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Archive de la catégorie «Prospective»

Enjeux diplomatiques et stratégiques 2009

In Coopération internationale, Diplomatie économique, Géostratégie, Géoéconomie, Prospective, Risk Management, Sécurité on 4 octobre 2009 at 10:18

Certains penseront à juste titre qu’en tant qu’Ancien du CEDS de Paris, je prêche pour ma paroisse. La vérité va au delà : Enjeux diplomatiques et stratégiques est l’ouvrage de référence qu’il faut absolument lire lorsqu’on opère sur la scène internationale aujourd’hui.

Réalisée par « une équipe pluridisciplinaire constituée d’universitaires, de diplomates, de journalistes et d’officiers supérieurs », l’édition 2009 est parue chez Economica sous la direction de Pascal Chaigneau. Y ont collaboré : Viatcheslav Avioustskii, Francis Balle, Dominique Bangoura, Mustapha Benchenane, Raymond Carter, Emmanuel Caulier, Jean-Christophe Dallemagne, Carla di Martino, Patrick Dombrowsky, Yacouba Doumbia, Jean-Louis Dufour, Georges Estievenart, Patrick Ferras, Gilles Gallet, Thierry Garcin, Thérèse Gastaut, Jorge Huerta-Jemio, Fereydoun Khavand, André Lewin, Fouad Nohra, Jean-Bernard Ouvrieu, Henri Paris, et Olivier Rouquan. Voici quelques extraits :

2008-2009 : le nouveau visage des médias

« Philip Meyer, dans son livre The Vanishing Newspaper, annonce par avance l’année où les quotidiens imprimés auront été définitivement remplacés par les sites d’informations du Web : 2040. L’annonce fait écho au célèbre discours prononcé par Rupert Murdoch, le 13 avril 2005, devant les représentants de l’Association américaine des rédacteurs en chef. Au sein du New York Times, en privé, on tient pour révolue l’heureuse époque où la règle d’or consistait, pour le journal, à ‘publier toutes les informations dignes de l’être’. » P. 235

La vie des Nations Unies en 2008

« La date du 2 avril (2009) et la place, Londres, étaient retenues pour le sommet du G-20. On dit qu’il devait être refondateur du système financier mondial et constituer un deuxième Bretton Woods. Mais comment pouvait-il en être ainsi, s’il s’agit pour vingt États de décider de ce qui en concerne 192 ? Certes, on imagine que les ‘locomotives’ du Groupe des 77 qui participent au G-20 telles que l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Inde s’efforceront d’être porteuses des revendications de tous les pays du Sud… » P. 245

Le retour de l’État sur la scène internationale

« Parallèlement à l’économie, l’État opère son retour sur la scène internationale par la guerre, de nouveau ultima ratio regnum. Pour souligner le poids des souverainetés comme détentrices de la violence légale, Louis XIV faisait graver à la bouche de ses canons : ‘Le dernier argument du Roi’. La résurgence de la Russie sur la scène géostratégique et la guerre de Géorgie d’août 2008 ont redonné aux conflits entre États que l’ont croyait oubliés une particulière actualité. » P. 8

La guerre en 2008

Les États continuent de ne pas voir dans la guerre un moyen de résoudre les contradictions qui les opposent. Restent les affrontements entre États et groupes armés et autres guerres par procuration. Il n’est pas dit que ces guerres asymétriques soient complètement inutiles. Elles amènent les armées à reconsidérer leurs méthodes de combat et d’entraînement, à mieux appréhender les formes de la guerre probable que décrit, avec talent et une grande qualité d’analyse, le général Vincent Desportes, et finalement à mieux se préparer à rétablir la paix. » P. 225

Guy Gweth

Protégé : Présidence à hauts risques pour Ali Bongo

In Contre-Intelligence stratégique, Gestion de crise, Géoéconomie, Intelligence stratégique, Prospective, Risk Management, Sécurité on 5 septembre 2009 at 8:49

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Exxon et les négationnistes du réchauffement climatique

In Communication d'influence, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective, Stratégie on 4 juillet 2009 at 12:30

C’est un constat: le réchauffement climatique de notre planète ne fait pas l’unanimité. Et pour cause… C’est un vrai business que de militer « pour » ou « contre » la thèse du réchauffement à Bruxelles ou à Washington D.C. tant les enjeux économiques sous-jacents sont colossaux. Dans les sphères où se décide l’avenir de l’humanité, les stratèges du doute au service du dilatoire (les négationnistes) résistent admirablement au rouleau compresseur de la pensée dominante grâce à une communication d’influence intensive et ciblée. Nous reprenons l’article du Monde ci-après parce que l’écologie est avec la lutte contre le tabagisme l’un des terrains de guerre économique les âpres et des plus feutrés tout à la fois, et que cet article dévoile un des épisodes symptomatiques du climat qui y prévaut.

« Exxon Mobil Corporation, la première compagnie pétrolière mondiale, a financé en 2008 des recherches remettant en cause le réchauffement climatique. Dans son édition du 1er juillet, le quotidien britannique The Guardian rappelle que les comptes d’Exxon Mobil montrent qu’en 2008, la compagnie a participé à hauteur de 75 000 dollars aux recherches du NCPA – National Center for Policy Analys, situé à Dallas (Texas) –, de 50 000 dollars à celles de l’Heritage Foundation et de 245 000 dollars à celles de l’American Enterprise Institute for Public Policy Research, toute deux situées à Washington. Ces différents lobbies sont connus pour leurs positions très sceptiques vis-à-vis du réchauffement climatique.

« Cité par The Guardian, Bob Ward, directeur de la communication de l’Institut de recherche sur les changements climatiques et l’environnement de la London School of Economics, considère que le NCPA comme l’Heritage Foundation ont publié des informations “inexactes et trompeuses sur les changements climatiques“. Le NCPA déclare notamment sur son site Internet que “si les causes et les conséquences de la tendance au réchauffement climatique sont encore inconnues, le coût des actions visant à réduire sensiblement les émissions de CO2 serait très élevé et entraînerait le déclin économique, l’accélération de la destruction de l’environnement, et n’aurait que peu d’effet sur le réchauffement global, quelle que soit sa cause“.

“L’ANNÉE 2008 EST PLUS FROIDE QUE L’ANNÉE 2007″

« De son côté, l’Heritage Fondation publiait, à l’occasion de la conférence sur le réchauffement climatique de décembre 2008 réunissant 190 pays à Poznan (Pologne), un mémorandum dans lequel elle remettait en cause le principe même du protocole de Kyoto. “Un nombre croissant de preuves scientifiques mettent en doute la menace du réchauffement climatique, notamment le fait que l’année 2008 est plus froide que l’année 2007“, écrivait alors Ben Lieberman, analyste principal des politiques de l’énergie et l’environnement pour l’Heritage Foundation.

« The Guardian rappelle pourtant qu’ Exxon avait admis, dès mai 2008, que son soutien à des groupes de pression qui remettent en question les changements climatiques entravait les actions visant à lutter contre le réchauffement. La compagnie affirmait alors son intention de couper les fonds de plusieurs de ces lobbies pour ne plus détourner l’attention sur les nécessaires recherches en matière d’énergie propre.

« Et malgré tout, selon l’agence AP, Exxon Mobil, comme les autres compagnies pétrolières, a encore augmenté de manière importante ses dépenses en matière de lobbying au cours du premier trimestre 2009. L’agence de presse chiffre à 44,5 millions de dollars les sommes déjà investies à Washington par les différents lobbies pétroliers en seulement trois mois, contre 129 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2008.

« Avec 9,3 millions de dollars investis, Exxon Mobil a déjà multiplié par trois ses dépenses par rapport à 2008. Selon AP, les compagnies pétrolières et les raffineurs cherchent notamment à limiter le coût de l’impact de la politique de Barack Obama sur le réchauffement climatique. »

Guy Gweth

Guerre économique et légitime défense préventive

In Guerre de l'information, Intelligence compétitive, Intelligence stratégique, Intelligence économique, Prospective on 17 juillet 2008 at 2:35

L’une des limites normatives au concept de guerre économique est l’absence de déclaration de guerre, au sens du droit international. C’est pourquoi, à la faveur provisoire d’une exploitation métaphorique, nous conviendrons ici qu’il s’agit davantage d’une guerre non conventionnelle,  immatérielle dans la majorité des cas, plus agressive que préemptive, très souvent asymétrique, le faible essayant généralement de surprendre le fort par la ruse.

