Essai de décryptage d’une des tendances lourdes de ces dix dernières années: les rapports win-win entre le monde de l’entreprise et le 7è art sur le terrain de l’influence par le sponsoring…
Archive de la catégorie «Perception Management»
Business influence: les entreprises au cinéma
In Communication d'influence, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power on 5 novembre 2009 at 11:24Réputation: le Nigeria obtient les excuses de Sony
In Communication d'influence, Gestion de crise, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Perception Management, Soft Power, veille on 22 septembre 2009 at 7:18Le fabricant de la PS3 a mis en ligne, et diffusé aux Etats-Unis, un spot humoristique dans lequel une blague semblait assimiler les nigérians à des arnaqueurs.
La société Sony a dû présenter ses excuses après la diffusion d’une publicité pour sa console Playstation 3, jugée offensante par le gouvernement du Nigeria, rapporte lundi 21 septembre le site internet du quotidien britannique The Telegraph.
Dans ce spot humoristique, diffusé sur internet et à la télévision américaine, un consommateur, Bernie, interpelle le fabriquant de la PS3 : “Chère Playstation, j’ai eu un tuyau selon lequel vous faites la PS3 à 299$. Vous confirmez ou vous démentez ?”.
Dans la séquence suivante, un responsable de Sony, présenté comme “directeur de la confirmation des rumeurs”, répond : “Bernie, il ne faut pas croire tout ce que vous lisez sur internet. Si c’était le cas, aujourd’hui je serais un millionnaire nigérian.”
Un classique de l’arnaque
Cette blague fait référence à un grand classique de l’arnaque sur internet : les “Nigerian Scams” ou “419 scams”. Le principe est d’envoyer à plusieurs personnes un mail dans lequel l’arnaqueur se présente un proche, et seul héritier, d’un banquier, homme politique ou homme d’affaires défunt.
Pour pouvoir toucher l’argent de l’héritage, bloqué souvent pour des raisons politiques, l’arnaqueur demande à son correspondant de lui fournir ses coordonnées bancaires afin de le récupérer à sa place. La victime se voit promettre une large commission sur la somme. Bien entendu, ceux qui se laissent prendre au piège voient leur compte vidé dans les plus brefs délais. Ces mails proviennent de nombreux pays connaissant une instabilité politique. Mais ce serait au Nigéria que cette arnaque aurait pour la première fois vue le jour.
Le gouvernement nigérian a en tous cas très mal pris la blague de Sony et a réagi dans un communiqué dans lequel il “demande des excuses inconditionnelles de la société Sony pour cette campagne négative délibérée contre l’image et la réputation du pays. Le gouvernement voit ceci comme une tentative de la société Sony d’affaiblir les intérêts économiques du Nigéria dans le monde”.
Le fabricant de la PS3 s’est immédiatement exécuté dans un communiqué dans lequel il s’excuse “auprès de tous ceux qui se sont sentis offensés” et en annonce le retrait du spot. Celui-ci sera remplacé par un autre, dans lequel le responsable de Sony répond : “Il ne faut pas croire tout ce que vous lisez sur internet. C’est comme ça qu’a commencé la Première Guerre Mondiale”.
Jérôme Hourdeaux – Nouvelobs.com
Côte d’Ivoire: Trafigura fait la loi aux victimes du Probo Koala
In Gestion de crise, Guerre économique, Management de l'information, Perception Management, Risk Management, Soft Power, Sécurité on 21 septembre 2009 at 5:57C’est dimanche 20 septembre 2009 que Trafigura a annoncé avoir trouvé un accord avec 31 000 victimes des déchets toxiques du Probo Koala. Pour arrêter les poursuites judiciaires engagées par la côte d’Ivoire en 2007, l’entreprise néerlandaise avait versé 100 milliards de francs Cfa à l’État ivoirien.
Protégé : Comment Kadhafi a dupé la France, de Tripoli à Paris
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management, Sécurité on 25 août 2009 at 8:45Communication stratégique, enjeu de défense nationale
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence territoriale, Perception Management, Soft Power on 23 août 2009 at 5:45
Fragiliser l’adversaire avant de le convier aux négociations est une vieille tactique de guerre qui marche encore. Les diplomates le savent très bien: il est plus aisé de fixer les conditions de paix lorsque les vaincus n’ont d’autres choix que la reddition. L’héritage des guerres passées à la société de l’information actuelle est visible dans la déstabilisation des dirigeants africains (par campagnes de désinformation ou rapports d’enquêtes… publiés à l’approche de grands rendez-vous internationaux). Pour contribuer à faire de la communication stratégique un enjeu de défense nationale dans ces pays, j’ai invité le chef de la cellule de communication au cabinet du Premier Ministre du Cameroun, Fritz-Jules Ebellé Eboumbou, journaliste principal. Fondateur en 1995 de l’Association Nationale des Professionnels de la Communication Institutionnelle (ANAPROCI), c’est un expert aguerri qui nous fait l’honneur de répondre à quelques questions. Une exclusivité.
Guy Gweth: en Afrique, le personnel politique, les acteurs de la société civile et même les opérateurs économiques montrent encore une certaine timidité à communiquer dans la blogosphère. Pourquoi le chef de la cellule de communication au cabinet du Premier Ministre du Cameroun a-t-il accepté mon invitation?
Fritz-Jules Ebellé Eboumbou: en vous remerciant sincèrement pour votre aimable invitation de m’exprimer à travers votre blog, il m’est agréable de vous faire savoir qu’un communicateur parvenu à mon niveau ne peut que se réjouir de l’opportunité ainsi offerte d’exposer ses attentes, préoccupations et convictions (apc).
Le Cameroun (comme plusieurs pays africains) est périodiquement l’objet d’attaques par l’information de la part d’acteurs extérieurs, actes hostiles souvent bien relayés par la presse nationale. Sans entrer dans le fond, comment jugez-vous les réponses apportées par les autorités nationales à ce type d’assauts?
L’héritage du parti unique dans le comportement et les attitudes de nos dirigeants n’est pas à minimiser. Dans ce contexte, vous ne l’ignorez pas, le secret était élevé à la dignité de culte. Faire savoir ce que l’on fait n’était pas une préoccupation. Les messages des pouvoirs publics allaient vers les administrés à sens unique. Sans que les réactions des concernés soient un souci majeur. Du jour au lendemain, sans préavis, le mur de Berlin tombe et on se réveille dans un monde nouveau avec de nouvelles exigences de gouvernance pour lesquelles on était peu préparé. Et même si en général, les accusations dont ils sont l’objet ne sont pas toujours fondées, nos gouvernants restent embrigadés par les vieux réflexes qui sont insuffisamment adaptés aux nouvelles réalités de l’heure. On assiste alors à une communication de type défensive bien peu percutante au regard des résultats généralement en deça des attentes de nos pouvoirs publics.
Quelles sont à votre avis, les raisons qui font que de nombreux États au sud du Sahara n’ont toujours pas inscrit la communication stratégique comme enjeu de défense nationale alors que les dégâts sont terribles pour l’image et l’économie de ces pays?
Il convient de considérer chaque cas dans son contexte, d’éviter les généralisations abusives. Si vous examinez les textes réglementaires vous serez surpris des dispositions envisagées. Le sempiternel problème réside au niveau de l’application effective des textes en question. Au Cameroun que je connais bien, l’arsenal juridique dans le domaine de la communication est très pertinent. Des mesures sont arrêtées au niveau de la Présidence de la République. Chaque département ministériel dispose d’une Cellule de Communication. Les Services du Premier Ministre ne sont pas en reste. Mais comment coordonner tout cela? Comment en faire un instrument véritablement dédié à la valorisation de l’image de marque des institutions nationales tant sur le plan interne qu’externe? La prise de conscience est bien réelle. C’est la mise en œuvre effective des préoccupations des pouvoirs publics qui demeure problématique.
Au cabinet du Premier Ministre du Cameroun, vous travaillez depuis une dizaine d’années sur un concept de laboratoire d’idées dont le leitmotiv est: “les batailles se gagnent ou se perdent ou sur le terrain de la communication.” Quels en sont les axes stratégiques?
Nous travaillons à restaurer la confiance entre le corps des journalistes toutes tendances confondues avec les pouvoirs publics, nous visons à restaurer des liens de partenariat entre nos pouvoirs publics et la presse internationale, nous nous attelons à faire adopter une communication de proximité en direction de nos partenaires stratégiques. Nous entendons amener nos pouvoirs publics à s’approprier les concepts modernes de l’intelligence stratégique pour améliorer leur positionnement sur la scène internationale. En janvier 2010, nous serons outillés pour mesurer les résultats obtenus dans ces différents chantiers… ./.
La communication défensive des Etats africains : le cas du Cameroun
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Gestion de crise, Intelligence économique, Perception Management, Soft Power on 21 août 2009 at 11:30La communication c’est la guerre. Ceux qui l’ignorent en font les frais. Depuis les années soixante, décennie des indépendances en Afrique subsaharienne, les États n’ont interprété cet axiome que sous un angle monolithique. On communique essentiellement pour défendre la position officielle du gouvernement. Mais avec la chute du mur de Berlin, le vent de démocratisation sui generis, les crises, la concurrence et la mondialisation de l’information, les États africains sont contraints d’innover. Leurs gouvernements doivent communiquer vers l’international pour attirer les investisseurs et touristes étrangers, pour accroitre l’influence et le rayonnement du pays, pour déjouer les courbes des agences de notation et parer aux actes hostiles. Epinglé en l’espace de 45 jours par les rapports du CCFD[1] et du Foreign Policy[2], le Cameroun (Afrique en miniature) révèle une communication monarchique de type défensif (I) qui gagnerait à passer en mode républicain de type offensif (II).
I – Une communication de type défensif
Le Cameroun est très certainement le seul pays au monde où la Présidence de la République est dotée de deux sites officiels[3] sur internet. Ce seul indice suffit à trahir l’état d’esprit des griots noirs (A) et des sorciers blancs (B) payés par le contribuable pour gérer l’image de marque du pays.
A/ Les griots noirs
Comme c’est souvent le cas lors des classements de Transparency international inscrivant le Cameroun au tableau des pays les plus corrompus de la planète, les dernières accusations portées contre la fortune du chef de l’Etat camerounais par l’ONG française, CCFD, ont donné lieu à un schéma de défense classique en Afrique : les membres du gouvernement montent au créneau pour se justifier face à une ONG, profitant au passage pour chanter les louanges du Président. Un combat asymétrique perdu d’avance. Car en face, on n’a tôt fait d’enfermer dans leurs propres contradictions ces griots qui entourent leur monarque d’un airbag de flatteries, décrédibilisant ainsi leur pays, presqu’autant que les sorciers blancs.
B/ Les sorciers blancs
Les gourous de RP et communication qui conseillent aux chefs d’Etat africains d’acheter des pleines pages de journaux parisiens pour défendre et promouvoir leur pays et gouvernants lors de visites officielles sont des dealers. Car plus personne ne croit à ce type de communication, et surtout pas le lecteur français, les dirigeants européens encore moins. Aussi entend-on régulièrement nos sorciers blancs se moquer de leur clientèle subsaharienne lors de diners en ville : « ils sont trop généreux… Ils font confiance facilement… Ils ne réalisent jamais d’étude d’impact et c’est tout bénéf pour nous… », confie-t-on entre deux coupes dans les restaurants du VIIè et du XVIè arrondissements parisiens. Vivement l’offensive!
II – Une communication de type offensif
La nouvelle stratégie de communication que nous suggérons aux Exécutifs africains trouve son encrage et ses ressources dans les failles des adversaires (A) et l’expertise nationale (B).
