sa Diaspora) travaille en réseau avec l’observatoire satellital des matières premières d’Afrique du faits des enjeux stratégiques du projet. Il faut bien comprendre que « la valeur financière des gisements africains de matières premières, connus à ce jour, s’élève à 46 200 milliards de dollars. Il suffirait de valoriser 12 % de cette immense richesse pour financer, sur l’ensemble du continent, des infrastructures (transports, énergies, télécommunications, santé, éducation) du même niveau que celles de l’Europe. »*

David Beylard* & Guy Gweth

A lire: « L’arnaque des juniors minières en Afrique »*

Protégé : Comment l’Afrique est sur écoutes 24h/24, 7j/7

In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Veille stratégique on 21 octobre 2009 at 8:24

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Le journal « Les Afriques » fait le pari de l’intelligence économique

In Agenda, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Leadership, Management de l'information, Stratégie on 15 octobre 2009 at 11:07

L_A_News

Dès le 22 octobre 2009, Les Afriques, le journal de la finance africaine, publiera une chronique hebdomadaire de l’intelligence économique (IE) sous la plume de Guy Gweth. Après France 24, c’est la première fois qu’un grand média international s’engage à traiter de ce sujet de manière continue. Une bonne nouvelle pour les entreprises et la communauté de l’IE.

Les Afriques est le premier journal financier panafricain. Tiré à 23 000 exemplaires, il paraît tous les jeudis sur un papier couleur « saumon » et possède des éditions marocaine  et algérienne. En pariant sur l’intelligence économique, l’hebdomadaire répond aux besoins des entrepreneurs africains et internationaux, et engage la sensibilisation à grande échelle de nos décideurs. Jusqu’à présent, la chaîne France 24 était le seul grand média international à consacrer un programme (bi-mensuel) à l’intelligence économique, une émission animée par Ali Laïdi.

Lancé en juillet 2007, l’hebdomadaire Les Afriques est consultable en ligne. L’ensemble des publications est disponible en PDF. Les titres sont libres d’accès (cliquer ici). En mai 2009, le site du journal comptait 6500 abonnés à la newsletter quotidienne, 135 000 visiteurs distincts et un total de 1.8 millions de pages affichées. La version papier est actuellement disponible en  Afrique centrale et de l’ouest, en Algérie, en Belgique, au Canada, en France (Métropole et DOM-TOM), en Italie, au Luxembourg, au Maroc, en Suisse et en Tunisie.

GwethMarshall Consulting

“L’intelligence économique au service de l’Afrique”

In Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Interview, Leadership, Management de l'information, Veille stratégique on 15 octobre 2009 at 8:07

L*A*G_G

A lire dès le jeudi 15 octobre 2009 dans l’hebdomadaire Les Afriques n° 93, l’interview de Guy Gweth, réalisée par Dominique Flaux, directeur de publication du journal de la finance africaine.

Extraits :

«  Les Afriques : Quels sont les secteurs d’activité en Afrique qui nécessitent le plus d’intelligence économique et de veille concurrentielle ?

« Guy Gweth : En Afrique, nous avons recensé sept grands secteurs qui nécessitent de vraies stratégies d’intelligence économique soutenues par les États comme on le voit au Japon avec le ministère l’économie, du commerce extérieur et de l’industrie. Pour nous, ce sont les sept urgences de l’intelligence économique en Afrique: l’agroalimentaire, les assurances, les banques, le BTP, les Télécoms, les NTIC, les transports aériens. Les démarches initiées dans ce sens par SMBG Bank au Maroc, Kenya Airways, Orascom en Egypte, MTN et Vodacom en Afrique du Sud, sont les cinq grands exemples que nous suivons depuis 2007 sur le continent [...] »

Les Afriques n° 93, semaine du 15 au 21 octobre, est disponible en  Afrique CFA 1500 FCFA – Algérie : 80 DA – Belgique 1,9 a – Canada 3,50 $ CAD – France 1,9 a – France OM 2,20 a – Italie 1,90 a – Luxembourg 1,9 a – Maroc 12 DH – Suisse CHF 3,80 – Tunisie 2,3 DT.

GwethMarshall Consulting

Belgique – l’intelligence stratégique vue de Wallonie

In Contre-Intelligence stratégique, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, Veille stratégique on 7 octobre 2009 at 7:15

Encore peu connue sous nos latitudes, l’intelligence stratégique est un enjeu capital pour le développement des petites et moyennes entreprises. D’après Vincent Bovy, directeur de l’Agence de Stimulation Économique, les PME wallonnes seraient bien inspirées de s’en soucier.

Très connue dans les pays comme le Canada ou les États-Unis, l’intelligence stratégique est encore peu connue dans nos contrées. Une méconnaissance qui n’étonne guère Vincent Bovy, le directeur de l’Agence de Stimulation Économique: “Il s’agit d’une approche que l’on ne s’étonnera pas de voir dans une entreprise britannique, suédoise ou finlandaise, et que l’on retrouvera moins au fur et à mesure que l’on se dirige vers le sud de l’Europe”. D’une manière générale, le directeur de l’Agence de Stimulation Économique relève une autre différence culturelle entre les pays du nord et les pays du sud de l’Europe, différence intimement liée à cette pratique de l’intelligence stratégique: “Les pays nordiques ont une forme d’approche directe, une forme de culot que l’on voit moins dans les cultures plus latines”. A cet égard, nos entreprises wallonnes sont pour ainsi dire au milieu du gué: elles sont modérément audacieuses.

“Sortons de nos frontières!”

Doit-on en conclure que nos entreprises sont moyennement menacées? Ce n’est pas l’avis de Vincent Bovy qui relève à juste titre que l’audace devrait être un incontournable de l’économie wallonne: “Nous voudrions voir pointer une préoccupation de croissance au sein des PME wallonnes (…) Il s’agit d’un sujet important, plus encore pour la Belgique et pour la Wallonie où c’est un gros euphémisme de dire que le marché domestique est un marché très réduit. Contrairement à des marchés comme celui de la France ou de l’Allemagne qui sont relativement vastes, le marché belge est un marché beaucoup trop petit et sur lequel évoluent déjà de très nombreuses entreprises. Dès lors, une chose saute aux yeux: la plus petite PME est confrontée à la globalisation de façon nécessairement plus brutale que ne peut l’être une PME allemande ou une PME française. D’où l’urgence, pour elles, d’enfin devenir audacieuses, de sortir de l’exigüité du territoire de la Wallonie et d’intégrer très vite ce processus d’intelligence stratégique.

L’intelligence stratégique, dans le concret

Très loin des grandes théories, Vincent Bovy appréhende cette pratique de manière très concrète: “L’intelligence stratégique, cela revient à intégrer d’autres dimensions sur maîtrise de l’information, sur les aspects liés à la protection du know how, à la maîtrise de tout ce que l’on appelle le knowledge management. Cette approche met aussi en œuvre des actions de lobbying, pratique qui touche à des sujets extrêmement importants puisqu’ils portent sur des questions aussi sensibles que celle des normes, des législations, des réglementations…” A cet égard, Vincent Bovy estime que les PME wallonnes ont encore un long chemin à parcourir: “Très honnêtement, un grand nombre de nos PME risquent vite d’être totalement hors-jeu si elles ne changent pas”. En effet, si les acteurs évoluant au sein des grandes entreprises belges sont totalement convaincus par l’importance de pratiques “exploratoires” comme le lobbying, et si l’on y maîtrise déjà assez bien les risques, c’est malheureusement encore loin d’être le cas au sein des PME”. Une situation très dangereuse, à cause de laquelle une PME wallonne bien portante peut mourir: “Imaginez une PME florissante qui ne s’est pas renseignée à propos des démarches à entreprendre pour protéger une innovation. Du jour au lendemain, elle peut se faire mettre à plat par une entreprise brésilienne, russe ou chinoise qui va lui damer le pion en lui volant une innovation qu’elle n’aura par exemple pas pris la peine de protéger”.

Les trois clefs de l’intelligence économique

C’est précisément là le sens de la démarche de l’Agence de Stimulation Économique: faire prendre conscience de l’urgence à devenir audacieux et à  maîtriser tous les circuits de l’information. Vincent Bovy: “Concrètement, il est important de pouvoir introduire au sein de chaque PME un système de veille économique. Cela va des outils de recherche dont certains -parfois assez performants- sont disponibles gratuitement sur Internet jusqu’à des outils de datamining plus spécialisés. Le deuxième point sur lequel il me semble important d’insister, c’est celui de la stratégie de protection du savoir-faire, de ses recherches, de ses données. Et le troisième et dernier point, c’est celui du lobbying. Imaginons que vous soyez imprimeur. Vous pouvez très bien être confronté du jour au lendemain à une nouvelle norme portant sur les encres. Une norme qui peut vous mettre dans l’embarras, parce que vous n’avez pas pu vous y préparer. En jouant à travers des réseaux que la PME devra prendre le temps de tisser soigneusement, l’entreprise peut accompagner le changement en cours, et se placer dans les meilleures conditions pour sortir grandie des évolutions qui se font jour dans son environnement”.

Ne plus se concentrer sur le seul produit

Pendant des années et aujourd’hui encore, de nombreux entrepreneurs ont eu le réflexe de faire porter leur réflexion stratégique sur leur produit, qui représentait -pensaient-elles- le cœur de leur activité. “Lourde erreur…”, observe encore Vincent Bovy. “Lorsque vous considérez un secteur qui a beaucoup bougé comme celui des matelas, que constatez-vous? Que des entreprises qui proposaient de très bons produits peuvent parfois se faire détrôner par des concurrents venus de pays que l’on pensait inoffensifs comme l’Inde ou le Pakistan”. A cet égard, Vincent Bovy observe que la politique de la PME doit bien sûr continuer à s’exercer sur le produit. Toutefois, pour innover, point de nécessité de mettre en branle des changements technologiques fondamentaux et extrêmement compliqués. Et Vincent Bovy de prendre l’exemple d’Amora qui a été le premier à inventer le panier remonte-cornichons, une sorte de petit panier en plastique qui permet de remonter des cornichons sans avoir à plonger les doigts dans le vinaigre. L’innovation sur le produit est donc une condition nécessaire, mais pas suffisante: il faudra aussi penser en terme de distribution innovante, de packagings attractifs, de partenariats révolutionnaires… Ne pas s’astreindre à cette gymnastique intellectuelle, c’est prendre le risque de laisser mourir son entreprise.

Agence de Stimulation Economique de Liège (Belgique) – Source : Pmekmo

Allemagne – l’espionnage des salariés en procès à Francfort

In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence stratégique, Management de l'information, Sécurité, Veille stratégique on 6 octobre 2009 at 5:57

Le procès qui débute à Francfort suscite beaucoup d’attention outre-Rhin. Il devra en effet instruire l’affaire des pratiques de surveillance et d’espionnage à la Deutsche Bank, première banque du pays. Un nouveau dossier sur la longue liste de scandales d’espionnage de salariés, qui secoue le monde industriel depuis des mois.

Qui était responsable de la surveillance de Michael Bohndorf, actionnaire « critique » de la Deutsche Bank ? Qui connaissait les pratiques d’espionnage du membre de la direction Hermann-Josef Lamberti ? Pour élaborer un début de réponse, la vice-présidente du tribunal, Gesine Brackert, passe en revue la politique de sécurité de la Deutsche Bank. L’audition est édifiante : engagement de détectives privés, mais aussi d’une « espionne » chargée de faire parler l’actionnaire, installation de balises de localisation sous le véhicule du membre de la direction, et d’un microphone dans un bouquet de fleurs… Les méthodes fleurent bon les romans d’espionnage. Et pourtant, elles existent bel et bien et font partie id’un arsenal sophistiqué de surveillance, partant « du haut vers le bas » de la hiérarchie en entreprise.

L’affaire ne touche pas que les hauts dirigeants, loin de là. « Il y a par exemple un grand intérêt pour les employeurs à s’intéresser aux données sur l’état de santé et la constitution de leurs salariés – et bien sûr, sur la potentialité des femmes salariées à devenir enceinte ou pas », explique Peter Schaar, en charge de la défense des protections de données auprès du gouvernement. « Nous sommes en passe de nous habituer à une surveillance totale et à un contrôle global. Les logiciels deviennent toujours meilleur marché, pour une utilisation de plus en plus simple en dépit d’une complexité accrue ».

Les cas particuliers de la Deutsche Bahn et de Deutsche Telekom

173 000. C’est le nombre de salariés que la compagnie ferroviaire allemande Deutsche Bahn (DB) a espionné pendant dix ans. A ce nombre déjà considérable, il faut ajouter les salariés de la Deutsche Post, de l’opérateur Deutsche Telekom, d’Airbus Allemagne, du constructeur automobile Daimler, de Siemens, du discounter Lidl (voir article lié)…La « lutte contre la corruption » et la « criminalité économique » sont les deux  raisons principales invoquées par les directions des entreprises pour se justifier… Mais quid des données sur l’état de santé des salariés, collectées et conservées ? De la surveillance des échanges de courrier électronique entre représentants du personnel et journalistes ? Des fiches sur les performances au travail ?

Dans son appel à la manifestation contre « la surveillance totale des citoyens et salariés », le syndicat DGB dénonce une facette supplémentaire de ce qu’il appelle le « Turbokapitalismus » : « Les écoutes téléphoniques, la surveillance par vidéo, l’espionnage qui ont été dévoilés ces derniers mois montrent que les entreprises ne considèrent leurs salariés que comme des outils de production, dont la sphère privée est piétinée. Le but est de créer un sentiment d’insécurité, et d’empêcher une organisation syndicale de dénoncer la détérioration des conditions de travail. »

Pour Gerhart Baum, à la tête de la commission en charge d’enquêter sur les affaires d’espionnage chez Telekom et la Bahn, le cas des deux anciennes entreprises nationales montre une culture fondée sur l’autoritarisme et la rigidité des structures. Dans un entretien au Spiegel, il rapporte ainsi qu’ «il y avait chez Deutsche Bahn et Deutsche Telekom une mentalité de chef en pays conquis, selon le mot d’ordre  « l’Etat, c’est moi ». On ne peut que saluer la lutte contre la corruption au sein de son entreprise. Mais c’est d’une grande arrogance de croire que l’on peut mener seul les enquêtes, sans faire appel à la justice ». Les deux dirigeants responsables des pratiques d’espionnage n’ont pu résister à la pression publique, devenue insoutenable, et se sont vus contraints de démissionner.

Guerre psychologique

En dépit de ces démissions et de la mise en place d’une commission d’enquête, les cas de ces deux entreprises ne représentent que la pointe de l’iceberg, précise Gerhart Baum. « On pourrait croire que ces entreprises considèrent l’économie comme un champ de bataille. Et cette guerre déborde sur d’autres territoires comme internet avec l’infiltration des blogs et des forums de discussions, ou encore la rédaction de lettres aux éditeurs écrites par des écrivains rémunérés, chargés de polir l’image des entreprises».

La forte mobilisation lors de la manifestation à Berlin contre la collecte des données reflète bien la sensibilité accrue des salariés et des syndicalistes sur la question de la protection des données et d’espionnage au travail. Les principaux syndicats allemands ont ainsi mis sur pied un site internet offrant conseils juridiques, mais aussi techniques de défense informatique, ainsi qu’un « Chef-check » chargé de vérifier si le supérieur hiérarchique use ou non de pratiques d’espionnage.

Mais Ingrid Sehrbrock, vice-présidente du syndicat DGB, ne se fait pourtant pas d’illusion : « Le scandale des derniers mois montre combien le droit fondamental de gérer soi-même ses données personnelles est piétiné. Mais la marge de manœuvre des salariés est réduite, car qui veut risquer son emploi à cause de la collecte illégale de ses données ? »

Claire Stam à Francfort (Allemagne) – Novethic

Les capitaux libyens et russes à l’assaut de l’Italie

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Leadership, Stratégie, Veille stratégique on 2 octobre 2009 at 9:42

Roma

L’argent n’a pas d’odeur. Selon « Il Corriere della Sera », déjà 5 milliards d’euros ont été investis au cours des derniers mois par la Russie et la Libye en Italie et plus de 60 milliards devraient arriver rapidement. « Une rivière de capitaux », écrit le quotidien italien, même s’il y a des « préoccupations » avec ces deux pays, notamment en matière de droits de l’homme. Et les litiges commerciaux avec Tripoli ne manquent pas. La Libye devait encore quelque 626 millions de dollars à des entreprises italiennes, après la suspension des paiements en rétorsion de l’embargo des pays occidentaux de 1986.

Ce qui ressort de l’enquête du journal sur les investissements russes et libyens, c’est qu’ils sont surtout destinés à des sociétés leaders dans des secteurs stratégiques « avec tous les risques possibles pour le système italien ». Ainsi la banque centrale de Libye a investi dans UniCredit, la Libyan Investment Authority dans l’ENI, sans parler évidemment du club de football Juventus. De même le russe Severstal a racheté Lucchini, Metinvest a pris Trametal, Rusal Eurallumina. Et, d’après le journal, d’autres entreprises comme Telecom Italia, Finmeccanica, Impregilo, Generali sont dans le collimateur. Les possibilités d’investissement en Italie ne manquent pas et les « meilleures » propositions proviennent de Russie et de Libye. La légende de la caricature du « Corriere della Sera » résume ainsi la situation : « Ta banque, qui l’a achetée : les Russes ou les Libyens ? », demande un personnage. « Je ne sais pas. Les comptes sont en roubles et les intérêts en chameaux. »

Les Échos

La Guinée ou l’art d’effrayer les investisseurs

In Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Risk Management, Stratégie, Sécurité, veille on 25 septembre 2009 at 1:50

Alors que les pays riches rivalisent d’adresse pour attirer le plus d’investisseurs, de  touristes et de travailleurs qualifiés possible ; alors les pays émergents se battent pour séduire les entreprises qui délocalisent, de nombreux pays au sud du Sahara jouent à faire peur aux opérateurs étrangers. C’est le cas de la Guinée Conakry, un peuple de travailleurs infatigables, une terre de tradition hospitalière pourtant affublée de  la note « D »[1] dans la catégorie « environnement des affaires » du Département Etudes Economiques et Risques Pays de COFACE, au même titre que le Zimbabwé ou l’Afghanistan. L’insécurité.

Des exemples

Le 16 septembre dernier à Conakry, des militaires guinéens se présentent au siège de Total Guinée dans le but d’enlever son directeur général. Le DG, Philippe Chauvin, échappe aux agresseurs grâce à l’intervention de ses employés et de quelques passants. Un mois plus tôt, c’est l’ambassadeur de Ghana qui avait été enlevé, brutalisé et dépouillé par des hommes armés…

Des causes

Depuis la prise du pouvoir par les militaires au lendemain du décès de Lansana Conté le 23 décembre 2008, les diplomates et hommes d’affaires asiatiques, européens et africains sont régulièrement la cible de bandes armées qui se croient au dessus des lois. D’ici à 2012, le marché de la security business va flamber dans ce pays comme c’est le cas actuellement en Côte d’Ivoire.

Des réalités

Malgré ses ressources naturelles, la Guinée Conakry est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Elle est 173ème dans le classement Doing Business 2010[2] avec 179 créations d’entreprises/an pour 111 fermetures et un indice de protection des investisseurs de 172. Il faut 41 jours et 13 procédures pour créer une société à responsabilité limitée (SARL) dans ce pays[3].

Une solution

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[1] « D » équivaut à la moins bonne note du classement

[2] Doing Business, Rapport 2010, Banque Mondiale (BM) & International Finance Corporation (IFC)

[3] Pour créer une SARL en Afrique subsaharienne, il faut en moyenne 41 jours et 9 procédures.

Réputation: le Nigeria obtient les excuses de Sony

In Communication d'influence, Gestion de crise, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Perception Management, Soft Power, veille on 22 septembre 2009 at 7:18

Le fabricant de la PS3 a mis en ligne, et diffusé aux Etats-Unis, un spot humoristique dans lequel une blague semblait assimiler les nigérians à des arnaqueurs.

La société Sony a dû présenter ses excuses après la diffusion d’une publicité pour sa console Playstation 3, jugée offensante par le gouvernement du Nigeria, rapporte lundi 21 septembre le site internet du quotidien britannique The Telegraph.

Dans ce spot humoristique, diffusé sur internet et à la télévision américaine, un consommateur, Bernie, interpelle le fabriquant de la PS3 : “Chère Playstation, j’ai eu un tuyau selon lequel vous faites la PS3 à 299$. Vous confirmez ou vous démentez ?”.

Dans la séquence suivante, un responsable de Sony, présenté comme “directeur de la confirmation des rumeurs”, répond : “Bernie, il ne faut pas croire tout ce que vous lisez sur internet. Si c’était le cas, aujourd’hui je serais un millionnaire nigérian.”

Un classique de l’arnaque

Cette blague fait référence à un grand classique de l’arnaque sur internet : les “Nigerian Scams” ou “419 scams”. Le principe est d’envoyer à plusieurs personnes un mail dans lequel l’arnaqueur se présente un proche, et seul héritier, d’un banquier, homme politique ou homme d’affaires défunt.

Pour pouvoir toucher l’argent de l’héritage, bloqué souvent pour des raisons politiques, l’arnaqueur demande à son correspondant de lui fournir ses coordonnées bancaires afin de le récupérer à sa place. La victime se voit promettre une large commission sur la somme. Bien entendu, ceux qui se laissent prendre au piège voient leur compte vidé dans les plus brefs délais. Ces mails proviennent de nombreux pays connaissant une instabilité politique. Mais ce serait au Nigéria que cette arnaque aurait pour la première fois vue le jour.

Le gouvernement nigérian a en tous cas très mal pris la blague de Sony et a réagi dans un communiqué dans lequel il “demande des excuses inconditionnelles de la société Sony pour cette campagne négative délibérée contre l’image et la réputation du pays. Le gouvernement voit ceci comme une tentative de la société Sony d’affaiblir les intérêts économiques du Nigéria dans le monde”.

Le fabricant de la PS3 s’est immédiatement exécuté dans un communiqué dans lequel il s’excuse “auprès de tous ceux qui se sont sentis offensés” et en annonce le retrait du spot. Celui-ci sera remplacé par un autre, dans lequel le responsable de Sony répond : “Il ne faut pas croire tout ce que vous lisez sur internet. C’est comme ça qu’a commencé la Première Guerre Mondiale”.

Jérôme Hourdeaux – Nouvelobs.com


Les développements de l’intelligence économique en Afrique

In Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Stratégie on 20 septembre 2009 at 4:00

Dans Le Monde diplomatique n°666[1], Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, écrit : « je reste, en effet, fondamentalement convaincu que celle-ci (l’Afrique) ne pourra résister aux défis de la globalisation qu’unie et solidaire. » Cette exigence d’unité et de solidarité vaut également pour l’intelligence économique (IE) dont la situation connaît d’énormes disparités sur le continent. Mais aussi inégaux soient-ils, les développements de l’IE au niveau des États, des entreprises, des éducateurs et des experts  doivent concourir à l’éclosion du désir de gagner ensemble que l’Union africaine appelle de ses vœux.

Les États

L’intelligence économique, ne nous voilons pas les yeux, tarde à être considéré comme un sujet d’importance vitale par les gouvernements africains. Sur ce point, les pays d’Afrique francophone (hormis le Sénégal et le Maroc dans une certaine mesure) peinent à emboiter le pas à la France où on observe de remarquables avancées. Malgré la barrière linguistique qui empêche de s’y intéresser de près, les meilleurs élèves du continent demeurent la Libye (2ème) et surtout l’Afrique du Sud (au 1er rang). 45ème pays le plus compétitif au monde[2], cette dernière a été classée 34ème dans le classement Doing Business 2009-2010 devant le Portugal (48), l’Espagne (62), la Chine (89), la Russie (120), l’Inde (133) et le Brésil (129). Le pays de Nelson Mandela attire 6,5 millions de touristes/an (soit trois fois la population du Gabon) malgré de graves problèmes d’insécurité.