Une bonne partie des enseignements dispensés à l’Ecole de guerre économique de Paris repose sur les techniques de guerilla ou celles de la guerre hors limites telles que conceptualisées par les deux colonels de l’armée de l’air chinoise Liang Qiao et Xiangui Wang. L’effet de surprise est ainsi le facteur clé de succès des opérations d’infoguerre. Le 1er qui frappe l’emporte. Et même si la vapeur se renverse avec le temps, les dégâts causés aux personnes physiques ou morales lors d’attaques informationnelles sont souvent lourds. Voire irrémédiables pour les victimes. La croissance exponentielle de la cybercriminalité révèle au grand jour l’incapacité chronique des Etats à garantir la protection du patrimoine informationnel des entreprises ainsi que l’intégrité de l’espace virtuel des citoyens.

Devant cette réalité, convenons cette fois encore qu’attendre d’être attaqué pour  éventuellement réagir, c’est signer son propre arrêt de mort par procuration. Mais en l’absence d’un Droit de la guerre économique, d’un jus cogens spécifique à cette forme mutante et grandissante d’agression, face à l’impossibilité –en temps réel- de distinguer un combattant d’un non-combattant, la surveillance permanente de l’environnement des entreprises et le renseignement économique deviennent une nécessité impérieuse. Vitale. C’est sur cet impératif de sécurité que je fonde mon idée d’importer la légitime défense préventive sur le terrain de la guerre économique.

Dans son très bel ouvrage, La guerre préventive et le droit international paru en janvier 2007 aux éditions Dianoïa, mon ancien professeur de droit international à l’Université de Yaoundé II, Narcisse Mouelle Kombi, récuse à juste titre le motif de légitime défense préventive invoqué par le gouvernement Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Il y rappelle fort à propos que « le droit international est dans son essence et sa finalité, un droit préventif de la guerre ». Je le lui concède. Sauf qu’ en 1967 (guerre de six jours), 1975 (contre les camps palestiniens au Liban) et 1981 (pour détruire un réacteur nucléaire susceptible de nuire à l’Etat hébreu), Israël avait déjà fait école en convoquant la légitime défense pour motiver ses frappes préventives, se fondant en cela sur le célèbre pacte Briand Kellog du 26 août 1928.

Depuis ce pacte en effet, la quasi totalité des instruments juridiques internationaux reconnaît qu’il n’y a pas entorse au jus cogens « si les coups portés sont commandés par la nécessité de se défendre soi-même ou de protéger autrui ». Un acquis transférable à la guerre économique sous certaines conditions bien précises:

Primo, que grâce aux signaux faibles, l’attaque adverse soit jugée imminente.

Secundo, que la frappe soit proportionnelle à la gravité de l’attaque imminente.

Tercio, que la justice soit saisie a posteriori. A charge pour X de réparer les dommages causés à Y, en cas d’erreur ou d’abus  dûment établis par les autorités judiciaires compétentes.

En attendant, force est de constater que sur ce terrain mouvant et dangereux, l’Etat de droit restera pendant longtemps encore  l’adversaire le plus vulnérable d’entre tous.

Guy Gweth

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L’effet Obama devrait doper le business américain en Afrique

In Communication d'influence, Leadership, Perception Management, Prospective on 25 juin 2008 at 2:43

Peut-être sera-t-il élu au soir du 4 novembre 2008. Peut-être pas. Le peuple américain est souverain. Mais quel que soit le verdict sorti des urnes, l’ascension spectaculaire du sénateur Barack Obama aura permis aux Etats-Unis d’écrire leur plus belle histoire de marketing politique sur la scène internationale depuis le plan Marshall. Une opération d’influence collective, sans préméditation, qui devrait profiter à l’image de marque et aux intérêts de la première puissance, aux quatre coins du monde, et plus encore en Afrique Noire.

La présidence Bush jr. ou la diplomatie du pompier pyromane

La présidence Bush, avouons-le, fut parmi les plus complexes de la Maison-Blanche. Sitôt réélus, les républicains souvent taxés de « va-t-en guerre » se retrouvèrent en effet à gérer les terribles attentats du 11 septembre 2001 et à devoir restaurer le leadership des Etats-Unis aux yeux des Américains et à la face du monde. Entre désillusions, émotions, real politik et intérêts économiques, les libertés publiques payèrent le prix le plus élevé avec entre autres, de nombreux cas de violation du secret de la correspondance. Ramenée à la guerre d’Irak, aux scandales d’Abu Ghraib et Guantanamo…, l’image des Etats-Unis devint catastrophique partout dans le monde sauf en Afrique, comme le révéla l’étude «Malaise global», réalisée en juin 2007 dans 47 pays par l’institut Pew. Les concurrents de l’Oncle Sam continuent d’ailleurs d’exploiter cette faille auprès de leurs «alliés» africains pour savonner la planche à l’Africom et freiner autant que possible l’expansion économique et militaire des Etats-Unis sur le continent d’origine du sénateur de l’Illinois.

Le « Yes, we can! » du soft power étatsunien

«Les Etats-Unis sont prêts pour un président Noir parce que nous en avons déjà eu plusieurs… à l’écran. Ils ont même été les plus mordants que nous ayons connus : Morgan Freeman dans le film Deep Impact et Dennis Haysbert dans la série 24 Heures chrono», reconnaissait récemment Joel Stein dans le Los Angeles Times avant d’ajouter plus loin : «au fond, tous les présidents sont des personnages de fiction. Si le président produit des effets très concrets sur certaines personnes(…) pour la plupart d’entre nous, son influence est la façon dont nous percevons notre pays ». Ajoutons en l’occurrence, la manière dont les décideurs africains perçoivent les Etats-Unis. A ce jour, Hollywood, CNN, NBA, le prestige des universités et le storytelling à l’américaine ont une influence inégalée en Afrique Noire. En propulsant un Africain-Américain dans la course à la Maison-Banche, le peuple d’Amérique envoie un message : «si une autre Amérique est possible, alors, un autre monde est possible !» La preuve par Obama. C’est une variante du rêve américain qui renaît des cendres d’une puissance meurtrie, essoufflée, décriée, mais fascinante par sa volonté de changement, son réalisme exceptionnel, son désir d’avenir. Si l’Afrique se voit quand elle regarde dans un miroir étatsunien, elle ne peut que lui sourire en retour.

Tout bien considéré…

Les Américains mesurent peu l’extraordinaire influence dont ils jouissent en Afrique Noire. Parmi eux, les diplomates nés autour de 1945 sont ceux qui demeurent les plus rivés aux vieux manuels de procédure qui imposaient d’en référer au Quai d’Orsay avant de s’aventurer dans ce qui jadis était considéré comme le pré-carré français. Un revenez-y du congrès de Berlin 1884-1885 qui consacra «le partage du gâteau africain.» La percée des Chinois et des Indiens, leur pragmatisme sans-gêne et leur appétit pour les matières premières… commencent sérieusement à réveiller des Américains par ailleurs décidés à augmenter leurs importations pétrolières du golfe de Guinée de 15 à 25% d’ici 2015; tout en luttant contre le terrorisme islamiste dont le Nigeria recèle de menues cellules dormantes. D’autres marchés stratégiques tels que l’eau, l’énergie, le bois, les transports, les NTIC… s’ouvrent de plus en plus aux investisseurs américains prompts à surfer sur le capital-perception engrangé en Afrique par l’effet Obama (!)

Guy J. Gweth

Industrie du lait et légitime défense économique en Afrique

In Gestion de crise, Guerre de l'information, Guerre économique, Prospective, Stratégie, Sécurité on 11 juin 2008 at 10:17

Les bombardements quotidiens d’images que subissent les populations d’Afrique via les chaînes de télévisions occidentales ont un effet d’Hiroshima et Nagasaki sur la psyché. Au point que lorsqu’un jeune diplômé africain achève ses études à l’étranger, il est crucial qu’il s’interroge sur l’opportunité d’un retour au pays natal. Le nombre de parents et amis qui l’en dissuadent depuis le continent est impressionnant. C’est pourtant ce qu’a bravé le docteur Bagore Bathily, un vétérinaire sénégalais de 33 ans, diplômé de l’université de Liège en Belgique, aujourd’hui P-dg de la Laiterie du Berger, la seule unité industrielle qui transforme du lait de collecte au Sénégal. La crise alimentaire a permis à l’opinion publique internationale d’apprécier l’extraordinaire combat de cet industriel du lait de collecte local face au lait déshydraté importé d’Europe. Plus qu’un sujet d’intelligence économique in vivo, voici une problématique qui convoque une stratégie nationale de légitime défense économique.