A/ Les failles adverses
A l’heure où de plus en plus d’ONG crédibles servent de bras armés à leur gouvernement ou à des groupes d’intérêts, un traitement particulier doit leur être réservé dans les dispositifs républicains de défense. Dès l’instant où des failles d’ordre moral (dettes de jeu, inscription aux alcooliques anonymes, penchant pour les paradis artificiels…) sont relevées sur ceux qui posent des actes hostiles, il faut riposter en prenant les précautions d’usage, non seulement pour déplacer le débat dans l’espace, en décrédibilisant l’assaillant, mais aussi pour dissuader d’autres adversaires potentiels, en s’appuyant sur des experts nationaux.
B/ L’expertise nationale
Dans son déficit de créativité et sa soumission à l’Occident, aucun État africain – à part la Libye, le Ghana et l’Afrique du Sud – n’a entrepris de générer des caisses de résonance internationales, des think tank, des ONG ou des idiots utiles moralement irréprochables pour traiter d’égal à égal avec leurs adversaires; et à contre-attaquer le cas échéant. Ayant trop tiré sur la corde, « l’église catholique qui est au Cameroun » est désormais disqualifiée pour tenir ce rôle et les conseillers en communication du Président semblent blasés par l’ennemi intérieur. Pourtant, il y a des experts nationaux compétents qui ne demandent qu’à être intégrés dans une stratégie d’intelligence collective au profit de leur pays et du continent africain.
Guy Gweth
[1] Biens mal acquis, à qui profite le crime ?
[2] Classement 2009 des pays à risque
[3]Les deux sites officiels sont: www.prc.cm & www.presidenceducameroun.com
Sectes : OPA sur l’Afrique
In Communication d'influence, Intelligence culturelle, Intelligence stratégique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 18 août 2009 at 10:00Le 20 juillet 2008, nous publiions une carte postale de notre enquête sur l’industrie de la foi sur le continent noir sous le titre : le business de Dieu en Afrique subsaharienne. L’intérêt de notre étude pour l’intelligence économique et stratégique était triple. Primo : évaluer le capital et les intérêts générés le syndicat de Dieu. Secundo : décrypter les stratégies de contrôle mental activés pour ferrer les cibles. Tercio : sonder l’impact de cette industrie à l’organisation al qaedienne sur la société, l’économie et l’establishment politique des pays concernés. Un an plus tard, presque jour pour jour, le très bel article signé de Fabienne Pompey ce 17 août 2009 sur le site de Jeune Afrique sous le titre Sectes : OPA sur l’Afrique vient corroborer nos premiers résultats. Le journal de Béchir Ben Yahmed va même plus loin en citant les noms de puissantes organisations religieuses que nous préférions garder sous silence, à l’époque, pour les besoins de l’enquête. En voici quelques extraits. GG
“On trouve de tout sur le marché religieux et mystique du continent : des grandes Églises, des petites, des prophètes autoproclamés, des sectes et groupes initiatiques en tous genres. Un méli-mélo de la spiritualité qui profite de la grande liberté laissée aux cultes et de la misère des populations. Dérives, escroqueries et manipulations mentales : tout est, hélas, permis.
“Traquées, parfois traduites en justice en Europe – notamment en France, où la vigilance est forte –, les sectes trouvent en Afrique une terre d’accueil sans contraintes. De même, les évangélistes américains ou brésiliens professent, voire s’installent, à peu près comme ils veulent. Et les mystiques et autres mouvements new age ne rencontrent pas non plus d’entraves. Baignée dans les rites initiatiques, la sorcellerie, la magie, les fétiches et autres croyances, l’Afrique est une terre ouverte aux religions et à leurs avatars.
“Souvent dissimulés sous des associations de bienfaisance ou humanitaires, les sectes et mouvements religieux, européens, américains ou asiatiques, s’immiscent discrètement dans le quotidien des Africains. Un exemple : le 24 avril 2009, le quartier de Cocody, à Abidjan, abrite une cérémonie de lancement du Festival mondial de la paix, accompagné d’un projet « à impact social » sur le campus. La fête est rehaussée par la présence d’un représentant de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), Hamadoun Touré. Il fera même un discours, assez classique, sur la paix, principale préoccupation des Ivoiriens. Rien que de très ordinaire. À un seul détail près : la cérémonie se tient à l’initiative de la secte Moon.
“Le rêve africain de Moon
“Il y a bien longtemps que Moon a ses entrées à l’ONU. Après avoir fait ses premières recettes sur le thème de la lutte contre le communisme, avec un temps le soutien de la CIA, le gourou d’origine coréenne a senti le vent tourner et a réorienté sa croisade vers la « paix universelle ». Il crée alors des dizaines d’ONG et la FPU est reconnue, à ce titre, comme partenaire de l’ONU. Moon obtient une tribune aux Nations unies.
“À Paris, le porte-parole de son Église de l’unification, Laurent Ladouce, travaille à l’élaboration d’un « rêve africain », « le rêve de l’Afrique de jouer un rôle accru dans le monde et le rêve de centaines de millions d’Africains de mener une vie meilleure ». Pour cela, il faudrait « faire ressortir la beauté de la personnalité africaine, ses valeurs fortes et universelles, qui feront que les gens auront envie d’aimer les Africains, de les avoir comme amis, comme partenaires ». Le texte est un salmigondis de réflexions à l’emporte-pièce, allant de la définition d’une « stratégie touristique panafricaine » à une « éthique africaine du capitalisme ».
“De son Japon natal, Daisaku Ikeda, président de Soka Gakkai, bouddhiste, pense aussi que « l’Afrique est le continent du XXIe siècle ». Ce mouvement religieux et politique, qui revendique quelque 12 millions de membres dans le monde, est présent en Côte d’Ivoire depuis 1983, où il a été reconnu comme Église en 1999. Il aurait aujourd’hui 11 000 adeptes ivoiriens, dont un tiers dans le seul quartier de Yopougon, à Abidjan. Les représentations les plus importantes sur le continent sont au Ghana et en Afrique du Sud, mais aussi en Zambie, en Namibie, au Zimbabwe, en RDC ou au Mozambique.
“Avoir la caution d’un chef d’État, ou de hautes personnalités, est essentiel pour ces mouvements, qu’ils soient religieux, philosophiques ou thérapeutiques. C’est ainsi que l’une des grandes réussites de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, l’Amorc, sous l’impulsion de son ancien et défunt « Imperator », Raymond Bernard, a été de pouvoir compter dans ses rangs le président camerounais Paul Biya. Plusieurs membres du gouvernement ou des grands corps d’État sont, ou ont été, rosicruciens. Sur le continent, l’Amorc revendique quelque 25 000 membres et organise très régulièrement conférences et séminaires, de Dabou à Ouaga, en passant par Kinshasa.
“Ainsi, l’Église de scientologie, d’origine américaine et extrêmement suspecte aux yeux des autorités françaises, a été reconnue d’utilité publique en 2007 en Afrique du Sud. Elle bénéficie ainsi d’exonérations fiscales sur les dons des adeptes. Les scientologues ont racheté dans ce pays plusieurs superbes demeures classées. À Port Elizabeth, ils ont acquis un bâtiment ancien pour 8 millions de rands (près de 700 000 euros), plus 6 millions pour les rénovations, et profitent de l’exonération de taxes réservée aux investisseurs qui réhabilitent des monuments historiques !
“La scientologie se développe en Afrique sous couvert de ses « volontaires », qui interviennent dans des situations d’urgence humanitaire ou de programmes antidrogue, ou même dans des ONG de défense des droits de l’homme, comme le Youth for Human Rights International en Afrique du Sud. Ils ont aussi très officiellement pour mission « de réaliser des formations et des séminaires basés sur le travail de Ron Hubbard », le théoricien et fondateur de la scientologie.
“Les sectes poussent sur le terreau de la misère, du désespoir. Et, en Afrique, croyez-moi, les gourous se portent bien », assure Claude Wauthier, auteur de Sectes et prophètes d’Afrique noire. L’une des clés qui ont ouvert aux sectes les portes de l’Afrique réside dans leur promesse d’une vie meilleure, ici et maintenant. « Les gens cherchent une prière rentable dans le cadre d’un objectif précis : une guérison, la recherche d’un emploi, la réussite d’un projet, la résolution d’un conflit », estime Isidore Ndaywel è Nziem dans son Histoire du Zaïre.
“Plus grave, le projet politique qui se cache sous les oripeaux de la religion. « La pratique dans ces groupes amène à l’absence d’esprit critique, de distanciation, et à une désocialisation ; les sectes sont persuadées d’avoir trouvé un modèle social et donc un modèle politique qu’elles n’ont de cesse de dupliquer. Or ce sont en général des systèmes théocratiques, tyranniques et dictatoriaux », ajoute Jean-Pierre Jougla. « Dès qu’il y a un signe de déliquescence ou de vacance du pouvoir, les sectes se développent automatiquement », affirme-t-il […]
Retrouvez l’article complet dans Jeune Afrique
Dans le même registre, lire :
Renseignement: les vieilles couvertures en cause
In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Géostratégie, Intelligence stratégique, Perception Management, Stratégie, Sécurité on 15 juillet 2009 at 9:15Il n’est que de feuilleter la florissante littérature des services secrets pour se rendre à l’évidence que les couvertures de «journaliste », « humanitaire » ou « universitaire » sont parmi les plus vieilles d’usage dans le cadre des covert operations. Mais au delà des précautions à prendre en pareille occasion, l’enlèvement d’agents français en Somalie le 14 juillet 2009 offre le prétexte idéal pour soulever deux des questions qui travaillent la communauté du renseignement dans les pays occidentaux en guerre contre le terrorisme islamiste: la capitalisation des agents issus de minorités ethniques et la nécessaire rénovation des techniques de renseignement humain (Humint). L’exploitation de sources ouvertes par les forces hostiles (grâce aux NTIC) a radicalement changé la donne sur le théâtre des opérations.
Paris, 14 juillet 2009. 8h 35. Les Champs Elysées grouillent de monde. Le soleil brille sur la capitale française mais on a l’impression qu’il cache de gros nuages. Dans l’attente de Nicolas Sarkozy qui doit présider le défilé militaire, France 2 diffuse les images de quelques membres du gouvernement. Parmi eux, Hervé Morin, l’air soucieux. La co-présentatrice du Direct, Marie Drucker, explique que le ministre de la défense est préoccupé parce que « deux étrangers ont été arrêtés tôt ce matin en Somalie. A l’heure qu’il est, on ne connaît pas leur nationalité. » En fait d’étrangers, il s’agit de « deux conseillers français en mission officielle d’assistance auprès du gouvernement somalien. »[1]
D’après notre confrère du blog Secret Défense, les deux Français auraient été envoyés récemment sur place par la Direction Générale de la Sécurité Extérieure pour une mission de conseil en matière de sécurité, dans le cadre du soutien de la France au gouvernement légal du président cheikh Charif Ahmed. L’enlèvement a d’ailleurs eu lieu à l’hôtel Sahafi, l’une des zones les plus sécurisées de la capitale. Tout de suite après, l’ONG Reporters Sans Frontières[2] est montée au créneau s’estimant « choquée qu’ils aient pu se faire passer pour des journalistes. Etre journaliste, ce n’est pas une couverture, dit RSF, c’est un métier… »
Une grande cécité guette désormais les services occidentaux. Rivés dans une posture du fort au faible, ils sont incapables d’une part d’envisager que l’adversaire est au fait de techniques (permettant de trouer les vieilles couvertures d’usage dans la milieu); pis, certains s’empêchent de promouvoir et d’utiliser leurs agents opérationnels originaires de « zones sensibles ». Ces derniers sont tout juste bons à traduire des écoutes et au mieux à infiltrer des bandes de braqueurs ou de dealers dans les « banlieues difficiles ». On feint d’ignorer que lorsqu’un « visage de craie »[3] pose son pied sur le tarmac de Mogadiscio, il est immédiatement « pris en charge »(?)