Les entreprises

L’état des lieux décrit par Adrian Alvarez dans la dernière livraison de Competitive Intelligence[3] consacré à l’Amérique latine est applicable à l’Afrique. Invoquant les cas du Chili et du Brésil, Alvarez remarque : « Dans ces deux pays, les premiers départements de competitive intelligence ont vu le jour dans de grands groupes (tels que Unilever, Procter & Gamble)… » En Afrique, seules les multinationales comme Bolloré ou Progosa, MTN ou BMCE Bank… ont de vraies unités d’IE. La communauté des hommes d’affaires chinois diffuse également des bulletins d’alertes d’une redoutable efficacité dans la détection et la réponse aux appels d’offre. Certains grands groupes (de télécoms, énergie et transports) bénéficient d’informations concurrentielles obtenues par leurs ambassades grâce au matériel d’interceptions arrivé par la valise diplomatique. Les entreprises locales patientent.

Les éducateurs

Mise à part l’Afrique du Sud, le Sénégal semble être le seul pays africain où l’IE est officiellement enseignée en tant que spécialité. Au Burkina Faso, au Cameroun, au Maroc et à Madagascar notamment, des antennes locales d’universités ou de centres de formation français dispensent quelques heures de veille et d’IE à la française. Pourtant, dans Critical Success Factors in the Brazilian CI Process paru page 13 in Competitive Intelligence (vide supra), Fernando de Almeida, professeur à l’université de Sao Polo relève un détail d’importance: dans des cultures comme celles d’Afrique ou d’Amérique latine, « la communication, dit-il, passe par les mimiques (…) une partie seulement est exprimée de manière explicite, soit verbalement, soit par écrit. » Le refus et/ou l’incapacité d’intégrer la matrice culturelle locale dans les formations d’IE est pour le moins suspect.

Les experts-consultants

Parlant de businessmen dans le royaume chérifien, c’est Abdelmalek Alaoui qui résume à peu près la situation des professionnels africains de l’IE, « cette situation où ceux qui devraient se parler murmurent, ceux qui devraient collaborer s’observent, et où ceux qui devraient interagir se repoussent, conduit à une absence de visibilité totale quant à la stratégie du pays face aux nécessités de la guerre économique »[4] Heureusement, quelques acteurs tels que l’AMIE, GwethMarshall Consulting (1er cabinet d’intelligence économique en Afrique centrale) et l’OAIE travaillent à fédérer les énergies des experts africains au profit de stratégies sous-régionales tournées vers une vision régionale.

Pour conclure son texte cité plus haut, Jean Ping avertit : « au moment où la Commission  est en passe de devenir l’Autorité de l’Union africaine, l’Afrique doit plus que jamais donner des réponses à ses citoyens et lever les incertitudes… » La mission première de l’intelligence économique n’est-elle pas de réduire l’incertitude?

Guy Gweth


[1] Le Monde diplomatique (supplément), n°666, septembre 2009

[2] Forum économique mondial de Davos, Rapport sur la compétitivité globale 2008-2009

[3] SCIP, Competitive Intelligence, volume 12, n°3, mai/juin 2009

[4] Alaoui (A), Intelligence économique et guerres sécrètes au Maroc, Le serpent à plumes éditions, avril 2009

Protégé : Interpol dans la guerre économique

In Coopération internationale, Espionnage économique, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Veille stratégique on 16 septembre 2009 at 12:17

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Quelle intelligence économique pour le sud du Sahara ?

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Sécurité on 13 septembre 2009 at 1:30

Pour la rubrique « Trois questions à » d’un magasine économique, le journaliste  Jean Vincent Tchienehom nous demandait récemment si « c’est cher même pour une petite entreprise d’intégrer l’intelligence économique dans sa stratégie ? » Les entreprises ne s’enquièrent du coût de l’ignorance qu’au moment de mettre la clé sous la porte. La perception qu’ont donnée les fabricants de logiciels de veille à l’IE dissuade nombre de PME et PMI des PMA. Pourtant l’intelligence économique (IE) comme elle opère dans les pays en développement (et singulièrement au sud du Sahara) est sans commune mesure avec ce qui a cours dans les pays riches.

Tout au plus les similitudes s’arrêtent-elles à la théorie et à quelques outils. L’opérationnel est tout autre. Dans ce champ, ceux qui tentent de transférer tel quel le savoir-faire du Nord vers le Sud ne visent qu’à perpétuer la suprématie du premier sur le second. Sans –loin s’en faut- aider à résoudre les questions liées au contexte local. C’est pour cette raison que chaque fois que nous parlons d’intelligence économique et stratégique en Afrique noire, nous attachons du prix à consacrer un chapitre entier à la contre-influence. Ceux qui boivent le sang de ce continent n’arrivent pas en chars. Ils empruntent la culture, les idées.

Au delà de l’aptitude des décideurs à se poser les bonnes questions, de la méthodologie à déployer pour produire du renseignement et des capacités pour chercher, trouver et protéger l’information, l’IE est un moyen de partage enrichissant. Ce que l’on nomme « solidarité africaine » trouve donc ici un terrain d’expression supplémentaire. Mais il importe fondamentalement de bien identifier ses concurrents. Le jour où les Africains mettront un nom sur l’ennemi extérieur, tirer dans la même direction se sera plus une question de coût mais de stratégie d’intelligence commune entre forces vives de la nation.

Car en vérité, l’intelligence économique est par dessus tout un état d’esprit et un esprit d’équipe. Aidée par la mondialisation, la guerre économique telle qu’elle se déploie aux quatre coins du monde n’épargnera aucune entité isolée. Les Africains (États, entreprises, ONG et experts) doivent se « battre ensemble comme des frères » ou se préparer à « mourir ensemble comme un troupeau » suivant la sentence imagée et réaliste de Luther King. De l’Etat-stratège aux pôles de compétitivité en passant par une diplomatie économique résolument offensive, c’est un nouvel état d’esprit qui convoque les décideurs.

Il est étonnant d’observer que les secteurs névralgiques tels que le pétrole, le bois, la bauxite, les transports, les aires cultivables, etc… qui sont la convoitise des puissances étrangères ne soient à ce jour l’objet d’une surveillance par des unités spéciales formées aux techniques d’intelligence stratégique. Des informateurs y sont actifs, mais nous avons prouvé qu’au Congo et en RDC par exemple, ils sont dépassés par les réseaux et la vitesse d’exécution de leur vis-à-vis. Sur ce point, comme sur celui de la guerre informatique en particulier, la refonte des services de renseignements africains est une nécessité  a-b-s-o-l-u-e.

En résumé, l’intelligence économique pourrait bien profiter à l’Afrique noire à condition de se départir de l’influence étrangère, d’instaurer l’Etat-stratège, de définir les secteurs prioritaires, de mettre en place des plateformes de collecte et de partage d’informations, de révolutionner les services de renseignements, de créer des lieux d’échanges privilégiés entre les secteurs public et privé. En attendant, y a-t-il plus loyal que les acteurs africains de l’IE (point d’intersection entre expertise internationale et maîtrise du contexte local) pour avertir et outiller les pouvoirs publics, les entreprises, les ONG et les médias nationaux?

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lire :

Contre-intelligence : l’expertise d’une PME africaine

Le novembre de l’intelligence économique en Afrique

Dix clés pour comprendre les enjeux de l’IE en Afrique

Intelligence économique: les quatre vérités de l’OAIE

In Gestion de crise, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information on 6 septembre 2009 at 11:01

Joseph_BayeheLe 12 avril 2007, le site Outils Froids publiait un article de 20 lignes intitulé: “Le retour de l’organisation africaine de l’intelligence économique (OAIE).” En guise de conclusion, l’auteur exigeait des excuses et des explications de l’Organisation suite au report sine die du colloque “intelligence économique en Afrique, enjeux et perspectives” initialement prévu du 15 au 18 février 2006 à Dakar. Une demande légitime. Depuis, le temps a passé. Sans effacer les traces de ce qui s’apparente aujourd’hui à une crise mal gérée. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, j’ai invité Joseph Bayehe, Phd., directeur exécutif de l’OAIE pour un entretien vérité. Au nom de l’Organisation présidée par le Général Mamadou Mansour Seck, ancien ambassadeur du Sénégal aux Etats-Unis, il a accepté de me répondre. En exclusivité.

Guy Gweth: la décision de reporter in extremis la tenue du colloque de Dakar sus-mentionné s’est révélée extrêmement éprouvante pour l’OAIE et l’ensemble de ses partenaires. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Joseph Bayehe : il y a eu un mélange de plusieurs facteurs parmi lesquels : un problème de coordination au niveau du Comité scientifique, le départ d’un membre de l’équipe d’organisation, et le désengagement de certains de nos partenaires. Les partenaires qui sont restés et dont la participation était conditionnée par celle des autres ont tiré les conséquences par leur retrait, malgré eux. Je dois dire ici que les choses se sont passées très vite et il y a d’autres détails que je ne peux exposer ici et qui ont milité pour l’annulation.

Avez-vous des regrets ?

Des regrets, évidemment nous en avons. Nous avons mal communiqué ou pas assez communiqué sur les raisons du report-annulation de notre Colloque. Beaucoup d’acteurs africains et non africains de l’intelligence économique n’ont pas selon toute vraisemblance été informés.  Je comprends la réaction qu’ils ont eue par la suite et je saisis l’occasion que vous m’offrez à travers votre blog de présenter au nom de l’OAIE et à mon nom personnel toutes nos excuses à tous ceux qui ont été touchés d’une manière ou d’une autre par l’annulation du Colloque et leur demande de nous réitérer leur confiance. A ceux qui sont restés avec nous, qu’ils trouvent ici l’expression de notre profonde reconnaissance.

De nombreuses personnalités et institutions internationales étaient impliquées dans l’organisation de ce colloque qui sont toujours prêtes à suivre. Pouvez-vous en citer quelques unes?

Je citerai d’abord l’UEMOA et son président Soumaïla Cissé qui a compris depuis 2005 notre combat, et qui de tout temps a eu une oreille plus qu’attentive. La BAD et son Président Donald Kaberuka ; au niveau de l’Union Africaine aussi, du Nepad, de l’ACBF, du CRDI. Des personnalités telles Jacques Bonjawo, Paul Dishman, ancien président de la SCIP et bien d’autres encore. Nous sommes entrain de travailler pour la présence d’au moins deux chefs d’Etats africains. Le moment venu, tout sera dévoilé.

Alors que la guerre cognitive fait rage dans le cyberespace, comment justifiez-vous la relative carence des acteurs africains de l’intelligence économique sur le terrain de la communication stratégique et de la production des connaissances en ligne ?

Il s’agit probablement d’une question de culture et de l’absence d’un catalyseur. Je sais qu’ils sont nombreux les Africains qui veulent produire des connaissances en ligne. Mais ils ont besoin d’un milieu dans lequel ils peuvent s’exprimer, un cadre opératoire.

Il faudrait aussi faire  remarquer les orientations de la plupart des acteurs. Certains aimeraient plutôt mettre leur connaissance au service des entreprises qu’ailleurs. L’existence des blogs comme le vôtre poussera certainement d’autres à s’y investir.

Les Africains sont réputés solidaires. Arrivez-vous à expérimenter cette « solidarité africaine » sur le terrain de l’information et du partage des connaissances ?

Vous savez que chaque fois qu’on parle d’information au niveau des entreprises ou même des États, le mot prend une autre connotation et donne lieu à des réactions qui quelques fois n’ont pas lieu d’être. On n’arrive pas à faire la différence entre ce qui est pour soi et ce qui peut nous servir à nous, mais aussi servir aux autres sans qu’on perde sa compétitivité.

Cette solidarité n’est pas effective au plein sens du terme mais elle tend à s’installer déjà au niveau des intellectuels africains. La sensibilisation et la formation peuvent aider à changer la mentalité. On voit aussi la nécessité de créer des banques de données accessibles et interactives pour limiter la rétention de l’information et favoriser la culture au partage ./.

Protégé : Présidence à hauts risques pour Ali Bongo

In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Prospective, Risk Management, Sécurité on 5 septembre 2009 at 8:49

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Protégé : Comment Kadhafi a dupé la France, de Tripoli à Paris

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management, Sécurité on 25 août 2009 at 8:45

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Communication stratégique, enjeu de défense nationale

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Perception Management, Soft Power on 23 août 2009 at 5:45

fritz-jules-ebelle-eboumbouFragiliser l’adversaire avant de le convier aux négociations est une vieille tactique de guerre qui marche encore. Les diplomates le savent très bien: il est plus aisé de fixer les conditions de paix lorsque les vaincus n’ont d’autres choix que la reddition. L’héritage des guerres passées à la société de l’information actuelle est visible dans la déstabilisation des dirigeants africains (par campagnes de désinformation ou rapports d’enquêtes… publiés à l’approche de grands rendez-vous internationaux). Pour contribuer à faire de la communication stratégique un enjeu de défense nationale dans ces pays, j’ai invité le chef de la cellule de communication au cabinet du Premier Ministre du Cameroun, Fritz-Jules Ebellé Eboumbou, journaliste principal. Fondateur en 1995 de l’Association Nationale des Professionnels de la Communication Institutionnelle (ANAPROCI), c’est un expert aguerri qui nous fait l’honneur de répondre à quelques questions. Une exclusivité.

Guy Gweth: en Afrique, le personnel politique, les acteurs de la société civile et même les opérateurs économiques montrent encore une certaine timidité à communiquer dans la blogosphère. Pourquoi le chef de la cellule de communication au cabinet du Premier Ministre du Cameroun a-t-il accepté mon invitation?

Fritz-Jules Ebellé Eboumbou: en vous remerciant sincèrement pour votre aimable invitation de m’exprimer à travers votre blog, il m’est agréable de vous faire savoir qu’un communicateur parvenu à mon niveau ne peut que se réjouir de l’opportunité ainsi offerte d’exposer ses attentes, préoccupations et convictions (apc).

Le Cameroun (comme plusieurs pays africains) est périodiquement l’objet d’attaques par l’information de la part d’acteurs extérieurs, actes hostiles souvent bien relayés par la presse nationale. Sans entrer dans le fond, comment jugez-vous les réponses apportées par les autorités nationales à ce type d’assauts?

L’héritage du parti unique dans le comportement et les attitudes de nos dirigeants n’est pas à minimiser. Dans ce contexte, vous ne l’ignorez pas, le secret était élevé à la dignité de culte. Faire savoir ce que l’on fait n’était pas une préoccupation. Les messages des pouvoirs publics allaient vers les administrés à sens unique. Sans que les réactions des concernés soient un souci majeur. Du jour au lendemain, sans préavis, le mur de Berlin tombe et on se réveille dans un monde nouveau avec de nouvelles exigences de gouvernance pour lesquelles on était peu préparé. Et même si en général, les accusations dont ils sont l’objet ne sont pas toujours fondées, nos gouvernants restent embrigadés par les vieux réflexes qui sont insuffisamment adaptés aux nouvelles réalités de l’heure. On assiste alors à une communication de type défensive bien peu percutante au regard des résultats généralement en deça des attentes de nos pouvoirs publics.

Quelles sont à votre avis, les raisons qui font que de nombreux États au sud du Sahara n’ont toujours pas inscrit la communication stratégique comme enjeu de défense nationale alors que les dégâts sont terribles pour l’image et l’économie de ces pays?

Il convient de considérer chaque cas dans son contexte, d’éviter les généralisations abusives. Si vous examinez les textes réglementaires vous serez surpris des dispositions envisagées. Le sempiternel problème réside au niveau de l’application effective des textes en question. Au Cameroun que je connais bien, l’arsenal juridique dans le domaine de la communication est très pertinent. Des mesures sont arrêtées au niveau de la Présidence de la République. Chaque département ministériel dispose d’une Cellule de Communication. Les Services du Premier Ministre ne sont pas en reste. Mais comment coordonner tout cela? Comment en faire un instrument véritablement dédié à la valorisation de l’image de marque des institutions nationales tant sur le plan interne qu’externe? La prise de conscience est bien réelle. C’est la mise en œuvre effective des préoccupations des pouvoirs publics qui demeure problématique.

Au cabinet du Premier Ministre du Cameroun, vous travaillez depuis une dizaine d’années sur un concept de laboratoire d’idées dont le leitmotiv est: “les batailles se gagnent ou se perdent ou sur le terrain de la communication.” Quels en sont les axes stratégiques?

Nous travaillons à restaurer la confiance entre le corps des journalistes toutes tendances confondues avec les pouvoirs publics, nous visons à restaurer des liens de partenariat entre nos pouvoirs publics et la presse internationale, nous nous attelons à faire adopter une communication de proximité en direction de nos partenaires stratégiques. Nous entendons amener nos pouvoirs publics à s’approprier les concepts modernes de l’intelligence stratégique pour améliorer leur positionnement sur la scène internationale. En janvier 2010, nous serons outillés pour mesurer les résultats obtenus dans ces différents chantiers… ./.

S’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Risk Management on 20 août 2009 at 3:00

Face aux menaces qui pèsent sur le monde actuel (attaques terroristes, guerre informatique, conflits armés, réchauffement climatique, ouragans, pandémies, prolifération nucléaire sauvage… “Foreign Policy a demandé à 21 experts internationaux, chacun dans son domaine, de donner une solution qui aiderait à faire de la planète un monde un peu meilleur et plus agréable à vivre.” Le 12è point : lutter contre le terrorisme signé de John Arquilla, professeur en stratégie de défense à l’Ecole Navale Supérieure, a particulièrement retenu notre attention. Dans les lignes qui suivent, Arquilla propose tout simplement de s’inspirer des stratégies des terroristes pour mieux les atteindre… Quelle ingéniosité! GG

« “Réseau” est le mot le plus couramment utilisé pour désigner les organisations terroristes depuis le 11-Septembre 2001. Pourtant, depuis six ans que le premier grand conflit armé a eu lieu entre des Etats et des “réseaux”, les Etats en sont toujours à livrer la “dernière bataille”. On a à peine remarqué que la poursuite d’Al-Qaïda et de ses alliés s’effectue sans qu’aucune réflexion sérieuse n’ait été menée sur les nouveaux types de problèmes que posent des adversaires qui opèrent en petits groupes interconnectés, avec un minimum de contrôle central.

« Les nations continuent de raisonner en termes d’accumulation de forces sur des champs de bataille, de puissance de feu “écrasante”, comme l’armée des Etats-Unis a tenté de le faire en Irak. Mais les “réseaux” là-bas ont su facilement dévier les coups, poursuivant leurs activités insurrectionnelles avec une sauvagerie encore plus grande. Dans ce nouveau type de conflit, – appelons cela “guerre de réseaux” – la dynamique de base est celle de ceux qui se cachent contre ceux qui les cherchent. L’époque est révolue où l’on massait mutuellement des forces pour qu’elles s’affrontent sur une plaine sinistre. Aujourd’hui, si vous ne trouvez pas l’ennemi, vous ne pouvez pas le combattre. Si les nations veulent avoir la moindre chance de défaire le terrorisme, elles doivent comprendre que les réseaux sont une forme d’organisation distincte, et non juste un qualificatif appliqué à la hâte. D’une manière pratique, cela signifie qu’il faut viser les “nœuds stratégiques” du réseau, et non pas seulement se borner à les neutraliser en envahissant ou bombardant les pays soupçonnés de les soutenir.

« Vous ne pouvez pas attaquer un “réseau” avec une armée traditionnelle. Au lieu de cela, il faut avoir la volonté d’organiser ses propres forces en unités souples et organisées en “réseaux”. De façon assez ironique, il faut dire que l’armée des Etats-Unis avait entamé sa guerre contre le terrorisme sous cette forme avec ses onze “A teams” des Forces Spéciales – soit moins de 200 hommes par équipe – qui ont renversé le régime Taliban et mis Al-Qaïda en déroute en Afghanistan. Chaque équipe était connectée aux autres et aux forces aériennes de soutien. Ils se sont révélés impossibles à arrêter. Mais depuis la fin 2001, la vieille garde des généraux américains a renoué avec sa préférence pour les grosses unités, d’abord en Afghanistan, ensuite en Irak. Et aujourd’hui nous sommes deux fois embourbés, en grande partie à cause de notre réticence à “combattre les réseaux par des réseaux”.

« Voici quelque quarante ans au Vietnam, le Pentagone a basculé d’une stratégie à base d’opérations spéciales ciblées et interconnectées en faveur de celle, conventionnelle, des “unités lourdes” conventionnelles, avec les résultats désastreux que l’on connaît. Jusqu’à maintenant, nous avons commis la même erreur dans la guerre contre le terrorisme. La seule différence, c’est qu’il est encore temps d’en inverser le cours. »

Les 21 solutions du Foreign Policy pour sauver le monde.

1. Contrer les dictateurs 11. Se désintoxiquer du pétrole
2. Démocratiser les médicaments 12. Lutter contre le terrorisme
3. Réduire les émissions de CO2 13. Combattre la malnutrition
4. Atténuer les inégalités 14. Enrayer l’anti-américanisme
5. Freiner l’extrémisme religieux 15. Sécuriser l’Internet
6. Promouvoir l’égalité des sexes 16. Juguler la pandémie du Sida
7. Lutter contre le trafic de drogue 17. Promouvoir les démocraties
8. Réduire la surmortalité russe 18. En finir avec la malaria
9. Doper l’aide au développement 19. Aider les petits producteurs
10. Préserver les fonds marins 20. Stopper la prolifération nucléaire

21. Gérer la nouvelle complexité du monde

Sectes : OPA sur l’Afrique

In Communication d'influence, Intelligence culturelle, Intelligence stratégique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 18 août 2009 at 10:00

Le 20 juillet 2008, nous publiions une carte postale de notre enquête sur l’industrie de la foi sur le continent noir sous le titre : le business de Dieu en Afrique subsaharienne. L’intérêt de notre étude pour l’intelligence économique et stratégique était triple. Primo : évaluer le capital et les intérêts générés le syndicat de Dieu. Secundo : décrypter les stratégies de contrôle mental activés pour ferrer les cibles. Tercio : sonder l’impact de cette industrie à l’organisation al qaedienne sur la société, l’économie et l’establishment politique des pays concernés. Un an plus tard, presque jour pour jour, le très bel article signé de Fabienne Pompey ce 17 août 2009 sur le site de Jeune Afrique sous le titre Sectes : OPA sur l’Afrique vient corroborer nos premiers résultats. Le journal de Béchir Ben Yahmed va même plus loin en citant les noms de puissantes organisations religieuses que nous préférions garder sous silence, à l’époque, pour les besoins de l’enquête. En voici quelques extraits. GG

“On trouve de tout sur le marché religieux et mystique du continent : des grandes Églises, des petites, des prophètes autoproclamés, des sectes et groupes initiatiques en tous genres. Un méli-mélo de la spiritualité qui profite de la grande liberté laissée aux cultes et de la misère des populations. Dérives, escroqueries et manipulations mentales : tout est, hélas, permis.

“Traquées, parfois traduites en justice en Europe – notamment en France, où la vigilance est forte –, les sectes trouvent en Afrique une terre d’accueil sans contraintes. De même, les évangélistes américains ou brésiliens professent, voire s’installent, à peu près comme ils veulent. Et les mystiques et autres mouvements new age ne rencontrent pas non plus d’entraves. Baignée dans les rites initiatiques, la sorcellerie, la magie, les fétiches et autres croyances, l’Afrique est une terre ouverte aux religions et à leurs avatars.

