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Archive de la catégorie «Intelligence verte»

Comment Total aggrave la pollution au Nigeria

In Intelligence stratégique, Intelligence verte, Sécurité, veille on 11 juin 2008 at 12:11

L’article qui suit se situe dans la droite ligne de la « Stratégie de contre-pollution: ce qui attend les entreprises en Afrique centrale » édité sur ce site le 05 avril 2008.

«Parmi les multiples ravages commis en Afrique par les multinationales étrangères, le torchage du gaz au Nigeria est peut être une des plus désastreuses. Il est pratiqué dans le delta du fleuve Niger par cinq grandes compagnies occidentales privées qui contrôlent la quasi-totalité de la production d’hydrocarbures nigerianes (Exxon, Shell, Total, Chevron et Eni), en association avec la compagnie nationale Nigeriane à hauteur de 55 à 60 % pour les principaux gisements. » Cette analyse s’appuie sur les investigations de l’association française Les Amis de la Terre portant sur les activités de Total dans le pays. Lire l’article in Icicemac.com.

En rappel, «Le rapport Total, la mise en examen a été publié le 16 mai 2008 [...] Ses conclusions sont accablantes: dans les domaines du climat et des énergies renouvelables, de la préservation de l’environnement, des droits humains, de la corruption, de la transparence ou de la communication, les performances de Total sont loin des meilleures pratiques, voire extrêmement mauvaises dans certains cas. Alors que le groupe communique beaucoup dans les media pour tenter d’améliorer son image déplorable aux yeux du grand public et de la société civile, la réalité est donc toute autre : en 2008, à l’heure de l’urgence climatique, de l’épuisement des réserves de pétrole et des grands défis sociaux et environnementaux du 21ème siècle, Total reste un groupe pétrolier archaïque et opaque. » d’après Gwenael Wasse, chargé de campagne Responsabilité des entreprises chez Les Amis de la Terre.

Consulter le rapport “Total, la mise en examen”./.

De l’intelligence économique à l’intelligence compétitive

In Intelligence culturelle, Intelligence sportive, Intelligence verte, Intelligence économique, Leadership, Stratégie on 19 mai 2008 at 6:02

Comment réduire l’incertitude des managers, détecter les risques et opportunités du marché, prévoir l’entrée de nouveaux concurrents, trouver dans et en dehors de l’organisation l’information utile à la prise de décision, tirer profits des bonnes pratiques de la concurrence ou anticiper de nouvelles règlementations dans un secteur d’activité donné?

Ces questions -loin s’en faut- ne sont guère l’apanage des seuls opérateurs économiques. Elles ressortissent tout naturellement du management en situation concurrentielle et de la part croissante que prend l’information stratégique dans le capital du leadership moderne. Toute proportion gardée, elles interpellent aussi bien le directeur général de Total Gabon que Mispa C., P-dg d’une PME de commercialisation de produits bio en RCA, Brice M., président d’une ONG de développement au Congo Brazzaville ou Kadidja H., cette jeune Tchadienne de 29 ans récemment désignée pour booster le marketing stratégique d’une nouvelle église de réveil de 9700 âmes, après des études de commerce et de théologie aux Etats-Unis. Pour tous ces managers, il n’y a d’intelligence que si elle sert la compétitivité, de manière éthique et légale.

Pour apporter des réponses aux questions de ces décideurs Africains comme à ceux de Wall Street ou de la City, les experts de l’intelligence économique (version francophone) seront prompts à répondre présents. Et pour cause. Malgré la relative variété des secteurs d’activité sus-évoqués, la plupart dira être en mesure d’appliquer l’intelligence économique au management d’une PME, d’un territoire, d’une association humanitaire ou au sport… Traduction: ces experts seront en mesure de prendre de la distance, puis de sortir leur modèle en mètre ruban, de le tirer depuis le questionnement du client jusqu’au renseignement en passant par la collecte, le traitement, l’analyse des données pertinentes et leur conversion en devises décisionnelles sécurisées (à soumettre à la sagacité du manager).

Devant ce tableau, vous comprendrez que je ne digère plus la dictature de l’adjectif économique chez nombre de théoriciens et praticiens de l’intelligence compétitive au sein de l’espace francophone. Pareille obstination se justifierait-elle par le fait que les Anglosaxons ont franchi ce pas avant nous (Voir les subtilités entre Business intelligence et Competitive intelligence) et que le “mimétisme” n’est guère la part des orgueilleux ? Ou est-ce simplement parce que mes bons camarades ont quelque scrupule à tuer le maître ? Mystère.

Fille du Renseignement, l’intelligence économique est en tout état de cause un sous-ensemble de l’intelligence compétitive, comme peuvent l’attester nos trois managers centrafricaine, congolais et tchadienne rencontrés plus haut, chacun dans son secteur d’activité. Au final, me direz-vous, ce n’est pas plus qu’une question d’adjectif, cette affaire… -Bien vu! Et cela est suffisamment important pour s’en expliquer auprès du grand public. Non?