Au 2nd trimestre 2008, dix agents africains-américains des services secrets se sont plaint de discrimination raciale aux Etats-Unis. Dans le procès qui les opposait à leurs supérieurs, ils ont brandi devant la cour fédérale du District de Columbia des e-mails méprisants échangés entre leurs supérieurs hiérarchiques respectifs. En Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni et en France, les agents issus de minorités avouent sous anonymat qu’ils sont parfois mal notés et qu’ils ne grimpent pas assez vite dans la hiérarchie à cause de leurs origines… Des accusations graves et récurrentes mais difficiles à vérifier de l’extérieur. Les contradictions du monde « civilisé » feraient-elles le lit des intégristes ? A voir.
Dans le même ordre d’idées, lire aussi :
“Secret Défense” : 1 vecteur, 2 messages, 3 cibles
Guy Gweth
[1] Selon les termes du communiqué publié dans l’après-midi du 14 juillet 2009 par le Quai d’Orsay.
[2] D’après Reporters Sans Frontières, cinq journalistes ont été tués dans le pays depuis le 1er janvier 2009.
[3] Expression populaire désignant les personnes de race blanche en langue locale.
Business : combien rapporte la mort de Michael Jackson
In Agenda, Gestion de crise, Intelligence culturelle, Leadership, Management de l'information, Perception Management on 7 juillet 2009 at 10:34Alors que des centaines de millions de personnes aux quatre coins de la planète rendent un dernier hommage au plus brillant artiste de l’histoire de l’humanité, David Walsh de WSWS nous entraine dans les sombres couloirs de ce qu’il ne fait pas bon révéler en public : les dollars de la mort. Car c’est en milliards de dollars de bénéfices que s’évalue le retour au ciel de ce demi-dieu. Extraits :
Passeport diplomatique pour l’intelligence économique
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence économique, Perception Management, Risk Management on 24 mai 2009 at 1:31La « grippe mexicaine » a été rebaptisée « grippe A (H1N1) » le 29 mai 2009 par l’OMS[1] à la suite d’intenses pressions exercées par les diplomates mexicains à l’ONU. Devant l’hyper-médiatisation de la crise, Felipe Calderon a vite calculé le manque à gagner que risquait de constituer l’adjectif de cette épidémie sur l’image et donc l’économie du pays. Dans un environnement où de grands médias servent de machines à faire croire et à formater les esprits, la contre-influence exercée sur des cibles stratégiques est indispensable pour minimiser le risque-pays et continuer d’attirer investisseurs, touristes, chercheurs et sportifs. A l’étranger, cette tâche qui échoit traditionnellement aux missions diplomatiques appelle désormais des compétences spécifiques qui ressortissent de l’intelligence économique (IE).
En visite officielle en Australie le 6 mai 2009, le ministre belge des affaires étrangères, Karel de Gucht, n’est pas passé par quatre chemins : « les ambassades doivent être des machines de combat économique » surtout par temps de crise. La France dont la diplomatie économique[2] a atteint des sommets d’agressivité sous la présidence Sarkozy pourrait, avec l’entrée probable de Claude Allègre au gouvernement, opter pour un super ministère de l’industrie, de l’innovation et des nouvelles technologies. Si ce projet de METI[3] à la française venait à se réaliser, nul doute que les missions du successeur d’Alain Juillet (haut responsable à l’intelligence économique) seraient reconfigurées en vue, notamment, d’une meilleure déclinaison top-down au sein des postes diplomatiques français comme le font les Japonais.
Pour résister à la concurrence italienne, égyptienne ou tunisienne, le plan de captage des réserves de devises libyennes mis en place par certains entrepreneurs marocains bénéficient désormais ouvertement du concours de la diplomatie économique chérifienne. Avec 50 milliards de dollars d’investissements extérieurs en 2008, la stratégie de conquête des marchés étrangers voulue par Mouammar Khadafi repose sur deux principaux fonds souverains crées en août 2006. La Libyan Investment Corporation dont les marchés européens sont la cible est gérée par Mohamed Layas et dotée d’une enveloppe variable de plusieurs dizaines de milliards de dollars. A ses côtés, la Libyan African Portfolio pilotée par Bechir Salah est tournée vers l’Afrique. Rabat œuvre à attirer leurs investissements dans le royaume.
En Afrique subsaharienne, on note déjà une timide évolution dans les mentalités en vue d’un joint-venture diplomatique entre opérateurs économiques et dirigeants politiques. Un petit nombre de chefs d’Etat, malgré les clivages partisans, commencent à voyager à l’étranger avec leurs chefs d’entreprises. Certains parmi eux se demandent s’il faut former le personnel diplomatique à l’intelligence économique ou plutôt nommer des professionnels de l’IE au sein des missions diplomatiques pour faire face aux exigences de l’infoguerre économique. Encourageant l’initiative des premiers, nous répondons aux seconds avec le même réalisme opérationnel que les conseillers en communication du président mexicain: « urgence fait droit !»
Guy Gweth
[1] OMS: Organisation Mondiale de la Santé, organe spécialisé du système des Nations Unies.
[2] Entre 2007 et 2009, la diplomatie économique de Nicolas Sarkozy a littéralement pilonné l’Afrique subsaharienne, l’Arabie Saoudite, le Brésil, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Mahgreb et le Mexique, avec quelques succès comme la signature de l’accord d’exploitation entre Areva et le gouvernement nigérien en janvier 2009.
[3] METI: Ministry of Economy, Trade and Industry, créé en 1949 sous le sigle MITI (Ministry of International Trade and Industry), c’est le Saint Raphael de l’économie japonaise. Il surveille les échanges intérieurs et extérieurs du pays, informe et conseille les entreprises japonaises sur les marchés extérieurs et les NTIC.
Anticiper grâce au Management Profiling
In Guerre économique, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Perception Management, Stratégie, veille on 20 avril 2009 at 6:29Le magasine Competitive intelligence dans son volume 12, n°2 de mars-avril 2009 donne à lire un excellent article de Dale Fehringer sur le management profiling (MP). Bien que peu utilisé, le MP est un remarquable outil d’anticipation (des actions et stratégies concurrentes) aux mains des acteurs de l’intelligence économique et stratégique.
Avec l’humour qu’on lui connaît, Fehringer (ancien CI manager chez Visa International) rappelle qu’il est arrivé à l’intelligence compétitive le jour où son patron lui a demandé d’éviter qu’à l’avenir, son entreprise ne soit surprise par les activités des groupes concurrents. Devant l’ampleur de la tâche à lui confiée, Dale comprit très vite que dans son cycle de renseignement, les outils qui servaient habituellement à l’analyse ne suffisaient pas à prédire les décisions des concurrents. Il fallait les compléter. Fehringer pensa au management profiling.
D’après la Competitive Intelligence Foundation, seuls 13,8% de professionnels de l’IE utiliseraient le MP. Dale Fehringer explique cette situation par la difficulté des analystes à convaincre le Top-Management du bien fondé de cet outil. Pour avoir été confronté il y a quelques mois à un dirigeant de multinationale pour qui « ni le MBTI ni la PNL ni les deux mis ensemble ne fonctionnent avec les décideurs africains », j’avoue que la tâche n’est pas aisée d’autant que, mis à part les jugements de valeurs, les résultats du MP peuvent parfois se révéler approximatifs.
Pourtant, comme le montre Dale Fehringer dans son article, le management profiling combine deux facteurs clés : la biographie réelle et la psychologie de la cible. Les données ainsi récoltées doivent ensuite être décryptées à l’aide d’outils tels que le MBTI, le FIRO-B, etc… Mais ce travail suffit-il pour autant à prédire comment va agir l’entreprise concurrente ? Pas sûr. Car « les entreprises ne prennent pas de décisions stratégiques. Les individus, si. » écrivaient Fleisher et Bensoussan en 2003. L’enjeu est donc de pénétrer la personnalité des décideurs d’en face.
Il me souvient que pour convaincre le dirigeant de multinationale que j’évoquais plus haut, on s’était arrêté à la simple analyse de son prénom, avant d’aller plus loin. – « Les Vincent aiment tirer les ficelles, voire manipuler. Exigeants, autoritaires et directifs, ils sont susceptible d’avoir, sous des dehors calmes, des accès de colère lorsque l’on s’oppose à leurs désirs… Orgueilleux, ils donnent l’impression d’être sûrs d’eux-même. Sensibles à leur image de marque, ils n’acceptent pas l’échec et font l’impossible pour se surpasser : n’êtes-vous pas le meilleur ? »
En analysant Les armes secrètes de la CIA (Gordon Thomas, 2006) j’ai eu confirmation qu’il y a une dizaine d’années à peine, les agences fédérales américaines (la CIA en particulier) continuaient d’employer des équipes mixtes de psychiatres, de psychanalystes, d’astrologues, de graphologues et même de voyants dans le cadre de missions de profiling et d’anticipation. J’ignore si cette pratique a perduré jusqu’à ce jour, mais le moins que l’on puisse dire c’est que les traces de cette application sont toujours visibles dans les productions hollywoodiennes.
Tout bien considéré, la vraie question est celle de la rigueur méthodologique. Lorsqu’il est adossé au cycle de renseignement classique (besoin, collecte, analyse, reporting, validation & feedback), le management profiling peut occuper une place de choix dans la boîte à outils du professionnel de l’intelligence économique et stratégique. Dale Fehringer et Melanie Wing en parleront plus longuement au cours d’une session intitulée “Using management profiling to predict competitor strategies” lors du Scip09 international Conference and Exibition à Chicago, Etats-Unis.
Guy Gweth
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Tendance: le sponsoring à l’assaut des First Ladies
In Communication d'influence, Diplomatie économique, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Perception Management on 11 janvier 2009 at 8:20
La future Première Dame des Etats-Unis a beau déclaré qu’elle ne s’immiscera pas dans les décisions politiques de Barack Obama, qu’elle passera le plus clair de son temps à veiller sur leurs filles Malia et Sasha, les plus jeunes locataires de la Maison-Blanche depuis les Kennedy, aucun analyste sérieux n’y croit. A l’heure où, partout dans le monde, le débat public confine les First Ladies à l’action humanitaire, nombre de stratèges en entreprise ont fait le choix d’investir dans le cœur et l’aura de celles qui mènent au Président… Surtout dans les pays en développement.
Lorsque Paul Henry* est nommé représentant d’une des filiales de son Groupe* en Afrique fin 2007, il sait que sa mission sera difficile. La concurrence pour le contrôle des ports en Afrique de l’ouest est rendue ardue par de nouveaux entrants aux dents longues. Ces derniers font de bien meilleurs offres aux meilleurs prix et proposent même de multiplier le montant des redevances à payer à l’Etat hôte. Leurs salariés bénéficient de conditions de travail enviables. Ils attirent la presse et alertent l’opinion publique en cas d’entorse aux procédures de passation des marchés au port. Leurs services de veille stratégique et de relations publiques fonctionnent à merveille et les résultats s’en ressentent au niveau des décideurs et de la clientèle. Du lourd.
Paul Henry sait que le temps est révolu où il suffisait d’un coup de file pour qu’une concession de 15 ans soit adjugée à son groupe. Il charge une équipe de jeunes consultants en IES* de réfléchir à la stratégie à adopter en vue de réagir à la nouvelle donne imposée par les concurrents. Les règles du jeu ont assurément changé. Les conseils ont quinze jours et quatorze nuits pour fournir leurs conclusions à la direction qui requiert « une pluie d’idées dans un désert de mots ». Traduction de Paul Henry : « Nous attendons des préconisations claires, précises, concises et immédiatement applicables. Non pas 300 pages de littérature dans un jargon d’experts et des schémas cryptés…» Un bureau sécurisé leur est ouvert 24h/24 près de la direction.
Après dix jours de travaux de collecte, de validation, de hiérarchisation et d’analyse des informations pertinentes, la CI Team* (comme elle se fait appeler) a évalué plusieurs scénarios allant des opérations de déstabilisation par l’information, de guerre judiciaire, d’entrisme clandestin, de piratage informatique ou de débauchage de cadres concurrents… Au final, la principale préconisation -pour aussi inattendue qu’elle soit- a été de financer l’association humanitaire de la Première Dame à grand renfort de publicité. Désormais dans les bonnes grâces de la First Lady, le groupe jouit de son influence, y compris devant la justice, dans un pays où le dés-équilibre des pouvoirs profite à l’exécutif. Les experts ont même envisagé un don d’ordinateurs « intelligents » à l’association en vue d’anticiper ses besoins… en toute discrétion.