“Souvent dissimulés sous des associations de bienfaisance ou humanitaires, les sectes et mouvements religieux, européens, américains ou asiatiques, s’immiscent discrètement dans le quotidien des Africains. Un exemple : le 24 avril 2009, le quartier de Cocody, à Abidjan, abrite une cérémonie de lancement du Festival mondial de la paix, accompagné d’un projet « à impact social » sur le campus. La fête est rehaussée par la présence d’un représentant de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), Hamadoun Touré. Il fera même un discours, assez classique, sur la paix, principale préoccupation des Ivoiriens. Rien que de très ordinaire. À un seul détail près : la cérémonie se tient à l’initiative de la secte Moon.

“Le rêve africain de Moon

“Il y a bien longtemps que Moon a ses entrées à l’ONU. Après avoir fait ses premières recettes sur le thème de la lutte contre le communisme, avec un temps le soutien de la CIA, le gourou d’origine coréenne a senti le vent tourner et a réorienté sa croisade vers la « paix universelle ». Il crée alors des dizaines d’ONG et la FPU est reconnue, à ce titre, comme partenaire de l’ONU. Moon obtient une tribune aux Nations unies.

“À Paris, le porte-parole de son Église de l’unification, Laurent Ladouce, travaille à l’élaboration d’un « rêve africain », « le rêve de l’Afrique de jouer un rôle accru dans le monde et le rêve de centaines de millions d’Africains de mener une vie meilleure ». Pour cela, il faudrait « faire ressortir la beauté de la personnalité africaine, ses valeurs fortes et universelles, qui feront que les gens auront envie d’aimer les Africains, de les avoir comme amis, comme partenaires ». Le texte est un salmigondis de réflexions à l’emporte-pièce, allant de la définition d’une « stratégie touristique panafricaine » à une « éthique africaine du capitalisme ».

“De son Japon natal, Daisaku Ikeda, président de Soka Gakkai, bouddhiste, pense aussi que « l’Afrique est le continent du XXIe siècle ». Ce mouvement religieux et politique, qui revendique quelque 12 millions de membres dans le monde, est présent en Côte d’Ivoire depuis 1983, où il a été reconnu comme Église en 1999. Il aurait aujourd’hui 11 000 adeptes ivoiriens, dont un tiers dans le seul quartier de Yopougon, à Abidjan. Les représentations les plus importantes sur le continent sont au Ghana et en Afrique du Sud, mais aussi en Zambie, en Namibie, au Zimbabwe, en RDC ou au Mozambique.

“Avoir la caution d’un chef d’État, ou de hautes personnalités, est essentiel pour ces mouvements, qu’ils soient religieux, philosophiques ou thérapeutiques. C’est ainsi que l’une des grandes réussites de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, l’Amorc, sous l’impulsion de son ancien et défunt « Imperator », Raymond Bernard, a été de pouvoir compter dans ses rangs le président camerounais Paul Biya. Plusieurs membres du gouvernement ou des grands corps d’État sont, ou ont été, rosicruciens. Sur le continent, l’Amorc revendique quelque 25 000 membres et organise très régulièrement conférences et séminaires, de Dabou à Ouaga, en passant par Kinshasa.

“Ainsi, l’Église de scientologie, d’origine américaine et extrêmement suspecte aux yeux des autorités françaises, a été reconnue d’utilité publique en 2007 en Afrique du Sud. Elle bénéficie ainsi d’exonérations fiscales sur les dons des adeptes. Les scientologues ont racheté dans ce pays plusieurs superbes demeures classées. À Port Elizabeth, ils ont acquis un bâtiment ancien pour 8 millions de rands (près de 700 000 euros), plus 6 millions pour les rénovations, et profitent de l’exonération de taxes réservée aux investisseurs qui réhabilitent des monuments historiques !

“La scientologie se développe en Afrique sous couvert de ses « volontaires », qui interviennent dans des situations d’urgence humanitaire ou de programmes antidrogue, ou même dans des ONG de défense des droits de l’homme, comme le Youth for Human Rights International en Afrique du Sud. Ils ont aussi très officiellement pour mission « de réaliser des formations et des séminaires basés sur le travail de Ron Hubbard », le théoricien et fondateur de la scientologie.

“Les sectes poussent sur le terreau de la misère, du désespoir. Et, en Afrique, croyez-moi, les gourous se portent bien », assure Claude Wauthier, auteur de Sectes et prophètes d’Afrique noire. L’une des clés qui ont ouvert aux sectes les portes de l’Afrique réside dans leur promesse d’une vie meilleure, ici et maintenant. « Les gens cherchent une prière rentable dans le cadre d’un objectif précis : une guérison, la recherche d’un emploi, la réussite d’un projet, la résolution d’un conflit », estime Isidore Ndaywel è Nziem dans son Histoire du Zaïre.

“Plus grave, le projet politique qui se cache sous les oripeaux de la religion. « La pratique dans ces groupes amène à l’absence d’esprit critique, de distanciation, et à une désocialisation ; les sectes sont persuadées d’avoir trouvé un modèle social et donc un modèle politique qu’elles n’ont de cesse de dupliquer. Or ce sont en général des systèmes théocratiques, tyranniques et dictatoriaux », ajoute Jean-Pierre Jougla. « Dès qu’il y a un signe de déliquescence ou de vacance du pouvoir, les sectes se développent automatiquement », affirme-t-il […]

Retrouvez l’article complet dans Jeune Afrique

Dans le même registre, lire :

Le business de Dieu en Afrique centrale

Guerre économique : la bataille pour le contrôle mental

Protégé : Ce que le FBI savait sur Bernard Madoff

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Sécurité on 17 août 2009 at 10:01

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Intelligence économique : le devoir d’innover

In Communication d'influence, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Management de l'information on 11 août 2009 at 3:59

Ma grand-mère dit toujours qu’il faut s’inspirer des meilleurs. Cette fois, j’ai volontairement fait entorse à ce principe en m’inspirant d’un blogueur apparenté intelligence économique (IE) un brin exalté mais visiblement en panne d’inspiration. Pour reprendre un document intemporel du Service canadien de renseignement de sécurité que nous avons publié sur ce site il y a plus d’un an, il a cru devoir y ajouter sa french touch, ce que le psychologue John Dewey[1] appelle « le désir d’être important ». Le sujet « déplore » sans argument le fait que nous ayons exploité ce document sous l’angle de la contre-intelligence ; et d’ajouter qu’il date un peu… Pour finir, notre brave homme reproduit le même article le 7/8/2009 (!), se contentant de le segmenter comme le font tous les néophytes de la chasse au PageRank[2]. Cette attitude, incohérente en l’espèce, cache en réalité un malaise plus profond dans la communauté de l’IE que je n’ai de cesse d’observer et de regretter ; face auquel je propose une solution. Une.

Ce que j’observe

Lorsqu’on atterrit sur un site/blog d’intelligence économique/ stratégique, on est tenté de s’interroger sur les mobiles de l’auteur. Force est de constater que les objectifs sont rarement explicites. Cette absence de précision est de nature à créer un imbroglio complet chez les internautes qui ignorent alors s’ils sont en face d’une page de communication personnelle, d’un travail universitaire ou devant un site de promotion de moteurs de recherche et /ou de logiciels de veille sur internet. Nos lecteurs francophones (opérateurs économiques, enseignants, consultants, journalistes ou étudiants…) ont pourtant des demandes très précises. Dans leur grande majorité, ils espèrent en effet qu’on leur montre comment, grâce à sa grille de lecture innovante et complexe, l’IE offre le dispositif de défense et d’attaque (soft, hard et smart) idoine en matière de guerre économique. Être incapable de répondre à cette demande primordiale condamne tout auteur de site/blog d’IE à brasser de l’air. Pour l’instant, seuls quelques rares sites francophones tels que Infoguerre répondent avec succès.

Ce que je regrette

Je regrette qu’une trop grande place soit accordée aux techniques de recherche d’informations électronique dans les formations de 3è cycle en intelligence économique. Internet n’est pas le Christ qu’attend la communauté de l’IE. C’est tout juste, dirait Maître Eckhart[3], « le virtuel miroir de l’âme humaine ». D’où l’heureuse formule FJ Beylot de Troover : « sur internet on trouve de tout. On n’y trouve pas tout. » Car l’intelligence économique commence véritablement au moment où on croit détenir l’information recherchée. C’est à partir de cet instant qu’il faut « rompre l’os et sucer la substantifique moelle » selon le bon mot de Rabelais. Issus du moule de l’internet intelligence, les stagiaires qu’on reçoit aujourd’hui en entreprise ou dans les cabinets d’intelligence économique rêvent tous de travailler 8 heures par jour dans un bureau climatisé à collecter des informations que des inconnus ont posté sur internet pour X raisons.

Ce que je propose

On a de plus en plus tendance à oublier que les restaurants, les bars, les cafés … qui jouxtent les entreprises à surveiller sont des foyers intarissables d’informations, que les centres de sport et de loisirs fréquentés par les cadres d’une organisation concurrente sont le lieu idéal pour tamponner une cible. Pourtant nombre d’acteurs de l’IE même parmi les anciens sont incapables de descendre sur le terrain et de ramener des renseignements précis grâce aux techniques d’intelligence humaine (Humint). Combien de Masters en intelligence économique enseignent par exemple les techniques d’interrogatoire téléphonique dans l’espace francophone? [...] Je propose qu’on innove en mettant l’humain (non l’égo) au cœur de l’intelligence économique et stratégique, avec les conséquences que cela implique pour les théoriciens et les praticiens.

Guy Gweth


[1] John Dewey, Human nature and conduct: an introduction to social psychology, Carlton house, 1922.

[2] Critère mathématique inventé par Larry Page, co-fondateur de Google, le PageRank (PR) est l’indice de popularité des pages web. Plus il est élevé, plus la page en question est censée être intéressante pour les internautes.

[3] Philosophe et théologien allemand, Maître Eckhart (1260-1327) affirmait que « l’œil est le miroir de l’âme». Affirmation qu’en l’occurrence, nous transposons au web.

Les taupes de Fidel Castro aux Etats-Unis

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, Sécurité on 9 août 2009 at 11:12

C’est l’histoire vraie d’un couple de septuagénaires américains qui espionnaient leur propre pays au profit de Fidel Castro. Un chef d’œuvre pour les services de renseignements cubains qui ont réussi à traiter pendant 30 ans un haut fonctionnaire US au dessus de tout soupçon. Cette histoire peut être lue sous le prisme de l’intelligence économique, mutatis mutandis.

GG

“Cette fois-là, Walter Kendall Myers a manqué de vigilance. C’est une faute professionnelle pour un agent secret. Le 15 avril dernier, lorsqu’un inconnu l’aborde sur un trottoir de Washington, lui souhaite « bon anniversaire » et lui tend un « puro » – l’un de ces cigares cubains interdits de vente aux Etats-Unis – ce distingué haut fonctionnaire à la retraite est persuadé d’avoir affaire à son « officier traitant » de La Havane. Erreur fatale : l’inconnu en question est en réalité un enquêteur du FBI qui boucle trois ans d’investigations. Et s’apprête à faire éclater au grand jour une affaire d’espionnage digne des meilleurs polars de John le Carré.

“Taupe ayant ses accès dans les sommets de la diplomatie américaine, Kendall Myers, 72 ans, travaillait en effet pour le compte de Cuba… depuis trois décennies ! Expert et analyste en relations internationales au Département d’Etat, ce gentleman au profil d’aristocrate anglais détenait une accréditation « top secret ».

“Il pouvait ainsi accéder quotidiennement à la base de données de cette administration, aujourd’hui dirigée par Hillary Clinton. Avec l’aide de sa femme, Gwendolyn, 71 ans, assistante de direction à la banque Riggs, le fonctionnaire a transmis des milliers de documents et d’informations ultrasensibles à ses officiers traitants, qui, à leur tour, les acheminaient directement vers le bureau de Fidel Castro.

“Arrière-petit-fils de l’inventeur du téléphone Alexander Graham Bell, Kendall Myers présentait pourtant un pedigree au-dessus de tout soupçon. Issus de la bonne bourgeoisie américaine, lui et son épouse vivaient dans un immeuble chic des beaux quartiers de Washington. Amis, famille, collègues ne leur connaissaient qu’une seule passion : la voile, que ce couple BCBG pratiquait chaque week-end à bord de son « 37-pieds ». Jamais, au grand jamais, ils n’avaient manifesté devant eux le moindre intérêt pour la politique latino-américaine ni mentionné le nom de Cuba.

“En cet après-midi fatidique du 15 avril, le vrai-faux officier traitant cubain demande à Kendall Myers de le retrouver, le soir même, au bar d’un hôtel. Deux autres rencontres secrètes suivront, les 16 et 30 avril, toujours à Washington, mais dans l’intimité de chambres d’hôtels. Habitué à travailler en tandem, Kendall Myers vient chaque fois avec Gwendolyn, sa femme, sa complice. Au fil de cinq heures de discussions au total, l’agent du FBI multiplie les questions pièges afin de vérifier les éléments de l’enquête en sa possession.

“En confiance, les septuagénaires n’y voient que du feu. « Comment va tout le monde, à la maison ? » interrogent-ils d’emblée avant d’exprimer leur amour immodéré pour l’île communiste, où ils rêvent de se rendre un jour à la voile, car « Cuba compte vraiment pour [eux] ». L’instant d’après, badins, ils dénigrent les Etats-Unis : « Le problème de ce pays, c’est qu’il y a trop d’Américains. » Mais l’essentiel est ailleurs : lors des trois rendez-vous secrets, par petites touches, les époux Myers livrent d’innombrables et fascinants détails sur leur travail d’agents cubains.

“Titulaire d’un doctorat en relations internationales, Kendall Myers entame sa carrière au Département d’Etat à la fin des années 1970. Spécialiste de l’Europe, il est d’abord enseignant au sein du Foreign Service Institute (FSI), où il prépare les diplomates en partance pour le Vieux Continent. En 1978, lui-même assiste, en auditeur libre, à une conférence sur Cuba donnée par un diplomate de ce pays. A la fin de sa présentation, le Cubain invite Kendall Myers à participer à un voyage d’études non officiel sur l’île, où il se rend en décembre 1978, pendant deux semaines.

Sur place, l’Américain est pris en main, à son insu, par les services cubains, qui lui réservent leur meilleur « tratamiento », lequel consiste à présenter à leurs invités de marque la révolution sous son meilleur jour. Le « traitement » est couronné de succès [...]

Lire l’article complet in L’Express.

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Une taupe dans le dispositif d’intelligence économique

Guerre économique: la bataille pour le contrôle mental

Protégé : Etranges tractations autour du diamant camerounais

In Diplomatie économique, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Lobbying, Stratégie on 3 août 2009 at 8:40

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Renseignement: les vieilles couvertures en cause

In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Géostratégie, Intelligence stratégique, Perception Management, Stratégie, Sécurité on 15 juillet 2009 at 9:15

Il n’est que de feuilleter la florissante littérature des services secrets pour se rendre à l’évidence que les couvertures de «journaliste », « humanitaire » ou « universitaire »  sont parmi les plus vieilles d’usage dans le cadre des covert operations. Mais au delà des précautions à prendre en pareille occasion, l’enlèvement d’agents français en Somalie le 14 juillet 2009 offre le prétexte idéal pour soulever deux des questions  qui travaillent la communauté du renseignement dans les pays occidentaux en guerre contre le terrorisme islamiste: la capitalisation des agents issus de minorités ethniques et la nécessaire rénovation des techniques de renseignement humain (Humint). L’exploitation de sources ouvertes par les forces hostiles (grâce aux NTIC) a radicalement changé la donne sur le théâtre des opérations.

Paris, 14 juillet 2009. 8h 35. Les Champs Elysées grouillent de monde. Le soleil brille sur la capitale française mais on a l’impression qu’il cache de gros nuages. Dans l’attente de Nicolas Sarkozy qui doit présider le défilé militaire, France 2 diffuse les images de quelques membres du gouvernement. Parmi eux, Hervé Morin, l’air soucieux. La co-présentatrice du Direct, Marie Drucker, explique que le ministre de la défense est préoccupé parce que « deux étrangers ont été arrêtés tôt ce matin en Somalie. A l’heure qu’il est, on ne connaît pas leur nationalité. » En fait d’étrangers, il s’agit de « deux conseillers français en mission officielle d’assistance auprès du gouvernement somalien. »[1]

D’après notre confrère du blog Secret Défense, les deux Français auraient été envoyés récemment sur place par la Direction Générale de la Sécurité Extérieure pour une mission de conseil en matière de sécurité, dans le cadre du soutien de la France au gouvernement légal du président cheikh Charif Ahmed. L’enlèvement a d’ailleurs eu lieu à l’hôtel Sahafi, l’une des zones les plus sécurisées de la capitale. Tout de suite après, l’ONG Reporters Sans Frontières[2] est montée au créneau s’estimant « choquée qu’ils aient pu se faire passer pour des journalistes. Etre journaliste, ce n’est pas une couverture, dit RSF, c’est un métier… »

Une grande cécité guette désormais les services occidentaux. Rivés dans une posture du fort au faible, ils sont incapables d’une part d’envisager que l’adversaire est au fait de techniques (permettant de trouer les vieilles couvertures d’usage dans la milieu); pis, certains s’empêchent de promouvoir et d’utiliser leurs agents opérationnels originaires de « zones sensibles ». Ces derniers sont tout juste bons à traduire des écoutes et au mieux à infiltrer des bandes de braqueurs ou de dealers dans les « banlieues difficiles ». On feint d’ignorer que lorsqu’un « visage de craie »[3] pose son pied sur le tarmac de Mogadiscio, il est immédiatement « pris en charge »(?)

Au 2nd trimestre 2008, dix agents africains-américains des services secrets se sont plaint de discrimination raciale aux Etats-Unis. Dans le procès qui les opposait à leurs supérieurs, ils ont brandi devant la cour fédérale du District de Columbia des e-mails méprisants échangés entre leurs supérieurs hiérarchiques respectifs. En Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni et en France, les agents issus de minorités avouent sous anonymat qu’ils sont parfois mal notés et qu’ils ne grimpent pas assez vite dans la hiérarchie à cause de leurs origines… Des accusations graves et récurrentes mais difficiles à vérifier de l’extérieur. Les contradictions du monde « civilisé » feraient-elles le lit des intégristes ? A voir.

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“Secret Défense” : 1 vecteur, 2 messages, 3 cibles

Guy Gweth


[1] Selon les termes du communiqué publié dans l’après-midi du 14 juillet 2009 par le Quai d’Orsay.

[2] D’après Reporters Sans Frontières, cinq journalistes ont été tués dans le pays depuis le 1er janvier 2009.

[3] Expression populaire désignant les personnes de race blanche en langue locale.

Protégé : Profiling du candidat français à la Présidence du Gabon

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Intelligence stratégique, Leadership, Stratégie on 9 juillet 2009 at 10:29

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Les Etats-Unis créent un cyber-commandement militaire

In Gestion de crise, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Management de l'information, Risk Management, Sécurité on 6 juillet 2009 at 5:30

Le Pentagone vient d’instaurer un commandement militaire chargé d’effectuer des cyber-attaques et de protéger les réseaux sensibles des Etats-Unis. Le “cyber-commandement” (CyberCom) sera placé sous l’autorité du Commandement stratégique américain (Stratcom). Il devrait être opérationnel à partir de l’automne.

Robert M. Gates, secrétaire d’Etat à la Défense, devrait nommer le lieutenant général Keith Alexander à la tête du CyberCom. C’est l’actuel directeur de la puissante National Security Agency (NSA) en charge de la sécurité de la nation (veille, espionnage, interceptions de communications multi-canaux dont Internet).

Face à un afflux d’attaques en provenance de l’Internet (la Russie et la Chine sont souvent pointées du doigt), l’Administration Obama cherche à améliorer la protection de ses 15 000 réseaux numériques militaires américains et sept millions d’ordinateurs ou terminaux nomades rattachés à la Défense américaine.

Il y a six mois, William Lynn, vice-secrétaire américain à la Défense, avait déclaré que les tentatives d’intrusion sur les réseaux sensibles se comptaient en milliers par jour. Au cours des six derniers mois, le Pentagone a consacré une enveloppe 100 millions de dollars pour déjouer les attaques en ligne et nettoyer les systèmes informatiques en cas de dégâts.

Cette estimation a été donnée par le General Kevin Chilton, haut responsable militaire de l’Air Force (head of the US Strategic Command) lors d’une conférence sur la cyber-sécurité donnée dans l’Etat du Nebraska.

Le budget a servi à acquérir de l’équipement informatique, à faire appel à des sous-traitants et des ressources humaines supplémentaires pour réparer les dégâts après des attaques venues de l’extérieur mais aussi à cause des erreurs d’administration commises en interne.

“Le plus important à retenir, c’est que nous sommes conscients des attaques à divers degrés. Entre les assauts les moins sophistiqués en provenance d’adolescents qui s’ennuient jusqu’aux attaques plus élaborés visant les infrastructures de la Nation. Et, au milieu, on trouve une jolie couche de cyber-criminalité”, selon les propos recueillis par Associated Press. “C’est en effet notre principal challenge : comment organiser notre défense face à ces multiples attaques.”

Le General Kevin Chilton a refusé d’indiquer le pourcentage des attaques visant les systèmes de Pentagone provenant du monde civil et celles liées aux gouvernements ou issues de forces armées à une échelle internationale.

John Davis, qui dispose du grade de “Brigadier General” et commandant-adjoint de l’armée américaine pour les opérations de réseaux, a déclaré que les investissements seraient plus judicieux si l’on renforçait en amont les systèmes informatiques plutôt que de passer derrière les attaques. “Vous pouvez me payer maintenant ou me payer plus tard”, déclare John Davis. “Ce serait mieux de dépenser cet argent de manière pro-active plutôt que de réparer les failles après les assauts.”

GG, en complément d’une adaptation Vnunet de Online attacks cost Pentagon $100 million.

Protégé : Les fils de la veuve et l’héritage d’Omar Bongo

In Diplomatie économique, Gestion de crise, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Sécurité on 6 juillet 2009 at 3:10

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Le futur N°1 du MI6 étalé sur Facebook…

In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Management de l'information, Risk Management, Sécurité on 6 juillet 2009 at 11:12

Scandale en Grande-Bretagne. Le futur chef des Services secrets britanniques, Sir John Sawers, a vu des données sensibles – des photos et des informations personnelles – dévoilées sur Facebook… par son épouse. Une partie de la classe britannique s’inquiète des répercussions pour la sécurité de l’actuel diplomate et réclame une enquête, mais le Foreign Office tente de minimiser l’affaire.

Qui eut cru possible qu’un futur chef des services secrets britanniques exposerait sa vie privée sur Facebook? Ou du moins, laisserait sa femme publier sur son profil toutes sortes d’informations privées, des photographies de vacances, de réunions de familles, amicales ou leur adresse personnelle? Le tout sur un profil ouvert aux 200 millions d’utilisateurs du site communautaire, sans aucune restriction de confidentialité? Ces questions, nos voisins d’outre-Manche et l’ensemble de la classe politique, se les posent après que le Mail on Sunday a révélé dimanche que Lady Shelley Sawers, l’épouse de Sir John Sawers, le futur patron du MI6, a publié sur sa page Facebook un nombre important de données privées.

Le journal dominical anglais a averti les autorités, qui ont fait disparaître toutes ces informations, mais certaines photos sont reproduites sur le site internet du journal. On y voit Sir John Sawers à la plage, à New York, avec sa fille Corinne, etc… D’après le Mail on Sunday, les photos permettaient de connaître le réseau amical de l’actuel ambassadeur de Grande-Bretagne auprès de l’ONU. Un réseau constitué entre autres de diplomates de haut niveau et d’acteurs, dont Moir Lesly, très connue sur l’île pour son rôle dans une série à succès The Archers, et Alistair Cameron, une autre actrice de série. Sont révélés également, les lieux de vacances, les habitudes, l’adresse de l’appartement du couple à Londres et celles de leurs trois enfants et des parents de Sir John Sawers.