Pendant la période coloniale, les stratèges européens avaient conçu dans les colonies des niches propices à l’écoulement de produits issus du vieux continent. Dès 1960, l’indépendance politique laissa logiquement place à de nouvelles formes de dépendance basées sur l’éducation, la culture ou le commerce de produits manufacturés made in Europe. Ainsi naquit la dictature du lait déshydraté qui lamina littéralement les habitudes de consommation locale par l’influence (enrôlement des élites, des médecins et autres puéricultrices…, le perception management et la normalisation), le marketing et surtout la guerre des prix, créant ainsi un véritable casus belli économique. Pendant plusieurs années, l’Union Européenne subventionna ses agriculteurs pour les aider à produire et exporter plus facilement vers les pays pauvres (ex-colonies). Empruntant un mode opératoire de soft power désormais décodé, les instances financières européennes firent une injection d’exotisme concurrentiel dans le secteur du lait au Sénégal en finançant Bagore Bathily, un enfant du pays, pour démarrer à petite échelle la Laiterie du Berger.

Mais en vérité, parce qu’il concerne l’alimentation et relève d’une situation on ne peu plus asymétrique -par ailleurs exacerbée par la crise alimentaire mondiale-, le marché du lait en Afrique est un terrain d’affrontement propice à une guerilla du lait par la guerre de l’information. Pour cela, il suffit d’un sursaut patriotique, d’une pincée de volonté politique, d’un peu d’ingéniosité, d’un brin d’imagination, d’un soupçon d’audace… le tout dans un moule de stratégie offensive pour, au pire, crier à l’autodéfense économique et alimentaire. Voilà qui est moins facile  à dire qu’à faire… Pionniers de l’intelligence économique sur le continent avec les Sud-Africains, si les acteurs sénégalais continuent de regarder au lieu d’agir pour défendre leur territoire de consommation, ils risquent d’être perçus par l’opinion publique comme des tigres en papier. Une partie du discours du président Wade à Rome sonnera faux. Les petits éleveurs, les paysans locaux et le téméraire Bagore Bathily iront à l’abattoir. Pis, dans les 10-15 ans à venir, les concurrents vendront aux populations du lait de toilette, du savon ou des glaces dont le parfum rappellera comme par hasard le lait déshydraté importé qu’elles buvaient dans leur enfance… Et la boucle sera bouclée!

Guy Gweth

Investissements: l’Afrique, nouvelle terre promise selon l’OCDE

In Géoéconomie, Prospective, Stratégie, veille on 25 mars 2008 at 6:38

Javier Santiso, directeur adjoint du Centre de développement de l’OCDE, n’a pas de doute. Il y a une euphorie du capital-investissement et des fonds spéculatifs pour le continent africain.

Par Chérif Elvalide Sèye –Les Afriques-

 

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2007 a été particulièrement bonne pour les investissements en Afrique. Près de 3 milliards de dollars ont été levés à destination de l’Afrique. Dès le mois de février, la banque d’investissement russe Renaissance Capital lançait un fonds d’investissement panafricain d’un milliard de dollars et, dans la foulée, annonçait, en avril, la création d’une unité à part entière de banque d’investissement, de recherche et de gestion d’actifs panafricaine, avec deux antennes à Lagos, au Nigeria, et à Nairobi, au Kenya. Le Sud-Africain Pamodzi Investment Holdings, soutenu par des établissements financiers américains, se dotait d’un fonds panafricain de 1,3 milliard de dollars.

Puis, l’Europe se mêle au concert par l’entremise du fonds londonien Blakeney Management présent depuis une dizaine d’années, qui étend ses activités à l’Angola, au Mozambique et à l’Ethiopie, pays qui ont la particularité commune de sortir de conflits armés internes. Selon Javier Santiso, directeur adjoint du Centre de développement de l’OCDE, dans un article publié en décembre dans L’Observateur, la revue de l’institution « l’Afrique est en passe de devenir la nouvelle terre promise pour les investisseurs s’intéressant aux marchés émergents. »

Extension

L’Afrique recevait déjà des investissements mais ils se limitaient à l’Afrique du Sud, et au Nigeria, dans une moindre mesure. Désormais, les investissements s’étendent à d’autres pays tels le Ghana, le Botswana ou le Kenya. Les origines des investissements se diversifient aussi. Londres, New York, Moscou, Johannesburg, Lagos rejoignent le prince saoudien Al-Walid Ibn Talal Al Saoud, qui possédait déjà des participations dans le secteur bancaire ghanéen et dans les télécommunications sénégalaises, et qui a participait à la création, en juillet 2005, d’un nouveau fonds de 400 millions de dollars, HSBC Kingdom Africa Investments. La Chine, l’Inde et les Emirats, qui ont remporté avec Dubaï World Port la concession du Port autonome de Dakar, sont également entrés dans la course.

Javier Santiso révèle par ailleurs que « les investisseurs sur les marchés de valeurs émergents sont aussi tentés par l’Afrique, qui totalise près de 10 % des fonds investis sur les marchés émergents dans le monde. » L’auteur décèle également un phénomène nouveau: l’arrivée des fonds spéculatifs. Ainsi, Tudor Investments a pris une participation dans Africa Opportunities Partners, présent dans la brasserie tanzanienne, les télécommunications sénégalaises et l’assurance égyptienne. Le financier suisse Nicolas Clavel a lancé le premier fonds spéculatif européen entièrement dédié à l’Afrique le 1er juillet 2007 : le Scipion African Opportunities Fund, qui ambitionne de lever 700 millions de dollars.

Conjonction heureuse

Les raisons de ce changement sont multiples. Il résulte, selon l’expert de l’OCDE, de la conjonction de deux faits. Au plan externe, on retient la faiblesse des rendements dans les pays de l’OCDE, l’abondance des liquidités et la quête de rentabilités élevées qui poussent les investisseurs à tenter des investissements toujours plus risqués. Au plan interne, on note principalement l’augmentation des opportunités d’investissement. Plus de 522 entreprises africaines cotées dans les bourses sub-sahariennes, contre à peine 66 en 2000. S’y ajoute remarque, Javier Santiso, la progression rapide de l’information financière et de l’infrastructure en communications permettant de travailler parallèlement sur plusieurs marchés de capitaux. Une douzaine pour les analystes de Renaissance Capital.

Compétences africaines

L’émergence d’une nouvelle génération de financiers africains d’envergure internationale aux commandes de fonds centrés sur l’Afrique n’est pas non plus sans impact. Le Ghanéen Kofi Bucknor dirige le fonds Kingdom Zephyr African Management Company. Vincent Le Guennou a pris les rênes de la plus grosse société de capital-investissement du continent africain, Emerging Capital Partners, qui est basée à Tunis et totalise 1 milliard de dollars. La principale cause demeure toutefois les conditions macro-économiques. « La croissance est de retour en Afrique, et les gouvernements encouragent les investissements privés dans les projets viables et rentables ».

En conclusion, l’auteur, tout en reconnaissant que l’Afrique « ne deviendra pas du jour au lendemain un marché émergent « star » comme l’Asie ou l’Amérique latine », considère que le continent peut devenir « un pôle d’attraction majeur ». Il revient aux dirigeants politiques, maintenant, avertit-il, « de s’assurer que l’intérêt croissant porté à l’Afrique ne s’évapore pas comme une euphorie passagère ».

Africom & Eurofor: stratégie de cadrillage en douce de l’Afrique

In Géostratégie, Géoéconomie, Prospective, Soft Power, Stratégie, Sécurité, veille on 14 mars 2008 at 7:51

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Sous couvert de grands principes, l’ingérence humanitaire et la guerre contre le terrorisme, sous couvert de sigles abscons, à coups d’Africom au Maghreb, de «Recamp» (1) dans l’Afrique francophone ou d’Eufor dans le centre du continent(2), le quadrillage occidental de l’Afrique se fait en douceur, face aux bouleversements géostratégiques induits par l’émergence de la Chine dans l’ancienne chasse gardée coloniale de l’Occident et la féroce bataille qui s’y déroule pour la maîtrise des réserves stratégiques sur le flanc méridional de l’Europe. Sur fond d’exacerbation de la controverse publique sur les bienfaits et les méfaits de la colonisation, son «rôle positif » et ses séquelles, les «test ADN» et les «charters de la honte» en France, l’«immigration choisie» en Europe, la percée chinoise s’est produite d’une manière pacifique propulsée par le déficit américain, un consistant matelas financier constitué de plusieurs milliards de dollars de bons de trésor américains sur un continent que n’obère aucun passif colonial de la Chine. Par son impact psychologique et ses conséquences à long terme, elle est comparable à la conquête arabe de la rive méridionale de la Méditerranée qui a brisé le monopole de la navigation et du commerce dans l’ancien «Mare Notrum» et l’Atlantique sud, déclenchant en retour les Croisades et la colonisation du continent africain en vue de rétablir le statut quo ante.