Guy Gweth

Stratégie de contre-pollution: ce qui attend les entreprises en Afrique centrale

In Intelligence verte, Intelligence économique, Stratégie, Sécurité, veille on 5 avril 2008 at 7:59

Abidjan, 20 août 2006, il est 06 :20. Aminata, 28 ans s’est levée plus tôt que d’habitude à la suite d’un cauchemar.

En pleine forme, la jeune infirmière profite de son temps d’avance pour apprêter le petit déjeuner de ses 2 fillettes : Léa, 3 ans et Philippa, 5 ans. A 6 :35, Claude son époux se lève à son tour et la surprend alors assise à même le sol, la tête en arrière contre la porte de la cuisine, un mouchoir vert sur le nez. L’expert comptable de 34 ans ne tarde pas à comprendre ce qui arrive à sa bien-aimée. C’est alors qu’il décide d’ouvrir toutes les issues de l’appartement pour laisser entrer l’air frais. Lorsque le réveil sonne à 6 :45, les fillettes se lèvent, le pouce et l’indexe en triangle sur les narines. « Maman, maman, c’est quoi cette odeur d’œufs pourris ? », s’écrie Léa… qui ignore à cet instant précis que sa mère ne lui répondra plus jamais.

La veille, dans la nuit du 19 au 20 août 2006, le Probo Koala, un navire russe affrété par la néerlandaise Trafigura et battant pavillon panaméen, parti d’Espagne depuis plusieurs mois, accoste à Abidjan, principal port d’Afrique de l’ouest pour une vidange. Avec la complicité de quelques personnalités locales et la dextérité de Weibs et Puma Energie, le navire européen déverse d’après Greenpeace, 400 tonnes de boues issues du raffinage pétrolier, riches en matière organique et en éléments soufrés très toxiques (hydrogène sulfuré, H2S et mercaptans) sur 11 sites d’Abidjan, en totale violation des normes internationales en vigueur. Selon nos sources, les séquelles de cette catastrophe innommable – qui a fait une quinzaine de morts et provoqué plus de 17000 consultations médicales- traverseront la génération abidjanaise actuelle.

Dans la zone CEMAC, les analystes qui suivent cette actualité de près en ont tiré cinq leçons majeures:

1. L’Afrique continue d’être perçue comme une zone de non-droit absolu où les nations « civilisées » peuvent espérer agir en violation des normes internationales. («L’Europe intoxique l’Afrique». Tel est le slogan qui a été peint par les militants de Greenpeace en grandes lettres jaunes sur la coque du Probo Koala).

2. Les entreprises étrangères peuvent donc s’affranchir des lois et règlements en vigueur dans leur propre pays et aller semer la mort et la désolation, ailleurs, là-bas, dans les lointaines Afriques…

3. Certains décideurs africains -incompétence et/ou cupidité- intègrent mal la brutalité des relations commerciales internationales et ne saisissent pas encore totalement les nouveaux enjeux liés à la protection de l’environnement.

4. La veille et la communication stratégique de la société civile locale et internationale ont été exemplaires et donc pleins d’enseignements.

5. Excellent levier d’information à bas coûts, internet a constitué une admirable caisse de résonance pour cette opération d’envergure mondiale.

Le décryptage de ces 5 facteurs lourds a contribué à construire un dispositif d’intelligence verte dont l’objectif stratégique est d’amener les entreprises opérant en Afrique centrale à n’avoir d’autres alternatives qu’un comportement social responsable. Ainsi par exemple, l’attitude des entreprises étrangères en matière d’environnement dans la CEMAC sera systématiquement comparée à celles en cours dans leur pays d’origine. “Ecologie en deçà des Pyrénées, écologie au delà!”. Le schéma simplifié qui suit montre la quintuple ossature de cette stratégie de contre-pollution, purement citoyenne.

Guy Gweth,

En hommage à Aminata, son époux Claude et leurs deux filles, Léa et Philippa.

greenmap1.jpg

*En sus de normes locales en étude, la conformité aux instruments ci-après sera strictement surveillée :

1. Les référentiels d’engagement à l’instar du Global Compact, les principes directeurs de l’OCDE, les référentiels internationaux sectoriels (type : PRI et Principes Equateur) ;

2. Les référentiels de normes et de certification à l’instar de:
- ISO (séries ISO 9000 et ISO 14000) liées à la qualité d’un processus et à la gestion environnementale d’un site;
- EMAS (Eco-Management and Audit Scheme);
- Les certifications “développement durable” sur le modèle de l’Ecopass pour les PME;
- Les initiatives de labellisation de la société civile dont la forte notoriété, on l’ a vu, contribuera à faire des référentiels incontournables dans leurs domaines respectifs;

3. Les référentiels mis en place par les agences africaines de notation.