Bref, autant d’informations qui font craindre pour la sécurité du futur espion n°1 de Grande-Bretagne et de sa famille, souligne le journal, qui relève que des terroristes ou des pays ennemis de la Grande-Bretagne pourraient utiliser cet “incroyable écart“. “On a redouté que cette bourde immensément embarrassante ait pu compromettre la sécurité de la famille et des amis de Sir John“, commente le Mail on Sunday, qui consacre sa Une à cet incident, le dernier d’une longue série d’impairs commis par les responsables des services de sécurité britannique.

Immédiatement, la classe politique s’est emparée de l’affaire. Edward Davey, le porte-parole des libéraux et démocrates pour les Affaires étrangères, a réclamé une enquête. “Le Premier ministre Gordon Brown doit mettre sur pied une enquête interne pour déterminer si cela a compromis trop sérieusement la sécurité du futur chef du MI6 pour lui permettre de prendre le poste“, a-t-il dit. “Une bonne part de l’argent du contribuable a servi ces dernières années à faire en sorte que lui et sa famille soient protégés. Eh bien, ça ne semble plus du tout pertinent, à présent“, a lâché le député conservateur Patrick Mercer, ajoutant qu’ainsi, Sir John Sawers s’exposait à la critique et au chantage (…)

Mais David Miliband, le ministre du Foreign Office  a apporté son soutien entier à Sir John Sawers. “Il a été nommé il y a 10 jours à la tête du MI6, c’est un professionnel remarquable qui va faire un très bon travail dans une organisation remarquable qui fait beaucoup pour notre pays“, a-t-il expliqué. “C”, le nom de code du diplomate, devrait donc prendre ses fonctions comme prévu, en novembre.

Maud Pierron

Exxon et les négationnistes du réchauffement climatique

In Communication d'influence, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective, Stratégie on 4 juillet 2009 at 12:30

C’est un constat: le réchauffement climatique de notre planète ne fait pas l’unanimité. Et pour cause… C’est un vrai business que de militer « pour » ou « contre » la thèse du réchauffement à Bruxelles ou à Washington D.C. tant les enjeux économiques sous-jacents sont colossaux. Dans les sphères où se décide l’avenir de l’humanité, les stratèges du doute au service du dilatoire (les négationnistes) résistent admirablement au rouleau compresseur de la pensée dominante grâce à une communication d’influence intensive et ciblée. Nous reprenons l’article du Monde ci-après parce que l’écologie est avec la lutte contre le tabagisme l’un des terrains de guerre économique les âpres et des plus feutrés tout à la fois, et que cet article dévoile un des épisodes symptomatiques du climat qui y prévaut.

« Exxon Mobil Corporation, la première compagnie pétrolière mondiale, a financé en 2008 des recherches remettant en cause le réchauffement climatique. Dans son édition du 1er juillet, le quotidien britannique The Guardian rappelle que les comptes d’Exxon Mobil montrent qu’en 2008, la compagnie a participé à hauteur de 75 000 dollars aux recherches du NCPA – National Center for Policy Analys, situé à Dallas (Texas) –, de 50 000 dollars à celles de l’Heritage Foundation et de 245 000 dollars à celles de l’American Enterprise Institute for Public Policy Research, toute deux situées à Washington. Ces différents lobbies sont connus pour leurs positions très sceptiques vis-à-vis du réchauffement climatique.

« Cité par The Guardian, Bob Ward, directeur de la communication de l’Institut de recherche sur les changements climatiques et l’environnement de la London School of Economics, considère que le NCPA comme l’Heritage Foundation ont publié des informations “inexactes et trompeuses sur les changements climatiques“. Le NCPA déclare notamment sur son site Internet que “si les causes et les conséquences de la tendance au réchauffement climatique sont encore inconnues, le coût des actions visant à réduire sensiblement les émissions de CO2 serait très élevé et entraînerait le déclin économique, l’accélération de la destruction de l’environnement, et n’aurait que peu d’effet sur le réchauffement global, quelle que soit sa cause“.

“L’ANNÉE 2008 EST PLUS FROIDE QUE L’ANNÉE 2007″

« De son côté, l’Heritage Fondation publiait, à l’occasion de la conférence sur le réchauffement climatique de décembre 2008 réunissant 190 pays à Poznan (Pologne), un mémorandum dans lequel elle remettait en cause le principe même du protocole de Kyoto. “Un nombre croissant de preuves scientifiques mettent en doute la menace du réchauffement climatique, notamment le fait que l’année 2008 est plus froide que l’année 2007“, écrivait alors Ben Lieberman, analyste principal des politiques de l’énergie et l’environnement pour l’Heritage Foundation.

« The Guardian rappelle pourtant qu’ Exxon avait admis, dès mai 2008, que son soutien à des groupes de pression qui remettent en question les changements climatiques entravait les actions visant à lutter contre le réchauffement. La compagnie affirmait alors son intention de couper les fonds de plusieurs de ces lobbies pour ne plus détourner l’attention sur les nécessaires recherches en matière d’énergie propre.

« Et malgré tout, selon l’agence AP, Exxon Mobil, comme les autres compagnies pétrolières, a encore augmenté de manière importante ses dépenses en matière de lobbying au cours du premier trimestre 2009. L’agence de presse chiffre à 44,5 millions de dollars les sommes déjà investies à Washington par les différents lobbies pétroliers en seulement trois mois, contre 129 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2008.

« Avec 9,3 millions de dollars investis, Exxon Mobil a déjà multiplié par trois ses dépenses par rapport à 2008. Selon AP, les compagnies pétrolières et les raffineurs cherchent notamment à limiter le coût de l’impact de la politique de Barack Obama sur le réchauffement climatique. »

Guy Gweth

Le groupe Bolloré peut-il rafraîchir son image tropicale ?

In Guerre de l'information, Guerre économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Leadership, Management de l'information on 29 juin 2009 at 6:06

Avril 2009, Le Monde diplomatique[1] titre sur « les guerres africaines de Vincent Bolloré » entre « affaires, médias et humanitaires ». Quelques jours plus tôt, le 28 mars 2009 (coïncidence ?) c’est France Inter qui consacre une émission à « L’empire noir de Vincent Bolloré ». Comme pour exécuter une commande, en moins d’une semaine, on a remis au goût du jour la vieille théorie de « Bolloré, entreprise néocoloniale » au moment où la guerre pour le contrôle des ports fait rage sur le continent africain. La contre-offensive des stratèges de Puteaux est donc attendue. Mais l’opération « transparence » organisée en avril fait l’effet d’un antalgique. Car les 3 jours de voyage effectués par Dominique Lafont, DG de Bolloré Africa Logistics, à bord de son jet, en compagnie de journalistes ne semblent pas avoir positivement impacté la perception qu’a l’opinion publique de la multinationale.

Bolloré en Afrique c’est 30% du chiffre d’affaires du groupe en 2008, 19000 emplois, un réseau de 200 agences disséminés dans 43 pays, des domaines d’activités aussi stratégiques que les transports maritimes ou ferroviaires, la logistique minière, industrielle, pétrolière et humanitaire… Depuis 2004, le groupe a raflé la gestion de nombreux terminaux à conteneurs sur le continent à l’instar d’Abidjan en Côte d’Ivoire, Douala au Cameroun, Cotonou au Bénin, Lomé au Togo, Pointe-Noire au Congo, Tama au Ghana ou Tincan au Nigeria… Et perdu quelques uns comme celui de Dakar au Sénégal en octobre 2007. Pour le groupe comme pour ses quatre principaux concurrents (l’allemand DB Schenker Logistics, l’émirati Dubaï Ports World,  le danois APMT et l’espagnol Progosa), l’objectif stratégique est le contrôle des points d’entrée et de sortie du continent car « l’Afrique est comme une île reliée au monde par les mers. Donc qui tient les grues tient le continent. »[2]

Les analystes sont presque tous d’accord sur un point: Vincent Bolloré a réussi l’un de ses plus beaux coups de communication indirecte en recevant en mai 2007 Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président de la république, sur son yacht privé, tous frais payés. Attentifs, les décideurs d’Afrique francophone pour qui « l’ami d’un ami est un ami » ont parfaitement saisi le message. Le navire du milliardaire avait à peine mouillé au large de Delimara Bay que « la rupture » prônée par son illustre hôte s’effritait devant la real politik. Qui peut reprocher à un Etat de promouvoir et de protéger ses champions à l’international? Sauf que dans le cas Bolloré, les concurrents (aidés par les retours d’ascenseur du groupe breton à ses amis du nord et du sud) ont choisi de communiquer sur les soupçons de collusions, voire des  « liens incestueux » entre l’Elysée et Bolloré, le groupe Bolloré et les décideurs africains, les présidents africains et l’Elysée. La « Françafrique » en somme.

Or vu son artillerie [télévision (Direct 8), publicité (Havas), presse gratuite (Matin plus et Direct soir), RP (d’anciens ministres africains et français)…], il serait pour le moins prétentieux de faire une leçon de communication à Bolloré, si ce n’est que le cordonnier est rarement le mieux chaussé. L’édition de code d’éthique[3] et de publi-reportages n’est bien sûr pas négligeable. Mais il est temps de sortir des sentiers battus. En se servant de tribunes à valeurs symboliques certaines, la concurrence a réussi à porter la guerre économique sur le terrain de « la morale dans les affaires ». Pour échapper à ce crucifix où l’ont cloué ses challengers, Bolloré doit absolument faire diversion. Il faut arriver à créer une histoire à faire raconter par des gens ordinaires, un rêve à partager avec l’opinion publique. A ceux qui me disent à Puteaux qu’il faudra une révolution pour cela, je réponds toujours qu’au 21è siècle, aucune entreprise ne pourra durablement gagner si elle n’investit dans l’émotion.

Guy Gweth


[1] Le Monde diplomatique n°661, p 1, 16 & 17

[2] Propos prêtés à un « ancien de Bolloré » in  « L’Afrique n’est plus l’eldorado des entreprises françaises » dans Le Monde diplomatique de février 2006.

[3] Le groupe Bolloré aurait rédigé un code d’éthique comprenant une liste  noire de quatre pays (Érythrée, Guinée Bissau, Lesotho et Swaziland) où il ne souhaite pas investir pour “cause de corruption rempante”. Nous n’avons pu vérifier l’exactitude de cette information.

Le new deal économique mondial selon Bilderberg 2009

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Management de l'information, Stratégie on 27 juin 2009 at 1:15

Le Groupe de Bilderberg est plus qu’un réseau d’élites. C’est un gouvernement mondial informel organisé en trois cercles concentriques. Il comprend les personnalités les plus influentes du monde des affaires, de la politique, des médias et du renseignement. La Conférence de Bilderberg se tient tous les ans depuis 1954. Dans un article assez détaillé paru dans Mondialisation, mon ami Andrew Gavin Marshall revient sur le plan de Bilderberg 2009 de réforme de l’économie politique mondiale. Un sujet d’importance stratégique pour la planète passé sous silence par les médias francophones.

Extraits:

« Du 14 au 17 mai l’élite mondiale a tenu une réunion secrète en Grèce dans le cadre de la conférence annuelle de Bilderberg sous l’attention éparse et restreinte des médias internationaux. Environ 130 des personnes les plus puissantes au monde se sont réunies afin de discuter des problèmes actuels urgents et de tracer une voie à suivre pour l’an prochain. Cette année, le principal sujet de discussion était la crise financière mondiale, ce qui n’est pas surprenant, si l’on considère que la liste des participants comprend bon nombre des premiers architectes de la crise ainsi que ceux étant sur le point de la ‘régler’.

« À la rencontre secrète dont il est question ‘une douzaine des personnes les plus riches au monde, invitées par Bill Gates et Warren Buffet, se sont rencontrées pour une réunion privée sans précédent pour discuter de dons d’argent’. La conférence se tenait à l’Université Rockefeller et comptait des philanthropes notoires tels Bill Gates, Warren Buffett, le maire de New York Michael Bloomberg, George Soros, Eli Broad, Oprah Winfrey, David Rockefeller Sr. et Ted Turner. Un des participants a déclaré qu’’elle n’était pas secrète [mais plutôt] censée être une réunion entre amis et collègues [et] dont les gens discutaient depuis longtemps. Bill et Warren espèrent le faire occasionnellement. Ils ont lancé une invitation et les gens sont venus’.

« Le journal Times du Royaume-Uni rapportait que ces ‘éminents milliardaires se sont rencontrés en secret pour envisager la façon dont leur richesse pourrait être utilisée pour ralentir la croissance de la population mondiale [et qu’ils] avaient parlé de joindre leurs forces pour surmonter les obstacles politiques et religieux au changement’. Fait intéressant, ‘la séance informelle d’après-midi était si discrète que certains assistants de ces milliardaires se sont fait dire qu’ils assistaient à un “breffage sur la sécurité“’. En outre, ‘on a alloué 15 minutes à chacun des milliardaires afin qu’ils présentent leur cause favorite. Pendant le dîner, ils ont discuté de la manière dont ils pourraient choisir une “cause d’ensemble“ pouvant servir leurs intérêts’. Ils ont par ailleurs ‘convenu que la surpopulation était une priorité’.

« Parmi les membres du Groupe Bilderberg, on trouve divers monarques européens. À la conférence cette année, il y avait la reine Beatrix des Pays-Bas, laquelle est justement l’actionnaire individuelle la plus importante de Royal Dutch Shell, une des plus grandes compagnies au monde. Elle était accompagnée d’un de ses trois fils, le prince Constantijn, qui a travaillé avec le Commissaire européen néerlandais pour l’Union européenne et comme expert-conseil en politiques stratégiques chez Booz Allen & Hamilton de Londres. Ce cabinet de consultants en stratégie et en technologie possède de l’expertise en analyse économique et commerciale, en analyse du renseignement et recherche opérationnelle, ainsi qu’en technologies de l’information, parmi bien d’autres [...]

Lire l’article complet d’Andrew Gavin Marshall in Mondialisation

Guy Gweth

Protégé : Le décryptage exclusif des psyops 2.0 testés en Iran

In Communication d'influence, Gestion de crise, Guerre de l'information, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie on 25 juin 2009 at 12:00

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Protégé : Les cercles d’influence où Biya remplace Bongo

In Communication d'influence, Coopération internationale, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Leadership on 24 juin 2009 at 11:13

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Sécurité : Périclès convoqué place Beauvau

In Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, Stratégie, Sécurité on 22 juin 2009 at 5:45

Illustre homme politique grec, Périclès vécut de -495 à -429. Particulièrement éloquent, ce fils de militaire s’initia très tôt à la gestion des affaires de la cité avant d’accéder au poste de stratège où il fut exceptionnellement élu quinze ans de suite. Son influence fut telle sur son époque qu’aujourd’hui encore, certains parlent du « siècle de Périclès » comme on parlerait du siècle de l’information, toutes proportions gardées bien sûr. Car si ce brave stratège athénien devait ressurgir pour calibrer la quête du renseignement aux exigences des Etats modernes, il opterait sans doute pour un logiciel d’analyse de données à entrées multiples. C’est ce qu’a entrepris le ministère français de l’intérieur pour mettre à la disposition des gendarmes, des policiers et des juges cet outil d’enquête assisté par ordinateur (EAO). Une démarche qui intéresse aussi les professionnels de l’intelligence économique et stratégique.

Comment va fonctionner Périclès ?

Si dans les prochains jours, le ministère français de l’Intérieur réussit à faire passer son article spécial dans la loi d’orientation pour la sécurité («Lopsi 2»), alors pour tout individu tombant sous le coup de cette loi, Périclès pourra, sous le contrôle d’un juge, fournir en un clic : des données relatives à ses antécédents judiciaires, ses appels téléphoniques, ses informations bancaires, sa sécurité sociale, son permis de conduire, sa carte grise, son Google profile (réseaux sociaux compris: Facebook, Twitter, MySpace… etc.) ainsi que les références GPS du périmètre du crime et des environs. L’objectif des analystes ici sera de détecter la répétition de signatures techniques. Car plus on introduira des fichiers interopérables, plus Périclès aura le pouvoir de générer des « associations». Ainsi, pour le criminologue Alain Bauer, «la méthode sérielle crée des coïncidences là où il n’y avait que des hasards».

Périclès représente-il une révolution ?

Fidèles à l’image d’exception qu’ils ont de tout ce qu’ils réalisent, certains amis français parlent déjà de révolution à propos de Périclès dans Le Figaro, ce qui n’est pas faux si on se limite à l’Hexagone. Car jusqu’ici, les policiers et gendarmes français devaient étudier chaque fichier de manière quasi artisanale, avec une lenteur prudente mais préjudiciable à l’enquête. Périclès sera révolutionnaire parce qu’avec son système de réquisition judiciaire accélérée, il ira instantanément collecter l’information actualisée dans des bases de données des administrations publiques (ex: la police) ou privées (ex: les opérateurs de téléphonie mobile). Mais il suffit de regarder des séries américaines telles « FBI: portés disparus » ou « Les experts Miami » pour se rendre compte qu’outre Atlantique, les enquêteurs fédéraux ont plus de dix ans d’avance sur le sujet, y compris dans le cadre d’opérations de competitive intelligence.

Quel intérêt pour les experts de l’IE?

L’idée que Périclès s’étende aux banques de données d’administrations telles que les institutions financières, le fisc ou la sécurité sociale attise silencieusement la convoitise des professionnels de l’intelligence économique qui aimeraient bien en avoir une copie. Hélas, pas dans la patrie des droits de l’Homme ! Certaines associations n’y voient-elles pas déjà une espèce d’EDVIGE pour les méchants ? En tout état de cause, ce logiciel consacre la république des analystes dans une société de l’information où la principale équation à résoudre en matière de renseignement est calquée sur le calcul de la vitesse (V= d:t) [2]. L’intelligence économique appliquée au territoire a donc instamment besoin d’un Périclès à lui, tout aussi respectueux de la vie privée des citoyens que de la sécurité économique de la nation et des entreprises dites stratégiques. Les pires criminels ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils ont muté. Périclès aussi.

Guy Gweth


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Pericles

[2] Vitesse (V) = distance (d) : temps (t). Mutatis mutandis,

Renseignement (R) = information(I) : temps (t)

Evaluer la performance de l’intelligence économique

In Benchmarking, Débat, Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique on 3 mai 2009 at 1:59

L’intelligence économique (IE) aura sa révolution le jour où elle fera scission avec l’idéologie. Pendant quelques années encore, la profession pourra s’appuyer sur l’esprit et la théorie de la défense nationale pour sensibiliser le personnel politique et les dirigeants d’entreprises dites stratégiques. C’est la phase des premiers pas et de la pédiatrie. Mais les vrais professionnels savent que cette posture ne durera pas ad vitam eternam. Arrivée à maturité (les Anglosaxons sont plus avancés) l’IE francophone devra se séparer de sa part affective pour devenir une discipline « mûre » comme le sont aujourd’hui le marketing ou l’audit comptable…, c’est à dire dotée de  règles de métier solides et reconnues, de pratiques éprouvées et d’outils pertinents pour évaluer sa performance individuelle  comme tout autre service de l’entreprise.

A l’heure qu’il est, les responsables d’IE au sein des grands groupes arrivent à peu près à communiquer sur leur métier en interne. Il est évident qu’un cadre dirigeant sensibilisé comme on l’a vu plus haut sera davantage enclin à écouter et à appuyer le responsable de veille ou d’intelligence économique. Des auteurs comme François Jakobiak font d’ailleurs du soutien du Top management la condition sine qua non à la réussite des acteurs d’IE. Mais lorsqu’Alex arrive en commercial pour vendre l’intelligence économique à un dirigeant de PME (à coup d’arguments sur la sécurité informatique, d’exemples de détection de nouvelles tendances ou en vantant l’efficacité des derniers outils de veille automatisée…) on lui prête souvent attention, s’enquiert du coût, calcule mentalement, guettant le moment idéal pour lui demander: combien ça va rapporter?

Thats’s the question ! Quel montant attribuer aux gains générés par l’IE dans une entreprise ? Les responsables des services marketing et communication arrivent déjà à chiffrer les bénéfices d’une campagne publicitaire, fût-ce de manière approximative. Pas nous. Pourtant, en période de crise, comme l’écrit Patrick Jaunant in Obectif Performance, « les entreprises ont tendance à lancer des ‘programmes de transformation’ de leurs fonctions métier et support en vue d’améliorer la performance » ; et les services marketing/communication sont les premiers qui passent à la trappe. Alors au nom de quels arguments l’intelligence économique résisterait-elle, étant entendu que le management ne dispose pas d’outils pour évaluer sa rentabilité financière et sa performance? C’est ici qu’émerge notre idée de benchmarking.

Lorsque dans certains pays, on commence à fixer des objectifs chiffrés à des unités de police, que dans la grande distribution les services de sécurité ont des minima d’arrestations/j à honorer, qu’au sein d’un gouvernement les ministres sont notés… la communauté des professionnels de l’IE est en devoir d’enquêter sur les outils de cette recherche de performance. Détecter de nouveaux entrants sur un segment, intoxiquer un veilleur hostile,  sonder les clients du concurrent, cartographier le réseau d’influence de ceux qui sont en face… C’est bien. Mais si le décideur ne suit pas ? Comment s’inspirer de Robert Kaplan et David Norton pour formaliser un Balanced Scorecard spécifique à l’IE ? Sans doute faudra-t-il une révolution pour poser ces questions dans la sphère francophone. Mais  c’est inéluctable.

Guy Gweth

Ils ont troué le F-35 du Pentagone !

In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Guerre économique, Intelligence stratégique, Sécurité on 22 avril 2009 at 2:25

Plusieurs mois avant l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, le Pentagone signalait des tentatives d’intrusion récurrentes visant à obtenir un accès à des données vitales pour la sécurité des Etats-Unis. Dès sa prise de fonction, le nouveau président a aussitôt commandé un rapport d’urgence sur la cybersécurité nationale. Mais depuis quelques heures, preuve est faite que des pirates informatiques ont bel et bien troué le programme d’armement le plus coûteux du Pentagone, celui relatif à la construction de l’avion de chasse F-35.

D’après le Wall Street Journal qui a révélé l’information de manière officielle, les hackers ont réussi à copier des données concernant ce programme de 300 milliards de dollars, baptisé “Joint Strike Fighter”. Comme nous le montrions dans notre article « Pratiques de contre-intelligence stratégique », des données aussi sensibles sont logiquement stockées dans un « bunker » (entrepôt d’ordinateurs hautement sécurisés, jamais connectés sur internet.) Pour l’heure, nos amis américains déclarent ignorer l’origine et la gravité de cette intrusion, même si tous les regards convergent vers la Chine.

Depuis plusieurs années, les spécialistes soupçonnaient l’Empire du Milieu d’entretenir secrètement des unités spéciales de guerre cybernétique, Roger Faligot l’a confirmé en 2008 in Les services secrets chinois de Mao aux JO. Plus récemment (le 29 mars 2009), l’institut canadien de veille contre la piraterie a révélé l’une des plus grosses opérations d’espionnage de ce début de siècle. Mandatés par des proches du Dalaï-Lama, les experts du centre international d’études Munk ont découvert que des dizaines d’ordinateurs appartenant aux représentants du Tibet en Inde, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Belgique, avaient été repérés, piégés, piratés de leur contenu.

A chaque fois, le modus operandi est le même : un e-mail doté d’une charge de Ghost-Rat est envoyé à la cible. Le virus s’installe dans le disque dur de l’ordinateur et pompe scrupuleusement son contenu. Totalement contrôlé à distance, il enregistre du son et des images à l’insu de l’utilisateur si l’ordinateur visé est muni d’une webcam. Ce réseau espion qui aurait déjà visité plusieurs gouvernements (dont celui des Etats-Unis et l’Otan) serait basé à Hainan, dans l’extrême sud du territoire chinois, zone où un navire espion américain a été intercepté par la marine chinoise il y a quelques semaines.