I – Le grand jeu occidental en Afrique face la Chine

Au prétexte de la «guerre contre le terrorisme», les Etats-Unis s’emploient à mettre sur pied spécialement pour le continent noir un corps d’armée qui prendra le nom de «VIII me corps d’armée» américain afin d’achever le maillage militaire de la planète par une présence physique opérationnelle sur l’ensemble des continents. L’AFRICOM dont la création a été décidée en 2007 aura compétence sur les 50 Etats membres de l’Union Africaine, à l’exception de l’Egypte. Sa mission officielle est de «développer la coopération militaire avec les pays africains, d’apporter un soutien à des missions non militaires et de mener des opérations militaires sur le continent africain si elles sont décidées par le gouvernement américain».

L’offensive diplomatique américaine en direction de l’Afrique s’est déployée crescendo depuis deux ans, parallèlement à la pénétration chinoise, avec l’implication croissante des grands pontes de l’administration néo-conservatrice. Le ballet diplomatique américain a été inauguré par le Général William Cape Ward (novembre 2007 à Addis-Ababa), commandant en chef de ce corps d’armée, suivi de John Negroponte, l’ancien proconsul américain en Irak et responsable en chef du renseignement américain, puis de Robert Gates, le nouveau secrétaire à la Défense, enfin de George Bush. Point culminant de cette offensive, la tournée du président américain sur le continent noir à la mi-février 2008, à moins d’un an à la fin de son mandat présidentiel, ne semble pas avoir réduit la résistance africaine à son projet. Quatre pays sollicités- Le Ghana, la Zambie, le Nigeria et l’Algérie- y ont même opposé une fin de non recevoir à sa proposition.
Dns ce contexte, sauf revirement de dernière minute, le choix se porterait finalement sur le Maroc très désireux d’abriter le siège du nouveau commandement de l’armée américaine pour l’Afrique, un moyen pour le Royaume chérifien de pérenniser sa souveraineté sur le Sahara occidental face aux revendications indépendantistes de la République Arabe Saharouie Démocratique (RASD) soutenue par Alger.

Le choix du Maroc de servir de pivot à la nouvelle force d’intervention américaine en Afrique, s’il était confirmé, se situerait dans le prolongement de la coopération stratégique des Etats-Unis avec les pétromonarchies du Golfe. Il viendrait en complément de la présence au Qatar, sur le golfe arabo-persique, du QG du Centcom, le commandement central américain qui ouvre une zone allant du Maroc à l’Afghanistan, et de la base navale de Manama (Bahrein), QG de la V me flotte américaine pour le golfe arabo-persique/Océan indien.

Dans le droit fil de cette coopération, le Royaume chérifien s’est toujours situé en pointe du combat pour la défense des intérêts occidentaux sur le continent africain, un combat qu’il confond avec la survie du régime monarchique. Membre du «Safary club» au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine (1948-1989), le Maroc a assuré la protection et la survie des régimes pro-occidentaux africains, notamment le Zaïre de Mobutu et le Togo de Eyadema au sein d’une alliance secrète conclue avec les encouragements des Etats-Unis, entre l’Arabie saoudite, qui en était le financier, la France, son stratège, et le Maroc, son exécutant.
Ce rôle souterrain a d’ailleurs été illustré tant par les complicités françaises dans la disparition de Mehdi Ben Barka, chef de l’opposition marocaine, que par le rôle dépotoir assumé par le Maroc pour les tyrans déchus et décrétés ipso facto indésirables par leur ancien protecteur malgré leur état de service patenté, comme ce fut le cas avec l’asile accordé au Président zaïrois Mobutu, répudié par la France dont il a pourtant été un zélé serviteur pendant près de trente ans.

Dans le cas d’espèce, le choix du Maroc se serait porté par défaut, après le refus de l’Algérie et du Nigeria, deux acteurs majeurs du continent d’accueillir le QG de l’Africom. Soucieux de diversifier leurs alliances, les Etats-Unis s’étaient d’abord tournés vers ces deux puissances émergentes d’Afrique, bien que la première soit en butte à des actions de type terroriste et le second à des troubles claniques.

Selon des informations de presse non encore confirmées officiellement, le QG de l’Africom devrait être édifié à l’extrême sud du Maroc dans la région de Tan Tan, à la limite des frontières du Sahara Occidental, à proximité de la bourgade de Ras Dari, choisie pour abriter ce projet. Du fait de sa proximité des côtes atlantiques marocaines, le site offre des facilités pour l’US Navy. Outre la base de Tan Tan, les Etats-Unis disposent au Maroc de la base aérienne de Ben Jarir, à une soixantaine de kilomètres de Marrakech ainsi que du site-relais de VOA (Voice of America) à Tanger. Le Maroc aurait donné son accord à l’installation du QG de l’Africom en contrepartie de substantiels avantages financiers.

Cet arrangement dans ses volets militaires et financiers expliquerait les déboires de la France dans la vente du «Rafale» que Jaques Chirac puis Nicolas Sarkozy ont vainement tenté de vendre au Royaume. Des déboires amplifiés d’ailleurs par les dysfonctionnements des institutions françaises qui ont fait preuve dans cette transaction stratégique portant sur l’avenir du nouvel avion de combat de supériorité aérienne, d’un amateurisme déconcertant, se lançant dans cette aventure sans concertation, d’une manière concurrente, l’Elysée voulant placer à tout prix l’appareil en guise de produit d’appel pour les pétromonarchies arabes et le constructeur Dassault, en comptable méticuleux de sa trésorerie, plutôt préoccupé de conserver la maîtrise de la détermination des prix.

Survivance d’une tradition coloniale, l’Africom était auparavant rattaché au commandement européen à Stuttgart auprès de l’USEUCOM (United States European Command). Selon le département d’Etat, la région du Sahel, notamment le Mali et la Mauritanie, constituerait un abri potentiel pour les activistes islamistes. Auparavant, les Etats-Unis surveillaient l’Afrique à travers trois commandements: Central Command (CENTCOM) dont la zone de responsabilité s’étendait sur 27 pays dont sept sont africains, le commandement européen (EUCOM), sa zone couvrant 91 Etats dont 42 sont africains, le commandement pacifique enfin (PACOM) qui a autorité sur une zone couvrant Madagascar et les îles en périphérie de l’est du continent africain.

Si le souci proclamé des Etats-Unis est de mener une guerre planétaire contre le terrorisme, la création d’un commandement spécifique pour l’Afrique marque aussi d’une manière sous-jacente l’implication plus marquée de l’Amérique dans la compétition que se livrent les grandes puissances pour la conquête des marchés africains particulièrement le pétrole qui fournit 30 pour cent de la consommation mondiale.

Dans l’attente du déploiement de l’Africom, l’administration américaine avait aménagé en 2006-2007 dans le Golfe de Guinée une base flottante, constituée de navires à très grande vitesse (swift ship) servis par un équipage de 300-400 marins pour la surveillance côtière le long des pays riverains: Angola, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Liberia, Sao-Tome et Principe, Sénégal et Nigeria.

Le dispositif américain en Afrique est complété en Afrique orientale par la co-location de la base française de Djibouti «Le camp Lemonier», ainsi que de la base aéro-navale de Diego-garcia dans l’Océan indien, et par le nouveau rôle de gendarme confié à l’Ethiopie dans sa répression des mouvements islamistes dans la zone, notamment en Somalie.

Le positionnement américain à Djibouti a notamment pour mission de détecter les groupes terroristes en liaison avec ceux du Moyen-Orient. Le gouvernement américain soupçonne, en effet, l’organisation Al-Qaïda de s’être implantée en Afrique de l’est, en particulier en Somalie qui aurait abrité, selon Washington, le comorien Fazul Abdullah Mohammed et le kenyan Saleh Ali Saleh Nabhan, impliqués dans les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 au cours desquels deux cent vingt quatre personnes avaient été tuées.

Ces suspicions fondées ou non expliquent le coup de force éthiopien soutenu par les Américains contre la Somalie en 2007 ayant débouché sur l’éviction du pouvoir du régime des «Tribunaux islamiques » à Mogadiscio.

Le positionnement américain à Djibouti, face au Golfe, permet en outre le contrôle stratégique de la route maritime qu’emprunte un quart de la production pétrolière mondiale. La base de Djibouti permet ainsi aux Etats-Unis et à la France de dominer l’extrémité orientale de la vaste bande pétrolière traversant l’Afrique considérée désormais comme vitale pour leurs intérêts stratégiques, une bande allant de l’oléoduc Higleg-Port Soudan (1600 km) dans le sud-est à l’oléoduc Tchad-Cameroun (100 km) et au Golfe de Guinée dans l’Ouest. Un poste d’opération américain en Ouganda donne aux Etats-Unis la possibilité de contrôler le sud-Soudan où se trouve le gros des réserves soudanaises de brut.