Entre un Président élu par le peuple et une femme élue par le Président, le pouvoir est souvent au premier et l’influence à la seconde. Les businessmen l’ont bien compris. La guerre des grands créateurs (Narciso Rodriguez, Christian Lacroix, Karl Lagerfeld ou Marc Jacobs… etc.) pour habiller Michelle, Malia et Sasha lors de l’investiture de Barack Obama le 20 janvier 2009 montre combien il peut être stratégique d’investir sur une First Lady. Qui plus est s’il s’agit d’une avocate brillante ayant une taille mannequin de 1.82 m. et une élégance à tomber par terre… Car chaque fois qu’elle apparaît en public, Michelle Obama rapporte des millions de dollars de chiffres d’affaires aux sponsors qui misent sur son aura.
Guy Gweth
*Paul Henry : nom de code utilisé pour les besoins de confidentialité.
*Pour des raisons évidentes, le nom du Groupe est gardé sous anonymat.
*IES : abréviation usitée pour « Intelligence économique et stratégique».
*CI Team : “Competitive Intelligence Team” ou en français l’équipe d’IE.
« Secret Défense »: 1 vecteur, 2 messages, 3 cibles
In Communication d'influence, Contre-Intelligence stratégique, Intelligence culturelle, Perception Management, Stratégie on 14 décembre 2008 at 6:25Au XXIè siècle, profitant de la dictature du numérique et de la liquidation progressive du papier, l’industrie du cinéma raflera le leadership détenu par le livre dans le contrôle des perceptions populaires. « Secret-défense » doit être inscrit dans cette stratégie de conquête des têtes et des cœurs (par le divertissement) pour être regardé et décrypté par les analystes du soft power.
Du réalisateur Philippe Haïm, « Secret Défense » est une production d’1h40 parue dans les salles hexagonales le 1o décembre 2008 avec -entre autres acteurs- Gérard Lanvin, Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle et Rachida Brakni. Le film, très captivant par certains aspects, nous plonge dans le monde obscur des services extérieurs français en proie à la menace terroriste. Le public peut ainsi vivre intensément les dangers qui guettent la France, l’esprit de sacrifice, de rigueur et de solitude d’agents prêts à risquer leur vie pour la patrie. En contrepartie, il y a au titre de résultats attendus, les sentiments que déclenche cette vision chez les spectateurs (neutres, alliés ou ennemis de la France).
Certains résultats (Ex: Opération Mockingbird) des recherches faites par les services secrets américains dans les années 50 à 70 sur le contrôle mental dans le cadre du Mk ultra, sous l’impulsion d’Allen Dulles (directeur de la CIA à l’époque des faits), ont très vite convaincu les renseignements anglo-saxons, et plus tard la mafia italo-américaine, que le cinéma était (avec la télévision) le canal idéal pour influencer la sphère des idées sous couvert de divertissement. Cela est encore plus vrai aujourd’hui où le stress quotidien, les soupçons qui pèsent sur les grands médias, la quête du sens de la vie et la solitude profonde qui en découle poussent des millions de personnes dans l’évasion spirituelle et culturelle.
La participation d’Eric Denécé, ex-officier des services français et directeur de CF2R comme consultant dans le tournage de Philippe Haïm ne permet certes pas de mesurer le degré d’implication des stratèges gouvernementaux dans la production de « Secret Défense ». Mais pour en cerner les objectifs, je me suis permis d’insérer ce film dans l’agenda 2008 des grands changements en cours dans les services de renseignement français : publication du Livre blanc de la défense, création d’une direction centrale du renseignement intérieur, nomination d’un coordonnateur national du renseignement directement rattaché à la présidence de la république, exceptionnelle communication de recrutement au sein de la DGSE… etc.
La France qui, quoi qu’on en dise, a l’un des meilleurs services au monde, a toujours eu du mal à l’assumer. « Secret Défense » apparait ainsi comme un choix de soft power à l’américaine visant à la fois à dissuader l’ennemi, à sensibiliser l’opinion publique et à “susciter” des vocations aux métiers du renseignement. Ce film est à voir. Même s’il souffre d’une carence en intelligence émotionnelle et qu’il appuie un peu trop sur la commande « occulte ». Devant le “Vous êtes à la DGSE, les services secrets français…” de Gérard Lanvin, le colonel JF Bianchi, mon grand-maître en stratégies d’influence aurait certainement sourit. Car des milliers d’automobilistes de Virginie (États-Unis) croisent chaque jour, sur l’autoroute, un panneau de signalisation indiquant la direction de la Central Intelligence Agency à Langley…
L’influence, c’est aussi l’art du paradoxe.
Guy Gweth
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Chine-UE: Pékin fait vaciller les 27
In Guerre de l'information, Intelligence stratégique, Leadership, Perception Management, Soft Power, Stratégie, veille on 27 novembre 2008 at 8:59Ce devrait être un théorème pour les stratèges français de la coopération sino-européenne: faire perdre la face aux officiels chinois est un affront impardonnable au pays de Mao. Lorsque cela vient à se produire, la contre-offensive de Pékin remplit souvent trois critères: elle est spectaculaire, mémorable et lourde de conséquences. C’est en pleine crise financière internationale que le géant asiatique a choisi d’humilier la présidence française de l’union européenne.
Souvenez-vous, après le passage tumultueux de la flamme olympique à Paris en avril 2008, nous vous prévenions ici que les dignitaires chinois avaient de la mémoire et qu’ils n’hésiteraient pas, au moment opportun, à riposter à l’affront que les activistes droitdelhommistes français et quelques politiques pro-tibétains venaient ainsi d’infliger au peuple chinois devant les caméras du monde entier. A l’époque, la real économique avait malgré tout contraint le président français à faire le voyage de Pékin pour l’ouverture des JO et à surseoire à rencontrer le guide spirituel tibétain.
Que Nicolas Sarkozy décide après coup d’un rendez-vous avec le Dalaï-Lama pour le 6 décembre 2008 en Pologne était certes l’affront de trop, mais en réalité un excellent prétexte pour Pékin. Le report sine die du sommet Chine-Union européenne du 1er décembre 2008 auquel devait assister le premier ministre chinois, Wen Jiabao, arrive en effet après de nombreuses mises en garde adressées par les dirigeants chinois aux autorités françaises. Dans la foulée, Airbus a dû annoncer le report de la finalisation d’une commande de 150 appareils passée par la Chine en novembre 2007. Les rencontres entre businessmen européens et chinois en marge du sommet ont toutes été annulées. A l’heure qu’il est, les opérateurs français dans l’empire du milieu redoutent un durcissement de l’environnement de leurs affaires.
Il n’est pas complexe de profiler les dirigeants politiques français. Les analystes chinois n’ont d’ailleurs pas tardé à comprendre que “le président Sarkozy est très sensible aux pressions… ” Conséquence: lorsque le nouvel exécutif français effectue son premier voyage officiel en Chine en novembre 2007 avec 20 milliards d’euros de contrat à la clé, les stratèges chinois retiennent l’absence de Yama Yade, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères chargée des droits de l’homme, comme le résultat de leurs pressions sur Paris. En reportant unilatéralement le sommet de Lyon, Pékin a voulu envoyer un signal symbolique fort, profond et durable au vieux continent et à la France en particulier.
L’Europe qui oublie parfois qu’elle n’est ni les Etats-Unis d’Amérique ni réellement unie expérimente donc le courroux spectaculaire d’un acteur devenu incontournable dans le concert des nations à l’heure où la crise financière internationale préoccupe les grandes chancelleries. L’aile dure du régime communiste ne pouvait manquer pareille opportunité pour punir Paris et les 27; un acte historique malgré la relative discrétion des grands médias européens dans le traitement de cette information.
Guy Gweth
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007 est-il un agent de guerre psychologique ?
In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 7 novembre 2008 at 11:00Comme lors de la parution début 2008 de Indiana Jones et le royaume du Crâne de cristal qui se déroule pendant la guerre froide avec un impitoyable ennemi russe incarné par Cate Blanchett, Quantum of Solace vient à son tour d’entrer sous les feux nourris du parti communiste de Saint-Pétersbourg, la deuxième force politique de la Douma, le parlement russe. Motifs : le premier film cité véhicule « une grossière propagande anti-soviétique » et le second est une opération de « guerre psychologique ». Après une brève définition de la guerre psychologique et un court voyage au cœur de Quantum of Solace, nous allons attentivement regarder si cette accusation bien de l’Est est recevable, et si elle mérite les sarcasmes dont les grands médias veulent la couvrir à l’Ouest…
Qu’est-ce que la guerre psychologique ?
La guerre psychologique est une action d’influence complexe visant à détruire la volonté de combat d’un ennemi ou d’un groupe hostile, à réduire ou annihiler sa capacité à poursuivre les hostilités. Action d’influence parce qu’elle travaille les perceptions de la cible avec comme objectif de la vaincre sans combattre. Action complexe car la guerre psychologique combine les symboles, l’éthique, la science, la technologie, le physique et le psychique. Ici, on est plus proche des stratèges chinois de l’école de Sun Zi pour qui la guerre est essentiellement « l’art de la tromperie ». Et on n’est pas si éloigné que cela de la doctrine américaine du Shaping the mind ou colonisation de la sphère des idées. Une opération psychologique (psyops) cible généralement un gouvernement, une organisation non-gouvernementale, tout ou partie d’une population. Son objectif stratégique est de frapper le cœur et le cerveau de l’adversaire afin de liquéfier son organisation en injectant avec finesse des demi-vérités, la suspicion, la haine, la défiance… entre le sommet et la base.
De quoi parle Quantum of Solace ?
Paru officiellement en Octobre 2008, Quantum of Solace (du réalisateur Marc Forster), 22e aventure cinématographique de James Bond est la suite directe de Casino Royal sorti un an plus tôt. Tiré d’une nouvelle de Ian Flemming (auteur britannique et ancien assistant dans les services secrets de sa Gracieuse Majesté à la veille de la 2è guerre mondiale), le film est baptisé Quantum of Solace le 24 janvier 2008, y compris pour les cinéphiles francophones, sauf au Québec où le titre est 007 Quantum. Le scénario révèle un James Bond (Daniel Graig) décidé à régler ses comptes à ceux qui ont contraint Vesper (sa compagne in Casino Royal) à le trahir. Dans sa quête de vengeance, Bond croise la route de Camille (incarné par Olga Kourylenko). Les deux ont un ennemi commun : une puissante organisation « écologiste » dirigé par un businessman impitoyable, Dominic Green (joué par Mathieu Almaric) dont la mission est le contrôle d’une source précieuse dans des contrées pauvres, en manipulant les dirigeants locaux, le 10 Downing Street et même la CIA. 007 doit faire face à la trahison de ses amis et à la férocité de l’ennemi.
L’accusation russe est-elle recevable ?