Ces dernières années, les actes d’infoguerre ont connu une croissance exponentielle, générant des pertes astronomiques pour les entreprises et les gouvernements. A l’heure qu’il est, les analystes sont forcés de constater que la langue de bois qui a régné jusqu’ici dans les chancelleries est désormais préjudiciable à la sécurité de nombreux États. Le cyberespace doit être regardé comme un espace international. Et comme tel, il doit être règlementé par des normes juridiques internationales à l’instar du droit de la guerre. Les États-Unis sont en situation de défendre cette position face à la Chine. En auront-ils le courage ?

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lire : Guerre économique et légitime défense préventive

Pratiques de contre-intelligence économique : l’expertise d’une PME africaine

Anticiper grâce au Management Profiling

In Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Perception Management, Stratégie, veille on 20 avril 2009 at 6:29

Le magasine Competitive intelligence dans son volume 12, n°2 de mars-avril 2009 donne à lire un excellent article de Dale Fehringer sur le management profiling (MP). Bien que peu utilisé, le MP est un remarquable outil d’anticipation (des actions et stratégies concurrentes) aux mains des acteurs de l’intelligence économique et stratégique.

Avec l’humour qu’on lui connaît, Fehringer (ancien CI manager chez Visa International) rappelle qu’il est arrivé à l’intelligence compétitive le jour où son patron lui a demandé d’éviter qu’à l’avenir, son entreprise ne soit surprise par les activités des groupes concurrents. Devant l’ampleur de la tâche à lui confiée, Dale comprit très vite que dans son cycle de renseignement, les outils qui servaient habituellement à l’analyse ne suffisaient pas à prédire les décisions des concurrents. Il fallait les compléter. Fehringer pensa au management profiling.

D’après la Competitive Intelligence Foundation, seuls 13,8% de professionnels de l’IE utiliseraient le MP. Dale Fehringer explique cette situation par la difficulté des analystes à convaincre le Top-Management du bien fondé de cet outil. Pour avoir été confronté il y a quelques mois à un dirigeant de multinationale pour qui « ni le MBTI ni la PNL ni les deux mis ensemble ne fonctionnent avec les décideurs africains », j’avoue que la tâche n’est pas aisée d’autant que, mis à part les jugements de valeurs, les résultats du MP peuvent parfois se révéler approximatifs.

Pourtant, comme le montre Dale Fehringer dans son article, le management profiling combine deux facteurs clés : la biographie réelle et la psychologie de la cible. Les données ainsi récoltées doivent ensuite être décryptées à l’aide d’outils tels que le MBTI,  le FIRO-B, etc… Mais ce travail suffit-il pour autant à prédire comment va agir l’entreprise concurrente ? Pas sûr. Car « les entreprises ne prennent pas de décisions stratégiques. Les individus, si. » écrivaient Fleisher et Bensoussan en 2003. L’enjeu est donc de pénétrer la personnalité des décideurs d’en face.

Il me souvient que pour convaincre le dirigeant de multinationale que j’évoquais plus haut, on s’était arrêté à la simple analyse de son prénom, avant d’aller plus loin. – « Les Vincent aiment tirer les ficelles, voire manipuler. Exigeants, autoritaires et directifs, ils sont susceptible d’avoir, sous des dehors calmes, des accès de colère lorsque l’on s’oppose à leurs désirs… Orgueilleux, ils donnent l’impression d’être sûrs d’eux-même. Sensibles à leur image de marque, ils n’acceptent pas l’échec et font l’impossible pour se surpasser : n’êtes-vous pas le meilleur ? »

En analysant Les armes secrètes de la CIA (Gordon Thomas, 2006) j’ai eu confirmation qu’il y a une dizaine d’années à peine, les agences fédérales américaines (la CIA en particulier) continuaient d’employer des équipes mixtes de psychiatres, de psychanalystes, d’astrologues, de graphologues et même de voyants dans le cadre de missions de profiling et d’anticipation. J’ignore si cette pratique a perduré jusqu’à ce jour, mais le moins que l’on puisse dire c’est que les traces de cette application sont toujours visibles dans les productions hollywoodiennes.

Tout bien considéré, la vraie question est celle de la rigueur méthodologique. Lorsqu’il est adossé au cycle de renseignement classique (besoin, collecte, analyse, reporting, validation & feedback), le management profiling peut occuper une place de choix dans la boîte à outils du professionnel de l’intelligence économique et stratégique. Dale Fehringer et Melanie Wing en parleront plus longuement au cours d’une session intitulée “Using management profiling to predict competitor strategies” lors du Scip09 international Conference and Exibition à Chicago, Etats-Unis.

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lire: Guerre économique: la bataille pour le contrôle mental

L’IE* au secours de la microfinance camerounaise

In Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Stratégie, Sécurité, veille on 16 avril 2009 at 8:30

Dans une interview publiée le 12 avril 2009  dans Les Afriques, Jacques Attali (président de PlaNet Finance) prévoit 30% de croissance par an pour la microfinance en Afrique dans les prochaines années. « L’Afrique représente 10% des encours de la microfinance mondiale, avec 10 millions de bénéficiaires» sur lesquels il importe de veiller de manière spécifique.

Au Cameroun, le programme intégré d’appui aux acteurs du secteur informel (Piaasi) a bénéficié depuis 2005 de près de 4,5 milliards de fcfa issus des fonds PPTE (Pays pauvres très endettés) et octroyé 5000 microcrédits, générant un total de 20.542 emplois (dont 5542 emplois directs et 15000 emplois indirects). Les pouvoirs publics confrontés à d’énormes difficultés de recouvrement doivent désormais faire appel à l’expertise des acteurs de l’intelligence économique au Cameroun et dans la zone Cemac.

Le 15 janvier 2009, le ministère camerounais de l’emploi et de la formation professionnelle faisait savoir que « sur un montant de 1.760 millions fcfa de crédits accordés en 2006 et 2007 aux acteurs du secteur informel, seulement quelques 200 millions ont été recouvrés. » Le 14 avril 2009, Claude Meloné Loé, le coordonnateur du Piaasi, a dû avouer que les autorités sont confrontées à « des bénéficiaires des microcrédits qui se délocalisent, se font tuer en fabriquant des actes de décès, ou alors changent d’activités. »

L’une des principales caractéristiques de la microfinance étant l’éthique, la décision du gouvernement camerounais d’inscrire comme priorité le recouvrement des fonds prêtés tombe parfaitement dans le champ d’investigation de l’intelligence économique et exige un process de renseignement parfaitement adapté au sujet, à la cible et au contexte locaux.

Guy Gweth

*IE: Intelligence économique

Dans le même ordre d’idées, lire:

Intelligence économique au Cameroun: on sensibilise

Intelligence économique et guerres secrètes au Maroc

In Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Sécurité on 15 avril 2009 at 4:45

Abdelmalek Alaoui, associé gérant de Global Intelligence Partner et ancien étudiant de l’Ecole de guerre économique, a le mérite de poser les grandes problématiques auquel un pays doit faire face au risque de subir un déclassement économique mais aussi politique. Son livre, Intelligence Economique et Guerres Secrètes au Maroc, est à la fois un livre politique, visant à faire prendre conscience au Maroc de l’importance de l’IE, et un livre témoignage, montrant par l’exemple ce que peut apporter l’IE  [ ... ]

Le principal frein, selon A. Alaoui, au développement d’une politique d’intelligence économique est la résistance au changement qui est une pratique en grande partie héritée de l’époque coloniale (même si la présence française a ancré dans les têtes le « principe de précaution », indispensable à l’IE). Ce « tropisme français » s’est ainsi transformé en « maladie marocaine », une tendance au conservatisme qui se retrouve dans l’attitude économique. Selon A. Alaoui, le dirigeant marocain est frappé de « parisianisme » aigu.

De plus, « le Maroc a un système culturel où celui qui prend des risques fait figure de « mauvais joueur ». L’originalité jugée suspecte pousse à se méfier de celui qui en fait preuve et à le mettre sous contrôle. Le pays ne favorise donc pas l’aventure, l’imagination, la créativité, la prise de risque et l’ouverture aux idées nouvelles ».

Ce double frein culturel induit des insuffisances en matière de politiques d’intelligence économique : PME non sensibilisées, frilosité pour les partenariats public-privé, manque de culture du partage, opacité des circuits institutionnels fournissant des informations stratégiques, etc. Comme le dit l’auteur, « cette situation, où ceux qui devraient se parler murmurent, ceux qui devraient collaborer s’observent, et où ceux qui devraient interagir se repoussent, conduit à une absence de visibilité totale quant à la stratégie du pays face aux nécessités de la guerre économique ».

Pourtant, le Maroc dispose d’atouts et doit aller de l’avant. « L’ambition du Maroc [...] doit être la création du « Marocain hybride », qui sait surveiller comme les Chinois, analyser comme les Français et agir comme les Américains. [...] Ce Marocain doit être agressif dans la mondialisation, informé des risques et opportunités et confiant dans son pays et ses gouvernants ». Or, cela amène à parler de la formation. Outre la nécessité de créer une agence marocaine d’intelligence économique ainsi qu’une doctrine, Abdelmalek Alaoui prône la création d’une « école de guerre économique marocaine, ouverte aux civils et aux militaires » permettant la formation de cadres de haut niveau.

Ainsi, pour l’auteur, la doctrine de guerre économique répond à un impératif absolu pour le Maroc, qui doit conserver un rythme de croissance au moins équivalent à celui des dix dernières années, au risque de ne pouvoir résorber de manière durable les inégalités. « Le pays a su identifier ses réserves de croissance et de développement mais n’a pas encore la maîtrise des outils pour pérenniser cette tendance positive ».

Sources : Infoguerre

« Duplicity » : un film pour professionnels de l’IE

In Benchmarking, Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Sécurité on 23 mars 2009 at 12:59

Entre séduction et manipulation, la différence est parfois difficile à distinguer. C’est ce que montrent les personnages interprétés dans le film “Duplicity” sorti le 25/03/09 dans l’Hexagone par Julia Roberts et Clive Owen, tout en charme et double jeu. Un film intéressant pour les professionnels de l’intelligence économique (IE) et  du monde du renseignement en général*.

Claire Stenwick, spécialiste de l’espionnage et du contre-espionnage à la CIA américaine, et Ray Koval, spécialiste de l’espionnage et du contre-espionnage au MI6 britannique, se rencontrent le 4 juillet 2003 dans les jardins de l’ambassade des Etats-Unis à Dubaï, lors de la réception donnée pour la fête nationale américaine. Séduction mutuelle. Nuit dans le même lit. Mais au petit matin, quand il se réveille, elle est déjà partie. Après lui avoir subtilisé des documents importants.

Cinq ans plus tard, chacun a quitté ses services secrets pour un emploi dans le privé. Claire, ex-CIA donc, est désormais au service d’un géant de l’industrie pharmaceutique new-yorkais. Et Ray, ex-MI6 donc, est au service d’un autre géant de l’industrie pharmaceutique new-yorkais. Tous deux plus rivaux que jamais.

Pour les deux firmes, l’espionnage industriel est capital. Et surtout le contre-espionnage. Car l’un des deux géants s’apprête à lancer un produit révolutionnaire, susceptible de générer des milliards de dollars de bénéfices. Autant dire que quand Claire et Ray se retrouvent, c’est à nouveau la guerre. Mais l’attirance mutuelle reste très forte, et manipulation n’empêche pas séduction.

Oui, mais qui manipule qui? Amants, rivaux, complices, ou les trois à la fois? Et jusqu’où? Et qui aura le dernier mot, dans cette histoire d’amour où les mots “confiance”, “sincérité” ou “transparence” n’ont plus aucun sens? Ou encore: comment deux scorpions s’y prennent-ils pour faire l’amour? Réponse: en faisant très, très attention…

Pour le spectateur, il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil de l’histoire de ce “Duplicity”, où les retours en arrière, les rebondissements et les fragmentations d’écran se succèdent à un rythme soutenu. On suit les aventures des deux personnages, de Dubaï à New York en passant par Rome, Londres, les Bahamas, Miami ou Zurich: dépaysement assuré, en attendant de tout comprendre (peut-être) à la fin du film.

C’est le deuxième long métrage réalisé par Tony Gilroy, après “Michael Clayton” (avec George Clooney). Auparavant le réalisateur s’était fait remarquer pour ses scénarios plutôt bien ficelés de thrillers plutôt compliqués: la trilogie Jason Bourne avec Matt Damon (“La mémoire dans la peau”, etc.), “Dolores Claiborne” d’après Stephen King, “L’associé du Diable” avec Al Pacino et Charlize Theron, “L’échange” avec Meg Ryan et Russell Crowe.

“Duplicity” fait immanquablement penser aux films du genre, où l’arnaqueur n’est pas toujours celui qu’on croit et où les ressorts de la manipulation ne sont connus du spectateur qu’à la fin de l’histoire: il y a 35 ans de cela, Paul Newman et Robert Redford faisaient déjà la même chose dans “L’Arnaque”, et depuis les “Ocean’s Eleven” et autres “Usual Suspects”, “Braquage à l’italienne”, “Les Associés”, “The Score”, “Sex crimes” ou “Cash” ne diffèrent que dans les détails.

Pour que le film fonctionne, tout au long d’un scénario plus ou moins crédible, les acteurs doivent attirer la sympathie du spectateur. Julia Roberts, plus charmeuse et machiavélique que jamais, et Clive Owen, l’acteur à la mode en ce moment (il est à l’affiche de “L’enquête”, au scénario fort semblable), y parviennent sans peine. Et, en contrepoint de ce couple glamour, dans les seconds rôles antipathiques mais bien typés, Tom Wilkinson et Paul Giamatti, en PDG des firmes pharmaceutiques rivales, sont parfaits.

TempsRéel – NouvelObs.

* Note de GG

Cibles, armes et stratégies de la cyberguerre

In Contre-Intelligence stratégique, Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Sécurité on 19 mars 2009 at 6:01

Le 24 mars prochain aura lieu Forum International de la Cybercriminalité (FIC) à Lille. L’occasion pour nos amis de Silicon de rencontrer en avant-première le Lieutenant-Colonel Régis Fohrer, chargé de mission Intelligence Economique et des nouvelles criminalités pour la région de Gendarmerie Nord Pas-de-Calais. Il est l’un des instigateurs de ce forum.

Silicon.fr : Le cyber-terrorisme ou la guerre informatique peut apparaître comme une notion nébuleuse. Quels sont les cas qui peuvent la caractériser ?

Lt-Col Régis Fohrer : Il est important de donner une définition large de la notion du cyber-terrorisme. Cela comprend tous les réseaux électroniques, tout ce qui peut avoir une interférence sur les réseaux. Un acte ou une volonté de nuire qui peut ne pas avoir d’influence directe sur une structure mais qui peuvent aboutir à du piratage. Prenez un avion dont les instruments de mesures peuvent être brouillés si  une connexion Wi-Fi est présente à son bord. Plus près de nous, nous avons mené des travaux sur le Tramway de Douai qui est piloté à distance.

Quelles sont les technologies qu’utilisent les terroristes ? Sont-ils au fait des nouveaux outils 2.0 ou préfèrent-ils des méthodes plus traditionnelles de piratage ?

Il faut que les utilisateurs du Net aient une conscience civique du cyberespace. Savoir qu’il s’agit d’un nouveau continent qui ressemble plus à une jungle qu’autre chose. Un endroit où de nombreux prédateurs se trouvent. Les réseaux sociaux entrent typiquement dans cette logique. Il faut se rendre compte que tous ces outils sont autant de moyens d’attirer les regards curieux.

D’un autre côté, les botnets ou ordinateurs zombies sont les moyens le plus utilisés pour déstabiliser jusqu’à des Etats entiers (Estonie et Géorgie, ndr). On estime à 750.000 leur nombre à travers le monde mais on atteindra très bientôt le million.

Peut-on tracer une carte des Etats cybernétiques voyous sur un échiquier mondial ?

La Chine, par exemple, développe son propre Internet. Vu que les autorités brident les droits des internautes, un Net spécifique voit le jour qui entrera forcément en conflit avec le Web mondial. Des lieutenants chinois (Qiao Liang et Wang Xiangsui) ont d’ailleurs écrit en 1999 un ouvrage intitulé “La Guerre hors limitesqui montre combien l’Empire du Milieu sait utiliser les nouvelles méthodes de déstabilisation, y compris virtuelles. Le soldat est alors démilitarisé et le type de conflit proposé ressemble de près aux principes de la guérilla.

Prenez aussi le conflit israélo-palestinien, nous avons assisté à des atteintes aux souverainetés des Etats ou des belligérants en place, du fait de travaux de désinformation militaire claire, notamment dans la bande de Gaza.

Dans ce cas, quels sont les motifs qui poussent à l’action ? Est-ce le prolongement de moyens militaires ou de nouveaux buts à atteindre pour les terroristes ?

Trois ingrédients sont nécessaires pour mener une attaque cyber : du temps, un dessein et de l’argent. C’est à peu près tout. Sont acteurs : des Etats, des groupes néo-nazis mais aussi des ONG… tous peuvent commettre des actes très difficilement contrôlables.

La France préfère parler de lutte informatique offensive plutôt que de cyber-guerre. Cela montre que la coopération est des plus utiles dans ce domaine. D’ailleurs un membre des services secrets américain sera présent à Lille pour ce Forum International de la Cybercriminalité à Lille…

Une collaboration saine qui a pour but de faire comprendre qu’il existe une réelle différence culturelle entre certains acteurs. Mais nous préférons penser en France que si nous n’avons pas de “guerre de retard” comme en 1940, la guerre a bel et bien commencé.

Les renseignements allemands soupçonnés de piratage

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Sécurité on 12 mars 2009 at 8:29

Le journal Der Spiegel vient de publier une enquête mentionnant de nombreux cas d’intrusions et de surveillance informatiques, notamment à l’étranger, menés par le BND, les services secrets allemands.

La Chine n’est pas le seul Etat à être pointé du doigt pour des affaires d’espionnage informatique. Le site d’information allemand, Der Spiegel, rapporte ainsi que les services secrets (BND) de son pays seraient impliqués dans plusieurs cas de piratages informatiques au cours des deux dernières années.

Selon le quotidien en ligne, le BND aurait accédé à distance à des disques durs et installé des chevaux de Troie - des keyloggers plus précisément (enregistreurs de frappes clavier) - afin de dérober des données. Les services secrets allemands se seraient introduits dans plus de 2 500 systèmes informatiques, notamment à l’étranger. Der Spiegel cite par exemple l’ordinateur d’un scientifique pakistanais travaillant dans le nucléaire, Abdul Qadir Khan, mais aussi le réseau informatique d’Irak ou encore celui d’une association allemande présente en Afghanistan.

La police souhaite opérer de la surveillance informatique

Ce n’est pas la première fois que la presse allemande se fait l’écho d’affaires d’espionnage impliquant le BND. En avril 2008 déjà, un article relatait l’interception d’emails échangés entre des journalistes de Der Spiegel et le ministre afghan du commerce, Amin Farhang.

Dans cette affaire, les services de renseignements avaient installé un cheval de Troie sur l’ordinateur du ministre. Ce programme avait notamment permis de recueillir ses identifiants à son compte de messagerie Yahoo et ainsi de consulter ses emails.

Le cas Magic Lantern aux Etats-Unis

En Allemagne, l’interception des échanges électroniques ne concerne pas uniquement le BND. Le ministère de l’Intérieur travaille ainsi à un projet de loi visant à doter les services de police des moyens et des droits les autorisant à effectuer de la surveillance et des perquisitions informatiques. L’installation de chevaux de Troie est une des pistes étudiées.

Nos voisins d’outre-Rhin ne sont cependant pas les seuls à envisager cette évolution. Des projets analogues destinés à répondre aux mutations de la criminalité sont également étudiés en France et au Royaume-Uni. Aux Etats-Unis, le FBI a reconnu depuis désormais dix ans avoir utilisé un programme espion : Magic Lantern.

Christophe Auffray

Les entreprises africaines invitées au bal de l’IE*

In Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, Management de l'information, veille on 11 mars 2009 at 9:32

Le ministre nigérien du Commerce, Halidou Badjé, a invité ce mercredi, les entreprises africaines à maîtriser et protéger les informations stratégiques liées à leurs domaines d’activité.

La maîtrise et la protection de l’information stratégique est un facteur important pour tout acteur économique dans son élan d’accroissement et de développement, a dit M. Badjé en marge de l’ouverture d’un colloque international de trois jours sur « la compétitivité des entreprises et l’intelligence économique ».

Premier colloque du genre à être organisé au Niger, cette rencontre qui réunit des experts africains et européens, permettra d’élaborer des modèles d’actions au profit des entités étatiques et des entreprises, indique-t-on.

« Ce colloque intervient au moment où le Niger engage un programme de restructuration et de mise à niveau de ses entreprises (…) face au contexte de mondialisation et des APE », a souligné le ministre du commerce.

Le débat, a estimé M. Badjé, devra dépasser le cadre de ce colloque pour charrier toutes les composantes de l’activité économique notamment les universités et les Instituts de formation afin de permettre aux jeunes diplômés d’avoir des informations précises sur l’intelligence économique.

Selon lui, une étude menée récemment sur 147 entreprises de l’espace de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) a montré que celles ayant une sensibilité à l’intelligence économique connaissent une plus grande compétitivité.

Face à la concurrence acharnée sur le marché dans un contexte de globalisation, la compétitivité et le recours à une sécurité économique se révèlent comme une « préoccupation essentielle » pour tous les acteurs, selon Alain Pierre, l’administrateur général du groupe nigérien Fortinium, initiateur de ce colloque.

M. Alain Pierre a affirmé que l’intelligence économique gagne aujourd’hui en audience et connaît un développement certain, car sa pratique a servi le développement des économies du Nord et continue d’alimenter le secteur de l’innovation industrielle en Asie, en Europe et en Amérique.

Cependant, a-t-il regretté, cette discipline est peu connue en Afrique où le concept de l’intelligence économique reste « abstrait et ambigu » dans l’esprit du citoyen africain.

La rencontre de Niamey va déboucher sur un plan d’action stratégique pour l’instauration de l’intelligence économique dans les organisations et entreprises africaines, a expliqué Alain Pierre.

Il s’agit également de tendre vers la mise en route d’une dynamique de compétitive des entreprises africaines, a-t-il ajouté.

Fortinium group, porteur de ce projet, est né de la volonté de jeunes africains qui cumulent un historique professionnel dans divers domaines liés à la finance, la gestion, les technologies.

Source: DS/od/aft/APA

*IE: Intelligence économique

Protégé : Les coulisses de la guerre contre la ‘terreur’

In Communication d'influence, Débat, Gestion de crise, Géostratégie, Intelligence stratégique, Stratégie, Sécurité on 1 mars 2009 at 6:55

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Sécurité: Conflicker a infecté l’armée française!

In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Management de l'information, Sécurité on 9 février 2009 at 8:32

Des systèmes informatiques militaires ont été infectés par le ver Conficker. Microsoft a pourtant corrigé cette faille depuis trois mois. Le ministère de la Défense ne prendrait pas toujours en compte les fameux patches de sécurité publiés par Microsoft pour mieux sécuriser les PC sous Windows.

En effet, selon Intelligence Online, du nom d’une publication (papier et Web) sur les “réseaux d’influence” publiée sous forme de lettre confidentielle, les réseaux informatiques de l’armée française sont infectés depuis quelques jours par le ver Conflicker (baptisé aussi Conficker par Microsoft). Ainsi, la propagation d’un tel agent infectieux dans des systèmes informatiques censés être très protégés “pose de sérieuses questions sur la sécurité des réseaux militaires français et leur capacité à faire face à une cyber-attaque d’envergure”, commente Intelligence Online.