II- Face à la Chine, l’humanisme sélectif des pays occidentaux au Darfour

L’Amérique importe 15 pour cent du pétrole africain pour sa consommation domestique. Mais la concurrence est rude avec la Chine: L’Angola est d’ores et déjà le principal fournisseur de pétrole à la Chine devant l’Arabie saoudite, avec 456.000 barils/jour, alors que le Soudan et le Nigeria, deux bêtes noires des pays occidentaux sur le continent, ont octroyé d’importantes concessions pétrolières à la Chine, et que des informations persistantes, sur fond de rumeurs de presse sur une probable déstabilisation du président Joseph Kabila, font état d’un troc imminent entre la Chine et la République du Congo prévoyant la livraison de trois mille tonnes de cuivre en contrepartie de la construction de 3000 kilomètres de routes et d’infrastructures annexes (hôpitaux, établissements scolaires, électrification de villages etc.).

Signe de la défiance que suscite la politique occidentale en général et la politique américaine en particulier, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo (1976-1979/1999-20O7), s’exprimant en sa qualité de président du pays le plus peuplé d’Afrique (130 millions d’habitants) et premier producteur africain de pétrole, n’avait pas hésité à enfreindre les usages diplomatiques pour souhaiter à son homologue chinois dans son allocation de bienvenue que «la Chine dirige le Monde».

Selon les prévisions des stratèges occidentaux, l’Afrique subsaharienne risque de supplanter le Moyen-orient en tant que principal fournisseur énergétique des Etats-Unis. L’Afrique occidentale dispose de près de soixante milliards de barils de réserves pétrolières avérées. Son pétrole à faible teneur en soufre, est un brut doux, fort apprécié par les pétroliers américains. De nouveaux gisements sont signalés au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale et en Mauritanie, qui deviendra un pays exportateur vers la fin de la décennie.

Parallèlement à ses découvertes, les Etats-Unis ont multiplié les initiatives diplomatiques et militaires en vue de sceller les pays africains à la stratégie globale américaine. Des points d’intervention favorisant le déploiement rapide des forces américaines ont été aménagés dans la zone sahélienne sénégalo-malienne, ainsi qu’en Namibie à la frontière avec l’Angola.
Des opérations conjointes avec les pays du Sahel ont été lancées en 2003-2004 contre le groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GPS) dans le cadre du «programme de contre-terrorisme en Afrique». Les attaques contre les touristes français en Mauritanie en décembre 2007, entraînant l’annulation du rallye automobile Paris-Dakar et son transfert vers l’Amérique latine, de même que l’attentat contre l’ambassade israélienne à Nouakchott témoignent des réticences locales et régionales au déploiement américain en Afrique.

Dans ce grand jeu des puissances, l’Afrique émerge comme champ de bataille stratégique, dont la Chine en a fait sa ligne de front dans sa recherche d’une plus grande influence mondiale, triplant son commerce avec le continent, verrouillant ses ressources énergétiques, et, fait plus grave pour l’avenir, assurant l’éducation des futures élites africaines dans les universités chinoises.

C’est dans ce contexte qu’il importe d’appréhender le conflit du Darfour. Les appels incessants à des interventions humanitaires au Soudan, principalement de la France, sont destinés en premier lieu à contrecarrer l’influence grandissante de la Chine qui a réussi le contournement de l’Europe par l’Afrique à qui elle inflige de surcroît une rude et traumatisante concurrence dans son ancienne chasse gardée.

Le nouvel humanitarisme sélectif des anciennes puissances coloniales, qui fustigent le Soudan mais couvrent de mansuétude d’aussi redoutables autocrates que le tchadien Idriss Déby, son prédécesseur Hissène Habre ou encore le libyen Mouammar al-Kadhafi, parait sans consistance face au poids d’une Chine, sans passif colonial avec l’Afrique, dispensant de surcroît un important flot de liquidités, sans contrepartie politique.

La mise en place de l’Eufor, le corps expéditionnaire européen chargé de s’interposer entre les belligérants aux confins soudano-tchadiens répond autant à des considérations humanitaires qu’au souci des Occidentaux de créer un glacis stratégique au centre de l’Afrique, à proximité de la plateforme opérationnelle de la Chine dans la zone, un cordon sanitaire identique à celui que les pays occidentaux veulent établir autour de l’Iran, l’autre grand fournisseur d’énergie de la Chine.

Le dérapage à l’automne 2007 de la ténébreuse opération prétendument humanitaire de l’affaire de l’«Arche de Zoe» sur l’exfiltration de faux orphelins prétendument du Darfour participe de cette pression à forte charge émotive, à fort dividende médiatique pour un interventionnisme plus marqué des pays occidentaux au Soudan par le biais du Darfour.

Le redéploiement militaire français en Afrique annoncé depuis l’Afrique du sud, le 28 février, par le président Nicolas Sarkozy, loin d’opérer un bouleversement stratégique dans les relations franco-africaines, participe de ce même souci de discrétion efficace. Le Recamp (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) est une opération à double détente visant à associer des pays tiers (Afrique, Europe, ONU) aux opérations militaires françaises en Afrique dans le but de partager les coûts et de diluer les responsabilités, tut en conservant la maîtrise des opérations. Un chef d’œuvre de ravalement cosmétique d’un repositionnement militaire identique au dispositif américain dans le Golfe (Arabie saoudite, Bahrein, Qatar, Koweit et Irak), face à l’Iran.

Toute conscience se pose en s’opposant. L’Occident a constamment forgé des concepts pour assurer sa domination sur le reste du Monde. Il en a été de la théorie du «Res Nullus» et du «Fardeau de l’Homme blanc» justifiant les conquêtes coloniales. Constamment besoin d’un ennemi extérieur pour cimenter sa cohésion et perpétuer sa suprématie.
Depuis la fin de la II me Guerre mondiale (1939-1945), toute une littérature belliqueuse a développé les thèmes sur le péril rouge (contre le communisme), avant de se rabattre après l’implosion de l’Empire soviétique (1989) sur le péril vert (l’Islam), et, dans le domaine de la stigmatisation, «le juif bolchévique» a cédé la place au «nazislamisme». Notons que le «péril vert» est un jalon intermédiaire préludant à la naissance du «péril jaune» (Chine, Inde, Japon) qui sera d’actualité lorsque ses trois pays majeurs d’Asie auront parachevé leur phase de montée en puissance, vers l’an 2025.

A cette date, l’Occident aura perdu le monopole de la puissance et partant son rôle prescripteur. Il devra, par la force des choses, composer. Dur métier pour celui qui a constamment imposé, dur apprentissage de la diversité. Composer avec les autres composantes de la planète. Cette échéance explique sa frénésie d’acquisition de gages territoriaux et énergétiques (Irak, Afghanistan, Darfour, Balkan) en vue d’aborder la prochaine étape en position de force dans une «stratégie de transformation du réel», qui se réduit en une quête désespérée visant à enrayer un déclin prévisible par le maintien de «Droits acquis» aux faîtes de la puissance.

Quant à la France, qui abrite l’un des plus importants patrimoines immobiliers des dirigeants africains –pas moins de 47 résidences somptueuses rien que pour Omar Bongo (Gabon) et son beau-père Denis Sassou Nguesso (Congo)- elle est conduite, sous l’effet de cette compétition, à un partenariat contraignant avec les Etats-Unis. Contrainte à une coopération militaire avec l’Amérique, en raison de son infléchissement atlantiste, elle est contrainte aussi de subir de plein fouet la concurrence américaine dans son «pré-carré». Une transaction mutuellement féconde…mais au bénéfice exclusif des Américains.

En somme, et, pour reprendre le jargon politique à la mode, une offre « win, win » gagnant, gagnant pour les Américains, et pour eux seuls, sur les deux tableaux, avec en contrepartie pour la France, l’illusion de participer au «grand jeu mondial» sur le seul continent où elle dispose encore d’une certaine influence.