Lorsqu’on a regardé Quantum of Solace, on voit que les critiques des communistes russes sont exagérées, bien qu’ils aient pris la mesure du danger, ce qu’ils appellent « la contagion idéologique » véhiculé par le cinéma US. La « fatwa » lancée contre l’actrice ukrenienne Olga Kourylenko est grotesque. Même si “Chacun sait que la CIA et le MI-6 financent les films de James Bond dans le cadre d’une opération spéciale de guerre psychologique“ contre la Russie (comme l’affirme Sergueï Malinkovitch, chef du Parti communisme à Saint-Pétersbourg), Quantum of Solace ne le révèle pas. La belle Olga Kourylenko qui incarne Camille est accusée de collaboration avec l’ennemi parce qu’elle joue aux côtés de l’espion britannique… Un revenez-y de la guerre froide? Le rouleau compresseur médiatique occidental -le Times en tête- ne pouvait que couvrir ces propos de ridicule. Pourtant, sous ces emportements russes, couve une vérité. L’ouverture en 1999 de l’Institute of Creative Technologies (ICT) a scellé l’alliance stratégique du Pentagone avec les studios hollywoodiens. Ce think tank qui bénéficie de la collaboration scientifique de l’Université de Californie du sud constitue un dispositif unique. Lors de son inauguration, le secrétaire à la défense de l’époque Louis Caldera déclarait « Nous n’avons jamais pu espérer bénéficier de l’expertise d’un Steven Spielberg ou d’autres professionnels de l’industrie du cinéma pour collaborer à des projets de l’armée… Le nouvel institut sera gagnant-gagnant pour tout le monde. » Il n’est pas inimaginable, face aux tensions entre Moscou et Washington, que le principe « gagnant-gagnant » de l’ICT soit activé, attendu que Hollywood est la continuation de la stratégie anglo-américaine par d’autres moyens.
Au final, ceux qui sont pressés de signer le livre des condoléances de l’hyperpuissance étasunienne devront s’armer de patience. Rien qu’en matière d’influence, la machine de guerre émotionnelle et cognitive US pénètre et colonise avec douceur tous les territoires où les GI’s ne peuvent aller de force, précisément dans les cellules du cœur et du cerveau humains. Avec le libre consentement des victimes. Car c’est de leur plein gré que les publics du monde entier (y compris les communistes de Saint-Pétersbourg) se constituent prisonniers des salles obscures, pendant quelques heures, pour savourer l’évangile selon Washington. On y raconte que « tous ceux qui arrivent à Hollywood ont rêvé ». Or tous ceux qui rêvent de Hollywood y sont déjà, l’instant d’un film…
Guy Gweth
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Infoguerre à Bretton Woods: objectif Strauss-Kahn
In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Guerre de l'information, Management de l'information, Perception Management, Sécurité on 19 octobre 2008 at 6:59
En matière de guerre par l’information (infoguerre), l’éthique, la loi, le bon sens, ne sont pas une fin. Ce sont des moyens. Ils servent à fabriquer des vérités ou des contre-vérités en fonction des perceptions du groupe-cible. Le Conseil en infoguerre n’a donc pas vocation à émettre un quelconque jugement sur l’acte posé par le client. Il part du postulat que nul n’est parfait, et active le pouvoir de l’information ouverte (ou fermée) de manière défensive (ou offensive) aux fins d’atteindre un objectif. L’attaque qui vise l’actuel directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn (DSK), mérite qu’on s’y attarde. Elle est pédagogique à plus d’un titre.
La faille exploitée par les anti-DSK
Dominique Strauss-Khan est à peine nommé directeur du FMI en septembre 2007 qu’il tombe sous le charme de la Hongroise Piroska Nagy, responsable du département Afrique du Fonds. Début 2008, les deux hauts fonctionnaires deviennent intimes. Problème: Nagy est mariée, DSK aussi. L’idylle tourne court et la Hongroise démissionne du Fonds. Mais déjà, une sourde rumeur enfle à Bretton Woods qui arrive aux oreilles d’Aleksei Mozhin, le représentant de la Russie. Il alerte l’époux de Piroska Nagy, Mario Blejer, lui aussi ancien employé du FMI. En rappel, lorsque Paris avait proposé DSK à la direction du FMI, la Russie avait énergiquement protesté. Moscou soutenait alors la candidature de Josef Tosovsky, ancien premier ministre et ex-membre des services secrets de Prague. Mozhin, c’est peu dire, s’était insurgé contre la mainmise de l’Occident sur les institutions de Bretton Woods. Début juillet, le Russe porte l’aventure extra-conjugale du directeur à l’attention du Doyen du Fonds, Shakour Shaalan. Ce dernier demande alors au cabinet d’avocats Morgan, Lewis & Bockius d’enquêter sur d’éventuels abus de DSK dans les causes et les modalités de départ de Piroska Nagy du Fonds monétaire international en août 2008.
Matrices culturelles et particularismes
Lorsque les journalistes français Christophe Deloire et Christophe Dubois publient « Sexus Politicus » en été 2006, leurs collègues américains sont surpris de voir que l’opinion publique française ne s’offusque pas spécialement des frasques extra-conjugales de leurs dirigeants. Outre-Atlantique, le rapport très détaillé de Kenneth Starr sur le “Monica Gate” montre à quel point l’infidélité d’un dirigeant peut être problématique, surtout si elle est doublée de parjure. Et pour aussi excessive que puisse paraître l’Amérique, cette pudeur, voire cette pudibonderie protestante vaut pour toutes les hautes personnalités officiant sur le sol étatsunien. Dominique Strauss-Kahn était-il au fait de ce détail ? Quelle que soit la réponse, les Ivans qui l’avaient déjà profiler n’ont pas manqué de le cribler… Qu’il soit blanchi ou pas, DSK sortira affaibli de cette affaire, y compris dans sa posture de meilleur présidentiable socialiste en France, sauf coup de théâtre. Pour ce qui est de Bretton Woods, la crise financière, économique et à présent morale ne fera qu’accentuer la crise de légitimité dont souffre l’ensemble du système des Nations Unies depuis quelques années déjà.
La protection de la réputation, un marché…
Dès sa parution en octobre 2006 aux éditions Fayard, si certaines compagnies d’assurance s’étaient penchées sur « une brève histoire de l’avenir », elles auraient sans doute déjà innové en proposant une « assurance-réputation » à leurs clients VIP. Et il n’est pas tard. Dans cet ouvrage qui n’a pas connu le succès qu’il mérite, l’auteur, Jacques Attali, prévient que sous peu, les personnalités devront cher payer pour avoir droit à une vie privée. La preuve… Après le départ brutal de l’ex-patron de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, acculé à la démission en mai 2007 pour favoritisme à l’endroit de sa maîtresse libyenne Shaha Riza, le cas de DSK révélé par le Wall Street Journal dans son édition du 18 octobre 2008 vient rappeler à ceux qui en doutaient encore que la protection de la réputation est promise à un bel avenir. Dans un monde globalisé où l’information est devenue une arme, l’accessoire (un détail de la vie privée) peut facilement l’emporter sur le principal (les compétences) et avoir de graves conséquences sur la crédibilité (des institutions).
Que ce soit contre l’écrivain Milan Kundera ou Miss France 2008, Valérie Bègue, le milliardaire camerounais Yaya Bello ou l’actuel directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn…, les cas de déstabilisations par l’information ont une constante. Les victimes sont présumées coupables jusqu’à ce que la preuve de leur innocence soit établie.
Guy Gweth
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McCain/ Obama: infoguerre pour D.C.
Des mailing-list africaines exploitées pour déstabiliser Coca-Cola
Des mailing lists africaines exploitées pour déstabiliser Coca -Cola
In Communication d'influence, Guerre économique, Perception Management, Sécurité, veille on 10 septembre 2008 at 12:18
Depuis quelques semaines, des réseaux d’internautes d’Afrique centrale sont à leur tour infectés par un texte Anti-Coca-Cola (voir infra) circulant depuis le premier trimestre 2008 en Europe et dans plusieurs forums tels que MySpace. Une opération de déstabilisation par l’information tout à fait classique. Certes un peu artisanale (ce qui lui donne un air citoyen), mais plutôt bien menée. Elle rappelle l’offensive essuyée par Perrier au début des années 90. Elle rassemble les principaux facteurs clés de succès pour susciter une réaction de l’opinion publique (Baumard 2001): 1. Le risque alimentaire (ce qui entre en soi) 2. Le risque d’hygiène (ce qui touche à soi) 3. Le risque physique (ce qui peut faire mal à soi).
Soft power: codes et lignes de force du cinéma nigérian
In Communication d'influence, Géostratégie, Géoéconomie, Perception Management, Soft Power, Sécurité, veille on 27 juillet 2008 at 7:46La quasi totalité des tableaux de bord existant en matière de prospective macroéconomique indique qu’en 2050, le Nigeria sera la 1ère puissance économique en Afrique. Mais le pétrole (malgré les cours actuels du baril), le gaz (et ses enjeux stratégiques) ou la démographie (avec l’importance du marché intérieur qu’il implique) ne doivent guère voiler les yeux des analystes à Oxford & Harvard. La puissance économique du Nigeria est un tout complexe. D’ailleurs, passée la porte des critères de Bretton Woods, ce géant de 132 millions d’habitants établis sur 923368 Km² découvre une force de frappe inouïe: l’économie souterraine. La saga de ce microcosme puissant et sulfureux est désormais disponible en DVD, aux bons soins de Nollywood et Kannywood. Le cinéma nigérian nous enseigne autant qu’il renseigne et fascine autant qu’il façonne les esprits.
Partons d’un postulat qui m’est particulièrement cher dans le reverse engineering des problématiques d’influence par le cinéma: même avec la plus fine manipulation, un film (bon ou mauvais) trahit toujours les projets de ceux qui l’ont conçu. Autant qu’un code génétique, il révèle les courants et lignes de force qui traversent un microcosme à un moment précis. Pour contribuer à cerner l’environnement d’un objectif à distance, il peut donc s’avérer intéressant d’interroger sa matrice culturelle en décryptant soigneusement ses productions de référence. Une analyse comparée du Nigeria de l’intérieur et de sa vitrine cinématographique me conforte dans ce postulat clé. A présent, prenons deux exemples au pif pour tenter de décoder ensemble les messages que recèle cette double face de Janus.
Le film intitulé Sharon stone par exemple met en scène une jeune femme belle comme la reine de Saba. Avec ses mensurations avantageuses et son visage angélique, l’actrice Geneviève Nnaji -qui l’incarne- est fiancée à trois hommes qu’elle promet tous d’épouser ! Une véritable course à la ruse où se mêlent argent, religion, baraka, sexe, internet, duperie, villas luxueuses et Mercedes à n’en plus finir. De quoi susciter des vocations au sein d’une jeunesse nigériane enflammée par le désir de réussite à tout prix. Dans Italian deal, en revanche, un jeune sanguin opportuniste nommé Franck consent à prêter sa douce et charmante fiancée à un homme d’affaires italien contre US$500.000. Elle accepte par amour. Lui rêve de vite s’enrichir en créant une compagnie de voitures d’occasion. Peu importe le sacrifice !
Contrairement à la plupart des films africains qui traitent généralement de misère, de souffrance ou de sorcellerie, le cinéma nigérian projette des jeunes loups aux dents longues. Très longues. Ils sont brillants. Innovants. Rationnels. Agressifs. Des « entrepreneurs » selon la définition de Schumpeter. Ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait que derrière certains studios, plane l’ombre d’une main invisible: la puissante mafia nigériane. Or « Le pouvoir se gagne par les idées » écrivait Gramsci. Et ces néo-capitalistes nigérians ont de qui tenir. On se souviendra volontiers que dès 1971, c’est Cosa Nostra qui supervisa le célèbre Parrain de Francis Ford Coppola ou encore que via Sun Yee On, ce sont en fait les redoutables triades chinoises qui produisaient Bruce Lee… La liste est longue. Mais la place manque ici.