Ce ver, qui a déjà contaminé plus de 9 millions d’ordinateurs dans le monde, avait été repéré à la mi-janvier par des chercheurs en sécurité. Il exploite une faille de sécurité corrigée par la firme de Redmond depuis déjà octobre 2008. Il continue donc d’infecter les PC connectés à Internet dont les mises à jours sous Windows n’ont pas été prises en comptes par leurs utilisateurs…

Le réseau informatique interne de la Marine française, baptisé Intramar, a été le premier a être touché par Conficker. Le 16 janvier, quelques jours après avoir constaté qu’un virus avait infecté des PC de la marine, l’état-major a décidé “d’isoler ce réseau des autres systèmes d’informations”.

Toujours selon Intelligence Online, des ordinateurs de la base aérienne de Villacoublay (Yvelines) et du 8ème régiment de transmissions ont été touchés par le ver informatique. Conficker aurait ainsi entraîné des pannes informatiques et un ralentissement des activités opérées depuis les ordinateurs infectés.

Difficulté de mesurer l’ampleur des dégâts

Pour le moment, le ministère de la Défense ne serait pas capable de déterminer “combien d’ordinateurs et de systèmes d’informations militaires sont susceptibles d’avoir été contaminés par le virus Conflicker”.

Initialement transmissible par Internet, l’infection des systèmes informatiques internes des armées françaises, parfois non connectés au Web, a pu se propager par l’intermédiaire de périphériques amovibles, comme des clés USB, qui contenaient déjà ce virus contracté lors de précédentes connexions au Net effectuées via un autre ordinateur étranger à ces réseaux fermés.

C’est en tout cas un coup dur pour le ministère de la Défense qui a encore beaucoup d’efforts à réaliser pour s’inspirer du Livre Blanc sur la Défense, évoquant le réseau Internet comme une infrastructure critique.

Anne Confolant / Sources : Vnunet

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Niger : Areva conserve le 2è gisement mondial d’uranium

In Diplomatie économique, Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Management de l'information, Stratégie on 3 février 2009 at 7:00

Au cours d’une mission d’intelligence économique réalisée en juillet 2007 par Fred Raynal, Marc Hervé Blanchet, Guy Gweth, Jean-Luc Traineau & Pedro Santos au sein de l’école de guerre économique, nous avons passé au crible le dispositif d’Areva au Niger en vue d’y détecter les failles informationnelles exploitables par les parties adverses, et d’imaginer des scénarios d’attaques  (conventionnelles ou non) après avoir identifié les “ennemis” et leurs modes opératoires.

A l’époque, le géant mondial du nucléaire faisait face à la colère du gouvernement nigérien, à l’hostilité de plusieurs ONG locales et étrangères, ainsi qu’à la pression des concurrents chinois, indiens et australiens… La victoire d’Areva en ce début 2009 donne au moins deux indications essentielles. Primo, l’équipe dirigée par Anne Lauvergeon a parfaitement saisi l’importance du management stratégique de l’information dans ce dossier et blindé son dispositif jusqu’à la signature du contrat avec les autorités du Niger. Deuxio,  l’influence et la diplomatie économique françaises dans ce pays ont tourné à plein régime. L’article de Faycal Métaoui, ci-après, paru le 1er février 2009 in Les Afriques, revient sur quelques faits marquants. Extraits:

“Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, a pesé de tout son poids pour conclure, dans les meilleures conditions, cet accord. Elle avait presque échoué dans un premier déplacement à Niamey en décembre 2008 avant d’arracher l’accord des autorités nigériennes au terme de longues négociations. Areva, présent au Niger avec ses deux filiales Somaïr et Cominak, était soupçonné par Niamey de financer les rebelles touaregs du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) qui sont actifs dans le nord du pays. L’été 2007, Dominique Pin, directeur général d’Areva au Niger, et Gilles de Namur, chargé de la sécurité de la même entreprise, avaient été expulsés du pays.

“Le changement de cap a coïncidé avec l’émergence du MNJ. Pour Niamey, la cause était entendue : pour défendre ses intérêts, Areva a financé cette nouvelle rébellion afin de créer une situation d’instabilité dans la région d’Agadez. La Libye voisine a également été accusée d’appuyer les hommes armés. Le groupe français a aggravé son cas en refusant de communiquer des données géologiques sur le nord du Niger. Niamey, après une intervention discrète de hauts responsables français, a révisé sa position vis-à-vis d’Areva, mais l’a obligé à revoir les prix du minerai. Le groupe d’Anne Lauvergeon s’est engagé à payer le kilo d’uranium (yellow cake) à 61 euros au lieu de 41,6 euros (deux fois moins cher que sur des cours mondiaux fluctuant).

“Le nouvel accord d’Imouraren porte sur un investissement de 1,2 milliard d’euros. La capacité d’exploitation est de 35 ans pour une production annuelle de 5000 tonnes (mais la convention est limitée à 20 ans). « L’accord prévoit une répartition capitalistique de 66,65% pour Areva et de 33,35% pour l’Etat du Niger dans la société créée en vue de l’exploitation du gisement. C’est le plus grand projet industriel minier jamais envisagé dans ce pays », précise le groupe français, qui annonce la création de près de 1400 emplois directs liés au projet. Le démarrage de la production à Imouraren est prévu en 2012. Cela va permettre au Niger de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium. Le gouvernement pourra commercialiser une partie de la production à travers l’entreprise Sopamin. Selon le ministre des Mines et de l’Energie, Mohamed Abdoulahi, le projet Imouraren offrira la possibilité de développer la connexion au réseau ferroviaire de la sous région (Imouraren-Cotonou) et la mise en œuvre d’un programme électronucléaire.”

Lire l’article complet de Faycal Métaoui in Les Afriques

Intelligence économique au Cameroun : on sensibilise

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale on 25 janvier 2009 at 12:07

Dès sa création en 2007, GwethMarshall Consulting, leader du conseil en intelligence économique et stratégique en Afrique centrale[1], a développé quatre programmes citoyens. L’objectif : assurer une appropriation rapide et harmonieuse de l’esprit et des techniques d’intelligence compétitive par les groupes cibles. Le programme SIC[2] vise tout particulièrement à sensibiliser les autorités publiques locales et consulaires, les entreprises et chambres de commerce, les collectivités locales et la société civile ainsi que le secteur éducatif de la zone Cemac*. C’est dire si nous nous sommes réjouis de la tenue le 14 janvier dernier de la conférence de l’Acrie sur le thème « l’intelligence économique : une réponse à l’ère de l’information » à l’Institut africain d’informatique (IAI-Cameroun) de Yaoundé.

A l’invitation de Armand-Claude Abanda, représentant résident au Cameroun de l’IAI, Pascal Frion de l’Acrie (« premier réseau européen d’intelligence économique »)  a entretenu les étudiants en informatique sur les enjeux de l’intelligence économique (IE) dans un contexte d’hyperconcurrence mondiale. « L’intelligence économique, a-t-il dit, est une réponse à l’ère de l’information car elle propose des comportements, des méthodes, elle suscite que les individus et les organisations se motivent pour se questionner, chercher, traiter, diffuser et protéger l’information. » Pour le conférencier, l’ère de l’information se distingue de la logique des moyens et de la logique de résultats. Il faut opter pour une logique du choix.

Dans un langage simple, l’orateur a défini l’IE comme  « l’ensemble des actions conjuguées de questionnement stratégique pour identifier des besoins et des demandes, de la recherche d’information de ce qui nous manque, de traitement de l’information utile, de la diffusion de l’information pertinente, sans oublier  la protection de l’information discriminante. » Il a insisté sur l’idée de projet dans une démarche d’intelligence économique car pour lui, « sans projet, nous risquons la boulimie d’information et l’infobésité, ce qui occasionne de la perte de temps, de la frustration, une non performance, etc. L’intelligence économique (ponctuelle, pour décider et agir) se distingue de la veille (pour savoir). »

Parlant des nouveaux rapports de force internationaux, Pascal Frion avertit : «il faut donc être prêt, ponctuellement, à se battre légalement dans une guerre économique parfois délicate à identifier. C’est ce qu’on appelle l’offensive légale. De manière défensive, la veille doit nous tenir informé de manière régulière sur ce qui se passe autour de nous. Pour un Etat, ou pour une région (intelligence économique territoriale) il s’agit également d’aborder la géopolitique, la géoéconomie, etc. » L’orateur aurait pu profiter de ce paragraphe pour souligner l’idée de souveraineté et de patriotisme économiques qui sous-tend tout dispositif national ou régional d’IE mais le temps a sans doute manqué.

Grâce à son programme citoyen SIC, GwethMarshall entend diversifier ce type d’initiative en associant un maximum de théoriciens et de praticiens  venant d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Europe, un appui stratégique à la diplomatie économique des Etats de la Cemac. Avec l’ouverture prochaine d’une antenne sous-régionale de la SCIP[3], l’Afrique centrale entend jouer un rôle de premier plan en matière de stratégies concertées d’intelligence économique à l’échelle continentale. Ici, on a fait le choix stratégique de partir à la conquête des meilleurs pratiques mondiales d’IE (japonaises, étasuniennes, chinoises, britanniques et allemandes) sans oublier l’apport des écoles sud-africaines et françaises.

Ce sont les grand-mères bantu du Cameroun qui enseignent à leurs petits-enfants que « la sagesse c’est de recueillir celle des autres ».

Guy Gweth

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Le novembre de l’intelligence économique en Afrique


[1] Afrique centrale (zone Cemac*) : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad.

[2] SIC : Sensibilisation à l’Intelligence Collective

[3] SCIP : Society of Competitive Intelligence Professionals

Maroc: l’Oriental à l’heure de l’IE régionale

In Diplomatie économique, Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 6:54

L’Agence de l’Oriental et la Wilaya organisent les premières journées scientifiques « Oriental.ma » sur le thème de l’intelligence économique régionale du 26 au 27 janvier 2009.

En proposant une réflexion sur ce thème, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya, en collaboration avec les partenaires institutionnels nationaux et régionaux (Conseil Régional, Fédération Nationale des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services, Université, Centre Régional d’Investissement (CRI), etc.) et de la société civile comme l’Association Marocaine d’Intelligence Economique (AMIE), posent les jalons d’une démarche d’intelligence économique régionale pour l’Oriental.

En effet, plus aucun décideur, plus aucune organisation ne peut faire aujourd’hui l’économie de l’innovation, devenue une urgence. Il s’agit d’innovation ouverte et créative s’attaquant à tous les enjeux de notre vie sociale, économique et culturelle. La démarche s’impose plus encore dans le domaine du développement régional. Définir une stratégie de développement en connaissance de cause, qui tienne compte des ressources locales, et ambitieuse à la fois, la partager, la mettre en œuvre, nécessite la mise en place d’un système d’intelligence des situations économiques et sociales.

Il s’agit aussi d’identifier, de promouvoir et de défendre les enjeux clés de la Région, à partir de systèmes de veille et d’analyse. Il convient également d’anticiper les grandes évolutions et de comprendre par exemple les forces et les faiblesses des régions similaires, innovantes ailleurs dans le monde pour mieux coopérer. Cette nouvelle approche du développement des territoires fondée sur la maîtrise des méthodes de l’intelligence économique se développe en effet dans des pays comme la France, le Royaume Uni, mais aussi dans les pays émergents comme la Chine et l’Indonésie, dont les cas seront présentés lors de ces rencontres.

Une première étape a été franchie en croisant une diversité de regards et d’expertises marocains et français dans le cadre de la revue « Oriental.ma ». Elle prend en compte les expériences déjà organisées au Maroc en la matière, notamment la récente convention sur l’intelligence économique signée entre la Fédération des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services et l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie, en partenariat avec l’Association Marocaine d’Intelligence Economique et l’Association Internationale Francophone d’Intelligence Economique.

Pour aller plus loin et organiser des projets concrets sur la base de cette fertilisation croisée, l’Agence de l’Oriental et la Wilaya de la Région de l’Oriental, partenaires, invitent les auteurs de la dernière livraison de la revue, praticiens et experts, hommes d’entreprise ou de prospective à débattre avec les acteurs de la Région, à l’occasion des Premières Journées Scientifiques « Oriental.ma », sous le thème de l’intelligence économique régionale.
Ces rencontres s’organisent autour de quatre moments forts : échanges de pratiques à l’échelle internationale, pratiques nationales au Maroc, intelligence économique régionale dans l’Oriental, et enfin, dynamique de régionalisation et projets concrets d’intelligence économique à réaliser.

Le programme de Jumelage Institutionnel financé par la Commission Européenne et dont le séminaire de lancement s’est tenu le 16 janvier dernier, au siège de la Wilaya d’Oujda, concernant respectivement le jumelage de l’Agence de l’Oriental et l’Agence Andalouse de Coopération Internationale (Junta de Andalucia ; Espagne) et celui de la Wilaya et la Région de Galice (Espagne), contient parmi les activités à réaliser d’ici 2010 celles relatives à la mise en place de dispositifs d’intelligence économique et territoriale en faveur de l’Oriental.

Sources : 1. OujdaCity – 2. Yawatani

In Questions internationales : renseignement et services secrets

In Diplomatie économique, Guerre économique, Géostratégie, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Intelligence économique, veille on 24 janvier 2009 at 12:14

Qui sont « les espions » du XXIe siècle et comment agissent-ils ? Outre les interviews exclusives du directeur de la DGSE, Erard Corbin de Mangoux, et du directeur de la DCRI (ex Renseignements généraux et DST), Bernard Squarcini, ce numéro de « Questions internationales » décrypte les évolutions récentes et le rôle des services de renseignement et de sécurité dans le monde.

Alors qu’une partie croissante de leurs activités, de leurs missions, voire de leurs structures, est désormais ouverte à l’analyse et aux comparaisons, ce dossier présente ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les moyens de la connaissance et de l’anticipation ».

Les services de renseignement et de sécurité, mal connus autant méconnus qu’inconnus, ont beaucoup évolué. Placés au cœur du processus de décision politique et de l’action diplomatique, ils se sont professionnalisés pour s’adapter aux nouvelles exigences et contraintes des relations internationales.

À mesure même que leurs missions concernent de plus en plus la société civile – avec l’intelligence économique, la lutte contre le terrorisme international ou la protection des technologies avancées par exemple – ils ont besoin d’être mieux connus et compris, mieux immergés dans les milieux qu’ils défendent à leur manière.

Du même coup, ils ont aussi besoin d’être mieux contrôlés, comme de bénéficier de l’association et de la solidarité d’un plus grand nombre d’autorités publiques. Exigence d’autant plus forte que le régime qui les emploie est démocratique et que l’esprit de leur mission est toujours la sauvegarde d’une société démocratique. Les différents articles de ce dossier tentent d’illustrer cette rationalisation progressive, avec ses limites, ses questions, ses progrès en cours.

Dans ce numéro de Questions internationales, les deux patrons du renseignement français, le directeur général de la DGSE et le directeur central de la DCRI, s’expriment pour la première fois ensemble dans une revue. Traditionnellement les directeurs de l’espionnage français (DGSE) – surtout ce dernier – et celui du contre-espionnage (DST, devenue DCRI depuis le 1er juillet 2008) s’expriment publiquement très rarement.

M. Corbin de Mangoux, qui dirige depuis début octobre 2008 les 4.500 agents de la DGSE, estime que ces deux interviews illustrent “le travail important de rapprochement opéré depuis quelques années entre ces deux services”. La DGSE, qui propose officiellement depuis quelques semaines sur le site du ministère de la Défense des stages de fins d’études aux scientifiques, “veut ainsi leur donner l’occasion de participer à la réalisation de projets de haute technologie et innovants et très motivants”, dit par ailleurs M. Corbin de Mangoux.

De son côté, M. Squarcini, à la tête de la DCRI (4.000 fonctionnaires) depuis le mois de juillet 2008, assure que le “temps du silence et de l’opacité lui paraît révolu”. Il ajoute que “nos citoyens ont droit à une information objective sur l’activité de leurs services de renseignement”.

Renseignement et services secrets
Collection Questions internationales n° 35
La Documentation française
128 pages, 9,80 euros

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Tendance: le sponsoring à l’assaut des First Ladies

In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management on 11 janvier 2009 at 8:20

Michelle Obama & Daughters La future Première Dame des Etats-Unis a beau déclaré qu’elle ne s’immiscera pas dans les décisions politiques de Barack Obama, qu’elle passera le plus clair de son temps à veiller sur leurs filles Malia et Sasha, les plus jeunes locataires de la Maison-Blanche depuis les Kennedy, aucun analyste sérieux n’y croit. A l’heure où, partout dans le monde, le débat public confine les First Ladies à l’action humanitaire, nombre de stratèges en entreprise ont fait le choix d’investir dans le cœur et l’aura de celles qui mènent au Président… Surtout dans les pays en développement.

Lorsque Paul Henry* est nommé représentant d’une des filiales de son Groupe* en Afrique fin 2007, il sait que sa mission sera difficile. La concurrence pour le contrôle des ports en Afrique de l’ouest est rendue ardue par de nouveaux entrants aux dents longues. Ces derniers font de bien meilleurs offres aux meilleurs prix et proposent même de multiplier le montant des redevances à payer à l’Etat hôte. Leurs salariés bénéficient de conditions de travail enviables. Ils attirent la presse et alertent l’opinion publique en cas d’entorse aux procédures de passation des marchés au port. Leurs services de veille stratégique et de relations publiques fonctionnent à merveille et les résultats s’en ressentent au niveau des décideurs et de la clientèle. Du lourd.

Paul Henry sait que le temps est révolu où il suffisait d’un coup de file pour qu’une concession de 15 ans soit adjugée à son groupe. Il charge une équipe de jeunes consultants en IES* de réfléchir à la stratégie à adopter en vue de réagir à la nouvelle donne imposée par les concurrents. Les règles du jeu ont assurément changé. Les conseils ont quinze jours et quatorze nuits pour fournir leurs conclusions à la direction qui requiert « une pluie d’idées dans un désert de mots ». Traduction de Paul Henry : « Nous attendons des préconisations claires, précises, concises et immédiatement applicables. Non pas 300 pages de littérature dans un jargon d’experts et des schémas cryptés…» Un bureau sécurisé leur est ouvert 24h/24 près de la direction.

Après dix jours de travaux de collecte, de validation, de hiérarchisation et d’analyse des informations pertinentes, la CI Team* (comme elle se fait appeler) a évalué plusieurs scénarios allant des opérations de déstabilisation par l’information, de guerre judiciaire, d’entrisme clandestin, de piratage informatique ou de débauchage de cadres concurrents… Au final, la principale préconisation -pour aussi inattendue qu’elle soit- a été de financer l’association humanitaire de la Première Dame à grand renfort de publicité. Désormais dans les bonnes grâces de la First Lady, le groupe jouit de son influence, y compris devant la justice, dans un pays où le dés-équilibre des pouvoirs profite à l’exécutif. Les experts ont  même envisagé un don d’ordinateurs « intelligents » à l’association en vue d’anticiper ses besoins… en toute discrétion.

Entre un Président élu par le peuple et une femme élue par le Président, le pouvoir est souvent au premier et l’influence à la seconde. Les businessmen l’ont bien compris. La guerre des grands créateurs (Narciso Rodriguez, Christian Lacroix, Karl Lagerfeld ou Marc Jacobs… etc.) pour habiller Michelle, Malia et Sasha lors de l’investiture de Barack Obama le 20 janvier 2009 montre combien il peut être stratégique d’investir sur une First Lady. Qui plus est s’il s’agit d’une avocate brillante ayant une taille mannequin de 1.82 m. et une élégance à tomber par terre… Car chaque fois qu’elle apparaît en public, Michelle Obama rapporte des millions de dollars de chiffres d’affaires  aux sponsors qui misent sur son aura.

Guy Gweth

*Paul Henry : nom de code utilisé pour les besoins de confidentialité.

*Pour des raisons évidentes, le nom du Groupe est gardé sous anonymat.

*IES : abréviation usitée pour « Intelligence économique et stratégique».

*CI Team : “Competitive Intelligence Team” ou en français l’équipe d’IE.

En 2009, cap vers la diplomatie économique!

In Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Stratégie on 1 janvier 2009 at 2:40

guy

Par Guy J. Gweth

« L’Afrique attend toujours son premier président noir démocrate ». Voilà le texte qui accompagne le dessin d’Arend van Dam paru il y a quelques jours aux Pays-Bas et repris dans le hors-série n°26 du Courrier international. On y voit un paysage fait de soleil, de végétation, de cases en fumée,  de corps sans vie et de deux véhicules de la Croix-Rouge et des Nations Unies. Cette image qui abrège tous les diagnostics sur le continent africain est à intégrer à la carte postale d’un monde qui va célébrer en 2009 le couronnement d’un Africain-Américain comme 44è président des Etats-Unis, les 20 ans de la chute du Mur de Berlin ou encore le 400è anniversaire de l’astronomie ! Un tel tableau ne peut laisser indifférent aucun stratège. C’est l’une des raisons (les autres suivent) pour lesquelles j’ai décidé de franchir avec vous un pas supplémentaire sur les nouveaux chemins de la connaissance en mariant la diplomatie économique à l’intelligence stratégique.

Dès la création de ce site le 15 janvier 2008, j’ai attaché du prix à vulgariser l’intelligence compétitive et stratégique en Afrique centrale, tout en donnant à voir au reste du monde ce que nous apportons de contribution au développement de cette discipline. Mais, je l’avoue, mon vœu secret a toujours été d’inciter les jeunes experts africains à la production des connaissances afin d’éviter de subir les affres de la guerre cognitive en cours dans le cyberespace. Lors de mes nombreuses missions sur le continent, j’ai été profondément marqué par le fait que 8/10 citations employées par les universitaires, les politiques, les opérateurs économiques et moi-même faisaient référence aux auteurs d’autres continents. Or quand dans une société l’élite en est à un tel niveau de dépendance intellectuelle, penser le développement en termes de stratégie d’émancipation et de compétitivité ressemble à un exercice dont la stérilité pleure entre les lignes. Pourtant l’Afrique bouge, le monde change.

Depuis près d’une décennie, des entités qui jadis faisaient le pied de grue dans les lobbies réussissent une entrée spectaculaire sur la scène mondiale. Bien que non encore reconnus comme sujets de droit international, les réseaux, cercles, fonds souverains, fondations, agences de notation, think tank… dont les budgets dépassent parfois ceux de nombreux Etats apparaissent comme les néo-patries du XXIè siècle. Elles ont chacune un rêve, une histoire,  un gouvernement, un corpus normatif et un territoire-en-réseau qui s’émancipe des frontières nationales au gré des intérêts. Comme le montre la brillante victoire de celui que le prix Nobel Paul Krugman appelle « Barack Delano Obama », ces entités transcendent la race, le pays d’origine, la religion ou l’appartenance politique. Leur impact grandissant dans les affaires du monde convoque une grille de lecture extrêmement complexe car elles génèrent une nouvelle grammaire des relations internationales.

Même si leur montée en puissance inquiète officiellement certains pouvoirs étatiques, force est de constater qu’ils composent avec ces entités qui, grâce à une diplomatie de réseau, influencent les grands agendas internationaux en matière de finance, d’environnement, d’énergie, de santé, de culture et d’humanitaire… Disséquer ces organisations grâce aux sources ouvertes, cerner leurs intérêts, comprendre les mécanismes de leur fonctionnement et mesurer l’impact de leurs activités sur la compétitivité des entreprises et les économies nationales… Voilà à quoi s’attèlera ce site en 2009 sous le titre « Intelligence stratégique & diplomatie économique». Que nos lecteurs africains soient cependant rassurés, cette nouvelle orientation n’entamera que si peu la place de choix de l’Afrique dans nos analyses. D’ailleurs nos sites d’intelligence compétitive anglophone (Comintelca) et hispanophone (Intelcac) resteront spécialisés sur l’Afrique centrale durant toute l’année 2009.