Lointaines réminiscences de ses déboires coloniaux, l’activisme de la France au Soudan au-delà du débauchage de la Libye pour en faire un substitut à l’Algérie dans la fourniture du gaz et un marché sécurisé pour ses exportations militaires et ses centrales nucléaires, pourrait, d’une manière sous-jacente, répondre à son souci de purger son «complexe de Fachoda» (3), le désastre militaire et diplomatique français subi dans ce pays contre les Anglais au XIX me siècle durant la phase de conquête coloniale écartant durablement la France des eaux du Nil. René Naba


Notes

1-Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix): Ce concept recouvre le nouveau dispositif français en Afrique mis en place progressivement depuis l’été 2007. Il consiste à associer des pays européens et africains et éventuellement les organisations internationales aux opérations de maintien de la paix dans le double but de partager les coûts et donc de réduire les frais pour la France et de diluer les responsabilités évitant le sempiternel tête à tête France-Afrique. Quatre pôles correspondent à quatre «sous-régions» et dessinent ce que pourrait être la future carte des implantations françaises. Il s’agit de Dakar (Sénégal), Libreville (Gabon), Djibouti et La Réunion. Dans chacun de ses pôles, la France a créé un petit état-major et prépositionné du matériel. Ils participent à l’entraînement des armées des pays de la région et sont censés accueillir des officiers européens.

2- EUFOR TCHAD/RCA: est une opération militaire de transition chargée notamment de la protection de la population en proie à la guerre civile dans l’Est du Tchad et dans le Nord-Est de la République centrafricaine. Sa mise en place a été décidée par l’Union Européenne le 28 janvier 2008, dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), en vue de faire face à la crise du Darfour dans la zone frontalière soudano-tchadienne. Forte de trois membres, dont le contingent français en constitue l’ossature (1.700 membres), l’Eufor Tchad est commandée par le général de Corps d’armée Patrick Nash

3-La crise de Fachoda: Dans l’imaginaire collectif français, l’épreuve de force qui opposa Paris et Londres, en 1898, demeure comme le plus important revers militaire et diplomatique, une profonde humiliation infligée par le Royaume uni à la France sur le continent africain. Ce sérieux incident diplomatique au retentissement considérable en pleine phase d’expansion coloniale entraîna la fin des ambitions françaises sur l’Egypte et la zone nilotique (Egypte, Soudan, Ouganda), alors qu’elle avait été le maître d’oeuvre du percement du Canal de Suez. Le site de Fachoda (ou Kodok) est situé à 650 km au sud de la capitale soudanaise Khartoum.

Guerre économique: la bataille pour le contrôle mental

In Benchmarking, Guerre économique, Intelligence économique, Perception Management, Prospective, Soft Power, Stratégie, Sécurité on 5 mars 2008 at 8:29

Il est délicat, le slogan qui accompagne “Le droit de l’intelligence économique” de Thibault du Manoir de Juaye dans l’annuaire 2008 des acteurs de l’intelligence économique en France. On peut en effet lire en présentation de cet excellent ouvrage que “faire de l’intelligence sans barbouzeries, c’est possible!” Au delà des angles légal et règlementaire qu’aborde l’auteur, j’adhère moi aussi à l’aspect éthique qui y est sous-jacent. Cependant, en tant que praticien de sensibilité anglo-saxonne, je suis très sensible au benchmarking des bonnes pratiques issues du monde du renseignement militaire. A la suite des Américains, cette attitude est  aussi partagée depuis 10 ans en France par le Général Pichot-Duclos et Christian Harbulot, fondateurs de l’EGE Paris. Pour ces pionniers, en effet, le transfert du savoir-faire militaire au monde civil est rendu vital au regard du durcissement des affrontements économiques en cours et futurs. La grande bataille stratégique autour du contrôle psychique constitue donc un excellent terrain d’expérimentation.

Un peu d’histoire…

Les plus âgés parmi vous se souviennent des années qui précédèrent et celles qui suivirent immédiatement la deuxième guerre mondiale et la course aux armements biologiques qui fit rage dans les officines nord-coréennes, chinoises, allemandes, russes et américaines notamment. Nombre d’entre vous, j’en suis sûr, se remémorent encore la psychose qui s’empara de Washington au lendemain de la libération de ses prisonniers de guerre fin 1953. Capturés par l’ennemi, des aviateurs et des hommes de l’infanterie américaine de retour aux USA commencèrent à faire l’apologie de la vie sous un régime communiste. Le Président des États-Unis se tourna vers l‘aigle de profil qui allait faire la renommée de Langley, en Virginie, et demanda à la CIA comment des soldats superbement entrainés pouvaient se laisser à devenir des traîtres. Dans les tentatives de reconstitution qui débutèrent, Allen Dulles, alors à la tête des renseignements américains, se rappela le procès du cardinal Josef Mindszenty en 1949. A la page 101 de son enquête sur “Les armes secrètes de la CIA” parue en 2006, Gordon Thomas, relate comment ce chef de l’église catholique hongroise “avoua avoir trahi… en bougeant comme un robot…” devant les juges russes. A partir de cet évènement, le contrôle du psychisme devint la priorité n°1 des scientifiques de l’agence américaine de renseignements. Initiée en février 1954 sous la direction du docteur Sidney Gottlieb, le programme secret MK-Ultra avait clairement pour mission de ” chercher toute méthode permettant de modifier le comportement humain.” Cette époque accoucha de plusieurs essais et théories telles que “l’infantilisation psychologique traumatique” ou encore “la conduite psychique” qui consistait à faire écouter au patient (aujourd’hui consommateur ou électeur) ses propres paroles jusqu’à ce que ses barrières psychologiques s’effondrent et qu’il ouvre son inconscient. La publication en 1984 de “Battel for the mind” par le professeur William Sargant marqua la consécration de plusieurs années de sacrifices et d’efforts, certes inachevés mais aux résultats transférables à d’autres domaines.

Le transfert de savoir-faire

Avec la chute du mur de Berlin et l’arrêt de l’affrontement est-ouest, fin 1989, les multinationales américaines furent les premières à benchmarker les méthodes d’influence de la guerre froide et à s’inspirer de la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) aux États-unis pour en adapter le savoir-faire à leur stratégie marketing. Dans les agences de publicité new-yorkaises, le début des années 90 vit jaillir une pépinière de jeunes concepteurs généralement âgés de moins de trente ans et n’ayant qu’une seule obsession: provoquer l’acte d’achat chez des individus “normaux” qui, sans la publicité, n’auraient pas acheté. De nombreuses expériences menées en psychologie sociale et cognitive ne tardent pas à venir à leur secours. Dans leur “Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens” paru une première fois en 1987 et réédité 2002, les Français Joules et Beauvois relatent une kyrielle de techniques (pour la plus part déjà expérimentées aux États-Unis) qui nous influencent au quotidien. Je vous le recommande. Dans l’opérationnel, le leader américain de la grande distribution Wal-Mart Stores, Inc. fut l’une des premières multinationales à exploiter la vidéo surveillance au delà de son objectif initial de sécurité. Dans leurs bureaux du 702 Southwest 8th Street de Bettonville, les marketistes de ce géant mondial n’hésitent pas à visionner de longues heures d’enregistrements-vidéo pour traquer et analyser les comportements de clients dans les rayons de grandes surfaces. Toujours plus loin, dans ses “100 petites expériences en psychologie du consommateur pour mieux comprendre, comment on vous influence” paru en 2006, Nicolas Géguin confirme, à titre d’exemple parmi d’autres, – sur la foi d’expériences menées aux États-Unis et en France- que la diffusion de musique rapide dans votre supermarché aux heures d’affluence comme lors des fêtes de fin d’année “vous incitera à faire votre shopping au pas de course.” (p119) Vous l’aurez compris, cet aspect aussi puissant que soft de la guerre économique opère avec votre consentement, en tous cas, sans vous contraindre le moins du monde, que vous soyez client ou concurrent, allié ou ennemi.

Les perspectives

Les recherches en psychologie cognitive sont un enjeu infiniment stratégique. La bataille pour le contrôle du mental humain est loin de s’achever. Rien que le profiling de dirigeants que nous réalisons au profit de nos clients au sein de GwethMarshall Consulting, par exemple, est déterminant pour la signature de leurs contrats. Evidemment, les entreprises ne sont pas les seules à en profiter. Des mouvements religieux ainsi que les femmes et hommes politiques dont le contrôle des comportements de masses a toujours été le vœu secret sont également à l’affût des progrès à venir. Certains parmi vous auront constaté que la situation est assez proche du tableau que brosse Xavier Couture in “La dictature de l’émotion: où va la télévision” paru en 2005 chez Louis Audibert Editions.

Quoi de plus légal, de plus éthique, de plus écologique et de plus intelligent, en effet, que de servir au consommateur, à l’électeur ou au patient, ce qu’il veut ou croit vouloir ?