Version tropicale de la jet set russe composée de milliardaires trentenaires, les maffiosi nigérians contrôlent l’essentiel de l’économie souterraine de l’Etat fédéral grâce aux trafics (humains, drogues, matières premières…), machines à sous, contrefaçons, enlèvements ciblés et escroqueries sur internet. Ce sont des winners avides. Cupides. Sans morale ni peur. En fins stratèges, ils portent à l’écran la « destruction créatrice » dont parlait Schumpeter. Désormais, ceux qui s’aventurent en Afrique centrale et de l’ouest doivent compter avec ces nouveaux Yakusa noirs dont le code d’honneur se résume dans la devise de Lord Bering: «Money first! »
Guy Gweth
Le business de Dieu en Afrique subsaharienne
In Communication d'influence, Débat, Perception Management, Soft Power, veille on 20 juillet 2008 at 7:51
Compagnons de Salomon, Serviteurs de la Croix, Phalanges sacerdotales, Faucons de Saint Michel, Arche de Marie, Ambassade du Christ, Les derniers Prophètes, Jésus sauve et guérit, Église du 7è jour, Ministère du Christ-Jésus… Le marché de Dieu est, juste avant les brasseries et la téléphonie mobile, le business le plus florissant et le plus protéiforme d’Afrique Noire. Avec plus de 2000 marques locales répertoriées à ce jour, l’industrie du ciel-sur-terre se répand à la vitesse de la misère et puise richesse et puissance dans la foi de millions de fidèles abonnés au denier du culte.
Donnez, et il vous sera donné
Mis ensemble, ces six mots sont plus qu’un slogan marketing. Presqu’un mantra. C’est tout le business model des mouvements religieux qui repose sur ce petit bout de phrase biblique. Le pauvre croyant africain est soucieux d’imiter cette vieille dame du nouveau testament qui jeta son unique pièce de monnaie dans le panier du Seigneur tandis que les autres y déposaient leur superflu. Jésus devait conclure plus tard qu’elle avait donné plus que tout le monde… Un détail de perception sur lequel surfent ceux qui ont eu l’intelligence de comprendre que Dieu est un puits de pétrole off shore dans le cœur des pauvres. En fait de pauvres, ce sont des millions de croyants impuissants à se demander pourquoi, malgré leurs prières et sacrifices, le bon Dieu s’obstine à les garder dans l’indigence, la dépendance et l’espérance[...] A quelques détails près, le tableau rappelle les débuts de la Camorra napolitaine si bien décrits par Jacques de Saint Victor in Mafia, l’industrie de le peur, ouvrage paru début 2008 aux éditions du Rocher.
A César ce qui est à César…
Si les affaires de Dieu sont aussi florissantes en Afrique subsaharienne, c’est au moins pour partie grâce à la bienveillance des pouvoirs publics. Le cœur de cible des mouvements religieux étant “les damnés de la vie“, les gouvernements en place sont apaisés de savoir cette poudrière à l’ombre des “ailes de Jéhovah.” Ces “brebis du Seigneur” deviennent ainsi incapables de révolte contre l’autorité, s’abstiennent parfois de voter ou de se soigner dans les hôpitaux de ville, conditionnés qu’ils sont par une sainte parole: «tout pouvoir vient de Dieu». La phase finale de leur contrôle psychique est l’obombrement par l’absolue «vanité des vanités, tout est vanité» de l’Ecclésiaste qui transforme prématurément ces âmes de bonne foi en citoyens de l’au-delà. Paix sociale ! Car pendant que les représentants de Dieu entrent en politique, roulent en 4X4, assistent aux congrès et se soignent à l’étranger tous frais payés, le contribuable chrétien doit attendre de mourir pour pouvoir accéder à la plénitude éternelle. Et encore… “Si Dieu le veut“!
Et leur chiffre d’affaires…
A la vérité, parce que «les voies de Dieu sont insondables», il est extrêmement difficile de déterminer le chiffre exact des milliards $ générés par “l’opium du peuple” en zone Cemac. Mais notre enquête se poursuit pour définir, fût-ce approximativement, le montant des devises éternelles dans cette partie du monde. Car plus qu’une multinationale à têtes chercheuses, c’est un véritable capitalisme spirituel qui se meut avec un don inné sur un terrain miné par la colonisation, la magie, la peur et la misère. En effet, politiciens, intellectuels, artistes, hommes d’affaires, femmes au foyer et jeunes au chômage… convoquent Dieu au quotidien devant la moindre douleur, le moindre effort, la moindre incertitude. Or le ciel a ses impôts que le Syndicat de Dieu réclame inlassablement: “Donnez, et il vous sera…”
Guy Gweth
L’effet Obama devrait doper le business américain en Afrique
In Communication d'influence, Leadership, Perception Management, Prospective on 25 juin 2008 at 2:43
Peut-être sera-t-il élu au soir du 4 novembre 2008. Peut-être pas. Le peuple américain est souverain. Mais quel que soit le verdict sorti des urnes, l’ascension spectaculaire du sénateur Barack Obama aura permis aux Etats-Unis d’écrire leur plus belle histoire de marketing politique sur la scène internationale depuis le plan Marshall. Une opération d’influence collective, sans préméditation, qui devrait profiter à l’image de marque et aux intérêts de la première puissance, aux quatre coins du monde, et plus encore en Afrique Noire.
La présidence Bush jr. ou la diplomatie du pompier pyromane
La présidence Bush, avouons-le, fut parmi les plus complexes de la Maison-Blanche. Sitôt réélus, les républicains souvent taxés de « va-t-en guerre » se retrouvèrent en effet à gérer les terribles attentats du 11 septembre 2001 et à devoir restaurer le leadership des Etats-Unis aux yeux des Américains et à la face du monde. Entre désillusions, émotions, real politik et intérêts économiques, les libertés publiques payèrent le prix le plus élevé avec entre autres, de nombreux cas de violation du secret de la correspondance. Ramenée à la guerre d’Irak, aux scandales d’Abu Ghraib et Guantanamo…, l’image des Etats-Unis devint catastrophique partout dans le monde sauf en Afrique, comme le révéla l’étude «Malaise global», réalisée en juin 2007 dans 47 pays par l’institut Pew. Les concurrents de l’Oncle Sam continuent d’ailleurs d’exploiter cette faille auprès de leurs «alliés» africains pour savonner la planche à l’Africom et freiner autant que possible l’expansion économique et militaire des Etats-Unis sur le continent d’origine du sénateur de l’Illinois.
Le « Yes, we can! » du soft power étatsunien
«Les Etats-Unis sont prêts pour un président Noir parce que nous en avons déjà eu plusieurs… à l’écran. Ils ont même été les plus mordants que nous ayons connus : Morgan Freeman dans le film Deep Impact et Dennis Haysbert dans la série 24 Heures chrono», reconnaissait récemment Joel Stein dans le Los Angeles Times avant d’ajouter plus loin : «au fond, tous les présidents sont des personnages de fiction. Si le président produit des effets très concrets sur certaines personnes(…) pour la plupart d’entre nous, son influence est la façon dont nous percevons notre pays ». Ajoutons en l’occurrence, la manière dont les décideurs africains perçoivent les Etats-Unis. A ce jour, Hollywood, CNN, NBA, le prestige des universités et le storytelling à l’américaine ont une influence inégalée en Afrique Noire. En propulsant un Africain-Américain dans la course à la Maison-Banche, le peuple d’Amérique envoie un message : «si une autre Amérique est possible, alors, un autre monde est possible !» La preuve par Obama. C’est une variante du rêve américain qui renaît des cendres d’une puissance meurtrie, essoufflée, décriée, mais fascinante par sa volonté de changement, son réalisme exceptionnel, son désir d’avenir. Si l’Afrique se voit quand elle regarde dans un miroir étatsunien, elle ne peut que lui sourire en retour.
Tout bien considéré…
Les Américains mesurent peu l’extraordinaire influence dont ils jouissent en Afrique Noire. Parmi eux, les diplomates nés autour de 1945 sont ceux qui demeurent les plus rivés aux vieux manuels de procédure qui imposaient d’en référer au Quai d’Orsay avant de s’aventurer dans ce qui jadis était considéré comme le pré-carré français. Un revenez-y du congrès de Berlin 1884-1885 qui consacra «le partage du gâteau africain.» La percée des Chinois et des Indiens, leur pragmatisme sans-gêne et leur appétit pour les matières premières… commencent sérieusement à réveiller des Américains par ailleurs décidés à augmenter leurs importations pétrolières du golfe de Guinée de 15 à 25% d’ici 2015; tout en luttant contre le terrorisme islamiste dont le Nigeria recèle de menues cellules dormantes. D’autres marchés stratégiques tels que l’eau, l’énergie, le bois, les transports, les NTIC… s’ouvrent de plus en plus aux investisseurs américains prompts à surfer sur le capital-perception engrangé en Afrique par l’effet Obama (!)
Guy J. Gweth
Les secrets du segment Afrique de Western Union: transfert de propriété
In Benchmarking, Intelligence économique, Leadership, Perception Management, Stratégie on 6 juin 2008 at 2:06
Le 1er Juin 2008, nous publiions sur ce site: [“C’est un fait dont on parle trop rarement: au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance.” Nous, enfants de la tradition.
Marketing ethnique, Perception Management, Communication stratégique, Conquête des espaces, Relation client… Enquête exclusive au cœur d’une stratégie commerciale qui séduit la diaspora africaine. Comment de pauvres Africains ont enrichi Western Union, Transfert d’argent? C’est à découvrir prochainement. Ici.]
Aujourd’hui, nous regrettons de ne pouvoir publier les résultats de cette enquête aux motifs de cession des droits de propriété à des tiers. Comme vous devez le savoir, les entreprises , les gouvernements et les organisations non-gouvernementales sont prioritaires pour connaître et exploiter les résultats de nos productions à des fins de compétitivité. Aussi prions-nous l’ensemble de nos lecteurs d’excuser ce rendez-vous manqué, dû à la real intelligence.
Guy J. Gweth
La peur et le sous-développement
In Communication d'influence, Débat, Intelligence culturelle, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 3 mai 2008 at 12:31
Le Petit Robert définit la peur comme un « phénomène psychologique à caractère affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience d’un danger réel ou imaginé, d’une menace. » La peur, force est de le constater, est l’un des ressors psychologiques communs à tous les animaux normaux. Chez les humains de notre ère, on n’a plus seulement peur pour sa vie, mais aussi pour sa famille, ses biens, son travail, ses idéaux, sa réputation, ses convictions, son honneur, son avenir… Préoccupation séculaire, la sécurité est devenue l’obsession des temps modernes et plus encore dans les pays riches. La peur, cette faille primordiale dans le système immunitaire humain, est la porte d’entrée préférée des hackers psychiques dans le vol de nos identifiants comportementaux. Elle peut être un puissant frein au développement.
Les usines à peur
Si le monde actuel croule sous le poids des religions et autres systèmes de croyances, c’est au moins pour partie à cause de l’inquiétude viscérale des humains pour leur avenir post mortem. A ce titre, l’enfer prévu par la littérature chrétienne reste un aiguillon extrêmement puissant pour les croyants. Dans le monde militaire, les opérations psychologiques puisent une part de leur essence dans le potentiel de peur accumulé par l’ennemi ou les populations cibles. Pour les commerces, le segment sécuritaire connaît une croissance exponentielle jamais démentie. Il n’est que de voir l’envolée des offres de logiciels en protection informatique ou l’omniprésence de Big Brother via ses dizaines de millions de cameras de surveillance sur la place publique européenne. Les analystes estiment par exemple qu’un individu habitant Londres est filmé 300 fois par jour! Mais au final, c’est incontestablement le champ politique qui emporte la palme d’or dans la fabrication des produits de communication à base de peur. Depuis des décennies en Occident, le thème de l’insécurité a porté au pouvoir des capteurs d’émotions, des metteurs en scène, des storytellers, des acteurs d’un public affairs’show dont les équipes de spin doctors se disputent le script avec les grands médias. Au menu: la peur de l’ennemi, des islamistes, des immigrés, des délocalisations, des fonds souverains, du chômage, de la pollution, etc.
“N’ayez pas peur!”