Le novembre de l’intelligence économique en Afrique

In Géoéconomie, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, Veille stratégique on 1 décembre 2008 at 6:19

Séminaire d’intelligence économique à l’intention des hauts fonctionnaires de l’administration publique le 27 novembre à Dakar, conférence sur «l’intelligence économique et la veille technologique…» le 19 novembre  à Libreville, rencontre internationale sur le thème « Compétitivité et accumulation des compétences dans la mondialisation…» les 13-14 novembre à Rabat, 2èmes assises de l’intelligence économique les 10-11 novembre à Alger… L’effervescence qu’a connue l’intelligence compétitive en ce 11ème mois de l’année sur le continent mérite notre attention.

Comme un effet domino

On se souviendra longtemps de cette prémonition du Haut responsable français à l’intelligence économique, Alain Juillet: « l’intelligence économique (IE) sera au 21ème siècle ce que le marketing a été au 20ème. » Le vent d’IE qui a soufflé en Afrique centrale, du nord et de l’ouest en ce mois de novembre 2008 est en effet sans précédent. Comme par effet domino, de Libreville à Dakar, de Rabat à Alger, des spécialistes ont invité les décideurs à venir discuter des enjeux majeurs de la quête, de la protection, de la diffusion, du management stratégique de l’information utile face à l’exacerbation de la concurrence au niveau mondial.

De Libreville à Dakar

Au Gabon, Prosper Tonda Mabenda du Groupe d’études et de recherches sur la communication (GERC) rattaché à l’institut de recherches en sciences humaines (IRSH) de l’université Omar Bongo (UOB) s’est attelé à décrypter les enjeux et à sensibiliser les acteurs publics et privés aux vertus de l’intelligence économique pour le Gabon. Tonda Mabenda milite pour la création d’un « pôle d’intelligence économique national autour des secteurs vitaux et au sein duquel l’université et la recherche joueront un rôle éminemment stratégique ».

Au Sénégal, le séminaire organisé par le centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS) et l’agence de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) a été présenté par les autorités comme point de départ d’une politique publique d’intelligence économique au Sénégal. Cette rencontre a bénéficié de l’expertise de Christian Harbulot, directeur de l’EGE. Une formation de haut niveau devrait voir le jour dès janvier 2009 au sein du CEDS avec, à la clé, un diplôme supérieur spécialisé en intelligence économique et stratégique.

De Rabat à Alger

Au Maroc, les participants à la rencontre internationale organisée sous le patronage de Sa Majesté le roi Mohammed VI ont insisté sur le nécessaire partenariat éducation -secteur privé- secteur public pour faire face aux défis de la mondialisation. Ils ont plaidé pour une dotation d’aide à la création de structures d’intelligence économique pérennes au sein des collectivités territoriales et des entreprises. Une formation de haut niveau en IE devrait bientôt voir le jour au Maroc sur le modèle du 3è cycle spécialisé de l’école de guerre économique de Paris.

En  Algérie, il était question du début de la mise en œuvre des pratiques d’intelligence économique pour 2009. Organisées par le VIP Group, les 2èmes assises de l’IE ont attiré des cadres de l’administration et du privé. Après l’adoption en conseil de ministres d’un projet de loi contre la cybercriminalité, Alger attend désormais la nomination d’un directeur général de l’intelligence économique au ministère de l’industrie. Cette remarquable prise de conscience sur le rôle de l’intelligence compétitive en Afrique appelle cependant quelques mises en garde.

Entre Africains

Il n’y a pas d’intelligence économique sans stratégie. La volonté des Etats de se doter de dispositifs nationaux d’IE est un engagement de longue durée. Mais l’hyperpolitisation des centres de décisions est un frein. En l’absence d’experts indépendants capables de penser la stratégie des Etats sur 15-25 ans, il manquera toujours cette cohésion qui fait gagner une équipe. D’autre part, l’intelligence économique étatique est une question de souveraineté et de patriotisme économiques. La place laissée vacante par les acteurs africains de l’IE sur le terrain de la production des connaissances est occupée par la concurrence, mais il serait regrettable d’ignorer leur potentiel. Par ailleurs, nos liens privilégiés avec certains pays ne doivent pas limiter nos choix. Le Japon, la Chine et les Etats-Unis ont des dispositifs d’intelligence compétitive plus performants et plus proches de nos matrices culturelles.

Et si quelque barrière devait empêcher l’Afrique d’accéder aux meilleures pratiques, l’intelligence économique n’y serait que la continuation de ses erreurs par d’autres moyens.

Guy Gweth

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Chine-UE: Pékin fait vaciller les 27

In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Leadership, Perception Management, Soft Power, Stratégie, veille on 27 novembre 2008 at 8:59

Ce devrait être un théorème pour les stratèges français de la coopération sino-européenne: faire perdre la face aux officiels chinois est un affront impardonnable au pays de Mao. Lorsque cela vient à se produire, la contre-offensive de Pékin remplit souvent trois critères: elle est spectaculaire, mémorable et lourde de conséquences. C’est en pleine crise financière internationale que le géant asiatique a choisi d’humilier la présidence française de l’union européenne.

Souvenez-vous, après le passage tumultueux de la flamme olympique à Paris en avril 2008, nous vous prévenions ici que les dignitaires chinois avaient de la mémoire et qu’ils n’hésiteraient pas, au moment opportun, à riposter à l’affront que les activistes droitdelhommistes français et quelques politiques pro-tibétains venaient  ainsi d’infliger au peuple chinois devant les caméras du monde entier. A l’époque, la real économique avait malgré tout contraint le président français à faire le voyage de Pékin pour l’ouverture des JO et à surseoire à rencontrer le guide spirituel tibétain.

Que Nicolas Sarkozy décide après coup d’un rendez-vous avec le Dalaï-Lama pour le 6 décembre 2008 en Pologne était certes l’affront de trop, mais en réalité un excellent prétexte pour Pékin. Le report sine die du sommet Chine-Union européenne du 1er décembre 2008 auquel devait assister le premier ministre chinois, Wen Jiabao, arrive en effet après de nombreuses mises en garde adressées par les dirigeants chinois aux autorités françaises.  Dans la foulée, Airbus a dû annoncer le report de la finalisation d’une commande de 150 appareils passée par la Chine en novembre 2007. Les rencontres entre businessmen européens et chinois en marge du sommet ont toutes été annulées. A l’heure qu’il est, les opérateurs français dans l’empire du milieu redoutent un durcissement de l’environnement de leurs affaires.

Il n’est pas complexe de profiler les dirigeants politiques français. Les analystes chinois n’ont d’ailleurs pas tardé à comprendre que “le président Sarkozy est très sensible aux pressions… ” Conséquence: lorsque le nouvel exécutif français effectue son premier voyage officiel en Chine en novembre 2007 avec 20 milliards  d’euros de contrat à la clé, les stratèges chinois retiennent l’absence de Yama Yade, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères chargée des droits de l’homme, comme le résultat de leurs pressions sur Paris. En reportant unilatéralement le sommet de Lyon, Pékin a voulu envoyer un signal symbolique fort, profond et durable au vieux continent et à la France en particulier.

L’Europe qui oublie parfois qu’elle n’est ni les Etats-Unis d’Amérique ni réellement unie expérimente donc le courroux spectaculaire d’un acteur devenu incontournable dans le concert des nations à l’heure où la crise financière internationale préoccupe les grandes chancelleries. L’aile dure du régime communiste ne pouvait manquer pareille opportunité pour punir Paris et les 27; un acte historique malgré la relative discrétion des grands médias européens dans le traitement de cette information.

Guy Gweth

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In Intelligence stratégique, Sécurité, Veille stratégique on 31 octobre 2008 at 12:59

Selon l’agence Reuters, « des hommes armés à bord de vedettes rapides ont détourné un bateau au large du Cameroun, ce 31 Octobre 2008. Le bateau, affrété par la compagnie pétrolière Total, transportait une dizaine de membres d’équipage dont sept Français et remorquait une péniche près de la côte camerounaise et d’une installation pétrolière ». D’après la société de services pétroliers, 10 employés du groupe Bourbon ont été enlevés, dont 2 Camerounais et 1 Tunisien. Le navire Sagitta qui comptait 15 personnes à son bord a été intercepté par les Bakassi Freedom Fighters à  180 km de Douala, la capitale économique du pays.

La régression des réserves mondiales de pétrole, les attentats contre les tours jumelles du World Trade center et les crises à répétition dans le golfe persique ont contraint les grandes puissances mondiales à trouver une alternative plus sûre pour approvisionner leur marché en pétrole dès 2001. Avec la découverte de nouveaux gisements de pétrole en Angola, à Sao Tomé et Principe et en Guinée équatoriale, le pétrole africain est devenu « une priorité pour la Sécurité nationale américaine de l’après 11 septembre.» Depuis, les Etats-Unis déploient un dispositif  complexe de sécurité (ceinturant leur périmètre d’intérêts) qui, à terme, devrait couvrir notamment : l’Angola, le Cameroun, le Cap vert, le Gabon,  le Ghana, la Guinée équatoriale, Sao Tomé et Principe. De son côté, la Chine dont les besoins en énergies s’accroissent au fil des ans travaille elle aussi à diversifier et à sécuriser ses approvisionnements dans la région. Elle compte déjà parmi ses plus gros fournisseurs: l’Angola, le Congo, la Guinée équatoriale, le Tchad et le Gabon…, pour ne citer que les Etats du Golfe. Elle importe  l/3 de son pétrole d’Afrique, soit 9% des exportations du continent alors que les Etats-Unis sont à 33% et que l’Europe (dont l’influence traditionnelle dans la région est  désormais l’affaire des compagnies Total, BP et Agip) est à 20%.

Avec plus de 4. 500.000 barils de brut par jour, le golfe de Guinée devrait s’attribuer plus de 20% du marché pétrolier mondial d’ici 2010 selon les prévisions du Centre d’Etudes stratégiques de Washington. Les réserves confirmées de pétrole, le long des 3.700 kilomètres de sa ligne côtière, sont aujourd’hui estimées à 15 milliards de barils. Nouvel eldorado des compagnies pétrolières occidentales, le golfe est souvent le théâtre d’attaques ciblant des intérêts étrangers. Les entreprises d’extraction y sont régulièrement accusées de ne pas contribuer au développement local, d’exploiter les populations riveraines et de polluer l’environnement « avec la complicité d’autorités corrompues ». Rien qu’en cette année 2008, des opérations de piratage ont eu lieu au Cameroun, en Guinée équatoriale, au Nigeria et au Bénin.

Le 12 octobre 2008, le gouvernement camerounais a annoncé qu’il allait mettre en place un nouveau dispositif de surveillance des côtes et de la mer territoriale par satellite, avec l’appui des Etats-Unis et de la France. L’acquisition de ce matériel, capable de détecter un bateau de pirates à longue distance, répond à l’appel international au renforcement de la surveillance maritime lancé au vu de la recrudescence des actes de pirateries sur les côtes africaines. La station balnéaire camerounaise de Limbé a d’ailleurs été victime d’une attaque surprise le 27 septembre 2008. Les assaillants, présentés comme des pirates de mer, y ont  dévalisé trois banques locales, emportant un butin de l’ordre de 230 millions FCFA.

En superposant la cartographie des grands conflits mondiaux actuels sur celle des principales zones pétrolifères du globe, de nombreux analystes – et j’en suis – n’ont de cesse de se demander si l’or noir ne sera pas une malédiction pour l’Afrique. Mais l’usage de la violence comme arme de négociation avec l’Etat devrait profondément interroger l’autorité et la gouvernance du pays-cible. D’ici à 2011, le Cameroun traversera une phase décisive de son histoire tant au plan politique qu’au niveau de sa sécurité nationale.

Guy Gweth

A toutes fins utiles, lire aussi “Soft power: codes et lignes de force du cinéma nigérian”

Quand les services équato-guinéens opèrent chez le voisin

In Communication d'influence, Coopération internationale, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Stratégie, Sécurité on 23 octobre 2008 at 5:57

La Guinée équatoriale a-t-elle une stratégie de puissance sous-régionale  en zone Cemac*? Nous avons  tenté d’y répondre dans une étude rendue publique le 30.06.08 et cédée un mois plus tard. L’actualité des services secrets de Guinée équatoriale, ces derniers jours,  renforce le chapitre assez documenté que nous y avons accordé à “La main invisible” du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, guide suprême de ce petit émirat pétrolier du golfe de Guinée depuis 1979… Malabo veut se faire respecter. A tout prix. Quitte à marcher sur les accords et traités internationaux.

Ce qu’il faut préciser

Nous savons à présent que quelques révélations inédites de l’étude sus-mentionnée (étayées par des documents exclusifs) ont conduit certains analystes à conclure que nous avons non seulement bénéficié de privilèges de la part des renseignements locaux dans la réalisation de cette enquête, mais que nous avons été “pré-financés” pour réaliser « un travail de légitimation » des opérations extérieures des services équato-guinéens. Mais si la deuxième partie de cette critique est farfelue, la première mérite une réponse : aucun professionnel ne peut mener une enquête rigoureuse sur un sujet d’une telle nature sans un minimum de collaboration de la cible. Ce n’est pas Gordon Thomas ou Roger Faligot qui nous démentiront. Le nouveau rapport de force que tente d’imposer la Guinée équatoriale mérite qu’on s’en approche de très près, au besoin en usant du stratagème de la lamproie. Car ici plus qu’ailleurs, les stratégies des Etats sont celles des individus qui incarnent l’exécutif à un moment donné. Comment comprendre la politique équato-guinéenne actuelle dans la zone Cemac si l’on n’ose pousser l’enquête jusqu’au cœur de l’orgueil, des ambitions, des frustrations et des rancœurs accumulés depuis près de trois décennies déjà par ceux qui gouvernent à Malabo ?

Ce que révèle l’actualité

Le 7 octobre 2008, Cipriano Nguema Mba, ancien colonel et trésorier de l’armée équato-guinéenne a été exfiltré de Yaoundé et convoyé par les services secrets de son pays où il est actuellement incarcéré à la maison d’arrêt de Black-Beach. Cette opération remarquablement montée en collaboration avec l’ambassade équato-guinéenne dans la capitale camerounaise a bénéficié de la complicité de deux policiers locaux. Ces derniers ont été inculpés d’”intelligence avec un service de renseignement étranger” par les autorités camerounaises qui affirment que l’ancien colonel bénéficie toujours du statut de réfugié politique au Cameroun, d’après la convention de Genève du 28 juillet 1951. Rappel: Cipriano Nguema Mba a été jugé par contumace et condamné à 30 ans de prison pour tentative de coup d’Etat et détournement de fonds en septembre 2005 par un tribunal militaire au terme d’un procès à huis clos. Cette même année,  Florencio Ela Bibang et Juan Abaga, tous deux ex-officiers supérieurs de l’armée nationale, avaient été soustraits et exfiltrés du Nigeria par les mêmes services  spéciaux équato-guinéens et conduits -sans autre forme de procès- dans leur pays où ils purgent depuis de lourdes peines de prison.

Ce qu’il faut en conclure

Dans l’analyse contemporaine des problématiques de leadership, la taille d’un Etat ne constitue plus un déterminant absolu.  L’exemple du Vatican -Etat lilliputien s’il en est- dont la Sainte Alliance et le Sodalitium Pianum forment le service de renseignement le plus complet au monde avec le Mossad israélien est là pour le démontrer. Même s’il faut toutes proportions garder en matière de puissance. Les deux opérations d’exfiltration sus-citées, en totale violation des normes internationales, n’ont rencontré que de tièdes réactions au HCR**, au Nigeria comme au Cameroun. Ce qui conforte Malabo dans sa stratégie d’influence: lancer un signal fort à tous les opposants guinéens en exile et persuader les États voisins que les forces spéciales équato-guinéennes sont capables d’opérer sur le territoire de ceux-ci, en tout temps, si elles jugent que la sécurité de leur pays en dépend. Une attitude qui renforce le nouveau rapport de forces que nous décrivions déjà dans notre étude. Reste à savoir si une telle volonté de puissance peut être soutenue, voire transférée au champ économique  pour donner naissance à une intelligence compétitive et stratégique résolument offensive en Afrique centrale.

Guy Gweth

Dans le même ordre d’idées, lire:

“Histoire secrète du Mossad”: l’enquête de Gordon Thomas

“Les Services secrets chinois, de Mao aux JO”: l’enquête de Roger Faligot

Guerre économique, nouveau défi des services de renseignement en Afrique centrale

———

*CEMAC: Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale

**HCR: Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

Sankara, le rêve ajourné d’une Afrique libre et compétitive

In Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Leadership on 15 octobre 2008 at 11:59

Capitaine Thomas Sankara, 38 ans, Président du Burkina Faso, assassiné à 16h le 15 Octobre 1987 à Ouagadougou, est le père naturel de l’intelligence stratégique africaine. 21 ans après la disparition du leader révolutionnaire, le continent noir n’a toujours pas trouvé un stratège de sa trempe. Le rêve d’une Afrique libre et compétitive dans le concert des nations est donc ajourné. Sine die.

Lorsqu’il accède au pouvoir le 4 août 1983, Sankara a déjà diagnostiqué, analysé la situation du continent et de son peuple. Très vite, sa stratégie révolutionnaire passe de la théorie à l’action. La Haute-Volta (nom de son pays à l’époque coloniale) devient Burkina Faso (le “pays des hommes intègres”). Le train de vie du gouvernement baisse (Le chef de l’Etat roule en Renault 5 ). La politique des institutions financières internationales de Bretton Woods en Afrique est démasquée. Les procès pour corruption sont radiodiffusés. L’excision des femmes est bannie et leur participation à la vie politique encouragée. Plusieurs écoles et institutions hospitalières voient le jour. Des millions d’arbres sont plantées pour faire barrage au Sahel. Les impôts agricoles sont supprimés. Les Burkinabès sont incités à produire et « consommer burkinabè»… En 4 ans de règne, le train de vie des citoyens s’est amélioré. Panafricaniste et tiers-mondiste, Sankara plaide la cause des plus pauvres à l’OUA comme aux Nations Unies et exige que l’Afrique soit libre pour pouvoir être compétitive à son rythme, avec ses propres valeurs. Mais le succès de ce jeune leader  charismatique ne fait pas les affaires des puissances prédatrices. Il faut le neutraliser avant qu’il n’aille plus loin et ne devienne particulièrement contagieux.

L’analyse des traitements de chocs activés dans le cadre des stratégies de puissance ciblant un ennemi ou une chasse gardée en phase d’émancipation révèle un mode opératoire en 2 étapes: une phase de destruction et une phase de reconstruction, ayant chacune trois objectifs. Ce schéma a été appliqué dans l’opération d’élimination de Sankara, avec de lourdes conséquences pour l’Afrique.

Pour détruire, il faut nécessairement:

1. Décapiter le mouvement d’émancipation en faisant supprimer son leader (de préférence par ses proches). Cf: Patrice Lumumba, Steve Biko, Ruben Um Nyobe…;

2. Disperser, puis opposer les énergies fédérées par le leader disparu;

3. Dissuader durablement toute initiative semblable à celle du leader supprimé.

Il est aisé d’observer l’effet anesthésiant de cette stratégie de la violence aux Etats-Unis où certains Africains-Américains veulent s’abstenir de voter pour Barack Obama de peur qu’il ne soit assassiné à l’instar d’autres leaders Noirs avant lui, Martin Luther King ou Malcom X… Comme si les partisans de McCain avaient oublié que Abraham Lincoln et John Kennedy furent, eux aussi, brutalement neutralisés…

Pour reconstruire, le suzerain doit :

1. Remplacer le leader supprimé par son bourreau ou un frère-ennemi;

2. Assurer à ce dernier, impunité, sécurité et longévité au pouvoir;

3. Obtenir en échange un vassal absolu à la tête d’un pays satellite.

A quelques nuances près, c’est dans cette ténébreuse situation que se trouve la majorité des pays africains, un quart de siècle après la révolution sankariste.

Mais au bout de 21 ans de cris et de lamentations, continuer à pleurer sur la mémoire de ce vaillant combattant, c’est donner force et raison à l’adversaire, c’est continuer de diffuser le poison de la peur qui gît dans son assassinat. Il faut plutôt poursuivre son combat. Car si le fils des « hommes intègres » revenait, nous serions bien confus de confesser que nous n’avons fructifié aucun de ses talents, lui qui donna sa vie pour sauver l’Afrique. Il savait que celui qui le trahirait partageait sa table et ne se déroba pas. De même que lors de son arrestation, Jésus demanda à Pierre de ranger son épée, de même Sankara demanda-t-il à ses gardes, au moment fatidique, de laisser faire : « C’est moi qu’ils veulent ! » Il sera exécuté quelques minutes plus tard à l’arme automatique. Voilà pourquoi le sankarisme apparaît comme un christianisme du développement. Un modèle de sacrifice, d’amour et d’espérance. 

Guy Gweth

Ouvrages consacrés au Capitaine Thomas Sankara

L’Entreprise africaine et la veille concurentielle

In Intelligence stratégique, Intelligence économique, Veille stratégique on 15 septembre 2008 at 7:08

Une étude menée par Leger Marketing entre le 23 mai et le 2 juin 2008 pour le compte de SAS  Canada révèle que 59% des managers québécois sont victimes d’overdose informationnelle. En adaptant qualitativement la même méthodologie de sondage aux six pays de zone Cemac, GwethMarshall C° est arrivé le 11 septembre 2008 à des résultats diamétralement opposés à ceux des collègues  canadiens : 6/10 responsables africains occupant un poste de cadre supérieur manquent « d’informations sûres ». Pis, alors qu’au Québec 49 % de decision-makers interrogés affirment que leur “entreprise utilise actuellement un logiciel d’intelligence d’affaires pour analyser ses données“, notre échantillon (de 624 managers ) prélevé  au Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad révèle que le taux de pénétration de l’activité de veille stratégique y est inférieur à 2.5%. Autant dire insignifiant!

Je veille donc je suis

La veille est une activité qui consiste à recueillir avec objectif, méthode et rapidité toute information pouvant constituer un renseignement utile à la prise de décision. Elle peut s’opérer par le biais d’interviews de personnes ressources (internes et externes à l’organisation), de l’internet, des banques de données, de la presse écrite et audio-visuelle, de la participation aux salons, des publications scientifiques ou de bilans annuels… Une amie de BMCE dont on taira le nom ici me rapportait récemment, sur le ton de la confidence, que depuis qu’un centre de veille stratégique est testé au sein de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, la direction est plus confiante et le management encore plus fluide. « C’est comme conduire avec une direction assistée », m’a avoué cette source. Il est clair que lorsqu’elle est menée avec des outils de pointe pour atteindre des objectifs précis, la veille permet efficacement de détecter les menaces et opportunités, de prévoir les changements futurs, de dénicher, d’anticiper ou contrecarrer de nouveaux entrants… C’est vraiment de la « direction assistée ».

Veiller ou ne pas être

Le jour où, analysant ses rapports d’étonnement, nous avons appris à Rebecca S., Pd-g d’une société commercialisation de jus de fruits naturels à Malabo, Guinée Equatoriale, que son principal concurrent venait de changer de fournisseur et que la compétition allait désormais se jouer sur les marges , ce manager de 47 ans révisa son plan de développement pour les 18 prochains mois, afin de répondre à la menace . Aujourd’hui, Rebecca reconnaît avec un sourire en coin que si elle n’avait pas été alertée, son “entreprise y serait passée“, ainsi que sa douzaine d’employés qui ont depuis appris à s’étonner et à consigner leurs impressions dans un registre spécial en scrutant leur environnement… C’est encore elle qui m’a révélé le weekend dernier que grâce à la veille (devenue un sport chez ses salariés), toute son équipe se sent plus impliquée, co-responsable et davantage concernée par la sécurité et l’avenir de l’entreprise.