Guy Gweth

L’économie africaine de 2008 à 2030: l’optimisme pointe à l’horizon

In Géoéconomie, Prospective, veille on 21 février 2008 at 9:06

Au Tchad et au Kenya, on peut valablement opposer les cas du Liberia, de la Sierra-Léone et, peut-être, celui du Togo, voire celui de la Côte d’Ivoire. Le pire n’est pas toujours inéluctable en Afrique.

Bien sûr, la crise de la fourniture d’énergie électrique en Afrique du Sud laisse dubitatif. Les attentats d’Aleg et de Nouakchott font craindre une poussée d’actions terroristes en Afrique de l’Ouest où la stabilité et la croissance économique commencent à prendre racine. De fait, rien ne semble plus pouvoir entamer le climat de confiance et d’espoir dans lequel baigne le continent.

La conscience de leurs responsabilités
Michel Camdessus, ancien Directeur général du Fonds monétaire international, qui définissait il y a quelques années l’Afrique comme « le défi systémique » du monde, professe aujourd’hui que l’économie de l’Afrique va croître en 2008 plus qu’elle n’a crû en 2007. Signe des temps : l’Allemagne vient de renouer avec le Togo, un pays à la tête duquel se trouve l’un de ces nouveaux dirigeants dont on dit généralement qu’ils ont, plus que leurs prédécesseurs, conscience de leurs responsabilités et de leur mission historique, et qui adoptent des politiques macro-économiques et structurelles plus performantes. La Banque Africaine de Développement (BAD) vient de rendre publique une étude réalisée par un panel de haut niveau qui, en se fondant sur les «changements opérés dans les politiques et [...] l’amélioration de la gouvernance et de la gestion», a dégagé une «vision optimiste de ce que l’Afrique peut devenir à l’horizon 2030», un continent «stable, intégré et plus prospère», qui occuperait «la place qui lui revient au sein de la communauté mondiale». La Chine, le Brésil, l’Inde accourent au chevet du continent où ils veulent faire de plus en plus d’affaires. Georges Bush vient d’effectuer sa troisième tournée sur le continent dont est originaire l’un des deux candidats à l’investiture du parti démocrate pour l’élection présidentielle de novembre prochain. Le chef de la Maison-Blanche place cette visite sous le signe d’un engagement africain croissant des Etats-Unis.

Des efforts colossaux
L’Afrique elle-même semble soudain se réveiller. Elle n’a pas craint de dire qu’elle ne voulait pas des Accords de partenariat économiques (APE) que l’Europe lui propose, sous leur forme actuelle. C’est d’ailleurs dans l’Afrique profonde que gît l’espoir. Des efforts colossaux, peu médiatisés, sont en train d’être entrepris, partout sur le continent, pour rationaliser, accroître l’efficacité, l’efficience, la gouvernance, pour optimiser – pour faire le lit du développement en créant un environnement favorable à l’investissement. L’entreprise, en Afrique, est de plus en plus consciente de l’impératif d’améliorer sa gouvernance, comme en témoigne l’entrée en bourse, à Euronext, de la société ivoirienne SIMAT. Selon l’Institut international de la finance (IIF, Washington), le cadre sud-africain de la gouvernance de l’entreprise s’est nettement amélioré et pourrait prochainement satisfaire à 80 % des critères de performance de cette institution pour se classer parmi les plus performants dans les pays émergents. L’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) se démène dans la discrétion pour améliorer la sécurité juridique et judiciaire des affaires en Afrique. Elle travaille également à promouvoir l’arbitrage comme mode de règlement privilégié des différends relatifs au commerce et aux investissements. L’arbitrage étant devenu un enjeu économique mondial, l’Afrique francophone s’est dotée, avec l’acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage du 11 mars 1999, d’un instrument propre à relativiser sa mauvaise réputation insécurité juridique.

Petit à petit, l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) travaille à minimiser l’incidence de la dégradation des infrastructures sociales, en particulier au niveau des collectivités locales, où leur utilité est la plus évidente.

Une aubaine pour l’Afrique
L’UEMOA, la BAD et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) viennent de recommander une révision des textes juridiques et fiscaux relatifs à l’exploration et à l’exploitation des mines africaines fabuleusement riches afin de mieux attirer les investissements disponibles pour ce secteur (…) L’envolée des cours des matières premières est une aubaine pour l’Afrique. Le pétrole n’est pas le seul produit qui se vend bien [...]

Aliou Diongue

Souveraineté monétaire: le décrochage du FCFA revient dans l’actualité africaine

In Débat, Gestion de crise, Prospective, Stratégie, veille on 20 février 2008 at 11:28

Depuis que le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly, est revenu sur l’idée du décrochage d’avec le FCFA, l’émotion de certains perle par-delà les frontières ivoiriennes (…)

Pour ce représentant du peuple, « …on ne peut pas continuer avec un franc CFA surévalué qui nous appauvrit. On a une monnaie digne de l’Allemagne d’aujourd’hui, alors que nous sommes une économie pauvre d’Afrique…. Ca peut être dur mais le Ghana a sa monnaie, le Nigeria a sa monnaie, la Guinée a sa monnaie, le Libéria a sa monnaie, l’Afrique du Sud a sa monnaie, la Tanzanie a sa monnaie. Mais pour nous là, on dit que non la France dit, elle ne veut pas. Il faut qu’on arrête de dire ce que la France veut avant qu’on fasse. Le gouvernement français n’a qu’à gérer la France, c’est son droit et laisser les Africains gérer l’Afrique, c’est tout ». Faut-il dès lors s’étonner de ce déchaînement ?

Ce n’est pas la première fois que cet agrégé d’économie met cette question sur le tapis. Au plus fort de la crise, alors même qu’il n’y avait pas de perspective électorale à l’horizon, il en a parlé comme étant un des passages obligés pour la Côte d’Ivoire de recouvrer sa souveraineté et de mettre son économie au service de l’intérêt national. Il faut reconnaître d’ailleurs qu’il est arrivé de temps en temps au président Laurent Gbagbo lui-même, soit par calcul, soit par conviction, de laisser perler cette éventualité. L’idée du reste est loin d’être aux yeux de nombreux experts du continent et d’ailleurs, assimilable à une incongruité. Nombre d’entre eux en effet estiment que ce franc CFA arrimé à l’euro par le canal du Trésor français avec toutes les prestations et les sujétions qui en découlent pour l’indépendance des pays de la zone CFA, est trop lourd à supporter. L’idée paraît si légitime aux yeux de certains économistes que l’on en voit ces temps-ci qui préconisent un décrochage au profit d’une monnaie africaine qui reposerait sur les matières premières essentielles dont regorge l’Afrique : café, coton, or ou le pétrole.

Le trader vedette Mostafa Belkhayate, dans un entretien au journal « Les Afriques », explique que l’or « va monter avec force ». Pour lui, une once d’or (NDLR : 31.035 grammes d’or, au cours d’environ 900 dollars) va monter à 1450 dollars US en décembre 2008 et même à 2.000 dollars US en 2009. L’or « va quitter sa dimension de matière première pour la dimension devise ». Et ce n’est pas tout puisque, pour le spécialiste, «le pétrole se dirige vers 150 USd le baril sur les 2 prochaines années… ». La conclusion pour lui est simple : « étudier sérieusement la problématique de créer une devise africaine, non pas basée sur une autre devise étrangère, mais sur un panier de matières premières typiquement africaines, comme l’or, le pétrole, le café, le cacao, le coton. Je suis convaincu que la solution du développement africain passe par cette véritable indépendance monétaire ».
En somme, si Mamadou Koulibaly remet cette question en jeu, on s’en étonnera d’autant moins que le contexte s’y prête avec en France un président élu qui, après avoir prôné la rupture, esquisse un glissement vers une Françafrique qu’il semble vouloir servir avec plus de conviction que son devancier, Jacques Chirac (…)

Sources: San Finna

Investir dans le sud: l’Afrique de plus en plus attractive

In Prospective, veille on 9 février 2008 at 6:36

“Quelque chose est en train de bouger en Afrique”.

Voilà le constat de l’Union des Banques Suisses (UBS) qui voit l’Afrique basculer dans une longue période de croissance. Voici l’analyse de Mohamed Baba Fall.

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La part de l’économie africaine au fil des siècles

Le numéro un mondial de la gestion de fortune, avec 1400 milliards de dollars sous gestion a récemment produit une étude sur les perspectives d’investissement en Afrique : « Contrairement aux cycles passés, où les booms sont généralement suivis de fortes déprimes, la croissance africaine actuelle semble être plus stable, avec un léger ralentissement attendu en 2008 », lit-on dans l’étude. Les signaux qui concordent avec cette analyse sont nombreux, à commencer par la croissance rapide des marchés financiers africains, le flux des investissements directs étrangers et l’augmentation des opérations d’introduction en Bourse. L’UBS exhorte le continent à aller encore plus vers des réformes structurelles car, en dépit de la corrélation avec le cours des matières premières, la banque estime que le continent pourrait intéresser d’ici peu la grosse vague des investisseurs spécialistes des marchés émergents.