L’Afrique Noire n’est pas en reste dans cette course. Sauf que l’usage abusif de la peur ici, contrairement à certains pays d’Asie, en est venu à plomber le développement humain, économique et social. Et il faut bien le dire, l’autoritarisme politique, la crainte de feu générée par des sectes, l’humidité de la corruption dans les affaires ou la mousson du tribalisme… ne sont que la partie visible de l’iceberg. Au delà de ces phénomènes (certes non négligeables mais) de surface, c’est dans le sous-sol des us, des coutumes et des traditions que résident insidieusement les mécanismes les plus ingénieux d’exploitation par la peur. Une machine à fabriquer des exdividus au mieux, au pire des êtres entravés par les sangles invisibles du passé, et forcément recalés aux concours actuels du décollage économique. Sans donner raison à l’autre…, le cinéaste guinéen Cheick Fantamady Camara in Il va pleuvoir sur Conakry (1) et l’écrivain camerounais Gaston-Paul Effa in Nous, enfants de la tradition (2) donnent à réfléchir à la jeunesse africaine depuis quelques jours. Ils nous apprennent enfin à dire Non! à travers deux œuvres remarquables. Intenses. Puissantes.
1. Il va pleuvoir sur Conakry, de Cheick Fantamady Camara
Drame Psychologique – Fiction – 1h53 – depuis le 30.04.08 à Paris.
Bangali alias BB est un journaliste caricaturiste moderne et progressiste de 20 ans. Son père Karamo ainsi que son frère aîné Amine sont plutôt rompus à la pratique religieuse et au respect des traditions ancestrales. Désigné comme le digne successeur de son père, BB ne peut se résoudre à suivre un destin tout tracé. Il préfère se battre pour exercer librement son métier et vivre pleinement son amour pour la belle informaticienne Kesso. Quand celle -ci apprend qu’elle est enceinte, le père de BB refuse de voir naître un enfant conçu hors mariage… Sur fond de conflit de générations et de déséquilibre familial, le drame est inévitable.
2. Nous, enfants de la tradition, de Gaston-Paul Effa
Roman de 164 pages paru en mars 2008 aux éditions Anne carrière.
« C’est un fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance. Osele, l’aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d’ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n’a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d’une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d’agressivité, qui n’élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d’un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur.
« Extrait : -Ta famille africaine ne te fait miroiter que ton droit d’aînesse et la tradition lorsqu’elle a besoin d’argent pour payer un mariage, un enterrement de plus. Mais qu’est-ce qu’ils croient là-bas, qu’il suffit de ramasser l’argent dans les caniveaux et de l’envoyer par Western Union? Ils savent que tu te tapes des journées de douze heures de travail pour eux? »
Guy Gweth
Guerre économique: la bataille pour le contrôle mental
In Benchmarking, Guerre économique, Intelligence économique, Perception Management, Prospective, Soft Power, Stratégie, Sécurité on 5 mars 2008 at 8:29Il est délicat, le slogan qui accompagne “Le droit de l’intelligence économique” de Thibault du Manoir de Juaye dans l’annuaire 2008 des acteurs de l’intelligence économique en France. On peut en effet lire en présentation de cet excellent ouvrage que “faire de l’intelligence sans barbouzeries, c’est possible!” Au delà des angles légal et règlementaire qu’aborde l’auteur, j’adhère moi aussi à l’aspect éthique qui y est sous-jacent. Cependant, en tant que praticien de sensibilité anglo-saxonne, je suis très sensible au benchmarking des bonnes pratiques issues du monde du renseignement militaire. A la suite des Américains, cette attitude est aussi partagée depuis 10 ans en France par le Général Pichot-Duclos et Christian Harbulot, fondateurs de l’EGE Paris. Pour ces pionniers, en effet, le transfert du savoir-faire militaire au monde civil est rendu vital au regard du durcissement des affrontements économiques en cours et futurs. La grande bataille stratégique autour du contrôle psychique constitue donc un excellent terrain d’expérimentation.
Un peu d’histoire…
Les plus âgés parmi vous se souviennent des années qui précédèrent et celles qui suivirent immédiatement la deuxième guerre mondiale et la course aux armements biologiques qui fit rage dans les officines nord-coréennes, chinoises, allemandes, russes et américaines notamment. Nombre d’entre vous, j’en suis sûr, se remémorent encore la psychose qui s’empara de Washington au lendemain de la libération de ses prisonniers de guerre fin 1953. Capturés par l’ennemi, des aviateurs et des hommes de l’infanterie américaine de retour aux USA commencèrent à faire l’apologie de la vie sous un régime communiste. Le Président des États-Unis se tourna vers l‘aigle de profil qui allait faire la renommée de Langley, en Virginie, et demanda à la CIA comment des soldats superbement entrainés pouvaient se laisser à devenir des traîtres. Dans les tentatives de reconstitution qui débutèrent, Allen Dulles, alors à la tête des renseignements américains, se rappela le procès du cardinal Josef Mindszenty en 1949. A la page 101 de son enquête sur “Les armes secrètes de la CIA” parue en 2006, Gordon Thomas, relate comment ce chef de l’église catholique hongroise “avoua avoir trahi… en bougeant comme un robot…” devant les juges russes. A partir de cet évènement, le contrôle du psychisme devint la priorité n°1 des scientifiques de l’agence américaine de renseignements. Initiée en février 1954 sous la direction du docteur Sidney Gottlieb, le programme secret MK-Ultra avait clairement pour mission de ” chercher toute méthode permettant de modifier le comportement humain.” Cette époque accoucha de plusieurs essais et théories telles que “l’infantilisation psychologique traumatique” ou encore “la conduite psychique” qui consistait à faire écouter au patient (aujourd’hui consommateur ou électeur) ses propres paroles jusqu’à ce que ses barrières psychologiques s’effondrent et qu’il ouvre son inconscient. La publication en 1984 de “Battel for the mind” par le professeur William Sargant marqua la consécration de plusieurs années de sacrifices et d’efforts, certes inachevés mais aux résultats transférables à d’autres domaines.
Le transfert de savoir-faire
Avec la chute du mur de Berlin et l’arrêt de l’affrontement est-ouest, fin 1989, les multinationales américaines furent les premières à benchmarker les méthodes d’influence de la guerre froide et à s’inspirer de la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) aux États-unis pour en adapter le savoir-faire à leur stratégie marketing. Dans les agences de publicité new-yorkaises, le début des années 90 vit jaillir une pépinière de jeunes concepteurs généralement âgés de moins de trente ans et n’ayant qu’une seule obsession: provoquer l’acte d’achat chez des individus “normaux” qui, sans la publicité, n’auraient pas acheté. De nombreuses expériences menées en psychologie sociale et cognitive ne tardent pas à venir à leur secours. Dans leur “Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens” paru une première fois en 1987 et réédité 2002, les Français Joules et Beauvois relatent une kyrielle de techniques (pour la plus part déjà expérimentées aux États-Unis) qui nous influencent au quotidien. Je vous le recommande. Dans l’opérationnel, le leader américain de la grande distribution Wal-Mart Stores, Inc. fut l’une des premières multinationales à exploiter la vidéo surveillance au delà de son objectif initial de sécurité. Dans leurs bureaux du 702 Southwest 8th Street de Bettonville, les marketistes de ce géant mondial n’hésitent pas à visionner de longues heures d’enregistrements-vidéo pour traquer et analyser les comportements de clients dans les rayons de grandes surfaces. Toujours plus loin, dans ses “100 petites expériences en psychologie du consommateur pour mieux comprendre, comment on vous influence” paru en 2006, Nicolas Géguin confirme, à titre d’exemple parmi d’autres, – sur la foi d’expériences menées aux États-Unis et en France- que la diffusion de musique rapide dans votre supermarché aux heures d’affluence comme lors des fêtes de fin d’année “vous incitera à faire votre shopping au pas de course.” (p119) Vous l’aurez compris, cet aspect aussi puissant que soft de la guerre économique opère avec votre consentement, en tous cas, sans vous contraindre le moins du monde, que vous soyez client ou concurrent, allié ou ennemi.
Les perspectives
Les recherches en psychologie cognitive sont un enjeu infiniment stratégique. La bataille pour le contrôle du mental humain est loin de s’achever. Rien que le profiling de dirigeants que nous réalisons au profit de nos clients au sein de GwethMarshall Consulting, par exemple, est déterminant pour la signature de leurs contrats. Evidemment, les entreprises ne sont pas les seules à en profiter. Des mouvements religieux ainsi que les femmes et hommes politiques dont le contrôle des comportements de masses a toujours été le vœu secret sont également à l’affût des progrès à venir. Certains parmi vous auront constaté que la situation est assez proche du tableau que brosse Xavier Couture in “La dictature de l’émotion: où va la télévision” paru en 2005 chez Louis Audibert Editions.
Quoi de plus légal, de plus éthique, de plus écologique et de plus intelligent, en effet, que de servir au consommateur, à l’électeur ou au patient, ce qu’il veut ou croit vouloir ?
Guy Gweth
Stratégie de communication d’influence: comment Pékin défie Paris en Afrique centrale
In Communication d'influence, Géoéconomie, Intelligence économique, Perception Management, Stratégie on 23 février 2008 at 8:28
Le texte qui suit vient répondre aux questions et remarques de plusieurs de nos lectrices & lecteurs de France à la suite de notre analyse comparée des stratégies d’influence chinoise et française en Afrique centrale. Voici un bref résumé des conclusions de cette étude:
Tout au long de nos recherches, nous avons observé qu’il n’existe plus de frontières étanches entre politiques des Etats, stratégies des entreprises, protection de l’environnement et… attitudes de la société civile. Nous avons trouvé comme Thierry Libaert (1) que « si les stratégies européennes et Clausewitz en particulier, éprouvèrent quelques difficultés à élargir l’impact de leur théorie, c’est au travers des performances économiques du Sud-est asiatique que la stratégie militaire trouva son renouveau.» C’est ainsi que l’empire Chinois dans une « tactique du faible au fort » a su prendre à son compte la devise du concurrent et communiquer en toute « Liberté » -« Egalité » -« Fraternité » avec ses partenaires d’Afrique, défiant ainsi les groupes français sur un terrain qui, hier encore, constituait « le pré carré » de l’Elysée. Par une communication d’influence offensive, voire agressive, Pékin a tablé sur l’information dominance (pour reprendre la formule américaine consacrée), phase finale du Perception Management qui traduit « l’aboutissement du façonnage des perceptions individuelles et collectives » (2) de sa cible.
« Certes, le commerce entre l’hexagone et l’Afrique comme le révèle une étude précédente, dégage un solde positif de plus de 5 milliards d’euros en faveur de la France alors qu’avec la Chine, il est déficitaire de 10 milliards. De nombreux grands groupes français demeurent présents en Afrique, comme TOTAL, Bouygues, Bolloré, Castel , Areva, Air France (qui s’est maintenu à flot à un moment où ses concurrents étaient en difficulté grâce à sa présence en Afrique)… etc. Bien plus, la France dont la Banque Centrale n’est plus qu’une succursale de la Banque centrale européenne depuis l’euro, continue de contrôler à travers un service de son Trésor la politique monétaire de presque toutes ses anciennes colonies à travers le Franc CFA… » En somme, l’hexagone et ses entreprises continuent de disposer de quelques attaches en Afrique centrale. Mais pour combien de temps encore?
Aujourd’hui, le savoir s’impose comme la source et la forme ultime du pouvoir, son expression la plus raffinée (3). Si les entreprises françaises veulent rester compétitives en Afrique, elles doivent réclamer et obtenir de Paris l’élaboration d’une stratégie étatique de communication globale qui prenne en compte les savoirs accumulés sur la cible, la mondialisation de la concurrence… et surtout le plus grand respect des populations et des spécificités locales. L’Américain Harry Overstreet, dans son remarquable ouvrage L’art d’influencer la conduite humaine, déclarait: “l’action humaine naît de nos désirs fondamentaux… Et le meilleur conseil qu’on puisse offrir à ceux qui désirent influencer leurs semblables, aussi bien dans les affaires que dans la politique, c’est avant tout d’éveiller chez eux un ardent désir.” Le discours actuel de Paris est aux antipodes de cette vérité si simple.