Management sans veille n’est que ruine de l’âme

Lorsqu’en 2003 on a créé l’agence Interconsult Cameroon, j’avais l’orgueil et l’assurance de penser que nous détenions l’une des meilleures équipes de Yaoundé. A l’époque, avec nos trois brillants consultants permanents, une dizaine d’externes et deux assistants dévoués de jour comme de nuit, nous aurions décroché la lune, tant nous étions soudés et motivés. La tête baissée sur nos dossiers, notre principal client était “le centre du monde” . Alors que nous étions sur une courbe exponentielle, l’imprévu s’abattit sur l’agence : la concurrence démarcha deux consultants qui, malgré leur attachement quittèrent le bateau, ce que je dus me résoudre à comprendre. Mais le pire fut de voir notre principal client réduire ses commandes avec le départ d’une partie de l’équipe chez  notre concurrent direct. Suffisant et prétentieux, je n’avais rien vu venir.

Pour ne pas conclure, les decision-makers de la zone Cemac déjà aux prises avec la concurrence étrangère et la conjoncture locale devraient méditer cette lumineuse leçon de  management stratégique que résuma  ainsi Honoré de Balzac in Eugénie Grandet en 1833 déjà ! :«Tout pouvoir humain est un composé de patience et de temps. Les gens puissants veulent et veillent.»

Guy Gweth

Protégé : Le code barre des agents d’influence chinois en Afrique

In Communication d'influence, Géostratégie, Intelligence culturelle, Intelligence stratégique, Leadership on 31 août 2008 at 3:31

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Le cryptage de haute puissance, dernier rempart contre l’espionnage électronique ?

In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Sécurité on 1 août 2008 at 4:33

Que ce soit sous le couvert de la sécurité nationale, de la guerre économique ou de la lutte contre le terrorisme… l’espionnage électronique constitue  l’un des enjeux majeurs de la nouvelle globalisation. L’Afrique demeure une colonie dans cet univers; mais la ruse peut considérablement altérer le jugement d’un adversaire, même averti. Après un rapide coup d’œil dans “les grands oreilles” déployées par les puissances anglo-saxonnes pour quadriller le monde, nous envisagerons les moyens de contournement de cette technologie intelligente, en nous basant  sur des tactiques de cryptage de haute puissance et quelques clés de la sagesse africaine, aux fins de resserrer nos systèmes de défense.

Echelon: des exploits aux limites des « grandes oreilles »

En 1947, les Etats-Unis et le Royaume Uni signent un accord secret en matière de coopération des personnels et systèmes de renseignement électronique baptisé UKUSA. Ils sont tour à tour rejoints par le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et plus tard par la Norvège, le Danemark, l’Allemagne et la Turquie, au titre de « pays tiers » à ce réseau dont le nom de code est Echelon. Grâce à cet accord, les cinq premiers signataires supervisent chacun une partie du monde. C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique échoient aux Britanniques, dont la puissante station de Menwith Hill ne tarde pas à irriter les autres pays européens dont la France. En guise de réponse, l’ancien directeur de la CIA, James Wollsey, déclarera : « Nous traquons vigoureusement la corruption. Et on peut dire que l’Europe est la capitale mondiale de la corruption. Les entreprises européennes ont l’habitude de décrocher des contrats par la corruption en Asie, en Amérique latine et au proche orient, qu’ils ne pourraient pas obtenir en respectant les règles du jeu…»

Cette accusation, bien que surprenante pour le grand public n’en est pas moins fondée. Pour preuve: en 1995, l’Arabie saoudite est en pourparlers avec l’avionneur européen Airbus pour un contrat de 6 milliards $. Les communications téléphoniques ( fax compris) entre les deux parties sont régulièrement interceptées par la NSA et transmises à Boeing qui remporte finalement le marché ! On sait à présent que si le consortium européen resta muet dans cette affaire, c’est parce que grâce à leurs « grandes oreilles »,  les États-Unis détenaient des preuves de corruption contre Airbus. D’après Ducan Campbell, expert en renseignement de communication, « Echelon surveille les grandes sociétés commerciales de tous les pays pour suivre leurs transactions ». Avec ses puissants ordinateurs, Echelon est en effet capable de reconnaître une voix parmi des millions d’autres, d’où qu’elle appelle dans le monde, pour peu qu’elle soit répertoriée dans le « dictionnaire » du système. Il en va de même pour les e-mails, les fax… et même certaines imprimantes laser comme nous l’avons récemment révélé sur ce site. Mais si les terroristes arrivent à surprendre le monde, c’est qu’Echelon -qui met la terre entière sous haute surveillance- a bien des failles.

Les moyens de contournement

L’une des principales limites d’Echelon réside dans son incapacité à comprendre le contexte d’une conversation. Il a donc besoin d’un apport humain. Or la masse de données à traiter est phénoménale. D’après Gilles Brassard, chercheur à l’Université de Montréal, son autre limite fondamentale réside dans le fait que « les systèmes de cryptographie de haute puissance sont pratiquement inviolables ». Non pas qu’ils soient infaillibles, mais il est quasiment impossible de les briser en un temps raisonnable. Du moins pour l’instant. On peut dès lors penser qu’avec une longueur de clé suffisante, les États et les entreprises de la Cemac peuvent garder leur patrimoine informationnel à l’abri de l’espionnage électronique.

C’est dans cette optique qu’un certain nombre d’organisations de la sous-région a opté pour la téléphonie sécurisée de Skype, sur nos conseils. Je rappelle que Skype utilise une technologie décentralisée peer to peer qui fait appel à la norme AES (Advanced Encryption Standard), soit 256 bits, la même que celle utilisée par l’administration fédérale américaine pour protéger ses informations à caractère sensible. Mais il s’avère que l’utilisation de Skype E. peut fragiliser l’entreprise étant donné son caractère anonyme et non contrôlé. Pire, j’ai récemment vérifié que grâce à l’éditeur de logiciel Digitask, les services allemands avaient trouvé la parade pour casser la clé de cryptage de Skype, permettant ainsi les écoutes de « sujets suspects »…

Pour ne pas conclure…

Manquer de souveraineté en matière de télécommunications est en soi un handicap monumental. Or celui “qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner“, déclarait Louis XI, bien longtemps avant la signature de UKUSA. Face aux superpuissances, le salut est dans la ruse, dirait Sun Tzu. Les stratèges africains doivent pouvoir retrouver leur capacité à substituer, à transposer et à dissimuler. Ce cocktail d’imprévisibilité gît dans des jeux de stratégie tels que l’Awélé. Ses stratagèmes habitent une kyrielle de contes bantou non encore traduits en langues occidentales. Le lion, le lièvre, le singe, l’éléphant et la tortue qui sont les principaux acteurs de ces allégories sont assez représentatifs des acteurs de la scène internationale. N’y apprend-on pas comment la tortue, dernière sous tout rapport, l’emporte toujours sur les plus forts ?

Guy Gweth

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Guerre économique et légitime défense préventive

In Guerre de l'information, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective on 17 juillet 2008 at 2:35

L’une des limites normatives au concept de guerre économique est l’absence de déclaration de guerre, au sens du droit international. C’est pourquoi, à la faveur provisoire d’une exploitation métaphorique, nous conviendrons ici qu’il s’agit davantage d’une guerre non conventionnelle,  immatérielle dans la majorité des cas, plus agressive que préemptive, très souvent asymétrique, le faible essayant généralement de surprendre le fort par la ruse.

Une bonne partie des enseignements dispensés à l’Ecole de guerre économique de Paris repose sur les techniques de guerilla ou celles de la guerre hors limites telles que conceptualisées par les deux colonels de l’armée de l’air chinoise Liang Qiao et Xiangui Wang. L’effet de surprise est ainsi le facteur clé de succès des opérations d’infoguerre. Le 1er qui frappe l’emporte. Et même si la vapeur se renverse avec le temps, les dégâts causés aux personnes physiques ou morales lors d’attaques informationnelles sont souvent lourds. Voire irrémédiables pour les victimes. La croissance exponentielle de la cybercriminalité révèle au grand jour l’incapacité chronique des Etats à garantir la protection du patrimoine informationnel des entreprises ainsi que l’intégrité de l’espace virtuel des citoyens.

Devant cette réalité, convenons cette fois encore qu’attendre d’être attaqué pour  éventuellement réagir, c’est signer son propre arrêt de mort par procuration. Mais en l’absence d’un Droit de la guerre économique, d’un jus cogens spécifique à cette forme mutante et grandissante d’agression, face à l’impossibilité –en temps réel- de distinguer un combattant d’un non-combattant, la surveillance permanente de l’environnement des entreprises et le renseignement économique deviennent une nécessité impérieuse. Vitale. C’est sur cet impératif de sécurité que je fonde mon idée d’importer la légitime défense préventive sur le terrain de la guerre économique.

Dans son très bel ouvrage, La guerre préventive et le droit international paru en janvier 2007 aux éditions Dianoïa, mon ancien professeur de droit international à l’Université de Yaoundé II, Narcisse Mouelle Kombi, récuse à juste titre le motif de légitime défense préventive invoqué par le gouvernement Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Il y rappelle fort à propos que « le droit international est dans son essence et sa finalité, un droit préventif de la guerre ». Je le lui concède. Sauf qu’ en 1967 (guerre de six jours), 1975 (contre les camps palestiniens au Liban) et 1981 (pour détruire un réacteur nucléaire susceptible de nuire à l’Etat hébreu), Israël avait déjà fait école en convoquant la légitime défense pour motiver ses frappes préventives, se fondant en cela sur le célèbre pacte Briand Kellog du 26 août 1928.

Depuis ce pacte en effet, la quasi totalité des instruments juridiques internationaux reconnaît qu’il n’y a pas entorse au jus cogens « si les coups portés sont commandés par la nécessité de se défendre soi-même ou de protéger autrui ». Un acquis transférable à la guerre économique sous certaines conditions bien précises:

Primo, que grâce aux signaux faibles, l’attaque adverse soit jugée imminente.

Secundo, que la frappe soit proportionnelle à la gravité de l’attaque imminente.

Tercio, que la justice soit saisie a posteriori. A charge pour X de réparer les dommages causés à Y, en cas d’erreur ou d’abus  dûment établis par les autorités judiciaires compétentes.

En attendant, force est de constater que sur ce terrain mouvant et dangereux, l’Etat de droit restera pendant longtemps encore  l’adversaire le plus vulnérable d’entre tous.

Guy Gweth

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La prostitution des clés USB: un piège trop sexy?

In Espionnage économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Risk Management, Sécurité on 17 juin 2008 at 6:49

Lorsque nous étions gamins, mes copains et moi trouvions souvent de la monnaie par terre. Nous la ramassions. Pas vous ? Nous, c’était neuf fois sur dix ! Nous courrions ensuite, non sans joie, vers les échoppes du voisinage pour acquérir d’éphémères babioles, des bonbons ou des tablettes de chocolat ; comme par crainte de garder quelque pièce par-devers nous.

Il faut dire que, moralement, nous n’étions pas tout à fait quitte avec l’idée de trouver sans chercher. D’ailleurs, nous ne le rapportions jamais aux parents, de peur d’être sommés de rétrocéder à la terre ce que le ciel nous avait si généreusement offert. A l’époque on ne parlait ni d’intelligence économique ou si peu, ni d’hypercompétition, ni de cybercriminalité et encore moins de guerre économique. Elle est belle, la vie de ces gamins d’Afrique qu’on ne montre pas à la télé.

Au fur et à mesure que nous grandissions, le hasard devenait avare. Dieu était-il fauché ? Mystère. En tout cas, les temps changeaient. Nous le ressentions. Mais jamais notre vigilance ne décrut. Aujourd’hui, stylos, téléphones portables et autres clés USB sont les objets perdus les plus convoités par les enfants que nous ne sommes plus. Mais aussi par les adultes. Hélas. Des professionnels qui plus est. Et là résident des pièges du hasard.

Pour nos retrouvailles dans la ville de notre enfance, mes copains et moi avons décidé de passer de l’autre côté, sur le versant de ceux qui « perdent » des objets avec préméditation. Des hameçons… Après avoir prétexté un rdv professionnel avec une amie comptable, nous nous sommes introduits chez TUSAURAS SA et y avons, comme par hasard, « égaré » nos deux clés USB. Trois quarts d’heure après notre départ, nous sommes revenus dans l’entreprise, l’air essoufflé et préoccupé tout à la fois. Nos clés avaient bien sûr disparu. Aucun mystère. Mais personne ne les avait même entr’aperçues ! Notre amie en était outrée, mais pas surprise le moins du monde. Deux clés USB JetFlash 168 16 Go neuves ? La magie du hasard.

Une connexion internet et deux e-mails plus tard, nous savions presque tout du pôle juridique de TUSAURAS SA. L’idée qu’une clé USB tombée du ciel pouvait être introduite dans un ordinateur sans autre forme de procès avait flatté plus d’un salarié, nous ouvrant au passage une artère intelligente au cœur de l’entreprise. Pour sûr, les parents et surtout les DSI auraient raison de blâmer ceux qui s’ouvrent ainsi aux charmes des clés inconnues. Moralité : méfiez-vous des clés USB qui trainent ou vont et viennent dans plusieurs ordinateurs… Ce peut être des armes d’espionnage.

Pendant que mes copains et moi écoutions les excuses des cadres de TUSAURAS SA à qui nous venions de renvoyer le colis juridique de leur entreprise par e-mail, nous nous amusions comme des gamins; en pensant surtout à ces stagiaires, consultants et coopérants qui pillent les entreprises, partis politiques, ONG… etc, simplement en introduisant une vicieuse clé USB dans la bonne machine. Un plaisir d’adulte… Un risque aussi: l’inverse est possible. Toujours se protéger !

Guy Gweth

PWC prévoit le leadership économique de la Chine dès 2025

In Géoéconomie, Intelligence stratégique on 15 juin 2008 at 7:36

Selon un rapport du département Intelligence économique de PWC sur l’état du monde en 2050, « la Chine pourrait dépasser les États-Unis d’ici 2025 pour devenir la plus grande économie du monde. Elle devrait poursuivre sa croissance pour acquérir d’ici 2050 une taille équivalente à 130 % de celle de l’économie américaine.

Projection des taux de croissance réels du PIB (en % /an, 2007-2050)

« Chose intéressante, le Nigeria possède les capacités requises à long terme pour supplanter l’Afrique du Sud et devenir la plus grande économie africaine d’ici 2050. Cette prévision suppose que les politiques de croissance qui ont été mises en place ces dernières années et qui ne dépendent pas du pétrole se maintiennent à long terme, ce qui risque de poser un vrai défi… »

Lire le rapport The World in 2050: Beyond the BRICs: a broader look at emerging market growth prospects

Comment Total aggrave la pollution au Nigeria

In Intelligence stratégique, Intelligence verte, Sécurité, veille on 11 juin 2008 at 12:11

L’article qui suit se situe dans la droite ligne de la « Stratégie de contre-pollution: ce qui attend les entreprises en Afrique centrale » édité sur ce site le 05 avril 2008.

«Parmi les multiples ravages commis en Afrique par les multinationales étrangères, le torchage du gaz au Nigeria est peut être une des plus désastreuses. Il est pratiqué dans le delta du fleuve Niger par cinq grandes compagnies occidentales privées qui contrôlent la quasi-totalité de la production d’hydrocarbures nigerianes (Exxon, Shell, Total, Chevron et Eni), en association avec la compagnie nationale Nigeriane à hauteur de 55 à 60 % pour les principaux gisements. » Cette analyse s’appuie sur les investigations de l’association française Les Amis de la Terre portant sur les activités de Total dans le pays. Lire l’article in Icicemac.com.

En rappel, «Le rapport Total, la mise en examen a été publié le 16 mai 2008 [...] Ses conclusions sont accablantes: dans les domaines du climat et des énergies renouvelables, de la préservation de l’environnement, des droits humains, de la corruption, de la transparence ou de la communication, les performances de Total sont loin des meilleures pratiques, voire extrêmement mauvaises dans certains cas. Alors que le groupe communique beaucoup dans les media pour tenter d’améliorer son image déplorable aux yeux du grand public et de la société civile, la réalité est donc toute autre : en 2008, à l’heure de l’urgence climatique, de l’épuisement des réserves de pétrole et des grands défis sociaux et environnementaux du 21ème siècle, Total reste un groupe pétrolier archaïque et opaque. » d’après Gwenael Wasse, chargé de campagne Responsabilité des entreprises chez Les Amis de la Terre.

Consulter le rapport “Total, la mise en examen”./.

Du capital cognitif en Afrique: l’appel du “Bill Gates africain”

In Guerre économique, Intelligence stratégique, Stratégie on 9 juin 2008 at 5:27

L’Afrique francophone connaît peu Philip Emeagwali. Surnommé « Père de l’internet » par CNN et le Times, cet informaticien nigérian est l’un des gourous du nouvel âge de la société de l’information, qualifié par Bill Clinton de « Bill Gates africain ». Récipiendaire du Prix Gordon Bell (équivalent du Prix Nobel dans le domaine informatique), Philip Emeagwali fait de l’industrialisation de l’Afrique son credo. Ci-dessous des extraits d’une intervention faite devant la communauté africaine à Valence, le 11 mai 2008.

C’est le 25 mai 1963 qu’a été créé l’Organisation de l’unité africaine. Projetez-vous au 25 mai 2063, au centième anniversaire de l’organisation africaine, forcément un moment pour analyser les réussites et les échecs. La manchette d’un journal annonce ‘les derniers gisements de pétrole dans le territoire américain de l’Afrique de l’Ouest se sont épuisés’. L’article se poursuit ainsi: ‘Les dernières parties de la forêt équatoriale vont bientôt disparaître, traversées par des pipelines et des plateformes de forage des usines de raffinage de gaz naturel. La pollution globale sera le legs des générations futures. Les réserves pétrolières offshore de l’Afrique sont taries. Les installations pétrolières abandonnées deviendront alors un objet d’attraction pour les touristes. Les constructions qui accueillaient les bureaux et les usines des compagnies pétrolières se transformeront en villes fantômes. Dans un monde sans pétrole, le transport aérien va disparaître, et les hommes recommenceront à traverser les mers avec des navires à vapeur. Les fermiers utiliseront des chevaux à la place des tracteurs. La faux remplacera la moissonneuse batteuse. A mesure que les cultures diminueront, la famine envahira le globe. Sans moyens de faire rouler leurs véhicules, les parents resteront chez eux, sans boulot et les enfants marcheront pour aller à l’école.

“Un tel scénario peut devenir réalité car l’offre en pétrole n’est pas illimitée. Nous savons que les réserves actuelles ne conduisent pas l’humanité à plus de 40 ans. C’est aussi certain que la mort ou les taxes. Mais au lieu d’entrer dans la polémique à propos de l’année exacte où le pétrole va s’épuiser, je préfère supposer que nous y sommes déjà. Cela peut arriver plus vite qu’on ne le pense. Nos descendants nous remercieront ou nous blâmeront sur la quantité de pétrole que nous leur laisserons. Au lieu de se demander quand l’Afrique sera à bout de ses ressources naturelles, l’on peut se demander que fait l’Afrique de son pétrole et de ses matières premières ?

Capital intellectuel


“Actuellement, l’équivalent de 100 dollars en minerais de fer vaut le double une fois transformé en pots pour boire et réexporté vers l’Afrique. La même quantité vaudra 65 000 dollars, une fois transformée en aiguilles en Asie, 5 millions de dollars sous forme de bracelets à montres en Europe. D’où vient ce gap ? Il vient du capital intellectuel européen, du patrimoine de connaissances collectives de son peuple qui lui permet d’acheter 100 dollars en barres de fer, de les transformer et de les livrer avec une valeur ajoutée 50 000 fois supérieure. Cela revient à dire que l’absence du capital intellectuel est la cause de la pauvreté. Sans un capital intellectuel africain, le fer extrait de l’Afrique continuera à être transformé en Europe et à être réexporté en Afrique à des prix énormes. Pour rompre avec ce schéma, le continent devra promouvoir la créativité et l’éducation, indispensables pour donner de la valeur à ses matières premières. La pauvreté n’est pas l’absence d’argent, mais plutôt l’absence de connaissances.

“Dans les pays africains exportateurs de pétrole, des multinationales comme Shell, qui vendent des plateformes en échange de 40% de royalties sur la valeur du pétrole exporté, deviendront toujours plus riches alors que les travailleurs au sein de ces plateformes deviendront de plus en plus pauvres. Nul doute, l’éducation réduit plus vite la pauvreté que le pétrole. C’est le capital intellectuel et non les gros salaires qui élimineront la pauvreté. Si nous demandons tous de gros salaires, nous finirons par les dépenser pour nos propres besoins. Le capital intellectuel, lui, permettra de créer des produits dérivés à partir de la technologie. A la fin, il y aura non seulement redistribution de la richesse, mais aussi création et contrôle de la nouvelle richesse. La capacité africaine de réduire la pauvreté apportera la prospérité pour des millions de gens…

Sources: Journal de la Finance Africaine

Afrique, intelligence économique et coopération nord-sud

In Débat, Guerre économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Soft Power, Stratégie on 28 mai 2008 at 7:37

Tout au long de son histoire, l’Afrique a adhéré à la quasi totalité des offres de coopération que lui proposait l’étranger, et l’Occident en particulier. Non sans regrets. Il en fut ainsi des grands épisodes tels que l’esclavage et l’évangélisation, les guerres mondiales et la guerre froide, l’humanitaire et la dette, le commerce et la diplomatie; aujourd’hui, l’intelligence économique.

A chacun de ces rendez-vous historiques, les Africains servirent -entre autres- de cobayes, de marionnettes, d’idiots utiles, de chair à canon ou de vache à lait. De cette kyrielle d’épisodes, l’Afrique sortit trahie, exsangue, en retard, dépendante et humiliée. Peu à peu, l’idée que dans sa grande bonté l’Eternel créa une Afrique naïve, suiviste et généreuse pour servir de souffre-douleur à un monde impitoyable cessa d’être un simple trait d’humour blanc.

L’extraordinaire évolution du monde ces 50 dernières années a radicalement changé les paradigmes et creusé de nouveaux champs de bataille. La ruée vers les matières premières africaines, les rivalités entre l’Asie et l’Occident, la globalisation des échanges, la prise de conscience de jeunes africains et le management stratégique de l’information… ouvrent des brèches inespérées pour le continent noir, malgré son retard technologique. Et voici de nouveau, tel un vieux serpent de mer, le passé qui ressurgit: les alliés d’hier nous proposent la coopération en matière d’intelligence économique oubliant que leur ardoise regorge de dettes morales non soldées. Avec les mêmes expédients, on nous caresse dans le sens du poil. Nos futurs cadres sont cueillis dans les universités étrangères et conviés au bal des Judas. Des filles et fils de dirigeants non avisés sont tamponnés dans leurs clubs préférés. Et, signes d’hérédité, des patrons africains de l’ancienne génération en viennent à croire que leurs meilleurs concurrents leur offriront des armes pour se battre librement dans une compétition ouverte, sans précédent, et à l’issue incertaine : la guerre économique.

Comme des griots éternels, nous n’aurons de cesse de sensibiliser et de prévenir la jeune génération de décideurs et d’opérateurs économiques africains. Le patriotisme économique est l’âme de l’intelligence économique et la compétition en est l’esprit. Nos entreprises, nations, sous-régions et région se doivent d’abord d’écrire leur propre partition compétitive et stratégique pour pouvoir ensuite coopérer en bonne intelligence avec l’étranger. Pas avant !

L’Afrique n’a jamais été aussi seule que lorsqu’elle est se sait entourée d’amis. La preuve par l’Histoire.

Guy Gweth