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Croissance africaine dans son contexte historique

Encore fragile

Les signaux qui concordent avec cette analyse sont nombreux, à commencer par la croissance rapide des marchés financiers africains, le flux des investissements directs étrangers et l’augmentation des opérations d’introduction en Bourse. Attention cependant à ne pas oublier que ces fortes performances macroéconomiques sont liées à l’appréciation du prix des matières premières. L’étude d’UBS le souligne fort bien, tout en reconnaissant que la situation économique du continent est aussi le fruit d’une politique volontariste de réformes structurelles et d’allègement de la dette. Avec le maintien des prix des matières premières à leurs cours élevés, les perspectives pour le futur ne peuvent qu’être positives. Toutefois, reconnaît UBS, en cas de chute des cours de ces matières premières, dans un contexte de ralentissement global de l’économie mondiale, les répercussions sur le Continent seront significatives.

Réformes nécessaires

Seule manière de réduire cette dépendance, engager des réformes permettant d’améliorer l’environnement des affaires. « Les conditions d’investissement dans la plupart des pays africains sont toujours sujettes aux imperfections et l’Afrique comme terre d’investissement présente des scores assez modestes comparés aux autres parties du monde », lit-on dans le rapport d’UBS qui exhorte le continent à aller encore plus vers des réformes structurelles, seules à même de jeter les bases d’une croissance durable et de réduire l’amplitude des cycles économiques : « De meilleures approches en matière de réforme pourront aider l’Afrique à capitaliser sur ses ressources et à mettre à niveau ses infrastructures. »

Le continent joue actuellement un rôle négligeable dans le commerce mondial, n’utilisant que faiblement son potentiel de croissance. Pour les auteurs de l’étude, les causes de cette situation sont imputables d’abord à l’Afrique elle-même, du fait de son impossibilité à mettre en place des accords commerciaux intra-régionaux. Les nations développées y ont aussi leur part de responsabilité, ne serait-ce qu’à cause de leurs réticences à ouvrir leurs marchés aux produits agricoles africains.

Actuellement, moins du tiers des pays africains disposent d’un marché financier de taille suffisante pour attirer les investisseurs institutionnels. A quelques exceptions près, la plupart de ces marchés sont en de ça des standards internationaux. Une donne appelée à changer vu la forte croissance enregistrée depuis quelques temps par certaines places financières du continent. L’image d’investisseurs exotiques collés aux opérateurs actifs dans les marchés africains (à l’exception de l’Egypte et de l’Afrique du Sud) a vécu. Si la tendance se poursuit, il y a donc de fortes chances pour que le continent intéresse d’ici peu la grosse vague de la communauté des investisseurs spécialistes des marchés émergents.

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Répartition de la population dans le monde

L’Afrique ne craint pas la récession américaine

In Intelligence économique, Prospective, veille on 7 février 2008 at 9:08

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Décryptage d’Alain Faujas in Jeune Afrique n°2453

Depuis le début de cette nouvelle année, le monde retient son souffle face à des Etats-Unis dont l’économie vacille. En décembre 2007, le taux de chômage y a bondi de 4,7% à 5%, son plus haut niveau depuis deux ans, et l’inflation menace avec un rythme annuel qui dépasse les 3,5% (…)
Les risques de dépression américaine étant de 50-50 selon la plupart des experts, les autres pays redoutent la contagion, et ils ont raison car les Etats-Unis demeurent la locomotive du commerce mondial. S’ils tombaient malades, il y a gros à parier qu’ils achèteraient moins de pétrole et de cuivre à l’Afrique, moins de portables et de chaussures au Sud-est asiatique, moins de jouets à la Chine, moins d’Airbus à l’Europe, raréfiant les rentrées de devises et bloquant le pouvoir d’achat de ces fournisseurs. Sombre perspective pour tous les pays qui ont réalisé des investissements lourds pour satisfaire la demande américaine en matière de minerais et de produits de grande consommation… perspective d’autant plus sombre que, une fois le cercle vicieux de la récession enclenchée, il est très difficile d’en sortir, la paralysie des uns aggravant l’anémie des autres pays.

Henry Paulson, le secrétaire d’Etat américain au Trésor a affirmé le 7 janvier dernier: “même si la croissance a considérablement ralenti en 2007, notre économie est résistante et je prévois qu’elle continuera de croitre”. Mais c’est de la Banque Mondiale qu’est venu le message le plus optimiste: ” Les économies en développement amortiront l’impact du ralentissement de l’activité dans les pays riches en 2008″, lit-on dans son rapport annuel sur les perspectives économiques mondiales de l’année qui commence (…)

Toutes les zones seront affectées par une moindre croissance sauf deux: d’une part, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord où la flambée des prix d’hydrocarbures garantit des recettes abondantes et une accélération de la croissance de 4,9% en 2007 à 5,4% en 2008; d’autre part, l’Afrique subsaharienne qui bondira de 6,1% à 6,4 en 2008 . Pour la première fois, cette Afrique ignorée de la mondialisation approche les performances des dragons asiatiques (…) Il n’est que de voir la compétition à laquelle se livrent Chinois, Indiens et Occidentaux pour pénétrer ses marchés et investir dans ses mines. L’Afrique contribuant à soutenir la croissance économique mondiale flageolante, qui l’eût cru?

L’avenir économique de l’Afrique d’après la CIA

In Intelligence économique, Prospective, Stratégie, Sécurité, veille on 31 janvier 2008 at 8:12

cia-report.jpgExtrait du Rapport de la CIA (Comment sera le monde en 2020?) rendu par Alexander Adler.

“La capacité de l’Afrique à profiter des facteurs positifs de la mondialisation dépend de la faculté de chaque pays à mettre fin à un conflit, à améliorer ses méthodes de gouvernement, à faire rentrer la corruption dans les rangs et à faire respecter les lois. Si l’on enregistre un progrès dans tous ces domaines, un renforcement des investissements de source étrangère, qui restent actuellement confinés dans le secteur pétrolier, est envisageable. Nos experts régionaux estiment que si les dirigeants africains employaient ces investissements à favoriser la croissance de leur économie -ouvrant ainsi la voie à la richesse, et non plus seulement un accès aux allées du pouvoir -, ils seraient alors à mesure d’alléger la myriade d’autres problèmes auxquels leurs pays sont confrontés. Dès lors, la perspective de voir la prospérité réduire l’intensité des conflits serait bien réelle.

“Le développement des richesses existantes ou l’expansion de nouvelles voies d’enrichissement resteront les deux facteurs déterminants. Même si les ressources minérales et naturelles ne sont pas distribuées de manière égales entre ces pays, l’Afrique subsaharienne en est bien dotée. Qui plus est, elle détient le potentiel pour accéder à l’autosuffisance alimentaire, et pour devenir un exportateur de denrées agricoles, de produits animaux ou de la pêche. La baisse ou l’élimination des barrières douanières et des subventions à l’agriculture au sein de l’Union européenne et aux Etats-Unis, associées à la demande de matières premières émanant des économies chinoises et indiennes en plein essor, pourraient apporter une stimulation majeure aux économies africaines et les sortir de décennies de prix de matières premières trop bas.

“Les spécialistes Africains sont tous du même avis: la réforme économique et des principes de gouvernement sains sont indispensables à la croissance économique. Ils ont aussi conclu que les pays africains doivent prendre l’initiative en négociant de nouveaux régimes d’aides et de relations commerciales. Jusqu’à présent, ces aides et ces relations étaient essentiellement dictées par les institutions financières internationales et le monde développé. Le Nouveau Partenariat pour le Développement Economique de l’Afrique (NEPAD), avec ses mécanismes d’autosurveillance et d’examen par les pairs, fournit le dispositif nécessaire à cette transformation économique, pourvu que ses membres honorent leurs engagements, tant au niveau collectif qu’individuel (…)

“Au cours des quinze prochaines années, dans beaucoup de pays africains (…) la nouvelle génération de dirigeants comprendra beaucoup d’individus issus du secteur privé, qui seront plus à l’aise que leurs prédécesseurs avec la démocratie. Ils pourraient apporter une forte dynamique politique à la démocratie africaine de l’avenir. Ces dirigeants demeurent l’élément imprévisible qui, même dans les circonstances les moins favorables, pourraient faire une énorme différence dans le sens positif (…)