Et pourquoi programmer une stratégie de communication globale? « La raison la plus évidente réside dans une nécessaire coordination, pour s’assurer que chacun dans l’organisation tire dans la même direction, ce qui est parfois facilité, spécifiant cette direction de façon aussi précise que possible. Les plans comme ils émergent de la programmation stratégique sous forme de programmes, de plannings, de budgets, etc., peuvent être des moyens primordiaux pour communiquer, non seulement des intentions stratégiques mais aussi ce que chaque individu dans l’organisation doit faire pour les réaliser. » (4) En sus de contribuer concrètement ainsi à la compétitivité des entreprises, la communication d’influence s’en trouvera plus valorisée en tant que ressort stratégique, vecteur d’intelligence collective. C’est plus que ce qu’entrevoyait déjà Fraser Seitle lorsqu’il affirmait en 1998 que « l’établissement d’objectifs, la formulation de stratégies et la planification sont essentiels en communication afin d’être considérés comme équivalents en statut aux autres composantes organisationnelles » (5), une thèse valable pour l’entreprise comme pour l’Etat moderne.
Guy Gweth
[1] Thierry Libaert, Le plan de communication, Dunod, 2006
[2] Eric Delbecque, Individualisme et puissance : psychologie d’un malentendu, chapitre V de l’ouvrage collectif, « Les chemins de la puissance », Tatamis, 2007, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas
[3] Alvin Toffler, Les Nouveaux Pouvoirs : savoir, richesse et violence à la veille du XXIè siècle, Fayard, 1991
[4] Henry Mintzberg, Grandeur et décadence de la planification stratégique, Dunod, 1999
[5] Fraser Seitle, The practice of public relations, Practices Hall, 1998
Intelligence Matignon, une vue de l’intérieur du sommet
In Perception Management, veille on 3 février 2008 at 3:33“… un ouvrage incisif, précis et plein de bons (R)enseignements. A lire sans modération.” Guy Gweth
“Des hommes d’Etat” Editions Grasset, janvier 2008, 450 pages, 20.90 euros.
par Bruno Le MAIRE, Député de l’Eure, Conseiller puis Directeur de cabinet du Premier ministre français, Dominique de Villepin, de 2005 à 2007. Extraits:
“Debout dans le fumoir, Nicolas Sarkosy observe une statuette africaine, un guerrier nu avec sa lance. Il examine de près la statuette, il se penche, du bout du doigt il fait basculer le sexe du guerrier rattaché au bas du corps par un bout de ficelle, il recule: ‘Franchement, Bruno, vous n’allez pas me dire que vous trouvez ça beau! J’espère que votre fidélité s’arrête où commence votre lucidité! En plus, vous avez vu -il fait basculer à nouveau son sexe du bout du doigt- ça bouge!’ Claude Guéant sourit, les bras croisés dans le dos. Le guerrier en ébène nous fixe silencieusement, impassible, il en a vu d’autres (…)
” A peine le Président entré dans le salon vert que le Premier ministre lui parle de l’esclavage: ‘Attention à ce que vous allez dire sur le sujet, monsieur le Président. Je suis aussi sensible que vous à la question de l’esclavage. Mais la repentance, le sac de cendres sur la tête en permanence, les Français n’en veulent plus.’ (…) Le Président le laisse finir et dit gravement: ‘ L’esclavage a été une chose horrible. C’est l’honneur de la France de le reconnaître (…) Je vais vous raconter ce que m’a raconté Desmond Tutu (…) : ‘Vous êtes arrivés en Afrique, nous avions la terre et vous aviez la Bible. Vous nous avez dit: fermez les yeux! Ecoutez-nous! Quelques années plus tard, nous avons rouvert les yeux: vous aviez la terre, et nous avions la Bible.’
“Personne ne peut partager l’appétit de destruction qui gagne persque tous les quartiers difficiles de France. Les images créent les images, les commentaires libèrent les commentaires. Jamais l’Etat n’a jamais été aussi démuni face à des jeunes qui lui crient: ‘Je baiserai la France jusqu’à ce qu’elle m’aime!’
“Les deux présidents de séance, Kofi Annan et Omar Bongo, siègent un peu plus haut, minuscules bustes noirs sur le fond doré, luisant comme une mozaïque byzantine, de la coupole des Nations Unies. Tous les autres chefs d’Etat sont assis sur les sièges de moleskine verte(…) Pour l’instant, personne ne bouge. Poutine, Blair, Berlusconi, Zapatero, ils écoutent tous l’intervention de Georges Bush, les bras croisés contre la poitrine, sans doute qu’ils n’en pensent pas moins mais ils écoutent.”
Guerre économique dans le golfe de Guinée: l’artillerie US
In Communication d'influence, Guerre de l'information, Intelligence économique, Perception Management, Soft Power, Stratégie on 23 janvier 2008 at 2:16Le présent extrait s’inscrit dans le sillage de mes travaux sur l’affrontement économique entre Français et Chinois en Afrique centrale. Il vise à montrer la nécessité de prendre en compte des facteurs exogènes dans ce combat et d’y intégrer les manœuvres d’autres grandes puissances à l’instar des États-Unis d’Amérique. Sans prétendre à l’exhaustivité, il contribue à donner quelques clés pour une appréciation réaliste et optimale de toutes les forces en présence.
Une étude intitulée «Malaise global», réalisée en juin 2007 dans 47 pays par l’institut Pew, souligne que «depuis cinq ans, l’image des Etats-Unis s’est ternie auprès de la majeure partie des pays du monde et s’est dégradée considérablement chez les alliés traditionnels des Etats-Unis, dans les Amériques, au Moyen-Orient et ailleurs». Toujours d’après cette étude, seule l’Afrique Noire a globalement une vision positive des Etats-Unis.
Il faut dire que l’Amérique, de par la composition de sa population, a de nombreux liens culturels avec le continent Noir. Elle entend les valoriser et approcher l’Afrique autrement que pendant la Guerre froide, quand l’anticommunisme lui faisait soutenir des régimes comme celui de Mobutu au Zaïre. Une nouvelle attitude américaine envers l’Afrique a déjà pu être observée (1). La population américaine tend à se « tiers-mondiser » de plus en plus : un Américain sur trois, bientôt, sera d’origine africaine, latino-américaine ou asiatique. Cela prédispose les Etats-Unis à mieux comprendre voire à mieux partager certaines aspirations du Tiers Monde. (2) Cette situation pourrait même s’accentuer avec l’accession possible du sénateur Noir Barack Obama à la Maison Blanche. Pour le chercheur français Bruno Colson (3), « l’intérêt des Américains pour l’Afrique pourrait aussi augmenter à mesure que les Européens abandonnent leurs ‘chasses gardées’».
Sur le plan géoéconomique en effet, Washington exerce une diplomatie clairement offensive en Afrique car les Américains sont très concernés par l’accès aux ports et le passage des détroits. C’est d’ailleurs ce qui a fait dire au Lieutenant-colonel Butts (4) que le département américain de la Défense, devait concentrer son attention sur les quelques pays dont le poids se fait ressentir en matière de production de minerais et de pétrole, de bases, de lignes de communications maritimes et de prolifération des armements : l’Afrique du Sud, le Kenya, le Zaïre, le Zimbabwe, le Nigéria et l’Ethiopie.
Sur le terrain des approvisionnements pétroliers en revanche, le département d’Etat entend accroître de 15 à 25% ses importations pétrolières en provenance du golfe de Guinée horizons 2015 au détriment du golfe Persique, étant donné la vulnérabilité de ce dernier. L’Afrique demeure par ailleurs essentielle pour l’approvisionnement des Etats-Unis en minerais (cobalt, chrome, platine, manganèse). Et aux dires de certains spécialistes de la stratégie géoéconomique américaine tels que Bruno Colson susmentionné, ceci doit être placé dans la perspective d’une compétition économique avec l’Europe, le Japon et la Chine, ces deux derniers ayant déjà compris l’importance du continent Noir à cet égard.
L’apport des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’ « American way of life »
Tout bien considéré, la communication globale des Etats-Unis est aussi puissante que diversifiée. Outre l’arrosage par des chaînes internationales CNN (télévision) et la Voice of America, c’est le cinéma hollywoodien qui se charge de véhiculer le modèle américain. L’ « american way of life » parvient aussi aux Africains par le biais de retransmissions via satellites de matchs de la célèbre ligue de basket-ball américaine, NBA, ainsi que des séries cultes télévisées telles que « Deux flics à Miami », « Dallas », « Santa Barbara », « Dynastie », « Les experts Miami », « FBI Portés disparus »… etc. Devant la poussée vertigineuse d’internet et les succès retentissants de certains Africains (5) sortis des universités américaines ou titulaires des prestigieux « American MBA », nul doute que pendant de nombreuses années encore, le « Made in USA » sera la marque préférée des Africains au sud du Sahara.
Au final donc, l’Afrique est plus que jamais perméable à la domination douce américaine théorisée et résumée par cette formule flamboyante : « Shaping the mind » (6). Cette dernière a pour socle une stratégie globale de colonisation de la sphère des idées dont le stratège américain Alvin Toffler trouve la capacité dans la violence, la richesse et le savoir. Et il est bien aisé de constater qu’un seul pays dispose à ce jour de moyens nécessaires à la conduite d’un tel dessein planétaire: les Etats-Unis. A suivre…
Guy Gweth
[1] Philippe Leymarie, “Les Etats-Unis, nouveaux parrains du continent africain”, Le Monde diplomatique, avril 1992, pp. 12-13 et “Anciennes et nouvelles convoitises américaines”, Le Monde diplomatique, juillet 1993, p.17
[2] Ceci préoccupe en particulier l’historien Arthur M. Schlesinger, ancien conseiller de John F. Kennedy. Selon lui, le melting pot cède la place à l’éruption des ethnicités. Celles-ci pourraient bien substituer la fragmentation à l’assimilation, le séparatisme à l’intégration. Schlesinger critique notamment l’orientation de plus en plus “afrocentriste” de l’enseignement de l’histoire aux Etats-Unis (The Disuniting of America, New York, Norton, 1992).
[3] Bruno Colson est docteur en sciences politiques de l’Université catholique de Louvain, a publié une thèse sur « La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini » (éditions Economica-FEDN)
[4] Le lieutenant-colonel Kent H. Butts est spécialiste des questions africaines à l’US Army War College.
[5] En référence notamment à l’ingénieur informaticien camerounais, Jacques Bonjawo, ancien Senior Manager chez Microsoft, auteur de « Mes années Microsoft, un Africain chez Bill Gates » , Cosmos, 2006 et « Internet, une chance pour l’Afrique», Karthala, 2005.
[6] Jean Michel Valantin, « ‘Shaping the mind’ Stratégie globale et colonisation de la sphère des idées », contribution à l’ouvrage collectif « La guerre cognitive », Lavauzelle, 2002, sous la direction de Christian Harbulot et Didier Lucas.
Dark Marketing: comment les petits Africains font vendre l’humanitaire
In Perception Management, Stratégie on 21 janvier 2008 at 4:41Il y a celles et ceux dont le visage fait vendre les grandes marques de luxe: Penelope Cruz, Richard Gere, Carole Bouquet, Olivier Martinez, Claudia Schiffer… etc.
Il y a celles et ceux dont le talent fait vendre les grandes marques de sports: Serena Williams, Tiger Woods, Laure Manaudou, Zinedine Zidane, Eto’o Fils ou David Beckham… etc.
Puis, il y a ceux, petits Africains morveux et décharnés anonymes, qui font vendre l’œuvre humanitaire. Aucune association n’y échappe, même pas celles qui défendent les droits humains. Il n’y a qu’à re-visiter les dernières affiches publicitaires de Care international, World Vision, Amnesty International, Médecins du Monde, CCFD… pour s’en convaincre.
Comment font-elles?
Pourquoi le font-elles?
Quels en sont l’éthique et l’impact?
Pourquoi l’opinion publique s’en contente-t-elle?
L’enquête de Guy Gweth au cœur des stratégies du Dark Marketing associatif (…)

